Archives du mot-clé 2015

France. Pourquoi la question des Kebabs, levée par le FN, est super intéressante !

Robert Menard du FN part en guerre contre eux. On connait la musique, il s’agit de viser tous les signes distinctifs d’une culture de l’autre rive de la Méditerranée et de lui opposer une culture uniforme, support d’une identité unique française, et d’un vote nationaliste.

De quoi les kebab qui pullulent en effet dans nos villes sont-ils le reflet ? D’une alternative aux fast-food, ainsi que d’une initiative économique de jeunes français, souvent riches d’une double culture. C’est un peu comme les crêperies en Bretagne.

Que manque t-il ? Qu’est-ce qui est mort ou mal en point ? Qu’est-ce qui fait mal à la France ?

La disparition d’une restauration populaire bon marché. Des resto ouvriers pour faire vite. Nous sommes en période de précarité, en tout cas pour une large part de la population le budget de midi ne peut excéder 5€. Et je ne parle pas du budget quotidien, mais de l’alternative à la gamelle, au sandwich maison.

Ce sont les chinois, les arabes, bref une culture de l’immigration de France, qui offre des solutions au peuple en ville. On peut regretter qu’il n’y ait pas plus de diversité, des autres cultures de France sur ce secteur. J’aimerais voir fleurir autre chose aussi que le menu unique viande des Kebabs. J’aimerais bien des potées assez naturelles et peu chères à cuisiner (comme celle qui mijote dans ma marmite aujourd’hui) disponibles au même prix au coin de la rue et même soyons fous, un peu de bio.

Mais ce que je vois surtout, c’est que le modèle unique franco-français s’est embourgeoisé avec les 30 Glorieuses. Qu’il a été, de l’alimentation ou la gastronomie, comme de l’ensemble de la culture incapable de résister au modèle global unique à l’américaine, celui du fast-food.

L’immigration, nous ramène des solutions. Celles de la diversité culturelle. Bien sur, une grande partie du peuple français est de culture « arabe » et prend donc les modèles de résistance culinaire qui lui sont familiers. Mais franchement, monter son petit kebab ou son bar chicha, n’est-ce pas plus intéressant qu’être équipier-volaille chez Mc Do ?

L’autre partie du peuple, à qui l’on a de force fait oublier sa diversité à l’école -interdit d’être bilingue occitan, breton, basque… et de cracher par terre- est désormais invitée à se replier sur le socle commun à tous, celui de la culture française (disons celle normée à Paris), à l’ethniciser et à la retourner au travers du vote FN, contre ceux qui ont la chance d’être Français +. Français et de culture maghrébine, africaine, chinoise ou autre. Et pourtant d’aussi bon Français que ceux qui ont été amputés de leur autre culture, plus familiale.

Nous venons tous d’un héritage multiple. Que l’on songe à la diversité des costumes, coutumes, danses, modes de vie au XIXe siècles que l’on a figé et tué en folklore à Paris. Mais tout autant à la fantastique diversité de la création culturelle d’aujourd’hui qui n’a pas de territoire pour medium et qui explose dans tous les domaines du hip-hop à la techno, générant ses tribus et ses identités collectives nouvelles.

Nous sommes tous redevable aussi à la merveilleuse culture française telle qu’elle a été fixée par Louis XIV et répandue par la IIIe République. Mais l’on ne sortira de cette crise identitaire par la culture officielle, par le haut, le centre, le modèle unique. Plutôt par la diversité locale, la qualité et le mieux vivre. Plutôt que de laisser le FN monter les esprits contre ceux qui tentent maladroitement, de se frayer un chemin entre culture us-globale et tradition. Il serait vraiment temps que l’on soutienne l’ouverture des restos populaires, abordables, chaleureux, de tous styles dans nos rues.

Je signale au passage que ce type d’initiatives lorsqu’elle existent à Paris par exemple dans mon quartier ont été détruites par la mairie socialiste —Je pense à la Cantine Solidaire de la rue des Pyrénées (qui servait le repas pour tous à 4€), à la Rotisserie associative de rue Ste Marthe, qui toutes deux tentent de renaitre. Elles le seraient probablement par la droite de même. Exemple parmi d’autres qui montre comment les pouvoirs centraux font monter le FN au quotidien et pourquoi les alternatives au FN sont culturelles et locales.

David Langlois-Mallet

Paris pas sans nous : Et si l’énergie de Paris se cachait dans notre engagement ?

En assez peu d’années, Paris a perdu presque tout son charme. Que s’est-il passé pour que sa rue se banalise et s’uniformise ? Que sa nuit s’éteigne ? Que la vie parisienne, qui avait été tant de siècle un phénomène de liberté populaire autant que le régal des artistes et de la vie intellectuelle disparaisse ? Bien sur il reste cette très belle coquille de vieilles pierres, survendue jusqu’à la nausée au tourisme global. Mais l’escargot, nous, qu’est-il devenu ?

Alors que l’espèce humaine vit une période angoissée et se demande si cette course au profit ne signe pas la fin de son aventure. Des collectifs de parisiens, un peu partout, se mobilisent pour défendre des petits bouts de charme, ou de sens, qui existent encore dans leur rue. Face à des supermarchés qui remplacent un à un les commerces, des promoteurs touristiques qui chassent les derniers artisans, ou des projets municipaux qui retirent à l’espace public ses usages ou transforment des lieux d’expression culturelle en simples diffuseurs d’une programmation normalisée.

Que nous arrive t-il ? De quelle déshumanisation sommes-nous acteurs au travers de notre manière de vivre, de penser, d’acheter, d’utiliser l’espace ? Pourquoi la mairie qui devrait être l’outil de protection de la ville ne semble plus destinée qu’à vendre Paris et joue t-elle contre nous ? Que pouvons-nous faire ? Et si l’énergie de Paris se cachait aujourd’hui dans notre engagement ?

« Que reste t-il de notre humanisme parigot ? Quelle part de poésie laissent à Paris les supermarchés qui se multiplient ? Pourquoi tant de culture programmée d’en haut et à la place d’atmosphères spontanées d’en bas ? Qu’est-ce que Paris, au fond, et quelle inspiration en attendons-nous ? Quelle part de sens défendons-nous sur ces barricades de l’âme que sont les lieux menacés ? Pourquoi s’accrocher à ce que Paris garde d’humain plutôt que de le livrer à la spéculation ? Qui remplace les artisans par des hôtels low-cost ? Pour quel Dieu Paris immole-t-il ses villages ? Et est-ce cela que l’on voulait ? Pourquoi Paris a-t-il dix mille villages et aucune banlieue ?

L’attractivité économique de la municipalité nous réserve-t-elle le sort de domestiques ou celui de réfugiés ? Pourquoi était-on côte à côte au comptoir et sommes-nous en rang dans les Starbuck ? Est-ce à cause du compte à rebours climatique ou des écrans que nous ne chantons plus dans la rue ? Qu’apprend-on de vital sur les campements de réfugiés ? Peut-on faire modifier le gabarit des immeubles pour expulser des musiciens ? Pourquoi le café est-il l’âme de la rue ? Que nous dit le street-art face aux panneaux d’affichage ? Montparnasse, La Cité, Les Halles, Belleville… Pourquoi ont-ils rasé les quartiers les plus symboliques de Paris, et au fait, pourquoi ont-ils tué Jaurès ? Le couvre-feu qui a tué le Paris nocturne a été remplacé par les files d’attente de La Nuit Blanche : faut-il avoir aussi le badge coupe-fil ? Et au fond Paris tolère t-il encore les Parisiens ? Et nous, où en sommes-nous de notre désir de ville ensemble ? »

Langlois-Mallet

Paris, Pas Sans Nous !

Nous sommes de ceux – de plus en plus nombreux – qui se regroupent, un peu partout à Paris et aux alentours, pour essayer d’agir en dehors des cadres politiques et institutionnels. Les motifs qui nous font bouger sont divers :

– Les expulsions des plus fragiles
– La rentabilisation à outrance du mètre carré
– Les supermarchés qui remplacent un à un les petits
– Les promoteurs touristiques qui chassent les derniers
– Les projets municipaux qui privatisent l’espace public
– Les lieux d’expression culturelle transformés au nom de l’« attractivité » en simples diffuseurs d’une programmation normalisée

Notre dénominateur commun : la défense du droit à la ville. À une ville qui donne encore droit de cité à la vie et où la « démocratie participative » pourra être autre chose qu’un miroir aux alouettes. Face à une situation qui se dégrade, nous prenons l’initiative de nous rapprocher pour amorcer, entre collectifs, une réflexion collective.

La rencontre du dimanche 25, à l’invitation de l’association Trajectoires (Mémoires et Cultures), sera l’occasion d’échanger librement sur nos expériences, de chercher des synergies, de mettre en commun nos acquis et de jeter les bases d’une coordination des luttes.

Pour une mobilisation générale active
Rendez-vous le Dimanche 25 octobre de 17h à 20H
projection- débat  à La Bellevilloise
19-21 rue Boyer 75020
Entrée libre
 
« Paris, pas sans nous ! » fait suite au débat « Silence, on expulse ! » du 13 Septembre et à la rencontre des représentants d’une dizaine de groupes et initiatives civiques qui, un peu partout dans le nord-est parisien et aux environs, prennent la parole pour défendre leur cadre de vie contre des projets immobiliers imposés d’en haut, sans étude ni concertation préalable. (voir programme et présentation en pièce jointe)
A l’invitation de l’association Trajectoires participeront entre autres : le Collectif Ramponeau(20ème), Stopmonop( 10e, 11e), Stop Carrefour-Le quartier aux habitants (18e), Les indiens de Paname, PADAMOQ (20e), Collectif Dénoyez (20e), Les Amis de l’îlot Tourtilles-Belleville( 20e), Culture toi même, Petite Commune libre de l’Elysée Ménilmontant (20e), Collectif de  soutien aux expulsés u 1-3 villa de l’Ermitage (20e), Les empêcheurs de tourner en rond (Montreuil), Association pour la sauvegarde et la reconversion du groupe scolaire de Charenton…et vous?
Evénement Facebook


Paris pas sans-nous

Paris pas sans Nous ! – La Bellevilloise dimanche 25

Paris, Pas Sans Nous !

Pour une mobilisation générale active
Rendez-vous le Dimanche 25 octobre de 17h à 20H
projection- débat  à La Bellevilloise
19-21 rue Boyer 75020
Entrée libre

« Paris, pas sans nous ! » fait suite au débat « Silence, on expulse ! » du 13 Septembre et à la rencontre des représentants d’une dizaine de groupes et initiatives civiques qui, un peu partout dans le nord-est parisien et aux environs, prennent la parole pour défendre leur cadre de vie contre des projets immobiliers imposés d’en haut, sans étude ni concertation préalable. (voir programme et présentation en pièce jointe)
A l’invitation de l’association Trajectoires participeront entre autres : le Collectif Ramponeau(20ème), Stopmonop( 10e, 11e), Stop Carrefour-Le quartier aux habitants (18e), Les indiens de Paname, PADAMOQ (20e), Collectif Dénoyez (20e), Les Amis de l’îlot Tourtilles-Belleville( 20e), Culture toi même, Petite Commune libre de l’Elysée Ménilmontant (20e), Collectif de  soutien aux expulsés u 1-3 villa de l’Ermitage (20e), Les empêcheurs de tourner en rond (Montreuil), Association pour la sauvegarde et la reconversion du groupe scolaire de Charenton…et vous?

Paris pas sans-nous

France. Contrepoint aux débats angoissés

Pour moi, la France, c’est une passionnante aventure humaine. Une aventure de chair et d’esprit, conflictuelle, blessante et parfois sublime.

J’aime profondément l’idée que mes ancêtres y participent depuis la nuit des temps, à tous les bouts de l’échelle sociale, des champs aux châteaux. Et que je peux m’en réapproprier ainsi affectivement toutes les époques.

Pourtant, il ne me viendrait pas à l’idée de la contester à qui la désire. Cet héritage du sang, sang versé parfois, est réel mais la France est pour moi une équipe, un projet et ceux qui le rejoignent et l’enrichissent de leur culture sont non seulement les bienvenus mais aussi légitimes. Car la seule chose qui importe c’est ce qu’elle sera demain pour nos enfants communs.

Ce pourquoi je ne me sens pas à l’aise avec ceux qui, drapés dans les trois couleurs, veulent établir par le passé ou par le sang (ou pire par la stupide « race » artificielle) et le droit d’exclusion.

Ni en accord total avec ceux qui ne les contestent que par les seuls trois mots de la devise. Ce qui me paraît réducteur et donne lieu à des résultats vite abstraits.

Aucun de nous n’était vivant dans un passé glorieux ou honteux. La seule vraie question est que fait-on ? Nous avons une belle aventure à vivre ensemble si seulement nous savons sortir de cette époque de peurs et d’angoisses.

Langlois-Mallet

Belleville. Les croques-morts de passage

Les croques-morts de la culture étaient de passage à Belleville. D’une main tu enterres le Paris vivant de W. Ronis et de l’autre tu graves son nom sur le marbre. Malin !

Autre exemple hier, le Carré Beaudoin attirait les touristes fashion de la mairie à Ménilmontant (avec tout le toutim de la liturgie culturelle ; arte, Télérama, Les Inrocks…). La bourgmestre du village est toute fière de voir monter les gens de Paris… Mais d’habitants, point. D’ailleurs presque tous leurs lieux ont été fermés ou expulsés alentour.

Langlois-Mallet

Grèce. Heureux Grecs qui ont le vrai choix…

Les esprits simples critiquent Tsipras. Moi je trouve son comportement très sain.

Heureux Grecs, peuple vraiment politique, qui vont avoir le choix entre deux courants de Syriza ! Car ils recoupent les deux vrais choix : l’un pour la sortie de l’Euro et l’autre pour le combat dans l’Euro.

Alors que nous, Français, avec notre culture de spectateurs de l’Etat, nous n’avons le choix qu’entre Hollande et Sarkozy pour une seule et même politique de soumission à l’Euro…

Et nos pauvres politiques, que catastrophent l’idée qu’un dirigeant puisse demander l’avis du peuple…

Ecoutons-Tsipras et regardons ce qu’il va proposer dans la campagne

On le critique pour devoir tenir compte à la fois de la volonté des Grecs et de celle de Syriza. Ce ne sont pas exactement les mêmes.

ll est le dirigeant d’un pays, pas l’animateur d’une tendance dans Syriza. Et je le vois mal gouverner et animer les débats de réflexion et de critique interne.

Les élections sont là, justement, pour clarifier ces choses. Non pas les choses que veulent les élus de Syriza, mais les Grecs. Le retour à une stratégie de connivence qui était celle des socialistes et des libéraux avant ? Ou la poursuite d’une stratégie de tension. Voir, une stratégie de rupture avec L’Euro —Et je trouve plutôt intelligent d’avoir su susciter (plutôt que de l’éteindre) une opposition parmi les gens qui partagent ses opinions et sa volonté de combat.

Mais un Grexit aurait dans un premier temps un prix très lourd à payer et les Grecs doivent l’assumer, pas se le voir imposer. Les Grecs que j’ai pu voir cet été m’ont semblé très majoritairement pour le combat dans l’Euro. Personnellement, mon choix serait celui de la rupture avec cette monnaie, en France aussi. Mais dans la configuration précise, j’ai tendance à faire confiance à Tsipras.

La différence entre l’homme d’Etat et le politicien

Parce que la politique, c’est une part de démocratie et une part de décision instinctive. C’est la capacité à tisser un lien entre le peuple et les paramètres nombreux d’un choix qui fait la différence entre l’homme ou la femme d’Etat et le simple politicien louvoyeur ou épileptique comme la France semble en produire ces derniers temps.

Dans les circonstances exceptionnelles, ce juste choix entre la transgression, des uns et des autres, pour anticiper l’intérêt à long terme, s’appelle même la dimension historique. J’ai assez tendance à en créditer Alexis Tsipras et à constater sa carence chez-nous…

David Langlois-Mallet

Polémique. Falafel et fraternité : quelle position tenir sur la plage ?

La présence d’une journée Tel-Aviv Plage au sein de Paris Plage, un an après les 2000 enfants morts à Gaza sous les bombardements israéliens, quelques jours après le meurtre d’un bébé par des colons, suscite une polémique lancée par Danièle Simonnet élue Parti de Gauche du XXe.

Quand un couple d’amis s’entretue, il n’est jamais évident d’accepter une invitation au barbecue.

C’est un peu ce qui nous arrive dans le conflit asymétrique entre les deux peuples sur la terre d’Israel.

Je ne reviens pas sur notre devoir de fraternité envers l’un et l’autre, peut-être juste sur notre part responsabilité, celle du choix de leur impossible maison commune.

La Palestine était un protectorat européen quand l’Europe vit dans l’idée d’un peuplement juif, la porte de sortie commode de son antisémitisme comme de sa culpabilité envers le peuple juif.

On connaît la suite. Un nouveau peuple apatride était né et des décennies de haines sans issues s’ouvraient. Avec un nouvel état juif déterminé à se montrer loup, pour ne pas être de nouveau agneau immolé (cela se comprend après la Shoah, non ?) et un peuple palestinien immolé à son tour sur l’autel du crime européen.
La victoire d’Israel qui pour être sans borne et sans frein menace sa ruine, vu l’océan des haines qui l’entoure et le renversement qui s’opère de peuple martyr, à État tortionnaire.

Si notre devoir de fraternité reste intact envers deux peuples qui doivent pourtant habiter un même État. Quel doit-être le rôle de nos institutions ?

Sûrement pas d’organiser des parties de plage avec le vainqueur, un an à peine après que 2000 enfants palestiniens aient été tués.

S’il n’y a ni bon ni mauvais, ni camp à choisir, ni coupable â désigner. Il y a une règle laissée par St Louis à son fils en héritage lors de son départ pour… Jérusalem (déjà) : « Dans un conflit du fort au faible, soutenir le faible en attendant le jugement. »

La victoire écrasante des Israéliens leur donne la responsabilité écrasante : faire la paix. Non d’accélérer comme c’est le cas, le processus d’expansion territorial. -Qu’Israel même aille au bout de son projet de Grand Israël, mais y reconnaisse la qualité de citoyens aux non juifs qui la peuple aussi. La vocation d’un état laïque les réunissant, c’est à dire l’inverse de la marche actuelle vers la confusion entre état et religion.-

Le message politique que nous fait passer le socialisme de consumérisme, à Paris comme au sommet de l’Etat est rigoureusement inverse à la tradition dite « Gaulliste », mais c’était aussi celle de Sartre ou de Camus, celle des Communistes aussi bien que des Chrétiens ou des Libres Penseurs, d’indépendance et d’humanisme qui éclaire la France quand elle a de beaux moments.

Tournant le dos à une tradition diplomatique millénaire, Anne Hidalgo nous invite à nous divertir avec les vainqueurs et à oublier les plus faibles, comme François Hollande (Nicolas Sarkozy avant lui) vend-lui des armes, à n’importe quel État pourvu que l’argent rentre.

L’engagement moral, dans cette perspective comptable se traduit par une doctrine nouvelle : jouer les bonnes consciences tapageuses dans toutes les causes qui ne coûtent rien et à oublier ceux dont le malheur ne rapporte rien.

Nos dirigeants nous font ainsi passer un cruel message. Aux Français ils disent, exit la fierté et la différence, il s’agit désormais de baser nos liens au monde, sur notre intérêt et notre plaisir immédiat. Le monde ne sert qu’à être consommer (on accueille le valorisant sommet sur le climat à Paris, mais on impose le bétonnage de la campagne à Notre-Dame des Landes etc).

Nous sommes non seulement ainsi dans la roue des anglo-saxons, mieux, nous sommes devenus culturellement des anglo-saxons comme les autres.

Un prix moral que certains élus parisiens, Danielle Simonnet en tête, ont l’honneur de refuser. Comme elle je n’irai pas à Tel Aviv Plage, autant par amitié pour les Israéliens que par amitié pour les Palestiniens, mais d’abord parce que j’ai conscience « qu’être Français » doit tendre à signifier quelque chose.

Je vous laisse avec l’excellent commentaire de Jacques Livchine, artiste, qui montre par l’exemple qu’une vraie politique culturelle éviterait des faux-pas à la politique spectacle : « Madame Hidalgo, si seulement si seulement au lieu de mettre l’argent des parisiens dans des boîtes de com abominables et nulles, vous eussiez confier votre événement à jacques Livchine, c’est moi, ça va plus vite pour faire un contrat, je vous aurai concocté une vraie plage -manifeste de la paix avec tous les formidables artistes israéliens qui travaillent main dans la main avec des palestiniens, avec des israéliens vivant en France qui ont des spectacles très drôles sur Israël , avec Barenboim, avec des cinéastes, avec des restaurateurs arabes de Yafa , avec le houmous des yemennites de Tel-Aviv , avec Darwich, on aurait même fait une table de négociation Israël Palestine et en deux heures, on aurait signé la paix totale, mais on aurait déclaré une triple guerre aux intégristes aux colons et aux djihadistes et à tous les cons de la terre, et puis surtout on aurait ri ensemble. Là, je ne suis pas à Paris, mais 500 policiers, ça craint, au moins on aura peut être l’ambiance des check point, car il faudra peut être repousser les fanatiques du 9.3. voulant pénétrer le 7.5. »

Langlois-Mallet

La culture et la politique à Paris (module de rattrapage)

Bon, bon bon… Apparemment il faut vous remettre les choses en perspective. Donc. A votre demande, si vous avez raté le début…

Depuis pas mal d’années, je cherche à infléchir la politique municipale de marchandisation de Paris, en demandant à ce qu’une place soit laissée aux initiatives des habitants, à la vie locale, culturelle en particulier (petits lieux de culture, café-culturels, arts dans la rue etc.) Pas parce que je suis méchant (ou buveur d’Orangina orange), mais parce que c’est important pour nous tous.

Pourquoi ? Un petit point là au besoin :

https://mesparisiennes.wordpress.com/2015/05/25/paris-villages-et-paris-capitale/

La mairie a une action conjuguée de lien très fort avec les industries d’une part, de normalisation et de contrôle de la culture et des artistes d’autre part. Il résulte de cela un espace public banalisé offert au tourisme de masse, un exode ou une mise sous silence du populaire de la ville, une précarisation de tous devant la hausse des loyers . Une ville de créatifs occupés à survivre plus qu’à faire bénéficier les autres de leur talent, et beaucoup de gens isolés et mal dans leur peau au final. Un Paris éteint et pantouflard, qui ne dit plus rien au monde : destination de voyage pour retraités babybomers.
Tout cela, même si personne ne conteste les politiques d’équipement de la ville (crèches, piscines, logement sociaux). Mais, juste, pourquoi les opposer ? Et où vont des quartiers sans poésie et sans respiration ? Nulle part. On déshumanise et puis on te dit qu’il y a « de l’insécurité. » Mais ces élus du XXe siècle et leurs technocrates sont formés à l’équipement, à l’infrastructure… Les gens, la nature, n’existent qu’en statistiques ou le temps des élections.

Un exemple de ces processus ici avec un article sur la Forge de Belleville :

https://mesparisiennes.wordpress.com/2014/01/05/quelle-belleville-forgeons-nous-in-lami-du-xxe-mai-2013/

Il est assez difficile de soutenir ces petites résistances locales à la banalisation mercantile. J’ai un peu tout essayé à l’intérieur du PS, mais l’obéissance au chef fini toujours par triompher dans ce mouvement; les Verts et le PC devraient être en pointe sur ces questions, mais (j’ai essayé aussi), ils ronronnent surtout parce que leurs élus dépendent des nominations et son assez discrets quand il s’agit de l’intérêt des parisiens, eux-mêmes majoritairement dépolitisés et individualistes. Bref plus occupés à « profiter de la vie », qu’à soutenir ceux qui se bougent. Parfois, les élus m’invitent (les cocos pour les « former » bénévolement), ou plus souvent les PS comme ici :

https://mesparisiennes.wordpress.com/2013/09/22/paris-culture-et-politique-audition-par-le-cesc-du-ps/

Un des lieux les plus éveillés, ou les moins totalement éteints encore, c’est Belleville. De nombreuses micro-luttes émaillent le quotidien (Biffins, Cantine solidaire, derniers squats d’artistes, ou bar sympa fermé etc.) L’une des dernières rues non encore normalisées est la rue Désnoyez. NKM, par sympathie, mais surtout parce qu’elle trouve du sens à ce travail, m’a demandé mon avis sur cette question. C’est le texte que je vous ai fait passer :

https://mesparisiennes.wordpress.com/2015/05/24/desnoyez-comprendre-les-crises-a-belleville-une-autre-logique-est-possible/

En gros je lui dit que ce n’est pas tant une affaire de polémiques droite/gauche que de non compréhension totale du sujet par les élus des questions d’écologie urbaine. Elle approuve. Que j’aimerais bien plutôt montrer dans une enquête comment les processus de créations se développent sur un territoire singulier. Enquête non partisane, publiée au grand jour devant les élus et les citoyens.

Là-dessus, fait plutôt rare en politique (où si vous n’êtes pas client d’un clan, vous n’intéressez pas), Nathalie présente un voeu (une proposition de décision en ce sens) au conseil de Paris, l’assemblée de la ville soutenue par deux groupes soit presque la moitié des élus. Le voici :

https://mesparisiennes.wordpress.com/2015/05/18/paris-voeu-graph-de-nkm/

La question maintenant est amusante et politique, puisque le débat est mercredi au Conseil de Paris

– Sans surprise, les élus socialistes et communistes devraient voter contre, même pas pour le fond, mais par principe parce que ça vient de leurs adversaires. C’est intelligent.

– Donc les Verts sont juste assez nombreux pour décider du sort de cette proposition. J’aimerais bien en parler avec eux, mais ils mettent pour le moment la tête dans le sable.

Question :

– Est-on obligé de passer par la droite pour faire aboutir un projet écolo à Paris ? (je rappelle qu’après 15 ans de collaboration bien rémunérée des écolos à la majorité municipale, la Ville de Paris continue à acheter des véhicules diesel jusqu’en… 2013, à la veille des municipales, un exemple parmi d’autres).

– Voir, ce serait encore plus cocasse, les élus Verts vont-ils faire en sorte que cette enquête sur la culture alternative, locale, soit refusée. Ce qui serait une sacrée balle dans le pied à l’approche des régionales… Mais ça c’est leur problème.

Au positif, je pense que si l’on pouvait comprendre bien ces processus, ce serait bon pour Belleville et ses artistes. On s’en fout un peu me diront les autres, sauf que si on trouve, à partir de là des mécaniques de proposition, cela pourrait servir de base à d’autres projets locaux et à des politiques culturelles plus respectueuses de la vie de quartier, de sa poésie et de ses petits trésors de poésie bien menacés par la normalisation et les industries.

Voilà, après Paris est déjà très abimé, les artistes se sont liés pour survivre et les gens sont assez démoralisés. Donc, même si ça ne passe pas, ce n’est pas un drame. Cela fait tant d’années… Et la vie de Paris est si longue. Juste un symptôme d’une politique bloquée de chez bloquée et qui attend des convulsion pour retrouver le goût des choses simple. Très français en somme…

David Langlois-Mallet​

Paris villages et Paris Capitale

J’ai fait une chose qui ne se fait pas trop en politique. Je vous donne accès à un document de travail que j’ai adressé en réponse à NKM et à son équipe qui m’ont demandé (avant qu’il soit question d’un voeu) mon avis indépendant sur les crises de Belleville. Idem je l’avais fait pour le PS, idem j’avais travaillé (bénévolement aussi) « open source ». Parce que l’information est souvent le pouvoir et que les habitants doivent avoir accès au même niveau d’information que leurs élus.

Je ne vous cache pas que si ceux qui ont fait de l’argent avec mon travail (chercheurs, créatures de cabinet de la mairie et consultants divers près parfois à toutes les concession dans leur intérêt) m’avaient reversé 1%, je n’aurais pas eu à me coltiner d’âpres difficultés que mes amis connaissent.

Ce n’est pas d’hier que je me heurte à une question d’apparence insoluble. Peut-on faire bouger le pouvoir sur la question des libertés locales et singulièrement sur la première, celle d’expression que constitue l’art, la fête, de rencontre et d’échanges n’ayant pas l’argent comme finalité… C’est à dire de notre humanité.

Appelons cette question d’écologie urbaine (de vivre ensemble si vous êtes plus PS) ou politiques culturelles. Même si à Paris, elle se cache souvent sous d’autres nom (expulsion, protestation, conflit, fermeture administrative, changement de direction, arrêt des subventions, voir projet non soutenus etc…)

Mes reportages « culturels » m’ont convaincu que dans leur pratique vivante et plus que tout dans l’espace public, la musique, la danse, le théâtre, les arts plastiques etc. sont les medium qui sont au coeur de notre relation aux autres. Les forces du marché ont toutes les raisons de les remplacer par une culture à péage qui nous réduise à un rôle passif (bouffer des chips devant des séries), solitaire et même onaniste. Ce qui n’est pas sans conséquences, chacun voit la crise humaine que nous traversons.

Les multinationales de la culture ont leur logique de supermarché. Nous transformer en produits. C’est un fait et en démocratie, on n’y peut pas grand chose qu’éveiller les gens que l’on aime à des partages plus enrichissants intérieurement et moins coûteux. C’est du ressort du libre arbitre et en un sens tant mieux. Le communisme est mort d’avoir voulu rééduquer les hommes.

Ce qui ne doit pas être accepté en revanche, c’est que le politique, de garant de nos libertés, se retourne contre nous, en simple outil de domestication quotidien à ces forces d’une culture uniforme. En France, où la tradition de Louis XIV à Jules Ferry, est à une culture d’Etat très forte qui descend et s’impose au détriment des expressions de la société et de la diversité des cultures, locales ou régionales par exemple, la puissance de la machine marchante se dédouble d’une puissante publique omniprésente.

Si c’est pour faire éclore Molière et Lully, pour promouvoir dans les écoles l’esprit critique, on peut trouver une part de bénéfice à la perte des diversités, des danses locales et enfiler la blouse grise à la place de la tenue traditionnelle ce sont dit nos grands-parents. Mais nous ? Si nous perdons le contrôle de la démocratie, c’est aujourd’hui les puissantes mâchoires du commerce qui n’ont plus de frein quand elles s’imposent par décret, dans l’éducation ou la culture.

A Paris, les libertés locales sont doublement en crise, parce que la mairie se prend pour la capitale, pour l’Etat, que le déséquilibre de pouvoir entre élus et citoyen est immense par rapport à n’importe quelle autre mairie de France. Contrairement à l’idée répandue dans le pays, le Grand Paris est aussi une province. La matrice de la France historique est d’abord une province de bigarure, province cosmopolite, province d’étrangers et de parisiens mêlés. Une métropole créative monde sous l’éteignoir.

Ici, toutes ces questions ne sont pas portées politiquement. Le mécanisme politique, quand il se résume « à prendre des postes » en croyant ainsi remplir sa mission ne produit aucun changement. Excepté pour les bénéficiaires et leurs familles, c’est une porte vers la désespérance. Pire, les élus eux-mêmes se condamnent à l’impuissance (un élu PS au conseil de Paris, me le disait encore hier « tu as peut-être raison sur le fond -mais pourquoi s’y intéresser ? Ce n’est pas le sujet- puisque je voterai bien sur ce qu’on me demande »).

C’est le mécanisme même de soumission à la « discipline de groupe », c’est à dire d’un côté à leur intérêt et de l’autre in fine au choix du monarque, dont tous voient qu’il est nu (sans qu’il soit besoin de publier des photos à scandale). Qu’il ne porte rien. Aucun élan de transformation collective, juste la soumission à l’appareil technocratique, ou pire aux lobby industriels, qui jouent le rôle des anciens envahisseurs barbares : contrôler et taxer des territoire qu’ils contrôlent et celles et ceux qui les habitent, à qui ils ne doivent rien et pire, qui n’ont profondément aucun sens pour eux. La destruction de la culture et de la culture politique n’est pas que chez les pauvres…

Devant le blocage autiste du pouvoir Delanoïste depuis 15 ans. Devant l’impuissance à laquelle se sont condamnés les Verts et le PC par leur addictions aux postes et aux rémunérations (j’ai bien sur essayé de faire bouger les choses avec eux, sans succès), les parisiens n’ont pas d’outils d’expression libre excepté le Parti de Gauche. Voix sincère, mais tellement confuse et qui se sent désorientée sans l’appui du PC, qu’elle ne peut porter qu’une parole faible et n’a donc qu’une seule élue au conseil de Paris.

Il y a effectivement un boulevard politique que personne n’emprunte. En France, on laisse cette anomie et cette inquiétude existentielle sur ce que nous sommes au quotidien, qui recoupe en bas les angoisse d’un monde fou, se confondre avec la xénophobie, à Paris tout concoure au contraire pour une parole progressiste. Mais va savoir…

Je ne m’étends pas trop sur mes chers confrères et consoeurs de la presse. Pour qui Paris n’est un sujet que pour des commentaires sur les stratégies de politiques nationales (service politique), que pour relayer la com’ de la ville et ses apéro (service culture et petits fours) ou pour jouer son destin sur des questions capitale : « où sortir ce week-end ? », « les terrasses de l’été » (loisirs, vie pratique) etc… Au mieux on peut dégoter quelques pages sur les mouvements sociaux, voir de loin en rubrique « quartiers » quand elle existe rarement.

On a vu récemment un jeune journaliste qui passe pour un modèle d’intégrité de sa génération se fendre d’une interview domestique d’un adjoint. Et je vous dirai le pire, je ne pense pas qu’il ne soit pas intègre.
Le local, le point de vue de la population, des acteurs de la culture en l’espèce, n’est juste « pas politique » à Paris comme partout en France. Preuve s’il fallait que, sorti des lieux de pouvoir de la Capitale, nous sommes bien un village (ce pourquoi je vous ai rajouté dans l’article Télé Bocal et son reportage vidéo de quartier).

En démocratie, les choses bloquée par la majorité, ont un chemin : l’opposition. Ce pourquoi je suis reconnaissant à Nathalie de prendre ses responsabilités et de porter en personne ce voeu au conseil de Paris avec derrière elle près de la moitié des élus, ce n’est pas rien. Quel que soit le succès de la démarche, suspendue au vote des Verts, le sujet aura avancé sans qu’il soit besoin pour une fois d’inventer une polémique excessive (les seules qu’aiment vraiment la plupart des lecteurs) §;-)

Même si je suis conscient qu’il s’agit d’opposition et pas de décision — et je dirai en un sens tant mieux car ce qui manque le plus est de reposer les bonnes questions, pas d’engager des budgets mécaniquement — je trouve très positif que la chef de l’opposition municipale se saisisse du dossier, au demeurant sans le trahir sur le fond (on peut comparer avantageusement les deux versions). Que le sujet ne soit pas pris sous l’angle de la polémique mais de l’enquête vers les habitants et de l’intérêt fin pour un micro-territoire très productif culturellement.

Nathalie ne le fait pas que par amitié pour mon combat. Son intérêt se manifeste bien sur au sujet des politiques culturelles, mais aussi je crois une grande curiosité pour des formes culturelles qui ne sont pas celles de son cadre d’éducation a priori (ou celles que nous prêtons à son image médiatique), comme de réfléchir ensemble aux arguments de penseurs classés écolo, à gauche, voir à l’extrême-gauche.

Cela ne fait pas d’elle une fille de la Commune, pas plus de moi un futur sarkozyste, il suffit juste d’une culture de travail partagée, fondée sur le respect de l’autonomie de chacun. En l’espèce, mon côté ingérable suffit, il n’empêche pas le respect de l’autre. Personne ne lui demande d’incarner le Paris populaire, qu’elle aide à le laisser respirer suffit.

Il me semble qu’elle partage avec moi la conviction que ce n’est pas à la mairie de fixer le goût, le bien et le beau en matière de culture, mais que c’est aux parisiens de s’en saisir et qu’il faut pour cela des espaces de liberté dans les quartiers. Que sans cette créativité du terreau lui-même, Paris n’est plus celui bouillonnant des engagements et des cabarets de Montmartre ou du Montparno, plus même celui du Bellevillemont des années 80-2000 et St Germain des Pré, juste celui des vitrines où « les marchands malappris viennent vendre leurs habits en librairie. »

Je termine sur la question qui me parait la plus importante de toutes et la raison de ce partage. La question de la poésie urbaine, c’est à dire en ville, de ce qui est unique de ce qui est créé par l’humain pour des humains et son revers — la déshumanisation de la ville, qu’elle soit celle des technocrates aménageurs ou des enseignes industrielles au zénith de leur puissance, mais au prix de notre santé.

J’ai pu vérifier dans mon parcours d’enquête que ce constat attristé de la disparition de l’âme commune transcendait les clivages droite-gauche et touchait à notre fond humaniste commun. Peut-être les uns sont-ils plus sensibles à l’âme d’hier et les autres à l’âme de demain ? Les uns aux artistes et aux militants associatifs, les autres aux artisans et aux petits commerçants ? Peut-être même pas.

Bref qu’il faut construire de nouveau types projets, de nouvelles articulations politiques pour les priorités écologiques, de nouveaux clivages et de nouvelles façons de les penser, avec la conscience aussi qu’être français, ce n’est pas seulement se demander fiévreusement d’où nous venons (et encore moins comme la phobie identitaire actuelle, d’où viendraient « les autres »), mais chercher où nous allons ensemble.

Il me semble que les quartiers populaires ont beaucoup à apprendre et pas qu’à Paris, sur ces questions. C’est l’objet de ce travail.

David Langlois-Mallet​

Désnoyez. Comprendre les crises à Belleville : une autre logique est possible

L’émotion et les protestations soulevées par le risque de disparition de « la rue du graph », posent une nouvelle fois la question de la liberté d’expression culturelle à Paris. De même les pétitions, manifestations, protestations diverses au fil des luttes micro-locales semblables ces dernières années auxquelles la mairie a pris pour habitude d’opposer une fin de non recevoir.
Elles posent plus largement la question de la place des citoyens dans la ville, surtout quand l’institution communique abondamment sur « le participatif », et remettent en question des politiques publiques basées sur l’argument unilatéral d’autorité dont on peut se demander quelle en est la pertinence au temps d’Internet ainsi que la véritable facture à l’heure où l’apathie démocratique devient un problème pour la démocratie même. Peut-on encore se permettre le luxe que la vie politique soit régie par le mépris mutuel entre citoyens et élus, l’absence de concertation, de dialogue, de projets partagés ? Ces à ces questions et inquiétudes que la proposition ci-dessous propose de répondre.

IMG_9293

Polémique de « la rue du graph » : Une autre logique est possible 

Une parcelle du bas Belleville*1 (Paris XXe), nommons-là de son nom historique « La Courtille », est au cœur d’une polémique qui oppose des projets d’intérêt général portés par la Mairie de Paris (crèche de 50 berceaux et logements sociaux à destination de femmes isolées) que nul ne conteste, mais dont beaucoup de voix (artistes, habitants, visiteurs, médias…) s’indignent ou s’étonnent, refusent qu’ils se fassent au prix de la destruction d’une singularité culturelle devenue emblématique, voir d’intérêt touristique : une rue Désnoyer, dédiée de fait au graph, au street-art, à la figuration libre.

7c54a4_54aef0ab059945c7bae536003e8eb50d.png_srz_p_442_667_75_22_0.50_1.20_0

78510905_o-630x225

La réponse ordinaire des institutions parisiennes face à ce type de mobilisation à la fois singulières (puisque liées à un quartier, voir une parcelle) et récurrentes (puisqu’elles se reproduisent sur le même modèle régulièrement) n’est pas satisfaisante puisqu’elle se solde à chaque fois par de micro-ruptures avec le tissu citoyen des quartiers concernés. Quelques soient les modalités d’un dialogue, totalement inexistant ou plus actif, le résultat reste invariable. La ville maintient son approche et passe outre l’opinion des citoyens concernés ou mobilisés, accentuant le sentiment de mépris et de fracture avec le politique dont les citoyens s’estiment à juste titre l’objet de la part de leurs élus.

<a href="http://« >Reportage de l’excellent Télé Bocal

Au positif

Cette situation nous interpelle en premier lieu la très grande vitalité créative de la société et singulièrement de la jeunesse du territoire francilien.

Il se passe dans les arts graphiques, ce qui a eu lieu pour la génération précédente dans les squats d’artistes. Faute d’ateliers, d’espaces dédiés, la jeunesse prend ce qu’on lui laisse, hier les friches, aujourd’hui la rue comme théâtre d’expression et ce faisant invente une nouvelle forme de dialogue éphémère avec son époque et un nouveau public qui se trouve de fait en dehors des politiques culturelles comme du marché de l’art, musées ou galeries.

Ce mouvement correspond à notre époque, un temps de mutation, de précarité aussi, où les besoins d’expression et la quête de signes nouveaux pour comprendre le monde et se comprendre soi-même sont immenses.

Mais il souligne aussi en creux le replis d’institutions qui (souvent du fait de fractures générationnelles, culturelles, sociales) ont renoncé à être à la racine de ces mouvements, encore moins à les accompagner. Voir s’arqueboutent, comme c’est le cas à Paris, sur le droit ou sur l’argument d’autorité pour les interdire de fait.

IMG_9400

La liberté d’expression artistique, crise récurrente pour la municipalité

D’apparence anodine, le conflit de la rue du graph, se trouve être l’écho, voir la réplique, d’innombrables micro-conflits et polémiques locales ayant trait à la présence des artistes à Paris et plus généralement à la liberté d’expression culturelle des parisiens, aux initiatives de solidarité locales. Initiatives qui se heurtent à une municipalité qui entend contrôler institutionnellement et être le vecteur unique de toutes les formes d’expression du territoire.

Conflits qui posent une question quasi de philo politique au conseil de Paris : Est-ce le rôle de l’institution de se placer en situation de monopole culturel, au détriment de l’expression culturelle du territoire ? N’y a t-il pas confusion entre le politique et culture, voir autre chose encore, d’autant plus s’il s’agit de déléguer plus ou moins les structures ou les contenus à des opérateurs privés inscrits dans des logiques de marché ? En clair, il s’agit de savoir si la culture vivante est l’expression des institutions, du marché ou de la société.

Pour ne parler que de cette parcelle de Belleville, les conflits de ce type, en particulier autour de La Forge (squat d’artiste autour duquel la mobilisation a permis de sauver des promoteurs la parcelle concernée, devenu depuis propriété de la Ville de Paris, puis concédé à un opérateur privé) ont été la trame quotidienne de l’histoire de ces dix dernières années. « La rue du graph » étant le fruit du dernier équilibre trouvé en l’institution et les artistes. Equilibre aujourd’hui rompu.

IMG_9691

(Lire à ce propos, in L’Ami du XXe) Quelle Belleville forgeons-nous ?
https://mesparisiennes.wordpress.com/2014/01/05/quelle-belleville-forgeons-nous-in-lami-du-xxe-mai-2013/

Le fait que Paris soit devenue l’objet d’une très intense spéculation immobilière d’une part et de l’autre de politiques d’équipement volontaristes souvent appréciées, mais dont la mairie doit entendre qu’elles ne laissent plus de place à l’initiative locale, à la spontanéité. Pire que les formats voulus par la municipalité dans l’ensemble de ses interventions culturelles sont le reflet d’un conformisme plus que discutable de part ses liens endogames avec les industries privées d’une part et une destination quasiment auto-référente ou du moins caricaturale du milieu assez limité des bureaucrates qui l’animent à qui se l’adressent à eux-mêmes.

10305049_10152829038701775_7978352127042434154_n

IMG_9696

Une question de démocratie locale

Derrière la question culturelle, ce qui fait l’objet d’une contestation est l’absence de prise en compte de la vie locale, des usages et de l’existant dans les projets municipaux. Ce n’est pas la nature des projets de la ville qui est contestée, mais sa manière. Cette manière d’intervention brutale, s’inscrit dans une continuité et une histoire douloureuse, celle du quartier populaire objet d’une forte violence politique et urbanistiques au cours du XXème siècle (destruction de très nombreuses parcelles, constructions de cités, opérations de promotion, déshumanisation du cadre de vie etc.)

Cette action urbaine du XXe siècle — de droite ou de gauche — imposée du Paris-Capitale, niant les Paris-villages, nous dit en creux une certaine impuissance institutionnelle. La Mairie de Paris, pour être récente (1977) comme institution, est une institution qui ne s’est pas trouvée. De par son gigantisme et sa centralisation notamment, elle s’inscrit dans la duplication d’une politique de l’Etat davantage que comme une véritable mairie, par nature fortement liée à ses citoyens et irriguée de leurs propositions, tout en restant capable d’y faire prévaloir un intérêt général.

A l’heure où l’on fait de plus en plus appel à la responsabilité locale ou individuelle, où l’on met en avant « la participation », voir la démocratie locale, n’est-il pas temps pour un autre type de relation entre la ville et les citoyens, ne serait-ce que pour contrer les phénomènes d’isolement urbain, de replis sur soi, d’indifférence, de replis identitaires et des tensions qui les accompagnent ?

IMG_9181

IMG_9399

IMG_9277

Propositions

Dépasser ces tensions, suppose une intervention différente, visant à donner aux institutions comme à toutes les personnes intéressées (artistes, habitants, usagers, professionnels, chercheurs…) les outils et le temps de la réflexion en considérant plus finement les logiques à l’oeuvre sur ce territoire du bas Belleville, appréhendé non comme un simple réceptacle vide de politiques publiques, mais au contraire dans sa singularité et sa diversité.

Ancien journaliste (Politis, Nova, L’Huma hebdo, Rue89, Cassandre, Communes de France…), spécialisé dans les cultures populaires parisiennes et les politiques culturelles. Expert de la Région Île-de-France pour les politiques d’ateliers d’artistes. Auteur des propositions adressées à la ville de Paris par de la commission culture du PS, animateur de réseaux de réflexion sur les politiques culturelles (Altaïr, Un Peuple Créatif, Le 6B, Le CENT), bon connaisseur de l’histoire locale, j’avais déjà été sollicité par la Mairie de Paris comme médiateur dans une précédente étape du conflit de la Forge, le squat d’artiste présent dans la parcelle. Il se trouve que je suis par ailleurs habitant du quartier en question. Mon point de vue pourrait donc être fondé à ces titres divers, ce n’est pourtant pas lui que je souhaite mettre en avant.

IMG_9292

La nécessité d’une enquête de territoire

Ma proposition vise à saisir l’occasion d’une mobilisation citoyenne pour entamer un autre type d’échange, plus large, entre population et élus.

Personne ne contestant sérieusement sur le fond, ni la nécessité des investissements publics (ici une crèche et des logements sociaux à destination de femmes isolées en difficulté), ni non plus l’intérêt culturel que représente la dynamique des arts de rue, en particulier du graphe.

Il apparaît que les dynamiques de quartier qui portent ces expressions culturelles et de protestations restent ignorées ou mal comprises des décideurs politiques. Elles demandent souvent que soit prises en compte les singularités d’un espace urbain que les politiques publiques autant que la centralisation économique tendent à banaliser, à normaliser et à vider de son sens par des aménagements réalisés souvent au mépris de ses usages ou de ses fonctions de vie quotidienne.

C’est pourquoi il apparaît nécessaire de reprendre à la base le dialogue en s’intéresser plus finement au quartier concerné, à son identité, ses dynamiques, d’identifier ses zones de forces et ses potentiels à partir des acteurs concernés, ses habitants, ses artistes, ses commerçants, ses usagers, ses élus, acteurs institutionnels etc… de recueillir l’expertise de chacun, au service de la réflexion de tous.

IMG_9442

Mise à contribution de l’intelligence de territoire

Surtout il s’agit de mettre en œuvre l’intelligence du territoire. Loin d’être de simples sujets stupides de leur vie quotidienne et des objets passifs des politiques locales, les gens qui habitent ou fréquentent quotidiennement un quartier son reliés à lui par un ensemble de liens, d’émotions, de relations, d’affects, de sentiments, qui construisent leur propre pensée de la ville à partir de leur expérience. Habitants à la fois d’un village et de la Capitale, ils ont un regard tout autant singulier et co-élaboré.

Dans le cas de la Courtille de Belleville, la ressource locale est très grande. Fruit d’une existence intense, mouvementée (histoire contemporaine riche, conflits d’urbanisation, suractivité culturelle, diversité des parcours de l’immigration…), les témoignages, avis et réflexions enracinés dans l’expérience que l’on peut y recueillir sont nombreux et affûtés sur les questions urbaines.

<a href="http://Paris, ses fauxbourgs et ses environs où se trouve le détail des villages, châteaux, grands chemins pavez et autres, des hauteurs, bois, vignes, terres et prez, levez géométriquement / par le Sr Roussel
Paris, ses fauxbourgs et ses environs où se trouve le détail des villages, châteaux, grands chemins pavez et autres, des hauteurs, bois, vignes, terres et prez, levez géométriquement / par le Sr Roussel
Source: gallica.bnf.fr
 » title= »Plan Roussel »>

Belleville, du vignoble au graph, et demain ?

C’est cette expérience et cet usage du quartier que je propose d’interroger. Mené sous forme d’entretiens ouverts, individuels et collectifs et doublé d’un travail documentaire2. L’enquête fera émerger les principales lignes de force d’un territoire depuis son parcellaire hérité des vignes, jusqu’aux différentes mutations de sa vocation culturelle (guinguettes, music-hall, chanson, cinéma, arts plastiques), de sa vocation de quartier populaire, en passant par l’inventaire de ses atouts d’aujourd’hui et de leur destination.

Il semble que ces éléments issus d’une telle approche intégrée devrait être en mesure de répondre à différentes questions :

° Quelle place pour le street-art dans le bas Belleville et quelles pistes pour sa place dans la Capitale ?
° Quelles ressources culturelles dans le quartier, pour quel usage et à quelles fins ?
° Quels dynamiques et quels potentiels d’épanouissement pour la vie locale, convivialité, cohésion urbaine, culture, développement économique etc.
° Quelles conséquences pour les politiques de la ville, en particulier culturelles, à l’heure du Grand Paris ?

Belleville, le 1er mai 2015

David Langlois-Mallet
langlois.mallet@gmail.com

© mesparisiennes.wordpress.com

IMG_9495

Lire sur cette question :

Stradda
Arts de la rue, rendez-vous passage du désir

https://mesparisiennes.wordpress.com/2013/12/20/quete-de-sens-rendez-vous-passage-du-desir/

Région Île-de-France
Rapport : De l’atelier logement à l’atelier bureau, politiques d’ateliers d’artistes

http://www.cnap.fr/sites/default/files/article/26849_59_rapportateliersdartistes.pdf

Plus généralement

Lettre ouverte au 1er Ministre

https://mesparisiennes.wordpress.com/2013/03/10/cher-jean-marc-ayrault-soutenez-durgence-la-creativite/

Paris, culture et politique. Audition par le CESC du Parti Socialiste
https://mesparisiennes.wordpress.com/2013/09/22/paris-culture-et-politique-audition-par-le-cesc-du-ps/

Un Peuple créatif

https://mesparisiennes.wordpress.com/2012/03/24/un-peuple-creatif-propositions-collectives-pour-le-ministere-de-la-culture/