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« Charlie » et Todd au pied de la lettre

Emmanuel Todd, avec sa fièvre et son panache, se laisse un peu emporter par l’émotion et ce faisant tombe dans le piège des polémistes : ne pas susciter la polémique autour d’une idée dérangeante mais être victime d’une polémique de sa personne. Il n’est pas facile de faire entendre ses raisons de fond face à l’unanimisme marchant derrière l’autorité (l’interview de France Inter en était la caricature).

C’est dommage car le géographe nous conseille de ne pas nous en tenir aux slogans qui servent à se rassembler, mais d’examiner et de nous méfier « du contenu latent », de ce qu’il y a derrière les motivations. Que ce qui se met en mouvement la France aux nobles prétexte de laïcité, de liberté d’expression etc. relève dans la configuration actuelle moins de la fraternité que du nationalisme.

Le nationalisme, il en faut d’ailleurs. Mais comme le cholestérol, il y a le bon et le mauvais. Le bon, qui appelle à se dépasser, à faire avancer des valeurs, à se rassembler dans les moments de crise… Et le mauvais, passe sous silence que ce sera sur le dos d’un autre, plus faible si possible. Où l’amour de soi légitime devient-il le mépris de l’autre ?

On appelle par facilité « Vichysme », le processus qui retourne l’énergie nationale en opération de police contre la société elle-même. Mais si nous avions vécu l’écroulement de 39 sous les chars nazis, nous nous serions sans doute légitimement réfugiés sous le bouclier du Vainqueur de Verdun. Combien d’entre-nous auraient détecté, dit ou assumé que ce serait au prix de la livraison des enfants juifs ?

Il serait plus sage de se souvenir que l’élan patriotique confié sans contrôle à l’Etat, a souvent transformé l’amour de la France —de la Vendée à Verdun en passant par l’épopée napoléonnienne— et conduit des peuples trop bien en rang derrière leurs dirigeants, au cimetière. Sûrement parce que nous ne sommes pas assez conscients que, quelque énergie idéaliste et humaniste que nous investissons dans le beau nom de France, nous la définissons aussi, inconsciemment, comme exclusive à un groupe « nous » et que ce groupe reste normé (blanc, catholique ou républicain peu importe) et nous allons donc l’opposer brutalement à d’autres « qui ne le sont pas vraiment », juifs ou musulmans selon les cas.

Ainsi le lapsus de Pujadas « un musulman marié à une Française » prend du sens, il ne devrait pas lui être reproché à lui seul, car il est en nous tous, inculqué dès l’enfance, dans une confusion entre universalisme et identité nationale qui est dans notre ADN culturel de français. Il devrait nous inviter à réfléchir avant de donner les clefs, comme le fait Todd en soulignant avec éclat que la classe moyenne a cherché à se rassurer au lieu de s’engager. Et si avec « Charlie » elle s’était mise, finalement comme en 39, à l’ombre des puissants plutôt que de se responsabiliser face aux cause profondes de la violence ?
C’est là « l’imposture » que dénonce Todd. Cela mérite réflexion plus que moquerie.

Surtout quand dans ce processus, l’esprit libertaire-saucisson-pinard peut accoucher sans contrôle du Patrioct Act le plus liberticide que la France ait connu. Et « Charlie » donne droit au premier ministre d’ouvrir et de lire toutes les lettres que vous échangerez désormais. Mesure, dont aurait rêvé Vichy, qui passe, effet « Charlie » aidant, comme… Une lettre à la poste.

David Langlois-Mallet​

© Mesparisiennes.wordpress.com

Paris. Quand je croise un juif à rouflaquettes…

J’ai envie de lui dire je t’aime…

Quand je croise un juif à rouflaquettes, un musulman en djellaba, un moine dominicain en sandalettes, un dragon chinois qui pétarade devant un magasin, une petite nana le crâne ras en camionneur, une autre qui fait son marché en corset et talons haut, un petit fashionista asiat dans ses poses, une putain sous son parapluie, le joli sourire de mon voisin tibétain, les petits rebeu qui vendent des boulettes et à côté le soldat et la soldate, Famas sur le bide, en faction.

Bref, ceux que j’ai croisés hier dans ma rue.

Restez-vous mêmes, divers dans vos délires, ne cherchez jamais à les rendre l’uniforme de tous, mais surtout ne vous détestez pas. Dites-vous même votre amitié pour essayer et comme il est doux, même sous la pluie, de se croiser à Belleville !

David Langlois-Mallet

Mes Parisiennes 2015

Charlie. J’ai confiance dans ta rue, Paris !

Avoir confiance dans notre force de conviction, se manifester.

Rien n’a le droit de nous détourner, ni de l’hommage à toutes les victimes de ces journées, ni d’affirmer avec force que nous voulons continuer de vivre, ensemble, dans nos diversités, dans une France de liberté d’expression et de paix.

Une France imparfaite, injuste encore, une France où l’on peut s’opposer, se détester même parfois, mais une France où les guerres de religions ne reviendront pas.

Si Cabu avait pensé que son enterrement ressemble à celui de de Gaulle !
– Oui, toutes les crapules qui ont quelque chose à ce reprocher, tous les chefs d’Etat les plus louches, utiliseront les rues de Paris comme une blanchisserie à ciel ouvert. Tant mieux. Ce sont eux qui viennent sur notre terrain après tout et ce n’est pas un hasard !
– Oui, nos politiciens nous récupérerons dans les jours qui viennent, chacun fera dire ce que bon lui semble à cette journée. Que plus de 3 millions de morts en Orient depuis le début du « choc des cultures », ce n’est pas assez, qu’il faut bombarder davantage avec le pétrole en vraie ligne de mire.
– Oui, Nous ne sommes pas Charlie. Parce que personne n’aurait eu le courage de l’être à 11h du matin mercredi et c’est bien normal. Oui, il y avait à redire sur le fait qu’un magazine satyrique mélange les genre et devienne un outil de croisade et de pouvoir.

N’oublions pas ces hommes que nous aimions, tous les rires partagés, leur humanité. C’est ce qui doit primer pour le dernier salut.

Mais par dessus tout ayons confiance en nous !

Manifestons notre force pacifiquement ! Exprimons-nous, écoutons-nous, mais ne laissons personne fixer le sens de cet hommage à notre place.

Ayons confiance dans la force de la rue de Paris ! Et ce n’est pas un hasard. Ayons confiance dans ce peuple de Paris de musulmans, de juifs, de chrétiens et d’athées ou autres, ce peuple qui sait vivre dans la diversité et pour la liberté.

J’ai confiance dans ta rue, Paris !

David Langlois-Mallet

Manif. Charlie, être ou ne pas être…

Je m’étonne que l’on relève si peu la dimension antisémite de ce massacre. Défendre le droit fondamental des Palestiens, reconnaître la pression néocoloniale qui pèse sur le peuple en France, n’empêche pas d’être juste. Sinon quelle valeur ont ces exigences de justice ?

Nous sommes aussi Ahmed le policier, nous sommes aussi mr le client du supermarché Casher. Sinon à quoi rime d’être Charlie ? À fantasmer sur la carte de presse sans prendre le moindre risque ?

(Tout en rappelant que celle-ci donne lieu à un abattement, pas à être abattu !)

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Il faut vous décloisonner un peu les mirettes. Vous avez le droit de détester la politique nationaliste d’Israël, sans j’espère trouver acceptable que l’on tue des juifs qui font leurs courses à Paris. Ou alors c’est grave !

Être indignés des violences policières en banlieue, sans pour autant approuver que l’on tue des policiers dans les rues.

Détester certaines caricatures, ou la ligne de Charlie Vall-Fourest (certains dessins de Charb auraient valu des condamnation au FN). Et vous retrouver dans l’indignation après leur assassinat. J’espère pour vous !

Charb : Taubira

Moi je défilerai volontiers, je suis prêt à côtoyer des nationalistes et des religieux, des Sarkozystes et même… des socialistes !! (Je blague Nestel)

Comme j’en croise au marché, dans le métro, au boulot etc. Je ne trie pas entre les Français qui disent se reconnaître dans une règle simple : liberté de parole et pas d’actes violents.

Cela n’efface aucune différences, aucun conflits civilisé mais rappelle juste les règles du jeu commun.

Je ne suis pas Charlie. Je pleure des gens que j’aimais. J’honore la mémoire de ceux qui meurent, non violents, pour leurs convictions et singulièrement pour le métier noble de dire le réel, cela ne m’empêche pas d’être lucide sur ce que Val avait fait de Charlie, en politisant inscrivant des blagues de potaches dans le choc des cultures. De critiquer un journal qui était passé de l’insolence envers les puissants à un rire parfois connivent à leur table, et à ne pas oublier que ce rire qui tombe d’en-haut blesse aussi.

Bref, restons complexes comme le réel et justes. Ce n’est pas « les arabes » que l’on soutien mais l’égalité, pas Val et Valls que l’on cautionne, mais le crime que l’on dénonce et qu’on ne relativise pas selon qu’il vise un juif, un journaliste, un policier ou un autre passant.

Bon à part ça on se retrouve à quelle heure demain ?

David Langlois-Mallet

© Mesparisiennes.wordpress.com

Bande dessinée, Luz : Noir Baron !

Après « Les Mégret gèrent la ville » le dessinateur de Charlie Hebdo Luz, signe avec « Monsieur le baron »,un pamphlet virulent contre le baron Sellière, patron du MEDEF.

Le feutre enragé de Luz, vient de mordre une nouvelle fois. C’est dans les chaires peu ragoûtantes d’Ernest Antoine, Baron Sellière, que le venin d’encre du caricaturiste de Charlie Hebdo se distille. Pour notre joie, mais aussi — plutôt que pour nous venger — à dessin d’inspirer nos luttes,. L’album s’appelle « Monsieur le baron », c’est un monologue à trois personnages. L’égoïsme soliloque du Baron Sellière prenant appuis tantôt sur son âme damnée, Kessler, tantôt sur… Son poisson rouge dans le rôle du témoin muet. « Un personnage formidable ce poisson ! s’enthousiasme Luz,: l’image de la conscience populaire pour Sellière ». Au fil des bandes, Sellière lui reproche d’être payé à ne rien faire, le licencie, l’envie et le maltraite, fait une O.P.A. sur l’eau de son bocal… Laisse éclater une haine terrible, qui atteint, dans la caricature, une dimension presque diablique. « Dans le dessin, on a une possibilité de dérapage qui est interdite (sauf aux puissants) dans la société. L’intérêt n’est pas de montrer les gens tels qu’ils sont, mais tels qu’ils peuvent être, dit Luz qui reconnaît volontiers, signe des temps « avoir changé de salaud ». Comme si son crayon, suivait une déshumanité dont on cherche les contours. Hier, les fachos, aujourd’hui, un patron

Comme dans le précédant album « Les époux Mégret gèrent la ville », le combat politique est porté par le dessinateur, sur le terrain culturel et même personnel. Sellière, il y a un moment qu’il l’avais « dans le collimateur en tant que personnage ». Mais, dit-il « je lui ai donné un côté humain : c’est salaud de ma part ! ». Car ces BD de Luz, sur le support offert par ces vilains, donnent à voir la déshumanité de la pensée, capitaliste ou sécuritaire, dans leurs conséquences quotidiennes. Aux ambitieux sans scrupules, qui ont l’honneur d’être croqués, Luz dans ses bonnes œuvres, tend un miroir qui les reflètent comme les handicapés de l’humain, qu’ils sont. Comme son Sellière préférant laisser sa chasse de WC à tirer à ses domestiques…. « Ça devient urgent de s’attaquer au libéralisme avec tous les moyens possibles, de montrer qu’ils ne sont porteurs de rien. Montrer le ridicule de la situation pour qu’un patron, comme un fasciste, ça ne fasse plus peur » dit Luz. A nous de saisir pour nos combats ces pistes ouverte par la bande !

David Langlois-Mallet

Luz Monsieur le Baron, préface d’Olivier Cyran

Bichro édition 2, rue Pierre Mouillard, 75020 Paris

Boycott

Semaine sans télé

Du 21 au 27 avril, c’est la semaine de libération ! Gazouillons, mes zoziaux ! Si les lecteurs de Politis, n’ont pas attendu avril 2002 pour débrancher et se faire la belle du Loft (mais non, pas brancher Loana !) ou pour se désintoxiquer du Pernaud, s’ils ont déjà jeté la télécommande aux orties en criant « Coupez Big-Brother’s découvrez le bonheur ! »…. On est encore loin du compte. Car la désaliénation de leurs contemporains requière bien de l’énergie. Et le débat est extrêmement vigoureux, notamment sur les listes internet, aux frontières du monde militant. Frémissons tout de même en pensant à tous nos frères détenus devant TF1 qui pourraient écrire comme le tueur de Nanterre le fît dans son journal : « je n’ai pas vécu, je n’ai rien vécu à 30 ans. J’en ai marre de rester des heures à écouter la radio pour ne pas me sentir coupé du monde et de rester certains soirs scotché devant la télévision alors que je sais que c’est une machine à décérébrer et à abrutir les gens et les esprits ».

http://www.adbusters.org

http://www.antipub.net

Charlie. La force de nos diversités

Très belle image de ferveur sur la page de soutien à Charlie et autour de la Déesse République. Quand les Vikings terrorisaient Paris, et encore en 14-18, le peuple se portait autour de Geneviève, devenue Ste Patronne de la Cité.

Comme quand certains tuent au nom d’un Dieu, ou d’un totem (que pense le million de morts civils Irakiens de la Liberté made in USA ?), « l’Europe » pour Brejvik en Norvège, et donc « Allah » qui n’a rien demandé pour Charlie. Qu’importe au fond le nom de la divinité qui protège la cité, ou qu’une divinité nous protège, au fond. C’est toujours nous qui nous cherchons.

Nous, qui essayons de nous retrouver pour conjurer la peur quand nous sentons le danger. Partager, échanger. Trouver un slogan à taton, comme la foule ce soir Place de La République, pour se représenter une nouvelle direction. Un espoir quand l’hiver vient, une lueur comme celle des lanternes s’élevant dans les airs ce soir sous les applaudissements, quand la nuit et noire et que nos cœurs, lourds, soupirent.

J’espère que nous saurons manifester très fort notre cohésion dans les jours qui viennent. Montrer la puissance de notre détermination dans toutes nos diversités, ne pas se laisser entraîner dans les amalgames, les camps, les haines, les préjugés à maintenir un peuple libre et multiple, fier de son insolence et de sa liberté d’expression, une société ouverte.

« On n’abdique pas l’honneur d’être une cible » disait Cyrano. Le panache est une vieille vertu des Français, il flotte très haut dans le souvenir de ces artistes, des gens fraternels, des amis du rire, de la bonne vie et des autres.

Nous abattre en tuant les poètes… C’est une bien vilaine idée. Nous faire taire en frappant le rire. Une immense méchanceté. Opposer des mitraillettes aux crayons, une abominable lâcheté.

J’espère que nous ferons dans les jours qui viennent la plus gigantesque des manifestation, avec des satiristes, des clowns, des laïcards, des croix, des kippas, des libertines, des grenouilles de bénitier, des babouches, des charentaises, des foulards, des bérets, des drapeaux bleus-blancs-rouges, et de toutes les régions qu’on voudra, de tous les pays où l’on parle le Français, en particulier du Maghreb et d’Afrique, de Syrie et de d’Irak et de tous les pays où l’on aime nos artistes, nos moeurs sans façon et notre génie politique.

J’espère que l’on montrera au Monde que l’on sait être un seul peuple dans la paix, infiniment riche des diversités et des histoires complexes de chacun. Et que si l’on en frappe 12, on en mobilise 65 millions.

David Langlois-Mallet

Plan social à Charlie. Nombreux départs anticipés

Et puis tu apprends au milieu de la nuit qu’un copain était là aussi et qu’au moins, lui ne mourra pas. Tu repères sa photo, ou plutôt celle de sa tonsure dans une civière. C’est un professionnel que tu estimes et que tu as côtoyé dix ans « tous les mercredis à 10h » dans une autre conférence de rédaction d’un autre journal concurrent. Et tu l’imagines, blessé, dans les cadavres des autres. J’ai pensé toute la nuit à ces images qui sèment cette énergie qui t’empêchent de dormir : Et si ?

Et si le policier avait eu le réflexe… Et si quelqu’un avait eu le bon mensonge quand les fous cherchaient l’adresse ? Mais aussi à l’inverse et si Luz, que j’ai interviewé chez-lui et que je croyais mort, n’avait pas eu du retard le matin ?

C’est juste horrible, c’est familier la conf’ dans un journal. C’est la messe du dimanche pour des chrétiens. Les vestiaires à domicile avant match pour les joueurs de rugby, le douches aussi pour les échangistes, la salle des profs ou que sais-je chacun selon sa religion. (tiens, une nuit dans un autre canard, j’y ai même fait l’amour avec une consoeur adorable, donc c’est même un peu la chambre des parents §;-)

Un endroit de fraternité et de rancune tenace aussi, les différences entre journalistes sont des fractures à la fois culturelles et politiques. Des combats qui ont aussi du sens et séparent surtout ceux qui regardent « 6 millions de musulmans » d’abord comme une chance à saisir, de ceux qui regardent « 600 fous » comme une menace pouvant justifier le choc des cultures. Comme s’il n’y avait pas Brejvik et des ayatollah blancs aussi. Comme si la Terreur avait une religion fixe ou un parti unique ailleurs que dans nos fantasmes.

Et puis par dessus tout j’avoue, il y a Cabu

C’est à lui que j’ai le plus pensé. Bien sur c’est un destin héroïque à 80 balais. Mais c’était un homme tellement tendre, sympa, chouette, humain. S’engager dans le pacifisme, refuser de choisir un camp, imposer la paix, ne pas faire tirer sur la foule… C’est en général signer son arrêt de mort (Thomas More, Henri IV, Louis XVI, Jaurès, Gandhi, Luther King, Lenon, Rabin…), tout ceux qui ont fait ces choix ont été assassinés. Ils en étaient tous conscients.

J’ai repensé de mille manières à ce jour où j’étais allé le voir sur un bouclage (un dimanche soir), il y avait les autres qui griffonnaient autour de la table et lui qui a tout lâché une demi-heure durant pour me faire un croquis. Un dessin qu’il m’avait promis pour Chiche ! pour illustrer le Pic-nic de l’Europe et les jeunes écolos de tous les pays.

« Ah, oui, c’est vrai ! Je t’avais promis… Oh, excuse-moi, j’ai pas eu le temps. Allez viens, on le fait. Vas-y dis moi comment tu vois ça… A pas mal… Et si je rajoute un Italien là ? Avec une bombonne de vin ? Et une jolie Espagnole ! Tiens, l’étoile, on va la lui mettre sur le maillot, etc. » Je m’étais retrouvé scénariste d’un maître de la BD dont le crayon faisait sortir mon rêve en instantané « J’aimerais bien que la nappe, ce soit le drapeau de l’Europe.  Et pour finir j’aimerais un petit Génie de la Bastille tout en haut, qui tiendrait le drapeau de Chiche ! Dessine-moi un mouton… Un pur bonheur. Et une très grande tendresse pour cet homme. Mon plus gros chagrin je l’avoue depuis hier, alors même que les larmes se mêlent aux rires (car il m’arrive au même moment un truc très heureux, que j’attends depuis des années).

Une Renaissance avortée

Comme Pantagruel à la naissance de Gargantua, je ne sais pas si je dois rire ou pleurer et les deux à la fois. Rabelais. Ce qui me renvoie à la Renaissance. A celle ratée ces dernières années. Celle où tout était possible (on l’a dit, on l’a montré, on l’a expérimenté), pour ne pas rater le rendez-vous entre les cultures et la nation. Et ces gens de pouvoir qui ont tout gâché pour des calculs personnels merdeux.

Ce sentiment d’être nous aussi comme de cette génération des Guerres de religions, celle de Montaigne, l’une des grandes admiration de ma vie, qui nait dans la poésie de la Pleiade, les dessins de Léonard de Vinci et les rêves des châteaux de François 1er, voit son rêve d’humanité s’effondrer à l’adolescence dans le retour de l’inquisition, la St Barthélémy etc.

On aura comme eux tenu une immense chance, Rabin, la paix entre Israël et la Palestine, après la réconciliation et la victoire de Mandela, une explosion culturelle locale des alternatives dans les années 90 début 2000. Et puis… le 11 septembre / Bush / Ben Laden / Le Pen au 2ème tour / L’Irak, Sarkozy / IE… Etc.

Génération St Barthélémy ?

Voilà. Pour moi une sorte de St Barthélemy, même si je n’étais pas de leur paroisse, depuis que Val leur avait donné ce tempo « choc des cultures » qui est tout ce que je refuse. Ce n’est pas seulement des confrères amis, encore moins un « camp du bien » que je pleure. C’est un tissus social qui se déchire. Dans les deuils, on pleure toujours un peu sur soi.

J’espère juste, je l’ai écrit hier, que nous serons assez forts pour voir vite venir comme Montaigne, l’Edit de Nantes. Non pas que je crois encore qu’un panache blanc surgisse, mais parce que je pense que nous sommes la majorité à vouloir vivre ensemble et à refuser ce destin inéluctable que nous proposent les chefs de tout bord.

Cette question du chef a à mon avis pesé lourd dans la balance de Charlie. Je l’ai dit, je n’ai pas aimé le virage que l’ambitieux Val avait fait prendre à un canard potache, libertaire et insouciant. Trop tendu. Trop politisé ? Sûrement, mais surtout se trompant parfois d’humour. Troquant l‘humour Voltairien qui montait vers un pouvoir dominant, pour l’ironie post coloniale qui descend pour maintenir une domination.

Etre bouleversé ne doit pas nous empêcher de réfléchir

Et défiler intelligent ? C’est même la principale différence avec ceux qui geindront ensuite « d’avoir été récupérés », par tel ou telle. Car l’Union Sacrée, si elle n’est pas armée dans les consciences individuelles, va d’elle-même au moins disant.

Sur la critique de Charlie, je vous recommande deux liens, pas comme évangile, mais comme autre son de glas. Celui de fond d’Olivier Cyran, ancien de la maison, parti en sachant pourquoi. Et un article paru à chaud, mais qui défend excellemment son point de vue critique : Cela faisait longtemps que Charlie ne faisait plus rire, aujourd’hui il fait pleurer.

Perso, je ne le lisais plus Charlie que par hasard et je retrouvai Cabu, mon dessinateur préféré avec Jacques Faisant (non, je blague !), que dans Le Canard. On n’est pas tenu d’avoir la même opinion que des amis, que celle des gens qui vous font sourire, n’est-ce pas ?

Cette façon de voir, c’est d’ailleurs la différence entre ceux qui tiennent des mitraillettes et ceux qui ont des crayons.

David Langlois-Mallet
Mesparisiennes.wordpress.com