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Paris, Belleville. Escargots en cage ou oiseaux en coquille ?

Paradoxe ou logique ?

Tu passes par des quartiers de Paris où l’habitat traditionnel parigot, populaire et convivial, été détruit entièrement par la Droite. Ce sont des tours sans âme, des rues d’une laideur sans pareil, mais où subsiste du coup le peuple, dans son infréquentable diversité et son imprévisible beauté.

À côté, voisinent ces ruelles du Paris communard, leurs placettes aimables et les terrasses des cafés, plutôt gentiment aménagées. Malheureusement pour l’âme vibrante de la ville, les rénovations du Delanoisme ont remplacé les habitants. La Ville de Paris socialiste a ses plans sociaux comme une direction des ressources humaines…

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Dix populos virés deux bourgeois offerts !

La liberté de manières typique des ceux qui n’ont pas grand chose, celle qui fonde les révolutions créatives ou politiques a ainsi été remplacée par l’uniformité de la moyenne bourgeoisie des « créatifs » et autres professions formés à traduire et deviner les désirs de leurs clients, mais à ne rien exprimer d’eux-même ou du réel, qui est un décors plus qu’une relation.

C’est selon que vous préférez les oiseaux en cage ou à l’inverse la choucarde coquille mais sans son escargot ?

David Langlois-Mallet

Mes Parisiennes 2014
mesparisiennes.wordpress.com

Paris XXe. LA CULTURE POPULAIRE FACE AU MUR ROSE

David Langlois-Mallet, journaliste spécialisé, nous livre son témoignage sur le 20e des années Delanoë-Calendra (Article pour La Gazette du 20e).

Quand j’ai commencé mes reportages pour le journal Politis et Radio Nova, « Bellevillemontant » était un Eldorado culturel. Les soirs, je n’avais qu’à me laisser glisser dans les hasards des rues et suivre un air de musique qui s’échappait d’un café, ou rejoindre une ambiance vivante autour d’un petit lieu du quartier. Les 3 Arts, ses petits concerts et ses parties de go, les 3 Chapeaux et son comptoir chantant, la Miroit’ ouverte à la rue, les folies du Carrosse, Le Théâtre de Fortune et ses spectacles à deux ronds, La Forge alors vivante, La Maison des Métallos en ébullition, Le chaleureux Pataquès, le Goumen Bis et ses baluches, La Flèche d’Or si vivante et popu…

Enfant de l’Ile-de-la-Cité, naguère populaire, avalée par les marchands depuis les années 1980, j’avais redécouvert dans le 20e le goût de Paris. Pas celui de la « capitale », des monuments et des défilés de mode, mais celui que je croyais éteint de la vie populaire, des liens chaleureux de quartier, des concerts pour un demi de bière et des fêtes en squat sans un sou en poche. C’était en fait le Paris vivant, éternel j’espère, celui du peuple et des artistes mêlés. Celui qu’ils vendent aux touristes, mais qu’ils ont détruit à Montparnasse, étripé aux Halles, acheté mètre après mètre à Montmartre… Il fleurissait là sur nos deux mamelons de Belleville et de Ménilmontant. Nez au vent et carnet de note en poche, je me croyais l’oiseau d’un printemps, chantre d’une renaissance où toute une génération en mutation portait ses œuvres. Mais de carnet de naissance, mes pages devenaient nécrologie… Que s’est-il passé dans les années Delanoë-Calendra ?

On votait sécuritaire plutôt que convivial. Le 11-Septembre avait été le prétexte à une montée folle de peur médiatique. Sarkozy jouait du menton à l’Intérieur et les lois se durcissaient partout. Mais plus surprenant, plus incompréhensible, la gauche pour qui j’avais voté, Bertrand Delanoë pour qui nous étions allés agiter des clefs sous les fenêtres de l’Hôtel de Ville, menaient ce mouvement de destruction des lieux de culture vivante à mesure que ses liens devenaient plus étroits avec les grands groupes. La culture à Paris, ce n’était plus la chanson qui sort d’un café ? Plus la fête spontanée entre voisins ? C’était le tourisme de masse et les expos « culture » de la ville consacrées aux parfumeurs ou à la consommation de la nostalgie. Et c’était la gauche qui faisait ça… ?

Le choc de cette trahison, ce mitterrandisme municipal, je l’ai pris en plein cœur. J’ai depuis interviewé des centaines d’artistes, de patrons de lieux, essayé de comprendre le mécanisme de cette violence faite à la ville. Comment Paris, et singulièrement notre 20e, fonctionne de tout temps comme une fabrique de culture. Une culture commune, fondée sur le lien entre gens qui n’ont pas la même culture justement, une fabrique d’intégration et de respect. Pour moi, dont une partie de la famille avait viré Front national, c’était une découverte très forte : la culture populaire était non seulement LES réponses aussi multiples que les gens, que leurs œuvres à la solitude, au vide créé par la société de consommation, à la peur sécuritaire, mais encore notre alternative à la montée des identitarismes. Notre fabrique positive pour cette période où chacun se replie sur sa tribu et son hiver. Le rôle du politique pouvait-il être de la démolir ou d’aseptiser les initiatives de la société ?

Quel sens cela a-t-il d’avoir des murs si propres dans des lieux si vides comme le Carré Beaudoin ? Ils privent dans le même temps une jeunesse du droit de réinvente ses formes d’expression, expulsent en décembre Le Block (19e), ruche artistique où tous les murs étaient peints, comme si l’avant-garde s’inspirait aujourd’hui des civilisations traditionnelles. Et alors ? On s’apprête à expulser La Cantine des Pyrénées, qui sert le repas convivial à tout le quartier pour 4€, permet le lien social et fait le boulot que ne savent faire ni le privé, ni le public. Et alors ?

J’ai un peu tout essayé depuis pour informer, alerter, proposer aux politiques* autre chose que la destruction de notre écosystème. Malgré des tonnes d’écrits, des dizaines de débats, des propositions souvent cosignées par le Parti socialiste lui-même, je n’ai jamais pu faire bouger le mur rose du mépris de l’Hôtel de Ville. Je ne souhaite qu’une chose, que ces élections nous délivrent de cet étouffement.

David LANGLOIS-MALLET
*Blog : mesparisiennes.wordpress.com

Appel des Indien-nes de Paname à la dernière barricade !

Comme les indiens d’Amazonie, d’Afrique ou de Notre-Dame des Landes, nous devons résister à la marchandisation globale qui pourrit nos vies et nous chasse de notre territoire. La richesse de Paris, ce ne sont pas les bois précieux, le pétrole ou les hectare de nature. C’est l’imaginaire, la Culture, les idées, un art de vivre ensemble de musique au café du coin ou au coin de la rue. C’est de tout temps des fêtes et des chansons, une indépendance d’expression, une liberté politique. La spéculation ici, c’est le détournement et la vente de l’image de Paris et la destruction de sa réalité. La prostitution généralisée de son âme, au profit d’un tourisme global et celle de son M2 d’habitation aux spéculateurs.

Les lieux de culture indépendants du politique et des marchands sont nos oasis.
C’est avec un toit individuel, la condition collective de notre maintien dans la ville. Les lieux de culture indépendants (des politiques de sélection des pouvoirs) assurent le renouvellement des expressions, face aux conformismes et la solidarité face aux copinages. Ils sont à la base de nos riches projets culturels et de nos économiques précaires. Ils sont la condition du lien social ou affectif en ville. une condition du bonheur.
Ces lieux populaires de fabriques de culture sont une ressource de base de l’humanité, c’est la veillée, c’est le coin du feu, qui permettent d’échanger des signes et de créer des liens. Le sens et l’humain ? C’est justement ce qui est d’abord en crise aujourd’hui dans un monde industrialisé, américanisé, quadrillé et normé par l’argent et des politiques publiques où les individus sont renvoyés à leur solitude et à leurs « problèmes individuels. », plutôt que de se voir proposer des solutions collectives. C’est ce qui nous permet à l’artisanat de nos vies, de faire ville ensemble, plutôt que de laisser les agences de pub industrialiser nos imaginaires et nos usages.

A Paris, la mairie « socialiste » nous a confisqué en 12 ans la plupart des espaces collectifs dédiés à l’expression citoyenne. Détruits simplement (comme la plupart des lieux alternatifs, squats etc..), réduits au silence culturel (comme les cafés-concerts ou les arts de la rue), ou absorbés dans sa politique d’image (104, Maison des Métallos, La Forge de Belleville, Le Musée du Montparnasse, fausse politique des squats etc…). Le Delanoïsme fait ainsi descendre sur nous sa culture officielle, seule expression admise.

La Mairie, au lieu d’être un outil au service des parisien-nes, n’est que l’instrument de la Capitale qui joue contre une ville populaire qu’elle méprise gravement. Le Delanoïsme a poursuivit en cela, par d’autres moyens (et à vélib’), que le vieux rêve Haussmannien, Versaillais, Pétainiste, Pompidolien ou chiraquien : raser le vieux Paris, faire tomber les barricades de la Commune, réduire le Montparnasse cosmopolite des artistes à une Tour de bureaux, extirper le ventre des Halles, donner la Samaritaine aujourd’hui, La Poste du Louvre et l’Hôtel Dieu demain à des hôtels de luxe, des émirs ou des aristocrates du parfum, remplacer les librairies par des chaînes de magasins.

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Carte réalisée par Anne Clerval pour son livre : Paris sans le Peuple. Editions La Découverte.

Le Lavoir Moderne Parisien est le lieu le plus symbolique du quartier populaire le plus parisien parce que le plus divers, le plus décrié par la Capitale parce que le moins identitaire. Le plus intéressant parce qu’il nous jette aussi à la tête notre passé colonial que nous refusons de penser et pose de l’intérieur la question du Paris populaire, celle que l’on a administrativement mis derrière la barrière du Périph et caricaturé « en banlieue » pour délégitimer et reléguer celles et ceux qui y vivent.

Après des années de manoeuvres inégales la municipalité a mis à genoux l’association qui faisait du Lavoir Moderne une conjonction vivante de la rue et de l’exigence artistique. Où grands auteur-es et petits prix faisaient bon ménage. Le promoteur qui a racheté les lieux envisage de le raser bientôt. Cette semaine devrait être la dernière. Celle d’une remise de clefs symbolique au Ministère de la Culture qui en vertu de l’ordonnance de 45 a le devoir d’interdire la destruction d’un théâtre.
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Cette destruction coïncidant avec le temps très court des municipales, où les deux grands partis de la noblesse (PS et UMP) échangent (ou non) leurs sièges (et très provisoirement descendent dans la rue plutôt que dans les conseils d’administration). En absence d’alternative électorale structurée et cohérente (Verts et FG n’ayant pas fait alliance et ne nous proposant que des solutions marginalisées ou dépendantes, otage l’un d’un imaginaire national, l’autre de ses intérêts au Gouvernement), chacun-e de nous doit se sentir libre de faire jouer, au mieux de sa conscience, sa petite part de responsabilité collective, de pouvoir de vote et expression, du moins au moins mal de ce qu’il croit.
Même si les politiques des directions deux grands partis sont in-fine les mêmes, il ne faut pas céder à la déespérance, à l’abdication. Une volonté claire peut beaucoup et des tas de failles jouent (personnalités, situations, évènements, courants etc…). Plutôt qu’elles se jouent de nous, c’est à nous à nous jouer d’elles dans le bon sens du terme. A nous de montrer que l’on peut faire de la politique dans le sens de l’intérêt général. Peut-être justement en n’entrant pas en politique pour avoir une influence sur elle ? En nous situant en lanceurs d’alerte mais aussi en co-élaborateurs de ce qui manque le plus, le sens à l’intérieur des politiques. Par exemple une vraie politique culturelle qui garantisse l’indépendance de l’expression culturelle et artistique vis à vis du politique et la liberté dans l’espace public.

Mais nous avons collectivement le choix et le devoir de nous prendre en main pour renverser la vapeur et nous réapproprier ce qui nous concerne :  des lieux de libre expression culturelle, des centres sociaux autogérés par les habitants (comme la Cantine des Pyrénées Paris XXe qui propose le repas de midi pour tous à 4€). Par l’occupation ? Par la création d’une structure d’économie solidaire ? Par un bras de fer avec les politiciens pour récupérer du foncier ?

Au minimum par la maîtrise de notre information et la critique de nos outils de réflexion. Ou au pire pour simplement pour assumer notre défaite le 14 février, et d’être la génération qui rend les clefs d’une longue histoire parisienne de fierté et d’indépendance. A nous de voir.

Les indien-nes de Paname se donnent donc rendez-vous à la dernière barricade :

Rendez-vous mardi 11 février 2014 à 19h au Lavoir Moderne 18, rue Léon, 75018 Paris, pour une Agora d’urgence.

Evènement Facebook : https://www.facebook.com/events/813650331983541/

David Langlois-Mallet, Collectif Les Indiens de Paname

La jeune fille et la mort du théâtre

http://creative.arte.tv/fr/community/tombee-de-rideau

Très poétique reportage d’arte, sur la destruction du Lavoir Moderne Parisien autour de la personnalité d’Apolonia, fille du directeur du théâtre.

A Paris, la mairie s’acharne contre les derniers lieux de culture populaire ou non commerciale. Les représailles du pouvoir n’en finissent pas sur les derniers reste de l’esprit révolutionnaire.

Un reportage signé Daphnée Breytenbach.

Paris. Petite mémoire d’une résistance joyeuse à la culture Delanoë


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Petite balade guidée dans trois lieux de culture populaire sous Delanoë 1er. A l’usage de ceux qui doutent que la lutte pour l’espace et pour le contrôle des liens est continue à Paris (des soldats versaillais à l’assaut de la Commune à la bourgeoisie rose à l’assaut des faubourgs) ces quelques articles parus dans l’excellent Politis au début de ce siècle. Mémoire de la résistance joyeuse à la créativité parisienne à la culture duty free de la Mairie de Paris.

Paris : La Goutte d’Or qui fait déborder le vase

Grandes manoeuvres contre un quartier populaire. Au pied de Montmartre, la Goutte d’Or est le quartier où l’Africain pose ses valises en arrivant à Paris, faisant de l’ancienne terre à vigne, le lieu le plus coloré de Paname. Avec la session des magasins Tati à Virgin’s Megastore, c’est toute la physionomie d’un quartier jusque là, laissé à l’abandon par sa mairie qui change. Sus à la spéculation, y’a du fric à faire, mon bourgeois !

Parfois, le grand nettoyage prends des formes surprenantes, ainsi le Lavoir Moderne Parisien, la salle de concert du quartier, se trouve pris dans le collimateur. La Préfecture de Police, prétextant de la sempiternelle… « Sécurité » a réduit sa jauge de 200 à 100 personnes, condamnant ce petit lieu pourtant essentiel à l’émergence d’une jeune scène, avec ses 500 représentations annuelles pour 35000 entrées. Hervé Breuil, gérant aussi de l’Olympic, le bar caf-conc’ voisin est pareillement menacé paraphrase Victor Hugo « Ouvrons des lieux de culture et nous fermerons les ghettos ! ».

La pétition qui circule repose en clair le problème des cultures dans la ville, de cet urbanisme spéculatif, accompagné d’un nettoyage à la matraque : « Nous nous efforçons, avec le soutien des artistes, d’humaniser une urbanisation qui génère des zones sensibles (…). Dans ce secteur de 22000 habitants, l’investissement dans l’équipement public est déficient depuis des décennies. Une véritable ségrégation est en marche; la Police Urbaine de Proximité tant promise est remplacée par les compagnies de CRS ». Les rassemblements se succèdent amalgamants les mécontentements de plus en plus perceptibles des milieux de la culture populaire, notamment les nombreux lieux menacés par la Préfecture dans l’indifférence quasi totale de la nouvelle mairie.

Décidément, à la Goutte, la colère pourrait, avant l’or, couler à flot. Reprenant l’acte qui n’a pas fini d’être joué entre les caf’conc et leurs amis et des pouvoir publics, hostiles ou méfiants, mais toujours aussi ignorants des cultures populaires de la ville. La Goutte d’Or qui fait déborder le vase ?

David Langlois-Mallet, in Politis 2004

Lavoir Moderne Parisien Olympic Café

20, rue Léon 75018 Paris

PS : Un des très rare lieu encore vivant (en lutte actuellement) : www.rueleon.net

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Squat

C’est l’amour à la plage !

Puisqu’on y est, autant que ce soit l’été. Nous voilà déjà en vacances avec un nouveau petit lieu au bord de l’Ourcq. Il est fait pour aimer, pour rêvasser, expérimenter, créer, jardiner, faire des crêpes. Un lieu d’enfance et d’en face pour réunir les habitants et les passants du XIXe et soutenir les indiens Mapuche. Les mercredis et dimanches l’espace ouvre son atelier on y peint, coût papote et bricole. Il y a bien sur des fêtes et une pétition à signer pour soutenir la demande d’eau et d’électricité que font les animateurs et habitants. « La Maison de la Plage », c’est son nom retiens le, participera au Festival Résistances et Alternatives de Paris qui se concocte pour apparaître du 13 avril au 5 mai. A cette ocasion, il faut noter la journée du 21 avril. A 15 h animation musicale, 16 h débat « comment se réapproprier son environnement immédiat ? », 19 h « La Poule Égorgée », création théâtrale de Luís Pasina. On annonce aussi une expo sur le thème de la friche urbaine et de son histoire récente à Paname. Quand l’histoire se fait temporaire : vive l’été !

David Langlois-Mallet
Politis

La Maison de la Plage, in Politis 2004

4-6, rue de Colmar Paris XIXe

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Théâtre

De profondis

Quelle protection pour le théâtre vivant ? Rien que la loi de la jungle, qu’elle soit libérale ou institutionnelle. Si tu ne joues pas la milliardième version de l’Avare (ou autre oeuvre au programme des collèges) et si tu as survécu au marché sans aide, on t’aura par la loi. Le petit Théâtre 347 était un lieu d’expérimentation remarquablement intéressant. Nous avons le regret de vous annoncer son décès le 2 juin dans l’indifférence la plus totale de la mairie-de-Paris-de-gauche. Pire celle-ci est directement cause du décès, ayant installée une autre association, aux projets d’ailleurs très honorables, dans les locaux. Comme si la capitale et singulièrement Pigalle, avait trop de lieux de culture pour qu’on s’intéresse à leur sort !

Comme si la direction de la Culture, qui subventionne tous les évènements déjà médiatisés et tous les peintres à l’huile de retour des bords de mer, n’avait pas les moyens. Comme si la Mairie qui prétend ne pas connaître son parc immobilier vide dont elle dispose, ne pouvait penser au relogement de cette équipe de Wax qui, sans aide, a fait émerger en un an près de 200 créations, dont les artistes sombrent avec elle ! Au secours on flotte dans l’indifférence, on coule dans le mépris à Paris !

Ex Théâtre 347

David Langlois-Mallet, in Politis 2004

Reportage. Quelle Belleville forgeons-nous ?

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L’intérêt d’un des derniers quartiers populaires de Paris passe t-il par son embourgeoisement ? La Ville de Paris a tranché. En confiant La Forge de Belleville à un opérateur privé du marché de l’art, elle a aussi choisi d’en écarter les collectifs d’artistes du quartier héritiers de la lutte qui avait permis de sauver ce lieu… du marché.

Julien Bargeton, adjoint à la culture du XXe avait beau mouiller la chemise dans l’école Ramponeau ce mercredi 13 février en assurant que le choix de la nouvelle équipe pour diriger la Forge, était dicté par sa vision de l’intérêt général. Cette notion éveillait bien peu d’écho chez celle qui sera chargée désormais d’une telle responsabilité. La représentante de la Caserne Ephémère, l’opérateur privé choisi par la Ville pour diriger La Forge, au côté de l’élu, à la tribune, assurait bien à la manière d’un entretien d’embauche « qu’elle aimait beaucoup l’art depuis toujours… qu’elle l’avait toujours beaucoup aimé ».
Bref, pas vraiment de quoi rassurer les associatifs inquiets d’une marchandisation de Belleville. Ni non plus convaincre les parents d’élèves présent que les marchands d’art sont plus profitables au quartier que l’expression des enfants des écoles… Ce que prévoyait le projet concurrent de l’Association de quartier TRACES, écarté finalement par la Ville au dernier moment… Après avoir servi à la ville à écarter les ateliers d’artistes héritiers de la lutte du lieu. Jugement de Raminagrobis !

Face aux septiques et aux coléreux, l’élu assurait avoir fait le choix de l’intérêt général. Reste à expliciter lequel… Ce qui n’aura pas été éclairci ce soir là.. A Belleville comme ailleurs, l’orientation des lieux de culture annonce pourtant la couleur future de la ville. Que veut-on faire de ces lieux symboles, arrachés par des batailles d’habitants et d’artistes contre les promoteurs, une fois que la mairie les rachète, consacrant leur valeur l’intérêt général ?

Derrière le destin de La Forge aujourd’hui, comme de la Maison des Métallos hier ou du Carrosse de la rue du Capitaine Marchal demain, c’est bien sur le projet d’identité de nos quartiers qui est en jeu. Sont-ils fréquentés par les habitants des quartiers populaires et permettent-ils leur expression ? Ils deviennent des lieux de fabrique d’un vivre ensemble singulier. S’ils ont pour but d’attirer par une programmation une population plus aisée, ils sont le premier outil, avant même le logement, pour embourgeoiser un quartier.

La question d’intérêt général posée, il reste donc à éclaircir si l’identité populaire de Belleville est sa richesse dans un Paris qui se normalise au rythme du tourisme de masse et de la hausse de l’immobilier ? Ou si l’intérêt de Belleville est son potentiel de développement économique qui peut le faire ressembler dans 10 ans ou moins au propret 3e arrondissement ? Le parachutage de la Caserne Ephémère, un opérateur typique d’une moyenne industrie de la culture, sera donc la faible réponse du politique. On laissera l’élu, à qui l’on prête de hautes ambitions, aux conséquences de ses choix.

Ou à son absence de choix, car au minimum, ce transfert de l’intérêt général au privé peut être vu comme le signe d’une démission du politique, au mieux d’une politique culturelle d’autant plus paresseuse que les ressources en porteurs de projets culturels sont très riche dans le quartier. Et que des acteurs sensibles au quartier auraient pu, à moindre frais pour le contribuable, développer des actions culturelles qui aient l’intérêt des habitants comme coeur, plutôt qu’un projet commercial.

L’Elu a le droit de penser que l’intérêt de Belleville passe par sa mise aux normes de l’embourgeoisement parisien. Reste à voir si les Bellevillois qui se sont battus dans les années 90 pour sauver la vieille forge ouvrière contre un promoteur et son projet de supermarché-parking, adhèreront. Eux qui étaient sûrement moins animés par la nostalgie des vieilles pierres que par une certaine idée de la fraternité qui permet encore cet art de vivre ensemble Bellevillois.

David Langlois-Mallet
(in L’Ami du XXe, mai 2013)

Lire aussi le ping-pong, culture populaire v/s culture municipale avec Julien Bargeton sur Rue89. Paris est un jardin…

Paris. Culture et politique. Audition par le CESC du PS

Compte rendu réunion 10 juin 2013
Comité Economique Social et Culturel du Parti Socialiste
animé par Jacqueline Zana-Victor, Annie Crépin

Audition de David Langlois-Mallet

Biographie

A la demande de la Commission, David Langlois-Mallet rappelle son parcours, un travail d’intellectuel engagé de la « fracture démocratique aux politiques culturelles » mené au carrefour des « marges » et des émergences culturelles, de la mouvance alternative rouge et verte et du PS, tour à tour comme militant, journaliste et chercheur en politiques culturelles alternatives.

Après le mouvement étudiant de 95, il devient porte-parole de Chiche ! qui de mouvement de jeunesse politique (des Verts et des Alternatifs) tend à se diriger vers un mouvement plus culturel, cherchant l’influence d’idées et se rapprochant pour cela dans ses pratiques militantes des Arts de la Rue. Comme journaliste à Politis et Nova mag, son travail d’enquête porte sur la culture alternative et dans le même temps à Communes de France sur les politiques culturelles progressistes. Au croisement de ces deux domaines, il s’investit dans la recherche de politiques culturelles alternatives intervenant dans l’espace Socialiste ou Verts et les médias. Un travail qui s’accompagne d’une réflexion critique, voir polémique, sur les politiques culturelles d’image, de distinction, de marketing territorial en particulier celles de la municipalité parisienne et plus profondément d’une recherche sur l’identité du Grand Paris.
Il fédère aujourd’hui au sein des Agoras de l’Association Un Peuple Créatif militant-es des politiques culturelles (du PS, des Verts, du FG et du Modem) et acteurs du tiers secteur de la culture (Friches, lieux pluridisciplinaires de proximité, squats, bars culture, arts dans l’espace public…). Avec l’objectif de concevoir des politiques oeuvrières et de proximité innovantes qui accompagnent un nouvel âge des politiques culturelles et de l’éducation populaire en phase avec les mutations actuelles de la société : l’explosion de la pratique, besoins en terme de liens de proximité et pluralité des initiatives face à la crise du sens.

Une vaste enquête de terrain
sur la convivialité et les nouvelles cultures populaires

Pendant dix ans il enquête à la fois sur le lieux culturels et alternatifs et en parallèle sur les politiques culturelles à Communes de France. Il cherche à comprendre ce qui se passe à la marge et, du culturel, débouche sur le politique et le social. Il conçoit le culturel comme matrice de la mixité heureuse et du vivre ensemble que permet la culture de proximité grâce à laquelle on pourrait éviter le tout sécuritaire et la dislocation du lien social. Il regrette que les politiques « tuent » trop souvent cette matrice. Par exemple, il juge que la loi Voynet a empêché ou brisé la jeune chanson émergeant dans les bars au cours d’un processus de « policiarisation », le politique n’ayant pas joué alors selon lui son rôle de médiateur. Trop souvent le discours du politique se technicise et la population est abandonnée à elle-même d’où parallèlement un processus de dépolitisation. Il faudrait repolitiser le lien entre les élus et les citoyens (dans « le bon sens » en favorisant l’expression politique qui émerge de la culture et correspond aux nouvelles représentations de la société, et non pas à coups de tracts qui enferment le politique dans un système de représentation jugé déconnecté de la société). Pour lui, c’est la culture émergente qui peut permettre de renouer ce dialogue et cette transmission, brisée aujourd’hui entre la société et la politique.

Un divorce avec la politique culture de la ville de Paris

Ce qui explique qu’il ait pris ses distances avec la politique parisienne de prestige qui entraîne au XXIe siècle une nouvelle haussmanisation, c’est-à-dire l’alliance du pouvoir et de l’argent comme au XIXe siècle, alors que la culture de proximité répond à l’inverse à la demande de la société, au besoin de sens et de lien des habitants. Existe aussi le risque de la « dysneylandisation » qu’entraîne la marchandisation du patrimoine. Celle-ci a des effets pervers (même à long terme sur les intérêt des secteurs du luxe et du tourisme qu’elle prétend favoriser) car elle fait augmenter les prix des loyers et tend à défaire une ville vivante en la remplaçant par un désert touristique, une coquille vide de sa substance : ses habitant-es. Les touristes étant les premiers déçus d’un manque d’expérience de ce qu’ils recherchent, l’âme populaire et conviviale de Paris, qui fait au moins autant que les vieilles pierre son attrait dans le monde.
Faute de cohérence et d’objectifs sociaux et de compréhension du tissu de la ville, les politiques qui prétendent prendre en compte les squats se retournent vite en politiques d’image.
Même dans les bonnes intentions des politiques de la ville de Paris on sent un replis, une peur des élus. Comme si les politiques étaient animés d’une phobie de l’expression de la société, quand les « friches »  ou de simples « espaces vides » que pourraient se réapproprier les habitants d’un quartier, comme des prise de parole dans l’espace public (politiques sécuritaire plutôt que convivialité, que street-art ou arts de la rue, (quand les rares espaces vides sont remplacés par des équipements publics crèches ou des piscines).
In fine, l’étude de cette fracture entre l’expression culturelle de la ville et son action politique, laisse entrevoir une cohérence historique assez malheureuse dans l’hostilité et le mépris que les politiques des pouvoirs ont de tout temps menées à l’égard du peuple de Paris. Des politiques qui ont trouvé, au moins depuis Haussmann, une cohésion et un encrage dans l’alliance avec l’industrie. Alors qu’on pouvait espérer l’inverse, le pacte d’un élu de terrain avec les habitants, cette priorité à « l’industrialisation de Paris » s’est trouvée renouvelée par Delanoë sous la forme d’une priorité donnée aux industries du tourisme et du luxe sur l’intérêt des parisiens. Selon David Langlois-Mallet, cet échec mesurable tant dans la perte d’âme de la ville que dans la difficulté des parisiens pour se loger dans leur ville, est plus encore que l’échec d’un homme ou d’un parti, celui d’une institution Ville de Paris, ne s’est pas trouvé dans la rencontre avec les parisiens.

La culture populaire
comme source d’inspiration pour les politiques culturelles

En 2007, il propose à la commission Culture du PS un travail sur la culture populaire parisienne et la démocratisation des institutions, c’est la lettre à Delanoë (co-signée par François Adibi et publiée par Rue89) sans effet sur l’action municipale. Selon lui, la politique culturelle de Paris devrait être pensée par la mairie, non en imitant le centralisme de l’Etat en charge de la Capitale, mais au plus près des habitants. Une politique d’arrondissements et de quartiers, ou le politique considérerait le caractère d’utilité publique des lieux de proximité qui permettent la rencontre et l’expression et sont donc le terreau d’une culture populaire. C’est la somme de ces ambiances et ces expériences culturelles qui font une ville vivante. C’est de tout temps (Paris est une fête, Montmartre ou Montparnasse…) l’un des piliers de l’attractivité Paris, au même titre que son patrimoine ou son luxe. La culture populaire d’aujourd’hui, c’est sur le territoire du Grand Paris, le potentiel d’une nouvelle culture-monde francophone, sans la diversité de laquelle la France est condamnée à la nostalgie, culture patrimoniale et vote identitaire.
A la demande de Corinne Rufet, élue verte, il réalise pour la Région Ile-de-France le rapport pour servir de base à la politique de Fabriques et d’ateliers d’artistes : « De l’atelier bureau à l’atelier logement » (2008) Un vaste tour d’horizon, au fil d’une centaine d’interviews, du squat au DRAC, des problématiques d’ateliers sur le territoire francilien.

Lieux de proximité et politiques oeuvrières

La question des pratiques oeuvrières est, avec la question des lieux de proximité, l’autre aspect de la culture populaire d’aujourd’hui sur laquelle porte son travail.

Les oeuvrier-es, ces porteurs de projets culturels, qui prennent le risque de la précarité pour porter individuellement au travers de leur œuvre une part de sens collectif. Ce sont des actifs engagés dont la démarche, au regard des structures traditionnelles du travail, relève de contours très flous, entre le marché, l’activité indépendante et l’aide sociale, (artistes, artisan, intello-précaires, vivant souvent à cheval sur de petites activités de compléments ou sur les minimas sociaux).

Ce phénomène de société, révèle une mutation profonde du rapport à la culture dans les nouvelles générations. Débordant les grilles traditionnelles entre professionnels et amateurs, c’est toute une société créative qui se met en mouvement en passant, souvent grâce aux nouveaux outils, de la réception à la conceptualisation, du rôle de spectateur à celui d’acteur culturel. Les politiques culturelles, enfermées dans des modèles passéistes (désignation par le prince des acteurs légitimes, politiques de sélection et d’excellence, centralisme…) passent à côté de cette profonde mutation et contribuent à accentuer les fractures : générationnelles, territoriales et sociales.

Les générations oeuvrières ont besoin d’une politique, de lieux outils fondés sur le soutien à la pratique et non sur la sélection, et d’une réflexion sur un statut d’existence (logement ou allocation d’autonomie?) que les auteurs, plasticiens, chercheurs etc… n’ont pas, à la différence des intermittents du spectacle.

Une vaste concertation culturelle du Grand Paris

Prenant acte du désengagement de la Ville de Paris sur ces question du fait d’une approche centrée sur les politiques d’image et de communication. C’est avec le tiers secteur de la culture lui-même que David Langlois-Mallet a pris l’initiative d’organiser la vaste concertation nécessaire sur le territoire du Grand Paris. En partenariat avec Jean Digne et le Musée du Montparnasse, il réalise Les Inclassables qui seront la maquette d’une concertation plus vaste.
Lancée avec le 6B, établissement pluridisciplinaire abritant près de 200 plasticiens à St Denis et le 100 Etablissement Culturel Solidaire de la Ville de Paris ou travaillent (en rotation) plus de mille oeuvrier-es il initie une vaste concertation du Grand Paris des professionnels du tiers secteur culturel : les Agoras du Peuple Créatif réunissent plusieurs centaines de participants en 2012.

Nouvelles gouvernances et crise de la transmission

David Langlois-Mallet voir dans une politique culturelle qui aborderait intelligemment la question des nouvelles cultures populaires la matrice d’une nouvelle gouvernance. D’un new-deal, où l’institution stratège, faciliterait la rencontre et l’expression de la créativité de la société en soutenant l’émergence des dynamiques mutualistes dans la culture. Il aimerait un politique qui au lieu de dire « Voilà ce que j’ai fait (pour mon image) » soit en état de dire « Voilà ce qui se passe, ce qui émerge sur mon territoire (ce qui pousse grâce à mon action) ». Sans une politique d’éducation populaire d’aujourd’hui, favorisant la diversité des expressions, ou le politique joue son rôle de facilitateur et d’intermédiaire dans l’expression, la rencontre, la circulation des représentations. Cette remontée ne se fait pas, la population se réfugie dans la nostalgie (et dans des votes de nostalgie !) et les différents identitarismes et communautarismes. Une part importante de la population laissé sans médiation ni culutre vivante vit sous perfusion du divertissement commercial, en particulier télévisuel. Tous phénomènes qui condamnent à terme le vivre ensemble et la cohésion et peut-être la république.

Actuellement, la politique n’est plus porteuse de sens, de promotion de ce sens, ni de transmission. ll y a trop de fractures qui empêchent la transmission, les circuits de celle-ci sont ossifiés et enkystés. Un incroyable égoïsme générationnel pèse sur ces questions. Les baby-boomers n’ayant pas hésiter à jouer contre leurs propres enfants. On voit partout (cela apparaissait très clairement avec l’affaire DSK) une fracture entre les pratiques féodales du milieu politique et les valeurs de la société moderne, en particulier des jeunes générations. Elle recoupe aussi la question de la domination masculine, de la reproduction endogame des élites et une conception monoculturelle très française qui maintien une ségrégation de type coloniale à l’encontre des jeunes français-es dont la culture familiale n’est pas celle du modèle dominant.

Pour ce qui est des politiques culturelles à proprement parler, l’État gagnerait à rompre avec un héritage Louis quatorzien et aux politiques de distinction et de sélection qui en découlent. Plutôt que ces vanités désuètes dans la concurrence de la mondialisation, il serait plus fructueux pour les territoires de se positionner non comme un arbitre des élégances ou un programmateur, mais un entraîneur qui aide les choses à advenir, donne des outils et laisse s’exprimer l’énergie créatrice au lieu de tout institutionnaliser. Il est au contraire trop centraliste, dans le contrôle plutôt que la confiance et l’immobilisme. A son images, les élus semblent souvent vivre dans « la peur qu’il se passe quelque chose » alors que le problème est justement l’ennui et l’uniformisation de l’espace public et le manque d’âme de tout une société qui semble condamnée en fait de culture à errer entre le supermarché et les séries télés, dans ce très pauvre et réducteur espace que lui propose le divertissement mainstream.

Pour le politique, la société n’est qu’un public qui boude les programmations (10% de fréquentation), parce qu’il ne voit pas qu’elle est une force de proposition, une force créatrice. Or, ne serait-ce qu’à Paris, les quartiers populaires sont de véritables fabriques de culture et d’intégration. Mais là encore, au lieu d’accompagner le vivre ensemble de son époque, la ville de Paris a tendance à tout reformater, à « boboïser » et à imposer sa propre culture, dissolvant de l’âme de la ville.

Il faudrait accompagner le déploiement de cette énergie créatrice de « la chambre de bonne aux Victoires de la Musique » d’autant que, selon David Langlois-Mallet, la frontière ancienne entre amateur et professionnel n’est plus si pertinente à l’heure d’Internet. Toutes ces nouvelles dynamiques ont par ailleurs l’avantage non négligeable d’être très économes d’argent public.
Reconnaitre l’expression et encourager l’autonomie culturelle de la société, c’est aussi une requalification du politique. C’est accepter une diversité et renoncer à un féodalisme désuet à la base du divorce entre les citoyens et leurs représentants. La culture partagée et le dialogue c’est plus largement se donner le moyen de résorber les contradictions et les tensions d’une société en crise de déclassement, tentée par les replis identitaires, les communautarismes et la violence innérente au culte de l’argent et à l’individualisme. Rompre avec une conception étriquée de la culture française, en abordant de manière ouverte la question de l’intégration et des diversités culturelles issues de notre histoire coloniale et de la mondialisation, ce n’est pas fragiliser notre unité politique mais au contraire la renforcer. Sortir de la dépression identitaire et contribuer à la réinvention d’une parole francophone et des valeurs universelles qu’elle porte dans la mondialisation.

(Des propositions formulées notamment, au sein du think-thank Altaïr, du collectif Un Peuple Créatif et dans la lettre ouverte collective à Jean-Marc Ayrault).

Réaction des membres de la commission

Jean-Claude Bourbault fait remarquer que les lieux créatifs sont rarement dans les institutions et que les hommes politiques ont tendance à indiquer eux-mêmes les lieux. Mais, lorsqu’un politique s’occupe de culture, il ne peut être dans l’instant et doit penser à demain.
Alain Maurel juge qu’on ne peut reprocher à une collectivité d’institutionnaliser et que l’institutionnalisation n’est pas forcément marchandisation. Comment faire une bonne gestion avec des choses informelles ? Comment trouver l’équilibre entre la spontanéité et l’institutionnalisation ?
(…)

Paris est un jardin

L’objet de mon article est de dire que de l’autre main, la politique de la ville consiste à prendre le contrôle ou à détruire toute les initiatives des lieux et des artistes parisiens qu’elle ne contrôle pas.

Comparons la culture à un jardin

Dans l’esprit Delanoïste, tout ce qui y pousse spontanément comme initiative artistique des parisiens et considéré comme mauvaise herbe et arraché impitoyablement (les caf’conç, les squats d’artistes, les arts de la rue, les lieux de petite taille etc..).

Il reste les quelques charmantes pâquerettes en pot que l’on veut bien montrer aux enfants des écoles (c’est ce dont parle votre réponse, l’action culturelle tant méprisée en haut). Vous me reconnaîtrez que la moitié de mon militantisme auprès de la ville, loin de nier l’importance de tout ce dont vous parlez consiste à plaider pour l’augmentation des budgets et plus de considération pour les élus à la culture des mairies d’arrondissement, véritables « sous-mairies » dans le système actuel.

Et puis il y a la politique paillette de la Mairie centrale… Là ne poussent que des fleurs destinée à la parfumerie de luxe et au marché de l’art. Dans un entre-soi ridicule on y renifle le narcisse sous serre qui ne sert qu’à l’ego et la promotion personnelle.

Je parle d’entre-soi, pas de privatisation du bien public. Il est évident par exemple que l’urgence pour les parisiens est d’avoir un immense hôtel de luxe LVMH plutôt que des d’habitations bon marché à la Samaritaine.

Il n’y a pas de place… nous dit la politique de la mairie, pour les lieux culturels libres auxquels je fais référence et qui sont fréquentés aussi par les enfants, les associations, les jeunes, les vieux, on y donne des baluches et des oeuvres vivantes qui ont de tout temps fait le succès de Paris. Cette culture populaire spontanée. Celle des enfants du Paradis, du Montmartre ou du Montparnasse des artistes, c’est le lien essentiel à la vie de quartier qui fait que le XXe est si agréable à vivre et le 7e si mortifère, que la Goutte d’Or est un quartier riche culturellement et le XVIe un « vaste désert d’hommes ». Ce Paris dont je parle dans votre arrondissement, c’est celui du Carrosse expulsé aujourd’hui même au prétexte classique de la sécurité celui de la Miroiterie menacée, du Théâtre de Fortune rasé au mépris de la loi-même qui interdit de raser un théâtre, du Goumen rasé vendredi dernier….

Alors le patrimoine… largement oeuvre des pouvoirs, fait partie de l’âme de la ville. L’industrie du luxe a sa part bien sur qui le nie ? Mais les parfumeurs et leurs relais municipaux en voulant faire de la ville un duty-free, en sacrifiant tout au tourisme et à la spéculation, ne rendent pas seulement la vie invivable aux parisiens. Ils tuent ce avec quoi ils font de l’argent.

« Les aigles d’Altaïr », les derniers indiens de Paris demandent d’urgence une politique. On a d’ailleurs l’élégance de vous la fournir gratuitement. Elle a été conçue au prix d’une mise en danger personnelle en ce qui me concerne et beaucoup d’autres aussi (que dire d’Hervé en grève de la faim, de Yabon et de Cathy qui ont des enfants en-bas âge et souffrent une expulsion), quand tant « d’experts » se payent de nos impôts pour détruire notre ville qu’ils ne connaissent et n’aiment même pas. Quand tant d’agents municipaux sont, faute d’une politique éclairée ou d’une formation (je pense aux jeunes papillons des cabinets qui ne sont pas malveillants forcéments mais n’ont que la vague conscience en poursuivant leur intérêt individuel de participer à une politique d’apartheid social).

Voilà pourquoi il faut laisser s’exprimer le tissu de la vie, de la ville : à côté de l’action municipale les parisiens ont leur place. C’est un enjeu culturel et démocratique essentiel. Si Bertrand Delanoë ne comprend pas culturellement la nécessité d’une rupture dans sa politique, d’un réveil, il peut comprendre politiquement que Paris est perdu pour la gauche. Yabon, figure de Paname, artiste expulsé aujourd’hui avec Cathy sa compagne actrice de la renaissance du Carnaval de Paris me disait aujourd’hui « ils croient que nous sommes leurs adversaires, ils nous traquent et nous expulsent, nous sommes juste des lanceurs d’alerte ».

Ce que je dis la gauche l’a compris, les Verts l’ont compris, la droite populaire l’a compris. Il n’y a que la gauche caviar qui reste autiste à Paris aujourd’hui, je pense que même Bernard Arnaud pourrait le leur expliquer.

© David Langlois-Mallet, 28 mars 2012

* (Réponse à la tribune de Julien Bargeton dans Rue89)http://www.rue89.com/rue89-culture/2012/03/28/la-culture-paris-un-travail-de-dentelliere-230607Bravo pour cette tribune et merci pour cette réponse. Je salue l’homme courtois et de qualité qui n’a pas que le mépris à offrir au débat. C’est la première fois, je crois sous vos yeux, que le Paris de la culture officielle s’adresse au Paris populaire.

Mais sur le fond, un constat simple… de malentendu. Nous ne parlons pas de la même chose. « La municipalité a une politique culturelle de proximité » nous dit en substance cet article.

Hollande attention ! Delanoë est le nom de la punition culturelle infligée à Paris.

Résumé. Ville à péage, gentrification culturelle, esthétique froide de show-room… c’est l’art du Paris Capitale des années Delanoë. Nous croyons à un autre Paris, une ville populaire, conviviale, des fêtes ouvertes à tous, des concerts au café du coin, des squats qui accueillent les artistes émergents que l’institution ignore. Le Paris populaire mixte des cultures du monde, Paris populaire éternel, celui de la vraie vie !

Lire la tribune libre dans Rue89

Hollande attention ! Delanoë est le nom de la punition culturelle infligée à Paris.

La section culture du PS interpelle Bertrand Delanoë

Texte intégral cliquez sur ce lien

IMG_2189_1La vie quotidienne des Parisiens est fortement perturbée par la flambée immobilière, le phénomène de “ gentrification” -l’embourgeoisement de la ville. Il transforme ses quartiers soit en “ musée-galerie-marchande” (pour le centre), soit en quartiers cossus (pour les faubourgs et même pour les arrondissements populaires).

Cette situation frappe une ville qui ne s’était pas encore relevée de la guerre sociale que la droite a livré constamment aux “ parigots” . C’est aujourd’hui le terreau populaire de la culture qui est atteint. Dans une société qui se tourne toujours plus vers les écrans et tend vers la déshumanisation, les cultures vivantes jouent un rôle de premier plan pour vivre ensemble.

Lire le chapitres suivant en cliquant sur le lien :

“ Un art de vivre parisien répond à cette époque de mutation”

“ A l’aune des cultures de proximité, le XVIe est un quartier pauvre”

Salles de quartier, bars cultures, squats d’artistes doivent être soutenus