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Les vaches sacrées

Faites le test ! Vous pouvez tout dire sur votre page à propos des hommes. Plus la critique est générale, incisive ou violente et plus vous aurez d’approbation. C’est open bar. Ne vous risquez pas à faire de même avec les femmes. Là, l’égalité est morte. C’est le pilori assuré pour l’auteur.

Encore ma critique était-elle assez tendre (ce qui n’exclue pas le piment), puisqu’elle revêtait en le sens de l’hommage. Il s’agissait de dire depuis que les femmes sont devenues des hommes comme les autres, la solitude est devenue générale. Qu’elles ont rattrapé les hommes en égoïsme, ce qui est peut-être une étape légitime d’un rééquilibrage historiques (alors nous sommes arrivés un peu tôt), mais qu’en attendant, le résultat actuel me semblait à somme nulle pour les deux sexes. Même si bien sur, on se crée tous des oasis, dans l’amitié amoureuse ou autre.

Ce qui revient à suggérer (ou à affirmer) que les femmes, filles et femelles de tous âges ont en général, une idée plus claire de ce qu’il y a de beau à partager que les mâles. Que nous aurions peut-être gagné, les uns et les autres, à ce que la culture masculine évolue dans le sens de l’attention à l’autre, plutôt que de voir les femmes régresser vers leur nombril.

Devant la longue plainte qui monte du monde féminin (même derrière ses cris de d’auto-satisfaction un peu forcés), on peut déduire que le genre masculin à des progrès à faire, comme amant ou compagnon. Mais aussi que les femmes nous donnent de moins en moins envie d’en faire. Et que les bonheurs à deux constituent plutôt des temps d’exception dans les vies et les couples durables des microclimats affectifs ou des curiosités entomologiques.

J’ajoute à mon attentat contre la Déesse Mère (parfaitement assumé) d’avoir risqué l’idée que peut-être, la dite libération sexuelle des femmes, avait surtout été conduite comme un alignement sur la sexualité masculine (plus quantitative que qualitative, plus performative que sensuelle, plus égoïste qu’en lien).

Crier « liberté » à vingt ans quand on cherche à se dégager de sa famille, c’est logique. Crier « liberté » à quarante, c’est enfoncer tellement fort une porte grande ouverte, que j’entends surtout « solitude affective ».

En clair qu’il n’était pas évident que les femmes « libérées » aient trouvé à étancher leur soif de jouissance absolue et de communion érotique, mais qu’il était certain que les hommes avaient réalisé le grand fantasme (assumé par de rares et courageux Casanova ou Don Juan, fantasmé ou refoulé par les autres) : avoir un océan de femmes disponibles, pouvoir les baiser toutes.

De tout temps, la sexualité des hommes avait inventé des formes pour contourner l’érotisme sophistiqué des femmes (« elles sont chiantes, il faut parler… »), un érotisme risqué (peur de l’enfant, de l’engagement, du lien affectif tout simplement). Les hommes avaient ainsi mis des esclaves, du sexe de supermarché, avec la prostitution, ce qui ne correspond à rien dans l’érotisme féminin, aujourd’hui d’un simple clic, comme on commande une pizza, ce sont les femmes qui viennent demander, puisque le marchand leur a vendu l’idée que c’est elles qui choisissent.

L’époque a mis la satisfaction sexuelle à la portée de tous, mais le bonheur affectif, reste bien une autre histoire.

J’ai un peu eu l’impression que beaucoup d’urbaines passent dix ou quinze ans à essayer de créer de liens avec des hommes pressés, distraits ou sur-excités alternativement. Avant qu’elles ne soient contraintes par leur horloge biologique à des choix précipités et souvent à une deuxième partie de vie menée sous le signe d’une solitude pas forcément choisie si j’ai bien écouté leurs confidences de celles-ci et de celles-là.

Que le jeu masculin restait de s’amuser avec les femmes longtemps, puis faire une fin, avec toujours une deuxième (troisième ou quatrième) vie à la clef. Pas sur que l’inverse soit vrai une fois que la femme a perdu son pouvoir de fascination. Le « c’est pareil » reste un leurre.

J’ai aussi l’impression qu’il faut pas mal d’années et les hasards de l’attachement, pour qu’un homme pense sa relation aux femmes autrement que comme un soulagement ou une conquête, comme un bonheur plus large, affectif, à contre-courant de son éducation virile. L’amour reste pour l’homme une rééducation je crois, mais ses professeures de coeur immémorielles ont désappris leur propre langue. Leur boîte de préservatifs très entamé ou le sex-toy patiné, affichant qu’elles se délectent, mais curieusement sans cesser d’être insatisfaites.

Je peux me tromper bien sur, puisque j’en parle, mais c’est mon impression.

Est-ce parce que les femmes étaient dominées qu’elles ont développé un art de la relation supérieur (en clair, elles se conduiraient aussi mal que les hommes si elles dominaient) ? Est-ce parce qu’elles s’occupaient des enfants qu’il y avait un soucis de l’autre plus poussé, un sens de l’échange et de l’écoute

On ne peut débattre de différence entre les sexes, puisque cela vous aliène les féministes et leur credo : « Mais les hommes et les femmes, c’est pareil ! Théorie du genre ou tais-toi ! Masculiniste ! Rejoins les hommes perché sur les grues. » (c’était une vieille copine et ses renforts, ces jours-ci sur Facebook).

Car nous sommes dans un pays très manichéen. Critiquez des totems féministes, vous êtes masculiniste. Dites que les questions en 2014 se se posent pas dans les termes des années 70, vous ne pouvez qu’être pour un retour au patriarcat. Car il n’y a jamais rien à inventer pour les cerveaux paresseux des idéologues, que la lutte du bien contre le mal, les privilèges ou la guillotine, du passé contre le passé antérieur. Un no futur à la française.

Cette approche militante du monde marche tellement bien. Qu’on observe que dans les partis, les hommes ont créé des commissions « femmes », chargé de la garde des totems. Mais que l’égalité des salaires par exemple ou la parité des postes n’est pas à l’ordre du jour des débats.

Dans le même registre d’idées, ne vous risquez pas à dire que crier « droit à l’avortement », « droit à l’avortement » ne fait plus sens. On vous accuserait d’être pour son interdiction.
Alors qu’il s’agit d’abord de se demander, dans une société de liberté individuelle et de consommation de tout, même du vivant, de répondre à la soif de sens et à trouver la place du choix et de la libertés individuelles qui prisent isolément débouchent sur ce grand supermarché vide des existences toutes semblables et désenchantées, comme à la place d’autrui dans la sienne. Car j’ai un peu l’impression que l’individualisme débouche sur des vies devenues étanches les unes aux autres.

Qu’il y a urgence à réactiver ces réflexions car en effet, nous sommes à un moment ou ce manichéisme politique est en train de susciter son mouvement de balancier. On va ainsi vers des politiques autoritaires et rétrogrades, nationalistes ou religieuses, contre laquelle il faudra pas mal de souffrances pour sortir. Tout cela parce que l’on aura nié à un moment la valeur de la vie ou l’utilité du cadre de la nation.

Voilà pourquoi, n’ayant aucune illusion sur le grand prêtre, je continuerai à ne pas davantage aller chercher mes bons de sortie chez la Mère supérieure, par ailleurs bien occupé à faire fumer l’encens autour de ses vieux totems de l’avortement ou de la pilule.

Je crois que nous sommes une génération d’hommes élevés par de femmes (3 en ce qui me concerne), biberonné au féminisme depuis le berceau, autant qu’ayant pu constater à l’âge adulte de la faillite des vieux mâles et de leur système de domination. Sans aucune illusion sur la dureté et la bêtise d’un monde conçu par des hommes, où les violeurs et les violents sont des hommes, mais ne forment pas dans nos contrées la majorité de l’espèce. Sans solidarité avec les hommes qui s’en réclament, ni avec celles en font parfois le prétexte d’une autre forme de bêtise ou de méchanceté dont pleurent les enfants.
L’heure est simplement venue de faire le tri je crois sur ce que nous transmettrons à nos filles et à nos fils et de ce qu’il nous reste à partager d’intéressant avec les femmes.

Amicalement ou Ami excitant comme vous voudrez !

David Langlois-Mallet

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Sur la solitude des femmes… (et des hommes)

J’aimerai bien savoir à mon réveil, combien d’entre-vous Mesdames (je parle aux grandes pas aux minettes de 20 piges), tirent la couverture sur elles le soir en se déclarant à elles-mêmes qu’enfin la femme est libre, fait ce qu’elle veut de son corps, de son cul et de son destin ! Qu’elles attendent avec impatience le chant de la poule au matin pour reprendre le combat et traquer les dernières lignes de l’arrière-garde masculine qui se montre encore sur Facebook, et faire rendre gorge et merci au dernier phallus qui pointera le bout de son museau d’oppresseur !

Et combien appartiennent à la cohorte de celles qui écrasent une larmichette dans leur lit froid en se disant qu’elles sont épuisées de porter si lourd, et qu’un goût de latex de ci de là n’a jamais vraiment compensé toute cette solitude, qu’elles troqueraient bien contre une épaule un peu bourrue.

J’ai croisé pas mal de celles-ci et de celles-là, mais il me semble, qu’elle soit portée en étendard ou qu’elle serve de mouchoir, que la solitude reste l’aventure la mieux partagée des dames de 35 à 99 ans. Et que même s’il reste l’objet de beaucoup d’espoir et d’une foule infinie de reproches, le principal trait de la gente masculine est surtout d’avoir déserté, de traîner les pieds ou de se faire porter pale…

Sur ce, gentes dames, toniques suffragettes, romantiques prosacïque, tendres correspondantes et chères amies, je vous souhaite la bonne nuit !

(Suite)

Il y aurait eu de l’ironie dans mon post d’hier sur la solitude des femmes ? On a voulu voir (toujours votre manichéisme français), une éloge des hommes, voir du couple… Je pouffe.

D’abord, notre époque solitaire s’accommode aussi du couple. Une bonne part des gens en couples autour de nous, ne se sont-ils pas débrouillés pour être « célibataires ensemble » ?

Ensuite, les hommes sont tout autant solitaires que les femmes (je pense même que ce sont eux qui ont fait un pas en arrière, trouvant que le jeu n’en vaut plus la chandelle). Comment répondre aux exigences de princesses de ces hommes comme les autres que sont devenues les femmes ? Notons quand même que cette retraite s’opère en silence à côté du bruyant désert affectif féminin.

L’inégalité demeure jusque dans la division de cette société onaniste.Prenez le godemichet (les femmes aiment surtout rêver) est brandi comme hampe de l’étendard d’un renouveau de la libération sexuelle (à condition de le nommer en anglais), alors que les mâles (qui aiment surtout voir) ne parlent de leurs adresses internet ou autre que sous le sceau de l’amitié. Cela n’empêchera pas les femmes de faire beaucoup de bruit « avec ce sujet tabou », « dont personne ne parle » (alors qu’il est dans tous les féminins et transpire la banalité urbaine depuis 10 ans etc..).

Mais ce qui est intéressant, c’est que dans notre société, chacun se replie sur son particulier. Disons juste que les femmes, qui entretiennent un rapport « particulier » à la vérité dès que lors que le sujet touche à leur émotions, abusent trop clairement de cris que triomphe pour que l’on entende pas résonner les échos d’une terrible défaite.

Sinon, c’est sympa non, cette saison des kakis et des grenades ?

David Langlois-Mallet

Aux filles qui cherchent le bon danseur…

Franchement les filles qui écument les pistes de danse pour trouver le compagnon au bon déhanché, vous ne devriez peut-être pas négliger trop vite les réparateurs d’ordinateur !

Celui-là a une telle virtuosité dans la caresse des touches sensibles et dans les pizzicati de clavier que je suis plus tenté d’y voir la cause du sourire dévot et mal reposé de sa bien aimée que de la soupçonner dans la profondeur de sa conversation pixelisée.

Si l’on veut bien voir que le choix d’un homme reste celui du modèle de boulet (à vous écouter dire, mais que celles délivrées se plaignent encore plus). Ce chinois rondouillard possède à mon avis plus de talent matrimoniaux que nombre d’avantageux latinos.

Vu comme mon ordi clignait et couinait, gageons que si les Parisiens allumaient de tels arbres de Noël tous les soirs dans les lits de la vieille cité française, nombre de problèmes écologiques seraient en voie de résolution.

David Langlois-Mallet

Mes Parisiennes 2014

Chatte blonde, chats noirs… Tssss….

Elle.
M’attend au café du Chat Noir.
Je.
Déboule guilleret.

Mais voilà t’y pas qu’il y a un gus à sa table. Ah…

L’archétype du dragueur. Le mec qui se balance un peu sur sa chaise, les bras en torpille sur la table, la bouffant du regard et surtout cherchant dans ses yeux à elle qui se dérobent une réponse : « J’ai bon, dis ? J’ai bon ? Dis oui. Dis oui… »

Moi, fatalement, je suis tout de suite moins son genre de beauté à lui. En même temps, je critique pas car entre moi mâle hirsute et cette jolie slave, j’avoue…

En même temps, compliment pour compliment, lui n’est pas trop mon type non plus. J’ai l’avantage de la position dominante. Le mec qui arrive. Qui est attendu. Qui est debout. L’autre un peu tassé, je me doute qu’il aimerait que je sois ailleurs… Je ne mettrais pas mon veto à ce qu’il bouge.

Elle se balade ailleurs, dans ses pensées…

Les présentations sont vites expédiées. Nos prénoms échangés comme des cartes pour un duel, je me doute qu’ils ne resserviront pas…

– Elle, ne m’attendait pas si vite.
– Lui ne m’attendait pas du tout.
– Moi je m’attends à tout.

Le gars maintien la charge droit dans ses bottes. Mon arme aussi, c’était la cavalerie.

– « Bon, lui dit-il je t’offre le livre, tu me donnes ton numéro ». Portable en main, il attend.
– Silence gêné de la Miss.
– Attitude gêné du gus.
– Je me marre doucement.
– « Bon, dit-il, c’est gratuit, je t’offre le bouquin. » (Monsieur à sorti son roman, comme tout le monde, je suis à deux doigts de le tiper entre mes dents, comme dans les cours d’école « tssssss »… la drague parisienne, encore un lecteur de Technikart).
– Elle reste toujours interdite. Je débloque la situas. « En même temps, dis-je c’est gratuit, c’est bien… »
– Lui (de la répartie, parisien je vous ai dit) et l’oeil bien scotché dans sa blondeur à elle : « Un 06 aussi c’est gratuit. »
J’aime bien le cran, pas l’insistance.
– Moi « Toute la beauté du geste, c’est que l’on attend pas de retour… »
– Elle « Je vais voir, je ne sais pas s’il me reste de carte de viste… »
– Lui « Non, ça va. Bonsoir. »
Il lève le camp.

En plus le bouquin n’est même pas de lui. Tssss…

Reprenons les choses où on les a laissées.

David Langlois-Mallet © Mes Parisiennes 2014 mesparisiennes.wordpress.com

Cougar ou Lolita : l’art d’aimer reste une rébellion

Cougar et lionceaux… Les amours des femmes mûres font sujet de société et effet de mode. Puisque nous sommes tous en rayon dans notre société de consommation sexuelle, même un segment négligé du marché, la ménagère de + de 40 ans, doit avoir son plan marketing, (site de rencontre dédié et vente d’objets de plaisir à la clef…).

Il est peu probable que se trouver « repositionnées » dans le marché sexuel grâce à ce concept, suffise à redonner le sourire à nos urbaines célibataires sorties du soucis des couches. Je vois tous les jours bien plus de mélancolie ou de vraie tristesse dans notre génération -plus vive chez les femmes qui se sont sûrement plus fait avoir à une libération sexuelle construite sur un modèle séquencé et quantitatif (masculin)– que de libertinage joyeux, d’épanouissement émotionnel ou de communication vraie.

Il n’est ni judicieux ni utile de revenir au XIXe siècle pour autant (comme nous y invite les identitaires de tout poils), mais je pense qu’il faudra bien reposer la question du bonheur ensemble et pas seulement celle de la libération sexuelle. Car ce concept émancipateur, construit sur un modèle masculin, semble à l’usage plus orienté vers la satisfaction masculine… Mais surtout vers le désenchantement et l’insatisfaction générale. Si tout le monde, hommes et femmes, mêlés fait ce qu’il veut de son cul depuis lurette, cela ne débouche pas sur grand chose de plus qu’une mélancolie de files d’attentes aux caisses. Car derrière le corps, il y a l’âme qui garde intact son besoin de réponses, d’élan et d’émerveillement.

Plutôt que de savoir si un concept marketing est libérateur ou aliénant, dérangeant ou politiquement correct, affirmons que dans une civilisation amoureuse qui reste à inventer, les femmes mûres seraient sûrement le pivot de la société et non ses invendus. Parce qu’on ne naît pas homme, mais qu’on le devient dans l’amour des femmes, que l’on sait les dégâts et l’insatisfaction que provoque l’idée fausse que les mâles « savent », il semble sage de mettre notre éducation d’homme le plus tôt possible entre leurs mains habiles, leurs bouches gourmandes et de confier notre apprentissage à la douce chaleur leurs cuisses. Et ce remède à proportion de ce que l’on est jeune mâle.

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Les bons auteurs de notre vieille Europe, comme Stephen Vizinczey et son fameux « Eloge des femmes mûres », autant qu’une dame du temps jadis, Aliénor d’Aquitaine -connue pour l’affirmation de ses amours au mépris du scandale autant que pour l’art d’aimer de sa cours- me donneraient je crois raison si j’écris que les femmes d’automne tiennent deux fois les clefs du jeu amoureux. D’une part par une culture « féminine », une culture du soucis de l’autre, un art de la relation que les hommes de tous âges ont à apprendre auprès des dames et d’autre part la connaissance, le recul et le vrai goût des choses que donne à tous l’expérience et la conscience de l’instant qui l’accompagne.

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L’asimétrie de nos amours assure notre éveil culturel

Une troisième raison tient au charme des amours asimétriques entre adultes consentants, de tous âges et de tous milieux. La relation amoureuse reste un voyage à l’étranger et les amours inégales ne font qu’exalter le caractère culturel même de l’amour : Une dissidence à la société, une rébellion faite à deux, une échappée belle, une complicité d’évasion écrite à quatre mains pour deux corps à l’encre inavouable…

Et si le baiser a été décrit comme un pont jeté entre deux âmes, il reste autant une barricade érigée en pleine rue. A savourer à belle dents, avant que l’on ne soit impitoyablement repris par la patrouille. Car quoi qu’on en pense, le jugement autour de nous, s’il est parfois plus envieux que religieux comme jadis, reste cruel… « Camarade de rébellion… ne dit pas « toujours », ne dis pas « jamais ».. chante la chanson.

Je vous en souhaite de belles avant qu’arrive ce fameux dernier regard que vous vous échangerez tous les deux. Qu’il soit au moins plein d’insolence et de gratitude, comme celui que les complices s’adressent, au moment où on les sépare, menottes au dos :

« On les a bien eu, hein… dis ? »

David Langlois-Mallet, 2014 c Mesparisiennes.wordpress.com 

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L’enfance comme champ de bataille

C’est une chose assez étrange que le coeur. Un air popu suffit à faire sortir le mien de sa cachette. C’est généralement sous la forme de la douleur qu’il se manifeste.

Je n’ai pas la sensibilité très heureuse, j’ai juste appris avec le temps à l’accueillir avec sérénité. A tirer une force calme de son inquiétude. Je ne sais pas le solliciter ou le laisser libre sans que remontent les peines de l’enfance et les amours enfuies. Meme si ma nature quotidienne est assez allègre et désinvolte, le racines qui plongent en moi s’abreuvent à une source mélancolique, quoiqu’enfantine. Mon ame est plus douée pour l’espoir que pour le bonheur présent, pour les regrets que pour l’instant. Elle est toujours en alerte, les yeux grands ouverts en quelque sorte.

Si je le laisse un peu aller remontent d’abord les images de l’enfance.

IMG_7019Les hauts murs de pierres armoricaines du petit village de Bretagne que mon arrière grand père avait choisi pour y poser les valises antillaises de ses aïeuls. Ces murs que j’escaladais en me griffant les genoux pour quelques fleurettes, volées aux voisins. Trophées héroïques de mes huit ans pour cette petite fille dégourdie qui m’offrait les plus doux et désaltérants des baisers la nuit venue.  » Tu embrasse très bien  » me medaillait-elle avant de replonger sa langue entre mes lèvres dévouées, avidement désireuses, plus que tout, de la satisfaire.

Souvenirs, quelques années plus tôt, du ciel de Provence aux mille étoiles sous les grands cyprès du parc. J’avais 5 ans et dans la nuit il fallait la quitter en tremblant, de glace mais pas de froid. Rejoindre la lumière de la grande demeure bordée de vignes d’où s’échappait les éclats de voix des adultes et laisser retourner dans l’ombre du modeste mas, la fillette, plus grande que moi, dont je serrais désespérément la main. « Tu ne m’oublieras pas ! Promis ? » Je revois au travers de mon inquiétudes deux grands yeux tremblants de l’ardeur d’exister pour me rassurer.

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Souvenirs de Paris, à l’ombre de Notre-Dame, des hautes marches de la tour qui menait à la demeure de ma mère et qu’il fallait escalader, une à une, les mains appuyées sur les genoux, l’angoisse au ventre et la boule dans le gorge. Souvenir de la violence de la colère sourde de ces guerres d’adultes qui m’avaient choisies comme champ de bataille, dévasté et incertain que j’étais de leur survivre. Ces haines venues des origines reptiliennes et dans lesquelles éclataient comme des obus, des peurs, nourries dans l’histoire tremblante et aveugle des familles. Leur mépris. Leur aveuglement. Ma certitude que la survie est une volonté et une grâce, non un dû.

David Langlois-Mallet c mesparisiennes.wordpress.com 2014

Cinéma. Tonnerre : Eclaire de poésie nos déroutes mâles

Dans une France enneigée, le silence d’une jeune femme, tel un scalpel, déchire deux hommes. Avec humour et une émotion d’une infinie justesse, Tonnerre, filme les âmes masculines ouvertes et palpitantes nous invite à une « autopsy » poétique, celle des mâles d’aujourd’hui. Peut-on vivre l’amour autrement que le temps d’un orage ? La parole du père, peut-elle encore sauver un homme du silence d’une femme ? Un premier film, rien que pour nous bouleverser.


« Dès que quelque chose me plait vraiment, je crois que ce n’est pas pour moi… 
» Elle, Mélodie, pigiste mutine et infiniment désirable l’avait pourtant prévenu… Mais lui, Maxime, ex-rocker au charme désarmant en loose chez papa après des succès régionaux, ne peut douter : « Ah non ! Non, moi je crois que dès qu’il y a quelqu’un qui t’aime, vraiment tout est possible… ! »

Le pacte des amants se noue à fond de cale. « C’est l’ancienne prison de Tonnerre, c’est là qu’on jetait la nourriture aux prisonniers… » La ration de survie de nos anti-héros sera, à la lumière d’une lampe de poche, un baiser. Maxime, fasciné par cette apparition virginale et sensuelle qui le sauve, est tout à cette Mélodie du bonheur et cède au tourbillon… Et que le blizzard les emporte, il trouvera des solutions, comme de crocheter la porte de cette baraque providentielle au fond des bois morvandais !

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Bonus Vincent Macaigne

En accompagnant tendrement, caméra au poing, le sensible et ébouriffé Vincent Macaigne (Maxime), dans sa descente intérieure à la poursuite de l’envoutante Solène Rigot (Mélodie), Guillaume Brac, réalisateur néo-Stendhalien, nous fait partie prenante d’un documentaire romantique dans la France qui perd. Bercés à la douceur hivernale des images, surpris par l’irruption du burlesque, Tonnerre, nous fait mordre à cette bien séduisante histoire d’amour. Et nous voilà partis, comme Maxime, en quête de ces lèvres délicates d’adolescente…

Fait d’hiver : Que vaut l’amour face à un répondeur ?

 

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Bande annonce. Tonnerre

 

Mais si brusquement ces lèvres au dessin si singulier n’embrassent plus ? Ou pire encore si elles se taisent ? Tout redevient vite banal et le vide remonte du fond des êtres. Cela aurait pu être le vide clinquant et bavard de Paris, c’est le vide taiseux des villes de province à 18h. Avec leurs décorations de Noël factices et les soirées au stade qui finissent à la pizzeria du centre commercial…

Ce film tendre en cachait deux autres

Tonnerre semblait une comédie capté in vino, dans une bourrasque de neige de baisers, peut alors se regarder alors comme un document pour France3 Bourgogne sur une France figée de stupeur, dont la vie semble s’être retirée, impactée par la culture globale. En absence de dynamique collective, les français sont des fantômes, qui font effractions dans l’histoire des autres avec l’humour involontaire de leurs failles affectives (le viticulteur, le marchand de sapins de Noël customisés, le copain déprimé…).

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Tonnerre. Extrait.

Seules les pierres des vieilles églises qui les observent et le regard des chiens (à qui ont dit des poésies faute d’oreille féminine…) semblent témoigner pour l’homme errant et triste d’un sens perdu. De cette France profonde qui ne répond plus, aussi silencieuse que Mélodie, on pense ici à Christian Bobin « ce qui ne peut danser au bord des lèvres, s’en va hurler au fond de l’âme. » Il ne reste plus rien qu’à aller au fond des pleurs, chercher le sens des vieilles douleurs familiales. Quel est le secret de Claude, le père de Maxime, (Bernard Ménez, attachant et savoureux en retraité cycliste et fleur bleue), suspect d’avoir jadis fuit le foyer avec une plus jeune ? Que vaut encore la parole de ce père ? Mais que vaut, maintenant pour lui-même, le jugement du fils ?

Solène RigotBonus : Solène Rigot auto-portait

L’amour en 2014 : permission de sortie ou cavale ?

Dans cette anomie collective, la passion des amoureux-précaires glisse facilement du roman rose vers le fait divers noir. Glissade calculée pour le réalisateur, en moins de temps qu’il n’en faut au spectateur pour s’indigner que le reportage vire à la série B —il y a trop de poésie dans son univers pour finir en série policière—  Guillaume Brac nous délivre avec grâce son véritable propos : Où en sont nos coeurs d’hommes ? Cinéaste du sensible masculin (on se souvient de Un Monde sans Femmes, son moyen-métrage très remarqué), Guillaume Brac a trouvé dans le silence de cette Mélodie incertaine, le fin scalpel qui lui permet de mettre à nu deux modèles d’hommes contemporains.

Guillaume-BracEntretien. Guillaume Brac.

  • Maxime, l’homme affectif, ouvert aux émotions mais ouvert aussi aux quatre vents de sa vie. Qui seul peut désaltérer Mélodie mais qui a pris l’eau lui-même depuis trop longtemps pour avoir autre chose qu’un radeau de Méduse à offrir à une jeune femme qui ne s’est pas trouvée et ne croit pas avoir une embarcation à partager autre que celle d’un homme.
  • Ivan son rival (Jonas Bloquet, discret, froid, si juste lui aussi), un jeune footballeur professionnel. L’homme en réussite, qui a pris argent comptant un modèle masculin dominateur et glacé, mais ignore qu’il est un handicapé de l’âme et de la sensualité. Son inscription dans cadre social lui permet de posséder Mélodie, pas de l’émouvoir, ni de communiquer avec elle.

Un grand film d’aujourd’hui

Homme fiévreux ou homme glacé brisé, l’impasse masculine est totale. Tonnerre, est le film témoin, Le Rouge et le Noir d’une époque en mutation, dans laquelle les hommes n’ont pas encore trouvé le juste équilibre entre force et émotion et les femmes entre autonomie et désir. La parole du père n’unit plus les êtres, tout juste peut-elle les consoler, la parole de la femme n’a pas percé sous la neige. Sans échange, sans communication, l’amour n’est qu’une cavale, le temps que le malentendu vous rattrape. La loi tombe quand les lèvres de Mélodie s’entrouvrent enfin pour un mensonge sur les faits, qui rétablie la vérité des êtres. Vérité qui laisse des hommes sans repères et renvoie la jeune-femme à sa solitude, mais libérée enfin de la pression des convoitises. L’hiver à Tonnerre a eut raison des dernières révoltes des âmes…

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La parfaite justesse de Tonnerre, celle des intentions de l’auteur comme la moindre expression des comédiens, perce au cœur le spectateur et renvoie le critique aux larmes. Vincent Macaigne superbe en lion vaincu, la crinière ébouriffés et l’air pataud s’impose, après La Bataille de Solférino et La Fille du 14 Juillet en 2013 (voir critique Langlois-Mallet Rue89 ici) en anti-héros d’une génération d’hommes sensibles et loosers qu’on avait habillé pour un autre destin. Promettons-lui, promettons-nous de futures victoires. Solène Rigot, ingénue aphrodisiaque, aura dès son coup d’essai froissé tous les coeurs. Brac est un grand. Tonnerre a frappé fort. Maxime et Mélodie peuvent entrer au Panthéon des Amours.

© David Langlois-Mallet
Mes Parisiennes 2014 https://mesparisiennes.wordpress.com

Participation à l’indépendance de l’auteur :
https://mesparisiennes.wordpress.com/2014/01/13/soutien-a-lauteur/

Que Nous souhaiter ? Un 2014 en forme « de guide du routard » dans notre crise du lien

« Bonne année ! » « Beaucoup de bonheur » bien sur… c’est bien… Mais comment ? Dans un monde aux rituels devenus vides de sens, je me permet de vous glisser, entre une réflexion de Noël et des voeux plus réfléchis, une ou deux pistes. C’est un peu mon guide du routard de la quête du sens en 2014. Avec cette image légèrement impudique qui évoque le Jardin d’Eden, un jardin d’Eden menacé, un certain dépouillement mais pas sans perspectives, cela fera pour les voeux que je vous souhaite et vous pouvez peut-être y piocher une ou deux idées utiles. Et comme vous savez que je me démerde souvent assez maladroitement de ma vie (mais je perds du temps dans le soucis du collectif), vous ne serez guère offensé s’ils vous inspirent. Notez, je commence par les constats… Donc si vous êtes de bonne humeur lisez tout, si vous êtes sous bonheur en comprimés… Ben… la fin suffira !

Foi et foie gras
A la messe de minuit l’autre soir à Neuilly (si, si… moi à Neuilly, il faut d’ailleurs que je vous finisse le récit promis), j’étais frappé par le vide de nos anciens rituels alors que le sens de la vie lui reste là, à côté et nous fait des grands signes dans les yeux ou les cris des enfants. Ohé !… Célébrer l’espoir du retour du soleil, du printemps, devait mettre nos ancêtres en transe sous la hutte. Le culte de la naissance de l’enfant roi devait propulser, au temps des cathédrales, l’énergie de fêtes sublimes débordantes de couleurs, d’enthousiasme et d’espoir populaire… Mais nous les regardons comme des barbares, alors que nous sommes si ternes et bien moches.

Le Dieu consommation aussi fatigue
Dans les églises chauffées mais sans chaleur, où s’assemblent par formalisme et sans entrain des coeurs secs et des vies lasses, il n’y a aujourd’hui pas plus d’enthousiasme que derrière les caddy de Noël dans les temples de la consommation de ce Dieu « Croissance et Consommation » auquel on ne croit plus non plus, mais dont on continue le rituel du foie gras (en pensant au diable surpoids). Adorer la Vierge, même par formalisme, fourrer la dinde, même de batterie. La maman et la putain, les hommes n’évoluent guère qui séparent le monde et les femmes…

L’angoisse du Dieu écran

L’enfance, l’amour, la substance de la vie est toujours la même autour de nous, mais nos outils pour la penser ensemble et la partager nous tombent des mains d’ennui. Nous sommes à une époque étrange de gens de loisirs préoccupés, instables devant nos écrans multiples. On compte les rares manifestations de joie collective auxquelles nous avons participé : une fête réussie ? Une victoire en sport ? Mais quelles grandes manifestations du bonheur et de la chance unique (et passagère…) d’être là ensemble… Vivant-es !

Dans notre société critique et lucide, la religion nous apparait comme une mascarade, mais nous souffrons de crise de foi, la politique une supercherie mais nous dépérissons de l’absence de perspective, la famille un champ de mines alors que nous avons soif de liens et le couple un risque alors que nous n’avons rien à perdre que notre petite vie que nous perdons de toutes les façons à la gagner, dans des emplois auxquels nous ne croyons plus, ou à galérer dans l’administration de la précarité. Selon.

Petits bonheurs en tête à tête

Nous nous voyons de moins en moins ensemble avec à tout ça, mais surtout le plus souvent en tête à tête. La culture de masse rencontre ici l’individualisme. Le modèle typique du temps, ce sont les sites de rencontres. La rencontre matrimoniale relevait du choix social, la rencontre romantique de l’accident social, mais du social, de l’élection au milieu des autres. Elle est devenue l’objet d’un choix individuel programmé sur catalogue. Ce n’est ni bien ni mal moralement, cela donne même de très jolies rencontres (deux des plus marquantes de ma vie en ce qui me concerne), je pointe juste dans une tentative de réduction de plus en plus grandes de nos vies à nos objectifs conscients et prévisibles. Comme notre cuisine, tout est efficace, mais… la saveur ? N’est-on pas sur le point de perdre le principal quand on perd ce qu’il y a « autour » ?

Mon but n’était pas de vous déprimer !

Cela débouche sur un monde où il est très facile de faire des rencontres et relativement impossible de savoir quoi faire ensemble dans la durée. « Le difficile, visait juste Paul Valéry, n’est pas de trouver, mais de s’ajouter à ce que l’on trouve ». Et on déteste le difficile à notre époque !Bien sur, je force le trait, on connait tous un couple qui a l’air heureux non ? Bon, allez, deux (moi trois parce que je connais beaucoup de monde ! §;-)

On peut même trouver quelques élus qui n’inspirent pas de mépris ou de méfiance. Et aussi on a tous quelques amis qui ont un travail vraiment utile dans lequel ils ont l’air épanouis… Mais comme tout cela se donne dans un monde où notre plaisir sait qu’il a détourné les yeux du massacre des enfants syriens, où l’on sait que notre portable est alimenté à une centrale atomiques qui mets nos enfants en sursis, que notre pensée renonce à imaginer le clonage transgénique des aliments industriels que nous servons à notre table. Quand même l’interdiction pèse sur les semences du potager de village où se réfugie notre imaginaire… Avouer que ce n’est pas franchement les anges de Bach qui s’élancent au ciel de nos pensées… Mais cela donne toujours un peu d’élan sous les voutes d’une église.

J’avais dit un truc positif  pour 2014 !

En France on aura du mal, je ne peux pas vous le cacher, à échapper au spectre de notre grand suicide collectif de 1914. Nous sommes marqués plus que nous le pensons, dans la chair et les névroses de nos familles, par cet imaginaire du déclin et de l’échec (ce pourquoi les immigrés nous seraient si utiles d’ailleurs, car ils ont la fraîcheur républicaine et des rêves neufs, si nous ne fermions pas la porte avec les restes de notre rêve colonial). On y reviendra ailleurs. Donc du positif, disais-je…

Je vois de trois pistes pour ma part :

L’artisanat de nos vies

Il se développe. Quitte à être individualisés, au moins soyons nous-même. Rejoignons le mouvement de l’individualisme créatif. Faisons oeuvre à partir de votre vie. Nous sommes la première génération active auprès de ses enfants (c’est déjà pas mal à côté des parents qui se contentaient de grands mots et de télé).  Je vous souhaite de réussir à ajoutez ce que vous êtes au monde, soyez-vous même, fabriquez vos vies à la main. Portez du sens. Ce n’est en général pas terrible, je parle d’expérience, mais on fait toujours un peu mieux le coup d’après. De loin en loin, d’effort en effort, les choses qui ont vraiment du sens pour vous finissent par ressembler à quelque chose. Et il me semble que le premier terme de toute satisfaction, commence toujours par se réapproprier ses propres pensées. A ne pas les laisser à la télé, aux écrans ou à des choses vide de sens pour ce (et ceux et celles !) à qui et à quoi on tient vraiment.

Le choix des liens et le tissage patient
Je reste frappé par le nombre de gens chouettes dans une société qui se renvoie une aussi hideuse image d’elle-même. C’est sûrement que (nous !!!) les gens chouettes, n’avons plus trop prise sur la marche du monde et l’image des choses, comme la représentation politique par exemple. On ne changera pas ça en un jour et même peut-être pas du tout. Mais si l’on peut refaire société ensemble, je suis convaincu que ce serait un bon pas de refaire des cabarets, des fêtes, des tablées, des salons, des soirées de conversation sur le monde… D’où mon insistance à défendre une culture vivante, celle que nous fabriquons nous-mêmes, celles où nous sommes acteurs, celle où il y a temps de partage collectif et pas seulement consommation individualisé.
Il ne faut pas trop demander aux autres, mais la mise en liens de gens de qualité reste la meilleure société.

Du courage ! Du vrai !

Je pense qu’il faut aussi se demander un peu plus à nous mêmes en 2014. La vie nous parait difficile parfois, mais ce n’est pas grand chose dans l’histoire humaine. Imaginer ce que pèsent nos petits inconforts, comparé au temps où l’on avait peur des bêtes fauves dans les grottes, ou l’on tremblait dans sa hutte que le seigneur pillard du voisinage se souvienne de nous, où nos vies étaient réduite à la maladie prochaine et où tous nos liens affectifs étaient en sursis. Comme ces gens là, nos ancêtres, vivaient intensément et accordaient du prix à chaque instant volé ensemble à la mort !

Ce qui est angoissant aujourd’hui, c’est moins l’avenir qu’un deuil. On nous avait dit que la vie serait facile. Nos grands parents avaient connu la guerre et ils nous avaient promis qu’elle ne reviendrait pas. Nos parents ont fait la foire en 68, tout dépensé (et continuent à le faire en se réservant les dernières retraites après avoir brûlé les héritages) en nous disant que de toutes les façons l’avenir serait facile. Autant dire que « Moi d’abord ! » devient « Après Moi, le déluge ! ». Nous ne nous attendions pas à vivre cela, encore moins ce que l’on sent qui vient. Nous sommes nés d’un monde en progrès et nous vivons un monde qui tombe en ruine.

Les écuries d’Augias

A vrai dire, notre monde resterait acceptable mais ils nous demanderait des efforts collectifs, que nous ne savons plus faire, et pour lesquels nos leaders nous divisent au lieu de nous organiser, trop occupés à sauver leur part de gâteau ou leur gilet de sauvetage dans notre paquebot qui tangue. La question n’est pas seulement nous mêmes, ce sont nos enfants. Pas des enfants imaginaires, ce qu’ils vont vivre réellement dans 10 ou 20 ans. Sans Sécu demain, sans guerres encore pour combien de temps ?

Tenus à l’écart du champ social et politique, nous sommes des générations qui avons énormément investit sur l’enfance. Avec un objectif, ne pas reproduire ce que nous avions vécu. Des générations qui ont beaucoup pris sur elles-mêmes, investit dans la psychologie ou le dépassement de soi. Rien ou très peu qui prépare à une prise en main des collectifs. Ça risque pourtant d’être urgent de se responsabiliser là aussi car que pèsent toutes ces petites harmonies privées quand le tout s’effondre ?

Se sentir solidaire des précaires ou des riches ?

Je crois que la principale erreur de nos société développées a été de ne pas se solidariser avec les pays pauvres par le passé. De rester dans la compassion, le cynisme, la mythologie révolutionnaire, ou l’indifférence selon… Les rêves de toute notre société ont été orientés vers le plus de richesse. Les rêves… La culture encore ! Pendant que le partage se réduisait et que nos efforts nous profitaient de moins en moins, créant des fortunes qui, plus riches que des états aujourd’hui, sont en situation de recréer les grandes féodalité et leurs nouveaux serfs. Une féodalité sans la transcendance. Des invasions barbares qui ne sont pas celle du migrant venu apporter ses forces à la construction de nos villes. Mais celles des OPA inamicales sur nos institutions, nos économies, nos villes (on le voit très bien à Paris comme dans toutes les zones touristiques), et pire peut être, leurs OPA sur nos imaginaires.

Réenchantons ensemble !
Nos imaginaires, nos pensées, notre temps, nous en avons besoin pour réenchanter nos vies, nos amours (il en est question abondamment sur LMicromonde), nos quartiers (aussi) et nos moments collectifs.

En bref ? Je nous souhaite en 2014, des liens, des oeuvres, du courage !

Des liens réenchantés, des oeuvres qui ressemblent au meilleur de vous même et du courage… (si possible collectif !). Voilà, je ne sais pas toujours pourquoi je vous raconte toutes mes conneries, mais je préfère toujours me faire confiance et vous les dire, que de me taire. Ou tout simplement je vous fais confiance à vous… pour faire le tri, va savoir !

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Allez, la bise sous le gui !

© David Langlois-Mallet
lmicromonde.wordpress.com

De la déesse à la femme machine

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Vous me sortirez difficilement de la tête que le besoin de domination, les guerres et la dépradation économique du monde (bref, nos soucis) ont leur même source dans la difficulté du genre mâle à se lier aux femmes.

Vous avez peut-être vu le très beau texte d’Ama , mi témoignage, mi protestation, contre la pression du genre mâle. Aucun de nous n’a cette expérience du monde et l’une des clefs est sûrement que les femmes prennent la parole davantage au sujet de leurs vies.

Je crois que c’est Françoise Héritier qui disait l’autre jour que nos ancêtres mâles du néolithique se sont posé de la question de savoir pourquoi les femmes font des filles et que les hommes ne font pas de garçons. Et qu’ils l’avaient résolu à leur manière en découvrant les conséquences de l’acte sexuel : C’était eux, les hommes, qui mettaient les bébés dans les femmes.

Je ne crois pas trahir l’anthropologue si je dis que la culture masculine pense les femmes en « machines » et ne parvient pas de fait à entrer en relation aussi totalement et facilement que le font les femmes qui (au milieux de leurs multiples défauts), ont une culture de l’autre. Une culture de l’empathie. Qui n’est probablement pas sans lien, avec des millénaires de soins aux autres, aux enfants en particulier.

Je ne suis pas en train de dire que votre petit copain met un jeton dans le juke-box pour avoir du plaisir, ou descend dans votre moteur émotionnel avec ses clefs de 12 quand ça coince… Quoique.

Mais qu’au minimum, il y a dans la prise de distance de la culture masculine avec ses émotions, un facteur de fracture avec le réel des relations. La question du plaisir féminin prenant sa place là. L’inversion de la quête sexuelle « les femmes servent à nous faire jouir (en réalité à détendre l’excès d’angoisse, plus qu’à jouir vraiment) » devenant donnons le plus de plaisir à nos compagnes est un préalable à un début de rencontre, c’est à dire de prise d’intérêt pour les autres (et pas seulement de « sens du collectif » ou « de l’intérêt général », cher à notre culture sportive ou politique.

Etant entendu, si vous me suivez ma pensée, que cette culture du lien est ce qui manque le plus à notre société en crise… du lien.

David Langlois-Mallet