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Nous voilà repartis pour la Saison III d’Oligarchie…

Nous voilà répartis pour une sarabande… La saison 3 de « Comment pouvons-nous continuer à enrichir l’oligarchie ? »

Entre le nain agressif qui nous fait les poches en criant « enrichissez-vous » choisi par des gogos qui rêvent ainsi de passer dans Gala et d’être invités au Fouquet´s. Et le Flan honteux, qui dit « enrichissez-les », c’est bon pour la croissance et l’emploi.
Avec toute la gamme des seconds rôles qui s’agitent pour tirer une miette de notre appauvrissement collectif, les bonnes gens actifs qui s’épuisent à pédaler comme des hamsters dans leur roue tous les jours pour la croissance, les affreux méchants (et sales) pauvres qui osent soulever les couvercles des poubelles autres au lieu de mourir incognito.

Les noms bizarres qui serrent les fesses dans leurs cités en attendant que les téléspectateurs de TF 1 des pavillons les désignent comme responsables de « la crise ».
Et tous les habitants des villes, asphyxiés à petits feu, au rythme lent des embouteillages tandis que les derniers paysans se suicident dans des décors magnifiques, voués par des directives à l’abandon ou à l’élevage de vaches en batteries.

Je crois que j’ai bien fait de jeter ma télé, moi (;-)

David Langlois-Mallet

Une France vide… Deux combattants

Un truc me frappe, c’est l’absence de récit. Plus personne n’a rien à nous dire sur notre aventure collective et ce que nous vivons. Aucune trame d’explication du monde et de son évolution, des formes d’organisation souhaitable ou autre, aucune vision de devenir…

Nos dirigeants ont tellement intégrés le discours techno, économiste, qu’ils pensent que la vie, c’est la « Croissance » ou la « Crise », nouveau Dieu et Diable.

La génération 68 a tellement voulu effacer les marques de son hold-up sur le patriarche étoilé, qu’elle n’a tien transmis autant dans l’espoir d’une jeunesse éternelle que dans la crainte d’être à son tour détrônée…

Le discours de la gauche syndicale à débouché d’un commun accord avec la droite patronale sur un supermarché infini où l’humain sans âme déambule en rayon.

Les écolos, qui devaient inventer un nouveau monde, n’ont plus rien à dire non plus – coincés dans leur petite épicerie bio réservée aux copains parce qu’inabordable pour les autres- entre la fin des temps et la petite politicaillerie du jour.

La multitude des voix qui pourraient faire bouger les choses dans la culture, les arts, les friches… Sont domestiquées ou soigneusement insonorisés par quelques barons.

Alors, en écho au ronron nostalgique des télés, les seuls à raconter aux gens une histoire dans laquelle on propose de faire sens avec leur vie vide et trouver un moteur d’action sont les identitaires divers (FN, barbus, extrémistes). Tous les gens qui ont un peu étudié, réfléchi ou vécu savent bien que la violence du groupe dominant amène une violence sans fin,à l’intérieur et à l’extérieur, mais l’espoir d’être vengés les fait vivre. Leur seule preuve ? C’est la relégation, être mis au banc par les incapables et les crapules, vaut diplôme d’alternative. Ces mêmes incapables et comptables qui les ont validés, en creux, depuis les années Mitterrand/ SOS Racisme, puisque leur seul projet est : « Faire barrage au FN »

Vraiment super mobilisateur l’avenir en France pour des jeunes… Tiens, d’ailleurs je vous conseille là-dessus une belle histoire d’amour au cinéma. Ca s’appelle : Les Combattants.

https://www.youtube.com/watch?v=hyT4gEKn-ck

« Intéressant, me dit Hélène, cette métaphore sur l’angoisse de l’avenir et en même temps, la naissance de l’amour. j’ai trouvé ça hypra contemporain et ça ringardise tout un cinéma français – moi y compris. »

– « Oui, On aime contre le monde… Mais on a besoin de lui au final… »

David Langlois-Mallet

« Elle est où l’alternative ? », réponse à Manuel Valls

L’objection de Manuel Valls touche pile dans ce qui m’intéresse en ce moment : Oui, quelle est notre alternative pour remplacer la politique unique, celle qui de Sarkozy à Hollande considère que la seule voie passe par dégradation de notre quotidien; alors même que nos richesses produites ont explosé ces 30 dernières années comme jamais ?

Il y a une réponse simple, une réponse vraiment de gauche. On commence par protéger les plus faibles et un service public de qualité. Au besoin, on mets les super riches (le fameux 1% qui possède plus de 50% vous savez) à contribution. Car on a les moyens de vivre tous bien dans ce pays et largement, ce que l’on appelle « la crise », n’est pas un manque d’argent, c’est juste un déséquilibre de la répartition des richesses.

Il y a une réponse de type souverainiste portée à droite de l’UMP et parfois à gauche du PS. On refuse l’idée que nous serions tributaires des banques et cette dette imaginaire que nous n’avons pas contracté, nous la dénonçons. Au besoin nous sortons de l’Euro pour cela. Bref, par l’affirmation d’une force, nous politisons internationalement la question.

Il y a une réponse libérale de terrain. Les entrepreneurs, les porteurs d’initiatives, les artisans, les indépendants, les commerçants… Portent beaucoup trop lourd de charge pour chaque emploi. Il est absurde d’implorer l’emploi et de le taxer en même temps. La protection sociale ne doit plus se financer sur le travail.

Il y a une réponse Larrouturienne disons. Partageons le travail et acceptons que l’humanité est en marche vers une société où la libre activité, les loisirs, prennent plus de place.

Il y a une réponse écolo, avec l’épuisement des ressources et la crise environnementale, ce qui est en jeu est une mutation de notre type d’économie. Il faut produire différemment, consommer plus sobrement. Il faut s’engager rapidement dans une économie du partage.

Et enfin, je dirais qu’il y a une réponse qui est celle des milieux créatifs (artistes, oeuvriers, lieux de culture de proximité etc…) que j’ai tenté de formaliser au sein d’Un Peuple Créatif et qui est parente des deux précédentes. Elle dit que notre crise est une crise humaine, une crise des valeurs et de l’être dans ses relations aux autres et que pour y répondre la cité doit faire de la place à l’ensemble des propositions de culture vivante, elles ont à nous proposer mieux, que la culture de consommation dans laquelle nous sommes englués et qui est la base de la dépression collective que nous traversons.

Je ne crois pas trop aux réponses uniques et les systèmes ont faits les preuves, chacun, de leurs limites. Il me semble que de vrais responsables politiques piocheraient un peu dans toutes ces propositions là de manière à parvenir à un équilibre. Qu’ils le feraient en mettant en marche l’ensemble du tissu social. Pas en paradant devant le Medef, qui ne représente que les très gros intérêts et la part la moins intéressante et la plus égoïste des l’entreprises.

Mais nous sommes sûrement majoritaire aujourd’hui à être certain que la réponse n’est pas de sacrifiés nos vies et nos liens au Dieu croissance. Car il détruit l’avenir de nos enfants, nous fait un quotidien misérable et ne profite qu’à quelques super-riches dont la puissance et l’impact des intérêts sur les états est une menace pour la démocratie et la liberté même de l’humanité.

J’ajouterais que si nous avons un grief particulier vis à vis de la gauche, ce sera de ne s’être jamais donné les moyens d’essayer autre chose que la doxa des experts libéraux (qui en général émargent par ailleurs auprès des gros intérêts) et d’avoir inversé la promesse politique. Elus pour donner la priorité aux citoyens, ils auront, avec les pleins pouvoirs, fait de la politique le jeu des intérêts privés.

Et pour faire réponse à un ami Vert qui demandait : « pourquoi en vouloir aux Verts ? » Et bien tout simplement parce qu’étant conscients, porteurs d’analyses nouvelles et de propositions tout aussi nouvelles, ils ont préféré quelque postes inutiles (ou plutôt utiles qu’à eux-mêmes) au lieu de se faire porteur d’une alternative. Et qu’ils ont donc plus de responsabilité que les autres au fait qu’aujourd’hui, la société française n’identifie comme alternative possible à la politique unique, que le Front National et court donc, en plus de la crise économique, le risque d’une dérive autoritaire et d’une violence identitaire.

Car, oui Manuel Valls, la question est bonne : « Quelle alternative ? » Effectivement, c’est cela le tourment de la société française, l’alternative existe mais aucune force politique ne s’est donné les moyens de l’incarner et les socialistes au pouvoir se sont bien gardé d’encourager, ou de soutenir, ne serait-ce que par des expérimentation, les forces sociales, culturelles, humaines qui ont concourues à les mettre au pouvoir. C’est votre très grave faute, celle qui fait que vos propres électeurs souhaitent aujourd’hui votre défaite « dans tous les cas de figure ».

David Langlois-Mallet

Pour mémoire :

Propositions collective à Jean-Marc Ayrault https://mesparisiennes.wordpress.com/tag/ayrault/

Campagne Hollande, Altaïr, texte collectif Un Peuple Créatif http://www.unpeuplecreatif.fr/spip.php?article33

c Mes Parisiennes, 2014

France. A gauche d’une terre brûlée

Mes remarques de ces jours derniers note, ne sont même plus une critique des Verts, du FG ou du PS. C’est plutôt une constations des mécanismes politiques plus ou moins conscients ou assumés (après nous le déluge) qui ont permis au FN de s’installer comme seul parti de la contestation en face des olygarques.

Rôle qui aurait paru baroque il y a peu.

– Mais en fait le Melenchonisme comme nostalgisme politique (du monde du travail dans une société instable et individualiste, de l’Amerique Bolivarienne dans l’Europe de Candy Crush ou de la Guerre Froide à l’époque d’Erasmus).

– L’écologie politique réduite à un club de gentils technocrates endogames à vélo.

– Et le PS qui « approuve mais qui regrette », comme dit si bien la chanson… Et culmine dans son culte de l’impuissance au seul moment historique où il a (encore) tous les pouvoirs.

-Sans même parler d’un PC réduit, un peu comme l’Eglise hier, à sauver son patrimoine immobilier plutôt qu’à être un mouvement vivant.

De mon point de vue ces vingt dernières années, les seules forces d’invention misant sur l’humain sans exclusion (si l’on identifie ainsi l’idée que l’on a appelé « de gauche », celle qu’un monde peut-être meilleur en se changeant), ont été portées par des personnes et non des mouvements politiques, ceux qui ont été actifs dans des collectifs, dans la culture indé, alternative, locale comme on voudra bien l’appeler…

Les utopies collectives (et donc les inventions sur la façon de se relier aux autres et de faire société ensemble) ont été vécues ou testées dans les squats (non Delanoisés), les arts de la rue (non transformé en festival Mr le maire), les bars culturels, dans ce que l’on pourrait appeler un mouvement créatif oeuvrier, s’il n’était pas resté à un stade assez individualisé. S’il avait coagulé localement, ce qu’il n’a pu, faute de lieux.

Si le ton parfois assez raide de certains de mes post peut froisser -j’en suis par avance ravi- cela vient d’un fait très simple. C’est que j’ai été témoin que toutes ces alternatives ont été mis au pas, tués ou éteintes par des pouvoirs de gauche.

Ils se retournent désormais vers une terre qu’ils ont constamment brulé. Et n’y trouvent plus rien pour se nourrir ou se consoler.

David Langlois-Mallet

 

Paris. L’os de la Fraternité et la boucherie municipale

J’ai vraiment une reconnaissance intime à NKM. De m’avoir sorti de ma déprime de gauche. Ce n’est pas dans mon cas un passage à droite, plutôt un pas de côté sur le clivage droite-gauche, une prise d’autonomie. Ce piège Mitterrandien où j’ai été enfermé avec beaucoup d’autres depuis tant d’années : être amené à faire confiance à des gens qui font l’inverse une fois au pouvoir : L’enfer des espoirs. J’ai le sentiment que c’est ce qui est en train de craquer avec les européennes.

Probablement que pour d’autres comme pour moi, un nouvel espace politique s’ouvre. La version parigode de que l’on a appelé le Parti invisible ?
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Je parle hier au soir dans un lieu libre (sous condition) avec de jeunes parisiens : « pas d’endroits où se rencontrer », « pas d’endroit où l’on ait le droit d’être ensemble », de sortir de la solitude et des écrans. « Pas le droit de faire ensemble… (de la musique) », le couvre-feu sur les lieux… Le petit rade qu’ils avaient trouvé, fermé pour cause de concerts.  Et ces derniers confettis de liberté où l’on a parfois des autorisations ponctuelles de se retrouver et qui sont tenus par quelques résistants un peu blanchis. Des jeunes profondément de gauche, en rage contre ce PS de courtisans et de petits marquis qui préfèrent vendre la ville au tourisme et au multinationales. Une colère profonde dans le fond de cette ville.

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Reconnaître que nous aurions gagné au changement de majorité ne m’arrangeait pas, mais c’était de la simple honnêteté intellectuelle. Nous aurions même gagné à simplement à rebattre les cartes. Et la gauche aurait aussi gagné à ce que le PS parisien revienne se nettoyer au contact de la réalité.

Je n’ai eu aucun regret au demeurant de leur reconduction. Ce mélange corrompu d’une communication à base des idéaux des gens (parfumé aux cendres de Jaurès) et du profit personnel d’une technocratie sans âme que l’on appelle « la gauche » à Paris occupe le Château ? Qu’ils le garde !

Ils désignent symboliquement Paris, ils s’auto-désignent, comme un repère égoïste des privilèges dans une France en colère et des banlieues tout autour où les gens sont laissés à l’abandon : Pas assez parisiens pour avoir droit aux bulles de Champagne, ou simplement à des services publics décents. Pas assez « français » pour avoir droit au port du bonnet rouge et à se saouler à la potion d’oubli de Marine ? Dommage, faire évoluer la question culturelle, se serait aussi solder la question coloniale et nous éviter en France cette fracture sournoise et ses violences.

En tout cas les privilégiés qui fabriquent du désespoir chez ceux qui croyaient en eux pour améliorer leur sort et de la rage chez les autres… Amusez-vous bien.

Libre expression PS

La vente à la découpe de Paris continue

Je suis pour donner sa chance à chaque personne qui prend une responsabilité, surtout si c’est une femme dans un système d’hommes. Anne Hidalgo a rajeuni et féminisé ses équipes, dégraissé un peu la courtisanerie de cabinet. Dont acte. Mais le passé Delanoïste dont elle est issue est partout. Le scandale Molitor (patrimoine vendu à un 5***** qui propose désormais l’accès à la piscine à 3000€ l’année). Le scandale Samaritaine (où la ville après avoir abandonné un trésor de culture vivante combat la justice pour soutenir LVMH dans sa transformation en 5****) marquent ses débuts.

Si son mandat se construit ainsi dans les ruines luxueuses de l’intérêt commun, il y a fort à parier qu’elle aura autant de mal à se maintenir à l’Hôtel de Ville qu’Hollande à qui sont sort est lié à l’Elysée. Au gré de la désormais imprévisible évolution de la situation politique nationale, je ne serais pas surpris qu’une coalition émerge autour des enjeux d’écologie urbaine. Car ce sont les Verts qui sont en position centrale. Pas le PS qui n’est majoritaire qu’en siège (et de très peu). On verra bien.

Marianne

Pour moi, reconnaître dans l’urne la trahison de « la gauche » oligarque, ne m’a pas rendu de droite. Nathalie ne m’a rien demandé, ni moi à elle. Si je siégeais au conseil de Paris, je serais aux non inscrits, mais je pense qu’il serait plus positif de faire avancer les choses avec l’opposition, a fortiori avec une personnalité qui s’est impliqué sur la liberté d’expression, non ?

Interstices dans les deux partis oligarques

Ce n’est pas la peine de me parler de « croire » ou ne « pas croire » en elle, la politique locale n’est pas de l’ordre des mythes qui agitent une présidentielle, elle est de l’ordre des propositions concrètes et des faits observables : comme l’est le fait que « la gauche » a vendu Paris aux multinationales.

Faits observables tout autant que Chirac et la droite avaient vendu les faubourgs pour démolition aux promoteurs (personne sur ce sujet n’a plus de mémoire que moi). Ce pourquoi je ne « crois » pas en la droite, mais j’ai fait avancer avec une personne précise et singulière (qui se trouve être de droite), un ensemble des propositions pour libérer l’expression et le lien humain dans la ville. Je peux « croire » que je contribue au fil des échanges à faire avancer sa position, mais ceci ne dépend pas de moi. Ce qui a avancé concrètement, ce sont des propositions, donc l’intérêt général.

Elles sont le fruit de mon travail de toutes ces années (détourné plusieurs fois par la municipalité avec des procédés qui ne l’honore pas), mais c’est surtout l’expression du besoin des habitants mais aussi de l’expertise citoyenne des gens interviewés au fil des années qui font concrètement la culture libre à Paris en particulier en ouvrant ou tenant des lieux. Cette matière vivante singulière, multiple, est je crois plus intéressant que d’imposer aux habitants de Paris une culture industrielle, uniforme, qui est fille des besoins des multinationales, de vos carrières et de l’autisme de votre technostructure.

Je ne suis pas devenu de droite pour autant. Si être de droite (dans ce contexte) signifie à gauche favoriser des intérêts privés contre l’intérêt général. C’est vous à la mairie qui l’êtes depuis bien longtemps. Mais je me suis en tout cas totalement libéré d’une discipline : le fait qu’avoir des idées de gauche (si gauche ici signifie intérêt général plutôt que l’égoïsme), signifie voter au 2e tour pour des gens qui feront l’inverse de ce pour quoi ils sont élus.

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Je n’ai pas changé en votant à l’inverse du balancier, mais j’ai beaucoup gagné en liberté et j’ai juste pu voir des gens de la ville qui votent à droite pour garder l’âme d’hier, celle du patrimoine et d’une vie quotidienne que le fric fout dehors. comme d’autres gens votent à gauche en espérant que l’âme nouvelle de la jeunesse et de la création puisse naître. J’ai pu mesurer que si la question de la liberté et de l’égalité séparait les camps, ce besoin d’âme, nommé parfois différemment, les réunis.

Ce pourquoi au final l’expérience parisienne m’apprend que les français on soif d’abord de fraternité. Et que celle-ci est détruite par l’oligarchie et la technocratie mêlée.

Autre chose que Paris m’a appris, c’est que le peuple est composé du mélange de toutes les cultures. Que l’on vit donc très bien ensemble quand l’urbanisme est à taille humaine et que les endroits pour la culture commune (espace public, cafés, petits lieux de culture sont libres d’expression et ouvert à tous). Le cadre identitaire (FN, religions etc) est donc une impasse. Sauf à définir notre identité par le multiple et le divers, ce qui revient simplement au message fondamental de la France : nous sommes une communauté politique, dont la base est la fraternité.

C’est cet « os » du bien commun qui est atteint aujourd’hui et je crois que c’est aussi ce qui se réveille.

Fraternellement à vous,

David Langlois-Mallet

 

© Mes Parisiennes 2014 http://mesparisiennes.wordpress.fr

La place au sec

Cette merde de pluie. On a à peine la place en terrasse à couvert de la bâche.
Les deux loulous sont en grandes conversations. Poliment n’interroge, savoir si ma présence ne gêne rien de confidentiel.

-Non, ça va on s’tenait juste au courant pour la came…
-ah, ça j’fais avec un air blasé, piqué à Gabin, j’respecte. Moi, je demande toujours à mes gars la discrétion sur mon business.
– ils se regardent les yeux ronds. Puis l’un se lance : pour les grosses livraisons, on voit toujours à le faire dans la limousine.
-Ah ouai… (Genre je critique l’amateurisme), avant, je tenais aux hôtels, mais aujourd’hui, un coup de feu part si vite… Je préfère que mes gars tiennent ça sous contrôle…
-ouai, ouai, s’excitent les petits gus. Nous on a des armes dans les coffres…
– (La, j’entre vraiment dans le personnage), j’allume ma bouffarde et je souffle : Hum, hum… Mes snipers au premier geste suspect… Pffffiout ! Ils tiennent toujours les mecs dans la mire quand je cause à des inconnus. Un réflexe.
– Bon ben, c’est pas tout, on va y aller… Bonne journée Monsieur. Au revoir Monsieur.

Et voilà comment on s’fait son coin de terrasse penard.

David Langlois-Mallet © Mes Parisiennes 2014

Belleville m’éclate

Je passe vite m’envoyer une petite soupe, genre à 6€50. Nouilles tirées à la main au bœuf ou autre. Ça ira très bien pour chasser le rhume de mai.

J’ai laissé, j’avoue à regret, ma jolie collègue et son perturbant pendentif, boussole d’or balançant mon désir, pour vite me radiner à Belleville dans ce rade qui fleure bon la soupe populaire des romans. 

Me voilà à ma table, vite coincé entre trois parigodes lectrices de Sophie * qui sortent du bureau de leur assos et trois marchandes de bisous tombées de leur Wheng Zou natal pour d’héroïques oeuvres sociales sur la voie publique.

Les unes s’informent négligemment, après une matinée à l’agence des prestations sociales, de la façon dont elles ont rompu avec Machin, des courses à Monop´ et du temps qu’il fait.

Les autres aussi j’imagine dans leur sabir (le temps est le même pour tout le monde), après une dure matinée à degorger patiemment et en délicatesse les poireaux des petits hommes nerveux des trottoirs. Leurs longs cheveux soyeux, malgré le coup de brosse hâtif, garde la trace de quelques empoignades du jour et leurs bas épais, évoquent plus la pêche au large que la subtilité des alcôves griffé Chantal Thomass.

Les assiettes de riz, les bobun, les additions sont les mêmes. Sans doute leurs aspirations amoureuses aussi. Et je parierais que les plus sensibles parmi ces Parisiennes, ne sont pas celles qui ont le plus de chance.

J’aime bien ce papa asiat aussi qui déjeune avec sa fille qu’un destin parisien attend.

Je glisse chez le coiffeur Ceylanais. Il me tond, me pomponne, me talque et me masse le crâne comme un cul de nouveau né. Il termine mains jointes, faisant claquer ses phalanges dans une curieuse prière. Il rit, les dents écartées comme un peigne, de toute sa bonne bouille de héros de BD, tandis qu’il m’asperge d’eau de Cologne bon marché.

Et je le laisse -et mes lectrices aussi à leur rêve- quand entre dans son échoppe de rue une sorte de beau guerrier barbu aux cheveux longs. Droit sortit, avec son regard de khôl, de la couche de la mère des dragons…

Ah Belleville !

David Langlois-Mallet

* Comment j’ai sauvé la Planète. Editions du Moment

Européennes / FN : A chaud, à Ahmed et autres français déprimés

Sinon ce que je pense du FN, à chaud ? Subitement ? Le premier truc, c’est qu’en 20 ans d’engagement et de militantisme divers, je n’ai vu qu’une chose : la destruction permanente par les mêmes, la génération babyboom, de toute tentative nouvelle.

On s’est toujours fait détruire la gueule par les mecs qui faisaient du marketing, qui avaient une approche parfaitement cynique de la politique. Qui visaient le court terme, pas l’avenir. La forme, pas le fond etc.

Au niveau national, les mêmes qu’il y a 20 ans sont toujours au pouvoir. Le contenu des politiques n’a pas bougé. C’est un club déconnecté du réel qui se repasse le bateau de pouvoir et la parole.

Donc le désespoir monte. Beaucoup de gens ont envie de tout casser, on le sait. On le voit.

Résumé. Le vote FN crie le désespoir culturel de notre pays et le pire serait qu’il ne débouche pas sur crise politique. On attend des nouveaux Jospin qu’ils se retirent… Il intervient après des années de propositions culturelles sans débouché dans l’action politique, alors même que la gauche à encore tous les pouvoirs… J’ai pour ma part voté Nouvelle Donne (un peu au pifomètre) juste histoire de donner un coup de pouce à des initiatives nouvelles. Interpellé à ce propos sur Facebook par Ahmed Menguini – que j’avais connu comme jeune activiste du 21 avril 2002 – Je partage la réponse, c’est une occasion de revenir sur notre sur notre crise du sens, vraie question derrière le vote FN.

Tu as Cher Ahmed , techniquement de belles réserves de naïveté si tu crois que voter l’un ou l’autre change quelque chose. Ajoute les 3% de Nouvelle Donne à qui tu veux et dis-moi le résultat ? Néant.

Personnellement, j’estime avoir fait bien plus que ma part pour tenter de sortir ce pays de sa déprime
(cf. http://www.unpeuplecreatif.fr et pas mal d’autres initiatives à lire ici : mesparisiennes.wordpress.com ).

Ce qui me déprime ? C’est justement que toutes les alternatives, propositions ou autres ont été détruites par ceux-là même qui étaient en charge des solutions au nom de la gauche.

C’est au moment de ces destructions diverses du sens dans l’obscurité des partis que j’ai connu mes plus profonds chagrins. Il faut être d’une naïveté insondable pour être deprimé devant la fièvre plutôt que devant la maladie ou, bien pire, devant le refus de se soigner.

Remplace FN par désespoir, ou ce que tu voudras. Le vrai problème n’est pas le FN, il est ce qui fait que des gens veulent tout détruire : le problème s’appelle précarité, déclassement, peur de l’avenir, replis sur soi, misère culturelle, désert affectif, crise du sens, perte des repères, machisme, violence ou autre.

Chaque fois que quelqu’un allume TF1, un livre se suicide. Le Fn gagne un électeur. Compte que chaque ville transformée en désert sans joie on ouvre une permanence FN à chaque fois que le loisir du samedi devient de déambuler dans une de ces zones marchandes sans âme à la périphérie des bourgs.

Chaque famille qui se déchire et fait pleurer l’enfance rajoute mieux que son bulletin bleu marine à cette misère. Chaque Cahuzac qui file avec la caisse, alors qu’il est chargé du bien commun vaut un conseil municipal à l’ignorance et à la colère. Chaque suicide (quotidien de paysan ou d’ouvrier) dont on détourne les yeux est notre tract silencieux de chaque jour pour le FN.

Tous ces ministres (1/3 ?) qui imposent le silence sur leurs gamins gâtés poursuivis par la justice, masquent l’échec de leur vie affective sous les dorures, mais ils cotisent surtout à la haine qu’attise l’injustice.

Chaque gouvernement PS-UMP qui cède à l’abandon d’un service public dans les quartiers délaissé apporte sa pierre au djihâd ou aux nouveaux croisés qui rêvent d’en découdre.


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Les élus qui achètent des bus au diesel enfoncent la pédale du désespoir bien à fond. Pour ne rien dire de ceux qui agissent pour les divers lobbys d’armement, de la chimie, ou des pesticides dans les parlements.

Toutes les mairies de gauche qui vendent Paris à l’hyper-classe mondiale en échange de poste dans la pub pour leurs copains, enfants, neveux travaillent à un Paris des riches contre le reste de la France qui rêve de les voir la nuit au bout d’une pique parce que ses enfants ne sautent le repas de midi à la cantine.

Mon dégoût est total. Ma tristesse infinie devant le malheur de ce peuple. Mais je vois que les gens ne savent réagir au malheur qu’en en rajoutant une bonne couche. Merci à un pays qui a détruit sa culture vivante. Un pays ou on ne se parle plus. Un pays de la méfiance amoureuse, de l’indifférence aux faibles et aux enfants, un pays ou l’on marche sur les SDF. Un État qui est en guerre contre son peuple.

Personnellement, mon caractère n’est pas de pleurnicher quand un malheur est là. Les périodes où je les vois venir et que rien ne change m’alarment plus.

Je ne sais pas si avoir un enfant juif et arabe attise le sens des responsabilités. Je veux bien le croire.
Mais je crois que la responsabilité, c’est d’avoir mal à dormir dans tout ça quand on considère tous les enfants comme les siens. Ceux des électeurs FN comme ceux des barbus, ceux des laïcs comme ceux des cathos, des écolos comme des pollueurs. Car dans la cour de l’école ils se reconnaissent tous comme un.

Amicalement à toi,

David Langlois-Mallet © Mes Parisiennes 2014 

Les jeunes mousquetaires de la chanson : 10 ans après Politis

Explorer de nouvelles voies pour changer le monde, c’est parfois explorer de nouvelles voix. Il y a dix ans, je me passionnais pour l’émergence de la jeune scène chanson. Une aventure qui me menait à découvrir tour à tour, Babx, Bacchus, Lantoine, Bihl, Pitiot… M’intéressaient tout autant les jeunes militants qui gravitaient autour de cet univers : ceux du Festival Ta Parole ou journalistes indé de Larscène dont le professionnalisme valait celui des confrères rémunérés pour cela, les Pass cocktail, mais surtout la légitimité en moins.

Rien ne se perd, tout se transforme, ayant accusé le choc des berceaux et des emprunts sur 20 ans (de la précarité pour d’autres), passé le girophare sarkozyste et plus encore le choc mou du fascadisme socialiste, les mousquetaires sont toujours là.

Ainsi ce dossier que j’avais écrit pour Politis est republié ces jours-ci par un nouveau médias, Hexagone, le sans papier de la chanson, lancé par les anciens de… Lartscène. Quand au Festival Ta Parole, il vous accueille toujours pour défricher ensemble, du 9 au 15 juin à Montreuil.

De mon côté, l’engagement m’avait amené à la chanson, l’engagement m’a reprit. Après les années Chiche ! celle des jeunes militants de l’écologie politique, largement étouffés par le développement pas durable de leurs ainés EELV, je m’étais tourné vers ces autres porte-voix, histoire de voir si un monde nouveau, endormi en politique, pouvait émerger de leurs chants (le dossier « Sur un air de nouveauté », rend compte de cette plongée, lire en cliquant ce lien) Il est amusant à lire dix ans après, car… rien n’a changé, si ce n’est que les voix nouvelles ont parfois un peu faiblit avec la quarantaine et une installation dans la vie ou au contraire sont restée confidentielles.

Ce qui est dit dans l’article, sur les difficulté à percer dans les bars d’une génération oeuvrière, s’applique à leurs petites sœurs et frères cadets qui redonnent de la voix ces derniers temps malgré les interdictions qui pèsent sur les concerts urbains.

Toujours cette question des lieux cultuels indé, de la liberté d’expression des jeunes générations, de ces cultures populaires et (toujours !) leur étouffement par le politique. Et, pour ceux qui ont suivi ces aventures, Un Peuple Créatif, notamment, les politiques culturelles nouvelles que l’on pouvait imaginer ensemble. Même air, mais une autre chanson… Nos vies sont un rêve, à l’intérieur d’un rêve qui lui-même débouche sur un autre rêve.

David Langlois-Mallet, C Mes Parisiennes 2014