Gilets-Jaunes. Retour et risques de la politique ?

A mon avis vous devriez arrêter avec les mots droite et gauche pour qualifier les Gilets Jaunes ou le peuple plus largement (la variante, le mot « confusion » pour parler des revendications quand ne rentre pas dans les cases). De même avec « pouvoir d’achat » quand on parle de reste à vivre ou de survie.

Si les gens se reconnaissaient dans ces cadres, ils voteraient massivement et tout serait comme avant : les débats auraient lieu au parlement.

Cela fait des années que devant la bunkerisation des pouvoirs. Il s’est constitué une opinion majoritaire dans le rejet du consensus opéré par les élites de droite et de gauche.

Au delà de 3000 euros par mois, que l’on soit de droite ou de gauche, il y a convergence tacite vers « la seule politique possible et un consensus sur le côté inéluctable de la globalisation : « there’s is no alternative» sert de projet de société à tous ceux qui estime leur vie finalement satisfaisante. On peut avoir des sensibilités (une inquiétude écolo même) mais avec une qualité de vie, elles restent comme « extérieures », des opinions virtuelles.

Le verrouillage électoral et institutionnel de cette iniquité étant encadré par un verrouillage du débat par des insultes de racisme social ou de distinction culturelle (sans-dents, gaulois réfractaires, ceux qui ne sont rien, beaufs de Cabu ou Deschiens…) ou au nom d’une morale limitée aux questions de mœurs : indifférence totale dans les actes (à la pauvreté des autres ou à sa responsabilité d’élu ou d’élite), surexcitation à proportion dans l’excommunication contre des propos, réels ou supposés, pour (populiste, homophobe, sexiste, fasciste, nazi etc…).

En-dessous de 3000 € à deux, ce consensus économique et politique ne tient pas et le vernis d’humanisme qui l’encadre se craquelle, aux risque d’emporter avec l’hypocrisie de vraies valeurs usées de trop d’instrumentation. Le débat étant aussi interdit que l’accès aux élections, la conscience politique se constitue ailleurs, autour d’autres représentations et d’autres clivages. Que l’extrême-droite ait une longueur d’avance du fait de sa mise à l’écart (qui permet une identification), c’est certain. La France Insoumise aussi est en position de dialogue. Mais je pense plutôt qu’autre chose émerge qui n’entrera pas dans les grilles. Le brouillage même des grilles de ces partis le montre.

Tout ne sera pas à notre goût, il y aura tension, conflit même surtout autour de question liées à la nationalité ou à l’immigration, mais du moins peut-on espérer d’une brèche dans la chape de plomb ultra-liberale et technocratique, un retour du débat, un rapatriement de la décision dans le réel, bref un retour de la politique.

Espérons qu’entre le durcissement des pouvoirs dans la répression et la manipulation du recours à l’extrême-droite, l’expansion de la révolte par définition ouverte aux quatre-vents, qu’entre les méprisants et la colère, s’ouvriront des espaces de vraie démocratie pour associer, à la place d’élites complices et incapables, à la fois le comment bien vivre à l’état de guerre environnementale.

Langlois-Mallet

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Grenouilles !

Je me pose des questions sur toutes les jacqueries qui ont émaillées la France ces dernières années, qui n’ont rien de commun hors leur refus du modèle libéral dominant.

Tu vois qu’ils recoupent très imparfaitement les catégories politiques parlementaires, excepté par leur émiettement et l’indifférence voir l’hostilité des autres.

Vous avez les ZAD -> Laisser nous faire différemment de la société de consommation (écolos)

Les Gilets-Jaunes -> on n’arrive plus à marcher (rouler) normalement dans la société de consommation (Abstentionnistes, voir droite poujadiste, Insoumis)

Les Nuits Debout -> on veut s’asseoir et réfléchir ensemble (à un autre modèle) (écolo gouvernemental, Hamonisme)

Bonnets Rouges -> gardons notre liberté locale

La Manif pour Tous -> on ne veut pas du changement de moeurs mais en rester à la famille traditionnelle (UMP, Catho, FN)

Les Cheminots -> On ne veut pas de destruction du modèle de service public et de l’emploi (Syndicats, PC, Insoumis)

Avec un prix hors-piste, Révoltes de banlieue, revendication communautaire islam -> je rejette les valeurs de la société dominante

Ce qui est assez étrange, c’est que le modèle dominant, moeurs urbaines globales et libéralisme économique est archi-dominant (médias, argent, pouvoirs, culture) mais minoritaire.

Surtout il n’arbitre jamais, il profite de chacune des diversités de la société pour imposer son modèle.

Par exemple pour les gilets-rouges, il est évident qu’il fallait laisser à la Bretagne sa coutume de ne pas avoir de péages et maintenir les taxations sur le reste de la France. On en a profité pour démanteler tout le dispositif de l’éco-taxe dans le sens des intérêts financiers.

Pour le Mariage pour Tous, il y avait aussi un équilibre de société intelligent à trouver en jouant du consensus sur la liberté d’association des adultes mais en reposant de manière tout à fait séparée la question de la responsabilité, du droit de l’enfant et de la famille. Mais il était plus intéressant politiquement pour les libéraux de cliver « sur un droit à l’enfant » avec les méchants conservateurs, toute cette mousse sur les débats de société évitant que l’on regarde la question de la répartition de l’argent (dans le même temps on refilait les milliards au CAC40).

Les ZAD, encore plus facile. Ouvrir des zones libres d’expérimentations de la transition pour les personnes qui veulent expérimenter un modèle à l’effondrement en cours de la société de consommation.

Idem pour les gilets-jaunes. Il y a des Etats-généraux à ouvrir avec l’assurance d’un minimum garanti, un bouclier de taxation (une personne ne peut pas descendre en dessous d’un certain niveau de vie), un engagement d’alternative mobilité hors des métropoles, une taxation différenciée des carburants dans les campagnes etc.

Le service public, des hôpitaux, de la SNCF, de la Poste, de l’Education Nationale, de la sécurité etc ne devrait même pas être un sujet de débat dans un grand pays. Et on devrait même d’urgence y inclure la sécurité nucléaire.

Tout se dégrade t-il juste parce que vous passez votre temps à vous tirer dans les pattes les uns les autres et que l’arbitre est malveillant ou juste pro-business ? Essayez la concertation et la solidarité entre tribus ou trouvez un vrai arbitre, non ? Grenouilles !

Langlois-Mallet

Mélenchon, les limites de la vertu

Le dossier des assistants étant bidon, je pense que ce qui est visé commence à se dessiner : Sophia Chikirou et sa vie privée (qui ne me paraissait pas un secret) avec Mélenchon.

Le fait qu’elle ait une boîte de com’ indépendante (bénéficiaire donc des prestations de son compagnon-client et donc des remboursements d’argent public) va poser légitimement la question du mélange des genres.

On touche là à autre chose que les malversations ou l’enrichissement malhonnête; juste le côté « ficelles » de la vieille politique, ses pratiques féodales et les petits arrangements de gens qui donnent tout, leur santé et le reste à leur passion pour la chose publique et estiment que cela mérite bien les avantages qui sont associés au pouvoir (et en attendant quelques petites compensations qu’ils ont le pouvoir de se voter à eux-memes au sein des structures qu’ils contrôlent).

Les hommes politiques normaux ont ainsi les mêmes comportements que les petits patrons qui se votent à eux-mêmes et à leurs proches (souvent mis à contribution) de bons dîners au resto avec la carte de l’entreprise, après avoir durement bossé.

C’est intéressant de le dénoncer, pas pour la gravité des faits eux-mêmes, mais parce que pour les dissimuler (le fameux mystère du pouvoir), il faut introduire tout un biais dans des relations saines et normales d’un groupe. « Le Chef » décide… et il y a un certain nombre de questions que l’on ne pose pas au sein d’un parti, d’un journal ou d’une entreprise où tous lui doivent (dans le sens matériel, mais aussi dans le sens noble du mot) beaucoup plus que les privilèges qu’il se vote.

Beaucoup de gens sont indépendants (et, où) précaires parce qu’ils n’aiment pas cotiser à ses pratiques. Personnellement je sais aussi pourquoi je ne suis pas à La France Insoumise et pourquoi j’ai refusé une tête de liste qu’ils m’avaient proposé.

Pas parce que je les regarde comme des malhonnêtes, mais parce que je n’aime pas cette culture d’organisation issu de la vieille gauche institutionnelle; du PS en particulier.

Je vais quand même continuer à les défendre pas parce que je les crois purs comme neige. Mais parce que le monde est très pourri et dangereux et que je garde une distance aussi avec ceux qui, dans un désir de pureté absolu des individus, en arrivent à oubli du jugement politique.

DSK était-il un salaud avec les femmes ? Sûrement. Je crois surtout qu’il aurait pris des décisions économiques et politiques dangereuses.

Fillon était il boulimique de signes d’ostentation matériels ? Sûrement. Tapait-il dans les caisses ? Surement. Il aurait surtout été un libéral toxique et à la fois un défenseur de l’indépendance du pays.

Marine Le Pen nourrissait-elle le FN en tirant sur l’argent public européen ? Sûrement. Mais elle nous aurait surtout fait courir le risque d’une guerre civile identitaire.

Hilary Clinton était-elle ce tout et pire que dénonçait Trump ? Sans doute, mais elle était le choix entre une forme de pire institutionnel face à une autre, primitive.

Lula a t-il touché des pots de vins ? Probablement et quand bien même, n’était-il pas dans la corruption générale du Brésil, la solution de la vertu publique ? Encore plus face au cauchemar que dessine son adversaire ?

Je suis tout prêt à croire que les pratiques de Melenchon ne me correspondent pas. Il n’en incarne pas moins aujourd’hui, non pas la réalité d’un gouvernement philosophique, mais à la veille d’une situation de crise inédite, la moins mauvaise équation française (je veux dire fidélité au meilleur de notre histoire, indépendance et humanisme, de la politique, justice sociale et conscience écologique) en position personnelle et politique de peser et de tenir un rapport de force. C’est beaucoup ! C’est même une chance énorme.

Après je suis certain qu’en prenant les ordinateurs de vingt militants et en fouillant des domiciles, on trouvera toujours matière à monter qu’ils ne sont pas cannonisables.

Mais la question ne se mesure pas à eux-mêmes, ou à l’idéal évangélique mais par rapports aux autres offres du contexte.

Macron est-il plus vertueux parce que la Justice n’enquête pas sur ses comptes de campagne ? Parc que l’on a fermé les yeux sur le scandale de Las Vegas ? Sur celui de la disparition des sommes énormes gagnées dans les banques d’affaires ?

C’est bien sûr sans commune mesure. Mais tout cela n’est qu’une goutte d’eau pourtant. Le vrai scandale politique n’est même plus examiné parce qu’on a le nez sur les personnes. C’est celui des politiques.

Politiques économiques du pouvoir macronnien :

Où sont les dizaines de milliards volés au Trésor public ? Les dizaines d’autres détournés vers les entreprises du CAC40 ? Les milliards non réclamés de la fraude fiscale ? Etc…

Plus grave encore qu’elles seront les conséquences de la politique du glyphosate ? Des bébés qui naissent sans bras ou la disparition des oiseaux ?

Voilà les vraies mesure des choses qui me, nous, concernent en politique. Mais maintenant, s’il faut toute l’énergie de tous les médias une semaine durant plus l’aide d’un juge pour nous prouver que Mélenchon n’est pas un type très sympa si on lui fait peter les plombs. On devrait y arriver. Juste ce n’est pas la question que je me pose.

David Langlois-Mallet

Police et pouvoir : Nique l’opposant !

Le ciblage de la personne devient l’arme usuelle.

On a beaucoup rigolé (moi le premier), de Fillon et de ses déboires ridicules; ils l’étaient. Ceux d’un homme qui voulait mettre la France au régime et qui s’empiffrait lui-même à chaque occasion, tirant comme un Harpagon sur toutes les ficelles et piquant au buffet public. Reste que derrière ses vices privés, il était peut-être le mieux préparé à l’Etat et que sa (rédhibitoire pour moi) soumission au libéralisme planétaire se faisait avec la contre-partie d’une indépendance stratégique qui le plaçait sur une liste à abattre.

Au-delà du plaisir qu’il nous a donné (quels fous-rires !), j’ai toujours eu un doute. L’idée que, sa chute provoquant l’arrivée de Macron – que j’ai par contre toujours lucidement vu comme le pire, mettant la vertu publique au service des vices privés- l’on s’était fait balader médiatiquement pour en arriver là. Ou plutôt pour que le candidat de BFM TV, de Libé et de TF1 arrive là.

Avant lui, il y avait eu le virage DSK aussi qui avait fait couler un premier poids lourd et beaucoup d’encre. Tout Paris savait que c’était une bête en rut, mais le bon goût de l’époque était d’en rire (la mode, c’est ce qui se démode). L’innovation made in US de l’excommunication par le sexe a arrangé beaucoup de gens, à commencer par Hollande, et cette culture (inimaginable en France quelques mois plus tôt, comme l’on riait des étatsuniens au temps de Clinton-Lewinski) d’attraper les politiques par la vie privée s’est ensuite vite répandue. Touchant même le petit fretin (Baupin le DSK Vert que tout son parti regardait avec complaisance, Tron et le fétichisme des pieds etc…)

Marine Le Pen, on s’est posé des questions, mais personne n’est allé jusqu’à la défendre (l’excommunication tombe vite au pays de Voltaire… « vous soutenez le FN maintenant ? »). Mais n’était-ce pas l’une des chefs de l’opposition qui était visée ? La tradition de magouille et d’argent sale de l’extrême-droite plaidait en faveur de l’attentisme.

On ne s’attend bien sur pas à ce que la police perquisitionne le domicile d’Emmanuel Macron pour savoir où est passé l’argent gagné dans les banques d’affaires. Ni celui de Richard Ferrand pour s’intéresser à l’enrichissement familial autour des Mutuelles de Bretagne. Elle n’a même pas eu le droit d’ouvrir le fameux coffre de Benalla (ni la justice celui de se demander : pourquoi ?)

Voilà donc le tour de Mélenchon. On peut aimer ou non l’homme et le parti et lui faire les reproches que l’on voudra. A commencer par ceux, courants, d’être un idéologue, un comédien, un illuminé Chaveziste ou (plus sérieusement) de ne pas vouloir réellement du pouvoir. On sait très bien que son moteur n’est pas l’amour immodéré d’un enrichissement personnel ou frauduleux. Alors ?

Et bien il reste le coup de filet. En entrant dans la vie privée d’une personne on peut toujours espérer un levier de chantage (intime, familial, économique… ou juste le coup au moral de voir sa vie dépouillée au petit matin). Et ça, c’est bon à prendre pour un régime assiégé, du fait justement de ses pratiques de politique politique.
Le coup médiatique aussi, insinuer : « une sorte de tous pourris. » et détourner le regard et l’énergie politique de l’opposition, surtout un jour de remaniement raté….

Mais peut-être convient-il juste de comprendre, qu’au fil des lois sécuritaires et des abus de droit individuels, le pouvoir a juste changé de posture; quand la passivité de l’opinion publique, jadis républicaine, a laissé passer un cap.

Que ce pouvoir, démasqué comme complice de tous les enrichissement du 1% au prix de la casse des hôpitaux et des retraites, complice du désastre environnemental, Gorafisé chaque jour par ses représentants… Perdu pour perdu.. Il a rejoint la gouvernance illibérale et la gestion policière des opposants.

Langlois-Mallet

Crise institutionnelle ou de lit ? La Ve en question

Le sexe fait toujours sourire, et c’est plutôt saine gauloiserie. Mais je crois que ce qui est en jeu depuis la rentrée autour de l’image présidentielle, c’est plutôt l’éclatement d’un mensonge.

Le président dévoilé au public son vrai visage. Celui d’un jeune homme seul et un peu paumé, donnant les pleins pouvoirs à sa Pompadour, ou son pompadou peu importe.

Jupiter pourrait très bien assumer d’aimer les ephebes (Delanoë le faisait très bien et sans critique), mais il est difficile de s’afficher en Bacchus ivre et de prétendre tenir en respect avec le foudre.

Le rire vient toujours du décalage; Il l’a créé lui-même (nous, nous ne lui demandions rien); il nous survend maman sur des mugs à l’Elysée devenu boutique pour jouer les Windsor; ou le couple Paris Match au Taj Majal, puis les Francais le découvrent incapable de réaction politique depuis des mois que sa vie privée, ou son mensonge privé, a été touché.

L’anecdote personnelle s’arrête là. Il y a un vide intime qui s’ouvre chez une personne (quoi de plus banal ?) sauf que cette dernière a surjoué la personnalisation d’un système de pouvoir unique par sa centralisation. Dès lors tout vacille.

Parano, il ne fait confiance à aucun de ses (déjà bien) rares amis. Ces derniers le lâchent (Colomb) ou n’ont plus aucun arguments pour justifier son incapacité à composer un gouvernement (Ferrand sur Inter)…

Les institutions de la Ve ont été pensées et voulu par et pour un père de famille, général de surcroît, à la haute stature de sauveur de la France. Pas pour la crise d’adolescence d’un jeune trader.

Un grand pouvoir est une grande responsabilité. La Ve, c’est la tentative, chez le peuple qui a (laissé) coupé la tête du roi, d’incarner la vertu républicaine à hauteur des rois qui ont fait -Et plutôt glorieusement fait- la France. Car la Ve République reste la retentive surhumaine du vrai « en même temps », celui de l’histoire : concilier le meilleur de la monarchie et le meilleur de la République. Au risque du pire…

Des rois ont pu boire la tasse dans les jupons de leurs maîtresses, faire rire et chanter dans les cabarets sur leurs aventures; le bateau tenait pour deux raisons.

– D’abord parce que la France a toujours été une République, une œuvre collective. Des milliers d’esprits ont œuvré à l’Etat à travers les siècles. C’est dans des millions de volontés et de vertus privées que réside le salut commun.

– Ensuite en raison du temps. Les rois qui ont bâtit à partir de toutes ces énergies républicaines ne prenaient pas des décisions pour mesurer dans le quart d’heure la popularité sur les courbes de sondages de BFM. Ils n’étaient pas à l’échelle de cinq ans et donc forcés de mentir et de plaire. Les décisions se prenaient sur, par et pour plusieurs générations (St Louis a bénéficié des chênes des Gaulois pour ses cathédrales et les a replanté pour la Marine de Louis XIV). On est à loin de la déforestation actuelle.

Le monde de nos anciens était éternel. Le notre n’a pas 50 ans d’espérance de vie. Macron le sait. Il ne peut qu’être mieux informé que nous du vertige que la crise environnementale ouvre sous tous nos pas. Comment dès lors vit-il l’autre mensonge qu’est sa vie, toute dévouée à la Croissance du 1% ? Quel vertige à incarner aux yeux de tous l’intérêt général dans cette contradiction ?

Si j’étais son conseiller, je lui dirais d’incarner justement sa crise intime, qui est aussi celle de son époque, et d’assumer une transformation politique. J’ai plutôt l’impression que nous assistons au début d’un déni privé se mêlant à un entêtement politique hors norme, qui conduit à la fois à nier la réalité de l’effondrement de notre monde celle de son système de pouvoir.

Au point de ne même plus pouvoir nommer un gouvernement ?

Langlois-Mallet

Brésil. L’extrême-droite vers le pouvoir

Point n’est besoin d’ergoter sur le fascisme, la démocratie blabla… Après avoir écouté qui les plaint, les peuples écoutent qui leur promet vengeance.

La mondialisation a dépossédé les gens de leur lieu de vie; même sans bouger de leur terroir, celui-ci les a quitté.

Ils veulent surtout s’offrir le plaisir de voir pleurer et crier dans les écrans cette gauche urbaine qui les a abandonné, qui a profité de la globalisation et souvent de la corruption et qu’ils haïssent.

Cette bourgeoisie obsédée par son cul, par les questions de mœurs comme tout ce qui lui reste d’âme, voir de religion, et qui a abandonnée les pauvres; d’accord avec les libéraux pour cliver dans cette surenchère libertaire et puritaine à la fois face aux ploucs; qui se croit antifascite parce qu’elle a voté Macron, et solidaire parce qu’elle a signé une pétition pour l’accueil des réfugiés, mais qui hors de son entre-soi n’en connaitra au mieux que sa femme de ménage.

Bienvenue dans l’ère de la vengeance où les peuples, perdus pour perdus, renversent et détruisent tous les totems de deux cent ans de bourgeoisie libérale et tout ce que la sociale avait essayé d’y inclure.

Peut-être nos rageux brésiliens ou autres, découvriront-ils surpris qu’ils sont les premières victimes des nouveaux monstres qu’ils ont invoqués… Et que, tout autant que ces faux héros qui devaient les sauver -avant qu’ils ne pactisent et se fondent dans les pouvoirs- les nouveaux monstres nationaux seront encore plus compatibles avec ce qui les détruit, même en prônant les mœurs traditionnelles s’il ne faut.

Sans doute ne se sauve t-on un peu que par un dépassement collectif…

Langlois-Mallet

Aznavour, par contre-coup…

Pour des gens de ma génération, Aznavour offrait une sorte d’immersion dans le quotidien d’un couple de commerçants retraités dépressifs; la lourdeur de l’institution du show-biz en plus.

J’étais loin d’imaginer à ses rictus de rentier persécuté par le fisc que certaines de ses chansons aient pu être censurées dans les années 50… qu’il ait pu faire scandale parce qu’il apparaissait à la télé la chemise déboutonnée. Je suppose que c’est parce qu’il était perçu comme « étrange étranger » qu’il a pu ouvrir quelques brèches dans l’amidon compassé des dimanches des français contents d’eux.

Bref cela sentait les dimanches chez Drucker et les gluants et avinés « ma Bohème » sortant des restaurants pour touristes n’étaient pas fait pour me l’attacher.

Quand un personnage célèbre meurt, je pense toujours au pauvre bougre qu’il était, comme toi et moi qui au fond se débat au bout de sa chaîne pour se rendre vivant mais sait qu’il finira seul et entubé, n’ayant même plus l’énergie pour plaisanter les infirmières, cet étrange passage de la vie.

C’était au fond le mérite d’Aznavour de nous laisser un peu cette colle-là dans l’oreille dès le jour de notre naissance, de nous prévenir que, une fois traversée la rue de la vie, nous finirions à l’hospice. De nous faire vieillir juste parce que notre dynamique journée avait croisé une radio dans un vieux taxi. Il nous aura collé à tous un peu de génocide et d’exil dans l’âme, même en chantant Montmartre et on aura eu l’impression de l’avoir vu boire le champagne pour s’en féliciter, seul avec sa fausse blonde en bigoudis dans un pavillon kitch et cossu. Au fond Aznavour, c’était le nain de jardin de la déprime.

Ce qui est plutôt sympa de sa part par contrecoup, c’est que les blogueurs se sont tenus tranquilles. On a pas eu les cris habituels : « aahhhh nnnooonnn », « trooooppp duuurrr en ce moment », tous ces déprimés de la mort des autres avaient leur maître. De même les imaginatifs « RIP machin » avaient hier rendu les armes devant le parolier indépassable de « tu t’laisses aller ». Et ça, pour moi qui redoute la mort de Renaud ces temps-ci comme jour de gloire de tous ces benêts lacrymogènes, ça n’à pas de prix. Rien que pour ce seul moment de retenu, celui du public, chapeau l’artiste !

Langlois-Mallet

Affaire Benalla : JupiterPan, d’un 14 juillet l’autre

Ce qu’il y a de passionnant derrière cette affaire Benalla c’est la façon dont la République reprend la main sur le monarque. C’était attendu bien sûr ! comme match retour de la séquence « verticalo-jupitérienne » que Macron nous joue depuis pile un an et le limogeage du chef d’Etat-Major des armées.

Si vous rembobinez le film, vous revoyez le gamin avec une voix de fausset « paaaarrrcceee que c’est noootre projeeeet » élu président par accident avec la poussée des médias d’affaires, en faisant tomber Fillon sur une affaire assez semblable.

Pour le rendre crédible à l’époque, il fallait surjouer la fonction monarchique, la verticalité. D’où l’invention par ses communicants d’un costume de Jupiter pour Mercure. Dans un premier temps, cela plait énormément aux Français. Tout simplement parce que devant l’étalage des égoïsmes et des intérêts privés que donne le jeu politique républicain, il y a une très grande soif de recadrage, de prise de responsabilité etc.

Là ou cela coince, c’est qu’il faut pour ce costume taillé pour des rois qui y étaient dressés dès le premier biberon, des personnages de haute moralité et de haute stature habités par le sens du collectif. Un prince de bonne facture moyenne peut faire le job, mais un politicien doit être un homme d’exception. Gouverner, bâtir, demande toujours des qualités à contre-courant de celles qu’ils faut pour mener une carrière politique, fondée sur la concurrence et la destruction… Bref, Macron n’est pas de Gaulle.

Comme un ouragan, un effet Steph de Monac’

Quand le prince n’est qu’un simple humain épris de son ego (ou de babioles qu’il veut avoir avant 50 ans), sa Cour ressemble plus à celle des Médicis qu’à celle des Bourbons; il en devient l’obligé et non le maître. Intrigues, favoris et mignons mènent le jeu et perdent au contact du soleil le sens des réalités et des mesures.
C’est d’autant plus vrai pour un simple gorille de S.O. que le Prince voulait promouvoir sous-préfet à 26 ans… En plus d’un titre de Lieutenant-Colonel, d’un salaire de ministre, d’une voiture de police et d’un appartement de fonction… Sûrement cet homme à tout faire « tenait-il » le Prince par des secrets tels, qu’il ne pouvait rien lui refuser. Jupiterpan et tout l’Etat derrière lui (ministre, police, armée…) devenait l’obligé d’un garde du corps épris de vidéo paramilitaires.

En parlant de vidéo, je ne crois pas à la spontanéité de celle du premier mai à la Une des journaux en juillet. Je pense plutôt qu’il y a un profond raz-le-bol de la République** et qu’elle n’a pas choisi au hasard l’angle en tirant sur ce mignon. Elle sait qu’en cascade de révélations ou en silence négocié, Macron sera durablement affaibli et que le monarque devra rentrer petit à petit dans le costume du président; gérant et pondérant les avis et les intérêts des corps constitués, et des espaces de pouvoir des uns et des autres.

A moins que le Prince ne s’entête dans le silence, ne renvoie les Parlements, ne s’obstine dans l’aventure d’un isolement autoritaire protégé par ses pleins pouvoirs et par ses obligés… Mais que Peter Pan reprenne la main, ou que la présidence normale lui soit imposée, la séquence Jupiter aura vécue, d’un 14 juillet l’autre.

Langlois-Mallet

Deux précisions :

* « Mignon » sans connotation sexuelle obligée, au sens de favori sans retenu d’un prince sans dimension. La cour d’Henri III était juste raffinée et cultivée, elle était l’objet des calomnies des hommes de guerre.

** « République » Ici toutes les personnes ayant une part au partage du pouvoir démocratique (corps constitués, hauts fonctionnaires, élus d’opposition journalistes d’opinion etc) et par extension toute la France républicaine active politiquement et humiliée depuis un an.

Coupe du Monde, 14 juillet : L’Afrique nous parle à travers la France

D’abord pour dire les liens qui nous associent dans le succès. Je lis de l’amour et de la fierté dans cette image – postée par une amie Africaine de France- des joueurs de l’Equipe de France au côté des drapeaux des pays de leurs ancêtres.

Les pays francophones, les anciennes colonies de l’Empire Français nous disent que, quand bien même (le colonialisme, l’immigration économique, la françafrique, l’indifférence…) ils construisent avec leurs enfants nos succès.

Ces enfants sont Français. A 100% et cela devrait aller sans dire. Ils savent ce qu’ils doivent à l’excellence de la formation française mais aussi à celle de leur famille, ils sont métis et c’est une chance.

Je pense que c’est une invitation à réfléchir sur nos liens avec l’Afrique. Ce que nous réussissons et ce que nous ratons. La façon dont nous nous conduisons aussi, dont nous regardons les parents des N’Golo quand ils viennent descendre nos poubelles dans les froids matins ou quand nous les laissons mourir en Méditerranée, quand nous leur refusons l’accès à la France ou à la formation auquel notre langue leur donne droit puisque nous l’avons exportée.

Boubous et tricolores

La France fait la fête et tant mieux !

Elle est fière des succès de son équipe car elle y voit la preuve que le génie français, ici celui de sa formation au foot, existe encore et peut triompher. Que ceux qui disent qu’il ne faut ni fierté, ni confiance en nous se trompent et nous trompent.

C’est important qu’elle regarde aussi – en pleine crise identitaire- l’universalité de ce génie français. Que l’avenir c’est de réaliser de beaux alliages. Que le notre n’est ni une question de « générosité humanitaire culpabilisée » de gauche, ni une question  » de « succès nationaliste égoïste » de droite. C’est juste nous. Ce que l’on fait dans le football, on peut le faire partout ailleurs. Il y a juste un potentiel de civilisation et de développement extraordinaire ensemble.

La France métissée et éternelle envoie avec ses footballeurs un message positif à l’Europe de Salvini et de Orban. Des pays qui n’ont pas la même histoire et auxquels nous n’avons ni à faire la leçon, ni à imiter.

Nous avons à être nous-même et à montrer l’exemple. A faire la fête avec l’Afrique à travers le football, mais surtout à étendre ces succès à tous les domaines ensemble. Sinon nous serons, un peu comme avec la France Black-Blanc-Beur de 98 dans une utilisation cynique du capital humain, qui se retournera en déception.

Car je crois que l’on touche derrière ses questions notre mystère français profond, puisque nous sommes le 14 juillet, tel que posé par la Révolution Française. La civilisation française est-elle juste celle des belles paroles ou est-elle capable de les mettre en actes ?

On verra dimanche ce que montrent les footballeurs, mais au fond peu importe. Pouvons-nous être autre chose que les mots des Droits de l’Homme et la réalité de la Françafrique ? Ça ce n’est pas le ballon qui le dira. Mais le football nous montre juste que c’est possible.

Langlois-Mallet

Tous ensemble avec les Bleus

France Belgique : Succès des pays de Légion Étrangère

Football-Immigration et nation

La Belgique et la France : Succès des pays de Légion Étrangère

On peut déjà tirer pour bilan du Mondial que l’Amérique Latine, d’Eldorado du football, en est devenue la deuxième division. Que les pays d’Asie, d’Afrique n’émergent pas, sûrement pas faute de talents ou de passion, mais faute de méthode et de cadre structurant. Que ceux d’Amerique du Nord n’étaient même pas présents.

L’affaire sérieuse se limite à une super coupe d’Europe, opposant presque caricaturalement des pays moyens qui puisent dans un vivier éthique assez homogène les ressorts culturels d’un jeu stéréotypé et étroit. Cela est vrai pour le dernier carré de la moitié faible du tableau (Angleterre, Suède, Russie, Croatie) et dans une certaine mesure pour les grands éliminés, Espagne, Allemagne ou absente Italie. Et d’autres qui a l’opposé, comme la France et la Belgique, tirent un fort parti de leur capacité à intégrer les cultures et les immigrations dans un jeu « vif et brillant »

Immigrations au pluriel et ce dans plusieurs sens du mot. Il s’agit pour ces deux meilleures équipes à la fois de la détection des talents des milieux populaires (donc souvent descendants des anciennes colonies ou de l’immigration) et du bon alliage avec les « locaux. »

Victoire d’équipes mondialisées

Les immigrations aussi dans le sens de la mondialisation l’expatriation économique. Puisque les Français et les Belges, ont comme autre point commun d’avoir de petits championnats peu intéressants, et d’exporter leurs travailleurs dans les grands championnats européens (Espagne, Angleterre, Allemagne et Italie).

A ce jeu du cadre national et du métissage il sera intéressant de voir le résultat de la vraie finale créative que sera France-Belgique. Car les Belges poussent à fond la logique, l’encadrement est assuré par des non-Belges, l’entraîneur est Espagnol, son adjoint ancien champion du monde français Thierry Henri. Ce collectif, fonctionne d’ailleurs dans la langue de la mondialisation : le globish (global English), comme si la Belgique y trouvait les solutions de sa crise identitaire.

Les Français de Deschamps fonctionnent au contraire sur un cadre très national, structurant et pilotant les diversités. On notera au passage pour la tambouille interne le pas d’avance pris cette fois par la France black, sur la France beur.

Un Benzema moins « victime de racisme » même si tous les posts insultants d’extrême-droite auraient pu donner envie de le soutenir en dépit de la raison) que de son comportement à l’instar de toute une génération dorée des talents du football français (d’Anelka à Ben Arfa) que tout le monde, Aimé Jacquet lui-même me l’avait confié, voyait empilant plusieurs Coupe du Monde de suite… avant de sombrer dans des errances de gosses de riches.

A voir, devant les médias, la maîtrise de lui-même de vieux chanoine de nonciature d’un Mbappé de 19 ans, il faut croire que la DTN a mis les moyens sur la formation civique et morale à côté et au niveau de l’excellence de sa formation footballistique.

Puisse les succès du ballon tricolore, donner des idées aux dirigeants du pays. La France gagnerait autant à échapper au replis identitaire qu’au replis communautaires -qui sont les deux faces d’une commune déroute- pour offrir une structure et un projet commun aux diversités culturelles qui la composent.

En attendant de voir si cette leçon du football lui vaut bien une coupe du monde de plus.

Langlois-Mallet

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