Archives du mot-clé Mes Parisiennes

Grand Paris. Dans ta soupe chinoise !

Dans ce petit chinois bon marché (que j’affectionne), ça parle cinéma entre deux nems. Deux filles parisiennes, des gros pulls, mais des bottes un peu chic, la banalité tranquille d’une moyenne bourgeoisie intello. Assez typiques du coin en fait.

Du ciné aux opportunités de boulot, des copains de Bordeaux à l’expo Sade, de Duras à Pôle Emploi « dont je me dis que d’autres en ont plus besoin que moi » il n’y a qu’un pas. Rien vraiment qui me tire de mon bouquin sauf quand je dois le lâcher pour ma soupe crevettes. Un échange placide de multiples signes de reconnaissance culturelle, long comme un jour de pluie avec leurs parents à Bordeaux. L’ennui.

Quand tout à coup, de la vie. Des exclamations : « L’horreur ! », « tu devineras jamais ?! » « J’étais déprimée en lisant ça dans le métro… » « Ôlala… » « La seule proposition que j’ai reçu de Pole Emploi, c’était pour entre professeur de technologie dans un lycée d’ingénieurs à Garges les Gonesses ! »

« Non mais, moi ! Tu te rends compte ! Pro…fe…sseur… de techno…lo…gie… Gar…ges… les Go…ne…sses. » « Moi !! Horrible ! Avec le CV que j’ai… Les études que j’ai faîtes. Ma spécialisation en cinéma… Tu imagines ? Ils font vraiment n’importe quoi ! Et le pire ? C’est qu’ils menacent de te radier si tu refuses trois fois ! Non… c’est pas possible. Je suis allée les voir ! »

« Non mais j’allucine ! »

« GARGES LES GONESSES ! MOI ! J’étais effondrée. Ôlala. Non mais tu imagines ? Je ne peux même pas. Tous les cas sociaux là-bas. L’enfer. Non. Tu imagines ? Dire qu’il y a des gens qui y sont pour de vrai !!! Les pôôvres »

Typique j’vous dis… Le Grand Paris, c’est pas gagné !

David Langlois-Mallet
Laisse béton, vis à la campagne !

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Sur la solitude des femmes… (et des hommes)

J’aimerai bien savoir à mon réveil, combien d’entre-vous Mesdames (je parle aux grandes pas aux minettes de 20 piges), tirent la couverture sur elles le soir en se déclarant à elles-mêmes qu’enfin la femme est libre, fait ce qu’elle veut de son corps, de son cul et de son destin ! Qu’elles attendent avec impatience le chant de la poule au matin pour reprendre le combat et traquer les dernières lignes de l’arrière-garde masculine qui se montre encore sur Facebook, et faire rendre gorge et merci au dernier phallus qui pointera le bout de son museau d’oppresseur !

Et combien appartiennent à la cohorte de celles qui écrasent une larmichette dans leur lit froid en se disant qu’elles sont épuisées de porter si lourd, et qu’un goût de latex de ci de là n’a jamais vraiment compensé toute cette solitude, qu’elles troqueraient bien contre une épaule un peu bourrue.

J’ai croisé pas mal de celles-ci et de celles-là, mais il me semble, qu’elle soit portée en étendard ou qu’elle serve de mouchoir, que la solitude reste l’aventure la mieux partagée des dames de 35 à 99 ans. Et que même s’il reste l’objet de beaucoup d’espoir et d’une foule infinie de reproches, le principal trait de la gente masculine est surtout d’avoir déserté, de traîner les pieds ou de se faire porter pale…

Sur ce, gentes dames, toniques suffragettes, romantiques prosacïque, tendres correspondantes et chères amies, je vous souhaite la bonne nuit !

(Suite)

Il y aurait eu de l’ironie dans mon post d’hier sur la solitude des femmes ? On a voulu voir (toujours votre manichéisme français), une éloge des hommes, voir du couple… Je pouffe.

D’abord, notre époque solitaire s’accommode aussi du couple. Une bonne part des gens en couples autour de nous, ne se sont-ils pas débrouillés pour être « célibataires ensemble » ?

Ensuite, les hommes sont tout autant solitaires que les femmes (je pense même que ce sont eux qui ont fait un pas en arrière, trouvant que le jeu n’en vaut plus la chandelle). Comment répondre aux exigences de princesses de ces hommes comme les autres que sont devenues les femmes ? Notons quand même que cette retraite s’opère en silence à côté du bruyant désert affectif féminin.

L’inégalité demeure jusque dans la division de cette société onaniste.Prenez le godemichet (les femmes aiment surtout rêver) est brandi comme hampe de l’étendard d’un renouveau de la libération sexuelle (à condition de le nommer en anglais), alors que les mâles (qui aiment surtout voir) ne parlent de leurs adresses internet ou autre que sous le sceau de l’amitié. Cela n’empêchera pas les femmes de faire beaucoup de bruit « avec ce sujet tabou », « dont personne ne parle » (alors qu’il est dans tous les féminins et transpire la banalité urbaine depuis 10 ans etc..).

Mais ce qui est intéressant, c’est que dans notre société, chacun se replie sur son particulier. Disons juste que les femmes, qui entretiennent un rapport « particulier » à la vérité dès que lors que le sujet touche à leur émotions, abusent trop clairement de cris que triomphe pour que l’on entende pas résonner les échos d’une terrible défaite.

Sinon, c’est sympa non, cette saison des kakis et des grenades ?

David Langlois-Mallet

La place au sec

Cette merde de pluie. On a à peine la place en terrasse à couvert de la bâche.
Les deux loulous sont en grandes conversations. Poliment n’interroge, savoir si ma présence ne gêne rien de confidentiel.

-Non, ça va on s’tenait juste au courant pour la came…
-ah, ça j’fais avec un air blasé, piqué à Gabin, j’respecte. Moi, je demande toujours à mes gars la discrétion sur mon business.
– ils se regardent les yeux ronds. Puis l’un se lance : pour les grosses livraisons, on voit toujours à le faire dans la limousine.
-Ah ouai… (Genre je critique l’amateurisme), avant, je tenais aux hôtels, mais aujourd’hui, un coup de feu part si vite… Je préfère que mes gars tiennent ça sous contrôle…
-ouai, ouai, s’excitent les petits gus. Nous on a des armes dans les coffres…
– (La, j’entre vraiment dans le personnage), j’allume ma bouffarde et je souffle : Hum, hum… Mes snipers au premier geste suspect… Pffffiout ! Ils tiennent toujours les mecs dans la mire quand je cause à des inconnus. Un réflexe.
– Bon ben, c’est pas tout, on va y aller… Bonne journée Monsieur. Au revoir Monsieur.

Et voilà comment on s’fait son coin de terrasse penard.

David Langlois-Mallet © Mes Parisiennes 2014

Chatte blonde, chats noirs… Tssss….

Elle.
M’attend au café du Chat Noir.
Je.
Déboule guilleret.

Mais voilà t’y pas qu’il y a un gus à sa table. Ah…

L’archétype du dragueur. Le mec qui se balance un peu sur sa chaise, les bras en torpille sur la table, la bouffant du regard et surtout cherchant dans ses yeux à elle qui se dérobent une réponse : « J’ai bon, dis ? J’ai bon ? Dis oui. Dis oui… »

Moi, fatalement, je suis tout de suite moins son genre de beauté à lui. En même temps, je critique pas car entre moi mâle hirsute et cette jolie slave, j’avoue…

En même temps, compliment pour compliment, lui n’est pas trop mon type non plus. J’ai l’avantage de la position dominante. Le mec qui arrive. Qui est attendu. Qui est debout. L’autre un peu tassé, je me doute qu’il aimerait que je sois ailleurs… Je ne mettrais pas mon veto à ce qu’il bouge.

Elle se balade ailleurs, dans ses pensées…

Les présentations sont vites expédiées. Nos prénoms échangés comme des cartes pour un duel, je me doute qu’ils ne resserviront pas…

– Elle, ne m’attendait pas si vite.
– Lui ne m’attendait pas du tout.
– Moi je m’attends à tout.

Le gars maintien la charge droit dans ses bottes. Mon arme aussi, c’était la cavalerie.

– « Bon, lui dit-il je t’offre le livre, tu me donnes ton numéro ». Portable en main, il attend.
– Silence gêné de la Miss.
– Attitude gêné du gus.
– Je me marre doucement.
– « Bon, dit-il, c’est gratuit, je t’offre le bouquin. » (Monsieur à sorti son roman, comme tout le monde, je suis à deux doigts de le tiper entre mes dents, comme dans les cours d’école « tssssss »… la drague parisienne, encore un lecteur de Technikart).
– Elle reste toujours interdite. Je débloque la situas. « En même temps, dis-je c’est gratuit, c’est bien… »
– Lui (de la répartie, parisien je vous ai dit) et l’oeil bien scotché dans sa blondeur à elle : « Un 06 aussi c’est gratuit. »
J’aime bien le cran, pas l’insistance.
– Moi « Toute la beauté du geste, c’est que l’on attend pas de retour… »
– Elle « Je vais voir, je ne sais pas s’il me reste de carte de viste… »
– Lui « Non, ça va. Bonsoir. »
Il lève le camp.

En plus le bouquin n’est même pas de lui. Tssss…

Reprenons les choses où on les a laissées.

David Langlois-Mallet © Mes Parisiennes 2014 mesparisiennes.wordpress.com

Belleville m’éclate

Je passe vite m’envoyer une petite soupe, genre à 6€50. Nouilles tirées à la main au bœuf ou autre. Ça ira très bien pour chasser le rhume de mai.

J’ai laissé, j’avoue à regret, ma jolie collègue et son perturbant pendentif, boussole d’or balançant mon désir, pour vite me radiner à Belleville dans ce rade qui fleure bon la soupe populaire des romans. 

Me voilà à ma table, vite coincé entre trois parigodes lectrices de Sophie * qui sortent du bureau de leur assos et trois marchandes de bisous tombées de leur Wheng Zou natal pour d’héroïques oeuvres sociales sur la voie publique.

Les unes s’informent négligemment, après une matinée à l’agence des prestations sociales, de la façon dont elles ont rompu avec Machin, des courses à Monop´ et du temps qu’il fait.

Les autres aussi j’imagine dans leur sabir (le temps est le même pour tout le monde), après une dure matinée à degorger patiemment et en délicatesse les poireaux des petits hommes nerveux des trottoirs. Leurs longs cheveux soyeux, malgré le coup de brosse hâtif, garde la trace de quelques empoignades du jour et leurs bas épais, évoquent plus la pêche au large que la subtilité des alcôves griffé Chantal Thomass.

Les assiettes de riz, les bobun, les additions sont les mêmes. Sans doute leurs aspirations amoureuses aussi. Et je parierais que les plus sensibles parmi ces Parisiennes, ne sont pas celles qui ont le plus de chance.

J’aime bien ce papa asiat aussi qui déjeune avec sa fille qu’un destin parisien attend.

Je glisse chez le coiffeur Ceylanais. Il me tond, me pomponne, me talque et me masse le crâne comme un cul de nouveau né. Il termine mains jointes, faisant claquer ses phalanges dans une curieuse prière. Il rit, les dents écartées comme un peigne, de toute sa bonne bouille de héros de BD, tandis qu’il m’asperge d’eau de Cologne bon marché.

Et je le laisse -et mes lectrices aussi à leur rêve- quand entre dans son échoppe de rue une sorte de beau guerrier barbu aux cheveux longs. Droit sortit, avec son regard de khôl, de la couche de la mère des dragons…

Ah Belleville !

David Langlois-Mallet

* Comment j’ai sauvé la Planète. Editions du Moment

Mes parisiennes. Jolie pêche

-« Oh pardon ! » dit la longue brune qui manque m’effleurer de son filet à la sortie des caisse. C’était la deuxième fois que nous nous excusions les pêches à la main, après ma halte pensive au rayon saumon…

-« Pardon », lui retournais-je à mon tour, j’étais en train de me dire… (Retenant son attention un instant) que votre anneau de pied avait beaucoup de chance… »

– » Merci…! » Fit-elle avec un sourire immense et très doux.

-« Il a tant de chance, être si bien placé… au bout de vos jambes admirables ! »

Gabrielle vacilla alors pour la première fois et son visage devint rose… saumon.

David Langlois-Mallet

Mes Parisiennes 2014