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Pamphlet. Honte à vous, élus de Paris ! Droit de table, droit de Cantine pour tous !

Bravo ! Que voilà un acte fondateur vraiment pour Madame Hidalgo et Monsieur Brossat ! Ce dimanche ils ont envoyé une compagnie de CRS contre un adversaire bien redoutable… Les Cantineuses et les Cantineux à Belleville qui n’ont que des gâteaux et des pizza pour se défendre.

Quel est leur crime à ceux-là, ces Cantineux ?

Détourner l’argent public ? Monter les identités les unes contre les autres comme on le voit tous les jours ? Non !

Ouvrir une Cantine !

Une cantine solidaire qui plus est ! Proposer non pas de la charité des bénévoles et de leurs pauvres de soupes populaires, mais le repas à chaud à tous, sans distinction. Riches ou pauvres mêlés, vieux et jeunes, habitants et passants, français ou étrangers, blancs ou noirs, laïcards ou dévots, instruits ou ignorants, chanceux ou sans-dents. Pour 4 euros, café compris !

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Croyez-le habitants du monde entier, ça c’est à Paris !

Ville schizophrène dont les élus ne peuvent sans trémolo dans la voix invoquer « La Commune » ou « La Révolution « (et sans rire !)… Mais ville qui chasse les parisiens et vide leurs lieux pour faire de la place aux milliardaires du parfum ou du foot. Cette municipalité, parmi mille exemples, qui après avoir abandonné des lieux symboliques de la vie parisienne, comme La Samaritaine, soutien (contre les assoc de sauvegarde de Paris) que l’on fasse de ce lieu symbolique un hôtel de luxe. Bref, qui soutien une privatisation de Paris qui ne dit pas son nom.

Sur la Samaritaine dans la vie de Paris, lire René Fallet
Sur la Samaritaine dans la vie de Paris, lire René Fallet

Ville qui pour crime de convivialité…

Ces Cantineux, ces gens -je ne partage pas leur dogmes politiques et de le gauchisme un peu daté de ce collectif-, mais je regarde le réel. Je ne les défends pas pour ce qu’ils sont, mais pour ce qu’ils font : Ils permettent aux autres de se retrouver, de sortir de l’isolement pour partager la table. Ca n’est rien ? C’est devenu immense dans une société du chacun pour soi, des portions une part pour les riches et des pâtes chaque jour pour les pauvres, de la solitude et de l’ennui pour tous face à son assiette ou son smartphone.

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Quand tous les humains sont captifs de leurs écrans, c’est être une ONG urbaine que de les réunir !

Ils font votre boulot Messieurs les élus, le boulot que vous devriez faire si vous intéressiez un peu à la société d’aujourd’hui et aux besoins des gens, plutôt qu’à votre paperasse ! Ce travail de solidarité de base, vous nous dites que le politique n’a pas les moyens de faire (belle excuse, vous avez juste d’autres priorités plus lucrative pour votre image), mais passons. Eux le font. Gratuitement.

Ils sont les inventeurs d’un service public nouveau et vieux comme l’humain à la fois : le partage de la soupe chaude ! Cette initiative par temps de crise, c’est la force de résilience de la solidarité parisienne. Ne pas avoir une politique de soutien aux alternatives citoyennes est déjà un déni de politiques publiques, les détruire systématiquement est un crime politique.

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Budget participatif, mon cul !

Et vous, pendant que vous les expulsez, vous vous vantez. De quoi ? « D’une innovation démocratique » (Anne Hidalgo)… autoriser les parisiens à choisir entre 5 ou 6 projets marchands que vous avez choisis pour eux (des fois qu’ils soient tebês). Mais quoi, vous n’êtes même pas capable de regarder et d’accueillir leurs actions, leurs propositions comment voulez-vous leur faire croire que vous vous intéressez à ce qu’ils pensent ? C’est quoi votre idée de la cité ? Une caserne pour demeurés que votre génie bienveillant administre ?

Hidalgo

Et quel est votre idée de votre fonction ? Votre sens de l’intérêt général ? Votre soucis de l’autre ? De ceux qui n’ont pas vos moyens ? Vous les expulsez. C’est cela le socialisme ? C’est cela le communismes rejetons dégénérés de vos ancêtres politiques !

C’est à cause d’actes comme ceux-ci, de politiques comme vous Ian Brossat, que demain dans ce pays nous n’aurons le choix qu’entre l’extrême-droite et la droite, entre l’exclusion par la nation ou l’exclusion économique. Encore un certain libéralisme des start-up et des petites entreprises nous laisse au moins l’espoir de faire entendre l’innovation citoyenne, sociale ou culturelle.

Alors que votre municipalité qui se prosterne devant toutes les multinationales, tous ceux qui l’invitent à un cocktail, et laisse des enfants dormir dehors quand l’hiver vient dans presque tous ses arrondissements de Paris. Elle, engouffre 1 milliard pour célébrer votre goût de nouveaux riches dans le mauvais vert de sa Canopée, nouveau coup de poignard aux Halles, Ventre de Paris.

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Que vous reste t-il Socialistes de Jaurès à part vos tee-shirt et leur marchandising ? Vous avez renoncé à tout combat, à tout progrès de l’homme, au simple honneur de ceindre une écharpe tricolore. Seul les carrières vous intéressent, en comptant sur le balancier immuable de la Fortune qui ramène de l’impuissance de la Droite à votre propre laisser-aller, qu’on appelle plus «  »de gauche » » qu’avec des doubles guillemets.

https://boutique.parti-socialiste.fr/

Et vous Communistes que vous reste t-il de votre honneur et de l’esprit commun, si quand un de vos petits marquis a deux doigts de pouvoir, ils s’en sert pour faire le joli à New-York et fait expulser de la table, les partageux ? Est-ce parce que ces autres communistes n’appartiennent pas à votre Comité Central qu’on les chasse ? Et vous alors, que ne les avez-vous ouvertes ces cantines ? Où êtes-vous quand le peuple de Paris est précaire et isolé ? Est-ce tout ce qu’il vous reste de vos héros de la Résistance ? Croyez-vous que ces gens auraient vaincu le nazisme s’ils n’avaient pas eu le sens du mot solidarité ?

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Et vous Verts, qui grouillez lâchement dans les lieux de pouvoir au lieu de porter la parole d’une société dont vous êtes pourtant tout fraîchement issus ? Que vous reste t-il de René Dumont, du Larzac et des valeurs libertaires qui vous fondèrent ? Dans votre manque de fraternité entre vous mêmes, vous vous êtes trahis pour trois postes, avant de vous retourner contre tous les militants qui portaient vos valeurs. Vous qui nous annonciez un monde nouveau, vous ne rayez que les parquets. Quel est le bilan des Verts quand la Terre se réchauffe ? Les Vélib de Monsieur Decaux ?

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On ne peut vous remercier que d’une chose, vous rappelez chaque jours aux parisiens qui l’ont oublié de la Mairie est une institution dont le premier acte, sitôt crée à la Révolution fût de faire tirer sur les parisiens eux-mêmes. Qui sitôt restaurée sous Chirac a instauré le couvre-feu qui a tué l’âme nocturne et vagabonde de la nuit. Qui, dès que la «  »Gauche » » ne s’en est emparée est devenu ce coûteux Dysneyland réservé aux bobos et aux touristes, où toutes les initiatives culturelles des habitants ont été mises à l’écart.

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A l’inverse, dans une époque qui nous déshumanise chaque jour, les Cantineuses et les Cantineux nous rappellent au sens le plus profond de l’humanité : le partage du pain. Le partage de la table.

J’invite toutes les parigodes et tous les parigots qui ont encore un souffle d’âme et d’humain en eux à soutenir les Cantineuses et les Cantineux, à soutenir le droit de Cantine, le droit du pain, le droit de table pour tous !

David Langlois-Mallet

NB : Petite note aux amis socialistes qui me trouvent méchant
https://mesparisiennes.wordpress.com/2014/10/08/petite-note-aux-amis-socialistes-qui-me-trouvent-mechant-et-autres-politiques/

NB II : Note sur la photo de couv’ un peu démago : j’assume ! (Ils ont raison d’ailleurs de bien se fringuer. Je sais que c’est l’argument le plus nul et le plus démago de l’article (mais je m’en fout !)
On a le droit d’avoir du fric, d’aimer le luxe et les belles choses (j’aime aussi) mais quand tu te fais élire en chantant avec des trémolo les chants de la Commune de Paris, le minimum, c’est de ne pas expulser les pauvres et ceux qui organisent la solidarité.
Après, le boulot fait, tu peux sortir ou bon te semble (dans les rades popu et aussi dans les soirées des défilés de mode, pas de soucis pour moi)

*(la Ville ne leur ont proposé qu’un gourbi sans fenêtre, vieille technique classique pour les disqualifier)

POUR ALLER PLUS LOIN, du même auteur.

Propositions positives :

Au Ministère de la Culture
http://www.unpeuplecreatif.fr/spip.php?article33

Au 1er Ministre, soutenez d’urgence la créativité
http://www.unpeuplecreatif.fr/spip.php?article2

Audition par le CESC (Parti Socialiste)
https://mesparisiennes.wordpress.com/2013/09/22/paris-culture-et-politique-audition-par-le-cesc-du-ps/

Les indiens de Paname
https://mesparisiennes.wordpress.com/2014/03/10/appel-des-indien-nes-de-paname/

Travaux de recherche officiels

Rapport des politiques de fabriques, Région Ile de France
http://www.unpeuplecreatif.fr/spip.php?article7

Street-art. Rendez-sous passage du Désir (in Stadda, mag des arts de la rue)
http://www.unpeuplecreatif.fr/spip.php?article8

Prises de bec :

Hollande attention ! Delanoë est le nom de la punition culturelle infligée à Paris
http://rue89.nouvelobs.com/rue89-culture/2012/03/25/hollande-attention-delanoe-est-le-nom-de-la-punition-culturelle-infligee

Christohoe Girard l’expulseur expulsé
https://mesparisiennes.wordpress.com/2014/03/27/girard-lexpulseur-expulse/

Paris est un jardin
https://mesparisiennes.wordpress.com/2012/03/28/paris-est-un-jardin/

Quelle Belleville forgeons-nous ?
https://mesparisiennes.wordpress.com/2014/01/05/quelle-belleville-forgeons-nous-in-lami-du-xxe-mai-2013/

Pour en savoir plus sur la Cantine :

Nouvelle occupation : http://paris-luttes.info/nouvelle-occupation-suite-a-la
La Cantine, fin de vie d’un lieu alternatif
http://rue89.nouvelobs.com/2014/08/12/expulsion-cantine-pyrenees-fin-dun-lieu-vie-alternatif-254163
Anne Hidalgo prive d’assiette les Sans-dents
https://mesparisiennes.wordpress.com/2014/10/01/paris-la-smart-city-dhidalgo-prive-dassiette-les-sans-dents/

Soutien à l’auteur :
https://www.leetchi.com/c/cagnotte-de-langlois-mallet

c Mesparisiennes.wordpress.com

https://mesparisiennes.wordpress.com/

Paris. Petite mémoire d’une résistance joyeuse à la culture Delanoë


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Petite balade guidée dans trois lieux de culture populaire sous Delanoë 1er. A l’usage de ceux qui doutent que la lutte pour l’espace et pour le contrôle des liens est continue à Paris (des soldats versaillais à l’assaut de la Commune à la bourgeoisie rose à l’assaut des faubourgs) ces quelques articles parus dans l’excellent Politis au début de ce siècle. Mémoire de la résistance joyeuse à la créativité parisienne à la culture duty free de la Mairie de Paris.

Paris : La Goutte d’Or qui fait déborder le vase

Grandes manoeuvres contre un quartier populaire. Au pied de Montmartre, la Goutte d’Or est le quartier où l’Africain pose ses valises en arrivant à Paris, faisant de l’ancienne terre à vigne, le lieu le plus coloré de Paname. Avec la session des magasins Tati à Virgin’s Megastore, c’est toute la physionomie d’un quartier jusque là, laissé à l’abandon par sa mairie qui change. Sus à la spéculation, y’a du fric à faire, mon bourgeois !

Parfois, le grand nettoyage prends des formes surprenantes, ainsi le Lavoir Moderne Parisien, la salle de concert du quartier, se trouve pris dans le collimateur. La Préfecture de Police, prétextant de la sempiternelle… « Sécurité » a réduit sa jauge de 200 à 100 personnes, condamnant ce petit lieu pourtant essentiel à l’émergence d’une jeune scène, avec ses 500 représentations annuelles pour 35000 entrées. Hervé Breuil, gérant aussi de l’Olympic, le bar caf-conc’ voisin est pareillement menacé paraphrase Victor Hugo « Ouvrons des lieux de culture et nous fermerons les ghettos ! ».

La pétition qui circule repose en clair le problème des cultures dans la ville, de cet urbanisme spéculatif, accompagné d’un nettoyage à la matraque : « Nous nous efforçons, avec le soutien des artistes, d’humaniser une urbanisation qui génère des zones sensibles (…). Dans ce secteur de 22000 habitants, l’investissement dans l’équipement public est déficient depuis des décennies. Une véritable ségrégation est en marche; la Police Urbaine de Proximité tant promise est remplacée par les compagnies de CRS ». Les rassemblements se succèdent amalgamants les mécontentements de plus en plus perceptibles des milieux de la culture populaire, notamment les nombreux lieux menacés par la Préfecture dans l’indifférence quasi totale de la nouvelle mairie.

Décidément, à la Goutte, la colère pourrait, avant l’or, couler à flot. Reprenant l’acte qui n’a pas fini d’être joué entre les caf’conc et leurs amis et des pouvoir publics, hostiles ou méfiants, mais toujours aussi ignorants des cultures populaires de la ville. La Goutte d’Or qui fait déborder le vase ?

David Langlois-Mallet, in Politis 2004

Lavoir Moderne Parisien Olympic Café

20, rue Léon 75018 Paris

PS : Un des très rare lieu encore vivant (en lutte actuellement) : www.rueleon.net

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Squat

C’est l’amour à la plage !

Puisqu’on y est, autant que ce soit l’été. Nous voilà déjà en vacances avec un nouveau petit lieu au bord de l’Ourcq. Il est fait pour aimer, pour rêvasser, expérimenter, créer, jardiner, faire des crêpes. Un lieu d’enfance et d’en face pour réunir les habitants et les passants du XIXe et soutenir les indiens Mapuche. Les mercredis et dimanches l’espace ouvre son atelier on y peint, coût papote et bricole. Il y a bien sur des fêtes et une pétition à signer pour soutenir la demande d’eau et d’électricité que font les animateurs et habitants. « La Maison de la Plage », c’est son nom retiens le, participera au Festival Résistances et Alternatives de Paris qui se concocte pour apparaître du 13 avril au 5 mai. A cette ocasion, il faut noter la journée du 21 avril. A 15 h animation musicale, 16 h débat « comment se réapproprier son environnement immédiat ? », 19 h « La Poule Égorgée », création théâtrale de Luís Pasina. On annonce aussi une expo sur le thème de la friche urbaine et de son histoire récente à Paname. Quand l’histoire se fait temporaire : vive l’été !

David Langlois-Mallet
Politis

La Maison de la Plage, in Politis 2004

4-6, rue de Colmar Paris XIXe

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Théâtre

De profondis

Quelle protection pour le théâtre vivant ? Rien que la loi de la jungle, qu’elle soit libérale ou institutionnelle. Si tu ne joues pas la milliardième version de l’Avare (ou autre oeuvre au programme des collèges) et si tu as survécu au marché sans aide, on t’aura par la loi. Le petit Théâtre 347 était un lieu d’expérimentation remarquablement intéressant. Nous avons le regret de vous annoncer son décès le 2 juin dans l’indifférence la plus totale de la mairie-de-Paris-de-gauche. Pire celle-ci est directement cause du décès, ayant installée une autre association, aux projets d’ailleurs très honorables, dans les locaux. Comme si la capitale et singulièrement Pigalle, avait trop de lieux de culture pour qu’on s’intéresse à leur sort !

Comme si la direction de la Culture, qui subventionne tous les évènements déjà médiatisés et tous les peintres à l’huile de retour des bords de mer, n’avait pas les moyens. Comme si la Mairie qui prétend ne pas connaître son parc immobilier vide dont elle dispose, ne pouvait penser au relogement de cette équipe de Wax qui, sans aide, a fait émerger en un an près de 200 créations, dont les artistes sombrent avec elle ! Au secours on flotte dans l’indifférence, on coule dans le mépris à Paris !

Ex Théâtre 347

David Langlois-Mallet, in Politis 2004

Au Peuple plutôt qu’à la Marine

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La fête est une chose trop sérieuse pour être laissée aux militaires,

La démocratie une chose trop partagée pour être laissée aux seuls politiciens,
Paris une ville trop créative pour être laissée aux technocrates.

Au peuple plutôt que la Marine !

Savoir faisons par la présente à tous…
Sans-culottes et princesses du peuple des deux côtés du Périph, gueux-magnifiques et intello-précaires, Incroyables et merveilleuses, romantiques sensuelles et libertins sensibles, bretons et ruskof du Montparno, maudits-artistes et intermittentes-durables, Chats noirs et Bœufs sur le Toit, Gavroches de la Goutte d’Or et gisquettes de Belleville, refusnik de la pub et drilles joyeux, rebeux des boites et rebelles des bois, lecteurs de la Princesse de Clèves et lectrices de Rabelais, Pommes de Pin et théâtreux de Fortune, troubadours humanistes et teufeurs éveillés, créatifs au RSA, artisans de leur propre vie et chercheurs sur la paille, street-artistes et titis des Faubourgs et menu peuple pensant des chambres
de bonne, artistes de leur quotidien et aux amoureux
…ainsi qu’à toi et ta petite sœur !

Que le collectif « Au peuple plutôt qu’à la Marine »
demande officiellement l’attribution, d’une façon transparente et démocratique,
du ci-devant Hôtel de la Marine aux acteurs du Paris populaire festif et engagé.
Nous demandons au Ministère de la Culture, de la Région Île-de-France, de Paris Métropole et de la ville de Paris ainsi que des candidats démocrates
à la présidentielle d’officialiser leur soutien à cette démarche.

Nous leur donnons rendez-vous avec ceux qui veulent nous soutenir
Samedi 21 janvier à 10h
Place de la Concorde, au lieu du ci-devant Hôtel de la Marine.

L’histoire de la démocratie en France s’est écrite grâce à ce grand mélange
de provinciaux et d’étrangers qu’est Paris. Les marchands qui vendent aujourd’hui
Paris au nom de sa culture doivent en rendre un bout au peuple, à la jeunesse
et aux artistes qui poursuivent la grande aventure de son invention collective.
Alors que tous les lieux de culture alternative sont menacés ou ont été fermés
dans les quartiers, il est urgent d’ouvrir un lieu festif à tous les refusés du Paris dominant et de sa culture unique autant qu’il est sensé de mettre une maison du peuple
sur le lieu symbole de la Révolution Française.

(Et merde à Haussmann !)

Le Collectif d’animation : David Langlois-Mallet (Collectives Cultures), La Bâronne de Paname, Yabon Paname (Le Carosse), Carmelinda Bruni (Théâtre de Fortune), Hervé Breuil (Lavoir Moderne Parisien), Catherine Poulain (Carnaval de Paris), Michèle Faury (Life in the bar), Anastasia Koslov (Théâtre de Verre), Malika del Rocka.
Comité de soutien et de parrainage : Collectifs : Altaïr Think-thank culture-medias.
Premières personnalités : -Artistes : Jean Stark (Art Cloche) – Elus : André Gattolin (sénateur EELV), Martine Billard (Front de Gauche), Eva Joly, Corinne Rufet (CR EELV Président de la commission culture), Jean-Jacques Barey (culture PCF)…

Paris le 21, janvier 2012
Hôtel de la Marine, Contexte

Contexte

L’Hôtel de la Marine est situé sur un lieu symbole de la Révolution Française, la très fameuse place de la Concorde (où a été guillotiné Louis XVI le 21 janvier 1793). Il fait face à l’Assemblée Nationale.

Sarkozy a confié à Giscard d’Estaing la présidence d’une commission d’attribution de cet immense et magnifique palais de plus de 500 pièces. L’ancien président veut le réserver à la culture patrimoniale.

Les acteurs du luxe et de la mode se sont organisés en comité pour le revendiquer. La France, c’est le patrimoine, c’est le luxe bien sur. Mais voyez-vous, c’est aussi les cultures vivantes qui sont bien malmenées à Paris.

Juste retour des choses nous revendiquons ce lieu pour les marges artistiques et les acteurs de la culture populaire, d’en-bas, des petits-lieux, de proximité etc… Appelez comme vous voulez tout ce qui ne tombe pas d’en-haut, des institutions et du marché.

La pétition des uns : www.hotel-marine-paris.org

<http://www.hotel-marine-paris.org>

(patrimoine, vieille France)
La pétition des autres : http://www.la-royale.fr/ (luxe et mode)

Visitez votre futur lieu de culture populaire de Paris :

http://picasaweb.google.com/101442231671384701060/HOTELDELAMARINEEXTRAITBFM?feat=directlink

<http://picasaweb.google.com/1014422…>

Discours d’Eva Joly

Chers gueux-magnifiques, intello-précaires, incroyables et merveilleuses comme vous vous nommez joliment vous même !

J’ai souhaité récemment qu’un grand musée de la Révolution prenne la place de l’Hôtel de la Marine. L’histoire comme je la vois, n’est pas une fermeture sur un passé mythifiée, mais au contraire une source d’élargissement et d’inspiration. La connaissance du meilleur du lègue du passé je veux qu’elle nous donne l’envie d’inventer ensemble notre avenir. Sur le lieu symbole de la Révolution Française, je crois nécessaire de donner ce point d’appuis à l’énergie et au besoin de démocratie qui monte si fort actuellement du pays et déborde à mesure que les pouvoirs actuels essayent de le contenir ou de le réprimer.

J’entends et j’écoute avec grand intérêt votre souhait de voir ce lieu dédié à la culture vivante et populaire et je suis touchée à vos arguments. Oui, la démocratie culturelle est en effet à la base de toute politique. La Révolution Française doit autant aux cafés qu’aux encyclopédistes, aux artistes qu’aux orateurs, à la rue qu’aux salons. Elle est même le fruit de la rencontre des deux.

La Révolution Française est aussi le fruit très spécial de ce choc qui a toujours existé à Paris entre l’Etat et le peuple de la ville. Ce n’est pas pour rien que l’on a pu dire que Paris, ville des révolutions, était le grand champ de tension de l’histoire de France. Ce territoire disputé par les aristocrates et les sans-culottes, je sais que c’est aussi cette culture vivante qui résonne en vous. Parisiens des squats et des lieux de culture de quartier, amoureux de votre ville au point de mettre votre santé en danger pour défendre et ouvrir ces petits espaces de liberté qui sont comme autant de barricade culturelles face à la main mise de l’argent et de la spéculation sur la ville.

La culture populaire parisienne à laquelle vous faites référence, me parle particulièrement. Parce que Paris, loin d’être une capitale de parisiens que l’on caricature, est un carrefour de cultures du monde. Tous les accents de France et du monde qui y résonnent, toutes ces différences qui de tout temps y échangent font la singularité et la richesse de sa culture populaire, vive et rebelle, joyeuse, festive, pensante et politique. Nos élus en général et Corinne Rufet en particulier se trouvent à vos côté tout au long de l’année pour défendre et faire reconnaître le caractère d’utilité publique de vos espaces. Je pense particulièrement au Lavoir Moderne Parisien qui est le cœur vivant du quartier populaire de la Goutte d’Or, au Carrosse dans le XXe ou à l’aventure du Théâtre de Verre de Luis Pasina.

Je suis également très sensible à l’idée d’un échange entre des espaces qui sont marqué par une ségrégation de plus en plus forte au point qu’on a pu parler à Paris d’une apartheid urbaine. En tout cas d’un Paris à péage. Il est nécessaire que le Paris populaire ait des débouché dans les beaux quartiers. Et je dirais, il est nécessaire encore plus pour les riches que pour les pauvres. L’invention culturelle vient d’en-bas, l’académisme tombe d’en-haut. L’énergie de la mode, des mouvements culturels, vient de la rue pas de l’argent. Les plasticiens de demain exposent aujourd’hui dans les rues. Il n’y a qu’à ouvrir l’œil pour comprendre que le street-art par exemple s’épanoui dans les quartiers populaires ou qui ont gardé leur mixité et non pas dans les beaux-quartiers sous trop étroite surveillance.

Cette rue créative, si importante pour le développement de la société, nous appelle à une profonde réflexion sur l’espace public. En particulier à Paris, dont le pavé vit sous une loi martiale qui date du consul Bonaparte et par laquelle tout ce qui n’est pas autorisé par la Préfecture de police est interdit,. Les artistes payent un très lourd tribu à ce véritable régime d’exception policier qui les force au silence. Et quand les chanteurs des rues, les orgues, les faiseurs de harangue sont interdits, c’est notre liberté à tous qui recule. Si je suis élue, j’engagerai une profonde refonde législative avec les députés et sénateurs ELLV sur notre espace public et sa liberté qui est la première des démocratie culturelle à rendre au peuple.

Il est un autre domaine ou l’art et la démocratie font je crois bon ménage, ce sont les politiques culturelles. Ce secteur, loin d’être un vague creuset corporatiste est à mon sens à l’heure actuelle un lieu en pleine ébullition ou s’invente non seulement les politiques culturelles de demain, mais bien au delà ou se refonde le sens des politiques publiques. La culture n’est pas un secteur comme un autre parce que c’est ce qui fait sens et lien entre les humains. Dans un monde étouffé par la quête du profit où la pensée comptable et technocratique a fagocité la politique au point de lui retirer tout élan et toute aspiration à concevoir ensemble un avenir meilleur. Il nous faut plus que jamais nous connaître dans notre humanité et notre diversité. Nous rassembler autour des œuvres porteuse de sens pour pouvoir imaginer un avenir autre que celui des crises économiques et environnementales.

C’est parce que cet élan créatif de la culture est nécessaire autant que la connaissance du passé pour imaginer l’avenir que je crois que vous avez toute votre place à prendre également dans cette grande maison de la Fraternité que j’appelle de mes vœux sur la place où est tombée la tête d’un roi. Les 5440 m2 de l’Hôtel de la Marine sont assez vaste pour ne pas en faire un lieu de privilège et d’exclusion. Et ses 553 pièces doivent servir autant à la mémoire qu’à la rencontre, au débat citoyen qu’à la fête, à la réflexion sur les politiques publiques qu’à l’art vivant. Signe de mon soutien, je propose à un élément actif de cette démocratie culturelle, David Langlois-Mallet qui anime votre collectif, de se charger d’une proposition partagée.

Croyez chers ami-es à ma fraternelle affection.

« Au Peuple plutôt qu’à la Marine ! »

Discours (apocryphe) attribué à Eva Joly, France, début XXIe siècle
Discours de Jean-Luc Mélenchon (apocryphe, début XXIe siècle)

Parce que le peuple est chez-lui place de la Concorde, je salue votre initiative et vous apporte mon soutien et celui du Front de Gauche !

Notre histoire, l’histoire de France et notre culture a singulièrement partie liée avec celle de la démocratie et de la liberté. Sa page la plus symbolique s’est écrite ici même, jour pour jour, un 21 janvier à 10h22. Il y a 219 ans sur cette même place où un roi à perdu la tête pour que tous sachent, présent et avenir, que la féodalité était morte et appartenait aux poubelles de l’histoire humaine.

C’est cette féodalité, ce pouvoir du petit nombre sur les êtres, cet arrogant défi à l’humanité de la naissance et de l’argent que certains aujourd’hui essaient de restaurer. Car qu’est-ce qui est en jeu dans le diktat des agences de notation ci ce n’est de faire « softement » courber le dos au peuple ?

Alors oui ! il y a du sens à revendiquer votre place ici, à l’heure où une nouvelle aristocratie essaye de tourner la page de 200 ans de luttes patiente, acharnée de nos ancêtres pour un lent progrès social et démocratique, et aimerait faire retourner nos enfants au servage.

Il est salutaire de sortir des quartiers dits populaires, comme l’ont fait les sans-culottes et les femmes du peuple pour se rendre à Versailles, comme vous le faites en revendiquant ce lieu de patrimoine, pour rappeler qu’il n’y a qu’un seul territoire et que tous les citoyens ont le droit même droit à y vivre.

Oui, il est salutaire, à Paris encore plus qu’ailleurs, de refuser un apartheid de l’espace public qui a, insidieusement, petit à petit rongé le territoire découpant ses quartiers de riches ou de bobos où toutes les richesses sont retenues à ne plus savoir qu’en faire et quartiers de pauvres où même les services publics sont laissés à l’abandon.

Mais à y regarder de plus près, ce que nous dit la culture est encore plus fort et plus intéressant. Vous l’écrivez, David Langlois-Mallet, dans un des manifestes de démocratie culturelle : « du point de vue de la culture, la Goutte d’Or est un quartier riche et le XVIe un quartier pauvre ». Et oui ! Les riches sont parfois des précaires de l’humanité, de la culture et du lien social, et une médiation des artistes de la marge qui sont aussi les artistes du monde et de leur temps leur ferait en premier le plus grand bien en les ouvrant au monde plutôt que de les enfermer dans le beau monde qui est aussi un ghetto et qui sous les beaux tissus et les cocktails cache souvent sa vraie misère relationnelle et un certain racisme social. Oui, l’esthétique et le luxe, la culture patrimoniale comme le bling-bling, servent souvent de cache misère et ne sont rien sans humanité. La culture de distinction, en vogue chez nos petits marquis, qui vise à créer un rempart esthétique pour rester un entre-soi et qui in fine faire de la culture un outil d’exclusion n’est pas celle à laquelle nous nous référons.

Non seulement la culture populaire est une culture du partage, de la mixité et de l’intelligence. Elle l’a toujours été, des guinguettes et des cafés des encyclopédistes au Montmartre des cabarets ou du Montparnasse des artistes du monde au St Germain des Près de Sartre et de Vian, mais elle est aussi une culture d’intégration et de citoyenneté. Il y a une profonde intelligence populaire, celle de Gavroche et des grisettes, qui pitié n’a rien à voir avec la démagogie et le populisme qui sont en revanche bien à leur place sur TF1.

Vous tenez pour certains d’entre-vous des lieux qui sont vitaux pour le vivre ensemble, mais qui sont aussi gravement menacés dans leur existence même. Il est honteux pour la République que de tels lieux d’utilité publique soit en péril. Et je veux demain un Etat, qui — comme aujourd’hui les élus et militants du Front de Gauche qui comme Martine Billard ou Jean-Jacques Barrey vous soutiennent au quotidien— un Etat qui fasse son travail dans ce domaine en soutenant tous les lieux de culture « populaire » « émergents » « d’en-bas » « de proximité » qui sont de précieux relais de la démocratie culturelle. Je pense en premier lieu au Lavoir Moderne Parisien où Hervé Breuil mène depuis plus de 20 ans un travail remarquable de culture pour tous au cœur de la Goutte d’Or. Mais tout autant à l’aventure du Théâtre de Verre de Luis Pasina, qui comme Yabon du Carrosse poursuit, de squat et performance, la saga d’un Paris rebelle et insoumis.
Mais je pense aussi, Carmelinda Bruni, à des lieux comme le Théâtre de Fortune qui a été rasé. Honteuse capitulation des pouvoir publics devant un puissant promoteur, contre la loi même qui veut que l’on ne puisse depuis la Libération détruire un théâtre !

Avec gravité, je voudrais vous dire aussi quelque chose. Quand nombre d’entre-nos compatriotes souffrent par temps de crise, quand le retour la langue des mots de l’exclusion et de la haine fait des ravages, les artistes comme les politiques ont leur rôle à jouer pour refuser les inégalités. La culture tisse des liens invisibles entre les personnes. Elle est plus que nécessaire par temps de crise. Je connais les gens parmi vous, comme la Bâronne d’Paname, qui
par la magie de la musique et de la danse, réunissent les corps et les destins de toutes origines sur la piste. Ce rôle n’est pas seulement festif et chaleureux, il est essentiel à la démocratie. Plus la souffrance économique est réelle et plus il est vital de ne pas céder à l’entre-soi ou à la déprime et de se retrouver. Je sais que vous même vous faites partie de ce peuple que vous faites danser et que vous partagez dans votre vie les mêmes difficultés et c’est aussi pourquoi je vous témoigne ma confiance.

Loin de ces élans de partage et de chaleur humaine, dans l’entre-soi feutré des petits arrangements sur le dos de la chose publique, Monsieur Sarkozy a nommé son prédécesseur Valéry Giscard d’Estaing président de la commission en charge de définir l’avenir de l’Hôtel de la Marine. Un avenir qui serait tout tracé. Celui du patrimoine, voir du luxe.

Je souhaite moi en face de ces tristes sires qui veulent confisquer les biens nationaux aux profit des privilégiés, que cet Hôtel de la Marine soit un lieu tenu par des artistes qui ont le sens du partage, du lien chaleureux et festif et de la convivialité. Le goût aussi de nous éclairer et de nous donner à penser et à connaître notre humanité et à l’approfondir d’une façon qui nous surprenne, nous touche, nous émeuve. Par ce pouvoir qu’a l’art de nous renvoyer à nous même pour nous rendre plus fraternels.

Cette fraternité est le sens vrai de la politique telle qu’elle nous anime au Front de Gauche. Je salue donc votre initiative et dit avec vous :

« Au peuple plutôt qu’à la Marine ! »

Squat : Que sont nos amis devenus ? (in Politis 2007)

Comme naguère ses quartiers populaires, Paris perd ses enclaves culturelles. Les squats fondent cet été comme neige au soleil.

Restera t’il un bon petit squat d’artistes parigots ouvert quand Bertrand Delanoë se représentera devant ses électeurs ? On vous dit ça car l’on aurait aimé, vous rencarder tout au long de votre été parisien de bons petits plans parigots et squattards, vous inviter à festoyer dans sur des terrains non tarifés, où l’art et la vie peuvent encore surprendre, où les sourires n’ont rien à vendre… On vous dit ça aussi parce que, pour les élections municipales de 2001, le futur maire du Palais faisait campagne dans les lieux alternatifs : il y avait de l’espoir ! C’était le temps où le secrétaire d’Etat à la culture, Michel Duffour, célébrait les Nouveaux territoires de l’art, on ne comptait plus les ouvertures de petits poumons culturels dans les quartiers. Cinq ans plus tard, on ne compte que quelques survivants… à l’échelle de la ville ! Il est vrai que le vent a vite tourné en mairie. La culture de quartier a du s’effacer devant la communication de la capitale. Les petits lieux ont été négligés au profit de grands évènements attrape-touristes (Nuit Blanche, Paris Plage…) avant que l’énergie municipale ne soit engagé dans la folie des grandeurs d’une candidature aux Jeux Olympiques. Avec qui plus est, le retour sur investissement que l’on connaît. Bien fait.

Mais lorsqu’on se retourne vers nos quartiers, que reste t-il de nos amours ? Eventré, le Théâtre de Fortune n’est ouvert qu’à madame la pluie. Alter-Nation dors sous les parpaings et Ogénie et ses peintres n’existent que dans le souvenir. La Maison Républicaine est redevenue un bar à hôtesses, Blanche a perdu ses artistes. Bouclée, la Maison de la plage n’accueillera plus les gamins de La Villette… tant et tant de bâtit et de jardins solidaires, les parcelles d’un Paris des gens d’ici, rasées, comme naguère la Cour des Miracles sous les bottes du lieutenant La Reynie, le Lutèce médiéval, sous les coups d’Haussmann, les faubourgs sous ceux des soldats de Thiers et le Paris-villages de Brassens sous les promotteurs de Pompidou et Chirac…

Comme autant de vaines barricades dressées par un esprit communard, on voit le Paris populaire perdre ses derniers bastions, devant l’avancée inexorable, d’une autre ville, propre et marchande, celle de la Capitale. Ne voyez nulle nostalgie passéiste, dans ce rappel au mouvement de l’histoire. Ce n’est pas « le bon vieux temps », ce qui « fout le camp », c’est juste votre été, celui des bons plans des gueux magnifiques bloqués à Paname. Car même les lieux que l’on a aimé ce printemps (la cerfvolante, le Vent d’Hôm, le Théâtre de Verre…), ferment pour raisons administratives ou judiciaires. Dès cet été. Attrapez les donc par les cheveux, tapez l’incruste dans leurs fêtes imprévues d’adieu, déhanchez-vous sur leurs chants du cygne, c’est ce que le Pantruche squattard vous donnera de meilleur. Pour le reste, Prince, pardon. Mais cet été a Paname, ta tournée des grands ducs se fait au son des de profondis…

Morpionibus !

David Langlois-Mallet

Spécial squats

Ouvert ou fermé ?

Paris 1er

Rendez-vous en 2008…

Chez Robert, Electron libre, c’est le navire amiral de la flotte squattarde. A deux pas du Louvre, ses ateliers d’artistes ouverts à tous les vents et surtout à tous les publics, en ont fait un symbole. Le comptage d’un fonctionnaire — trop zélé au goût de ses supérieurs —  en a fait le troisième centre d’art contemporain le plus visité de France. La victoire des deux Delanoë aux élections municipales de 2001 (Bertrand le maire et Gaspard, le squateur), a aboutit à son rachat par la mairie. Résultat des courses : L’électron libre est fermé depuis mars 2005 pour des travaux de mise aux normes qui tardent à venir (jusqu’en2008 ?). Un exemple à suivre ou la trace du collier ?

Chez Robert, Electron libre, 59 rue de Rivoli, 75001 Paris. www.59rivoli.org

Paris 1er

Fermé de l’intérieur

« C’est entièrement fermé ! » se flatte Julien, président de l’association qui occupe un magnifique immeuble historique, l’ancienne ambassade d’Andorre en France. La Tour, est l’un des rares squats légalisés par la Mairie. Il le doit à son efficace et bien introduit président, qui ne parle que « normes », « légalité » et réalisme économique, mais surtout au fait qu’il se limite très étroitement à quelques ateliers réservés, sans risque vers le public ou engagement de quartier, excepté des cours de dessin dans 5 écoles BCBG. Pas cher payé pour loger les petits copains et… pour cracher sur les autres squatteurs de Paris ! Espace privé donc… surtout de vie !

La Tour. Le Laboratoire de la Création

111, rue Saint-Honoré, 75001 Paris. Tél. : 01 40 26 18 95

Et le site : www.laboratoiredelacreation.org

Paris 2e

Bon Vent !

De l’ambition artistique, un quartier emblématique mais très difficile pour les occupations, le pari de Vent d’Ôhm était alléchant. S’en sont suivi quelques mémorables expositions et fêtes sauvages, à deux pas du gratin de la bijouterie mondiale. Mais la justice n’a bien sur pas suivi, les artistes plient bagage. Rien donc de programmé cet été, mais… restons malins et fureteurs, les fêtes d’adieux sont les plus belles ! Départ prévu le 27 juillet.

Squat Vent d’Ôhm

10, rue Volney, 75002 Paris

www.ventdohm.tk

Paris 10

Haut, bas, fragile

Ambition artistique et ouverture sur le quartier. Le Théâtre de Verre reste fidèle à sa vocation avec un programme des plus fournis (performances d’artistes toulousains, japonais, africains… soirée a thème gastronomique, ateliers d’alphabétisation gratuits, de danse etc…vernissages). Mais seulement, jusqu’au 15 août, date prévue par la justice pour sa fermeture. La mairie de quartier n’était pourtant pas indifférente, mais que fait la mairie centrale ? Ou plutôt qu’a a faire la mairie de Paris d’une action de quartier ? Il ne lui en coûterait, dit-on pour sauver ce qui est peut-être le lieu de culture alternative le plus vivant de Paris, que… le prix d’un lampadaire par mois.

Théâtre de Verre, 25/27, rue de l’Echiquier 75010 Paris. Tél. : 01 47 70 58 25

www.theatredeverre.org

Paris 11

Avec légèreté

Pas facile de tenter un lieu d’habitation pour femmes et enfants, qui soit aussi un lieu ouvert aux luttes et aux mouvements, un espace de gratuité (atelier vélo, informatique, langue). Pari réussi pour la Serre-Volante, mais la vraie difficulté, restait d’affronter le droit à la propriété. La Serre-Volante a fermé ses portes le 15 juillet, avec une dernière fête d’adieu… pour rembourser ses amendes.

La Serre-Volante, 52, rue Sevran, 75011 Paris.

Paris 11

Piano l’été

Pas de grands projets sous le soleil d’été, pour ce labo d’alternatives, mais la poursuites des ateliers de quartier : capoeira ou sculpture, danse… Même si une surprise n’est pas exclue d’ici-là, rendez-vous en septembre pour le festival.

La Petite Roquette

6, rue Saint-Maur, 75011 Paris

Contact : breakerz@free.fr

Paris 18

Bât son plein

Ça bouge bien dans ce jeune petit lieu inspiré des Macaq (ces squatards des Batignolles, expulsés, mais toujours actifs hors les murs). Donc priorité à la vie de quartier. Repas tous les jeudis, scène ouverte, diffusion de cours métrages et ateliers de sculpture, de danse… On peut même participer au ménage et au bricolage certains dimanches. Le bonheur quoi.

La Villa Joie

61, rue Ganerron, 75018 Paris

Contact : nathan@macaq.org

Paris 19e

Repos Général

Tranquille, mais pas sauvée du procès que lui mène l’Education Nationale, dont elle squatte un bien désaffecté, la Général se prépare un été en pente douce, entre expos plus ou moins imprévues et farniente spontanée. Ce collectif de création, l’un des plus dynamique, dans le domaine des arts plastiques (on y trouve aussi des concerts z’engagés et débat gay et lesbiens) reste l’objet de polémiques virulentes. On lui reproche son côté arty-branché, voir un académisme déguisé en précarité-hype. Mérite bien le risque d’une petite visite par une aprèm de balade.

La Générale

10-14, rue du Général Lassalle, 75019 Paris

www.lagenerale.org

(Petit encadré du bas et photo)

14 Juillet

Les clowns ont défilés !

A l’appel de la Brigade des Clowns, rejoint par un collectif d’association de sans, une centaine de clowns a paradé pour se réapproprier le 14 juillet, en contrepoint du défilé militaire. Se revendiquant de l’esprit des sans-culottes, ils ont mis en boîte, armes de dérisions massives à la main, « les militaires et les mercenaires de la République françafricaine, (qui) ont défilé devant l’accidenté vasculaire cérébral, qui croit encore qu’il est toujours le chef des armées ». C’est pas joli, joli, de se moquer de tous ces simples d’esprit !

Contact : http://www.brigadeclowns.org

Culture en résistance : l’autre Renaissance ?

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« Le bonheur est dans la résistance » écrivit un parolier populaire au nez creux en matière d’air du temps. Ou, que se cache t-il, autrement dit,  qui nous concerne de près derrière tous ces phénomènes culturels disparates, entrés en résistance ? Quelles sont les logiques à l’œuvre derrière ces cultures dites « alternatives », « populaires », « émergentes » etc… ?

Tendance
Peut-être, à une époque pas trop lointaine, l’encartement et surtout la parole militante, à la scène ou sur un air de guitare, fondaient-ils la démarche de « l’artiste engagé » sur le modèle de l’orateur politique… Aujourd’hui, à côté de cette révolte explicite — qui existe notamment dans la chanson — on observe des formes d’engagement culturel bouillonnant d’inventivité qui correspondent aux formes de la conscience sociale, politique et même économique, dont elles investissent  les champs, à leur façon. Si les mots ont perdu de leur pouvoir au pays de Voltaire, c’est probablement, dans notre post-mitterrandisme, que la pensée du moment, lorsqu’elle est en mouvement, fructueuse et active, est particulièrement attentive à un autre champ, celui des pratiques, à une certaine cohérence entre paroles et actes, voir à un feeling. Certains y verront un reflux de la politique, c’est en tout cas une transformation. Une Renaissance, peut-être.

Ces nouvelles pratiques de l’engagement que l’on repère et expérimente dans un grand nombre de dynamiques en cours dans ces cultures dites « alternatives », sans préciser à quoi. Que l’on qualifie de « jeunes », même si, du cœur des nouvelles générations, elles restent ouvertes à une jeunesse à la Tintin, où chacun peut trouver sa place.  « À la marge » ce qui est insultant pour des phénomènes qui sont au cœur de la société (ou bien est-ce un lapsus qui, parce qu’il vient de l’Institution, traduit l’éloignement de l’Etat ?)… CultureS surtout, au pluriel, car nos vieilles habitudes jacobines devront bien réapprendre à penser dans la diversité quand dans nos quartiers comme nos représentations, cohabitent et se bousculent plus qu’avant, les représentations venues de toutes les régions du monde, époques de l’histoire et systèmes esthétiques nées des formes musicales (techno ou rap, rock et reggae ne sont pas que des musiques). On aurait pu parler de cultures actives. Mais quel terme rend compte de ce qui peut se passer, ici ou là, dans certains squats, mouvements sociaux, l’antiglobalisation, la jeune scène, du graph, les artistes de rue, dans les caves des téCi, les bars musicaux, sur certains sentiers du web, dans de petits lieux alternatifs un peu reconnus, voir jusque dans l’évolution, éminemment culturelle, des relations humaines, amicales ou amoureuses. Bref, dans un renouveau des cultures populaires, marquées par la volonté de résistance ? Alors résistons au logo. À la définition d’une école, ou la dénonciation à l’admiration générale de grands artistes. À la facilité commerciale du concept, préférons la difficulté à les saisir qui est peut être une chance de préciser ce dont on parle. Essayons de reconnaître des tendances à l’œuvre en relevant, ici ou là, des indices de leur présence.

Lieux
Mettons-nous à la recherche d’endroits où « cela » peut se passer. « Cela », c’est une rencontre entre une humanité et des pratiques artistiques, une élaboration culturelle ouverte à ceux qui l’entourent. Des lieux possibles parce qu’ils ne sont pas construits sur le mode de l’espace privé avec ses barrières réelles et tarifées (droit d’entrée) ou symboliques (vigile, regard en biais des galeries d’art, propriété de celui qui paye et possède le territoire, juge du droit d’accès, etc…). À la recherche de ces espaces privilégiés, on trouve les quartiers populaires mixtes (l’est parisien par exemple), parce qu’ils sont humainement plus riches, divers, multiculturels, et fourmillent de lieux ouverts, bars culturels, squats et petits lieux de culture. Entre de « beaux quartiers » (de quelle beauté parle t-on ?), vidés de leur substance, transformés en galerie marchande obscène ou en musée glacé (qu’on veuille bien prendre le temps de regarder ce qu’est vraiment le quartier Latin) et les quartiers délaissés, où l’injustice et la souffrance se donne de façon plus brut(e) et dont l’humanité reste d’un accès codé.

Démarches
Entrons dans cet atelier à Belleville, Velasco-Meller, dont les artistes choisissent de se retourner sur le regard des habitants du quartier plutôt que de rechercher l’approbation du marché, des critiques et des galeries. Ou chez ces artistes à Montreuil qui avec l’association Pulsart travaillent avec les gamins du 93, ou avec des prisonniers et d’autres publics délaissés et font ainsi jaillir une créativité brûlante. C’est dans un coin de Ménilmontant, le Théâtre de Fortune, qui ouvre de longs mois une scène gratuite, avec des programmations vraiment intéressantes mais est aussi un lieu de débat, de répétition, une maison du peuple dans un squat sous la menace des pelleteuses. C’est une compagnie de théâtre qui promène les gens dans le noir et leur chuchote à l’oreille, une autre qui joue en appartement, parce qu’elle recherche cette même proximité et aussi parce qu’elle n’ont pas de salle. On voit de nombreux artistes qui diffusent, parfois par internet, leur œuvre, leurs pensées en forme no-copyright, sans prétention mais non sans talent comme Katerine Louineau et ses K-lignes. Les Femmouzes T, chanteuses des rues toulousaines passées à la scène, qui refusent les budgets qu’on leur propose : « dépenser de l’argent public, pourquoi faire ? » Ce sont des artistes du quartier Arnaud Bernard de Toulouse, les Fabulous Trobadors, qui lancent les repas de quartier. Tel squat (mais pas tous) recherche le travail en atelier, tel autre une alternative à la galerie ou à la boîte de nuit, celui-là un rapport différent au quartier. Yannick Jaulin dit qu’il a choisi de dire des contes sur un thème difficile, la mort, parce qu’il pense que la société est paralysée sur ce sujet. Bureau d’Études crée des plans de ville sous un angle abstrait et figure à la fois « le droit et les interdictions », puis trouve plus de sens à s’investir à corps perdu dans l’organisation du camp No-border. Sous leur chapiteau et autour de leurs chansons époustouflantes, les quatre frangins-et-gines des Ogres de Barback construisent un réseau indépendant. Et dans cette petite épicerie, « l’arabe du quartier », on écarte quelques jours boîtes pour chat et paquets de lentilles, pour une expérience avec des vidéastes. Qu’ y a-t-il d’intéressant là-dedans ? L’épicier ne l’est-il pas autant que les artistes ?

Centralité des pratiques
L’identité profonde de toutes ces expériences et ces créations — de ses vies — s’attache à la recherche d’autres pratiques. On fait avec d’autres publics, en se débrouillant pour que ceux qui d’habitude sont exclus, puissent en être. On fait avec d’autres moyens, un autre rapport, d’autres lieux. « Autre » que les conventions, autre que ce qui habitue au fonctionnement routinier de la société. Tout ce qui peut casser l’habitude semble susceptible de faire naître un instant de pensée autonome chez le spectateur, devenu spec-acteur. De créer un lien différent de la relation figée artiste / public ou de sortir celui qui vient, petit bout de société, de son attentisme. De casser les rapports convenus. Accepter que les choses soient là où on ne les entend pas. Comment échapper au produit culturel et à la démarche marketing ? À la mécanisation ? Y a t-il des archétypes, des modèles ? Plutôt des démarches dont la convergence peut faire penser qu’une véritable culture est en train de naître.

Contre-pied ?
« Autre » que quoi ? Alternative à quoi, résistance contre quoi ? «Devine ! » devrait-on répondre. Alternative à une société dominante dans laquelle on ne sait plus bien si l’idéologie de la consommation et celle du repli sur soi forme deux options, ou les deux faces d’une même dictature molle. « Autre » qu’une société à la fois moutonnière et égoïste mais volonté de faire dans le sens d’une certaine logique humaine, individualisé mais reliée au collectif. On pourrait presque imaginer un tableau :

Commerce / Gratuité
Récréation / Sens
Tourisme / Local
Standard / Cultures du monde
Ciblage / Ouverture
Centralité / Réseau
Autorité / Autogestion
Masculinité / Parité
Privé / Public
Etc…

Un tableau que l’on peut retourner. Il est amusant d’avoir une lecture de la société dominante, dans l’exaltation des valeurs inverses de la culture alternative résultat… presque aussi flippant qu’un prime-time sur TF1.

Du côté des militants
On peut même penser qu’il n’y a qu’un mouvement, artistique et mouvementiste, ( !) (militant ? activiste ?) tant l’évolution est parallèle. Les mouvements qui prolongent 68 substituent aux discours la vigilance sur les pratiques et des générations, que l’on dit incultes historiquement, ont en mémoire les erreurs à ne pas recommencer. Reclaim The StreetS, Aarrggh ! ! etc… veulent faire réfléchir plutôt que prendre le pouvoir. À Dijon les anarcho-punks de Maloka ouvrent squats sur squats et expérimentent un vivre-ensemble politique. Et la réinvention des cabarets politiques, après le 11 septembre, n’est-elle pas le fait des artistes de Jolie Môme ? À côté, ou en plein dedans, les formes de représentation qui s’élaborent au MIB, entre répression policière et hip-hop : est-il culturel ou politique de faire émerger l’idée, sur un tract ou en free style, que « la justice coloniale s’est transposée aux banlieues ? » Les jeunes qui montent le Festival des Résistances et des Alternatives, organisent concerts, débats politiques ou expérimentations de désordre urbain. Vous avez dit frontière ? Quelle frontière entre happening et manif aujourd’hui ? S’il n’y en a pas dans la forme, c’est dans le sens qu’il faut la chercher, dans l’intention.
Dans ces groupes, les questions les plus actives sont celles des pratiques internes : convivialité, politique festive, parité, démocratie, non violence etc… Le militantisme recherché (qui choisit pour s’exprimer la chanson, le dessin, le carnaval, le théâtre de rue etc…) se veut moins « efficace » que tourné constamment vers l’art de vivre politique du collectif. Car l’important y est peut-être d’abord ce que les gens vivent : la pratique encore. Même si on ne peut que rarement parler d’art dans les pratiques des mouvements militants (oui, mais alors ne dirait-on pas qu’ils sont artistes ?), où est leur frontière avec des groupes musicaux qui finissent par présenter leur liste aux élections, comme Zebda ? N’est-ce pas d’un même mouvement qu’il s’agit ? D’une même pensée, d’un sens, décliné sur des champs différents ? D’ailleurs tout cela ne finit-il pas, en manif ou en soirée, sur l’air « Motivé, motivé »…

La question du sens
La tendance est repérable à certains comportements, mais io n’y a pas de recette, de « concepts », dont pourraient s’emparer des opérateurs commerciaux ou institutionnels pour reproduire du sens (il semble que cela leur soit aussi difficile qu’à un dirigeant politique ou économique de produire du sens social). Mais quelque chose est à creuser. Pourquoi parler des SDF ? Aller dans les prisons ? Rechercher le contact du quartier ? S’intéresser aux jeunes des cités plutôt que de les désigner à la vindicte publique ? Pourquoi se préoccuper des exclus de ceux que la société rejette, les vieux, les gamins, les quartiers populaires ? etc… . Pourquoi cette intention a t-elle du sens, plutôt que de se demander quel marché est à conquérir, ou comment maintenir ses petites positions en faisant trébucher untel ? Contentons nous ici de répondre : « Parce que ». Sans plus de prétention. Et renvoyons chacun à son bouquin d’éthique favori, à son bénitier, à son manuel de sociologie ou à ses éphémérides… sa façon de se débrouiller avec ce mystère de notre humanité. Nous pensons que le cœur du mouvement est dans la sincérité d’intention de ses acteurs. Sincérité artistique, qui manifeste aussi un sens subtil de son intérêt : « jouer dans une salle où les gens ont payé 20 euros l’entrée, non merci ! Bonjour la gueule du public dans ces lieux là ! Je préfère de loin les petites salles » s’exclamait par exemple Akosh. Mais sincérité d’abord d’artistes ou d’associatifs  qui se pose simplement la question de ce qu’ils peuvent faire de bien avec leurs moyens dans ce contexte. Échos à la belle angoisse d’un José Valverde : « Ai-je assez dit que le monde comme il va ne peut pas aller ? »

Contexte
Qu’on se rassure, on reste libre de penser que la création et la culture n’ont rien à voir avec notre époque. Que la culture, c’est un peu de musique que l’on ajoute dans une convention d’entreprise, une expo d’un peintre mort pauvre (mais très coté) qu’il faut voir, le livre de la rentrée ou de l’été. Quand les richesses les plus phénoménales jamais détenues par l’humanité se concentrent entre quelques mains alors que la pauvreté explose à milliards, que les médias nous habituent à l’idée de la mort de la planète, qu’un zigoto au fond d’un laboratoire, ou un autre, élu par des mafias, peut changer la marche de l’Humanité, voire l’interrompre en appuyant sur un bouton. Quand le pouvoir économique s’est constitué en force méta-politique depuis ce que l’on commence à appeler « le coup d’état de l’OMC » et se dote aux travers des États (qui ont échappés à leurs citoyens et dont on se demande s’ils forment une entité distincte) et des médias de moyens de contrôle considérable sur les individus au nom de leur sécurité ou de leurs loisirs. Est-ce un hasard si c’est au Président de la Commission Culture du Parlement Européen, Michel Rocard, qu’il revenait de dire que « certaines mafias ont trois ou quatre fois le PNB de la France et disposent de tanks et de sous-marins » ?

Libres de penser que ces considérations doivent rester sans rapport avec l’évolution culturelle — puisqu’elles ne sont même pas politiques, si l’on en croit nos énarques, qui planchent sur l’équation entre critère de convergences et taux de croissance. Que nos murs bardés de digicodes, (de caméras de surveillance, de reconduite aux frontières, de vigiles et de normes de sécurité…), construits entre deux mondes, dans la même rue, sont sans rapport avec nos propres cloisonnements. Que le fait de s’habituer aux SDF dans la rue, que nos comportements avec l’Autre (autre fortune, autre âge, autre culture, autre richesse, autre sexe, autre couleur etc…)  sont sans conséquence pour notre humanité et sans rapport avec le retour de l’extrême-droite. Nous ne savons pas si les nombreux opérateurs culturels et les pro du marketing du moi ont encore de beaux jours devant eux. Ce qui est certain, c’est que le choix d’une logique ou d’une autre signifie une société déchirée, où les passerelles sont peu nombreuses en dehors de la fête par exemple.

Pratique de l’exclusion
Une jeune femme qui venait de faire émerger son « petit lieu » de culture, essayait d’expliquer son parcours par une précarité « à 80% subie, à 80% choisie ». Cette phrase, combien de jeunes artistes, militants, chercheurs, intellos-précaires, la comprennent de l’intérieur ? C’est une signature de génération ! Entre les forces du marché qui n’en veulent pas et des institutions qui les snobent, un verrouillage de la société sur le modèle de l’homme blanc, quinquagénaire… Les pratiques de la recherche, de l’exigence, impliquent une expérience pratique de l’exclusion qui rapproche les modes de vie de ceux qui possèdent une richesse culturelle et de ceux qui subissent une pauvreté matérielle. Les squatteurs, le mouvement des free parties, les jeunes des cités, les artistes de rue, les bars musicaux etc… sont comme les SDF, les sans-papiers et les autres exclus, priés de circuler. « Oui, mais pour aller où ? » disait l’un d’eux, à Amiens, contraint de déménager. Ils sont là parce qu’on les empêche d’exister. Pourquoi certains ont-ils moins le droit de respirer que d’autres ? Pourquoi certaines cultures relèvent-elles du label et d’autres de l’écrou ? Pourquoi le ministère de la Culture ne gère t-il qu’une partie de son champ et laisse t-il au ministère de l’Intérieur les arts de la rue, des squats, des bars musicaux ?

Quelles perspectives ?
Si l’on s’en tient au rapport de force, si l’on mise sur l’affrontement, cela se présente mal. Rien qu’en France, quelles peuvent être les « marges de progression » des marges ? Si le modèle culturel jospinien prêtait à sourire, que dire de l’arrivée au pouvoir d’un gouvernement culturellement néo-pompidolien au temps de l’OMC ? La répression se fait depuis quelque temps plus violente, dans un conservatisme autoritaire décomplexé. La culture de contestation ne bénéficiera même plus de l’influence et de la fascination qu’avait sur la droite son aînée dans les années 70, tant son capital moral s’est perdu dans l’affairisme et le pouvoir. Du côté des conservatismes de gauche et des adeptes de la culture de distinction, par définition vides de sens, une violence symbolique se développe « contre le nouveau populisme ». Tout est à reconstruire dans une société qui fonctionne en cercles de plus en plus autonomes, n’ayant de compte à rendre qu’à leurs conflits internes. « Dans les éléments chaotiques de notre société, comme dans les éléments naturels, le geste ne peut plus tant être un geste de force contre les choses, que de composition avec les choses » écris Gibus de Soultrait, surfeur et philosophe le temps d’un ouvrage collectif avec les Périphériques Vous Parlent.

Un humanisme
On doit s’impliquer contre cette précarisation et essayer de faire évoluer les mentalités, le droit, ou les pratiques. Cela n’empêche pas de retourner la question : « au fait, qui est précaire culturellement ? » Car le revers de cette précarité, c’est une richesse culturelle. Les habitants des beaux quartiers ne sont-ils pas nécessiteux ? Culturellement ou humainement, ne vaut-il pas mieux habiter à la Goutte d’Or que dans le XVIe ? Ceux qui n’achètent qu’un art qui les conforte se condamnent eux-mêmes à fréquenter des artistes qui n’ont rien à rien à leur apprendre, sur un monde qu’ils ignorent. À quoi cela sert-il de trôner, déconnecté et dans l’ignorance ?

Réponse courante des artistes sur la question de l’engagement : « vivre comme ça est déjà un engagement ». Si les artistes en résistance n’avaient à répondre qu’à eux-mêmes, la plupart feraient le même parcours, « parce que c’est plus passionnant » disent-ils avec Nicolas Verken de la K’Tamaïr compagnie. À défaut d’une vie publique, ils s’offrent le luxe d’une vie d’intérêt collectif et tout simplement une vie intéressante. Mais quel gâchis que tous ces gens, riches et brillants, restent dans une certaine l’obscurité, alors que moins de tracas, un peu de moyens, de la lumière leur ferait tant de bien (et à la société  donc !), quand tous les ploucs du show-biz grillent sous les feux de la rampe. Ces artistes qui éprouvent la nécessité de transmettre une émotion porteuse de sens dans une période de crise grave,  ces militants convaincus qu’il est plus urgent de favoriser une prise de conscience collective que de prendre le pouvoir se retrouvent dans une convivialité populaire soucieuse de notre humanité ; ils savent qu’à grande échelle le problème politique est avant tout culturel. Espérons de jolis fruits d’art de vivre et de civilisation, car comme le disait joliment l’éditeur sonore Alexis Frémeaux. «La culture vivante, c’est la spiritualité des pays laïcs ».

Que du bonheur !
Jolie perspective, sa plus belle chance ne réside t-elle pas dans une certaine séduction ? Voir un hédonisme conscient. Entre des masses sous hypnose cathodique, une culture du profit qui génère une dégradation des conditions de vie, des rapports humains de merde, un dégoût de soi compagnon nécessaire des carrières « réussies ». on n’enlèvera pas aux artistes les moments de bonheur, et les bourgeois restent troublés de voir passer les gueux. La vraie séduction, c’est peut-être ça, tous les enfants ont rêvé d’être d’Artagnan ou Zorro avant de devenir épicier. On se rêve résistant, pas milicien, Même les buveurs d’eau de Vichy rêvent d’ivresse et ont des oreilles qui peuvent entendre cette petite musique de bonheur, d’intelligence, ou de liberté intérieure.

David Langlois-Mallet


(Article paru dans la revue Cassandre 2003)