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Nicolas Bacchus, néo libertin (Nova Magazine – juin 2000)

Nom : Bacchus. Age : 28 ans. Profession : troubadour. Couleurs : Arc-en- ciel, vert et rouge. Situation : ambiguë (« comme la vie », dit-il). Projet : le bonheur (et à la rentrée un passage au Loup du Faubourg). Actu : un CD, des concerts (ci-dessous). Signes particuliers : love (and politic) songs plutôt gaies.

C’est la petite dissonance distanciée qu’il aime par-dessus tout, Bacchus. Nicolas Bacchus. Avec ses petits airs de satyre méditerranéen, il nous apporte un premier CD plein de promesses… ambiguës. « En fait je suis assez transparent »… qu’il dit. Avec sa guitare et ses accords qui chantent bon la chanson française de tradition, on avait cru pourtant le voir venir de Toulouse : un troubadour ! Un chanteur courtois. Oui, mais voilà : « Non, Madame, cette nuit-là ton fils n’a pas dormi avec les filles », dans ces chansons un peu écolo, le berger trousse parfois… le berger (et le cas échéant, sa bergère). Il chante l’amour tendre et le jus de queue, et le pire, c’est que ça passe super bien (si j’ose dire).

Ça donne un coup de jeune à nos vieux airs et un coup de vieux à nos jeunes pédés. Brassens des backrooms ? « Non. je ne veux pas être le chanteur des pédés et des écolos mais plutôt changer le monde ». Chiche ! (c’est un des animateurs des jeunes écolos-alternatifs sur Toulouse) « Pour m’rouler dans l’herbe et courir après les garçons/ J’ai pas besoin qu’ils soient millionnaires ni qu’entre nous y’ait un ballon ». Le premier CD est agréable, un peu vin nouveau. On y sent encore la patte des maîtres, mais ses caractéristiques sont déjà la « distance amusée ».

Mais, « éteignez vos ceintures et attachez vos cigarettes », il a déjà sur scène de l’épaisseur, une vraie intelligence avec le public. « Pour moi, l’engagement est évident et la revendication gay concerne bien la vie publique… et (comme il le chante) « pas la peine de me chercher à la Gay-Pride, je ne passe pas ma vie à me cacher, j’ai pas b’soin d’un jour pour me montrer ». « Je veux chanter l’amour et mes chansons d’amour, c’est ça… Mon but c’est que ce que je fais soit accepté un jour, comme… chanson d’amour ». Bacchus fredonne « Je suis venu te dire que tu t’en vas… la pt’ite nuance, entre Gainsbourg et moi, est immense, mon Amour… ».

David Langlois-Mallet
nova Magazine. Juin 2000 / l7

Actualités récentes de Nicolas Bacchus :

Pour en savoir plus : http://nicolas-bacchus.com/
Dernier article : Nicolas Bacchus gagne à l’extérieur, par David Desrumeaux Hexagone http://hexagone.me/2014/06/exterieur-quai-bacchus/
Prochain spectacle :

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Mesparisiennes.wordpress.com

Les jeunes mousquetaires de la chanson : 10 ans après Politis

Explorer de nouvelles voies pour changer le monde, c’est parfois explorer de nouvelles voix. Il y a dix ans, je me passionnais pour l’émergence de la jeune scène chanson. Une aventure qui me menait à découvrir tour à tour, Babx, Bacchus, Lantoine, Bihl, Pitiot… M’intéressaient tout autant les jeunes militants qui gravitaient autour de cet univers : ceux du Festival Ta Parole ou journalistes indé de Larscène dont le professionnalisme valait celui des confrères rémunérés pour cela, les Pass cocktail, mais surtout la légitimité en moins.

Rien ne se perd, tout se transforme, ayant accusé le choc des berceaux et des emprunts sur 20 ans (de la précarité pour d’autres), passé le girophare sarkozyste et plus encore le choc mou du fascadisme socialiste, les mousquetaires sont toujours là.

Ainsi ce dossier que j’avais écrit pour Politis est republié ces jours-ci par un nouveau médias, Hexagone, le sans papier de la chanson, lancé par les anciens de… Lartscène. Quand au Festival Ta Parole, il vous accueille toujours pour défricher ensemble, du 9 au 15 juin à Montreuil.

De mon côté, l’engagement m’avait amené à la chanson, l’engagement m’a reprit. Après les années Chiche ! celle des jeunes militants de l’écologie politique, largement étouffés par le développement pas durable de leurs ainés EELV, je m’étais tourné vers ces autres porte-voix, histoire de voir si un monde nouveau, endormi en politique, pouvait émerger de leurs chants (le dossier « Sur un air de nouveauté », rend compte de cette plongée, lire en cliquant ce lien) Il est amusant à lire dix ans après, car… rien n’a changé, si ce n’est que les voix nouvelles ont parfois un peu faiblit avec la quarantaine et une installation dans la vie ou au contraire sont restée confidentielles.

Ce qui est dit dans l’article, sur les difficulté à percer dans les bars d’une génération oeuvrière, s’applique à leurs petites sœurs et frères cadets qui redonnent de la voix ces derniers temps malgré les interdictions qui pèsent sur les concerts urbains.

Toujours cette question des lieux cultuels indé, de la liberté d’expression des jeunes générations, de ces cultures populaires et (toujours !) leur étouffement par le politique. Et, pour ceux qui ont suivi ces aventures, Un Peuple Créatif, notamment, les politiques culturelles nouvelles que l’on pouvait imaginer ensemble. Même air, mais une autre chanson… Nos vies sont un rêve, à l’intérieur d’un rêve qui lui-même débouche sur un autre rêve.

David Langlois-Mallet, C Mes Parisiennes 2014

Chanson – Thomas Pitiot, griot du 9.3

Pitiot

St Denis, Bamako, Paris… Thomas Pitiot invente une chanson française du monde.

Oh vous les heureux coquins qui ce soir écouterez Delerme… Tirez sur le parisianiste, sortez du formatage pub, de la culture IKEA ! Et tendez plutôt l’oreille à Thomas Pitiot, ce qui est arrivé de plus audacieux à la chanson française depuis Trénet. Pas que ce chien fou égale déjà les maîtres fous chantants. Mais parce que son beau talent tente la synthèse la plus hardie et la plus politique entre une chanson populaire de bonne souche et les musiques du monde. Paroles ancrée dans une France sociale sur des refrains riche d’ailleurs… Un style captivant qui déconcerte les puristes de la chanson française, comme les amateurs de groove. Une vigueur nouvelle, puisée dans un quotidien exotique, nous raconte t-il dans des spectacles où il se joue avec beaucoup de finesse de nos préjugés : « J’ai grandi loin d’ici… derrière le Périph, dans un pays qui s’appelle le 93… ». Ce 9.3. fantasmé, que TF1 nous montre peuplé de flics et de Caillera, Pitiot nous chante qu’il reste d’abord un quotidien oublié. Celui des bonheurs poétiques des jours de la « maicresse d’école » croulant sous les avalanches de bisous édentés en contraste avec « les langues de pierre, cœurs de vipères, qu’on jamais rien donné, qu’on jamais rien offert diront du mal des fonctionnaires »… Celui des colères de Raja l’équipière en grève de Mc Do, qui « rêve d’un bonheur sur place ou à emporter », de Momo le SDF-intello des squares, qui touche le RMI (Rente au Métier d’Intellectuel), cite Baudelaire et insulte, incompris « les statues toutes nues, (qui) c’est bien connu, ne parlent que le grec ancien ».

Chroniques de la misère d’en-bas au temps de Raffarin, où les ouvriers ont le blues, même si sous le bleu la peau est noire, mais aussi chronique de richesse. « Parce qu’en donnant des cours d’alphabétisation, des gens m’ont donné de découvrir un Mali et un Sénégal qui n’est pas celui des expos d’art. Je me dis qu’il faut renvoyer l’ascenseur, ne pas profiter de toute cette richesse tout seul » dit-il. Thomas a le bon coeur de ne pas nous chanter sa culture, mais de chanter depuis sa culture, tous ceux qui tombent sous son regard gourmand. Encore une différence avec les petits malins qui citent France Inter et Télérama dans leurs chansons qui ne troublent rien, Thomas nous parle d’une humanité qui n’est pas à la fête. Il puise ainsi à une source infiniment plus riche que cette jeune scène qui se contente d’épier, complice, les frémissements de son nombril. Une chanson politique aussi parce qu’elle renouvelle les représentations. Ainsi sa prostituée, n’est pas une image folklorique reproduite de Brassens, mais la « petite craquette » des boulevards extérieurs. Pitiot nous donne à partager, différement, son intimité « ta grand-mère t’avais nommé ma violette, les mecs s’en moquent à la porte de la Villette ».

On dira que Pitiot le jeune (son père Gérard en est un autre) n’est pas encore assez exigeant avec tous ses talents ? Le public et la critique seraient bien inspirés de l’être au moins autant.

David Langlois-Mallet

www.thomaspitiot.net

CD La terre à Toto, T’inquiète production

Article paru dans Politis, 2005

Bringuebal, la Folie en tête

Bringuebal

Baluche : Bringuebal, la folie en tête

Au Bringuebal à Ménilmontant, l’esprit de fête se nourrit de ses racines urbaines. Néo-popu ou post branché ?

Comment cela se passe-t-il près de chez vous ? On veut dire, l’esprit de fête… Où-est-il ? Comment se porte-t-il ? Avouez, qu’en ville ou dans les champs, des soirées légères, enlevées, à la fois joyeuses et bon enfant, ne nous clignent pas du lampion à tous les carrefours. Allez, disons le mot, entre plaisirs sur télé-commande et rires plus ou moins tarifés, nous vivons une époque confortablement sinistre. C’est pas nos ans 2000, qu’on appellera les Années folles ! Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si certains jeunes urbains, déçus par la joie qu’on nous propose, s’amusent à brocanter des éléments à ces temps oubliés pour recréer de la complicité et de la rencontre. Norbert Bouche, l’un des instigateurs d’un baluche à chansons nommé le Bringuebal, pour être un fêtard, en parle très bien : « les parisiens ont en commun de venir tous plus ou moins d’ailleurs, du coup, on se recrée nos racines urbaines. Certains cherchent vers l’Amérique ou l’Afrique, nous, plutôt vers un Paris plus ou moins mythique des arrières grands-parents, quand la musette et la chanson française se mélangeaient au swing manouche et à l’accordéon italiens ».

Ainsi est né le Bringuebal, d’une conversation entre amis à un collectif d’artistes, à la recherche d’une autre fête. Son idée, rapprocher les artistes du public, avec des chansons chantables et dansables à la fois. « On jette les chansons qui ne nous font pas danser ! résume Norbert. C’est un esprit guinguette sans les bords de Marne, musette sans le côté virtuose de l’accordéon, on préfère oublier un peu les musiciens pour renouer avec la fête » dit-il.

Car au Bringuebal, la sono n’écrase pas la fête, l’orchestre et le chanteur ne sont pas omnipotents. Du coup, la vie regagne les parterres. Grâce aux gros cahiers de paroles qui circulent, on y chante comme on y danse. On gigote à deux comme on s’époumone ensemble, dans un bel état d’esprit. Sans en faire des tonnes. Histoire de se dire qu’on peut trouver la complicité des fêtes amicales entre inconnus de la ville.

Depuis la rentrée, le Bringuebal a planté son estrade du côté de Ménilmontant, chaque dernier samedi du mois, au Studio de l’Ermitage. Pas évident en effet de trouver une salle dans cette fichue ville embourgeoisée, quand on veut que le tarif de l’entrée n’en contredise pas l’esprit. Ici ce sera 7 euros. On transige un peu pour l’un des rares petits lieux bien vivants. Que vous vous sentiez l’âme d’un de ces néo-parisiens, popu de conviction et de CDD, branchés à leur corps défendant, ou que vous ne vous déguisiez en titi ou un gigolette que pour un soir, ce baluche pas chien, pas snob, pas regardant, pas bégueule, vous tend par la main pour la nuit. Une java avec mézigue ?

David Langlois-Mallet

Le Bringuebal, bal à danser à tue-tête, Studio de l’Ermitage, 12, rue de l’Ermitage, 75020 Paris. http://www.bringuebal.com

www.studio-ermitage.com

Politis 875 – Nov 2005

Chanson. Polo, oiseau de printemps

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« Au fond des sombres bois remplis de bogues de châtaignes / D’aiguilles de sapin pointus qui crissent sous les pieds. Longtemps vous vous êtes connus et avez respiré / Le vent du soir et les yeux verts de la forêt qui saigne. Les feuilles de figuier vous ont cent fois servi d’assiette, / Les vieilles casseroles n’ont pour vous plus de secret, / Vous qui savez vous contenter de couleuvres en été, / de poêlée de girolles et de joyeuses disettes. / Ô quel beau mariage ! Quel joli mariage ! ».

L’époque n’est pas légère, en manque d’inspiration ?

Alors, cédons l’oreille à l’élan poétique du prochain disque d’un ex-rocker en marronage durable dans la douceur de la chanson, Polo. « Polo-ex-satellite » puisque l’épithète du nom de son ancien groupe le poursuit, et que cet « ex » est devenu sa particule, nous offrira en février 17 chansons et poèmes. Un CD — enregistré en public il y a quinze jours— dans le plus simple appareil voix et guitare avec pour seul accompagnement les ronflements d’un violoncelle qui lui donne profondeur rustique et éclat baroque. Une « variété », dans sens le plus éloigné de celui de « produits marketing » façon Star Academy, plutôt la palette de sentiments et de pensées d’un homme, mises en ritournelles inspirées et en vers.

Chanson à l’amour immortelle dans lequel on n’a pas plongé, pamphlet en « swing baroque » à l’amante Jet-seteuse inspiré par La Bruyère et Molière (Célimène). Confession lucide sur la trahison adultère d’une amitié de couples. Souvenirs récents des années à filles, où derrière l’érotisme, pointe à la maturité des regrets d’anciens poètes. Souvenirs « Douce France », des grands-parents ruraux qui sont ceux des petits garçons de l’époque (Petit Français). Une certaine fascination aussi pour l’irruption dans ce décors des années 70, des belles négresses au charme hautain et aux coiffures travaillées. Tendresse pour les clodos du coin, ironies duelles pour les consommateurs, comme pour les précaires de ville. Enfin, une forme de perfection dans le bonheur profond et léger qui émane des cinq couplets de ce « Beau Mariage », inspiré par l’amitié et un bonheur de vivre aux couleurs châtaigne, sur laquelle plane l’ombre bienveillante de Brassens.

Quelle annonce heureuse !

Cet album, nommé » Planète Sun », peut-être pour intégrer à l’orbite monacale de sa création, les amis avec qui il a plaisir à partager la scène (Nery, Ignatus, Les Ogres de Barback…). La sincérité délicate de notre Polo, fleurie façon terroir ou accompagnée à la Ménilmuche, en trouvant l’issue de ses années post-rock, fait échos à nos désirs verts pomme et rose bonbon d’émotions printanières. Son goût peut encore se raffiner ? Ça ce fera, au contact des auteurs du XVIIe, de la musique baroque et d’un peu de rigueur sur la prononciation des « é » et des « è »… Mais, bordelais d’origine, c’est un Polo de garde. Son univers d’émotion de vivre prend aussi racine sur Internet. Là, Signe des temps, l’artiste descend de son piedestal romantique pour y animer sa petite légion de fidèles et sa galerie virtuelle de ré-création, de dessins éroticomiques. Art porno joyeux dont l’humour rappelle celui de Dubout.

Polo, oiseau d’automne, nous annonce le printemps, au moins au fond des cœurs. Douceurs qui contrastent avec les rudesses, Bushères, Sarkosyenne ou météorologiques, que nous essuyons. Il est le bienvenu !

David Langlois-Mallet, article paru dans Politis Janvier 2003

http://polo.a.paris.free.fr/