Archives du mot-clé France

France. Pourquoi la question des Kebabs, levée par le FN, est super intéressante !

Robert Menard du FN part en guerre contre eux. On connait la musique, il s’agit de viser tous les signes distinctifs d’une culture de l’autre rive de la Méditerranée et de lui opposer une culture uniforme, support d’une identité unique française, et d’un vote nationaliste.

De quoi les kebab qui pullulent en effet dans nos villes sont-ils le reflet ? D’une alternative aux fast-food, ainsi que d’une initiative économique de jeunes français, souvent riches d’une double culture. C’est un peu comme les crêperies en Bretagne.

Que manque t-il ? Qu’est-ce qui est mort ou mal en point ? Qu’est-ce qui fait mal à la France ?

La disparition d’une restauration populaire bon marché. Des resto ouvriers pour faire vite. Nous sommes en période de précarité, en tout cas pour une large part de la population le budget de midi ne peut excéder 5€. Et je ne parle pas du budget quotidien, mais de l’alternative à la gamelle, au sandwich maison.

Ce sont les chinois, les arabes, bref une culture de l’immigration de France, qui offre des solutions au peuple en ville. On peut regretter qu’il n’y ait pas plus de diversité, des autres cultures de France sur ce secteur. J’aimerais voir fleurir autre chose aussi que le menu unique viande des Kebabs. J’aimerais bien des potées assez naturelles et peu chères à cuisiner (comme celle qui mijote dans ma marmite aujourd’hui) disponibles au même prix au coin de la rue et même soyons fous, un peu de bio.

Mais ce que je vois surtout, c’est que le modèle unique franco-français s’est embourgeoisé avec les 30 Glorieuses. Qu’il a été, de l’alimentation ou la gastronomie, comme de l’ensemble de la culture incapable de résister au modèle global unique à l’américaine, celui du fast-food.

L’immigration, nous ramène des solutions. Celles de la diversité culturelle. Bien sur, une grande partie du peuple français est de culture « arabe » et prend donc les modèles de résistance culinaire qui lui sont familiers. Mais franchement, monter son petit kebab ou son bar chicha, n’est-ce pas plus intéressant qu’être équipier-volaille chez Mc Do ?

L’autre partie du peuple, à qui l’on a de force fait oublier sa diversité à l’école -interdit d’être bilingue occitan, breton, basque… et de cracher par terre- est désormais invitée à se replier sur le socle commun à tous, celui de la culture française (disons celle normée à Paris), à l’ethniciser et à la retourner au travers du vote FN, contre ceux qui ont la chance d’être Français +. Français et de culture maghrébine, africaine, chinoise ou autre. Et pourtant d’aussi bon Français que ceux qui ont été amputés de leur autre culture, plus familiale.

Nous venons tous d’un héritage multiple. Que l’on songe à la diversité des costumes, coutumes, danses, modes de vie au XIXe siècles que l’on a figé et tué en folklore à Paris. Mais tout autant à la fantastique diversité de la création culturelle d’aujourd’hui qui n’a pas de territoire pour medium et qui explose dans tous les domaines du hip-hop à la techno, générant ses tribus et ses identités collectives nouvelles.

Nous sommes tous redevable aussi à la merveilleuse culture française telle qu’elle a été fixée par Louis XIV et répandue par la IIIe République. Mais l’on ne sortira de cette crise identitaire par la culture officielle, par le haut, le centre, le modèle unique. Plutôt par la diversité locale, la qualité et le mieux vivre. Plutôt que de laisser le FN monter les esprits contre ceux qui tentent maladroitement, de se frayer un chemin entre culture us-globale et tradition. Il serait vraiment temps que l’on soutienne l’ouverture des restos populaires, abordables, chaleureux, de tous styles dans nos rues.

Je signale au passage que ce type d’initiatives lorsqu’elle existent à Paris par exemple dans mon quartier ont été détruites par la mairie socialiste —Je pense à la Cantine Solidaire de la rue des Pyrénées (qui servait le repas pour tous à 4€), à la Rotisserie associative de rue Ste Marthe, qui toutes deux tentent de renaitre. Elles le seraient probablement par la droite de même. Exemple parmi d’autres qui montre comment les pouvoirs centraux font monter le FN au quotidien et pourquoi les alternatives au FN sont culturelles et locales.

David Langlois-Mallet

France. Contrepoint aux débats angoissés

Pour moi, la France, c’est une passionnante aventure humaine. Une aventure de chair et d’esprit, conflictuelle, blessante et parfois sublime.

J’aime profondément l’idée que mes ancêtres y participent depuis la nuit des temps, à tous les bouts de l’échelle sociale, des champs aux châteaux. Et que je peux m’en réapproprier ainsi affectivement toutes les époques.

Pourtant, il ne me viendrait pas à l’idée de la contester à qui la désire. Cet héritage du sang, sang versé parfois, est réel mais la France est pour moi une équipe, un projet et ceux qui le rejoignent et l’enrichissent de leur culture sont non seulement les bienvenus mais aussi légitimes. Car la seule chose qui importe c’est ce qu’elle sera demain pour nos enfants communs.

Ce pourquoi je ne me sens pas à l’aise avec ceux qui, drapés dans les trois couleurs, veulent établir par le passé ou par le sang (ou pire par la stupide « race » artificielle) et le droit d’exclusion.

Ni en accord total avec ceux qui ne les contestent que par les seuls trois mots de la devise. Ce qui me paraît réducteur et donne lieu à des résultats vite abstraits.

Aucun de nous n’était vivant dans un passé glorieux ou honteux. La seule vraie question est que fait-on ? Nous avons une belle aventure à vivre ensemble si seulement nous savons sortir de cette époque de peurs et d’angoisses.

Langlois-Mallet

« Charlie » et Todd au pied de la lettre

Emmanuel Todd, avec sa fièvre et son panache, se laisse un peu emporter par l’émotion et ce faisant tombe dans le piège des polémistes : ne pas susciter la polémique autour d’une idée dérangeante mais être victime d’une polémique de sa personne. Il n’est pas facile de faire entendre ses raisons de fond face à l’unanimisme marchant derrière l’autorité (l’interview de France Inter en était la caricature).

C’est dommage car le géographe nous conseille de ne pas nous en tenir aux slogans qui servent à se rassembler, mais d’examiner et de nous méfier « du contenu latent », de ce qu’il y a derrière les motivations. Que ce qui se met en mouvement la France aux nobles prétexte de laïcité, de liberté d’expression etc. relève dans la configuration actuelle moins de la fraternité que du nationalisme.

Le nationalisme, il en faut d’ailleurs. Mais comme le cholestérol, il y a le bon et le mauvais. Le bon, qui appelle à se dépasser, à faire avancer des valeurs, à se rassembler dans les moments de crise… Et le mauvais, passe sous silence que ce sera sur le dos d’un autre, plus faible si possible. Où l’amour de soi légitime devient-il le mépris de l’autre ?

On appelle par facilité « Vichysme », le processus qui retourne l’énergie nationale en opération de police contre la société elle-même. Mais si nous avions vécu l’écroulement de 39 sous les chars nazis, nous nous serions sans doute légitimement réfugiés sous le bouclier du Vainqueur de Verdun. Combien d’entre-nous auraient détecté, dit ou assumé que ce serait au prix de la livraison des enfants juifs ?

Il serait plus sage de se souvenir que l’élan patriotique confié sans contrôle à l’Etat, a souvent transformé l’amour de la France —de la Vendée à Verdun en passant par l’épopée napoléonnienne— et conduit des peuples trop bien en rang derrière leurs dirigeants, au cimetière. Sûrement parce que nous ne sommes pas assez conscients que, quelque énergie idéaliste et humaniste que nous investissons dans le beau nom de France, nous la définissons aussi, inconsciemment, comme exclusive à un groupe « nous » et que ce groupe reste normé (blanc, catholique ou républicain peu importe) et nous allons donc l’opposer brutalement à d’autres « qui ne le sont pas vraiment », juifs ou musulmans selon les cas.

Ainsi le lapsus de Pujadas « un musulman marié à une Française » prend du sens, il ne devrait pas lui être reproché à lui seul, car il est en nous tous, inculqué dès l’enfance, dans une confusion entre universalisme et identité nationale qui est dans notre ADN culturel de français. Il devrait nous inviter à réfléchir avant de donner les clefs, comme le fait Todd en soulignant avec éclat que la classe moyenne a cherché à se rassurer au lieu de s’engager. Et si avec « Charlie » elle s’était mise, finalement comme en 39, à l’ombre des puissants plutôt que de se responsabiliser face aux cause profondes de la violence ?
C’est là « l’imposture » que dénonce Todd. Cela mérite réflexion plus que moquerie.

Surtout quand dans ce processus, l’esprit libertaire-saucisson-pinard peut accoucher sans contrôle du Patrioct Act le plus liberticide que la France ait connu. Et « Charlie » donne droit au premier ministre d’ouvrir et de lire toutes les lettres que vous échangerez désormais. Mesure, dont aurait rêvé Vichy, qui passe, effet « Charlie » aidant, comme… Une lettre à la poste.

David Langlois-Mallet​

© Mesparisiennes.wordpress.com

Charlie. La force de nos diversités

Très belle image de ferveur sur la page de soutien à Charlie et autour de la Déesse République. Quand les Vikings terrorisaient Paris, et encore en 14-18, le peuple se portait autour de Geneviève, devenue Ste Patronne de la Cité.

Comme quand certains tuent au nom d’un Dieu, ou d’un totem (que pense le million de morts civils Irakiens de la Liberté made in USA ?), « l’Europe » pour Brejvik en Norvège, et donc « Allah » qui n’a rien demandé pour Charlie. Qu’importe au fond le nom de la divinité qui protège la cité, ou qu’une divinité nous protège, au fond. C’est toujours nous qui nous cherchons.

Nous, qui essayons de nous retrouver pour conjurer la peur quand nous sentons le danger. Partager, échanger. Trouver un slogan à taton, comme la foule ce soir Place de La République, pour se représenter une nouvelle direction. Un espoir quand l’hiver vient, une lueur comme celle des lanternes s’élevant dans les airs ce soir sous les applaudissements, quand la nuit et noire et que nos cœurs, lourds, soupirent.

J’espère que nous saurons manifester très fort notre cohésion dans les jours qui viennent. Montrer la puissance de notre détermination dans toutes nos diversités, ne pas se laisser entraîner dans les amalgames, les camps, les haines, les préjugés à maintenir un peuple libre et multiple, fier de son insolence et de sa liberté d’expression, une société ouverte.

« On n’abdique pas l’honneur d’être une cible » disait Cyrano. Le panache est une vieille vertu des Français, il flotte très haut dans le souvenir de ces artistes, des gens fraternels, des amis du rire, de la bonne vie et des autres.

Nous abattre en tuant les poètes… C’est une bien vilaine idée. Nous faire taire en frappant le rire. Une immense méchanceté. Opposer des mitraillettes aux crayons, une abominable lâcheté.

J’espère que nous ferons dans les jours qui viennent la plus gigantesque des manifestation, avec des satiristes, des clowns, des laïcards, des croix, des kippas, des libertines, des grenouilles de bénitier, des babouches, des charentaises, des foulards, des bérets, des drapeaux bleus-blancs-rouges, et de toutes les régions qu’on voudra, de tous les pays où l’on parle le Français, en particulier du Maghreb et d’Afrique, de Syrie et de d’Irak et de tous les pays où l’on aime nos artistes, nos moeurs sans façon et notre génie politique.

J’espère que l’on montrera au Monde que l’on sait être un seul peuple dans la paix, infiniment riche des diversités et des histoires complexes de chacun. Et que si l’on en frappe 12, on en mobilise 65 millions.

David Langlois-Mallet

France : Armés contre nous -mêmes

J’ai été content d’apprendre au réveil que le sort des harkis avançait un peu. J’ai toujours eu honte du cynisme envers ces gens autant que vis à vis de tous les autres. « Causes mal vues à gauche » ou « causes mal vues à « droite » confondues. A mon avis, nous ne sortirons de la barbarie que quand nous cesseront ces chapelles et ces bien pensences pour regarder la vérité en face.

Car cette question me trotte : Comment un peuple aussi cultivé, humaniste et politique que le notre peut-il vivre aussi au pays des plus grands massacres d’Etat ?

Je donne raison aux gens (souvent de droite) qui disent leur amour de la France contre ceux qui ne trouvent agréable à entendre que des dénigrements. Mais je donne aussi raison aux gens (souvent de gauche) qui veulent regarder son la vérité de cette histoire en face pour ne pas la revivre, même s’ils se limitent à l’histoire récente le plus souvent (massacres coloniaux ou déportation des juifs par exemple), .

Mon avis est que notre barbarie française ne se libère que quand elle se croit légitimée politiquement.

Royale ou Républicaine, l’idéologie française du pouvoir ne tolère aucune rébellion de la société à la culture à la mode de l’Etat. Le protestantisme est un crime si l’Etat est catholique, mais le catholicisme le devient si l’Etat est républicain… Ce qui est en jeu n’est pas l’idéologie elle-même, puisqu’elle est interchangeable, mais le couplage entre idéologie et domination légitime.

Le hasard des surfs m’a fait tomber ensuite sur quelques traces de notre barbarie passée, le premier massacre des protestants, ceux du Lubéron de mon enfance, puis le massacre de toute la population Vendéenne par les armées de la Capitale (tous vendéen-nes confondus, neutres, royalistes ou républicains, que ce soit toute une église ou tout un conseil municipal en écharpe) dans des conditions, contre nous-mêmes, qui n’ont rien à envier aux nazis. Les SS d’Oradour sur Glane que Gérald Bloncourt (dont les photos m’ont peut-être guidées vers sur ce sujet).

C’est toujours une armée régulière française, pleine d’honneur et de panache dans les guerres contre les armées ennemis et qui se trouve fondée par le pourvoir politique à la plus acharnée barbarie contre des civils. A chaque fois l’histoire la même litanie, de femmes et d’enfants de tous âges massacrés, comme dans ce documentaire de France 3 qui épouse la cause vendéenne (car il faut épouser une cause.. en France la vérité ne se suffit jamais, il faut épouser un camp et toutes ses erreurs avec lui pour dire sa vérité).

Notre barbarie d’Etat actuelle est douce, insensible (envers les SDF, les sans-papiers, les roms, les pauvres, les immigrés d’une manière générale), une autre bien plus sombre est en rodage autour des réveillons entre Sarkozystes et Frontistes.
Après qu’elle nous ait habitué doucement à enjamber des corps, à savoir qu’ils meurent de froid, récemment un enfant mort de froid passe parmi les nouvelles. Pour aller jusqu’où ?

Mais nous sommes aussi, sûrement, cette population majoritaire qui peut encore se donner les moyens de penser, de s’organiser pour crier : « Halte au feu ! », « Crosse en l’air ! ou ce qu’on voudra, avant « la prochaine… » Vous savez ? Celle que l’on croit « la dernière ».

David Langlois-Mallet

Nous voilà repartis pour la Saison III d’Oligarchie…

Nous voilà répartis pour une sarabande… La saison 3 de « Comment pouvons-nous continuer à enrichir l’oligarchie ? »

Entre le nain agressif qui nous fait les poches en criant « enrichissez-vous » choisi par des gogos qui rêvent ainsi de passer dans Gala et d’être invités au Fouquet´s. Et le Flan honteux, qui dit « enrichissez-les », c’est bon pour la croissance et l’emploi.
Avec toute la gamme des seconds rôles qui s’agitent pour tirer une miette de notre appauvrissement collectif, les bonnes gens actifs qui s’épuisent à pédaler comme des hamsters dans leur roue tous les jours pour la croissance, les affreux méchants (et sales) pauvres qui osent soulever les couvercles des poubelles autres au lieu de mourir incognito.

Les noms bizarres qui serrent les fesses dans leurs cités en attendant que les téléspectateurs de TF 1 des pavillons les désignent comme responsables de « la crise ».
Et tous les habitants des villes, asphyxiés à petits feu, au rythme lent des embouteillages tandis que les derniers paysans se suicident dans des décors magnifiques, voués par des directives à l’abandon ou à l’élevage de vaches en batteries.

Je crois que j’ai bien fait de jeter ma télé, moi (;-)

David Langlois-Mallet

France. Un petit signe du rejet actuel du Pouvoir

Tu as des petits signes comme ça de l’affaissement profond d’un pouvoir. Ce matin sur France Inter, Patrick Cohen fait ironiquement état d’un sondage « palpitant ».

Savoir si à mi mandat « François Hollande avait plutôt réussi ou plutôt échoué en matière d’emploi ? Suspens… : 97% qu’il a échoué. ça alors ! Et plutôt réussi 3%.. ».
« C’est à dire que les instituts ont quand même réussi à dénicher 30 français qui pensent que oui, jusque là, ça a plutôt marché… Bravo ! »

Et tout le studio de s’esclaffer.

Le manque d’estime est partout.

Cela fait écho à un bouquin que je traine paresseusement dans ma poche « Les origines culturelles de la Révolution française* « , l’auteur y recherche de grandes causes, l’affaissement de l’esprit religieux (comme nous du Dieu Consommation), l’opposition entre la Cour et le Pays (…), ou l’affaiblissement de l’autorité (très contemporains encore), mais aussi analyse finement des propos de rue, comme celui-ci sur la maladie de Louis XV :  » on racontait que rue St Honoré un homme avait dit à un de ses amis « Qu’est-ce que cela me fait ? Nous ne saurions être pis que nous sommes. » (…) l’homme de la rue a opéré une radicale dissociation entre son sort propre et les avatars qui concernent la personne souveraine. »

Comme un peu en ce moment que nous vivons où les Français cessent de donner crédit à la « Personne présidentielle » du pouvoir quasi magique de « changer les choses ». Ce qui monte au contraire dans la conscience collective c’est le sentiment qu’il est là pour ne rien changer et juste gagner du temps… Pour lui et ses réseaux plutôt que dans l’intérêt commun.

Les intellectuels frustrés

Pour terminer sur une note d’espoir pour le peuple des bloggueurs, je voudrais citer une autre des causes de la Révolution.  : « Tous en voulaient à une société qui leur avait donné une formation trop poussée et n’était pas capable de leur fournir un emploi. »

David Langlois-Mallet

© mesparisiennes.wordpress.com

* Roger Chartier, Collège de France.

Le Marechal Pétain ? Une schizophrénie française

On peut se créer des méchants et s’en servir comme totem et repoussoir. D’autres voudront aussi les réhabiliter.  C’est ce qu’on voit avec Pétain… À la faveur d’une balade en métro, je me suis baladé aussi (vite fait) dans l’imaginaire de mes grands parents, parce que la question n’est pas celle du diable, mais celle de nos façons de penser notre rapport fraternel aux autres ou le pétainisme en nous. Je vous fait profiter de la balade ?

Je passe tout à l’heure près de l’Ecole Militaire, sous la statue de Joffre sous laquelle j’ai des nuits entières, jeune militaire, monté la garde et maintes fois salué le Président Mitterrand lors de son passage à la grille. Et je me demande ce qui sépare le héros honoré de son égal voué à l’indignité nationale.

Sans doute d’avoir su mourir à temps et ne pas reprendre du service dans le civil, dans une époque qui n’était pas la sienne. Je n’ai pas suivi l’argumentation Zemourienne visant à la réhabilitation du Maréchal, mais vent m’en est venu au fil du web. Et vent reviendra à mon avis tant qu’on n’ira pas au fond de cette histoire. Tant qu’on se mentira. Tant qu’on aura besoin de salauds, pour se croire des héros, système bien commode pour échapper à notre vérité collective.

Combien de Français, nation belliqueuse usée et saignée des millions de morts de 14, étaient prêts à se battre quand les nazis eurent en trois jours déferlés ?

Très peu. À part la poignée de Français libres de De Gaulle et les immigrés de Manoukian prêts pour à se sacrifier pour une liberté qu’ils découvraient depuis peu avec la France. La nouvelle immigration est toujours la part la plus républicaine de la nation.

Combien de Français se félicitaient de l’Occupation nazie et y voyaient une occasion de régénérer la France ? Très peu sûrement aussi.

Les autres nous ressemblaient. De gentils consommateurs de la vie effrayés, le coeur sur la main s’il n’y a pas trop de risques pour soi, prêts à quelques concessions si cela peut garantir un peu de confort ou de sécurité. Décidé surtout à ne pas se faire remarquer ni embarquer en attendant des jours meilleurs.

Les députés de droite et de gauche qui ont voté les pleins pouvoir à un héros de 14 avaient sûrement l’accord tacite de toute la nation.
On peut regretter que la France ait choisi ce simulacre plutôt que d’être envahie et laisser la seule responsabilité aux nazis ? Qu’en penser ? Aurait-on plus sauver en abandonnant plus ? Pouvait-on espérer un gouvernement plus résistant ou moins collaborateur ?

Mais quoi qu’il en soit, c’est une responsabilité collective

Mettre un vieux général au pouvoir n’est jamais une bonne idée. Pétain avait déjà atteint l’âge de la retraite en 14. Il appartenait culturellement au 19ème siècle et élevé par ses grands-parents, il se rattachait davantage aux mentalités de la paysannerie chrétienne d’Ancien Régime.

Savoir qu’il y avait dans ce fond un antisémitisme me paraît une vérité nécessaire. C’est une vérité. Nos ancêtres à partir du moment où ils ont les genoux en terre pendant des millénaires prié le Dieu des juifs ont conçu du mépris pour son peuple.  Nous sommes devenus culturellement sémites et en même temps anti-sémites sans le savoir. Comme on entre dans une famille en en détestant les membres méprisés. Comme Zemmour essaie de faire accepter son nom difficile à prononcer en jouant le raciste de la famille à table.

Laïcs ou catholiques nos ancêtres n’en étaient pas moins farouchement républicains, plus que nous, ou profondément charitables (les français sont à la fois le pays à l’Etat collabo et celui qui a sauvé le plus de juifs). Cet esprit subsiste chez-nous, il prend d’autres formes. C’est une vérité, même si une certaine gauche feint le réflexe inverse, qu’un enfant arabe tiré comme un lapin ou un rom mort à la rue n’éveille pas la même compassion qu’un enfant français, encore à notre époque… Et le Maréchal Pétain n’est plus là.

Comment étaient nos grands-parents ? Patriotes, chrétiens, républicains à la fois sûrement.

J’ai retrouvé le journal intime que ma grand-mère à 18 ans baignait des mêmes larmes que je lui ai connu âgée. Les nazis déferlaient, elle priait « St Michel et Ste Jeanne d’Arc » de sauver la France et d’épargner sa cathédrale de Laon. Son grand-père à elle faisait pourtant partie de l’équipe de Jules Ferry. C’était une jeune institutrice lettrée, douée en grec ancien, aimant la peinture, les balades dans les champs de blé moissonnés où elle a connu mon grand-père, et les fêtes déguisée des jeunesses ouvrières catholiques.

Elle était à la fois moderne selon l’idée qu’elle s’en faisait et admirait en silence son père, vieux médecin royaliste qui courrait à la moindre alerte dans une ferme, sa mallette à la main, la nuit sur les routes du petit village de Bretagne où ils s’étaient repliés. Visitant des paysans qui soupaient dans des écuelles creusées à même la table, ne prenant pas l’argent qu’ils n’avaient pas, mais échangeant leur vouvoiement déférent contre son tutoiement paternel. « Un autre monde, me disait mon père, tu n’a pas idée à ton époque de ce qu’était vraiment une société de classe ».

Je comprends de tout cela que ma grand-mère vibrait aussi fort à l’idée que nos soldats se battaient encore ailleurs qu’à celle que le Marechal les protège. J’ai des raisons de supposer qu’elle aurait sans hésité caché des malheureux qui risquaient d’être pris par les nazis sans leur demander leur confession et leur nationalité, comme d’accepter comme un moindre mal l’idée que des juifs voir des résistants étrangers soient laissés en sacrifice aux nazis, « car ce n’étaient pas vraiment des français » et que « la France n’était plus libre. »

Et chez un officier Auvergnat ?

Que pensait mon grand-père officier de 14 qui n’aimait pas que l’on « salisse » le héros de Verdun ? Était-il si différent ? Dans sa salle à manger sous l’Occupation, la bonne bourgeoisie de Châtel-Guyon, soupait sous le portrait du Maréchal. On pourrait s’en tenir à l’image d’une famille bourgeoise adaptée à la collaboration, comme le curé du village, grand-ami de la famille, lui-même ?

Quel était son activité réelle ? Mon grand-père Michel stockait avec son frère des armes pour la Résistance dans les carrières de leur père. Ce n’était pas la Résistance de 44… C’était celle de 41. D’une époque où tout est perdu. Pas d’un temps où il y a tout à gagner.
Il dissimulait des travailleurs au STO, mais aussi des camions aux Allemands, « betite cachoterie » qui pouvait lui valoir la déportation et la mort, comme à mon grand-oncle le député « de droite » qui entrait dans sa Brasserie LIP en criant « Vive de Gaulle ! » en pleine Occupation. Mon grand-père donna tranquillement et sans chercher à biaiser les clefs des hagards de son entreprise à l’officier Nazi venu le contrôler. Décontraction qui lui valu -l’officier l’ayant jugé trop tranquille pour cacher quelque chose- de faire la connaissance de la mienne (quelques décennies plus tard sur un quai de gare « bonjour mon cul ! »)

Alors Pétain dans les salons ? Collaboration ? Simple couverture ?

Ni l’un ni l’autre à mon avis. Mais l’attachement profond de gens à qui la lutte armée était aussi naturelle que la lâcheté nous l’est devenue. Reflet des manières de penser d’hommes et de femmes beaucoup plus entiers que nous dans leur rapport à la vie, au risque, à l’engagement. Mais qui considéraient, comme le Colonel Rémy engagé lui à Londres, « qu’il fallait à la France une épée et un bouclier. »

Alors ? Les salauds utiles ?

J’aimerais que l’on se pose moins la question de savoir s’il faut réhabiliter Pétain ou le garder en salaud utile, que la question de notre propre conscience aujourd’hui. Oui, notre pensée politique intime et collective reste structurée par une schyzophrénie, qui consiste à hurler quand l’extrême-droite dit à haute voix que les étrangers ne nous valent pas tout à fait. Alors que nous pratiquons cette différence tous les jours, que même les vieux arabes courbés par une vie de marteau piqueur nous cèdent encore instinctivement le pas sur les trottoirs.

Je sais que l’on est un pays polémique, ou mon propos sera déformé en ce qu’il n’est pas. Mais je crois que nous gagnerions tous à envisager le corps social français, dans sa diversité d’appartenances, de manière plus solidaire et égale. Renonçons à désigner un bouc émissaire pour dire que le condamne… la politique du bouc émissariat.

Car le sujet du pétainisme n’est pas Pétain, c’est nous. En faisant du maréchal un pestiféré, on évite de se soigner. Or il ne s’agit ni de réhabiliter, ni d’accabler le Maréchal Pétain, mais d’éviter de revivre le Pétainisme…

David Langlois-Mallet

© Mes Parisiennes 2014

mesparisiennes.wordpress.com

Aux djiadistes jambon-beurre : « Cy n’entrez pas Hypocrites, bigotz, Vieulx matagotz marmiteux borsouflez ! »

Les gens qui parlent « d’égorger les islamistes comme des porcs » sur les réseaux sociaux, avant de s’en prendre aux « allogènes », sont peut-être très gentils avec leurs potes, très compétents dans leur boulot et seraient sympa avec moi à l’occasion je n’en doute pas.

Mais j’assume mes allergies, je fais le ménage ces temps-ci. Pas que mon blabla soit indisensable à oncques, mais j’en est marre de ces propos irresponsable dans un pays en paix et qui peut glisser à un moment vers une guerre civile ou de religion (Ca marchera pour les mêmes propos visant les juifs, les cathos, les campeurs, les libertins, les mystiques et les adorateurs de l’oignon.)

Nos djiadiste-jambon-beurre

Alors tu as une certaine France psychopathe, de nostalgique de la St Barthélemy, de déçus des rafles de Laval,. Ce sont nos islamistes bien de chez nous… Tristes d’avoir raté le temps où l’on brûlait des « sorcières » dans les campagnes, ou l’on empalait du Cathare, éviscérait du parpaillot, vendait du Juif au nazi, ils aimeraient bien du « sang » « d’allogènes », mais la paix… Rien à faire c’est morose pour ces cons là.

10703864_10154609925315367_4370687824943614296_n

Ce n’est pas affaire de radicalité des opinions, mais de coeur

J’ajoute que mon exclusion n’est même pas contre les gens qui ont des engagements ou des croyances parfois très marquées, voir radicales. Je connais des gens très chouettes qui ont une pratique religieuse (dans une religion ou une autre) et qui sont des gens vraiment bien. Ca me fait bizarre que l’on fasse le Ramadan, que l’on prie Jésus avant de se mettre à table ou à genoux en latin, ou mettre un petit bâton sur sa porte pour dire aux voisin sa confession, de sonner aux portes deux par deux alors que personne ne vous ouvrira, ou de vivre dans les vapeurs d’encens dans la position du lotus, de prêcher le féminisme par sainte Simone, de porter un tablier pour aller voir ses copains, ou de ne pas manger d’escargots, de ne pas pratiquer le sexe oral, ou de regarder TF1…

Mais je respecte.

Parce que ce que je vois, ce sont des gens chouettes ou pas et j’ai souvent vu la tolérance et les qualités de coeur se pratiquer chez des gens très religieux, ayant parfois de votes ou des idées extrêmes qui ne sont pas un motif d’excommunication pour moi mais de divergences d’opinion, alors que parfois des laïcs ou des athées, peuvent me heurter dans leur rapport à leurs enfants ou autre chose, alors que je tends à être plus proche de leur manière de voir (respect gardé à la tradition dans laquelle ont vécu mes aïeux, et révérence parlée à ma Sainte femme de grand-mère décorée par Paul VI, que la terre lui soit douce au Paradis de sa foi).

C’est le drame

L’otage français n’a pas été épargné, on passe maintenant dans autre chose. L’injustice et la mort d’innocents chez-nous aussi, qui va lever les ripostes sans fin.
Le temps des amalgames commence… L’autre devient ennemi et les civils payent le prix.
Les va-t-en guerre doivent jubiler…

imgres

Notre question est plus que jamais celle d’une humanité engagée dans une course de vitesse entre les forces de destruction et les forces créatives.
Un monde où l’on danse ensemble, un monde où l’on élevé de enfants ?
Ou un monde où l’on échange égorgements contre bombardements ?
La question du politique, qui ne manque jamais d’argent pour les guerres. Mais refuse sont soutien aux forces résilientes de la société est là.
Il interroge aussi chanci pour savoir s’il s’en tient à la consommation du monde ou s’il participe de sa réinvention.

Merci au Père Hollande pour ce beau début de guerre. On ne pensera plus aux crapuleries des ministres, ta cote va remonter dans les sondages et si ce n’est pas le cas, que les choses tournent trop mal, il sera toujours temps de se réfugier à Bordeaux et de refiler vite les clefs vite fait à un Pétain quelconque…
C’est bizarre, j’avais eu cette pensée au début de son règne, de me dire cette assemblée socialiste finira comme celle de 36 par voter les pleins pouvoirs à un Sauveur (que l’on accusera de tout ensuite pour se dédouaner soi-même de l’incompétence et de la somme des lâchetés qui mènent aux guerres)…

Donc avant que les guerres de religions ne nous submergent ou que le sang nous impose le silence, j’envoie une pensée fraternelle à ce bon homme de Gourdel qui aimât la vie et la nature et fût victime des fanatismes médiévaux autant que de la soif de pétrole.

Et je reprends en son honneur et pour les humanismes à venir la bonne vieille parole de Maître François :

Cy n’entrez pas Hypocrites, bigotz,
Vieulx matagotz marmiteux borsouflez,
Torcoulx, badaulx plus que n’estoient les Gotz,
Ny Ostrogotz, precurseurs des magotz,
Haires, cagotz, caffars empantouflez,
Gueux mitouflez, frapars escorniflez,
Befflez, enflez, fagoteurs de tabus
Tirez ailleurs pour vendre voz abus.
Voz abus meschans
Rempliroient mes champs
De meschanceté.
Et par faulseté
Troubleroient mes chants
Voz abus meschans.
Cy n’entrez pas maschefains practiciens,
Clers, basauchiens mangeurs du populaire.
Officiaulx, scribes, et pharisiens,
Juges, anciens, qui les bons parroiciens
Ainsi que chiens mettez au capulaire.
Vostre salaire est au patibulaire.
Allez y braire : ici n’est fait excès,
Dont en voz cours on deust mouvoir procés.

Procés et debatz
Peu font cy d’ebatz
Où l’on vient s’esbatre.
À vous pour debatre
Soient en pleins cabatz
Procés et debatz.
Haut de page Cy n’entrez pas vous usuriers chichars,
Briffaulx, leschars, qui toujours amassez,
Grippeminaulx, avalleurs de frimars,
Courbez, camars, qui en vous coquemars
De mille marcs jà n’auriez assez.
Poinct esguassez n’estes quand cabassez
Et entassez, poiltrons à chiche face.
La male mort en ce pas vous deface.
Face non humaine
De telz gens qu’on maine
Raire ailleurs : ceans
Ne seroit seans.
Vuidez ce dommaine
Face non humaine.
Cy n’entrez pas vous rassotez mastins,
Soirs ny matins, vieux chagrins et jaloux,
Ny vous aussi seditieux mutins,
Larves, lutins, de dangier palatins,
Grecz ou Latins plus à craindre que Loups,
Ny vous gualous verollez jusque à l’ous :
Portez vos loups ailleurs paistre en bonheur,
Croustelevez remplis de deshonneur.
Honneur, los, deduict
Ceans est deduict
Par joyeux acords.
Tous sont sains au corps.
Par ce bien leur duict
Honneur, los, deduict.
Haut de page Cy entrez vous, et bien soyez venuz
Et parvenuz tous nobles chevaliers.
Cy est le lieu où sont les revenuz
Bien advenuz : affin que entretenuz
Grands et menuz, tous soyez à milliers.
Mes familiers serez et peculiers,
Frisques gualliers, joyeux, plaisans mignons,
En general tous gentilz compaignons.
Compaignons gentilz,
Serains et subtilz
Hors de vilité,
De civilité
Cy sont les oustilz,
Compaignons gentilz.
Cy entrez vous qui le sainct evangile
En sens agile annoncez, quoy qu’on gronde,
Ceans aurez un refuge et bastille
Contre l’hostile erreur, qui tant postille
Par son faulx stile empoizonner le monde.
Entrez, qu’on fonde icy la foi profonde
Puis qu’on confonde et par voix, et par rolle
Les ennemys de la saincte parolle.
La parolle saincte,
Jà ne soit extaincte
En ce lieu tressainct.
Chascun en soit ceinct,
Chascune ayt enceincte
La parolle saincte.
Haut de page Cy entrez vous dames de hault paraige
En franc couraige. Entrez y en bon heur.
Fleurs de beaulté, à celeste visaige,
À droict corsaige, à maintien prude et saige :
En ce passaige est le sejour d’honneur.
Le hault seigneur, qui du lieu fut donneur
Et guerdonneur, pour vous l’a ordonné,
Et pour frayer à tout prou or donné.
Or donné par don
Ordonne pardon
À cil qui le donne.
Et très bien guerdonne
Tout mortel preud’hom
Or donné par don.

David Langlois-Mallet

Mes Parisiennes 2014

Guerre vs terrorisme. Retour à l’âge de l’effroi

L’assassinat du premier otage français, un civil, résonne comme un coup d’envoi macabre. Une rupture avec les années de paix, l’avance vers nous de la guerre sale.

Les guerres du temps jadis occupaient quelques poignées de rustres rébarbatifs et de professionnels emplumés aux marches du Royaume, malheur aux villages qui leur servaient de terrain de jeu… Mais ce n’était encore que quelques villages.

Puis vinrent les hécatombes Napoléoniennes, prélude sanglant aux guerres du XXème siècle. En 14 la levée en masse décima sous l’uniforme la France et l’Allemagne. La 2ème Guerre mondiale, pris les populations comme champ de bataille. Et depuis lors, si l’on tient à sa peau, il vaut mieux être soldat que civil. De la Shoah au Rwanda, de Hiroshima à l’Irak, nous sommes entrés dans des guerres d’anéantissement des populations.

Les terroristes, rejetons directs de ces guerres de l’effroi, gagnent alors à viser le plus innocent possible. Nous aurions tord de nous réjouir de voir la France installer ses avions au premier rang de ce choc des cultures. Ce déchaînement de violences planifiées, n’est que l’écume d’une immense angoisse. Celle d’une humanité suicidaire confrontée à une peur des âges primitifs, la probabilité de sa propre fin.

Car ayant pouvoir de mort sur elle-même sans être sûre d’être capable de sa survie.

David Langlois-Mallet

Mes Parisiennes 2014