Tribune. Merci au PSG pour cette émeute de la consommation qui brise la vitrine parisienne

Merci au PSG pour cette émeute de la consommation qui brise la vitrine parisienne

Dans une ville normale de la France normale, quand on a une coupe on la boit toute la nuit. A Paris on la balance dans la vitrine. Cette émeute de la consommation, déroute les codes politiques, car elles ne touche plus au pain, mais les jeux.
Bravo d’abord à l’équipe du PSG, dont je pensais qu’elle ne sert à rien, d’avoir permis la rencontre entre le Paris d’en-bas et les beaux quartiers.

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Au 1er Ministre. Appel d’urgence sur la créativité de la société

Cher Jean-Marc,

Tu m’écris ce matin au réveil et ta lettre me touche.

Parce que l’on sent la sincérité, mais aussi le désarroi derrière le volontarisme d’un homme bien qui essaie de faire quelque chose. On sent aussi derrière le « ça va aller… On va s’en sortir » que pourrait dire un père à ses enfants le soir avant de l’endormir, quelque chose de très anxiogène pour le collectif (qui justifie que je laisse une paire d’heures mes occupations du jour). Bref, tu ne nous dis pas à quel point nous sommes devant une situation dangereuse.

Comme dans les familles des années 60, le dialogue est difficile avec vous, décideurs politiques. Parce qu’il part du présupposé que nous ne pensons pas vraiment, que nous ne sommes pas assez adultes pour comprendre la situation. Si nous l’étions, pensez-vous, vous vous sentiriez plus soutenus… Alors que le seul mode de dialogue permis justement par la hiérarchie que vous mettez entre vous et nous est une certaine agressivité populaire contre les dirigeants. Celle à laquelle vous êtes blindés par les conflits de parti. Pas de dialogue donc.

Puisque tu t’adresses à moi, je m’adresse à toi. Et je m’étonne à l’avance que certains puissent y voir une insolence. Je prends simplement au sérieux le texte fondateur de notre République. Tu es citoyen premier ministre, je suis citoyen. J’écris et je m’efforce non seulement de garder la langue bien pendue mais aussi les yeux et les oreilles ouverts sur ce pays où j’ai pas mal enquêté.

Ces présentations faites, le sens de mon message est le suivant. La crise est bien pire que tu nous le dis car ce n’est pas seulement une crise économique. C’est une crise écologique aussi, mais c’est une crise humaine surtout, donc une crise culturelle. Mais bonne nouvelle aussi, il y a des ressources que tu ne vois pas.

Ce qui ne va pas

Nous vivons (en plus dangereux) une époque comparable à la fin du Moyen-Âge, quand les grandes peurs n’avaient pas encore laissé place à la Renaissance. Un monde économique, fait d’industrialisation et de consommation s’effondre (et nous sommes dessous). Et nos structures institutionnelles pyramidales et désuètes nous fragilisent au lieu de nous protéger. Les comportements de nos dirigeants politiques, totalement dépendants de leur culture technocratique et des choix d’une technostructure qui leur échappe presque complètement ne sont plus adaptés à l’évolution du monde et des relations entre les gens. Vous avez tous été formés à une pensée des Trente Glorieuses qui ne correspond plus au monde.
Une part importante de la société française, mais aussi européenne s’enfonce dans un hiver inquiétant, mêlant replis identitaires de toutes natures et précarité, économique mais surtout culturelle. Sur un territoire désenchanté fait d’étalement urbain insignifiant et de centres commerciaux à perte de vue, c’est tout un monde ouvrier et de petits salaires qui se sent trahi et abandonné par la société de consommation qu’on lui avait vendue et qui n’existe plus que dans la violence du rêve télévisuel. On les abandonne comme hier les paysans.

Un agriculteur par jour au moins se suicide en France dans l’indifférence générale. On écoute encore (un peu) les suicides de salariés qui vont au bout d’une logique où on leur demande de se tuer au travail et maintenant c’est le tour des chômeurs que l’on considère comme des déviants à redresser, quand cassés, ils ne veulent pas partir à la guerre économique qui disloque les liens familiaux et les couples. Quelle vie ont les enfants de tous ces gens ? Quelle idée du monde adulte ? Quel avenir ont-ils ? Et on s’étonne maintenant de la violence des adolescents ? Violence tournée le plus souvent contre eux-mêmes d’ailleurs.

Tous ceux qui sont au côté de cette misère humaine ou au soin de proximité, fonctionnaires de terrain, enseignants, personnel des hôpitaux et des maisons de retraite (des mouroirs ?) sont méprisés, découragés souvent par leur hiérarchie, ses comportements féodaux et ses privilèges.

En haut, à la télé, protégée dans ses quartiers réservés en ville et par la cherté foncière, la nouvelle noblesse de l’argent ne se sent liée aucunement à tous ceux-là. Aucun lien, aucune responsabilité. Seul compte s’enrichir et jouir dans la perspective généralement admise par une bonne part des élites (je ne la confonds pas avec une élite de gens de devoir comme vous) que nous vivons une certaine fin du monde et que c’est sans scrupule qu’il faut en jouir personnellement, autant que faire se peut. Malheureusement pour les gagnants du casino social, la vie humaine ne se résume pas à profiter. Alors leurs familles hantent les psys et les psychotropes. TF1 ou la coke, chaque niveau de la société a ses pilules d’oubli pour tenir. Mais tenir pour quoi ?
Je ne veux pas te déprimer, toi et ton équipe, dans votre difficile métier. Je t’écris pour vous dire qu’il faut miser sur l’humain en fait et sur ce peuple créatif de français-es de toutes origines.

Celles et ceux sur qui tu dois miser

Vos ressources humaines, vos alliés sont là où vous ne les voyez pas. Là où le politique ne comprend pas, là où il ne mise pas. Là où les gens investissent d’eux-mêmes au milieu du difficile. Là où l’on ne renonce pas à faire rimer le sens que l’on donne à sa vie et l’intérêt de la collectivité.

Ils vous demandent juste de modifier la stratégie d’une bataille qui ne peut plus être gagnée si l’Etat continue à miser d’abord sur les entreprises du CAC40 au lieu de s’investir au côté de la population. Privilégier une industrie qui délocalise revient à disperser nos ressources au vent de la mondialisation, quand c’est la richesse humaine de notre pays qui reste son moteur de relance. Pas seulement pour le PIB, mais aussi de son BIB (Bonheur Intérieur Brut).

Quelques pistes ?

o Si notre crise est l’effondrement du monde industriel, soutenez d’urgence la créativité individuelle dans toutes les formes artisanales. Ils y les créateurs d’objet, les inventeurs, les artistes, les artisans, toute une classe d’intellos qui se précarise parce qu’elle mise dans ses recherches, ses projets d’intérêt général, sa création d’emploi. Sans soutien autre parfois que le RSA. Faites confiance à la classe précaire-créative. Elle est en difficulté car elle ne renonce pas à l’intérêt général. Elle cherche juste le sens commun si nécessaire au travers de projets de vie. Donnez aux individus des outils de travail collectifs, pour s’épauler, sortir de la solitude et inventer ensemble. Faites-le en vous inspirant des inventeurs de services publics innovants comme Le CENT, l’établissement culturel solidaire, de Paris XIIe. Economiquement très légers, appuyés sur le tissu associatif, ils concilient les impératifs d’économie des ressources publiques et le développement de services à tous.

o Si notre pays est dans une crise de citoyenneté ? Regardez du côté des nouveaux français-es. De ceux qui se battent pour venir sur notre territoire ou pour y trouver une place. Donnez de la voix aux immigrés et une pleine place à leurs enfants. C’est cela qui régénérera une France qui a le souffle court car elle ne croit plus elle-même à ses principes fondateurs. Ecoutez l’élite de votre jeunesse qui se mobilise dans les friches artistiques, comme le 6B à St Denis ou l’Ambassade du Pérou à Ris-Orangis. Pourquoi, au lieu d’une vie confortable, promise par leurs études d’architectes et d’urbanistes, vont-ils au contact des plus méprisés du territoire, de ces intouchables que sont en France les Rroms ? Parce qu’ils sentent que c’est à l’extrême qu’il faut témoigner. Que le sang neuf de la République coule dans les veines des sans-papiers.

o – Si vous voyez qu’un système de pensée ne fonctionne plus, il faut en changer. Ayez le courage d’accompagner la libération de la parole, qui explose partout depuis Internet. Au lieu de conforter les hiérarchies disqualifiées, confortez la responsabilisation et la prise d’initiative de chacun à son poste. Misez sur le travail en équipe, sur la responsabilisation individuelle des enseignants dans leur démarche pédagogique, des infirmières dans leur expertise. Reconstruisez le tissu entrepreneurial en misant sur les micros et les petites entreprises. Soutenez les dynamiques nouvelles de mutualisation.

o Misez sur des choses négligées. Prenez au moins la peine d’entendre les arguments de l’association Amelior, ceux qui soutiennent les biffins. Ils vous disent qu’il y a un gisement de richesse dans nos déchets et qu’il ne faut pas pourchasser (à grands frais pour la collectivité) les pauvres qui vident les poubelles. Mais au contraire entendre qu’il faut arrêter de s’empoisonner les bronches en incinérant chaque jour les matériaux qui vont nous manquer et que nous importons à grands frais. La sobriété écologique va avec un autre développement.

o Si vous croyez que les gens vivent une terrible solitude individualiste. Misez sur la fête. Des peuples pauvres dansent ! Nous sommes un peuple en dépression plus encore qu’en déroute économique. Les français ont été connus dans l’histoire comme un peuple des plus joyeux. Les habitants de votre pays ne chantent plus monsieur Ayrault ! Soutenez, protégez toutes les initiatives locales entravées par la réglementation comme les cafés-culturels par l’empilement des lois liberticides comme la liberticide loi Voynet. Aidez des petits lieux de culture qui font un travail de créativité populaire et ont un potentiel extraordinaire dans les quartiers. Je pense au Lavoir Moderne en danger à la Goutte d’Or. A la Forge de Belleville stupidement abandonnée au marché par la Mairie de Paris. Et à des centaines d’autres en France.

Ce que je vais te dire ne te fera pas plaisir (mais on n’est pas là pour ça si je t’ai bien entendu) car cela peut passer pour personnel, le sujet te tient à cœur. Pardon par avance donc de te dire que c’est aussi ce qu’essaient de te dire des gens à Notre-Dame-des-Landes. Mais que l’on essaie de dire à Paris à Delanoë (sans succès) et un peu partout devant l’autisme du politique. On veut vivre par exemple dans un Grand Paname des Paris-villages, multiples, conviviaux et pas celui des superstructures déshumanisées. Les gens de la Nièvre veulent être en prise sur leur paysage, leur vie quotidienne, pas voir les bois du Tronçay rasés pour une scierie géante. Là encore, au cœur de la Nièvre, le gisement n’est pas industriel. Il réside dans tout le potentiel d’échange et de rencontres qu’il y a autour de l’Abbaye du Jouïr et du Théâtre Eprouvette.

Le rêve des années 60 est mort un peu partout, on n’attend pas de vous politiques que vous le ressuscitiez car il n’a pas donné forme au bonheur, mais objet à désespérance. Nous n’avons plus besoin de grands équipements que vous ne savez plus d’ailleurs comment financer. Arrêtez de croire que l’on attend du politique de grands travaux. Vous n’êtes pas et ne serez jamais Louis XIV. Et tant mieux ! Si la République a un sens, ce n’est pas d’élire le monarque et sa cour. C’est que le pouvoir politique soutienne l’initiative individuelle là où elle rencontre l’intérêt général. C’est là qu’est la réserve de ce dont a besoin une grande partie de la société : du sens, de la reconnaissance, des outils et du soutien, de la visibilité plus que de l’argent pour se retrouver avec une pauvre vie à consommer des séries télés.
Nous avons besoin que vous laissiez de la place aux initiatives des gens d’en-bas, des gens du lieu. Là, dans la vie locale, dans les initiatives non soutenues des quartiers, là se cache l’emploi que vous appelez. L’emploi durable et qui ne détruit pas le tissu des rapports sociaux mais participe à les construire. Car au plus proche, au local, est aussi la socialisation et l’humanisation des rapports plus nécessaires encore aux français-es de maintenant.

C’est dans cette approche ouverte de la culture qu’il y a de l’intérêt général, pas dans l’entre-soi et la distinction des évènements plus ou moins privés que favorise l’institution aujourd’hui. Les collectivités territoriales ont largement pris le relai de l’Etat dans le financement culturel. Malheureusement, sans repère du Ministère de la Culture depuis plus de 10 ans, elles limitent (à quelques exceptions près) par leur frilosité la culture à un outil de développement de l’industrie du tourisme quand ce n’est pas de simple image pour le politique. Monsieur le maire devenu tout puissant, choisit alors l’artiste instrumentalisé (au détriment de l’insolent) et l’invite alors à participer de cette fracture politique que nous connaissons et qui participe à la désespérance de ce territoire et à sa défiance envers ses élus. Il y a donc beaucoup à faire pour recoudre au plus proche, autour de l’intérêt des habitants, le lien entre culture et politique, mais cela passe aussi par une évolution de la culture politique. Chiche ?

Pardon d’avoir été beaucoup plus long que ta vidéo, mais je n’ai pas la vidéo. Tout cela on tente de te le dire, de vous le dire. On ne parvient pas à se faire entendre, même quand on passe par des canaux proches de toi, comme le Think-tank Altaïr qui a tout de même dans ses travaux levé quelques lièvres. On ne sait s’ils ont touché ton oreille ?

Voilà, tu m’as écrit sans me connaître, je te réponds en te connaissant de loin. Tu me liras peut-être si tu en as le temps, mais je crois que pas mal d’autres qui pensent comme moi en seront confortés. Et c’est cela le plus important.

Tous mes vœux de courage pour ton combat quotidien.
Chaleureusement à toi,

Commune libre d’Aligre, Paris XIIe. Le samedi 2 mars 2013.

III. Premiers signataires :

Adrien Gaumé Gaumé, artiviste glocal, Adrien Toreau, citoyen non-matagrabolisé, Agathe Elieva, précaire créative, Agnès Bitton, avocate, Paris, Aline Mabit, bâtisseuse, Amaury Millotte, porteur de projet, Nevers (58), Amel Ezine, Fontainebleau, Anne Plouzennec, Lavoir Moderne Parisien, Annie-Camille Tronchet, Chargée de mission, Paris Aurélien Zolli, artiste, Aurélie Labis, intellectuelle, mère au foyer, RSAste, Barbara Boichot metteure en scène compagnie Déviation Corbigny (58), Brigitte Faure, Aubenas. Infirmière, Catherine Poulain, artiste plasticienne, Cécile Rémy, responsable d’édition, Paris, Céline Raux-Samaan, éditrice, Christelle Morvan, artiste peintre, Orléans, Christian Bourigault, danseur, Christina Bertelli, artiste, Claire DEHOVE WOS/agence des Hypothèses, artiste et Maître de Conf, Clotilde Rullaud chanteuse, Cyrille Hugon, organisateur du Salon du Rhum, David Bernagout, Projectionniste, Paris , David Langlois-Mallet, concepteur d’idées publiques, Grand Paname, Delphine Vincenot, plein de choses ! Paris, Dominique Dolmieu, artiste associé à la Maison d’Europe et d’Orient, Emilie Hesse, coordinatrice de centre social (57), Eric Delion, Réalisateur à La Télé de Gauche, élu de St Denis, Fabrice Latouche, maquettiste à Voynetgrad, Fanny Lesage, Retraitée, citoyenne du secteur culturel, Fatea Issad, Maisons Alfort, gestionnaire facturation, Faouzi Ahamada, Florence Durand, metteur en scène, Paris, Fred Etcheverry, danseur, Frédéric de Beauvoir, directeur d’établissement culturel, Frédéric Maintenant, compositeur, président de T.R.A.C.E.S. Franck Halimi, Gérard Santi, musicien à Lairière 11330, Gilles Vadrot, salarié agricole futur boulanger bio Rouy 58110, Gloria Aras, danseuse, Guillaume Gomis, journaliste, Henri Mandine, 84000 Avignon, Hélène Féo , Hélène Joly, réalisatrice autodidacte, Luc Natali, Jacques Livchine, Metteur en songes, Jean Bojko, Metteur hors-scène TéATr’éPROUVèTe, Abbaye du Jouïr, CORBIGNY (58), Jean Hurstel, Président de Banlieues d’Europe, Jean Mermet Acteur, metteur en scène, formateur, Jean Vaugeois, Québec, Jérémie Nestel Président de Libre Acces, Julien Beller Le 6B, Julien Pelletier, créateur graphique et éditeur d’estampes, Laure Foullon, Market Analytics Manager, Colombes, Laurent Schuh Acteur Générateur / Paris-çi et Ailleurs, Louis Bastin, auteur-réalisateur, Les Ateliers du Réel, Montreuil (93), Maria Spera, photographe indépendant, Marie-Odile Gerardin, Maryline Arsenault, professeur de Lettres, Nevers, Mathias Raulin, Invalide, artiste, futur chef d’entreprise, Marion Valentine, administratrice, St Denis, Mimi Pinson-Mourlevat, retraitée, Conseillère municipale de Pauillac, Michel Thion, Poète Teyran (34), Nathalie Saïdi, manager artistique et culturel, Patrick Pénicault, chef de projet innovation citoyenne, Sophie Clothilde, Graphiste, Montpellier, Patrick Soulignac, ingénieur, Deuil la Barre (95), Philippe Foulquié, directeur de Théâtre, Marseille, Samuel Lecoeur, Association Amelior, Sara Ben Assistante commerciale, Mulhouse, Sébastien Eymard, architecte, Sylvie Armilhon, Chargée d’études et de réalisations culturelles, Valérie de St Do, Journaliste, Yovan Gilles, Philosophe debout, Les Périphériques vous parlent…

°°°

Ce petit écrit spontané, au réveil, a pris une tournure collective. Il ne part pas non plus de rien, mais de pas mal d’activisme culturel (textes d’idées, débats, revendications). Si vous voulez nous rejoindre bienvenue. Une liste d’échange mail existe également autour d’une certaine idée conviviale de la culture de proximité et des innovations politiques qu’elle propose.

David Langlois-Mallet, auteur public

contact : langlois.mallet@gmail.com

Texte intégral de la réponse à Jean-Marc Ayrault
suite à l’envoi d’un mailing-mail « La compétitivité, c’est l’emploi http://minilien.fr/a0m7ju

langlois.mallet@gmail.com

Voir en ligne : Sur les coulisses de cet appel, lire Cassandre

De l’admiration amoureuse

Nous les hommes, nous sommes portés à l’admiration. C’est un sentiment inexplicable surtout quand il s’adresse à la beauté. Se trouver saisi d’émotion à la vue à d’une femme. C’est idiot, surtout après, quand on les connaît… Non. Je fais le cynique exprès. Mais c’est vrai, parfois, cyniques, elles le sont plus que moi dans les faits. Disons pour être honnête qu’un homme a toujours du mal à comprendre qu’il y a une autre personne à l’intérieur de la beauté qui le saisi. Notre œil est pris et avec notre imagination. On est parfois déçu, parfois charmé mais toujours surpris de rencontrer la personne. Ainsi, la relation à là femme est toujours double pour nous. Il y a celle que l’on voit et une autre à l’intérieur. La femme elle, se pense comme entière, logique. Elle suppose que nous la percevons de même. Qu’elle soit cette petite personne capricieuse à l’intérieur, où une grande dame aux sentiments élevés. Elle considère toujours sa beauté comme un attribut. Une femme, comme une petite république italienne de la Renaissance possède au fond d’elle une grande fierté de se sentir unique. « Oui, avec moi, c’est comme ça ! » entend-on derrière leurs mots. Comme un hymne local semblable à leur singularité.

Les hommes aussi sont doubles. Ils sont entiers dans leur personnalité et doubles dès qu’il s’agit d’une relation amoureuse. Je me souviens d’un gros rustre à l’armée qui nous l’expliquait très bien. Chaque nana, la petite blonde secrétaire aux armées, la sèche colonelle, la lourde cantinière qui passait devant le corps de garde lui déclanchait des soubresauts violent dans les hanches. Puis il passait sa manche sur ses lèvres avec des yeux de dénicheurs. « Celle-là, j’me la pignolerais bien ! » et semblait ranger le long de sa baillonnette un sexe de prise d’assaut. Pas de quartier sur la femelle.

Nous autres soldats, les deux plus sages, nous eûment des amantes dans les engagées et des culbutes en treillis, une fois tombé le lourd ceinturon. Lui, pas. Il nous expliqua un jour qu’en fait il était un petit chaton blottit dans les bras de sa copine… Comme beaucoup d’homme il avait deux personnalités amoureuses. Le fier à bras, celui qui maîtrise et qui s’en fout avec les copains, l’amoureux ronronnant avec sa belle. Mais revenons à l’admiration.

J’étais jeune mec. C’était je me souviens une des premières nuits avec une « vraie » femme. C’est à dire une femme qui nous donne une impression forte de féminité et de maîtrise de cette féminité. J’avais beaucoup tergiversé avant d’entrer dans son lit. Pas parce que je n’en mourrais pas d’envie, mais surtout parce que je n’en connaissais pas le chemin. Nous nous quittions les soirs après d’interminables conversations sur le pas de sa porte, vers 3h du matin. Elle remontait, je rentrais chez-moi, dans mon studio qui dominait Paris. Au plus haut de la Goutte d’Or.

Elle me sortait le soir. Elle était attachée de presse et à ce titre courrait les théâtre. J’étais le jeune homme charmant et un peu niais qui l’accompagnait et lui tenait les portes. Celle de service de l’Opéra comique où elle se ventait d’être connue de tous les machinos. S’offrant un petit règle sur les hommes à bon compte. Puis c’était les terrasses des soirs de printemps sur les flancs de la Butte Montmartre avec ses amis plus âgés qui me dévisageaient dans un mélange d’étonnement, d’envie, dans lequel je percevais aussi de la condescendance.

Sans doute avais-je une forme d’admiration pour cette jolie petite femme brune et décidée qui fendait la foule avec moi dans son sillage et qui allait aussi déchirer une part de ma naïveté sur le monde. Sans bien savoir ce que je faisais là, elle était pour moi la fille du Père-Noël. Ça tombait bien d’ailleurs, j’avais pris comme pseudonyme Balthasar. Peut-être parce qu’elle s’appelait Marie-Noëlle.

De retour dans la rue Labat, le soir vint, la nuit plutôt après un théâtre, où elle me proposa de monter plutôt que de rentrer chez-moi. Dans l’impressionnant deux pièces, je fis les faux-culs qui proposent de dormir par terre au pied de son lit et m’y retrouvait donc invité rapidement. Sans doute n’avait elle pas à faire tous les jours à un garçon si peu dégourdi et décidé. Je n’eut pas longtemps l’embarras d’étouffer ma respiration dans la demi nudité et l’obscurité. Je sentis sa main prendre ma main fermement.

Elle la glissa entre la toile légère de sa culotte et les poils un peu rêches qu’on souvent les méditérrannéennes. J’allais bientôt devenir plus parisien frappé pour la première fois par le charme puissant du raffinement sur l’imaginaire. Le versant intime et féminin de la civilisation du jardin à la française.

Avant que le versant obscure du siècle de Louis XIV ne me soit révélé. J’en étais à me dire, en grand bênet que j’étais, que son geste décidé et doux pouvait probablement passer pour une sorte « d’autorisation… » et que je ne n’allait peut-être pas sur ce coup-là, voir émerger en moi le parfait salaud que ma mère m’avait promis dans tout homme qui touchait à l’innocence d’une femme. Ou que du moins, si elle me le reprochait plus tard… peut-être pourrais-je tenter d’argumenter ? Je l’embrassais donc.

Mon propos n’est pas de raconter la nuit mais l’admiration de cette nuit. Quand elle tomba épuisée, dans la pénombre j’étais comme après un premier café. Alerte et prêt à considérer que j’avais découvert l’éternité. Qu’il n’y aurait plus jamais de temps, de réveil, de matin, de travail. Plus même jamais à se remettre à la verticale et à rassembler ses vêtements. En fait, je n’en avais même pas conscience. J’étais là. Elle beaucoup moins, son sommeil et la relative distance de ses derniers baisers m’avait étonné. C’est toujours surprenant quand on a de grands élans et que l’autre se dissocie pour des raisons extérieures qui nous échappent. Je ne savais pas encore qu’une femme pouvait prendre un amant quand son mec la rendait amoureuse. Que l’un vivait une découverte essentielle quand l’autre se détendait ou fuyait une angoisse.

J’étais pour l’heure le gardien muet de la beauté. Peut-être imaginais-je de l’amour ? Je ne crois même pas. J’avais sous les yeux beaucoup plus que ces rêveries. Une vraie femme que je veillais. J’étais là, vivant. Et personne ne pourrait jamais plus me priver d’avoir vécu cet instant, comme rien à cet instant ne pouvait m’arracher de la contemplation de son corps nu. La beauté d’une femme est un plaisir inimaginable. Une émotion fascinante. Les soirs de printemps sont courts. J’avais la gorge nouée. Je sentais bien que derrière la chaleur de la ville, un nouveau jour voulait monter. Dans le petit jardin, derrière la baie vitrée, les premiers oiseaux avaient commencé à donner l’alerte. Des trilles innocents anonçaient, un désastre, une menace sur mon bonheur tout neuf. Je capturais de toute mes forces chaque instant. Les cristaux rouges du radio-réveil précisaient la menace. Tout le reste de la nuit, j’allais veiller ces seins, la peau brune de son ventre et regarder comme mienne une merveille inimaginée, la découpe d’une petite fourrure plissée entre ses jambes, la finesse de sa peau alentour, des lèvres que j’avais respiré. Dire que tout à l’heure, Moi, j’étais au milieu d’elles ! Et comment ! J’étais comme un alpiniste qui se retourne dans la vallée sur la montagne qu’il a conquise. J’étais aussi comme une forte montagne qui veille une vallée endormie. Enflammé d’enthousiame, je contemplais la sérénité du sommeil. J’étais un grand enfant qui veillait sa première bataille, même si ce n’était pas la première.

Je veillais, elle dormait, je protégeais, elle rêvait, elle était vulnérable, j’étais fort.

David Langlois-Mallet

Les Agoras du Peuple Créatif, concertation de territoire avec le 6B et le 100 E.S.C et le Musée du Montparnase

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Les Agoras
sont une concertation des acteurs culturels du territoire du Grand Paris organisée en 2012

« Se réunir simplement pour échanger sans chichi, hors des formes habituelles de mise en scène du pouvoir, ou du savoir à la recherche d’invention nouvelles. »

L’idée des Agoras, voulues cet été dans le creuset de La Fabrique à Rêves du 6B s’est amplifié au CENT à la rentrée. Elle trouve ses racines au Musée du Montparnasse.

Nous explorons donc dans nos Agoras autant les richesses de notre culture populaire du Grand Paname et de ses frictions avec les logiques institutionnelles ou centraliste, que nous nous intéressons à ces idéologies qui soutendent l’action des pouvoirs, sans que leurs acteurs (élus, services, haute administration) ne pensent à en interroger les fondement et surtout la finalité réelle.

Ce bouillon d’idées qui pourrait servir, sans rupture avec les logiques de quartier, autant l’invention d’un nouvel imaginaire collectif, fondé sur la diversité des paroles (au pays du centralisme-parisien-roi !) que des politiques publiques qui prendraient réellement pour racines les besoins des citoyens et non celui des concepteurs d’infrastructures (je pense au Grand Paris que l’on prépare sans nous bien sur).

Pour en savoir plus suivre ce lien :

http://www.unpeuplecreatif.fr/spip.php?rubrique7

Paris est un jardin

L’objet de mon article est de dire que de l’autre main, la politique de la ville consiste à prendre le contrôle ou à détruire toute les initiatives des lieux et des artistes parisiens qu’elle ne contrôle pas.

Comparons la culture à un jardin

Dans l’esprit Delanoïste, tout ce qui y pousse spontanément comme initiative artistique des parisiens et considéré comme mauvaise herbe et arraché impitoyablement (les caf’conç, les squats d’artistes, les arts de la rue, les lieux de petite taille etc..).

Il reste les quelques charmantes pâquerettes en pot que l’on veut bien montrer aux enfants des écoles (c’est ce dont parle votre réponse, l’action culturelle tant méprisée en haut). Vous me reconnaîtrez que la moitié de mon militantisme auprès de la ville, loin de nier l’importance de tout ce dont vous parlez consiste à plaider pour l’augmentation des budgets et plus de considération pour les élus à la culture des mairies d’arrondissement, véritables « sous-mairies » dans le système actuel.

Et puis il y a la politique paillette de la Mairie centrale… Là ne poussent que des fleurs destinée à la parfumerie de luxe et au marché de l’art. Dans un entre-soi ridicule on y renifle le narcisse sous serre qui ne sert qu’à l’ego et la promotion personnelle.

Je parle d’entre-soi, pas de privatisation du bien public. Il est évident par exemple que l’urgence pour les parisiens est d’avoir un immense hôtel de luxe LVMH plutôt que des d’habitations bon marché à la Samaritaine.

Il n’y a pas de place… nous dit la politique de la mairie, pour les lieux culturels libres auxquels je fais référence et qui sont fréquentés aussi par les enfants, les associations, les jeunes, les vieux, on y donne des baluches et des oeuvres vivantes qui ont de tout temps fait le succès de Paris. Cette culture populaire spontanée. Celle des enfants du Paradis, du Montmartre ou du Montparnasse des artistes, c’est le lien essentiel à la vie de quartier qui fait que le XXe est si agréable à vivre et le 7e si mortifère, que la Goutte d’Or est un quartier riche culturellement et le XVIe un « vaste désert d’hommes ». Ce Paris dont je parle dans votre arrondissement, c’est celui du Carrosse expulsé aujourd’hui même au prétexte classique de la sécurité celui de la Miroiterie menacée, du Théâtre de Fortune rasé au mépris de la loi-même qui interdit de raser un théâtre, du Goumen rasé vendredi dernier….

Alors le patrimoine… largement oeuvre des pouvoirs, fait partie de l’âme de la ville. L’industrie du luxe a sa part bien sur qui le nie ? Mais les parfumeurs et leurs relais municipaux en voulant faire de la ville un duty-free, en sacrifiant tout au tourisme et à la spéculation, ne rendent pas seulement la vie invivable aux parisiens. Ils tuent ce avec quoi ils font de l’argent.

« Les aigles d’Altaïr », les derniers indiens de Paris demandent d’urgence une politique. On a d’ailleurs l’élégance de vous la fournir gratuitement. Elle a été conçue au prix d’une mise en danger personnelle en ce qui me concerne et beaucoup d’autres aussi (que dire d’Hervé en grève de la faim, de Yabon et de Cathy qui ont des enfants en-bas âge et souffrent une expulsion), quand tant « d’experts » se payent de nos impôts pour détruire notre ville qu’ils ne connaissent et n’aiment même pas. Quand tant d’agents municipaux sont, faute d’une politique éclairée ou d’une formation (je pense aux jeunes papillons des cabinets qui ne sont pas malveillants forcéments mais n’ont que la vague conscience en poursuivant leur intérêt individuel de participer à une politique d’apartheid social).

Voilà pourquoi il faut laisser s’exprimer le tissu de la vie, de la ville : à côté de l’action municipale les parisiens ont leur place. C’est un enjeu culturel et démocratique essentiel. Si Bertrand Delanoë ne comprend pas culturellement la nécessité d’une rupture dans sa politique, d’un réveil, il peut comprendre politiquement que Paris est perdu pour la gauche. Yabon, figure de Paname, artiste expulsé aujourd’hui avec Cathy sa compagne actrice de la renaissance du Carnaval de Paris me disait aujourd’hui « ils croient que nous sommes leurs adversaires, ils nous traquent et nous expulsent, nous sommes juste des lanceurs d’alerte ».

Ce que je dis la gauche l’a compris, les Verts l’ont compris, la droite populaire l’a compris. Il n’y a que la gauche caviar qui reste autiste à Paris aujourd’hui, je pense que même Bernard Arnaud pourrait le leur expliquer.

© David Langlois-Mallet, 28 mars 2012

* (Réponse à la tribune de Julien Bargeton dans Rue89)http://www.rue89.com/rue89-culture/2012/03/28/la-culture-paris-un-travail-de-dentelliere-230607Bravo pour cette tribune et merci pour cette réponse. Je salue l’homme courtois et de qualité qui n’a pas que le mépris à offrir au débat. C’est la première fois, je crois sous vos yeux, que le Paris de la culture officielle s’adresse au Paris populaire.

Mais sur le fond, un constat simple… de malentendu. Nous ne parlons pas de la même chose. « La municipalité a une politique culturelle de proximité » nous dit en substance cet article.

Hollande attention ! Delanoë est le nom de la punition culturelle infligée à Paris

Pas d’erreur sur la culture monsieur le candidat du « rêve français » !

Au meeting culture de vos supporters au Cirque d’hiver vous avez fait applaudir le nom de Delanoë « exemplaire » selon vous en matière de politique culturelle. Attention, c’est une grave confusion et un bien mauvais bateau qui associe à culture le nom de Delanoë. A la différence des armes de la ville, il coulerait à la première vague comme son « pari olympique » le fit en son temps.

Prenez le temps de vous informer auprès des meilleurs réseaux, le think tank Altaïr par exemple avec qui nous venons d’écrire une proposition complète, sur le sens qu’il y a ici à associer Delanoë et culture. Il y a assez de politiques culturelles socialistes exemplaires en France à mettre en valeur, en Rhône-Alpes, en Bretagne, ailleurs pour vous éviter une grave faute.

Une ville à péage

Faut-il vous apprendre que le lien entre les citoyen(ne)s de Paris et les lieux de culture de proximité a été détruit systématiquement onze ans durant par sa politique ? Même si certaines mairies d’arrondissement ont tenté sans moyens parfois de compenser ses erreurs, la mairie centrale, qui se prend par une vanité personnelle ridicule pour un ministère de la Culture bis en même temps qu’un office du tourisme, substitue à toutes les traces d’activité culturelle vivante, spontanée ou populaire qui sont pourtant l’essence de Paris et le rêve d’art de vivre que l’on vend aux touristes, un modèle de culture unique, policée, bobo, glacée, puant la distinction par l’argent et les compromis avec le marché de la mode ?

Bilan ? Une ville à péage, bradée au groupe de luxe LVMH où vivre simplement nécessite 3 000 euros par mois. Aujourd’hui, trois parmi les derniers lieux ressources (où l’on fait des rencontrent intéressantes en dehors du lien de l’argent) lancent des SOS.

  • la Ville de Paris expulse à Ménilmontant le squat du Carrosse (animé par deux figures du Paris underground, Yabon et Cathy Poulain) dont les artistes ont refusé de se soumettre à un chantage personnel : échanger un lieu collectif porteur de sens contre l’avantage d’un relogement personnel ;
  • la municipalité tente d’étouffer le Lavoir Moderne Parisien en créant à grand frais un lieu richement doté qui ouvrira aux agents immobilier le cœur du quartier populaire de Paris ;
  • elle menacerait même le musée du Montparnasse en soutenant une polémique sans fondement contre son remarquable directeur Jean Digne, qui revivifie chaque jour la culture vivante en tissant des liens entre les gens du monde francophone et ceux des quartiers populaires. On parle de menace sur sa subvention, est-ce vrai ?

Gentrification culturelle

Le cas de la Goutte d’Or mérite qu’on s’y arrête. Le dernier quartier populaire de Paris est l’exemple parfait de la gentrification culturelle. A Paris, cette mise aux normes bourgeoises de la ville qui évince petit à petit le peuple et laisse libre court à la spéculation immobilière se fait avec un cheval de Troie imparable : la culture.

La Goutte d’Or, c’est un quartier populaire d’aujourd’hui. C’est-à-dire que le peuple y vient des quatre coins du monde, comme on venait dans le Paris du XIXe siècle des quatre coins de France. La culture populaire parisienne ? C’est l’art de vivre ensemble des provinciaux et des étrangers. Sur un air de java ou de châbi, dans un slam ou de graf’, c’est le langage commun que les gens s’inventent pour échanger quand ils n’ont pas les mêmes origines.

C’est exactement ce mélange que pratique le Lavoir Moderne Parisien depuis trente ans. Les grands mafés de rue, les œuvres de Novarina ou un concert de reggae y sont également accessibles, au prix de l’apéro et avec la même décontraction. On peut y croiser des gamins à casquette et des bobos, des Blancs et des Noirs, des petites vieilles et des poètes, bref des amoureux de culture sans condition de revenus.

Esthétique froide de show-room

Non seulement Le Lavoir aux 500 événements culturels annuels reçoit un soutien dérisoire de la ville. A quoi peut-on comparer les 50 000 euros de subvention qu’il reçoit par an pour son travail de cohésion culturelle de quartier ? Certainement pas aux millions d’argent public qui arrosent le 104, paquebot bling-bling qui a échoué en naufrageant tous ces liens avec les acteurs du quartier et qui tente actuellement sa difficile remise à flots.

Mais encore, à coup d’audits qui ne montrent aucune erreur de gestion, pour ce petit pécule on lui fait-on une guerre comptable sans fin.

Que comprendre quand dans le même temps la Ville exige la tête d’Hervé Breuil, directeur de ce petit théâtre indépendant et figure emblématique du quartier, quand elle se prépare à investir des sommes considérable dans un projet concurrent juste au coin de la même rue avec une équipe privée qu’elle a choisie ? Simplement que la culture Delanoë doit être sous contrôle politique total, que les lieux de culture vivante ont presque tous disparu. Qu’il s’agit partout de substituer à la culture qui a toujours monté des quartiers de Paris un modèle unique de culture descendant de l’Hôtel de Ville, avec ses codes de distinction accessibles seulement aux bobos et son esthétique froide de show-room. Que cette politique culturelle fermée a pour effet de déstructurer la convivialité de quartier, de mettre la ville au normes de l’habitat et de la spéculation immobilière.

Car dans le même temps, où les besoins de logements sont vitaux, que fait-on des immenses espaces centraux comme celui de la Samaritaine ? Un hôtel de luxe géant face à la Seine. Ah, oui. Avec une crèche dans un coin pour que nul ne puisse rien dire.

L’art du Paris capitale

Alors que l’on fête la Commune, que le peuple en rouge manifeste à la Bastille, Paris n’a pas fini pas d’être punie pour ses Révolutions. En 1871, on a massacré les habitants des quartiers populaires femmes et enfants compris. La punition urbanistique est venue des gouvernements, puis des maires de droite qui ont rasé au fil du temps la moitié de la ville, déplacé honteusement en banlieue les vieux habitants amenant le désordre d’une surpopulation mal préparée.

La punition a été la mise en coupe réglée par les marchands et les promoteurs de l’autre côté. Les bouillons de culture populaire, les Halles (ventre de Paris), Montparnasse patrie des artistes du monde (900 ateliers rasés pour une tour de bureau) ont été systématiquement détruits, mis au pas, normalisés.

On a espéré de la venue de la gauche. La réponse est venue par une culture vitrifiée qui tombe de l’Hôtel de Ville sur les quartiers qui contribue depuis onze ans à détruire l’esprit de Paris, à repousser le populaire et à « gentrifier » l’espace urbain. L’art du Paris capitale méprise et détruit ainsi la culture issue des quartiers qui est pourtant, autant que le patrimoine ou le luxe, l’identité de Paris. C’est même son âme.

Alors quand on nous demande de croire, une fois encore, une clarification s’impose. A quoi se réfère monsieur Hollande votre rêve culturel français pour les cinq ans qui viennent ? A une politique d’émergences, de proximité vivante misant sur la créativité, la diversité et l’expression du peuple ou à la politique institutionnelle glacée et morte d’une ville à péage exemplaire ?

Langlois-Mallet

Hollande attention ! Delanoë est le nom de la punition culturelle infligée à Paris.

Résumé. Ville à péage, gentrification culturelle, esthétique froide de show-room… c’est l’art du Paris Capitale des années Delanoë. Nous croyons à un autre Paris, une ville populaire, conviviale, des fêtes ouvertes à tous, des concerts au café du coin, des squats qui accueillent les artistes émergents que l’institution ignore. Le Paris populaire mixte des cultures du monde, Paris populaire éternel, celui de la vraie vie !

Lire la tribune libre dans Rue89

Hollande attention ! Delanoë est le nom de la punition culturelle infligée à Paris.

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