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Pamphlet. Honte à vous, élus de Paris ! Droit de table, droit de Cantine pour tous !

Bravo ! Que voilà un acte fondateur vraiment pour Madame Hidalgo et Monsieur Brossat ! Ce dimanche ils ont envoyé une compagnie de CRS contre un adversaire bien redoutable… Les Cantineuses et les Cantineux à Belleville qui n’ont que des gâteaux et des pizza pour se défendre.

Quel est leur crime à ceux-là, ces Cantineux ?

Détourner l’argent public ? Monter les identités les unes contre les autres comme on le voit tous les jours ? Non !

Ouvrir une Cantine !

Une cantine solidaire qui plus est ! Proposer non pas de la charité des bénévoles et de leurs pauvres de soupes populaires, mais le repas à chaud à tous, sans distinction. Riches ou pauvres mêlés, vieux et jeunes, habitants et passants, français ou étrangers, blancs ou noirs, laïcards ou dévots, instruits ou ignorants, chanceux ou sans-dents. Pour 4 euros, café compris !

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Croyez-le habitants du monde entier, ça c’est à Paris !

Ville schizophrène dont les élus ne peuvent sans trémolo dans la voix invoquer « La Commune » ou « La Révolution « (et sans rire !)… Mais ville qui chasse les parisiens et vide leurs lieux pour faire de la place aux milliardaires du parfum ou du foot. Cette municipalité, parmi mille exemples, qui après avoir abandonné des lieux symboliques de la vie parisienne, comme La Samaritaine, soutien (contre les assoc de sauvegarde de Paris) que l’on fasse de ce lieu symbolique un hôtel de luxe. Bref, qui soutien une privatisation de Paris qui ne dit pas son nom.

Sur la Samaritaine dans la vie de Paris, lire René Fallet
Sur la Samaritaine dans la vie de Paris, lire René Fallet

Ville qui pour crime de convivialité…

Ces Cantineux, ces gens -je ne partage pas leur dogmes politiques et de le gauchisme un peu daté de ce collectif-, mais je regarde le réel. Je ne les défends pas pour ce qu’ils sont, mais pour ce qu’ils font : Ils permettent aux autres de se retrouver, de sortir de l’isolement pour partager la table. Ca n’est rien ? C’est devenu immense dans une société du chacun pour soi, des portions une part pour les riches et des pâtes chaque jour pour les pauvres, de la solitude et de l’ennui pour tous face à son assiette ou son smartphone.

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Quand tous les humains sont captifs de leurs écrans, c’est être une ONG urbaine que de les réunir !

Ils font votre boulot Messieurs les élus, le boulot que vous devriez faire si vous intéressiez un peu à la société d’aujourd’hui et aux besoins des gens, plutôt qu’à votre paperasse ! Ce travail de solidarité de base, vous nous dites que le politique n’a pas les moyens de faire (belle excuse, vous avez juste d’autres priorités plus lucrative pour votre image), mais passons. Eux le font. Gratuitement.

Ils sont les inventeurs d’un service public nouveau et vieux comme l’humain à la fois : le partage de la soupe chaude ! Cette initiative par temps de crise, c’est la force de résilience de la solidarité parisienne. Ne pas avoir une politique de soutien aux alternatives citoyennes est déjà un déni de politiques publiques, les détruire systématiquement est un crime politique.

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Budget participatif, mon cul !

Et vous, pendant que vous les expulsez, vous vous vantez. De quoi ? « D’une innovation démocratique » (Anne Hidalgo)… autoriser les parisiens à choisir entre 5 ou 6 projets marchands que vous avez choisis pour eux (des fois qu’ils soient tebês). Mais quoi, vous n’êtes même pas capable de regarder et d’accueillir leurs actions, leurs propositions comment voulez-vous leur faire croire que vous vous intéressez à ce qu’ils pensent ? C’est quoi votre idée de la cité ? Une caserne pour demeurés que votre génie bienveillant administre ?

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Et quel est votre idée de votre fonction ? Votre sens de l’intérêt général ? Votre soucis de l’autre ? De ceux qui n’ont pas vos moyens ? Vous les expulsez. C’est cela le socialisme ? C’est cela le communismes rejetons dégénérés de vos ancêtres politiques !

C’est à cause d’actes comme ceux-ci, de politiques comme vous Ian Brossat, que demain dans ce pays nous n’aurons le choix qu’entre l’extrême-droite et la droite, entre l’exclusion par la nation ou l’exclusion économique. Encore un certain libéralisme des start-up et des petites entreprises nous laisse au moins l’espoir de faire entendre l’innovation citoyenne, sociale ou culturelle.

Alors que votre municipalité qui se prosterne devant toutes les multinationales, tous ceux qui l’invitent à un cocktail, et laisse des enfants dormir dehors quand l’hiver vient dans presque tous ses arrondissements de Paris. Elle, engouffre 1 milliard pour célébrer votre goût de nouveaux riches dans le mauvais vert de sa Canopée, nouveau coup de poignard aux Halles, Ventre de Paris.

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Que vous reste t-il Socialistes de Jaurès à part vos tee-shirt et leur marchandising ? Vous avez renoncé à tout combat, à tout progrès de l’homme, au simple honneur de ceindre une écharpe tricolore. Seul les carrières vous intéressent, en comptant sur le balancier immuable de la Fortune qui ramène de l’impuissance de la Droite à votre propre laisser-aller, qu’on appelle plus «  »de gauche » » qu’avec des doubles guillemets.

https://boutique.parti-socialiste.fr/

Et vous Communistes que vous reste t-il de votre honneur et de l’esprit commun, si quand un de vos petits marquis a deux doigts de pouvoir, ils s’en sert pour faire le joli à New-York et fait expulser de la table, les partageux ? Est-ce parce que ces autres communistes n’appartiennent pas à votre Comité Central qu’on les chasse ? Et vous alors, que ne les avez-vous ouvertes ces cantines ? Où êtes-vous quand le peuple de Paris est précaire et isolé ? Est-ce tout ce qu’il vous reste de vos héros de la Résistance ? Croyez-vous que ces gens auraient vaincu le nazisme s’ils n’avaient pas eu le sens du mot solidarité ?

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Et vous Verts, qui grouillez lâchement dans les lieux de pouvoir au lieu de porter la parole d’une société dont vous êtes pourtant tout fraîchement issus ? Que vous reste t-il de René Dumont, du Larzac et des valeurs libertaires qui vous fondèrent ? Dans votre manque de fraternité entre vous mêmes, vous vous êtes trahis pour trois postes, avant de vous retourner contre tous les militants qui portaient vos valeurs. Vous qui nous annonciez un monde nouveau, vous ne rayez que les parquets. Quel est le bilan des Verts quand la Terre se réchauffe ? Les Vélib de Monsieur Decaux ?

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On ne peut vous remercier que d’une chose, vous rappelez chaque jours aux parisiens qui l’ont oublié de la Mairie est une institution dont le premier acte, sitôt crée à la Révolution fût de faire tirer sur les parisiens eux-mêmes. Qui sitôt restaurée sous Chirac a instauré le couvre-feu qui a tué l’âme nocturne et vagabonde de la nuit. Qui, dès que la «  »Gauche » » ne s’en est emparée est devenu ce coûteux Dysneyland réservé aux bobos et aux touristes, où toutes les initiatives culturelles des habitants ont été mises à l’écart.

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A l’inverse, dans une époque qui nous déshumanise chaque jour, les Cantineuses et les Cantineux nous rappellent au sens le plus profond de l’humanité : le partage du pain. Le partage de la table.

J’invite toutes les parigodes et tous les parigots qui ont encore un souffle d’âme et d’humain en eux à soutenir les Cantineuses et les Cantineux, à soutenir le droit de Cantine, le droit du pain, le droit de table pour tous !

David Langlois-Mallet

NB : Petite note aux amis socialistes qui me trouvent méchant
https://mesparisiennes.wordpress.com/2014/10/08/petite-note-aux-amis-socialistes-qui-me-trouvent-mechant-et-autres-politiques/

NB II : Note sur la photo de couv’ un peu démago : j’assume ! (Ils ont raison d’ailleurs de bien se fringuer. Je sais que c’est l’argument le plus nul et le plus démago de l’article (mais je m’en fout !)
On a le droit d’avoir du fric, d’aimer le luxe et les belles choses (j’aime aussi) mais quand tu te fais élire en chantant avec des trémolo les chants de la Commune de Paris, le minimum, c’est de ne pas expulser les pauvres et ceux qui organisent la solidarité.
Après, le boulot fait, tu peux sortir ou bon te semble (dans les rades popu et aussi dans les soirées des défilés de mode, pas de soucis pour moi)

*(la Ville ne leur ont proposé qu’un gourbi sans fenêtre, vieille technique classique pour les disqualifier)

POUR ALLER PLUS LOIN, du même auteur.

Propositions positives :

Au Ministère de la Culture
http://www.unpeuplecreatif.fr/spip.php?article33

Au 1er Ministre, soutenez d’urgence la créativité
http://www.unpeuplecreatif.fr/spip.php?article2

Audition par le CESC (Parti Socialiste)
https://mesparisiennes.wordpress.com/2013/09/22/paris-culture-et-politique-audition-par-le-cesc-du-ps/

Les indiens de Paname
https://mesparisiennes.wordpress.com/2014/03/10/appel-des-indien-nes-de-paname/

Travaux de recherche officiels

Rapport des politiques de fabriques, Région Ile de France
http://www.unpeuplecreatif.fr/spip.php?article7

Street-art. Rendez-sous passage du Désir (in Stadda, mag des arts de la rue)
http://www.unpeuplecreatif.fr/spip.php?article8

Prises de bec :

Hollande attention ! Delanoë est le nom de la punition culturelle infligée à Paris
http://rue89.nouvelobs.com/rue89-culture/2012/03/25/hollande-attention-delanoe-est-le-nom-de-la-punition-culturelle-infligee

Christohoe Girard l’expulseur expulsé
https://mesparisiennes.wordpress.com/2014/03/27/girard-lexpulseur-expulse/

Paris est un jardin
https://mesparisiennes.wordpress.com/2012/03/28/paris-est-un-jardin/

Quelle Belleville forgeons-nous ?
https://mesparisiennes.wordpress.com/2014/01/05/quelle-belleville-forgeons-nous-in-lami-du-xxe-mai-2013/

Pour en savoir plus sur la Cantine :

Nouvelle occupation : http://paris-luttes.info/nouvelle-occupation-suite-a-la
La Cantine, fin de vie d’un lieu alternatif
http://rue89.nouvelobs.com/2014/08/12/expulsion-cantine-pyrenees-fin-dun-lieu-vie-alternatif-254163
Anne Hidalgo prive d’assiette les Sans-dents
https://mesparisiennes.wordpress.com/2014/10/01/paris-la-smart-city-dhidalgo-prive-dassiette-les-sans-dents/

Soutien à l’auteur :
https://www.leetchi.com/c/cagnotte-de-langlois-mallet

c Mesparisiennes.wordpress.com

https://mesparisiennes.wordpress.com/

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Girard : l’expulseur expulsé

Le départ de l’adjoint à la culture est un soulagement, la fin d’une maltraitance pour les artistes des quartiers de Paris. La gauche aura peu de temps pour recoudre le tissu d’un imaginaire collectif déchiré. Retour sur un gâchis. (7/12/2012)

Humainement, Christophe Girard ne mérite pas toute l’irritation que ses airs de grands bourgeois, esthète et individualiste, tombé dans la politique suscitent. Bulle de charme et de bonnes manières, ce personnage dont Molière se serait sûrement inspiré pour parfaire son Don Juan (à moins que ce ne soit l’inverse), sera passé dans son époque sans la comprendre, comme un trader égaré en coupé sport dans une manif. Croyant sincèrement que la politique n’était qu’une carrière faite de rapports d’affinités, de charme et de désamour pour sa personne, il sera resté 11 ans en poste à côté de tous les possibles. Obnubilé par des soucis d’images désuets, il en aura raté tout le sens et manqué la saveur. Vanité d’un profit sans mesure et d’une souffrance intime sans raison, attachant et décevant : une allégorie de notre temps.

Politiquement en revanche, son nom restera celui d’un des coups de couteau portés à l’âme de la ville. Son emprise sur la culture se confondant avec celle de l’argent restera le grand échec des années Delanoë. Si les squats d’artistes, les bars-culturels, les petits cabarets et théâtre sont les témoignages d’une volonté irréductible des « villageois » de Paris de vivre ensemble —les dernières barricades de la Commune de Paris en quelque sorte— il en aura été l’Adolphe Thiers ou plutôt le Dupanloup.

En 2001, avec l’arrivée de la gauche au pouvoir à Paris, il avait tout en main pour réaliser une transformation fraternelle de la ville et relancer un Paris festif et créatif décimé par Pompidou, Chirac et les Trente Glorieuses. Il n’aura été que le ministre maladroit des intérêts du luxe dans la capitale. Errant entre une stratégie évènementielle (Nuits Blanches…) pâle copie, 30 ans après, des années Lang, une conception datée des grands équipements (104) pour finir au plus bas de ce qu’un élu peut imaginer en termes de culture : l’expulsion systématique des équipes de proximités et leur remplacement par un réseaux de clientèle. Retirant d’une main les possibilités d’expression des habitants et les confiant de l’autre à ses obligés. Par exemple à La Forge de Belleville (suivre le lien) jouant le marché de l’art contre les gamins des écoles de Belleville : pathétique.

Faute de l’avoir convaincu d’être un héros, je l’ai conjuré de ne pas être un salaud. Faute de comprendre, d’accepter au moins que la culture à Paris ne se limite pas au patrimoine et au luxe, mais repose sur un troisième pied, l’expression spontanée et créative des habitant-es : le Paris populaire. Il y a quelques mois, alors qu’il se voyait ministre de la Culture, je lui ai redis ma conviction que s’il ne donnait pas vite un coup de braquet en faveur des lieux de quartiers qui sont l’âme de la ville, il ne garderait pas même son poste d’adjoint. Et que la gauche perdrait Paris bientôt si elle ne prenait pas au sérieux les besoins de ses quartiers. Qu’il fallait d’urgence renoncer à toute cette destruction en cours des équipes des théâtres et des salles de spectacle, des squats et des lieux conventionnés et en particulier sauver le Lavoir Moderne Parisien parce qu’il est le coeur du dernier quartier populaire de la ville. Que s’il s’obstinait, la chute du Lavoir serait sa chute.

« Tu as de l’or dans les mains m’avait-il dit en retour avec une certaine tendresse signe que l’homme privé l’emportait toujours sur le politique qui se voulait rusé, dommage que tu gâches ton talent en t’opposant à moi. » Ce qui dans sa bouche sonnait comme en « en refusant de m’aimer. » Je lui ai redis ma conviction que cet « or » de Paris avait la particularité de n’être pas à posséder, mais à vivre. Et que notre richesse n’était pas de faire de l’argent avec mais de le servir en soutenant les artistes et les lieux qui le font émerger près des habitants dans des conditions si difficiles. Qu’il n’y avait pas à aimer ou pas un homme politique, mais qu’il y avait un projet à inventer, entre politiques et gens de culture, au service de ces provinciaux et étrangers mêlés qu’on appelle parisiens.

Aujourd’hui, l’élu expulseur est expulsé. C’est après la chute de Sarkozy un nouveau boulet de ces dernières années qui s’en va. Le sentiment n’est pourtant pas à la satisfaction mais à la tristesse. J’ai vu juste, je n’ai pas dévié malgré notre mise en danger matérielle, mais je n’ai pas su être entendu malgré mon obstination, bref je n’ai pas pu changer le cours des choses. A Paris comme en France avec l’élection de Hollande, la gauche a peu de temps pour tourner la page de la gauche caviar et recoudre un tissu social d’un pays que le rêve de l’argent, plus encore que la pauvreté à déchiré.

Quand les rêves sont déchirés, c’est aux artistes de recoudre. Paris est une terre morte et c’est de l’autre côté du périph, dans le Grand Paris, que s’imaginent et se conçoivent les représentations nouvelles de notre identité collective qui seules nous permettront de vivre ensemble (je vous invite à ce propos à trainer vos guêtres du côté de la Fabrique à Rêves du 6B à St Denis http://www.far6b.org où je démarre une résidence d’idées et de débats, il y a beaucoup de très belles rencontres à faire).Je pense à la souffrance généreuses des copains de galère artistes, Yabon Paname et Kty Catherine Poulain expulsés* Hervé Breuil du Lavoir et à tous les artistes objets des maltraitances de l’Hôtel de Ville : Les anciens du Théâtre de Fortune et des tous de lieux expulsés, ceux en lutte à la Forge quand la mairie repeint leurs sols en rose (…) ceux de L’avant Rue, Le Musée de la Poésie, le Paris-Villette, Le Grand Ecran… Et en face d’eux, faute d’avoir été mis à leur côtés, aux petits marquis égocentrés de son cabinet de l’Hôtel de Ville, Che Guevarra des brunchs et des carrés VIP qui n’ont même pas servi l’intérêt général, alors que l’intérêt général les gâtait.

L’argent et le pouvoir auraient dû servir à inventer un nouvel idéal, ils n’auront servi qu’à abîmer Paris. Christophe Girard reste pour moi le nom triste, d’un immense gâchis.

David Langlois-Mallet

Scoop. NKM en mesure de piquer l’innovation des marges à la gauche. Séisme culture en vue ?

NKM a t-elle un plan secret pour renverser la table à Paris ? Des propositions culturelles « décoiffantes » à l’adresse des artistes, oeuvrieres, artisans précarisés en font-elles partie ? On verra dans les prochains jours ce qu’il en reste…

Mais la qualité de l’entrevue qu’elle m’a demandé sur la culture alternative à Paris m’a étonné. Je ne dirais pas qu’elle a « tout compris ». Mais… « yes she can ». C’est en tout cas la politique « du premier rang », qui s’est donné les moyens d’articuler les concepts alternatifs et d’être solidement conseillé sur les conséquences pour les politiques culturelles. Coup de chapeau sincère, à une personne issue d’un « camp » politique pourtant très loin d’être le mien.

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Contre-pied pour moi

Etonné, je le suis aussi par son attitude à contre-pied des habitudes (et habitus) politiciennes. Autant par le sérieux de l’entretien (près de 2h portable éteint ce qui est rare en politique et même pour une parisienne dans un bar) sur un « dossier » que les politiques ont l’habitude de traiter avec négligence, voir comme au PS Parisien par un mépris de nouveau riche pour la pauvreté.

Attitude personnelle simple. Spontanée, directe sans cacher des faiblesses ni se la jouer « working-girl ». Mais surtout sans tentative d’emprise : ni de séduction, ni d’achat, ni de prise de pouvoir sur l’autre même symbolique (pas de photo plus ou moins imposée, pas de truc à signer, pas de proposition personnelle, pas de petit « suivez mon regard… » ou de sous-entendu).

Profonde satisfaction d’auteur en revanche. De son aveu, elle s’est beaucoup inspirée de mon travail et le site Un Peuple Créatif www.unpeuplecreatif.fr notre petite ONG qui est un travail d’intelligence collective (Enquête de territoire Grand Paris, nombreuses Agoras au Musée du Montparnasse, au 6B et au CENT E.S.C).

Lisez bien qu’il s’agit du dossier « culture » de proximité, alternative, émergente, populaire… (« appelez cela comme vous voulez » dit la chanson). Et qu’elle ne m’a en rien évoqué les intentions de sa politique générale, si ce n’est que la réflexion sur la culture avait été le point de départ de son programme.

Conséquence pour la défense de nos lieux de quartier

Dans un climat où sont menacés les derniers interstices culturels encore debout après la Javel du Delanoïsme (Théâtre de Verre, Lavoir Moderne Parisien, Vignolles, Cantine Solidaire, Jardin d’Alice (?)…).

– Je vous ferai passer rapidement une petite note stratégique à l’attention des amoureux et militants de la culture (artistes, oeuvriers, militants des politiques culturelles…) Quels que soient vos engagements ou préférences partisanes, partis du pouvoir ou partis de l’opposition républicaine, chacun à sa logique. En particulier aux défenseurs des derniers interstices culturels fortement menacés à Paris pour leur donner mes pistes pour tirer au mieux, selon leur position et désirs personnels, parti de la situation. En quelque sorte le juste prix pour… ne pas se vendre.

– Je publierai aussi un dossier sur le fond de mon entretien avec NKM. Il sera disponible en priorité pour ceux qui feront acte de soutien à l’indépendance de Mes Parisiennes, puis en libre public.

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Rive gauche à Paris…

Ce serait en tout cas ironique qu’après que le Delanoïsme ait piqué à la droite la plupart des grands groupes, en particulier de luxe, dans une confusion des genres qui tient plus de l’orgie des soldes que de l’intérêt public. Il soit victime d’un retour de bâton en se faisant piquer la culture de terrain parisienne par la droite. Mais ce serait dur à accepter, car même si l’articulation des autres domaines, les politiques de logement, sociales ou à destination de l’enfance sont essentielles.

On n’en est pas là. Il y a le Parti de Gauche qui paye cher sa position intègre et qui, par sa proximité avec ces luttes de terrain, est peut-être en situation de se faire entendre (s’il sort la tête de ses problèmes de logo et de sa nostalgie de la campagne Mélenchon… You-you… Réveil camarades, ceci est une campagne municipale).

Le parti à tout les pouvoirs (Paris, Région, Etat…) mais qui ne peut jamais rien, a aussi dans ses rangs des gens intéressants sur le sujet des politiques culturelles innovantes qu’il peut solliciter. Mais le PS en est loin et même ses militants pleurent (en off) l’absence totale d’imagination culturelle du programme parisien. Les Delanoïstes en sont encore a étaler des comités de soutien tout ce que la gauche-caviar compte d’obligés, d’appointés ou de plus ou moins intéressé au butin, (la culture, c’est bien connu, c’est comme la confiture. Moins on en a, plus on l’étale).

NKM a fait le choix de ne pas afficher de comité de soutien, à l’exception de la visite personnelle (baiser qui tue à Paris ?) de Carla Bruni (rappelons que nous avons donné ici à Paris, et nous en sommes fiers, à l’époux de la chanteuse le plus bas score d’un président de droite 44%).

En attendant des suites pour une fois croustillantes dans cette campagne jusque là morne comme un cerveau d’énarque. Je vous laisse sur ce lien :

http://latelelibre.fr/reportages/nkm-vs-simonnet-quel-heritage-de-la-resistance/

ou le même ici :

http://www.dailymotion.com/video/x1c27rh_debat-entre-nkm-et-danielle-simonnet-a-paris_news

Une vidéo du débat NKM / Simmonet. Un échange entre les deux forces républicaines non gouvernementales du moment, prise après la projection de l’excellent documentaire de Gilles Perret, consacré à notre dernier temps de progrès collectif, le programme du Conseil National de la Résistance (CNR) : Les jours Heureux.

Je ne sais pas pourquoi je vous passe ça. Mais ça sonne bien, vu l’ambiance de résignation actuelle, non ? Les jours heureux…

Amitiés militantes,

© David Langlois-Mallet Mes Parisiennes 2014
Soutien à l’indépendance demandé : https://www.leetchi.com/c/cagnotte-de-langlois-mallet

Free-Jazz. Fantazio, Joyeux Bordel !

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Fantazio émerge de l’underground. Il nous apporte sa belle énergie et son esprit de liberté.

L’un des vrais bonheurs de l’art, c’est quand un talent rare, qui a patiemment pris le temps de mûrir et de ciseler ses traits dans les bas-fonds de la ville, parvient à éclore. On croit capter alors un peu de cette « époque au meilleur d’elle-même », qu’un philosophe voyait comme notre meilleur espoir. Avec Fantazio, cette éclosion semble porter tout un printemps un peu fou, floraison de notes, de couleurs, d’attitudes et d’intentions nouvelles auxquelles il est trop tôt pour figer sous les mots. Apprécions. Mais qu’est-ce que Fantazio ? Un homme et une contrebasse, sûrement. Une formation de jazzmen libres peut-être. Un collectif informel de créateurs, mais encore tout un courant de création urbaine, qui a couvé sous les décombres du Paris popu. Un courant très sincère, né au fil des rencontres de rue, des amitiés de bar, des complicités squattardes, qui partage sans façon sur scène le plaisir de se retrouver, d’échanger des signes et de se mélanger les arts.

Musicalement, cela progresse avec la forte nonchalance de l’éléphant — son animal totem dans les graphismes de Popaye — accompagnée de sons aigrelets et dérisoires des youkoulélé, guitares hawaïennes et xylophones, ou mêlé à la profondeur de magnifiques saxos, au vacarme de batterie ou encore à la complicité d’autres contrebasses que font vibrer des nymphettes, comme encore aux chants de guerre féministes d’une artiste japonaise fluorescente. Qu’il chante « les tortues fières » qui charment les mecs les plus coquins, où celles qui se laissent faire des enfants sans y réfléchir, qu’il beugle un charabia, ou miaule à la manière d’un dessin animé américain, les langues s’emmêlent et l’on croît comprendre en franglais une phrase commencé en espagnol et peut-être poursuivie en italien. Looké manœuvre de la contrebasse, sous ses tatouages, ses vestes croisées années 30, petit frère des punks, ou de la Mano Negra, son inspiration nous parle d’un amour artiste de la rue et de ses gens qui la hante. De son dégoût pour l’amusement obligatoire, des vrais fêtes qui sont accidentelles, d’une passion pour la spontanéité : « C’est important pour moi de retrouver cette improvisation, manière de dire que chaque journée est différente. Mon boulot, c’est de ne pas être toujours dans le même état, c’est une forme de respect pour les gens. Je trouve ça terrible ces groupes qui jouent toujours les mêmes chansons et balancent les même vannes » confie t-il.

Fantazio, s’il s’est défié des maisons de disque et donne à diffuser son premier CD par la coopérative alternative Co-errances « ce n’est pas pour la pureté de l’échec ou pour rester underground, mais parce que je veux garder la propriété de mon son, garder mon autonomie ». Où cela mène t’il Fantazio ? Sûrement vers une certain succès, une auto-exploitation comme chacun de nous. Il n’en est pas dupe : « je suis ma propre pute, mon propre connard, mon propre maquereau » swingue t’il.

Et à nous, qu’est-ce qu’il nous apporte ? Une l’énergie emballante, pour réenchanter notre effort quotidien. Une esthétique neuve, pas encore gâtée par la conso culturelle, ses médias-catalogues, ses festivals. Quelque chose comme la fraîche expérience désenchantée, celle de la liberté totale, qui est conscience de sa liberté relative.

David Langlois-Mallet (bienvenue sur ma page Facebook)

www.fantazio.org

Article publié dans l’hebdomadaire indépendant Politis 2006

David Langlois-Mallet (bienvenue sur ma page Facebook)
Site Mes Parisiennes https://mesparisiennes.wordpress.com

De Paris au Grand Paris : Vivre encore ensemble ?

« Paris, c’est une idée ! » Léo Ferré

Grand Paris, enquête d’Utilité Publique

Peut-on encore vivre ensemble ?

Une démarche

J’ai commencé, sans m’en apercevoir, il y a une dizaine d’année une enquête sur ma ville, Paris. Tout est parti d’un hasard de comptoir. En prenant mon café, j’ai feuilleté le cahier de doléances écrit par un petit groupe d’amoureux de ce bar à chanson du Canal Saint-Martin, l’Atmosphère. Ce bar si vivant alors, dans un quartier encore peu prisé à l’époque, s’était lancé dans une programmation de concert étonnante, vite suivis par une foule de passionnés. La Loi contre le bruit lui était sèchement tombée dessus au grand dam de ses habitués. Fermeture, protestation… Ainsi va Paris, ville où l’engagement n’est jamais loin d’un café et d’une chanson.


Tu Crois que tu vas changer le monde ? Chiche !

J’étais à l’époque un jeune militant, porte-parole d’une association politique atypique, Chiche ! mouvement des jeunes écolos-alternatifs. En parallèle de cette histoire collective passionnelle, la pige devenait mon gagne pain et servait à financer ma petite économie d’intello-précaire, c’est à dire de personne qui entend vivre en fonction du sens qu’il donne à sa propre vie, plutôt que selon la logique économique et soi-disant rationnelle de l’intérêt personnel. Le reportage nourrissait ma curiosité sur le monde et à mesure que l’aventure d’un mouvement de jeune se terminait, l’engagement dans l’écriture du journaliste relayait celle du militant.

La chronique d’une floraison

Jusque-là mes centres d’intérêt politiques étaient plus généraux que « local ». Mes passions tournaient autour des pratiques de démocratisation politiques, et de la question du revenu d’existence comme alternative. Mais après ce premier papier accidentel qui fit la une Nova. J’allais dans les années suivantes en sortir des centaines d’autres dans Politis où Françoise Galland m’avait confié la page Action Culture, consacrée à la culture « alternative », de « proximité », « émergente » etc… En appuis sur Nova, j’avais créé une petite agence des mouvements sociaux et politiques parisiens, Le Maquis de Paname. J’en fis vite une rubrique spécialisée dans les mouvements très dynamiques au tournant de l’an 2000 : squats, cafés-concert etc…

Très riches heures

Le Paris d’en-bas, connaissait alors un vent très créatif. Pour un parisien de la Cité comme moi, familier des beaux quartiers et de la culture patrimoniale, il décoiffait les mèches que nos balades à vélo avaient déjà balayées. De tous côté les cafés ouvraient des programmations chanson, les squats fleurissaient dans chaque jachère, de nombreuses fêtes, expositions, débats militants s’organisaient. On organisait ici un critérium parodique, là une vente au enchère de squat, on revenait avec des photos du Chiapas ou de Gênes ou de Millau, ailleurs un repas de soutien aux Mc Do en grève. Un peu partout un festival alternatif. Pour le prix d’un demi, on était très vite plus acteur, d’une soirée dans un squat ou d’un débat sur la place de la culture, que spectateur. Dans tous ces mouvements, je voyais une renaissance. J’en étais le chroniqueur. Ma chronique des très riches heures, devint vite une nécrologie. Le point de départ avait été l’émerveillement, je tombais vite dans la sidération que l’action des pouvoirs publics puisse, non seulement ne pas voir, mais encore démolir la richesse culturelle des quartiers de Paris.


Le tournant des années 2000

En effet, quelque chose s’est passé, au début des années 2000 qui a remis radicalement en question cette floraison. Etait-ce le 11 Septembre et le virage sécuritaire pris partout dans le monde ? La mondialisation et l’explosion de la spéculation immobilière, le tourisme de masse, l’Euro ? Le changement politique simultané qui vit Paris et l’Etat intervertir les couleurs politiques du ministre de l’Intérieur d’un côté, du maire de l’autre ? Un peu tout cela sans doute… J’ai assisté à la brusque mise sur la défensive de tout un mouvement culturel. Qui tendait à la reconnaissance et fut rapidement écarté.

Paris, une mémoire conflictuelle active

A mesure que les bars musicaux fermaient,que les squats étaient expulsés et que les petits mouvements militants étaient inquiétés, mon enquête m’amenait à renouer avec la mémoire populaire et politique de la ville. A mesure qu’elle rejoignait l’histoire de mon propre quartier de naissance, l’Île de la Cité, de sa quasi destruction, puis de sa dévolution au tourisme et à la spéculation, je prenais conscience d’une histoire particulièrement violente qui oppose un Paris des pouvoirs au Paris quartier. Un conflit fait de révoltes et de guerres civiles (d’Etienne Marcel à La Commune), de plans d’urbanismes (d’Haussmann, Pompidou), d’éloignement des marginaux (de St Louis à La Reynie). Un conflit avec ses victimes civiles et son refus de ceux dont les noms sont « difficiles à prononcer » (dos au mur des Fédérés, dans les rafles de Vichy, les ratonnades de Papon, dans les hospices pour vieux de banlieue) et ses quartiers détruits ou amputés (La Cité, les Halles, Montparnasse, Belleville… ). Un conflit, certains diraient une lutte des classes, encore actif à l’œuvre dans la boboïsation et la marchandisation de la ville, sa mise au norme du tourisme de masse, ou dans la mise à l’index des banlieues, dans la passivité ou l’indifférence des politiques publiques en particulier des politiques culturelles.

Inventer de nouvelles politiques

De journaliste narrateur d’une floraison, j’étais devenu chroniqueur de la nécrologie des expulsions et des conflits. L’exercice des petits pavés lancés aux élus, comme celui des bons points envers les artistes avait ses limites. Le journalisme, qui est un merveilleux outil de découverte du monde, est un peu court sur un point, il entre peu dans le champ de la solution. La page de politique culturelle que je tenais dans le même temps à Communes de France, le journal des élus socialistes, m’invitait à poser un autre regard. Pouvait-on inventer de nouvelles politiques culturelles qui s’inspireraient des défrichages et des inventions de la marge ?

Squats d’artistes et politiques culturelles

Ma quête a donc pris la direction du conseil. D’abord à l’occasion de l’élection municipale, en proposant à Bertrand Delanoë, une plate-forme de politique culturelle alternative pour Paris. Une proposition co-signée avec François Adibi, président de la Commission culture du PS. Puis en réalisant pour Corinne Rufet, élue verte de la Région Île-de-France une vaste enquête sur les politiques d’ateliers d’artistes, le rapport proposant de basculer des politiques individuelles d’atelier, aux soutient aux démarches collectives des plasticiens (de l’atelier logement à l’atelier bureau). Un rapport très bien reçu dans le milieu des plasticiens et à l’origine depuis de la future politique des Fabriques de la Région Ile-de-France (j’assume entièrement la paternité de l’enquête, je n’ai aucune part aux arbitrages politiques qui en sont sortis NDR) . J’ai aussi trouvé à partager une aventure intéressante, en intégrant le conseil d’administration du Cent, établissement culturel solidaire fondé par Frédéric de Beauvoir. Un assez étonnant inventeur de politiques culturelle, qui a su franchir les obstacles pour inventer un type d’équipement nouveau, au carrefour des squats d’artistes et de l’action municipale.


Accompagner la démocratie culturelle

Ma démarche suppose beaucoup plus qu’une simple mission confiée par un politique, le partage d’une vision non dirigiste de la démocratie culturelle. J’ai malgré toutes les tentatives de part et d’autre, toujours du décliner les propositions de la Mairie de Paris, même si servir ma ville est mon rêve, je ne peux pas envisager d’y mener des actions contraires au principe même de mon engagement. Les dix ans de relations avec la mairie son un malentendu permanent qui a beaucoup nourrit aussi ma recherche : A quelle pensée politique la culture d’en-bas se heurtent-elle et pourquoi ?


La ville tissu créatif

Sens, histoire, politique, mémoire populaire, petits lieux de culture… Les pièces du puzzle posées, restait à le reconstituer. Il me semble aujourd’hui que l’enquête qu’il faut mener porte sur la question du lien. Le tissu de la ville, si riche de ses mélanges et de ce qu’il faut appeler un esprit de Paris, produit au travers des artistes dans les lieux de culture des quartiers populaires une créativité inépuisable.

Une pensée à tirer vers le haut

Celle-ci manque de lieux pour s’exprimer, alors que les politiques culturelles des institutions se développent non seulement hors sol, en parallèle de la vie culturelle d’en-bas, mais encore concourent à la détruire au travers de très nombreuses interdictions (qui sont le fait de l’Etat) ou d’un mépris qui reste l’apanage de la mairie centrale vis à vis non seulement de ce qui se passe dans les quartiers, mais encore des mairies d’arrondissements aux budgets culturels mals dotés et aux actions entravées.

Il faut aujourd’hui penser toutes ces questions, en lien avec les acteurs. Et tirer vers le haut la pensée à la recherche de propositions appuyés sur des constats partagés. La majorité des parisiens ne reconnaît pas une ville devenue une galerie marchande de musée. Un apartheid social qui ne dit pas son nom s’est mis en place dont la culture est le principal vecteur.

Un art de vivre ensemble

Atomisée et hyper-individualisée, soumise à de nombreuses et changeantes sollicitations, la vie parisienne manifeste une forte crise du lien. En contrepoint, la sociabilité qui se manifeste autour de l’art, des idées, de l’engagement dans les bars culturels, squats d’artistes, petites salles de spectacle, dans la rue, dans les quartiers parisiens qui ont gardé une certaine mixité sociale (principalement 18e, 19e et 20e arrt, et Montreuil, Bagnolet, Les Lilas, St Denis) permet dans des communautés éphémères d’habitants ou de passants le partage d’une pensée, d’une joie et le renouvellement d’un certain art de vivre ensemble.

A quoi peut servir une telle enquête ?

Au Paris des parisien-nes du monde entier bien sur ! A nourrir et alimenter une certaine idée, politique et culturelle, du vivre et du partage active dans ce laboratoire du monde qu’est Paris. Ce très ancien « four ou cuit le pain intellectuel du monde » peut aujourd’hui bien sur servir encore, mais il faut penser son usage. Libérer aussi la créativité de ses habitant-es enl’élaborant des propositions de politiques culturelles qui les servent, et non se servent d’eux. Un nouveau service public de la culture, adapté au besoin d’une société créative et précarisée. Tel est la question.


Mais plus profondément, c’est un enjeu humain

Je reste persuadé avec Victor Hugo que, même cruellement blessée, Paris est une ville prométhéenne. Qu’elle porte à bout de bras une idée du monde qui ne doit pas périr : « Sauver Paris, c’est plus que sauver la France, c’est sauver le monde. »

David Langlois-Mallet

Paris, territoire de l’imaginaire et ses crises


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Paris, territoire de l’imaginaire et ses crises

Paris n’est pas seulement une métropole active, c’est un territoire de l’imaginaire

« Four ou cuit le pain intellectuel du monde » au Moyen-Age, ville des Lumières politique au XVIIIe siècle, terre promise des artistes et de la fête populaire jusqu’à la IIe Guerre Mondiale, elle vit dans l’esprit des humains du monde, tout à la fois comme capitale de la Liberté, de l’amour, de la pensée et de la mode. Dans notre théâtre globalisé du XXIe siècle, où l’on spécule sur les foules sentimentales du monde, toutes ces valeurs sont devenues l’objet d’une spéculation sur l’imaginaire qui se répercute sur la pierre, tel qu’il devient difficile pour ses habitants de s’y loger. La barrière invisible de l’argent semble dessiner les contours d’une ville à péage, jusque sur les terrasses des bars… (cliquer pour lire la suite)

Paris. Culture et politique. Audition par le CESC du PS

Compte rendu réunion 10 juin 2013
Comité Economique Social et Culturel du Parti Socialiste
animé par Jacqueline Zana-Victor, Annie Crépin

Audition de David Langlois-Mallet

Biographie

A la demande de la Commission, David Langlois-Mallet rappelle son parcours, un travail d’intellectuel engagé de la « fracture démocratique aux politiques culturelles » mené au carrefour des « marges » et des émergences culturelles, de la mouvance alternative rouge et verte et du PS, tour à tour comme militant, journaliste et chercheur en politiques culturelles alternatives.

Après le mouvement étudiant de 95, il devient porte-parole de Chiche ! qui de mouvement de jeunesse politique (des Verts et des Alternatifs) tend à se diriger vers un mouvement plus culturel, cherchant l’influence d’idées et se rapprochant pour cela dans ses pratiques militantes des Arts de la Rue. Comme journaliste à Politis et Nova mag, son travail d’enquête porte sur la culture alternative et dans le même temps à Communes de France sur les politiques culturelles progressistes. Au croisement de ces deux domaines, il s’investit dans la recherche de politiques culturelles alternatives intervenant dans l’espace Socialiste ou Verts et les médias. Un travail qui s’accompagne d’une réflexion critique, voir polémique, sur les politiques culturelles d’image, de distinction, de marketing territorial en particulier celles de la municipalité parisienne et plus profondément d’une recherche sur l’identité du Grand Paris.
Il fédère aujourd’hui au sein des Agoras de l’Association Un Peuple Créatif militant-es des politiques culturelles (du PS, des Verts, du FG et du Modem) et acteurs du tiers secteur de la culture (Friches, lieux pluridisciplinaires de proximité, squats, bars culture, arts dans l’espace public…). Avec l’objectif de concevoir des politiques oeuvrières et de proximité innovantes qui accompagnent un nouvel âge des politiques culturelles et de l’éducation populaire en phase avec les mutations actuelles de la société : l’explosion de la pratique, besoins en terme de liens de proximité et pluralité des initiatives face à la crise du sens.

Une vaste enquête de terrain
sur la convivialité et les nouvelles cultures populaires

Pendant dix ans il enquête à la fois sur le lieux culturels et alternatifs et en parallèle sur les politiques culturelles à Communes de France. Il cherche à comprendre ce qui se passe à la marge et, du culturel, débouche sur le politique et le social. Il conçoit le culturel comme matrice de la mixité heureuse et du vivre ensemble que permet la culture de proximité grâce à laquelle on pourrait éviter le tout sécuritaire et la dislocation du lien social. Il regrette que les politiques « tuent » trop souvent cette matrice. Par exemple, il juge que la loi Voynet a empêché ou brisé la jeune chanson émergeant dans les bars au cours d’un processus de « policiarisation », le politique n’ayant pas joué alors selon lui son rôle de médiateur. Trop souvent le discours du politique se technicise et la population est abandonnée à elle-même d’où parallèlement un processus de dépolitisation. Il faudrait repolitiser le lien entre les élus et les citoyens (dans « le bon sens » en favorisant l’expression politique qui émerge de la culture et correspond aux nouvelles représentations de la société, et non pas à coups de tracts qui enferment le politique dans un système de représentation jugé déconnecté de la société). Pour lui, c’est la culture émergente qui peut permettre de renouer ce dialogue et cette transmission, brisée aujourd’hui entre la société et la politique.

Un divorce avec la politique culture de la ville de Paris

Ce qui explique qu’il ait pris ses distances avec la politique parisienne de prestige qui entraîne au XXIe siècle une nouvelle haussmanisation, c’est-à-dire l’alliance du pouvoir et de l’argent comme au XIXe siècle, alors que la culture de proximité répond à l’inverse à la demande de la société, au besoin de sens et de lien des habitants. Existe aussi le risque de la « dysneylandisation » qu’entraîne la marchandisation du patrimoine. Celle-ci a des effets pervers (même à long terme sur les intérêt des secteurs du luxe et du tourisme qu’elle prétend favoriser) car elle fait augmenter les prix des loyers et tend à défaire une ville vivante en la remplaçant par un désert touristique, une coquille vide de sa substance : ses habitant-es. Les touristes étant les premiers déçus d’un manque d’expérience de ce qu’ils recherchent, l’âme populaire et conviviale de Paris, qui fait au moins autant que les vieilles pierre son attrait dans le monde.
Faute de cohérence et d’objectifs sociaux et de compréhension du tissu de la ville, les politiques qui prétendent prendre en compte les squats se retournent vite en politiques d’image.
Même dans les bonnes intentions des politiques de la ville de Paris on sent un replis, une peur des élus. Comme si les politiques étaient animés d’une phobie de l’expression de la société, quand les « friches »  ou de simples « espaces vides » que pourraient se réapproprier les habitants d’un quartier, comme des prise de parole dans l’espace public (politiques sécuritaire plutôt que convivialité, que street-art ou arts de la rue, (quand les rares espaces vides sont remplacés par des équipements publics crèches ou des piscines).
In fine, l’étude de cette fracture entre l’expression culturelle de la ville et son action politique, laisse entrevoir une cohérence historique assez malheureuse dans l’hostilité et le mépris que les politiques des pouvoirs ont de tout temps menées à l’égard du peuple de Paris. Des politiques qui ont trouvé, au moins depuis Haussmann, une cohésion et un encrage dans l’alliance avec l’industrie. Alors qu’on pouvait espérer l’inverse, le pacte d’un élu de terrain avec les habitants, cette priorité à « l’industrialisation de Paris » s’est trouvée renouvelée par Delanoë sous la forme d’une priorité donnée aux industries du tourisme et du luxe sur l’intérêt des parisiens. Selon David Langlois-Mallet, cet échec mesurable tant dans la perte d’âme de la ville que dans la difficulté des parisiens pour se loger dans leur ville, est plus encore que l’échec d’un homme ou d’un parti, celui d’une institution Ville de Paris, ne s’est pas trouvé dans la rencontre avec les parisiens.

La culture populaire
comme source d’inspiration pour les politiques culturelles

En 2007, il propose à la commission Culture du PS un travail sur la culture populaire parisienne et la démocratisation des institutions, c’est la lettre à Delanoë (co-signée par François Adibi et publiée par Rue89) sans effet sur l’action municipale. Selon lui, la politique culturelle de Paris devrait être pensée par la mairie, non en imitant le centralisme de l’Etat en charge de la Capitale, mais au plus près des habitants. Une politique d’arrondissements et de quartiers, ou le politique considérerait le caractère d’utilité publique des lieux de proximité qui permettent la rencontre et l’expression et sont donc le terreau d’une culture populaire. C’est la somme de ces ambiances et ces expériences culturelles qui font une ville vivante. C’est de tout temps (Paris est une fête, Montmartre ou Montparnasse…) l’un des piliers de l’attractivité Paris, au même titre que son patrimoine ou son luxe. La culture populaire d’aujourd’hui, c’est sur le territoire du Grand Paris, le potentiel d’une nouvelle culture-monde francophone, sans la diversité de laquelle la France est condamnée à la nostalgie, culture patrimoniale et vote identitaire.
A la demande de Corinne Rufet, élue verte, il réalise pour la Région Ile-de-France le rapport pour servir de base à la politique de Fabriques et d’ateliers d’artistes : « De l’atelier bureau à l’atelier logement » (2008) Un vaste tour d’horizon, au fil d’une centaine d’interviews, du squat au DRAC, des problématiques d’ateliers sur le territoire francilien.

Lieux de proximité et politiques oeuvrières

La question des pratiques oeuvrières est, avec la question des lieux de proximité, l’autre aspect de la culture populaire d’aujourd’hui sur laquelle porte son travail.

Les oeuvrier-es, ces porteurs de projets culturels, qui prennent le risque de la précarité pour porter individuellement au travers de leur œuvre une part de sens collectif. Ce sont des actifs engagés dont la démarche, au regard des structures traditionnelles du travail, relève de contours très flous, entre le marché, l’activité indépendante et l’aide sociale, (artistes, artisan, intello-précaires, vivant souvent à cheval sur de petites activités de compléments ou sur les minimas sociaux).

Ce phénomène de société, révèle une mutation profonde du rapport à la culture dans les nouvelles générations. Débordant les grilles traditionnelles entre professionnels et amateurs, c’est toute une société créative qui se met en mouvement en passant, souvent grâce aux nouveaux outils, de la réception à la conceptualisation, du rôle de spectateur à celui d’acteur culturel. Les politiques culturelles, enfermées dans des modèles passéistes (désignation par le prince des acteurs légitimes, politiques de sélection et d’excellence, centralisme…) passent à côté de cette profonde mutation et contribuent à accentuer les fractures : générationnelles, territoriales et sociales.

Les générations oeuvrières ont besoin d’une politique, de lieux outils fondés sur le soutien à la pratique et non sur la sélection, et d’une réflexion sur un statut d’existence (logement ou allocation d’autonomie?) que les auteurs, plasticiens, chercheurs etc… n’ont pas, à la différence des intermittents du spectacle.

Une vaste concertation culturelle du Grand Paris

Prenant acte du désengagement de la Ville de Paris sur ces question du fait d’une approche centrée sur les politiques d’image et de communication. C’est avec le tiers secteur de la culture lui-même que David Langlois-Mallet a pris l’initiative d’organiser la vaste concertation nécessaire sur le territoire du Grand Paris. En partenariat avec Jean Digne et le Musée du Montparnasse, il réalise Les Inclassables qui seront la maquette d’une concertation plus vaste.
Lancée avec le 6B, établissement pluridisciplinaire abritant près de 200 plasticiens à St Denis et le 100 Etablissement Culturel Solidaire de la Ville de Paris ou travaillent (en rotation) plus de mille oeuvrier-es il initie une vaste concertation du Grand Paris des professionnels du tiers secteur culturel : les Agoras du Peuple Créatif réunissent plusieurs centaines de participants en 2012.

Nouvelles gouvernances et crise de la transmission

David Langlois-Mallet voir dans une politique culturelle qui aborderait intelligemment la question des nouvelles cultures populaires la matrice d’une nouvelle gouvernance. D’un new-deal, où l’institution stratège, faciliterait la rencontre et l’expression de la créativité de la société en soutenant l’émergence des dynamiques mutualistes dans la culture. Il aimerait un politique qui au lieu de dire « Voilà ce que j’ai fait (pour mon image) » soit en état de dire « Voilà ce qui se passe, ce qui émerge sur mon territoire (ce qui pousse grâce à mon action) ». Sans une politique d’éducation populaire d’aujourd’hui, favorisant la diversité des expressions, ou le politique joue son rôle de facilitateur et d’intermédiaire dans l’expression, la rencontre, la circulation des représentations. Cette remontée ne se fait pas, la population se réfugie dans la nostalgie (et dans des votes de nostalgie !) et les différents identitarismes et communautarismes. Une part importante de la population laissé sans médiation ni culutre vivante vit sous perfusion du divertissement commercial, en particulier télévisuel. Tous phénomènes qui condamnent à terme le vivre ensemble et la cohésion et peut-être la république.

Actuellement, la politique n’est plus porteuse de sens, de promotion de ce sens, ni de transmission. ll y a trop de fractures qui empêchent la transmission, les circuits de celle-ci sont ossifiés et enkystés. Un incroyable égoïsme générationnel pèse sur ces questions. Les baby-boomers n’ayant pas hésiter à jouer contre leurs propres enfants. On voit partout (cela apparaissait très clairement avec l’affaire DSK) une fracture entre les pratiques féodales du milieu politique et les valeurs de la société moderne, en particulier des jeunes générations. Elle recoupe aussi la question de la domination masculine, de la reproduction endogame des élites et une conception monoculturelle très française qui maintien une ségrégation de type coloniale à l’encontre des jeunes français-es dont la culture familiale n’est pas celle du modèle dominant.

Pour ce qui est des politiques culturelles à proprement parler, l’État gagnerait à rompre avec un héritage Louis quatorzien et aux politiques de distinction et de sélection qui en découlent. Plutôt que ces vanités désuètes dans la concurrence de la mondialisation, il serait plus fructueux pour les territoires de se positionner non comme un arbitre des élégances ou un programmateur, mais un entraîneur qui aide les choses à advenir, donne des outils et laisse s’exprimer l’énergie créatrice au lieu de tout institutionnaliser. Il est au contraire trop centraliste, dans le contrôle plutôt que la confiance et l’immobilisme. A son images, les élus semblent souvent vivre dans « la peur qu’il se passe quelque chose » alors que le problème est justement l’ennui et l’uniformisation de l’espace public et le manque d’âme de tout une société qui semble condamnée en fait de culture à errer entre le supermarché et les séries télés, dans ce très pauvre et réducteur espace que lui propose le divertissement mainstream.

Pour le politique, la société n’est qu’un public qui boude les programmations (10% de fréquentation), parce qu’il ne voit pas qu’elle est une force de proposition, une force créatrice. Or, ne serait-ce qu’à Paris, les quartiers populaires sont de véritables fabriques de culture et d’intégration. Mais là encore, au lieu d’accompagner le vivre ensemble de son époque, la ville de Paris a tendance à tout reformater, à « boboïser » et à imposer sa propre culture, dissolvant de l’âme de la ville.

Il faudrait accompagner le déploiement de cette énergie créatrice de « la chambre de bonne aux Victoires de la Musique » d’autant que, selon David Langlois-Mallet, la frontière ancienne entre amateur et professionnel n’est plus si pertinente à l’heure d’Internet. Toutes ces nouvelles dynamiques ont par ailleurs l’avantage non négligeable d’être très économes d’argent public.
Reconnaitre l’expression et encourager l’autonomie culturelle de la société, c’est aussi une requalification du politique. C’est accepter une diversité et renoncer à un féodalisme désuet à la base du divorce entre les citoyens et leurs représentants. La culture partagée et le dialogue c’est plus largement se donner le moyen de résorber les contradictions et les tensions d’une société en crise de déclassement, tentée par les replis identitaires, les communautarismes et la violence innérente au culte de l’argent et à l’individualisme. Rompre avec une conception étriquée de la culture française, en abordant de manière ouverte la question de l’intégration et des diversités culturelles issues de notre histoire coloniale et de la mondialisation, ce n’est pas fragiliser notre unité politique mais au contraire la renforcer. Sortir de la dépression identitaire et contribuer à la réinvention d’une parole francophone et des valeurs universelles qu’elle porte dans la mondialisation.

(Des propositions formulées notamment, au sein du think-thank Altaïr, du collectif Un Peuple Créatif et dans la lettre ouverte collective à Jean-Marc Ayrault).

Réaction des membres de la commission

Jean-Claude Bourbault fait remarquer que les lieux créatifs sont rarement dans les institutions et que les hommes politiques ont tendance à indiquer eux-mêmes les lieux. Mais, lorsqu’un politique s’occupe de culture, il ne peut être dans l’instant et doit penser à demain.
Alain Maurel juge qu’on ne peut reprocher à une collectivité d’institutionnaliser et que l’institutionnalisation n’est pas forcément marchandisation. Comment faire une bonne gestion avec des choses informelles ? Comment trouver l’équilibre entre la spontanéité et l’institutionnalisation ?
(…)

Au 1er Ministre. Appel d’urgence sur la créativité de la société

Cher Jean-Marc,

Tu m’écris ce matin au réveil et ta lettre me touche.

Parce que l’on sent la sincérité, mais aussi le désarroi derrière le volontarisme d’un homme bien qui essaie de faire quelque chose. On sent aussi derrière le « ça va aller… On va s’en sortir » que pourrait dire un père à ses enfants le soir avant de l’endormir, quelque chose de très anxiogène pour le collectif (qui justifie que je laisse une paire d’heures mes occupations du jour). Bref, tu ne nous dis pas à quel point nous sommes devant une situation dangereuse.

Comme dans les familles des années 60, le dialogue est difficile avec vous, décideurs politiques. Parce qu’il part du présupposé que nous ne pensons pas vraiment, que nous ne sommes pas assez adultes pour comprendre la situation. Si nous l’étions, pensez-vous, vous vous sentiriez plus soutenus… Alors que le seul mode de dialogue permis justement par la hiérarchie que vous mettez entre vous et nous est une certaine agressivité populaire contre les dirigeants. Celle à laquelle vous êtes blindés par les conflits de parti. Pas de dialogue donc.

Puisque tu t’adresses à moi, je m’adresse à toi. Et je m’étonne à l’avance que certains puissent y voir une insolence. Je prends simplement au sérieux le texte fondateur de notre République. Tu es citoyen premier ministre, je suis citoyen. J’écris et je m’efforce non seulement de garder la langue bien pendue mais aussi les yeux et les oreilles ouverts sur ce pays où j’ai pas mal enquêté.

Ces présentations faites, le sens de mon message est le suivant. La crise est bien pire que tu nous le dis car ce n’est pas seulement une crise économique. C’est une crise écologique aussi, mais c’est une crise humaine surtout, donc une crise culturelle. Mais bonne nouvelle aussi, il y a des ressources que tu ne vois pas.

Ce qui ne va pas

Nous vivons (en plus dangereux) une époque comparable à la fin du Moyen-Âge, quand les grandes peurs n’avaient pas encore laissé place à la Renaissance. Un monde économique, fait d’industrialisation et de consommation s’effondre (et nous sommes dessous). Et nos structures institutionnelles pyramidales et désuètes nous fragilisent au lieu de nous protéger. Les comportements de nos dirigeants politiques, totalement dépendants de leur culture technocratique et des choix d’une technostructure qui leur échappe presque complètement ne sont plus adaptés à l’évolution du monde et des relations entre les gens. Vous avez tous été formés à une pensée des Trente Glorieuses qui ne correspond plus au monde.
Une part importante de la société française, mais aussi européenne s’enfonce dans un hiver inquiétant, mêlant replis identitaires de toutes natures et précarité, économique mais surtout culturelle. Sur un territoire désenchanté fait d’étalement urbain insignifiant et de centres commerciaux à perte de vue, c’est tout un monde ouvrier et de petits salaires qui se sent trahi et abandonné par la société de consommation qu’on lui avait vendue et qui n’existe plus que dans la violence du rêve télévisuel. On les abandonne comme hier les paysans.

Un agriculteur par jour au moins se suicide en France dans l’indifférence générale. On écoute encore (un peu) les suicides de salariés qui vont au bout d’une logique où on leur demande de se tuer au travail et maintenant c’est le tour des chômeurs que l’on considère comme des déviants à redresser, quand cassés, ils ne veulent pas partir à la guerre économique qui disloque les liens familiaux et les couples. Quelle vie ont les enfants de tous ces gens ? Quelle idée du monde adulte ? Quel avenir ont-ils ? Et on s’étonne maintenant de la violence des adolescents ? Violence tournée le plus souvent contre eux-mêmes d’ailleurs.

Tous ceux qui sont au côté de cette misère humaine ou au soin de proximité, fonctionnaires de terrain, enseignants, personnel des hôpitaux et des maisons de retraite (des mouroirs ?) sont méprisés, découragés souvent par leur hiérarchie, ses comportements féodaux et ses privilèges.

En haut, à la télé, protégée dans ses quartiers réservés en ville et par la cherté foncière, la nouvelle noblesse de l’argent ne se sent liée aucunement à tous ceux-là. Aucun lien, aucune responsabilité. Seul compte s’enrichir et jouir dans la perspective généralement admise par une bonne part des élites (je ne la confonds pas avec une élite de gens de devoir comme vous) que nous vivons une certaine fin du monde et que c’est sans scrupule qu’il faut en jouir personnellement, autant que faire se peut. Malheureusement pour les gagnants du casino social, la vie humaine ne se résume pas à profiter. Alors leurs familles hantent les psys et les psychotropes. TF1 ou la coke, chaque niveau de la société a ses pilules d’oubli pour tenir. Mais tenir pour quoi ?
Je ne veux pas te déprimer, toi et ton équipe, dans votre difficile métier. Je t’écris pour vous dire qu’il faut miser sur l’humain en fait et sur ce peuple créatif de français-es de toutes origines.

Celles et ceux sur qui tu dois miser

Vos ressources humaines, vos alliés sont là où vous ne les voyez pas. Là où le politique ne comprend pas, là où il ne mise pas. Là où les gens investissent d’eux-mêmes au milieu du difficile. Là où l’on ne renonce pas à faire rimer le sens que l’on donne à sa vie et l’intérêt de la collectivité.

Ils vous demandent juste de modifier la stratégie d’une bataille qui ne peut plus être gagnée si l’Etat continue à miser d’abord sur les entreprises du CAC40 au lieu de s’investir au côté de la population. Privilégier une industrie qui délocalise revient à disperser nos ressources au vent de la mondialisation, quand c’est la richesse humaine de notre pays qui reste son moteur de relance. Pas seulement pour le PIB, mais aussi de son BIB (Bonheur Intérieur Brut).

Quelques pistes ?

o Si notre crise est l’effondrement du monde industriel, soutenez d’urgence la créativité individuelle dans toutes les formes artisanales. Ils y les créateurs d’objet, les inventeurs, les artistes, les artisans, toute une classe d’intellos qui se précarise parce qu’elle mise dans ses recherches, ses projets d’intérêt général, sa création d’emploi. Sans soutien autre parfois que le RSA. Faites confiance à la classe précaire-créative. Elle est en difficulté car elle ne renonce pas à l’intérêt général. Elle cherche juste le sens commun si nécessaire au travers de projets de vie. Donnez aux individus des outils de travail collectifs, pour s’épauler, sortir de la solitude et inventer ensemble. Faites-le en vous inspirant des inventeurs de services publics innovants comme Le CENT, l’établissement culturel solidaire, de Paris XIIe. Economiquement très légers, appuyés sur le tissu associatif, ils concilient les impératifs d’économie des ressources publiques et le développement de services à tous.

o Si notre pays est dans une crise de citoyenneté ? Regardez du côté des nouveaux français-es. De ceux qui se battent pour venir sur notre territoire ou pour y trouver une place. Donnez de la voix aux immigrés et une pleine place à leurs enfants. C’est cela qui régénérera une France qui a le souffle court car elle ne croit plus elle-même à ses principes fondateurs. Ecoutez l’élite de votre jeunesse qui se mobilise dans les friches artistiques, comme le 6B à St Denis ou l’Ambassade du Pérou à Ris-Orangis. Pourquoi, au lieu d’une vie confortable, promise par leurs études d’architectes et d’urbanistes, vont-ils au contact des plus méprisés du territoire, de ces intouchables que sont en France les Rroms ? Parce qu’ils sentent que c’est à l’extrême qu’il faut témoigner. Que le sang neuf de la République coule dans les veines des sans-papiers.

o – Si vous voyez qu’un système de pensée ne fonctionne plus, il faut en changer. Ayez le courage d’accompagner la libération de la parole, qui explose partout depuis Internet. Au lieu de conforter les hiérarchies disqualifiées, confortez la responsabilisation et la prise d’initiative de chacun à son poste. Misez sur le travail en équipe, sur la responsabilisation individuelle des enseignants dans leur démarche pédagogique, des infirmières dans leur expertise. Reconstruisez le tissu entrepreneurial en misant sur les micros et les petites entreprises. Soutenez les dynamiques nouvelles de mutualisation.

o Misez sur des choses négligées. Prenez au moins la peine d’entendre les arguments de l’association Amelior, ceux qui soutiennent les biffins. Ils vous disent qu’il y a un gisement de richesse dans nos déchets et qu’il ne faut pas pourchasser (à grands frais pour la collectivité) les pauvres qui vident les poubelles. Mais au contraire entendre qu’il faut arrêter de s’empoisonner les bronches en incinérant chaque jour les matériaux qui vont nous manquer et que nous importons à grands frais. La sobriété écologique va avec un autre développement.

o Si vous croyez que les gens vivent une terrible solitude individualiste. Misez sur la fête. Des peuples pauvres dansent ! Nous sommes un peuple en dépression plus encore qu’en déroute économique. Les français ont été connus dans l’histoire comme un peuple des plus joyeux. Les habitants de votre pays ne chantent plus monsieur Ayrault ! Soutenez, protégez toutes les initiatives locales entravées par la réglementation comme les cafés-culturels par l’empilement des lois liberticides comme la liberticide loi Voynet. Aidez des petits lieux de culture qui font un travail de créativité populaire et ont un potentiel extraordinaire dans les quartiers. Je pense au Lavoir Moderne en danger à la Goutte d’Or. A la Forge de Belleville stupidement abandonnée au marché par la Mairie de Paris. Et à des centaines d’autres en France.

Ce que je vais te dire ne te fera pas plaisir (mais on n’est pas là pour ça si je t’ai bien entendu) car cela peut passer pour personnel, le sujet te tient à cœur. Pardon par avance donc de te dire que c’est aussi ce qu’essaient de te dire des gens à Notre-Dame-des-Landes. Mais que l’on essaie de dire à Paris à Delanoë (sans succès) et un peu partout devant l’autisme du politique. On veut vivre par exemple dans un Grand Paname des Paris-villages, multiples, conviviaux et pas celui des superstructures déshumanisées. Les gens de la Nièvre veulent être en prise sur leur paysage, leur vie quotidienne, pas voir les bois du Tronçay rasés pour une scierie géante. Là encore, au cœur de la Nièvre, le gisement n’est pas industriel. Il réside dans tout le potentiel d’échange et de rencontres qu’il y a autour de l’Abbaye du Jouïr et du Théâtre Eprouvette.

Le rêve des années 60 est mort un peu partout, on n’attend pas de vous politiques que vous le ressuscitiez car il n’a pas donné forme au bonheur, mais objet à désespérance. Nous n’avons plus besoin de grands équipements que vous ne savez plus d’ailleurs comment financer. Arrêtez de croire que l’on attend du politique de grands travaux. Vous n’êtes pas et ne serez jamais Louis XIV. Et tant mieux ! Si la République a un sens, ce n’est pas d’élire le monarque et sa cour. C’est que le pouvoir politique soutienne l’initiative individuelle là où elle rencontre l’intérêt général. C’est là qu’est la réserve de ce dont a besoin une grande partie de la société : du sens, de la reconnaissance, des outils et du soutien, de la visibilité plus que de l’argent pour se retrouver avec une pauvre vie à consommer des séries télés.
Nous avons besoin que vous laissiez de la place aux initiatives des gens d’en-bas, des gens du lieu. Là, dans la vie locale, dans les initiatives non soutenues des quartiers, là se cache l’emploi que vous appelez. L’emploi durable et qui ne détruit pas le tissu des rapports sociaux mais participe à les construire. Car au plus proche, au local, est aussi la socialisation et l’humanisation des rapports plus nécessaires encore aux français-es de maintenant.

C’est dans cette approche ouverte de la culture qu’il y a de l’intérêt général, pas dans l’entre-soi et la distinction des évènements plus ou moins privés que favorise l’institution aujourd’hui. Les collectivités territoriales ont largement pris le relai de l’Etat dans le financement culturel. Malheureusement, sans repère du Ministère de la Culture depuis plus de 10 ans, elles limitent (à quelques exceptions près) par leur frilosité la culture à un outil de développement de l’industrie du tourisme quand ce n’est pas de simple image pour le politique. Monsieur le maire devenu tout puissant, choisit alors l’artiste instrumentalisé (au détriment de l’insolent) et l’invite alors à participer de cette fracture politique que nous connaissons et qui participe à la désespérance de ce territoire et à sa défiance envers ses élus. Il y a donc beaucoup à faire pour recoudre au plus proche, autour de l’intérêt des habitants, le lien entre culture et politique, mais cela passe aussi par une évolution de la culture politique. Chiche ?

Pardon d’avoir été beaucoup plus long que ta vidéo, mais je n’ai pas la vidéo. Tout cela on tente de te le dire, de vous le dire. On ne parvient pas à se faire entendre, même quand on passe par des canaux proches de toi, comme le Think-tank Altaïr qui a tout de même dans ses travaux levé quelques lièvres. On ne sait s’ils ont touché ton oreille ?

Voilà, tu m’as écrit sans me connaître, je te réponds en te connaissant de loin. Tu me liras peut-être si tu en as le temps, mais je crois que pas mal d’autres qui pensent comme moi en seront confortés. Et c’est cela le plus important.

Tous mes vœux de courage pour ton combat quotidien.
Chaleureusement à toi,

Commune libre d’Aligre, Paris XIIe. Le samedi 2 mars 2013.

III. Premiers signataires :

Adrien Gaumé Gaumé, artiviste glocal, Adrien Toreau, citoyen non-matagrabolisé, Agathe Elieva, précaire créative, Agnès Bitton, avocate, Paris, Aline Mabit, bâtisseuse, Amaury Millotte, porteur de projet, Nevers (58), Amel Ezine, Fontainebleau, Anne Plouzennec, Lavoir Moderne Parisien, Annie-Camille Tronchet, Chargée de mission, Paris Aurélien Zolli, artiste, Aurélie Labis, intellectuelle, mère au foyer, RSAste, Barbara Boichot metteure en scène compagnie Déviation Corbigny (58), Brigitte Faure, Aubenas. Infirmière, Catherine Poulain, artiste plasticienne, Cécile Rémy, responsable d’édition, Paris, Céline Raux-Samaan, éditrice, Christelle Morvan, artiste peintre, Orléans, Christian Bourigault, danseur, Christina Bertelli, artiste, Claire DEHOVE WOS/agence des Hypothèses, artiste et Maître de Conf, Clotilde Rullaud chanteuse, Cyrille Hugon, organisateur du Salon du Rhum, David Bernagout, Projectionniste, Paris , David Langlois-Mallet, concepteur d’idées publiques, Grand Paname, Delphine Vincenot, plein de choses ! Paris, Dominique Dolmieu, artiste associé à la Maison d’Europe et d’Orient, Emilie Hesse, coordinatrice de centre social (57), Eric Delion, Réalisateur à La Télé de Gauche, élu de St Denis, Fabrice Latouche, maquettiste à Voynetgrad, Fanny Lesage, Retraitée, citoyenne du secteur culturel, Fatea Issad, Maisons Alfort, gestionnaire facturation, Faouzi Ahamada, Florence Durand, metteur en scène, Paris, Fred Etcheverry, danseur, Frédéric de Beauvoir, directeur d’établissement culturel, Frédéric Maintenant, compositeur, président de T.R.A.C.E.S. Franck Halimi, Gérard Santi, musicien à Lairière 11330, Gilles Vadrot, salarié agricole futur boulanger bio Rouy 58110, Gloria Aras, danseuse, Guillaume Gomis, journaliste, Henri Mandine, 84000 Avignon, Hélène Féo , Hélène Joly, réalisatrice autodidacte, Luc Natali, Jacques Livchine, Metteur en songes, Jean Bojko, Metteur hors-scène TéATr’éPROUVèTe, Abbaye du Jouïr, CORBIGNY (58), Jean Hurstel, Président de Banlieues d’Europe, Jean Mermet Acteur, metteur en scène, formateur, Jean Vaugeois, Québec, Jérémie Nestel Président de Libre Acces, Julien Beller Le 6B, Julien Pelletier, créateur graphique et éditeur d’estampes, Laure Foullon, Market Analytics Manager, Colombes, Laurent Schuh Acteur Générateur / Paris-çi et Ailleurs, Louis Bastin, auteur-réalisateur, Les Ateliers du Réel, Montreuil (93), Maria Spera, photographe indépendant, Marie-Odile Gerardin, Maryline Arsenault, professeur de Lettres, Nevers, Mathias Raulin, Invalide, artiste, futur chef d’entreprise, Marion Valentine, administratrice, St Denis, Mimi Pinson-Mourlevat, retraitée, Conseillère municipale de Pauillac, Michel Thion, Poète Teyran (34), Nathalie Saïdi, manager artistique et culturel, Patrick Pénicault, chef de projet innovation citoyenne, Sophie Clothilde, Graphiste, Montpellier, Patrick Soulignac, ingénieur, Deuil la Barre (95), Philippe Foulquié, directeur de Théâtre, Marseille, Samuel Lecoeur, Association Amelior, Sara Ben Assistante commerciale, Mulhouse, Sébastien Eymard, architecte, Sylvie Armilhon, Chargée d’études et de réalisations culturelles, Valérie de St Do, Journaliste, Yovan Gilles, Philosophe debout, Les Périphériques vous parlent…

°°°

Ce petit écrit spontané, au réveil, a pris une tournure collective. Il ne part pas non plus de rien, mais de pas mal d’activisme culturel (textes d’idées, débats, revendications). Si vous voulez nous rejoindre bienvenue. Une liste d’échange mail existe également autour d’une certaine idée conviviale de la culture de proximité et des innovations politiques qu’elle propose.

David Langlois-Mallet, auteur public

contact : langlois.mallet@gmail.com

Texte intégral de la réponse à Jean-Marc Ayrault
suite à l’envoi d’un mailing-mail « La compétitivité, c’est l’emploi http://minilien.fr/a0m7ju

langlois.mallet@gmail.com

Voir en ligne : Sur les coulisses de cet appel, lire Cassandre

Hollande attention ! Delanoë est le nom de la punition culturelle infligée à Paris.

Résumé. Ville à péage, gentrification culturelle, esthétique froide de show-room… c’est l’art du Paris Capitale des années Delanoë. Nous croyons à un autre Paris, une ville populaire, conviviale, des fêtes ouvertes à tous, des concerts au café du coin, des squats qui accueillent les artistes émergents que l’institution ignore. Le Paris populaire mixte des cultures du monde, Paris populaire éternel, celui de la vraie vie !

Lire la tribune libre dans Rue89

Hollande attention ! Delanoë est le nom de la punition culturelle infligée à Paris.

Un Peuple Créatif – Propositions collectives pour le ministère de la Culture

« FAY CE QUE VOULDRAS »
François Rabelais, L’abbaye de Thélème, Gargantua, chapitre LVII (1534)

UN PEUPLE CREATIF
Force de mutation d’un peuple créatif,
un 11e art, art de la relation émerge

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Y aura t-il une volonté ?
Notre peuple est créatif, inventif, éduqué, riche d’émotions et d’idées à partager. Notre pari est qu’il y a dans sa créativité un profond moteur apte à dépasser toutes les crises et toutes les sinistroses du temps, pourvu que le sens soit activé.

Ce travail sur le sens et sur le lien, c’est le rôle des artistes, des lieux et des acteurs culturels. Un peu partout depuis 15 ans s’invente comme un nouvel art. Dans les lieux en friche, les squats, la rue, les campagnes et les banlieues, des artistes cherchent de nouveaux liens. A mesure que la crise de l’humain et des relations s’intensifie, leur urgence, souvent dans des conditions très précaires, s’accélère. Comme s’il fallait compenser par le tissage humain ce que l’économie déchire.

Une force de mutation est en marche pour permettre une mutation des façons de penser. Il y a le potentiel créatif pour forger de nouvelles représentations qui nous redonnent le goût de vivre ensemble, pour renouveler l’aventure de l’art, l’élan de l’éducation populaire et ressourcer les politiques culturelles, faire vivre l’espace public d’une façon nouvelle et permettre la découverte de territoires d’humanité non encore explorés.

Ce mouvement créatif est aujourd’hui entravé par une pensée administrative des années 60. Entravé par la précarité, des lois et une réglementation inadaptées.
Il attend un regard, un souffle, une politique.
Nous connaissons les besoins, nous savons les dangers, nous montrons les richesses.
Nous avons fabriqué les outils.

Y aura t-il une volonté ?

I . Un peuple créatif, fraternel
Un immense besoin de partage et d’expression

Notre peuple est créatif, inventif, éduqué, riche d’émotions et d’idées à partager. C’est ce point que nous avons placé au départ de notre réflexion parce que dans un temps de troubles, il faut repartir sur des fondamentaux simples et républicains, de la dignité humaine. Notre pari est qu’il y a dans sa créativité un profond moteur apte à dépasser toutes les crises et toutes les sinistroses du temps, pourvu que le sens soit activé. Ce travail de mise en marche d’un tissu humain mobilise des artistes, des lieux de proximité et des collectifs.

Saturés de signes, bombardés de messages et dotés souvent d’outils, les citoyens ont besoin d’expression et de partage, de participation artistique et de fête. Ils ont besoin de se retrouver et de s’exprimer. La profonde richesse culturelle et humaine des gens qui, sans distinction d’origine, peuplent notre territoire, est une réalité massive de la société pourtant négligée par les politiques culturelles. C’est elle que nous proposons de prendre en compte. A ce titre, notre travail serait un frère de celui de l’éducation populaire à condition de bien comprendre qu’il n’est pas ici question de remplir un vase vide et en aucun cas de faire descendre une culture d’en-haut vers des masses supposées ignorantes.

Libérer l’expression d’autres légitimités

Nous avons plutôt pris en compte des richesses multiples : il y a les plus évidentes, celles dont la créativité se trouve souvent entravée par le marché : créatifs culturels, jeunes générations, geek, intellos-précaires, plasticiens-RMIstes, artistes spontanés de la rue, graffeurs, taggeurs, poètes des rues, slameurs de bars, etc.. Les moins évidentes aussi car il n’est pas pour nous seulement question de créateurs qui aspirent à une reconnaissance artistique. Ce ne sont pas les moins riches ni celles dont l’expression est la moins porteuse de sens : enfants, mères de famille, personnes d’origines étrangères, personnes âgées ou handicapées, humanité que l’on va chercher jusqu’au cœur des prisons. Un catalogue qui semblerait un programme social, s’il n’avait pour but d’évider en creux deux figures, celle de l’homme blanc, bourgeois, quinqua-septuagénaire à haut niveau d’études d’une part, et son pendant du marché, l’image de la femme sexy identifiée au mannequin, si possible chanteuse en plus. Pas par ostracisme d’ailleurs, mais pour souligner les richesses qui existent là où on ne les cherche pas habituellement, où on ne les attend pas. Là où elles ne sont pas considérées comme légitimes. En creux, l’expression de l’art du temps étant aussi politique, se dégage une figure de la légitimité politique d’aujourd’hui, moins fondée sur l’expression politique elle-même que sur l’organisation de l’expression de toutes les légitimités.

Typiquement aujourd’hui, ce qu’il faut de plus urgent, c’est une solution pour mettre en relation les expressions de la créativité contemporaine qui n’ont pas de débouchés ni de regard et les 90% de personnes qui ne fréquentent pas les lieux officiels.

C’est l’exemple de la troupe de théâtre amateur ou même professionnelle dont les artistes ont créé une œuvre, parfois au fil de deux ans de travail, et qui n’ont pour le moment qu’une ou deux occasions de la jouer. Il faut les relier avec toutes les personnes qui rêveraient d’échapper un soir à leur solitude ou aux écrans, mais qui n’ont pas forcément les moyens d’investir dans un billet ou même d’y penser tant il est vrai qu’on les conditionne différemment. Une politique culturelle doit assurer à faible coût cette passerelle en s’appuyant sur le tissu des lieux de proximité et des collectifs existants.

II . Lieux d’émergence et de culture populaire…
matrices d’une mutation culturelle

Ce travail pour faire émerger le sens et créer le lien de la société, c’est la mission que se sont donnée d’eux-mêmes des artistes, des auteurs de lieux, des acteurs culturels. Un peu partout depuis quelques années ils inventent la possibilité d’un nouvel art. Dans les lieux en friche, les squats, la rue, les campagnes et les banlieues des artistes cherchent de nouveaux liens. A mesure que la crise de l’humain et des relations s’intensifie, leur urgence, souvent dans des conditions très précaires s’accélère. Comme s’il fallait compenser par le tissage ce que l’économie déchire…

la force d’une mutation

Les lieux émergents, squats, bars culturels ou autres sont les catalyseurs des relations à l’échelle d’un quartier. Le quartier aujourd’hui c’est l’unité de sociabilité. Entre voisinage et espace public il retrouve un rôle essentiel d’humanité. C’est ici, à l’heure de la globalisation, d’Internet, des réseaux sociaux, que se répercute l’écho reçu de la planète. Le village monde dans sa diversité se retrouve au bar du coin. Et spontanément, entre des gens aux parcours d’origine (comprend pas parcours d’origine) et aux références culturelles différentes, on se tourne, pour échanger, vers de vieilles recettes, celles des cultures populaires urbaines.

Ce sont elles qui inventent les signes et le langage commun à partir des référents et des valeurs partagées. Dans les quartiers populaires ou mixtes, se forment ainsi des mélanges qui sont autant de signes d’une nouvelle alliance. En matière d’intégration, les balluches sont plus nécessaires que les discours. Il faut avoir à l’esprit pour comprendre notre monde les petits poulbots parisiens de la Goutte d’Or dont les parents sont nés au Mali autant que les demoiselles Dupont fans de danse africaine, ces groupes japonais d’accordéon musette comme ces couples qui se forment sur un air de châbi sans se demander où étaient nés leurs parents.

III . …et collectifs d’artistes
laboratoires du sens et secteur R&D du lien social

La diversité des collectifs d’artistes existants est l’une des plus grandes sources de développement créatif et d’innovation. Les politiques publiques n’ont pas assez pris en compte l’importance de ce mouvement et le sens de ce qui se joue comme transformation du rapport des artistes à la population et comme mutation culturelle. Dans sa diversité, ce secteur d’innovations sociales est un peu le laboratoire Recherche et Développement de notre vivre ensemble. Ce sont aussi les fabriques d’oeuvres, les ateliers… Avec la créativité publique, les lieux de proximité et l’espace public, les collectifs sont les maillons du terreau culturel. Vu leur singularité et leur hétérogénéité, il est nécessaire que le politique les approche comme il le ferait dans le secteur économique, en les regardant comme des porteurs de projets, des pépinières…

Comme pour le phénomène de la collocation dans la société, ce mouvement culturel tient pour partie de l’adaptation à la précarité, mais aussi d’un besoin d’échange et de convivialité. Il s’y pratique des formes d’échange et de mutualisation très variées, allant du simple partage d’outils, à des mises en commun, allant jusqu’à la naissance de formes artistiques pluridisciplinaires. Les collectifs sont ainsi susceptibles de prendre des formes singulières.. Elles vont du simple partage de loyer qui a l’impact limité de la présence d’artistes, à des portages de projets artistiques complexes dans un champ précis (gravure, photo, arts plastiques), ou socio-culturels de toutes natures dirigés principalement vers le territoire. Il importe de voir avec chaque collectif la nature de ses intentions et propositions, son action, et d’en évaluer la présence, de l’intérêt général et pas uniquement de l’intérêt personnel des acteurs.
Le collectif est une révolution dans le champ culturel qui manifeste une évolution sociologique de première importance. Celle d’un troisième modèle entre des formes collectives en décrépitude et l’impasse individualiste. Une solution qui permet de faire son travail personnel et de participer à un sens collectif. Une évolution qui n’est bien sûr pas sans lien avec d’autres formes, politiques notamment, dans le nouveau militantisme, les coopératives salariales etc. Et sont autant d’indices de l’évolution de la société qui cherche à naître. Parfois dans l’indifférence et le mépris (on pense aux élus qui se focalisent sur le mode d’occupation, par exemple l’occupation sans droit ni titre d’une friche, plutôt que sur le projet lui-même).

IV . La création culturelle, circulation et entrave

Un exemple illustre très bien, le fonctionnement de la chaîne solidaire que forme la culture, c’est celui de la jeune scène chanson.

Alors que la chanson française était tombée brutalement aux oubliettes dans les années 80-90, il y a une quinzaine d’années, tout un mouvement de jeunes artistes est apparu. Une génération spontanée a poussé dans les bars à Paris, mais aussi à Rennes, Toulouse ou Grenoble, qui se sont transformés en scène ouverte. De jeunes auteurs (comme Bénabar) ont pu se familiariser avec un public sur ces très petites jauges et dans le même temps, le public populaire avait, pour le prix d’une bière accès à des artistes avec qui, miracle de la culture à taille humaine, ils pouvaient même aller sympathiser après le concert. Cela avait un effet positif sur les environs, une certaine convivialité débordait dans l’espace public et une petite circulation faisait refluer dans certains quartiers une petite délinquance ou de petits trafics qui évitent la lumière.

De bars en petites salles, certains jeunes artistes amateurs sont montés très haut. Tous ne sont pas devenus de grands artistes, mais sur le terreau de ces lieux modestes, toute une génération a pu s’exprimer en chansons, un public se reconnaître dans des sujets qui parlaient de sa vie, de son quotidien, irriguant le champ public de représentations nouvelles. Symbolisations sans lesquelles les tensions de société se retournent en violence plutôt qu’en dialogue.

Ce mouvement pourtant a été stoppé brutalement par la loi Voynet sur le bruit. Cette dernière, même si elle ne visait pas la culture, instaure un déséquilibre très favorable au plaignant et de nombreux bars ont dû cesser une programmation qui leur attirait trop d’ennuis, participant ainsi à une perte de sens et de valeur de l’espace public, à sa désertification culturelle et à sa banalisation.
L’exemple du Canal St Martin à Paris est frappant. Lieu de trafic avant que les bars à chansons n’en fassent un quartier vivant, il n’est plus depuis qu’on les a fait taire qu’un simple quartier de bars à touristes bobo, sans autre vocation que de faire de l’argent.

V . Un espace public réinventé

La sociabilité dans l’espace public, condition de notre hominisation

C’est dans les espaces de convivialité que s’invente, avec les liens, la possibilité d’un vivre ensemble. Se connaître, se fréquenter, sont, bien plus que la surveillance policière, les conditions d’une sécurité, mieux peut-être d’une convivialité. Ironie de l’histoire, ce n’est pas le ministère de la Culture qui s’intéresse à ces phénomènes. Il semble même, au rythme des expulsions de squats, des interdictions de concert, ou des PV donnés aux artistes qui chantent ou dansent sur le pavé des rues, que ce soit au ministère de l’Intérieur qu’ait été délégué ce pan entier de l’activité culturelle. Que Claude Guéant se trouve placé au cœur du lien social… le malaise fait à lui tout seul image.

Redonner du sens à l’espace public / faire confiance aux artistes

Dans une société un peu rationnelle, c’est à dire culturelle, ces lieux d’élaboration d’un langage commun seraient reconnus d’utilité publique et l’irruption spontanée de l’art sur le pavé serait perçue comme une chance. De notre point de vue, l’espace public est :
• Un espace de liberté individuelle et d’aventure humaine
• Un lieu de confrontation et d’apprentissage des tensions de la société
• L’opportunité de rencontres spontanées, une chance d’échapper au formatage relationnel
– Du point de vue de la puissance publique, c’est un espace de moins en moins créatif et qui est au contraire entièrement dédié au contrôle sous toutes ses formes. Pour l’élu, l’espace public semble catalyser une phobie : la peur qu’il s’y passe quelque chose semble dominer toutes ses décisions.
– Du point de vue des artistes qui la font vivre, il semble que ce soit la peur qu’il ne s’y passe rien. J’ajouterais un point de vue de sciences humaines qui nous disent qu’il s’agit pour les humains d’un espace de socialisation majeur et d’apprentissage du vivre ensemble.

« La culture, mot et concept, est d’origine romaine. Le mot « culture » dérive de « colere » – cultiver, demeurer, prendre soin, entretenir préserver – et renvoie primitivement au commerce de l’homme avec la nature en vue de la rendre propre à l’habitation humaine. En tant que tel, il indique une attitude de tendre souci, et se tient en contraste marqué avec tous les efforts pour soumettre la nature à la domination de l’homme. »
Hannah Arendt, La crise de la culture.

VI . Le terreau culturel
premier maillon de la chaîne culturelle

Se dégage au fil de cette contribution une vision, à la base du phénomène de culture vivante, d’un terreau composé de l’expression du peuple, des lieux de proximité et de l’espace public comme lieux ressources de l’expression sans rupture avec la monstration et des collectifs d’artistes comme catalyseurs, propulseurs, inventeurs. Le double sens du mot culture, se prête bien à expliquer notre intention par cette image. Comme le précise Frédéric de Beauvoir, directeur du Cent, « Il faut une politique qui s’intéresse à la terre plus qu’aux plantes. » Notre conception de la culture se rapproche de la démarche de l’agriculture bio qui, à la différence de l’agriculture intensive, s’attache à enrichir la terre quand la seconde met de l’engrais sur les plantes.

Ainsi, si aujourd’hui les jardiniers des politiques culturelles cherchent à faire pousser des artistes ou des compagnies de spectacle, qu’ils doppent parfois à l’engrais de la subvention, d’autres fois, ils cherchent à planter des espèces rares sur des sols non préparés pour les recevoir, mais surtout sans respect de la végétation qui y pousse déjà.

L’approche que nous proposons pour demain part d’une considération pour l’existant. Notre principe est d’aider les acteurs à labourer le terrain, de la ville, des quartiers ou des villages. Dans le respect et l’intérêt pour ce qui y vit et y pousse déjà. Une fois le sol nourri il va y pousser les potentiels qui s’y trouvent. Certains seront peut-être exceptionnels, mais tous auront une fonction et un usage pour ce qui les entoure. Dans notre approche, ce n’est pas d’en-haut que se décidera l’agrément local ou l’éradication, comme c’est encore trop le cas par le biais de politiques culturelles descendantes qui font table rase de l’existant. Pratiquer une politique descendante pour une collectivité aujourd’hui n’est pas seulement une bêtise culturelle, c’est une faute politique. Puisque cela revient à accompagner le marché dans sa volonté de gentrification de l’espace urbain en se faisant l’adversaire des initiatives de lien du territoire. C’est typiquement l’impasse actuelle de la politique culturelle de la Mairie de Paris.

VII Culture montante ou culture descendante ?

D’une façon plus large nous souhaitons que ces réflexions sur le tissu culturel inspirent une réflexion simple, mais de fond, aux élus et aux auteurs des politiques publiques. Le choix peut se résumer ainsi :
1- Culture descendante ?

La culture est-elle un objet que le politique doit contrôler et qu’il fait retomber sur la population sous forme de programmations en attirant vers elle « des publics » avec plus ou mois de difficultés et à grands frais de communication ? Dans ce premier cas, l’élu serait une sorte d’arbitre des élégances, contrôlant avec les opinions et les goûts de son âge, ceux du public. Une sorte de père qui gèrerait le contenu de l’Ipod de ses ados.
2- Culture montante ?
La culture n’est-elle pas plutôt une expression qui monte de la société sous des formes qui expriment ses besoins tels qu’ils se donnent, tels qu’ils se vivent ? Dans ce second, l’élu serait attentif aux expressions nouvelles de la société. Il s’inspirerait pour son action des signes et messages qui lui parviennent, permettrait leur expression, favoriserait leur émergence, aiderait à la progression des plus signifiantes.
Le choix de se référer pour une politique culturelle à une culture montante ou descendante est une question de philosophie de l’action publique. Inutile de préciser où va notre préférence, car ce qui est en phase avec les aspirations de la société contribue à en résorber les fractures et les crises, quand ce qui accompagne le profit individuel irraisonné les précipite.
« Qu’est-ce que le Tiers-Etat ? Tout.
Qu’a-t-il été jusqu’à présent dans l’ordre politique ? Rien.
Que demande-t-il ? A y devenir quelque chose. »
Emmanuel-Josephe Sieyès, 1789

Reconnaissance du tiers secteur culturel
Scénarios de refondation pour une
République culturelle

1. Un peuple créatif
La nécessité : permettre l’expression et la rencontre
Notre proposition : Création d’une bourse de projet culturel de société

Il faut soutenir les micro-projets culturels d’initiative citoyenne. Tout projet citoyen dans le domaine culturel, en appui sur un lieu de proximité, se verrait soutenu à hauteur de 1000 euros. En échange de quoi il s’engagerait à un cahier des charges de respect du voisinage, d’ouverture à tous (habitants, personnels des comités d’entreprises, scolaires, public municipal, tarifs sociaux etc..). Le droit d’entrée devant se faire sur la base de l’euro symbolique.
Ouvrir par exemple des bourses de projet à 1 000 euros pour l’expression culturelle et la rencontre serait une mesure de mise en marche de la société en même temps que le symbole fort qu’une nouvelle ère politique s’ouvre.

2. Les outils de mutation
La nécessité : Une vraie politique pour les lieux de proximité et collectifs
Notre proposition : Etudier avec les acteurs des scénarios de refondation
L’originalité de ce secteur et son autonomie impose une invention politique, celle-ci ne peut être imaginée qu’en concertation étroite avec les acteurs

Plusieurs pistes de réflexions sont ouvertes qui ne s’excluent pas. Mais là encore, le processus de partage de réflexion et d’échange importe autant que la décision, car ce sera aux acteurs eux-mêmes de se réapproprier cette politique qui ne vit que de leur initiative propre et part donc de leur reconnaissance par le politique. C’est le sens du travail mené dans notre groupe et de la diversité des contributions qui en sont issues et sont disponible sur le site http://www.altair-thinktank.com

– La reconnaissance et la protection de l’indépendance de la culture de proximité et du tiers secteur culturel Le ministère de la Culture pourrait protéger un réseau très dense de CNDCQ (Centre National Culturel de Quartier). Celui-ci n’est pas une création ex-nihilo du fait de la volonté publique, mais une reconnaissance de l’existant.

– Médiation. La mise en place d’une instance de médiation du ministère avec les collectivités territoriales est nécessaire. Par exemple une instance de concertation régionale, réunissant les institutions, Drac et collectivités territoriales s’étant donné la compétence culturelle, serait prévue. Ce Tiers Secteur culturel serait également représenté auprès du Médiateur de la République pour toutes les questions de litiges entre lieux et collectivités.

– Création d’une Coopérative réunissant l’ensemble des collectifs, structures et lieux se réclamant d’un Tiers Secteur culturel de proximité. Les subventions du Ministère de la Culture et des collectivités territoriales pourraient être réparties équitablement entre ses membres sur une base qui serait à définir ?
C’est une des solutions envisagées pour que l’argent aille à la création et non à gonfler les charges de l’administration de la culture (80 postes administratifs pour un emploi créatif, celui du directeur dans une scène nationale). Ses comptes seraient soumis à l’approbation des pouvoirs publics, sa structure pilote très légère. Structure de répartition, ses frais de fonctionnement seraient extrêmement plafonnés pour que la quasi totalité des moyens aillent aux lieux et aux compagnies.

– L’ouverture d’un grand lieu d’utopie, d’expérimentations artistiques et culturelles et citoyennes, par exemple sur le lieu symbole de la citoyenneté, en face de l’Assemblée nationale, Place de la Concorde, à l’Hôtel de la Marine. Elle pourrait accueillir une structure comme Hors les Murs, dont le champ et l’objet seraient redéfinis en lui offrant un champ d’action beaucoup plus large, non seulement arts de la rue et cirque, mais lieux, collectifs, des émergences etc.
– Refonder par un travail parlementaire l’ensemble de la vision de l’espace public, revenir sur la loi Voynet. Reconnaître le rôle culturel des cafés à activité.

3. Un espace public réinventé

La nécessité : Réinventer le rôle de l’espace public
Notre proposition : une initiative parlementaire
Il faut d’urgence qu’une commission parlementaire se penche sur la question de l’espace public et lève dans la loi un certain nombre d’interdictions, de freins qui pèsent sur la rue. Par ailleurs, il faut parvenir à une synthèse claire des travaux qui démontrent la nécessité du rôle de la culture dans l’espace public. De façon à penser une politique de progrès. Les artistes doivent pouvoir de nouveau librement faire vibrer l’espace public, c’est la vraie place du spectacle vivant.

4. L’expertise sociale du terreau culturel

Nécessité : coordonner l’expérience de terrain et la décision politique
Notre proposition : Remonter les expériences du Tiers Secteur Culturel

Représentation des émergences culturelles au conseil économique et social
On ne situe pas impunément l’activité artistique au contact des réalités. Comme on ne met pas sans conséquence toute une génération éduquée dans des conditions de vie précaires sans qu’il n’en sorte une pensée. Il s’agit maintenant de s’appuyer sur ces moteurs d’expérience et de transformation sociale pour que le conseil de l’Etat (heu phrase pas finie ?). Une mission qui aurait sa place au sein du Conseil Economique et Social. Avec pour objectif l’inscription de la marge dans les institutions et sa reconnaissance et surtout la remontée de ses expériences utiles à la société dans tous les domaines (bien-être, cadre de vie, sécurité, emploi, innovation etc.).

Nécessité : soutenir l’existence créative des acteurs de la culture
Notre proposition : Ouvrir une réflexion sur le revenu d’existence

La professionnalisation ou la préprofessionnalisation dans le secteur de la culture concerne différents types de parcours qui sont souvent sécurisés dans les faits par le filet social que constitue le RSA. C’est une réalité indissociable de la mise en danger qu’acceptent les acteurs pour des raisons de sens : ne pas perdre sa vie à la gagner mais plutôt produire du symbolique pour ne pas mourir. Cela renvoie au sens de leur vie, à leur conscience citoyenne des projets d’utilité publique qu’ils comptent développer.
• l’activité artistique complémentaire d’une activité de revenu ou d’un revenu social
• L’activité artistique qui travaille sur le lien, la médiation, la mise en route de la créativité des autres et aussi des lieux.
• Et aussi des artistes en développement qui visent à pousser toutes leurs qualités dans un projet artistique professionnel qui est, ou tendrait à devenir, leur activité principale, régulière, rétribuée.
La réflexion culturelle ouvre là encore sur un sujet de société. Celle des minima sociaux et des ressources humaines sur lesquelles le politique entend miser. Une décision dans ce domaine est liée à la vision de la société portée par le politique. Si l’humain n’est pas perçu d’abord comme un profiteur (on parle de 480 € par mois dans le cas du RSA) ou un ivrogne pressé d’aller boire aux frais de la société son larcin. Mais plutôt comme un porteur de projet qu’il convient de soutenir quelles conséquences en tire t-on, pas seulement pour « les gentils nartistes », mais dans une politique sociale d’ensemble ?

Nécessité : penser de nouveaux financements pour la culture
Notre proposition : Evaluation de cette politique

La culture de proximité ayant comme justification une amélioration de la qualité de la vie et du moral des français, le secteur aurait pour objectif de tendre vers l’auto-financement. Celui-ci serait évalué sur la base d’une reversement des dépenses négatives qu’il permet d’économiser sur des dépenses publiques négatives (Frais de santé, sécurité, conflits de voisinage etc.).

Une mission d’expertise avec le concours de la Cour des Comptes et du Conseil d’Etat serait chargée d’évaluer l’impact positif de l’activité culturelle de proximité dans tous les domaines du vivre ensemble : impact sur les relations, le moral, la sécurité, l’image du territoire, le tourisme, les violences aux personnes etc.. Les indices habituels du moral des ménages et du bonheur intérieur brut seraient également estimés.

Quel lien avec l’institution culturelle, quel impact sur l’action du Ministère de la Culture en particulier ?

Cette politique de terrain ne nie bien sûr pas la nécessité d’accompagnement dans la croissance des artistes et la professionnalisation sur le marché ou par l’institution. Mais c’est toute la politique des institutions, collectivités locales ou du ministère de la Culture qui doit se trouver modifiée par une attention nouvelle pour ce que fabrique la société. Il est totalement aberrant que la plupart des acteurs institutionnels ne descendent (où ?) qu’avec méfiance, réticence, voir se détournent dégoûtés par ce que produit leur époque. Les critères de distinction qui ont cours dans l’institution, ainsi que la définition de la mission et la formation des personnels est à réinterroger et ne peut l’être sans une réflexion politique globale sur le sens de l’action publique.

Une des propositions des groupes de travail était d’ailleurs de changer le nom du Ministère en faveur de : Ministère de la Culture et des arts.

Nécessité : réorienter l’activité des institutions culturelles face à la crise
Notre proposition : une entrée en résistance des équipements culturels

Acter du fait que la séquence historique qui s’ouvre implique une mobilisation exceptionnelle des acteurs et des ressources. Il faudrait permettre et encourager la mobilisation des acteurs institutionnels qui le souhaitent.

L’aspect transversal de la culture
Nous savons que la culture n’est pas un sujet isolé, mais qu’une image, une musique, une danse, un écrit ou un acte nous parle de notre rapport à la réalité. En quoi cela peut-il enrichir l’action publique ?

Chaque ministère devrait par ailleurs accueillir en résidence des artistes. Pour se voir poser de l’intérieur des questions utiles et accepter que l’inquiétude sur le sens s’invite dans l’action. Quelles conséquences cela a t-il pour leurs administrés si les fonctionnaires n’ont pour représentations de la réalité que celles d’artistes majoritairement masculins du XXe siècle dans des décors du XVIIIe siècle ? Ou, dit différemment, que peut apporter au travail des fonctionnaires le fait d’être en contact avec des représentations contemporaines des réalités sur lesquelles ils agissent au quotidien ? C’est toute la question de la fracture politique qui se pose ainsi.

Enfin un dernier point sur le ou la futur-e ministre de la culture. Peu importe qu’il aime le rap ou la musique classique. Il paraît nettement que sa qualité principale doit être l’intelligence relationnelle.

David Langlois-Mallet
Coordinateur du groupe d’Altaïr « marges et cultures populaires »

Paris, le 6 mars 2012

Premier-es signataires « Un peuple créatif »

Gloria ARAS, duo ETXEA, Sylvie ARMILLON, Chargée d’études et de réalisations culturelles, Centre National Georges Pompidou, Camille ARNAUD, réalisatrice-monteuse, Frédéric de BEAUVOIR, directeur du CENT établissement culturel solidaire, Julien BELLER, directeur du 6B, Danielle BELLINI, chargée de cours en politiques culturelles à Paris 7, présidente des Souffleurs commandos poétiques, Jean BOJKO, metteur hors scène, TéATr’éPROUVèTe (Corbigny, 58), Carmelinda BRUNI artiste du spectacle ex- Théâtre de Fortune, Alain CADILLAC, coordinateur exécutif université européenne de la recherche pft JP Faye, Gilles COMBET, réalisateur, Claire DEHOVE, WOS/agence des Hypothèses, Eric DELION, réalisateur, Télé de Gauche, Jean DIGNE, Président de Hors-les-Murs et du Musée du Montparnasse, Jean DJEMAD, Cie Black Blanc Beur, Frédéric ETCHEVERRY, duo ETXEA, Dominique FOLLENFANT, artiste plasticienne, La Fonderie, Philippe FOULQUIE, directeur fondateur du théâtre Massalia, Olivier LE GAL collectif Mu (Paris), Alexandra GARSON, Psychanalyste, Vincent GARSON Art Director, Adrien GAUME, la Clique des Batifouls, Zérane GIRARDEAU Productrice Confluence Artistique, Guillaume GOMIS, journaliste spécialiste du mouvement squat, Franck HILTENBRAND dit YABON PANAME artiste plasticien, co-gérant du Carrosse, Paris 20e , Cyrille HUGON gonzo journaliste à l’Ethylique, David LANGLOIS-MALLET, essayiste, Germain LENAIN cie Mille et Une Vies, Monica LY, chorégraphe-metteuse en scène, Jean MERMET, Jérémy NESTEL, Libre Accès, Blandine PELISSIER, actrice et metteure en scène, association H/F, KTY Catherine POULAIN, artiste plasticienne, co-gérante du Carrosse, Paris 20e, et Transversales K, Sara RENAUD membre du collectif le Jardin d’Alice (Paris 18eme), Karine ROYER, Médecin généraliste, Nathalie SAÏDI, Art Passionata, Les Arts et Mouvants, Valérie de SAINT-DO, journaliste, Michaël SILLY Villibryde, Laurent SCHUH / Les Arts et Mouvants, Khalid TAMER, président du Lavoir Moderne Parisien, Aude TINCELIN, photographe.

Publié in « Forces et défis de la Culture » Altaïr, think-thank médias 2012.