Archives du mot-clé Culture

La culture et la politique à Paris (module de rattrapage)

Bon, bon bon… Apparemment il faut vous remettre les choses en perspective. Donc. A votre demande, si vous avez raté le début…

Depuis pas mal d’années, je cherche à infléchir la politique municipale de marchandisation de Paris, en demandant à ce qu’une place soit laissée aux initiatives des habitants, à la vie locale, culturelle en particulier (petits lieux de culture, café-culturels, arts dans la rue etc.) Pas parce que je suis méchant (ou buveur d’Orangina orange), mais parce que c’est important pour nous tous.

Pourquoi ? Un petit point là au besoin :

https://mesparisiennes.wordpress.com/2015/05/25/paris-villages-et-paris-capitale/

La mairie a une action conjuguée de lien très fort avec les industries d’une part, de normalisation et de contrôle de la culture et des artistes d’autre part. Il résulte de cela un espace public banalisé offert au tourisme de masse, un exode ou une mise sous silence du populaire de la ville, une précarisation de tous devant la hausse des loyers . Une ville de créatifs occupés à survivre plus qu’à faire bénéficier les autres de leur talent, et beaucoup de gens isolés et mal dans leur peau au final. Un Paris éteint et pantouflard, qui ne dit plus rien au monde : destination de voyage pour retraités babybomers.
Tout cela, même si personne ne conteste les politiques d’équipement de la ville (crèches, piscines, logement sociaux). Mais, juste, pourquoi les opposer ? Et où vont des quartiers sans poésie et sans respiration ? Nulle part. On déshumanise et puis on te dit qu’il y a « de l’insécurité. » Mais ces élus du XXe siècle et leurs technocrates sont formés à l’équipement, à l’infrastructure… Les gens, la nature, n’existent qu’en statistiques ou le temps des élections.

Un exemple de ces processus ici avec un article sur la Forge de Belleville :

https://mesparisiennes.wordpress.com/2014/01/05/quelle-belleville-forgeons-nous-in-lami-du-xxe-mai-2013/

Il est assez difficile de soutenir ces petites résistances locales à la banalisation mercantile. J’ai un peu tout essayé à l’intérieur du PS, mais l’obéissance au chef fini toujours par triompher dans ce mouvement; les Verts et le PC devraient être en pointe sur ces questions, mais (j’ai essayé aussi), ils ronronnent surtout parce que leurs élus dépendent des nominations et son assez discrets quand il s’agit de l’intérêt des parisiens, eux-mêmes majoritairement dépolitisés et individualistes. Bref plus occupés à « profiter de la vie », qu’à soutenir ceux qui se bougent. Parfois, les élus m’invitent (les cocos pour les « former » bénévolement), ou plus souvent les PS comme ici :

https://mesparisiennes.wordpress.com/2013/09/22/paris-culture-et-politique-audition-par-le-cesc-du-ps/

Un des lieux les plus éveillés, ou les moins totalement éteints encore, c’est Belleville. De nombreuses micro-luttes émaillent le quotidien (Biffins, Cantine solidaire, derniers squats d’artistes, ou bar sympa fermé etc.) L’une des dernières rues non encore normalisées est la rue Désnoyez. NKM, par sympathie, mais surtout parce qu’elle trouve du sens à ce travail, m’a demandé mon avis sur cette question. C’est le texte que je vous ai fait passer :

https://mesparisiennes.wordpress.com/2015/05/24/desnoyez-comprendre-les-crises-a-belleville-une-autre-logique-est-possible/

En gros je lui dit que ce n’est pas tant une affaire de polémiques droite/gauche que de non compréhension totale du sujet par les élus des questions d’écologie urbaine. Elle approuve. Que j’aimerais bien plutôt montrer dans une enquête comment les processus de créations se développent sur un territoire singulier. Enquête non partisane, publiée au grand jour devant les élus et les citoyens.

Là-dessus, fait plutôt rare en politique (où si vous n’êtes pas client d’un clan, vous n’intéressez pas), Nathalie présente un voeu (une proposition de décision en ce sens) au conseil de Paris, l’assemblée de la ville soutenue par deux groupes soit presque la moitié des élus. Le voici :

https://mesparisiennes.wordpress.com/2015/05/18/paris-voeu-graph-de-nkm/

La question maintenant est amusante et politique, puisque le débat est mercredi au Conseil de Paris

– Sans surprise, les élus socialistes et communistes devraient voter contre, même pas pour le fond, mais par principe parce que ça vient de leurs adversaires. C’est intelligent.

– Donc les Verts sont juste assez nombreux pour décider du sort de cette proposition. J’aimerais bien en parler avec eux, mais ils mettent pour le moment la tête dans le sable.

Question :

– Est-on obligé de passer par la droite pour faire aboutir un projet écolo à Paris ? (je rappelle qu’après 15 ans de collaboration bien rémunérée des écolos à la majorité municipale, la Ville de Paris continue à acheter des véhicules diesel jusqu’en… 2013, à la veille des municipales, un exemple parmi d’autres).

– Voir, ce serait encore plus cocasse, les élus Verts vont-ils faire en sorte que cette enquête sur la culture alternative, locale, soit refusée. Ce qui serait une sacrée balle dans le pied à l’approche des régionales… Mais ça c’est leur problème.

Au positif, je pense que si l’on pouvait comprendre bien ces processus, ce serait bon pour Belleville et ses artistes. On s’en fout un peu me diront les autres, sauf que si on trouve, à partir de là des mécaniques de proposition, cela pourrait servir de base à d’autres projets locaux et à des politiques culturelles plus respectueuses de la vie de quartier, de sa poésie et de ses petits trésors de poésie bien menacés par la normalisation et les industries.

Voilà, après Paris est déjà très abimé, les artistes se sont liés pour survivre et les gens sont assez démoralisés. Donc, même si ça ne passe pas, ce n’est pas un drame. Cela fait tant d’années… Et la vie de Paris est si longue. Juste un symptôme d’une politique bloquée de chez bloquée et qui attend des convulsion pour retrouver le goût des choses simple. Très français en somme…

David Langlois-Mallet​

Publicités

Pour aller plus loin sur le problème à Paris

Le papier « Honte aux élus, droit de cantine, droit de table ! » cartonne avec plus de 233 visites heure. La polémique pourtant reste un petit aspect de mon travail sur le Grand-Paris, qui comporte surtout beaucoup d’enquêtes, de travaux, de propositions positives collectives, mais donc, puisque les élus -socialistes en particulier- bloquent et continuent de détruire les alternatives citoyennes, quelques prises de bec bien méritées. Un petit tour ?

Propositions positives :

A la Ville de Paris (avec la section culture du PS)
http://rue89.nouvelobs.com/2008/01/22/la-section-culture-du-ps-interpelle-bertrand-delanoe

Au Ministère de la Culture
http://www.unpeuplecreatif.fr/spip.php?article33

Au 1er Ministre, soutenez d’urgence la créativité
http://www.unpeuplecreatif.fr/spip.php?article2

Audition par le CESC (Parti Socialiste)
https://mesparisiennes.wordpress.com/2013/09/22/paris-culture-et-politique-audition-par-le-cesc-du-ps/

Les indiens de Paname
https://mesparisiennes.wordpress.com/2014/03/10/appel-des-indien-nes-de-paname/

Travaux de recherche officiels ou analyse de territoire

Rapport des politiques de fabriques, Région Ile de France
http://www.unpeuplecreatif.fr/spip.php?article7

Street-art. Rendez-sous passage du Désir (in Stadda, mag des arts de la rue)
http://www.unpeuplecreatif.fr/spip.php?article8

Paris est un jardin
https://mesparisiennes.wordpress.com/2012/03/28/paris-est-un-jardin/

Quelle Belleville forgeons-nous ?
https://mesparisiennes.wordpress.com/2014/01/05/quelle-belleville-forgeons-nous-in-lami-du-xxe-mai-2013/

Prises de bec :

Hollande attention ! Delanoë est le nom de la punition culturelle infligée à Paris
http://rue89.nouvelobs.com/rue89-culture/2012/03/25/hollande-attention-delanoe-est-le-nom-de-la-punition-culturelle-infligee

Christohoe Girard l’expulseur expulsé
https://mesparisiennes.wordpress.com/2014/03/27/girard-lexpulseur-expulse/

La culture populaire face au mur rose
https://mesparisiennes.wordpress.com/2014/03/20/paris-xxe-la-culture-populaire-face-au-mur-rose/

France. Ce qui peut nous sortir d’une déprime collective ?

14 Juillet. L’intervention du Président est pour moi l’occasion d’une réflexion sur notre héritage français, notre dépression et le sens de notre aventure collective. Alors qu’en ce mois de juillet les tensions identitaires sont vives en France, les bombes qui tombent à Gaza se fragmantant en affrontements dans les rues de Paris, la monté d’un identitarisme français va de paire avec une  » Crise », auquel l’exécutif prétend répondre en soutenant les multinationales… ce qui entrave la vraie renaissance à l’oeuvre, celle de la multitude des initiatives d’en-bas.

Important de dire à nos amis juifs qu’on les aime ! Et de ne pas céder au discours communautaire de persécution, non, il n’y a pas et il n’y aura pas de pogrom en France.

Important de dire à nos amis musulmans qu’on les aime ! Oui, il y a dans les injustices sociales des injustices coloniales à réparer, pas des violences à minimiser ou justifier.

Important de dire à nos amis « de souche » qu’on les aime ! Qu’il y a une nouvelle France à inventer, pas un passé à ethniciser.

Nos racines sont guerrières, comme le 14 juillet nous le rappelle, avec éclat, bruyamment. Notre réalité est culturelle et notre destin politique. Ce cadre, ce sont les françaises et les français de toutes les cultures qui l’ont fait vivre par leur travail à toutes les époques.

Lé célébration dans quelques jours de Bouvines est là pour nous rappeler que nous descendons de guerriers très belliqueux au courage sans limites et de gens simples très courageux aussi, de millions de gens qui ont méprisé leur vie ou leur confort pour que nous ayons, peut-être, pour que nos petits enfants aient une vie meilleure, au moins une fierté. Qu’en avons-nous fait ?

L’occasion de nous poser 3 questions d’actualité en contre-point du discours présidentiel :

Sur les conflits identitaires du Proche-Orient

« La France ne doit pas importer le conflit israélo-palestien » nous dit François Hollande.
Non ! Elle ne doit pas importer la violence. Mais nous sommes bien sur partie prenante de la même histoire qui nous lie à Israël depuis la christianisation de la Gaule romaine. Nous sommes liés au monde arabe depuis toujours également et la colonisation a tissé entre chaque rives de la Méditerranée, souvent dans la douleur, des liens si forts que la culture arabe comme la culture juive font partie aujourd’hui des cultures de la France au même titre que la culture occitane ou bretonne.
Dans l’histoire plus récente, nous sommes par ailleurs, avec l’Angleterre un des anciens protecteurs de la Palestine et l’un des principaux artisans d’une solution d’établissement pour le peuple juif sur la terre de l’antique Israël. Nous sommes donc partie prenante et co-responsable de trouver une solution à un conflit sans lequel il ne peut y avoir de sécurité à long terme en Méditerranée. Mieux, notre république laïque n’étant pas ethnique est le creuset de solutions politiques.

D’où vient notre dépression collective ?

Je pense que l’important, pour ma part, reste que les gens et les rois de l’Ancien régime ont créé un pays. Que les gens et les révolutionnaires de la République lui ont donné un projet. Mais que surtout son contenu, s’il est aujourd’hui en panne, reste une réinvention permanentes des vivants. Le renoncement à la domination ou à l’injustice, n’est pas la haine de soi, c’est un voeux de force vraie, pas de faiblesse. La critique vaut pour Israël comme pour la France.

Car nous sommes partie prenante de cette histoire Européenne qui est sûrement celle de l’un des premiers peuples qui se soit détourné de lui-même de la violence et de son fantasme de puissance. Plusieurs chocs ont concouru à ce reflux de la force et ont froissé durablement, l’image héroïque que nos anciens avaient d’eux-mêmes à travers celle de la France :

– La victoire sur l’Allemagne en 18 nous a appris qu’il valait mieux vivre en paix avec ses voisins que de les humilier. Et ce même si nous avons créé une Union d’intérêt plutôt que de partage.

– La défaite face à l’Algérie nous a appris qu’aucune domination et aucune injustice faite à un autre peuple ne fondait une nation forte. Même si nous n’avons pas digéré que le rêve Américain nous ait laissé le goût amer de l’esclavage.

– En un sens même l’idéal universaliste et la fierté culturelle des générations anciennes s’est trouvé rabaissée par la domination culturelle américaine.

– À l’intérieur de nous mêmes nous ne pouvons pas oublier que nous avons accepté, même passivement, de nous faire trier en 40 et d’accepter que des gens qui avaient foi en notre idéal, des enfants qui apprenaient dans nos propres écoles ! aient été livrés « parce que juifs » par la police française sur l’ordre de son gouvernement aux camps de la mort.

Qu’est-ce que la grandeur après la violence ?

Nous avons mal guéri de toutes ces blessures du XXe siècle dans l’oubli agréable d’une société de consommation individualiste qui aujourd’hui prend l’eau de toute part et surtout ne répond à rien de ce qui fait le sens de l’Humain, pire qui enclenche le compte à rebours à 50 ans de l’aventure humaine sur la planète.

Je pense que cette « morosité française », cette crise dont parlait le président François Hollande lors de l’intervention du 14 juillet, vient de ces déceptions collectives accumulées que ne rachète pas une équipe de football, même si elle gagne. Avec toute mon estime pour Didier Deschamps, faire peser le sort d’une nation sur une équipe jusqu’aux larmes c’est la condamner au sort du Bresil.

« La France est une grande nation » clamait hier le chef de l’Etat en brassant un peu de vide. Car qu’est-ce que la grandeur ? Si elle se résume comme le dit le chef de l’Etat à « honorer ses engagements » et à payer ses dettes aux banques pas sur que cela donne des ailes à la jeunesse sauf pour s’expatrier.

Quel est aujourd’hui le rêve collectif ? « La France c’est l’institutrice qui s’est sacrifiée » nous dit le chef de l’Etat. Pardon mais elle n’a pas été volontaire pour un sacrifice, c’est femme qui menait juste une vie de quelqu’un de bien, plutôt que de courir après l’argent (comme on nous dit de le faire) et qui est morte assassinée. C’est une mémoire à honorer, sûrement pas un projet. La France, ce devrait être donner un exemple du bonheur loyal, plutôt que d’accumuler les honte, mais pas se sacrifier. Nous ne sommes plus en 14 !

La sortie de la crise

Alors comment sort-on d’une crise ? En retrouvant du sens collectif. Comment met-on fin à une déprime ? En reconquérant l’estime de soi.

J’ai déjà montré ici qu’une Renaissance était à l’œuvre en France. Mais aussi qu’au lieu d’être soutenue elle était entravée par le politique. C’est là qu’il faut réformer et c’est aussi économiser !

80 milliards mis pour les grandes entreprises  » parce que c’est l’emploi » voilà qui est faux. C’est ajouter à la dette. Ce sont les petits qu’il faut aider. PME, indépendants, chercheurs ou précaires, français ou immigrés, c’est là qu’est l’intelligence. Loin d’être soutenue, elle est empêchée de mille façons par ceux qui devraient la mettre en valeur.

Alors, si le mot grandeur a un sens aujourd’hui, après les rêves guerriers, ça ne peut être que dans un élan de tous. A une époque l’idéal était d’élever des cathédrales vers le ciel, à une autre ce fût l’humanisme de la Renaissance, plus près de nous les Lumières, l’Instruction Publique ou le programme du Conseil National de la Résistance.

Le rêve français, plus que jamais devrait être de montrer au monde que l’on peut partager ici un idéal équitable, une culture du bonheur au service d’une humanité… durable.

David Langlois-Mallet

Crédit photo : Marcella Martial http://www.marcellamartial.com

Crédit photo http://www.marcellamartial.com
Crédit photo http://www.marcellamartial.com

c Mes Parisiennes 2014

Paris. Petite mémoire d’une résistance joyeuse à la culture Delanoë


Image

Petite balade guidée dans trois lieux de culture populaire sous Delanoë 1er. A l’usage de ceux qui doutent que la lutte pour l’espace et pour le contrôle des liens est continue à Paris (des soldats versaillais à l’assaut de la Commune à la bourgeoisie rose à l’assaut des faubourgs) ces quelques articles parus dans l’excellent Politis au début de ce siècle. Mémoire de la résistance joyeuse à la créativité parisienne à la culture duty free de la Mairie de Paris.

Paris : La Goutte d’Or qui fait déborder le vase

Grandes manoeuvres contre un quartier populaire. Au pied de Montmartre, la Goutte d’Or est le quartier où l’Africain pose ses valises en arrivant à Paris, faisant de l’ancienne terre à vigne, le lieu le plus coloré de Paname. Avec la session des magasins Tati à Virgin’s Megastore, c’est toute la physionomie d’un quartier jusque là, laissé à l’abandon par sa mairie qui change. Sus à la spéculation, y’a du fric à faire, mon bourgeois !

Parfois, le grand nettoyage prends des formes surprenantes, ainsi le Lavoir Moderne Parisien, la salle de concert du quartier, se trouve pris dans le collimateur. La Préfecture de Police, prétextant de la sempiternelle… « Sécurité » a réduit sa jauge de 200 à 100 personnes, condamnant ce petit lieu pourtant essentiel à l’émergence d’une jeune scène, avec ses 500 représentations annuelles pour 35000 entrées. Hervé Breuil, gérant aussi de l’Olympic, le bar caf-conc’ voisin est pareillement menacé paraphrase Victor Hugo « Ouvrons des lieux de culture et nous fermerons les ghettos ! ».

La pétition qui circule repose en clair le problème des cultures dans la ville, de cet urbanisme spéculatif, accompagné d’un nettoyage à la matraque : « Nous nous efforçons, avec le soutien des artistes, d’humaniser une urbanisation qui génère des zones sensibles (…). Dans ce secteur de 22000 habitants, l’investissement dans l’équipement public est déficient depuis des décennies. Une véritable ségrégation est en marche; la Police Urbaine de Proximité tant promise est remplacée par les compagnies de CRS ». Les rassemblements se succèdent amalgamants les mécontentements de plus en plus perceptibles des milieux de la culture populaire, notamment les nombreux lieux menacés par la Préfecture dans l’indifférence quasi totale de la nouvelle mairie.

Décidément, à la Goutte, la colère pourrait, avant l’or, couler à flot. Reprenant l’acte qui n’a pas fini d’être joué entre les caf’conc et leurs amis et des pouvoir publics, hostiles ou méfiants, mais toujours aussi ignorants des cultures populaires de la ville. La Goutte d’Or qui fait déborder le vase ?

David Langlois-Mallet, in Politis 2004

Lavoir Moderne Parisien Olympic Café

20, rue Léon 75018 Paris

PS : Un des très rare lieu encore vivant (en lutte actuellement) : www.rueleon.net

°°°

Squat

C’est l’amour à la plage !

Puisqu’on y est, autant que ce soit l’été. Nous voilà déjà en vacances avec un nouveau petit lieu au bord de l’Ourcq. Il est fait pour aimer, pour rêvasser, expérimenter, créer, jardiner, faire des crêpes. Un lieu d’enfance et d’en face pour réunir les habitants et les passants du XIXe et soutenir les indiens Mapuche. Les mercredis et dimanches l’espace ouvre son atelier on y peint, coût papote et bricole. Il y a bien sur des fêtes et une pétition à signer pour soutenir la demande d’eau et d’électricité que font les animateurs et habitants. « La Maison de la Plage », c’est son nom retiens le, participera au Festival Résistances et Alternatives de Paris qui se concocte pour apparaître du 13 avril au 5 mai. A cette ocasion, il faut noter la journée du 21 avril. A 15 h animation musicale, 16 h débat « comment se réapproprier son environnement immédiat ? », 19 h « La Poule Égorgée », création théâtrale de Luís Pasina. On annonce aussi une expo sur le thème de la friche urbaine et de son histoire récente à Paname. Quand l’histoire se fait temporaire : vive l’été !

David Langlois-Mallet
Politis

La Maison de la Plage, in Politis 2004

4-6, rue de Colmar Paris XIXe

°°°

Théâtre

De profondis

Quelle protection pour le théâtre vivant ? Rien que la loi de la jungle, qu’elle soit libérale ou institutionnelle. Si tu ne joues pas la milliardième version de l’Avare (ou autre oeuvre au programme des collèges) et si tu as survécu au marché sans aide, on t’aura par la loi. Le petit Théâtre 347 était un lieu d’expérimentation remarquablement intéressant. Nous avons le regret de vous annoncer son décès le 2 juin dans l’indifférence la plus totale de la mairie-de-Paris-de-gauche. Pire celle-ci est directement cause du décès, ayant installée une autre association, aux projets d’ailleurs très honorables, dans les locaux. Comme si la capitale et singulièrement Pigalle, avait trop de lieux de culture pour qu’on s’intéresse à leur sort !

Comme si la direction de la Culture, qui subventionne tous les évènements déjà médiatisés et tous les peintres à l’huile de retour des bords de mer, n’avait pas les moyens. Comme si la Mairie qui prétend ne pas connaître son parc immobilier vide dont elle dispose, ne pouvait penser au relogement de cette équipe de Wax qui, sans aide, a fait émerger en un an près de 200 créations, dont les artistes sombrent avec elle ! Au secours on flotte dans l’indifférence, on coule dans le mépris à Paris !

Ex Théâtre 347

David Langlois-Mallet, in Politis 2004

Idées. Clitoris, culture, politique et Renaissance ???

Image

Résumé. La réinvention de notre art d’aimer est une question politique. La sexualité étant valeur centrale du système individualiste et d’une culture masculine épuisée. La « découverte » du clitoris et l’intérêt nouveau pour le plaisir des femmes n’est pas qu’une question féministe. Elle participe d’un mouvement culturel qui se pose la question du lien. (Cet article part d’une controverse au sujet d’un article de Slate sur la sexualité « mécanique » des femmes).

La culture des femmes, pour un homme, c’est précisément de réintroduire le lien, les émotions, l’affect, la complexité, la singularité… en un mot la relation dans le monde mécanisé, rationalisé et devenu vide de sens d’une culture masculine triomphante mais en crise comme jamais.

J’ai donc du mal à comprendre que comme dans cet article, des femmes se valorisent de l’espoir de prouver qu’elles sont des machines, simple mécaniques capables elles aussi de jouir sous Viagra. Ô triomphe !

Ce féminisme mécanique ne serait que cette égalité par le bas ?

Derrière cette idée « nous sommes comme les hommes », il y a tout un féminisme très réducteur (qui a mon humble avis a pris les hommes comme « étalon » de la libération des femmes, comme les premiers esclaves libres mettaient un casque colonial). Bien sur, on sait depuis Renaud, que comme Madame Thatcher, les femmes peuvent être « aussi » des hommes. Sûrement en se mutilant, mais elles le peuvent. Avec un peu d’effort, elles finiront par nous prouver qu’elles peuvent défiler au pas, éventrer l’adversaire ou aller vomir leur trop plein de bière après avoir gueulé au match et bourrer de coup de coup de rangers les pauvres étrangers croisés sur leur chemin. Le jour où les femmes seront aussi cons que les hommes, on sera tous bien avancé.

Il est évident que comme êtres humaines, les droits sont égaux avec les êtres humains. Je n’arrive même pas à comprendre comment le pouvoir politique peut tolérer l’inégalité des salaires entre les sexes. Je ne conçois même pas dans les couples qu’il puisse encore exister des inégalités dans le partage des tâches ménagères ou la participation au loyer ou la part prise au soin des enfants. Mon propos part du principe que ces égalités là par exemple sont considérées comme une base indiscutable dans une relation juste normale.

Autre avertissement (en note de bas de page*) quand je réponds ici à l’article sur le « viagra* » ou le « clitoris », la question qui m’intéresse c’est celle qui est cachée derrière : quelle idée avons nous de la différence des sexes ? Quelle relation et quel art d’aimer pouvons-nous réinventer ? Là encore on suppose l’âge du voyeurisme dépassé et que le lecteur et la lectrice, même jeune journaliste, ont acquis une familiarité technique et érotique avec l’animal en question, histoire de pouvoir y penser autrement qu’en état de choc (pruderie ou excitation) brouillent également l’analyse.

Le clitoris comme sujet culturel

Donc la « découverte » récente du clitoris, signe de l’importance nouvelle donnée au plaisir féminin, participe à faire exploser notre culture dominante (masculine) qui tendait à réduire la sexualité à la pénétration.
Le clitoris, seul organe dans l’espèce humaine qui n’a comme fonction QUE (j’ai pas dit queue) le plaisir, nous oblige à penser une sexualité féminine plus complexe que celle de l’homme. Androgyne en quelque sorte, la femme jouissant « comme une femme » et « comme un homme ». Si d’autre part tout le corps de la femme est une zone érogène, si les émotions jouent un rôle central, alors NOUS, hommes et femmes, avons des choses à découvrir ensemble.

Mais la question qui m’intéresse dans cet article, c’est la définition de nous-même.
C’est à dire de l’idée qui préside à notre relation. La rédactrice a l’air de dire : « youpi, nous sommes des machines ! » sous entendu « comme les hommes ». C’est donc le règne des mécaniques, mécaniques jouissantes sous comprimés, mécaniques souriantes sous antidépresseur et actives au boulot sous drogues diverses ? Que veut-on prouver ? Le pouvoir des drogues sur le cerveau ?

Si dans notre culture effectivement la sexualité masculine s’est appauvrit culturellement au point de se réduire à une mécanique, qui gomme le lien (prostitution, pornographie, consommation etc.) à, fait de la femme un trou vide de sens. Cela n’est pas sans lien avec toute notre société dans l’impasse relationnelle et dans la crise affective (L’ultra moderne solitude de Souchon, vous avez sûrement déjà senti la larmichette).

Plus la crise affective individuelle et forte, plus nous surinvestissons dans le sexe et l’argent dans une fuite en avant qui fini par tout détruire autour de nous (le film Le Loup de Wall-Street et excellent à cet égard. Quelle belle énergie vitale séduisante du héros toujours camé ! Il ruine les gens pour s’enrichir dans la course folle des bourses (tient « les bourses » on revient au sexe) qui ruine la planète et hypothèquent l’avenir de notre espèce sur Terre. Ça te parlera je suis sûr Naïk comme écolo !

Je laisse à d’autres le soin de prôner l’abstinence comme retour au temps des cathédrales* ou la consommation sexuelle comme épanouissement dans le grand supermarché. Je me contente de penser pour ma part que la réinvention de notre art d’aimer est aussi une question politique.

Qu’elle participe d’un ensemble de phénomènes culturels, qui tendent à redonner sens à la relation, à ceux qui nous entourent, comme une réaction naturelle de notre société à sa déshumanisation et à la course au plus d’argent comme condition imaginaire d’un bonheur toujours inaccessible qui ronge nos vies aussi sûrement qu’il détruit la planète.

La sexualité, valeur centrale du système individualiste. On ne s’étonnera pas qu’une Renaissance soit aussi ici à l’oeuvre.

© David Langlois-Mallet

Lmicromonde.wordpress.com/
facebook.com/langlois.mallet.paris

Note : * Le Viagra, je trouve que c’est un peu une régression (sans préjuger de l’avenir) mais en tout cas comme horizon du plaisir de la maturité, c’est pauvret. A 20 ans, ton rapport à toi-même et aux femmes tient dans ta queue et c’est assez normal. A 30, la sexualité s’est élargie, à 40 la relation, les émotions, l’érotisme prennent plus de place etc… et tu n’appelles déjà plus sexe la même chose. J’imagine qu’à 50 et 60 le phénomène s’amplifie à mesure que la pénétration exclusive régresse. Beaucoup d’autres choses ont place dans la vie. Je suppose que la vie même prend plus de sens à mesure que la mort s’approche et il est probablement pathologique d’avoir à 60 ans une sexualité de 20, c’est à dire assez pauvre.

Note :** Pour rire un peu avec le retour de Néandertal qui nous guette dans le même temps ajoutons, m’a dit une amie féministe, un mouvement catho en Espagne qui voudrait interdire la masturbation, cause d’un génocide de spermatozoïdes, mais notez là encore l’inégalité, les femmes ne tuent pas d’ovules en se caressant… L’ancienne domination masculine n’a t-elle même plus le droit d’asile ?
IMG_4593

Free-Jazz. Fantazio, Joyeux Bordel !

Fantazio

Fantazio émerge de l’underground. Il nous apporte sa belle énergie et son esprit de liberté.

L’un des vrais bonheurs de l’art, c’est quand un talent rare, qui a patiemment pris le temps de mûrir et de ciseler ses traits dans les bas-fonds de la ville, parvient à éclore. On croit capter alors un peu de cette « époque au meilleur d’elle-même », qu’un philosophe voyait comme notre meilleur espoir. Avec Fantazio, cette éclosion semble porter tout un printemps un peu fou, floraison de notes, de couleurs, d’attitudes et d’intentions nouvelles auxquelles il est trop tôt pour figer sous les mots. Apprécions. Mais qu’est-ce que Fantazio ? Un homme et une contrebasse, sûrement. Une formation de jazzmen libres peut-être. Un collectif informel de créateurs, mais encore tout un courant de création urbaine, qui a couvé sous les décombres du Paris popu. Un courant très sincère, né au fil des rencontres de rue, des amitiés de bar, des complicités squattardes, qui partage sans façon sur scène le plaisir de se retrouver, d’échanger des signes et de se mélanger les arts.

Musicalement, cela progresse avec la forte nonchalance de l’éléphant — son animal totem dans les graphismes de Popaye — accompagnée de sons aigrelets et dérisoires des youkoulélé, guitares hawaïennes et xylophones, ou mêlé à la profondeur de magnifiques saxos, au vacarme de batterie ou encore à la complicité d’autres contrebasses que font vibrer des nymphettes, comme encore aux chants de guerre féministes d’une artiste japonaise fluorescente. Qu’il chante « les tortues fières » qui charment les mecs les plus coquins, où celles qui se laissent faire des enfants sans y réfléchir, qu’il beugle un charabia, ou miaule à la manière d’un dessin animé américain, les langues s’emmêlent et l’on croît comprendre en franglais une phrase commencé en espagnol et peut-être poursuivie en italien. Looké manœuvre de la contrebasse, sous ses tatouages, ses vestes croisées années 30, petit frère des punks, ou de la Mano Negra, son inspiration nous parle d’un amour artiste de la rue et de ses gens qui la hante. De son dégoût pour l’amusement obligatoire, des vrais fêtes qui sont accidentelles, d’une passion pour la spontanéité : « C’est important pour moi de retrouver cette improvisation, manière de dire que chaque journée est différente. Mon boulot, c’est de ne pas être toujours dans le même état, c’est une forme de respect pour les gens. Je trouve ça terrible ces groupes qui jouent toujours les mêmes chansons et balancent les même vannes » confie t-il.

Fantazio, s’il s’est défié des maisons de disque et donne à diffuser son premier CD par la coopérative alternative Co-errances « ce n’est pas pour la pureté de l’échec ou pour rester underground, mais parce que je veux garder la propriété de mon son, garder mon autonomie ». Où cela mène t’il Fantazio ? Sûrement vers une certain succès, une auto-exploitation comme chacun de nous. Il n’en est pas dupe : « je suis ma propre pute, mon propre connard, mon propre maquereau » swingue t’il.

Et à nous, qu’est-ce qu’il nous apporte ? Une l’énergie emballante, pour réenchanter notre effort quotidien. Une esthétique neuve, pas encore gâtée par la conso culturelle, ses médias-catalogues, ses festivals. Quelque chose comme la fraîche expérience désenchantée, celle de la liberté totale, qui est conscience de sa liberté relative.

David Langlois-Mallet (bienvenue sur ma page Facebook)

www.fantazio.org

Article publié dans l’hebdomadaire indépendant Politis 2006

David Langlois-Mallet (bienvenue sur ma page Facebook)
Site Mes Parisiennes https://mesparisiennes.wordpress.com

Paris, territoire de l’imaginaire et ses crises


IMG_7047

Paris, territoire de l’imaginaire et ses crises

Paris n’est pas seulement une métropole active, c’est un territoire de l’imaginaire

« Four ou cuit le pain intellectuel du monde » au Moyen-Age, ville des Lumières politique au XVIIIe siècle, terre promise des artistes et de la fête populaire jusqu’à la IIe Guerre Mondiale, elle vit dans l’esprit des humains du monde, tout à la fois comme capitale de la Liberté, de l’amour, de la pensée et de la mode. Dans notre théâtre globalisé du XXIe siècle, où l’on spécule sur les foules sentimentales du monde, toutes ces valeurs sont devenues l’objet d’une spéculation sur l’imaginaire qui se répercute sur la pierre, tel qu’il devient difficile pour ses habitants de s’y loger. La barrière invisible de l’argent semble dessiner les contours d’une ville à péage, jusque sur les terrasses des bars… (cliquer pour lire la suite)

Mort de Clément Méric : L’extrême-droite, un art martial négatif

IMG_5173

C’est la mise en mouvement de la lumière qui fait reculer les ténèbres, pas la fascination morbide de la nuit sale et sans fond de notre genre humain. (Suite de la mise en ligne de mes écrits divers) :

http://debats.terrafemina.com/societe/4097-agression-de-clement-meric-fait-divers-ou-de-societe/57545-clement-ce-nest-pas-la-nuit-cest-notre-absence-de-reves

Les Agoras du Peuple Créatif, concertation de territoire avec le 6B et le 100 E.S.C et le Musée du Montparnase

Image


Les Agoras
sont une concertation des acteurs culturels du territoire du Grand Paris organisée en 2012

« Se réunir simplement pour échanger sans chichi, hors des formes habituelles de mise en scène du pouvoir, ou du savoir à la recherche d’invention nouvelles. »

L’idée des Agoras, voulues cet été dans le creuset de La Fabrique à Rêves du 6B s’est amplifié au CENT à la rentrée. Elle trouve ses racines au Musée du Montparnasse.

Nous explorons donc dans nos Agoras autant les richesses de notre culture populaire du Grand Paname et de ses frictions avec les logiques institutionnelles ou centraliste, que nous nous intéressons à ces idéologies qui soutendent l’action des pouvoirs, sans que leurs acteurs (élus, services, haute administration) ne pensent à en interroger les fondement et surtout la finalité réelle.

Ce bouillon d’idées qui pourrait servir, sans rupture avec les logiques de quartier, autant l’invention d’un nouvel imaginaire collectif, fondé sur la diversité des paroles (au pays du centralisme-parisien-roi !) que des politiques publiques qui prendraient réellement pour racines les besoins des citoyens et non celui des concepteurs d’infrastructures (je pense au Grand Paris que l’on prépare sans nous bien sur).

Pour en savoir plus suivre ce lien :

http://www.unpeuplecreatif.fr/spip.php?rubrique7

Au Peuple plutôt qu’à la Marine

Image

La fête est une chose trop sérieuse pour être laissée aux militaires,

La démocratie une chose trop partagée pour être laissée aux seuls politiciens,
Paris une ville trop créative pour être laissée aux technocrates.

Au peuple plutôt que la Marine !

Savoir faisons par la présente à tous…
Sans-culottes et princesses du peuple des deux côtés du Périph, gueux-magnifiques et intello-précaires, Incroyables et merveilleuses, romantiques sensuelles et libertins sensibles, bretons et ruskof du Montparno, maudits-artistes et intermittentes-durables, Chats noirs et Bœufs sur le Toit, Gavroches de la Goutte d’Or et gisquettes de Belleville, refusnik de la pub et drilles joyeux, rebeux des boites et rebelles des bois, lecteurs de la Princesse de Clèves et lectrices de Rabelais, Pommes de Pin et théâtreux de Fortune, troubadours humanistes et teufeurs éveillés, créatifs au RSA, artisans de leur propre vie et chercheurs sur la paille, street-artistes et titis des Faubourgs et menu peuple pensant des chambres
de bonne, artistes de leur quotidien et aux amoureux
…ainsi qu’à toi et ta petite sœur !

Que le collectif « Au peuple plutôt qu’à la Marine »
demande officiellement l’attribution, d’une façon transparente et démocratique,
du ci-devant Hôtel de la Marine aux acteurs du Paris populaire festif et engagé.
Nous demandons au Ministère de la Culture, de la Région Île-de-France, de Paris Métropole et de la ville de Paris ainsi que des candidats démocrates
à la présidentielle d’officialiser leur soutien à cette démarche.

Nous leur donnons rendez-vous avec ceux qui veulent nous soutenir
Samedi 21 janvier à 10h
Place de la Concorde, au lieu du ci-devant Hôtel de la Marine.

L’histoire de la démocratie en France s’est écrite grâce à ce grand mélange
de provinciaux et d’étrangers qu’est Paris. Les marchands qui vendent aujourd’hui
Paris au nom de sa culture doivent en rendre un bout au peuple, à la jeunesse
et aux artistes qui poursuivent la grande aventure de son invention collective.
Alors que tous les lieux de culture alternative sont menacés ou ont été fermés
dans les quartiers, il est urgent d’ouvrir un lieu festif à tous les refusés du Paris dominant et de sa culture unique autant qu’il est sensé de mettre une maison du peuple
sur le lieu symbole de la Révolution Française.

(Et merde à Haussmann !)

Le Collectif d’animation : David Langlois-Mallet (Collectives Cultures), La Bâronne de Paname, Yabon Paname (Le Carosse), Carmelinda Bruni (Théâtre de Fortune), Hervé Breuil (Lavoir Moderne Parisien), Catherine Poulain (Carnaval de Paris), Michèle Faury (Life in the bar), Anastasia Koslov (Théâtre de Verre), Malika del Rocka.
Comité de soutien et de parrainage : Collectifs : Altaïr Think-thank culture-medias.
Premières personnalités : -Artistes : Jean Stark (Art Cloche) – Elus : André Gattolin (sénateur EELV), Martine Billard (Front de Gauche), Eva Joly, Corinne Rufet (CR EELV Président de la commission culture), Jean-Jacques Barey (culture PCF)…

Paris le 21, janvier 2012
Hôtel de la Marine, Contexte

Contexte

L’Hôtel de la Marine est situé sur un lieu symbole de la Révolution Française, la très fameuse place de la Concorde (où a été guillotiné Louis XVI le 21 janvier 1793). Il fait face à l’Assemblée Nationale.

Sarkozy a confié à Giscard d’Estaing la présidence d’une commission d’attribution de cet immense et magnifique palais de plus de 500 pièces. L’ancien président veut le réserver à la culture patrimoniale.

Les acteurs du luxe et de la mode se sont organisés en comité pour le revendiquer. La France, c’est le patrimoine, c’est le luxe bien sur. Mais voyez-vous, c’est aussi les cultures vivantes qui sont bien malmenées à Paris.

Juste retour des choses nous revendiquons ce lieu pour les marges artistiques et les acteurs de la culture populaire, d’en-bas, des petits-lieux, de proximité etc… Appelez comme vous voulez tout ce qui ne tombe pas d’en-haut, des institutions et du marché.

La pétition des uns : www.hotel-marine-paris.org

<http://www.hotel-marine-paris.org>

(patrimoine, vieille France)
La pétition des autres : http://www.la-royale.fr/ (luxe et mode)

Visitez votre futur lieu de culture populaire de Paris :

http://picasaweb.google.com/101442231671384701060/HOTELDELAMARINEEXTRAITBFM?feat=directlink

<http://picasaweb.google.com/1014422…>

Discours d’Eva Joly

Chers gueux-magnifiques, intello-précaires, incroyables et merveilleuses comme vous vous nommez joliment vous même !

J’ai souhaité récemment qu’un grand musée de la Révolution prenne la place de l’Hôtel de la Marine. L’histoire comme je la vois, n’est pas une fermeture sur un passé mythifiée, mais au contraire une source d’élargissement et d’inspiration. La connaissance du meilleur du lègue du passé je veux qu’elle nous donne l’envie d’inventer ensemble notre avenir. Sur le lieu symbole de la Révolution Française, je crois nécessaire de donner ce point d’appuis à l’énergie et au besoin de démocratie qui monte si fort actuellement du pays et déborde à mesure que les pouvoirs actuels essayent de le contenir ou de le réprimer.

J’entends et j’écoute avec grand intérêt votre souhait de voir ce lieu dédié à la culture vivante et populaire et je suis touchée à vos arguments. Oui, la démocratie culturelle est en effet à la base de toute politique. La Révolution Française doit autant aux cafés qu’aux encyclopédistes, aux artistes qu’aux orateurs, à la rue qu’aux salons. Elle est même le fruit de la rencontre des deux.

La Révolution Française est aussi le fruit très spécial de ce choc qui a toujours existé à Paris entre l’Etat et le peuple de la ville. Ce n’est pas pour rien que l’on a pu dire que Paris, ville des révolutions, était le grand champ de tension de l’histoire de France. Ce territoire disputé par les aristocrates et les sans-culottes, je sais que c’est aussi cette culture vivante qui résonne en vous. Parisiens des squats et des lieux de culture de quartier, amoureux de votre ville au point de mettre votre santé en danger pour défendre et ouvrir ces petits espaces de liberté qui sont comme autant de barricade culturelles face à la main mise de l’argent et de la spéculation sur la ville.

La culture populaire parisienne à laquelle vous faites référence, me parle particulièrement. Parce que Paris, loin d’être une capitale de parisiens que l’on caricature, est un carrefour de cultures du monde. Tous les accents de France et du monde qui y résonnent, toutes ces différences qui de tout temps y échangent font la singularité et la richesse de sa culture populaire, vive et rebelle, joyeuse, festive, pensante et politique. Nos élus en général et Corinne Rufet en particulier se trouvent à vos côté tout au long de l’année pour défendre et faire reconnaître le caractère d’utilité publique de vos espaces. Je pense particulièrement au Lavoir Moderne Parisien qui est le cœur vivant du quartier populaire de la Goutte d’Or, au Carrosse dans le XXe ou à l’aventure du Théâtre de Verre de Luis Pasina.

Je suis également très sensible à l’idée d’un échange entre des espaces qui sont marqué par une ségrégation de plus en plus forte au point qu’on a pu parler à Paris d’une apartheid urbaine. En tout cas d’un Paris à péage. Il est nécessaire que le Paris populaire ait des débouché dans les beaux quartiers. Et je dirais, il est nécessaire encore plus pour les riches que pour les pauvres. L’invention culturelle vient d’en-bas, l’académisme tombe d’en-haut. L’énergie de la mode, des mouvements culturels, vient de la rue pas de l’argent. Les plasticiens de demain exposent aujourd’hui dans les rues. Il n’y a qu’à ouvrir l’œil pour comprendre que le street-art par exemple s’épanoui dans les quartiers populaires ou qui ont gardé leur mixité et non pas dans les beaux-quartiers sous trop étroite surveillance.

Cette rue créative, si importante pour le développement de la société, nous appelle à une profonde réflexion sur l’espace public. En particulier à Paris, dont le pavé vit sous une loi martiale qui date du consul Bonaparte et par laquelle tout ce qui n’est pas autorisé par la Préfecture de police est interdit,. Les artistes payent un très lourd tribu à ce véritable régime d’exception policier qui les force au silence. Et quand les chanteurs des rues, les orgues, les faiseurs de harangue sont interdits, c’est notre liberté à tous qui recule. Si je suis élue, j’engagerai une profonde refonde législative avec les députés et sénateurs ELLV sur notre espace public et sa liberté qui est la première des démocratie culturelle à rendre au peuple.

Il est un autre domaine ou l’art et la démocratie font je crois bon ménage, ce sont les politiques culturelles. Ce secteur, loin d’être un vague creuset corporatiste est à mon sens à l’heure actuelle un lieu en pleine ébullition ou s’invente non seulement les politiques culturelles de demain, mais bien au delà ou se refonde le sens des politiques publiques. La culture n’est pas un secteur comme un autre parce que c’est ce qui fait sens et lien entre les humains. Dans un monde étouffé par la quête du profit où la pensée comptable et technocratique a fagocité la politique au point de lui retirer tout élan et toute aspiration à concevoir ensemble un avenir meilleur. Il nous faut plus que jamais nous connaître dans notre humanité et notre diversité. Nous rassembler autour des œuvres porteuse de sens pour pouvoir imaginer un avenir autre que celui des crises économiques et environnementales.

C’est parce que cet élan créatif de la culture est nécessaire autant que la connaissance du passé pour imaginer l’avenir que je crois que vous avez toute votre place à prendre également dans cette grande maison de la Fraternité que j’appelle de mes vœux sur la place où est tombée la tête d’un roi. Les 5440 m2 de l’Hôtel de la Marine sont assez vaste pour ne pas en faire un lieu de privilège et d’exclusion. Et ses 553 pièces doivent servir autant à la mémoire qu’à la rencontre, au débat citoyen qu’à la fête, à la réflexion sur les politiques publiques qu’à l’art vivant. Signe de mon soutien, je propose à un élément actif de cette démocratie culturelle, David Langlois-Mallet qui anime votre collectif, de se charger d’une proposition partagée.

Croyez chers ami-es à ma fraternelle affection.

« Au Peuple plutôt qu’à la Marine ! »

Discours (apocryphe) attribué à Eva Joly, France, début XXIe siècle
Discours de Jean-Luc Mélenchon (apocryphe, début XXIe siècle)

Parce que le peuple est chez-lui place de la Concorde, je salue votre initiative et vous apporte mon soutien et celui du Front de Gauche !

Notre histoire, l’histoire de France et notre culture a singulièrement partie liée avec celle de la démocratie et de la liberté. Sa page la plus symbolique s’est écrite ici même, jour pour jour, un 21 janvier à 10h22. Il y a 219 ans sur cette même place où un roi à perdu la tête pour que tous sachent, présent et avenir, que la féodalité était morte et appartenait aux poubelles de l’histoire humaine.

C’est cette féodalité, ce pouvoir du petit nombre sur les êtres, cet arrogant défi à l’humanité de la naissance et de l’argent que certains aujourd’hui essaient de restaurer. Car qu’est-ce qui est en jeu dans le diktat des agences de notation ci ce n’est de faire « softement » courber le dos au peuple ?

Alors oui ! il y a du sens à revendiquer votre place ici, à l’heure où une nouvelle aristocratie essaye de tourner la page de 200 ans de luttes patiente, acharnée de nos ancêtres pour un lent progrès social et démocratique, et aimerait faire retourner nos enfants au servage.

Il est salutaire de sortir des quartiers dits populaires, comme l’ont fait les sans-culottes et les femmes du peuple pour se rendre à Versailles, comme vous le faites en revendiquant ce lieu de patrimoine, pour rappeler qu’il n’y a qu’un seul territoire et que tous les citoyens ont le droit même droit à y vivre.

Oui, il est salutaire, à Paris encore plus qu’ailleurs, de refuser un apartheid de l’espace public qui a, insidieusement, petit à petit rongé le territoire découpant ses quartiers de riches ou de bobos où toutes les richesses sont retenues à ne plus savoir qu’en faire et quartiers de pauvres où même les services publics sont laissés à l’abandon.

Mais à y regarder de plus près, ce que nous dit la culture est encore plus fort et plus intéressant. Vous l’écrivez, David Langlois-Mallet, dans un des manifestes de démocratie culturelle : « du point de vue de la culture, la Goutte d’Or est un quartier riche et le XVIe un quartier pauvre ». Et oui ! Les riches sont parfois des précaires de l’humanité, de la culture et du lien social, et une médiation des artistes de la marge qui sont aussi les artistes du monde et de leur temps leur ferait en premier le plus grand bien en les ouvrant au monde plutôt que de les enfermer dans le beau monde qui est aussi un ghetto et qui sous les beaux tissus et les cocktails cache souvent sa vraie misère relationnelle et un certain racisme social. Oui, l’esthétique et le luxe, la culture patrimoniale comme le bling-bling, servent souvent de cache misère et ne sont rien sans humanité. La culture de distinction, en vogue chez nos petits marquis, qui vise à créer un rempart esthétique pour rester un entre-soi et qui in fine faire de la culture un outil d’exclusion n’est pas celle à laquelle nous nous référons.

Non seulement la culture populaire est une culture du partage, de la mixité et de l’intelligence. Elle l’a toujours été, des guinguettes et des cafés des encyclopédistes au Montmartre des cabarets ou du Montparnasse des artistes du monde au St Germain des Près de Sartre et de Vian, mais elle est aussi une culture d’intégration et de citoyenneté. Il y a une profonde intelligence populaire, celle de Gavroche et des grisettes, qui pitié n’a rien à voir avec la démagogie et le populisme qui sont en revanche bien à leur place sur TF1.

Vous tenez pour certains d’entre-vous des lieux qui sont vitaux pour le vivre ensemble, mais qui sont aussi gravement menacés dans leur existence même. Il est honteux pour la République que de tels lieux d’utilité publique soit en péril. Et je veux demain un Etat, qui — comme aujourd’hui les élus et militants du Front de Gauche qui comme Martine Billard ou Jean-Jacques Barrey vous soutiennent au quotidien— un Etat qui fasse son travail dans ce domaine en soutenant tous les lieux de culture « populaire » « émergents » « d’en-bas » « de proximité » qui sont de précieux relais de la démocratie culturelle. Je pense en premier lieu au Lavoir Moderne Parisien où Hervé Breuil mène depuis plus de 20 ans un travail remarquable de culture pour tous au cœur de la Goutte d’Or. Mais tout autant à l’aventure du Théâtre de Verre de Luis Pasina, qui comme Yabon du Carrosse poursuit, de squat et performance, la saga d’un Paris rebelle et insoumis.
Mais je pense aussi, Carmelinda Bruni, à des lieux comme le Théâtre de Fortune qui a été rasé. Honteuse capitulation des pouvoir publics devant un puissant promoteur, contre la loi même qui veut que l’on ne puisse depuis la Libération détruire un théâtre !

Avec gravité, je voudrais vous dire aussi quelque chose. Quand nombre d’entre-nos compatriotes souffrent par temps de crise, quand le retour la langue des mots de l’exclusion et de la haine fait des ravages, les artistes comme les politiques ont leur rôle à jouer pour refuser les inégalités. La culture tisse des liens invisibles entre les personnes. Elle est plus que nécessaire par temps de crise. Je connais les gens parmi vous, comme la Bâronne d’Paname, qui
par la magie de la musique et de la danse, réunissent les corps et les destins de toutes origines sur la piste. Ce rôle n’est pas seulement festif et chaleureux, il est essentiel à la démocratie. Plus la souffrance économique est réelle et plus il est vital de ne pas céder à l’entre-soi ou à la déprime et de se retrouver. Je sais que vous même vous faites partie de ce peuple que vous faites danser et que vous partagez dans votre vie les mêmes difficultés et c’est aussi pourquoi je vous témoigne ma confiance.

Loin de ces élans de partage et de chaleur humaine, dans l’entre-soi feutré des petits arrangements sur le dos de la chose publique, Monsieur Sarkozy a nommé son prédécesseur Valéry Giscard d’Estaing président de la commission en charge de définir l’avenir de l’Hôtel de la Marine. Un avenir qui serait tout tracé. Celui du patrimoine, voir du luxe.

Je souhaite moi en face de ces tristes sires qui veulent confisquer les biens nationaux aux profit des privilégiés, que cet Hôtel de la Marine soit un lieu tenu par des artistes qui ont le sens du partage, du lien chaleureux et festif et de la convivialité. Le goût aussi de nous éclairer et de nous donner à penser et à connaître notre humanité et à l’approfondir d’une façon qui nous surprenne, nous touche, nous émeuve. Par ce pouvoir qu’a l’art de nous renvoyer à nous même pour nous rendre plus fraternels.

Cette fraternité est le sens vrai de la politique telle qu’elle nous anime au Front de Gauche. Je salue donc votre initiative et dit avec vous :

« Au peuple plutôt qu’à la Marine ! »