Archives pour la catégorie Textes institutionnels

Conseil de Paris. Voeu Graph rue Dénoyez de NKM

Séance du Conseil de Paris des 26, 27 et 28 mai 2015

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Vœu déposé par Nathalie Kosciusko-Morizet, Atanase Perifan, Nathalie Fanfant, Fadila Mehal, Céline Boulay-Esperonnier, Stéphane Capliez, Grégoire Chertok, François-David Cravenne, Catherine Dumas, Danièle Giazzi, Thierry Hodent et l’ensemble des élus du groupe UMP et du groupe UDI-Modem

Considérant que la parcelle du bas Belleville, de son nom historique « La Courtille », est au cœur d’une polémique qui oppose des projets portés par la Mairie de Paris (crèche de 50 berceaux et logements sociaux à destination de femmes isolées) à de nombreuses voix (artistes, habitants, visiteurs, médias…) qui s’indignent ou s’étonnent que le projet puisse autoriser la destruction d’une singularité culturelle devenue emblématique, d’intérêt touristique : une rue Dénoyer, dédiée de fait au graph, au street-art, à la figuration libre ;

Considérant l’émotion et les protestations soulevées par le risque de disparition de « la rue du graph »

Considérant les pétitions, manifestations, protestations diverses auxquelles la mairie a opposé une fin de non-recevoir ;

Considérant que cette situation nous interpelle et nous donne à voir la très grande vitalité créative de la société et singulièrement de la jeunesse du territoire francilien ;

Considérant que ce mouvement correspond à notre époque, un temps de mutation où les besoins d’expression et la quête de signes nouveaux pour comprendre le monde et se comprendre soi-même sont immenses ;

Considérant qu’il souligne aussi en creux le repli des politiques culturelles sur elles-mêmes qui (souvent du fait de fractures générationnelles, culturelles, sociales) ont renoncé à être à la racine de ces mouvements, encore moins à les accompagner ;

Considérant que la Mairie de Paris prône de faire de plus en plus appel à la responsabilité locale ou individuelle, de mettre en avant « la participation », la démocratie locale ;

Considérant que les artistes du quartier n’ont pas été suffisamment écoutés par l’exécutif central alors qu’ils ont œuvré dans le quartier pendant de nombreuses années ;

Nathalie Kosciusko-Morizet, Atanase Perifan, Nathalie Fanfant, Fadila Mehal, Céline Boulay-Esperonnier, Stéphane Capliez, Grégoire Chertok, François-David Cravenne, Catherine Dumas, Danièle Giazzi, Thierry Hodent et l’ensemble des élus du groupe UMP et du groupe UDI-Modem émettent le vœu que :

1 / Pour dépasser les tensions qui existe entre les artistes, les associations et les lieux et surtout appréhender l’avenir du quartier, les outils et le temps de la réflexion soient donnés aux habitants eux-mêmes en considérant plus finement les logiques culturelles et artistiques à l’œuvre sur ce territoire ;

2 / la mairie de Paris nomme comme médiateur David Langlois-Mallet, journaliste spécialisé et expert en politiques de la culture (politis, nova mag, communes de France, région ile de France, altaïr, un peuple créatif), et habitant de la parcelle concernée, afin de réaliser une enquête de territoire dont le but serait de reprendre à la base le dialogue en s’intéressant au quartier concerné, son identité, ses dynamiques, d’identifier ses zones de forces et ses potentiels à partir des acteurs concernés (habitants, artistes, commerçants, usagers, élus, acteurs institutionnels etc…)

3 / Le cahier des charges pour l’enquête prenne – par exemple – en compte les questions

Quelle place pour le street-art dans le bas Belleville et quelles pistes pour sa place dans

Quelles ressources culturelles dans le quartier, pour quel usage et à quelles fins ?

Quelles dynamiques et quels potentiels d’épanouissement pour la vie artistique locale, convivialité, cohésion urbaine, culture, développement économique etc.

Quelles conséquences pour la politique de la ville, en particulier culturelle, à l’heure du Grand Paris ?

4 / L’enquête se déroule à la rentrée 2015, les résultats soient restitués localement avant la fin de l’année et servent de base à un projet culturel et artistique local, un projet non-institutionnel et qui permette de préserver la diversité artistique libre et indépendante qui a fait l’âme du quartier.

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Dénoyez : Débat sur le voeu du Parti de Gauche au conseil municipal du XXe

Le groupe Front de Gauche du 20ème a déposé au CA20 du 2 avril un vœu sur la rue Denoyez (ci-dessous les échanges au CA).

Voeux
V20.2015.070 : Voeu relatif au programme immobilier de la rue Dénoyez, sur proposition de Laurent Sorel, du groupe Front de Gauche – « Place au peuple ! »

M. SOREL

Merci, Madame la Maire. Comme vous devez le savoir, la rue Dénoyez, c’est fini en tout cas pour les artistes. C’était le 31 mars. La plupart des ateliers ont été murés, ont été fermés à clé et on ne peut s’empêcher d’avoir un petit goût amer parce que ça fait déjà un petit moment qu’il y a une mobilisation dans le quartier. Ça fait un petit moment qu’on en discute aussi au Conseil d’Arrondissement. Il y avait eu, je crois, fin 2013, le voeu déposé par Europe Ecologie les Verts par Fabienne GIBOUDEAUX, il y a eu notre voeu qui avait été déposé fin 2014 pour demander à ce qu’il y ait plus de concertations et pour qu’on tente de réfléchir à la possibilité de maintenir au rez-de-chaussée les artistes sur les nouveaux bâtiments. Aujourd’hui, on arrive à la fin ; c’est-à-dire que maintenant, les travaux vont bientôt commencer et on est dans une situation où un certain nombre d’artistes, de collectifs ont dû quitter leurs locaux sans avoir eu pour autant de proposition ferme, pour certains d’entre eux en tout cas. Ce qui est évidemment problématique quand on sait qu’il y a eu quand même une promesse de la Ville de permettre aux artistes d’avoir une proposition concrète, alternative, qui soit adaptée à leur situation, à proximité si possible, dans le patrimoine intercalaire ou à travers le dispositif Calas. Donc, on est dans une situation, on va dire, qui n’est pas très satisfaisante pour un certain nombre d’artistes et de collectifs d’artistes. Mais un petit rappel quand même puisque cette rue, la rue Dénoyez, c’est une rue qui est connue quand même dans tout Paris. Il y a eu pas mal d’histoires qui ont été racontées dans les médias, pas mal de regrets qui ont été exprimés sur ce que cette rue représente et un lieu alternatif comme il n’en reste plus dans le 20e maintenant, et quasiment plus à Paris, de création artistique, d’échanges entre habitants, commerçants, artistes où il y avait véritablement cette volonté de créer du lien social sur un quartier populaire, ce qui n’est pas rien et avec cette volonté de mêler expression artistique, activités pédagogiques, vie associative et animation de quartier. Je dis tout ça parce que c’est pour bien comprendre ce qui disparait aujourd’hui dans le Bas-Belleville. Évidemment, vous me direz et personne ne le conteste : « Il fallait une crèche, il faut des logements sociaux. » Et je pense que ni notre groupe ni les artistes n’ont contesté cette nécessité. Le problème, c’est d’avoir évidemment opposé les deux, de ne pas avoir suffisamment cherché à répondre à cette double nécessité, qu’il y ait à la fois ce lieu de création artistique, d’expression et ce lieu de lien social et en même temps la possibilité d’avoir cette offre justement petite enfance et logement social sur le quartier. Aujourd’hui, on en est où ? Je pense qu’on est dans une situation assez problématique sur plusieurs questions qui doivent être précisées et j’attends que Mme MAQUOI réponde à un certain nombre de questions précises. Premièrement, un certain nombre d’associations et de collectifs d’artistes n’ont pas aujourd’hui de proposition concrète adaptée à leur activité. Quand je dis « adapté à leur activité », c’est-à-dire avec un loyer prenant en compte le modèle économique très particulier de leur activité, d’une part, et un local adapté à leur activité, c’est-à-dire ouvert sur leur quartier puisque justement, leur activité nécessite qu’il y ait ce dialogue avec les habitants qui soit possible sur un quartier. Donc, il me semble qu’il faudrait que chacune des associations, chacun des collectifs d’artistes qui sont sur cette rue-là aient une réponse concrète. Il y en a un certain nombre dans la salle qui attendent des réponses. Il me semble que moi, je refuse de faire le tri entre ces associations et ces artistes. Il me semble aussi que la mairie devrait elle-même refuser de faire le tri entre ces associations et ces collectifs d’artistes. Donc ça, c’est une question très concrète : qu’allez-vous faire ? Deuxièmement, il y a le cas d’une association Traces qui est dans une situation un peu compliquée, d’ailleurs qui a refusé pour l’instant provisoirement de quitter les lieux parce qu’elle n’avait pas de lieu où entreposer les oeuvres, parce qu’ils étaient dans l’impossibilité de continuer leur activité avec les écoles du quartier s’ils devaient quitter leurs locaux comme cela était exigé. Donc, il y a une réponse précise, il me semble, qui est attendue sur ce point et sachant qu’effectivement, les écoles ont envoyé une lettre – alors, je ne sais pas si ça a été reçu – aux élus, à la mairie, à l’Exécutif pour les soutenir et qu’eux-mêmes ont envoyé un mail à un certain nombre d’élus pour expliquer leur situation. Donc ça, il me semble que ça demande une réponse. Et je terminerai, parce que mon voeu avait pour objectif aussi de se projeter un peu sur l’après, on ne peut pas simplement constater la disparition de ce lieu, rue Dénoyez. Il me semble qu’après la disparition de la miroiterie, après la fermeture de la cantine, il y a un vrai problème sur la question de la pérennité des lieux alternatifs sur le 20e qui ont quasiment tous disparu. Et donc, ce qu’on proposait aussi, c’étaient des états généraux avec l’ensemble des acteurs aujourd’hui concernés, que ce soit la miroiterie, que ce soit la cantine, que ce soit les artistes de la rue Dénoyez pour pouvoir remettre à plat toutes ces questions avec les collectifs, avec les habitants, avec les associations pour pouvoir réfléchir à la réémergence, à la pérennisation d’espaces urbains où la scène alternative associative et culturelle pourra de nouveau s’épanouir. J’espère que j’ai été clair. Et les artistes dans la salle, je pense, attendent un certain nombre de réponses concrètes pour que tout ça se passe dans les meilleures conditions. Merci.

Mme CALANDRA

Alors, M. BAUDRIER m’a demandé la parole puis M. MARTIN puis M. GRANIER. M. BAUDRIER.

M. BAUDRIER

Je vais répondre à ce voeu en tant qu’ex-adjoint à l’urbanisme qui a porté ce programme à l’époque en lien avec Mme CALVO qui était adjointe à la petite enfance. Je crois que nous avons passé de très nombreuses réunions de conseils de quartier où la question du manque de places en crèche dans le quartier Bas-Belleville a été posée à de multiples reprises par des parents demandeurs de places en crèches, catastrophés du fait de ne pas en avoir. Nous avons trouvé comme parcelle pour eux une crèche associative Le Ramponeau qui est ouverte, me semble-t-il. Et en tout cas, pour créer un équipement petite enfance de plus grande taille (50 berceaux comme celui de la rue Dénoyez), nous avons fait tout le tour du Bas-Belleville, mètre carré par mètre carré, parcelle par parcelle, fait faire des dizaines et des dizaines d’études, échanger lors des conseils de quartier avec la commission-cadre du conseil de quartier de Belleville… Je ne me rappelle plus le nombre de réunions qu’il y a eu. Et de fait, il n’y a pas d’autre parcelle simple pour créer une crèche municipale dans le quartier du Bas-Belleville où il y a un besoin avéré. D’ailleurs, j’ai eu l’occasion puisqu’il y avait une pétition qui était devant un des locaux d’artistes rue Dénoyez d’aller discuter avec une jeune artiste qui faisait la pétition et qui m’a suggéré aussi tout un tas d’adresses en disant : « Mais pourquoi vous ne l’avez pas fait à 70, rue de Tourtille ? Pourquoi pas 76, rue de Tourtille ? Pourquoi pas rue Ramponeau ? » À chaque fois, je lui fais la liste des réponses qui fait que c’était trop petit et ça ne marchait pas et qu’on avait essayé à toutes les adresses qu’elle avait regardées. Donc, ce n’est pas par choix de délibérer et par manque d’études parce que je crois qu’on n’aurait jamais regardé autant précisément à la loupe un quartier pour faire une crèche que le Bas-Belleville. C’est ce qui a débouché sur ce choix.

Mme CALANDRA

Je vous remercie. M. MARTIN.

M. MARTIN

Après l’exposé très exhaustif de M. SOREL, je ne vais pas le reprendre. Ce que je voudrais dire, c’est qu’on est évidemment dans une situation très compliquée parce que de fait, M. BAUDRIER a raison de rappeler que c’est un projet de longue haleine qui ne souffre d’aucune illégitimité, bien au contraire, qui est parfaitement légitime dans le cadre de la construction de logements et de crèches et que de ce fait-là, je sais aussi tous les efforts qui ont été faits pour essayer de localiser ça et que donc la question n’est pas exactement celle que l’on voudrait y voir un peu trop facilement. Cela étant, il est un fait, c’est qu’à ma connaissance, peu ou pas de ceux qui étaient dans la rue Dénoyez n’ont finalement trouvé possibilité effectivement de trouver un lieu qui correspond à la fois à leur capacité financière, à la fois aux activités qu’ils développent et qui sont parfois, je ne sais pas, bruyante, qui sont parfois, etc. Donc, l’équation est toujours compliquée à trouver, mais de fait, on est devant une situation où des associations pour lesquelles le travail en direction de la population était indéniable, est indéniable parce qu’ils continuent de le faire, qu’il y avait pour certaines – M. SOREL a eu raison de le rappeler – des conventions et des partenariats avec l’Éducation nationale, avec des centres sociaux, et qui sont particulièrement bien insérées dans le tissu du quartier où elles étaient implantées. Des associations dont le service rendu à la population faisait que pour certaines d’entre elles bien évidemment la Ville de Paris les subventionnait. Donc, il n’y a pas dans ce cadre-là de doute sur le fait que, si ces associations ne remplissent plus cette mission et les services pour lesquels nous les financions auprès de la population, c’est une perte pour le 20e arrondissement que de ne pouvoir compter sur elles. Et je dois le dire, pour en connaitre quelques-unes, à un moment où nous discutons les uns et les autres avec beaucoup de passion et aussi beaucoup d’inquiétudes sur le vivre ensemble dans nos quartiers, sur la manière dont on peut combattre un peu la segmentation sociale et faire en sorte que les gens qui habitent nos quartiers qui sont des quartiers populaires et qui sont aussi des quartiers avec des populations diverses, et c’est ça qui est intéressant dans le Bas-Belleville et ailleurs dans le 20e arrondissement, à ce moment-là, je pense qu’une bonne partie des associations qui étaient là faisaient pont entre les populations et que c’est quelque chose d’extrêmement important ; des moments riches que nous devons préserver dans le 20e, avoir un tissu associatif qui permet aux populations diverses de notre arrondissement de se parler, de retrouver dans des configurations et d’avoir accès à la création artistique dans des conditions de participation totale pour des populations qui sinon en seraient éloignées. Bref, je veux dire par là que ce qui moi m’inquiète, et c’est pourquoi notre groupe votera le voeu proposé par le parti de Gauche, non pas pour je ne sais quel procès d’intention, mais parce que nous vivons comme une perte la perspective que les associations qui travaillaient au service des habitants dans la rue Dénoyez – et qui pourraient très bien le faire ailleurs ; la question n’est pas là – et comme un danger le fait que ces associations ne puissent pas continuer de le faire ou que nous soyons dans l’incapacité de trouver d’autres associations pour réaliser le formidable travail qui est le leur et que l’on ne peut pas demander à n’importe quelle structure.

Mme CALANDRA

Je vous remercie. M. GRANIER.

M. GRANIER

Merci, Madame la Maire. Mes chers collègues. Si à un moment, des associations qui sont sujettes à des conventions d’occupations précaires voient leurs baux dénoncés, c’est inscrit dans les conventions d’occupations précaires. À ce titre-là, il n’y a peut-être pas de surprise. Je note – alors, je ne prends pas votre défense, Mme CALANDRA – quand même qu’il y a eu plusieurs propositions qui ont été faites en matière de relogement. Donc, si à un moment, il doit y avoir un arbitrage entre des ateliers d’artistes, aussi sympathiques soient-ils, et des places en crèche et des logements sociaux ou autres, effectivement, il y a des arbitrages qui doivent être rendus à un moment. Et je pense que le quartier en l’occurrence et Paris en général, et la mairie socialiste n’est pas à la hauteur, sur les places en crèche qui sont disponibles. C’est un premier pas. Ça se fait au détriment d’une démarche artistique. C’est dommage. Parfois, ça se fait au détriment de commerces, parfois ça se fait au détriment d’autre chose. En tout cas, nous ne voterons pas le voeu présenté par notre collègue, M. SOREL, et nous comprenons qu’il ait fallu faire un choix et qu’il ait fallu aussi proposer, même si ça n’a pas rencontré un écho favorable, des solutions de substitution aux artistes qui étaient présents rue Dénoyez. Nous ne voterons donc pas ce voeu. Merci.

Mme CALANDRA

Je vous remercie. Je demande aux groupes, là, à cette heure-ci d’être bref parce qu’il y a aussi le voeu OMS qui nous attend et plusieurs autres derrière. M. GLEIZES, brièvement.

M. GLEIZES

C’était surtout pour répondre à M. GRANIER. En 2001, lorsque Bertrand DELANOE a été élu, Christophe GIRARD, alors écologiste, a mené une politique culturelle très importante à destination de tous ces collectifs qui existaient et qui faisaient la richesse de Paris, notamment un des collectifs qui se retrouve aujourd’hui rue Dénoyez a eu plusieurs occupations ailleurs dans Paris, Alternation pour pas le citer puisqu’ils sont dans la salle, a occupé différents lieux. Le problème dans lequel on est aujourd’hui, c’est vrai que, par rapport aux conventions d’occupations précaires, c’est sûr qu’une fois que la précarité est terminée et qu’on installe un établissement public, en l’occurrence, une crèche, se pose la question de la succession. Sauf qu’aujourd’hui, Paris est en train de perdre ce qui faisait sa richesse, et donc, cette notion de culture alternative puisqu’il n’y a plus d’espace vis-à-vis de ces lieux. Quand en 2001, Bertrand DELANOE avait fait ça, on s’appuyait sur ce qui se faisait dans d’autres grandes villes européennes et qui existe encore comme des villes comme Berlin. Et aujourd’hui, Paris est en train de perdre cette place-là parce qu’à un moment, il faut des espaces de liberté qui permettent la création culturelle. Et c’est pour ça qu’on ne peut pas rester dans une impasse qui fait que petit à petit, tous ces espaces vont disparaitre et c’est pour ça que nous maintenons notre soutien à ce type de culture alternative.

Mme CALANDRA

Alors, Mme MAQUOI.

Mme MAQUOI

Merci, Madame la Maire. Je vais peut-être prendre quand même quelques minutes parce que le sujet le mérite. Effectivement, mardi, comme il était prévu, c’était le 31 mars, les conventions d’occupations précaires sur la rue Dénoyez sont tombées. Je voudrais d’abord remercier les collectifs qui ont joué le jeu, quelle qu’ait été leur situation, et qui ont rendu les clés. Pour répondre un peu – j’ai essayé de noter pour répondre – précisément à vos questions, M. SOREL, il n’y a pas eu de tri dans le traitement fait en amont des associations. Par contre, aujourd’hui, il y a une position très claire de la Ville, c’est : les associations qui ont effectivement joué le jeu, qui ont respecté cette relation de confiance entre la Ville et elle, quelle a été leur situation ? Et moi, je comprends que quand on a investi dans le quartier pendant de nombreuses années et qu’on y a mis toute son énergie, effectivement, c’était un moment qui était douloureux, c’est une perspective, quand on ne sait pas où aller, qui est compliquée et vraiment difficile. Et puis, effectivement, un des collectifs n’a pas rendu aujourd’hui les clés de son local. Il y a donc une procédure en référé avec une procédure d’expulsion puisque les travaux de sondage ont commencé dès le 1er avril et que ça a été toujours très clair : nous voulons que ces travaux se fassent rapidement parce qu’il faut que ces équipements publics sortent le plus vite possible. Donc oui, là aujourd’hui, dans notre dialogue avec les associations, il y aura un traitement différent. Pour ce qui concerne les trois collectifs puisqu’on parle de quatre en tout, donc les trois collectifs qui ont rendu les clés, deux ont accepté les propositions de la Ville. Celles-ci n’étaient pas forcément dans ce qui était leur projet de départ, mais il y a eu un compromis et une discussion parce que, comme le rappelait M. GLEIZES, on se retrouve aujourd’hui dans une situation tendue à Paris. On a fait le pari depuis des années maintenant de mettre à disposition ce qu’on appelle le domaine intercalaire, c’est-à-dire, des bâtiments, quand ils n’étaient pas potentiellement dangereux, et en attendant un projet de les mettre à disposition à des loyers complètement modérés. Même la rue Dénoyez dans ce cadre-là fait figure d’exception puisque c’était environ pour certains locaux 200 euros par an, ce qui n’existe plus du tout à Paris aujourd’hui puisque c’est même une figure d’exception dans le patrimoine intercalaire puisqu’on est plutôt à 3,60 euros du mètre carré. Aujourd’hui par ailleurs, par exemple, dans le 20e, il n’existe plus à part un, mais qui n’est pas disponible qui est aujourd’hui conventionné avec un collectif, de patrimoine intercalaire. Je sors même du quartier de Belleville. Ensuite, il y a ce qui est la Calas. Aujourd’hui, il y a 250 collectifs inscrits en Calas (collectifs et associations) parce que la Calas n’est pas utilisée que pour les associations à but culturel, elle est aussi utilisée par les associations à but social. Dans ces bâtiments-là, quand une direction de la Ville qui possède du patrimoine voit son patrimoine libéré, il remonte immédiatement l’information à la Calas. En fonction de ça, la Calass attribue sur des normes. Le plus souvent, ce qui remonte des directions, ce ne sont pas des locaux qui donnent sur la rue ou qui sont ERP. Dans les demandes qui étaient faites à la Calass, c’étaient des locaux qui nous étaient demandés pouvant accueillir du public puisque vous l’avez mentionné vous aussi, il y avait une volonté de travail et de lien social, et donc devant être ERP ou en tout cas au moins ayant suffisamment une vitrine sur la rue. La deuxième source pour alimenter la Calass, ce sont les bailleurs sociaux qui font aussi remonter des locaux disponibles avec un abattement de 30 % en plus quand on est en quartier populaire. Là aussi, dans ce qui est remonté, c’est la même problématique, on n’a pas forcément là-dessus des choses qui correspondent. La difficulté à laquelle on a été confronté pour faire des propositions, si je reprends votre terme, « dont le loyer prend en compte le modèle économique et leur activité », c’est-à-dire donc qu’il fallait dans ce qui nous était demandé une surface, un local ERP, avec une vitrine, avec un loyer très modéré. Oui – et là, je reprends les mots de M. MARTIN – « l’équation était compliquée » si en plus, et pourtant, on a élargi cette variable-là, c’était dans le quartier du Bas-Belleville. Je le dis aujourd’hui ici : ceux qui ont rendu les clés sont toujours inscrits en Calas. Et si par exemple il y a possibilité d’avoir autre chose, c’est-à-dire que moi, dans les projets que j’ai écouté, oui il y avait des choses de lien social et d’accueil du public, mais ça, on peut aussi le faire dans des lieux extérieurs, il y a des choses sur des activités de création et en tout cas, c’est aussi une volonté de Bruno JULLIARD, de multiplier les espaces de création. Par contre, il n’y aura jamais les conditions financières de la rue Dénoyez, il faut que les choses soient très clairement dites aujourd’hui. Il faut donc que la capacité financière augmente de manière assez sensible parce que vous voyez que de 200 euros par an, il va falloir augmenter, au minimum, multiplier par 10 voire un peu plus, pour arriver à rentrer dans cette nouvelle configuration. J’essaye d’être très pragmatique là-dessus. Je ne sais pas trop ce que vous appelez dans les lieux alternatifs à Paris parce qu’il y a des lieux, aujourd’hui, culturels qui se disent alternatifs et qui sont pourtant fortement conventionnés et soutenus par la Ville de Paris parce qu’il y a aussi un partage d’une politique culturelle. Je ne parle que de la politique culturelle. C’est une chose différente de s’inscrire dans ce cadre-là ou alors de vouloir, et moi je l’entends totalement, qu’on veuille à un moment donné mener une activité de création sans forcément partager les objectifs culturels, donc, s’inscrire dans une position de subvention par rapport à la Ville. Et ça, c’est quelque chose dont on n’oblige personne non plus à travailler avec nous. Donc, c’est pour ça que vous comprenez qu’il nous est impossible aujourd’hui de voter votre voeu et qu’effectivement, une page d’histoire – en tout cas, ça a été une histoire, la rue Dénoyez – effectivement, elle se tourne, mais je crois que comme les nombreux intervenants l’ont dit, c’était un projet qui date même d’avant la mandature d’avant et qui même depuis 2010, il me semble puisque moi, j’en avais rediscuté avec Ariane CALVO, a nécessité énormément de réunions, énormément de discussions, de concertations et je crois que le programme qu’on propose aujourd’hui, comment vous dire, si on avait pu faire autrement, on l’aurait fait ; ce n’était pas possible. Et donc, à un moment donné, faire de la politique, c’est faire des choix et je crois qu’on assume celui-là.

Mme CALANDRA

Je vous remercie. Je voudrais dire aussi, faire un peu d’histoire. Je rappelle les mobilisations anciennes à Belleville, notamment dans le cadre de la contestation des Zac des années 80-90 avec la Bellevilleuse dont la première présidente était présente dans la salle de réunion publique quand on a présenté le projet, il y a quelques mois, et qui a apporté son soutien à notre travail. Et je rappelle que nous avons toujours travaillé en transparence puisque nous avons pris des engagements politiques sur un programme commun d’ailleurs pendant la campagne des municipales de 2008 et de 2014 et que ce programme comportait, notamment, de travailler à résoudre les problèmes de nos populations les plus défavorisées en matière de petite enfance. Je rappelle que le quartier de Belleville, c’est plus de 35 % de familles monoparentales qui sont souvent des familles composées d’une femme seule avec un ou plusieurs enfants et souvent des femmes migrantes pauvres. Je rappelle aussi qu’il y a un problème, et nous nous sommes engagés fortement sur des programmes de logement social et de mixité sociale et qu’il y a entre autres un programme qui consiste, dans ce que nous avons choisi, à accueillir des femmes seules à la rue. Je rappelle également que nous avons concerté très longuement sur ces programmes, sur ces projets et que nous avons, comme l’a rappelé M. BAUDRIER, personnellement avec Ariane CALVO et Jacques, effectivement, recherché je ne sais combien de lieux d’implantation pour la crèche pendant six ans de mandature dans ce quartier. Et il a fallu d’ailleurs être très convaincant pour que la Ville accepte de construire la crèche parce qu’elle a un coût supérieur au coût moyen dans d’autres lieux puisque la rue Dénoyez est une rue très étroite et très compliquée. Je rappelle également que nous allons maintenir – alors, je rappelle pour ce qui est du soutien de la politique au graff – que dès 2008 avec M. BARGETON à l’époque adjoint à la culture du 20e arrondissement et cette politique a été largement poursuivie et étendue par Mme MAQUOI, nous avons pris la décision de demander aux services de la Ville de ne pas nettoyer les oeuvres qui étaient sur les murs de la rue Dénoyez, ce qui nous a valu de très nombreux courriers de protestation et d’engueulades de la part de nombreux habitants du 20e et d’ailleurs, protestant que ça salissait la rue, etc. Nous avons tenu bon malgré ces attaques. Nous avons même développé des parcours de murs de graff dans le 20e arrondissement. Nous avons obtenu de la RATP qu’elle confie le mur du dépôt de bus Plaine-Lagny pendant plusieurs années à des collectifs de graffeurs. Nous avons ouvert le mur du Square Karcher, les murs du Pavillon Carré de Baudouin, le mur à l’angle Pyrénées-Bagnolet, je crois que j’en oublie, Amandiers, etc. On en ouvre de toute façon, on en ouvrira encore plusieurs dans cette mandature. Je rappelle qu’à Saint-Blaise dans la nouvelle rue que nous avons ouverte, nous avons confié à des artistes très talentueux de réaliser l’un des plus grands murs de graff de Paris, etc. Nous avons d’ailleurs tourné des films, il y a des documentaires et des films. Nous avons réalisé plusieurs expositions au Pavillon Carré de Baudouin, soit sur les pochoirs avec Némo Ménager, les Moscovites, soit sur le graff avec Europa Graffiti par exemple. Donc, nous ne ménageons pas notre engagement dans ce domaine et nous allons évidemment conserver rue Dénoyez le mur libre de graff qui est en face de la crèche. Nous avons même demandé à l’architecte de la crèche de regarder, de travailler avec des collectifs d’artistes pour voir comment il pouvait maintenir une intervention du graff sur sa façade si c’est possible. Je sais qu’il est en train d’y travailler. Je rappelle qu’une ville, ça bouge, c’est mouvant, qu’on ne peut pas non plus toujours tout figer absolument. Et je rappelle surtout que, quand ces lieux ont été prêtés par la Ville de Paris, loués à des conditions qui sont quasiment de l’ordre du don pendant dix ans pour certains collectifs, il était très clairement établi dans la convention, c’était une convention d’occupation précaire puisque c’est même son intitulé, c’est notre majorité municipale qui a créé ces conventions, qui a imaginé ces outils. Et je rappelle, pour rassurer M. SOREL et M. MARTIN, qu’il y a d’autres lieux, il y a d’autres collectifs d’artistes dans le 20e que nous avons nous-mêmes installé comme Curry Vavart, par exemple, ou Art Azoï et nous nous battons régulièrement pour chercher des lieux qui sont dans le domaine intercalaire pour les confier à des collectifs d’artistes et que ces collectifs jouent le jeu ; c’est-à-dire que quand le projet que nous allons mettre en oeuvre va être construit, ils acceptent de déménager, de rendre les clés. Et la plupart du temps, nous parvenons à la réinstaller ailleurs. Mais bien entendu, la gratuité totale ou presque totale n’est pas possible parce que les choses ont un coût, y compris pour le contribuable, je le rappelle, que même si nous sommes engagés très fortement à faire en sorte que Paris conserve sa qualité de capitale de création culturelle, nous sommes obligés aussi de faire des compromis pour permettre à ce que Paris ne perde pas ses populations les plus pauvres, donc que nous construisons du logement social. Nous faisons en sorte que Paris ne devienne pas une ville de célibataire sans enfant. Donc, nous construisons également des équipements petite enfance. Nous essayons de faire une ville avec des mixités d’usage. L’art, c’est important ; c’est l’un des usages. Ce n’est pas le seul. Et je rappelle qu’à certains, parce que j’ai vu des déclarations qui me paraissaient très approximatives pour ne pas dire injustes, je rappelle que je n’ai pas été la dernière à prendre des risques, y compris en termes électoraux pour notamment défendre la culture du graff dans le 20e arrondissement. Et croyez bien que ça n’a pas toujours été facile dans certaines réunions publiques. Et à ce moment-là, il y a beaucoup de gens qui sont dans cette salle aujourd’hui, mais qui n’étaient pas dans ces réunions publiques pour défendre le graff à mes côtés. Oui, M. SOREL. Alors, très rapidement puisque vous avez été extrêmement long, s’il vous plait.

M. SOREL

Alors, on va être rapide. Juste quand même sur une chose. Quand on est effectivement dans un Exécutif municipal, on ne peut pas simplement dire : « Une page se tourne sur la rue Dénoyez » et se contenter justement de regretter. Je crois qu’à un moment donné, si on veut redonner du sens à la politique, il faut aussi être en mesure de démontrer, quand on est aux responsabilités, qu’on a les moyens de peser dans les décisions concrètes. Et là, il y a un problème très concret qui se pose rue Dénoyez. Il y a des artistes qui attendent des réponses. J’ai bien compris la réponse qui a été donnée, c’est-à-dire, qu’en fait, il y a un tri qui sera fait : ceux qui jouent le jeu et ceux qui ne jouent pas le jeu. Je trouve que cette réponse est très problématique parce que si cette réponse amène la disparition de certaines associations, alors qu’on est dans une situation déjà où il y a une véritable saignée des associations sur la culture, mais aussi sur autre chose, là ça risque de poser problème. Donc, je pense qu’il faut quand même avoir une réponse. Je comprends qu’il y ait des tensions, je comprends qu’il y ait des désaccords, mais il me semble que quand on est en responsabilité, il faut pouvoir prendre un peu de recul et se dire : « OK, il y a des désaccords, mais il y a des associations qui jouent un rôle, qui interviennent dans des écoles et qui doivent pouvoir continuer leur activité » et trouver une solution très provisoire pour qu’elles stockent par exemple leur production. Ça, c’est aussi la mairie qui peut proposer.

Mme CALANDRA

M. SOREL, on a fait ces propositions. Laissez…

M. SOREL

Je termine…

Mme CALANDRA

Concluez, s’il vous plait.

M. SOREL

Je termine sur une chose quand même. Le street art, je ne suis pas d’accord avec cette approche patrimoniale qui semble être prise par la Mairie. On n’aligne pas les graffs sur un mur comme on aligne des tableaux dans la grande galerie du Louvre. Ce n’est pas ma conception du street art, désolé. Le street art, ce sont des artistes, c’est un rapport particulier avec les habitants, c’est l’expression d’une ville et ça s’exprime dans des friches urbaines et cette conception-là me semble problématique. Maintenant, je pense que malheureusement, il y a un désaccord, mais au moins, il faut qu’on trouve les moyens de continuer à travailler ensemble notamment sur les questions de la Miroiterie, par exemple, où il y a eu un voeu qui a été voté à la majorité et sur la question de l’accompagnement très concret des associations qui vont être mises en difficulté et que la Mairie du 20e, au moins sur cette question-là, s’engage à ce que ce qui se passe rue Dénoyez ne se solde pas par la disparition, c’est de cela dont on est en train de parler, de certains collectifs et associations. Et c’est sur ça, je pense, et c’est pour ça que j’ai repris la parole. Désolé d’avoir été un peu long. Merci.

Mme MAQUOI

Très court. Le local de stockage a été proposé. En attendant, il a été refusé. Donc, à un moment donné, il y a eu aussi une série de propositions qui pouvaient être intéressantes. Je veux bien. Moi, j’ai l’habitude, M. SOREL, d’assumer les choses et même quand je suis dans un exécutif et de ne pas être forcément et de redonner du sens à la politique, mais il y a un moment donné, quand ce n’est pas possible ou quand c’est refusé, je ne sais pas ce qu’on peut faire. Deuxième chose, on aura le débat une autre fois, ce sera intéressant. C’est dommage que vous pensiez que ce qu’on fait au niveau de notre politique de graff, ce soit une politique patrimoniale parce que c’est absolument faux et que ce qui se passe, et je vous inviterai la prochaine fois qu’il y a des murs qui sont réalisés dans l’espace public, et il n’y a pas que sur le graff qu’on mène une politique d’art dans l’espace public justement, de médiation, je pense qu’il faudrait vous intéresser un peu aux projets aussi des associations, des collectifs, des artistes. Alors, certes, peut-être qu’ils ne viennent pas vous écrire tous les quatre matins. C’est peut-être pour ça. Mais de leur conception de l’art dans la ville et de la manière dont oui, on essaye de faire une forme de paradoxe, c’est-à-dire que le graff, aujourd’hui, est illégal, on ouvre – on prend un risque comme l’a dit, Madame la Maire – des espaces pour aussi qu’ils puissent pratiquer sans avoir de risque et en même temps, dans cette forme de paradoxe, on leur laisse aussi la liberté de ce qu’ils amènent. Et je trouve que votre intervention là-dessus, pour tous ceux qui ont travaillé ces dernières années dans le 20e, était très méprisante.

Mme CALANDRA

Je renchérirai en disant qu’il est complètement contradictoire de dire : « Vous avez une approche patrimoniale et surtout, il ne faut pas toucher aux murs de graff » parce que je rappelle que le graff, à l’origine, ce sont des murs éphémères dans des friches industrielles appelées à être détruites. Et le graff, par nature et par essence, et historiquement est mouvant. Le graff se déplace, les artistes graffeurs se déplacent dans la ville parce que la ville bouge et donc, c’est une méconnaissance, pour moi, historique de ce qu’est le graff. On ne va pas développer une trop longue exégèse de cette question, ce soir, puisqu’on a d’autres sujets à aborder. Je voudrais aussi rappeler juste une chose. Dans un État de droit quand il y a des règles, ce ne sont pas des règles du jeu – moi, je ne joue pas ; je n’ai pas le temps et Mme MAQUOI non plus. On a beaucoup d’autres sujets à traiter et beaucoup d’autres gens à prendre en considération – et des contrats d’engagement, à quoi sert-il d’établir des contrats si on traite in fine de la même façon les gens qui les respectent et les gens qui ne les respectent pas ? Dans le droit, ça a un sens, le droit. La règle, ça a un sens précisément. S’il y a des gens qui prennent des engagements et qui respectent leurs engagements et d’autres qui les prennent et ne les respectent jamais, alors à qui peut-on se fier ? Comment est-ce qu’on fait la différence ? Ce n’est pas un tri qu’on fait ! Ce n’est pas un tri. Des gens se sont triés eux-mêmes dans cette affaire, excusez-moi. Et dire que la Mairie du 20e n’a pas accompagné, on a consacré un temps, des réunions – excusez-moi – parfaitement disproportionnées si vous considérez le nombre de personnes impliquées par rapport à d’autres sujets dans le 20e qui impliquent beaucoup plus de monde. Et notamment, une crèche de 50 berceaux, je peux vous dire que ça implique beaucoup plus de gens dans le temps que la question qui nous occupe ce soir. À un moment donné, il faut savoir raison garder. Nous, nous avons été élus par des habitants sur un programme clair et je vous le rappelle avec des engagements assez clairs. Alors oui, la production artistique culturelle en faisait partie, mais excusez-moi, il y a eu dix ans pour la plupart de ces collectifs, dix ans d’investissement de la Ville dans des loyers, dans des choses quasiment gratuites ! Dix ans, ce n’est pas rien ! C’est colossal ! Moi, je me serais attendue à des remerciements, pas pour moi, mais pour la Ville de Paris au moins. Pour ses élus. Quand même ! Au lieu de ça, qu’est-ce qu’on lit dans les journaux ? C’est quand même inqualifiable, excusez-moi, ça m’indigne ! Derrière nous, M. SOREL, je vous le rappelle, derrière vous,comme moi, il y a des habitants, il y a des contribuables. Il faut les respecter aussi. Ils sont respectables. Donc, moi je vous rappelle que nous avons maintenant, il me semble, consacré un long débat à ce sujet et oui, nous prenons nos responsabilités, comme l’a dit, Mme MAQUOI. Nous sommes des élus de la République française et dans la République française, quand on signe des contrats d’engagement, on doit les respecter. Parce que si on rompt le contrat, en droit, ça a des conséquences. Absolument.

Après consultation des membres, le vœu est repoussé

Paris. Culture et politique. Audition par le CESC du PS

Compte rendu réunion 10 juin 2013
Comité Economique Social et Culturel du Parti Socialiste
animé par Jacqueline Zana-Victor, Annie Crépin

Audition de David Langlois-Mallet

Biographie

A la demande de la Commission, David Langlois-Mallet rappelle son parcours, un travail d’intellectuel engagé de la « fracture démocratique aux politiques culturelles » mené au carrefour des « marges » et des émergences culturelles, de la mouvance alternative rouge et verte et du PS, tour à tour comme militant, journaliste et chercheur en politiques culturelles alternatives.

Après le mouvement étudiant de 95, il devient porte-parole de Chiche ! qui de mouvement de jeunesse politique (des Verts et des Alternatifs) tend à se diriger vers un mouvement plus culturel, cherchant l’influence d’idées et se rapprochant pour cela dans ses pratiques militantes des Arts de la Rue. Comme journaliste à Politis et Nova mag, son travail d’enquête porte sur la culture alternative et dans le même temps à Communes de France sur les politiques culturelles progressistes. Au croisement de ces deux domaines, il s’investit dans la recherche de politiques culturelles alternatives intervenant dans l’espace Socialiste ou Verts et les médias. Un travail qui s’accompagne d’une réflexion critique, voir polémique, sur les politiques culturelles d’image, de distinction, de marketing territorial en particulier celles de la municipalité parisienne et plus profondément d’une recherche sur l’identité du Grand Paris.
Il fédère aujourd’hui au sein des Agoras de l’Association Un Peuple Créatif militant-es des politiques culturelles (du PS, des Verts, du FG et du Modem) et acteurs du tiers secteur de la culture (Friches, lieux pluridisciplinaires de proximité, squats, bars culture, arts dans l’espace public…). Avec l’objectif de concevoir des politiques oeuvrières et de proximité innovantes qui accompagnent un nouvel âge des politiques culturelles et de l’éducation populaire en phase avec les mutations actuelles de la société : l’explosion de la pratique, besoins en terme de liens de proximité et pluralité des initiatives face à la crise du sens.

Une vaste enquête de terrain
sur la convivialité et les nouvelles cultures populaires

Pendant dix ans il enquête à la fois sur le lieux culturels et alternatifs et en parallèle sur les politiques culturelles à Communes de France. Il cherche à comprendre ce qui se passe à la marge et, du culturel, débouche sur le politique et le social. Il conçoit le culturel comme matrice de la mixité heureuse et du vivre ensemble que permet la culture de proximité grâce à laquelle on pourrait éviter le tout sécuritaire et la dislocation du lien social. Il regrette que les politiques « tuent » trop souvent cette matrice. Par exemple, il juge que la loi Voynet a empêché ou brisé la jeune chanson émergeant dans les bars au cours d’un processus de « policiarisation », le politique n’ayant pas joué alors selon lui son rôle de médiateur. Trop souvent le discours du politique se technicise et la population est abandonnée à elle-même d’où parallèlement un processus de dépolitisation. Il faudrait repolitiser le lien entre les élus et les citoyens (dans « le bon sens » en favorisant l’expression politique qui émerge de la culture et correspond aux nouvelles représentations de la société, et non pas à coups de tracts qui enferment le politique dans un système de représentation jugé déconnecté de la société). Pour lui, c’est la culture émergente qui peut permettre de renouer ce dialogue et cette transmission, brisée aujourd’hui entre la société et la politique.

Un divorce avec la politique culture de la ville de Paris

Ce qui explique qu’il ait pris ses distances avec la politique parisienne de prestige qui entraîne au XXIe siècle une nouvelle haussmanisation, c’est-à-dire l’alliance du pouvoir et de l’argent comme au XIXe siècle, alors que la culture de proximité répond à l’inverse à la demande de la société, au besoin de sens et de lien des habitants. Existe aussi le risque de la « dysneylandisation » qu’entraîne la marchandisation du patrimoine. Celle-ci a des effets pervers (même à long terme sur les intérêt des secteurs du luxe et du tourisme qu’elle prétend favoriser) car elle fait augmenter les prix des loyers et tend à défaire une ville vivante en la remplaçant par un désert touristique, une coquille vide de sa substance : ses habitant-es. Les touristes étant les premiers déçus d’un manque d’expérience de ce qu’ils recherchent, l’âme populaire et conviviale de Paris, qui fait au moins autant que les vieilles pierre son attrait dans le monde.
Faute de cohérence et d’objectifs sociaux et de compréhension du tissu de la ville, les politiques qui prétendent prendre en compte les squats se retournent vite en politiques d’image.
Même dans les bonnes intentions des politiques de la ville de Paris on sent un replis, une peur des élus. Comme si les politiques étaient animés d’une phobie de l’expression de la société, quand les « friches »  ou de simples « espaces vides » que pourraient se réapproprier les habitants d’un quartier, comme des prise de parole dans l’espace public (politiques sécuritaire plutôt que convivialité, que street-art ou arts de la rue, (quand les rares espaces vides sont remplacés par des équipements publics crèches ou des piscines).
In fine, l’étude de cette fracture entre l’expression culturelle de la ville et son action politique, laisse entrevoir une cohérence historique assez malheureuse dans l’hostilité et le mépris que les politiques des pouvoirs ont de tout temps menées à l’égard du peuple de Paris. Des politiques qui ont trouvé, au moins depuis Haussmann, une cohésion et un encrage dans l’alliance avec l’industrie. Alors qu’on pouvait espérer l’inverse, le pacte d’un élu de terrain avec les habitants, cette priorité à « l’industrialisation de Paris » s’est trouvée renouvelée par Delanoë sous la forme d’une priorité donnée aux industries du tourisme et du luxe sur l’intérêt des parisiens. Selon David Langlois-Mallet, cet échec mesurable tant dans la perte d’âme de la ville que dans la difficulté des parisiens pour se loger dans leur ville, est plus encore que l’échec d’un homme ou d’un parti, celui d’une institution Ville de Paris, ne s’est pas trouvé dans la rencontre avec les parisiens.

La culture populaire
comme source d’inspiration pour les politiques culturelles

En 2007, il propose à la commission Culture du PS un travail sur la culture populaire parisienne et la démocratisation des institutions, c’est la lettre à Delanoë (co-signée par François Adibi et publiée par Rue89) sans effet sur l’action municipale. Selon lui, la politique culturelle de Paris devrait être pensée par la mairie, non en imitant le centralisme de l’Etat en charge de la Capitale, mais au plus près des habitants. Une politique d’arrondissements et de quartiers, ou le politique considérerait le caractère d’utilité publique des lieux de proximité qui permettent la rencontre et l’expression et sont donc le terreau d’une culture populaire. C’est la somme de ces ambiances et ces expériences culturelles qui font une ville vivante. C’est de tout temps (Paris est une fête, Montmartre ou Montparnasse…) l’un des piliers de l’attractivité Paris, au même titre que son patrimoine ou son luxe. La culture populaire d’aujourd’hui, c’est sur le territoire du Grand Paris, le potentiel d’une nouvelle culture-monde francophone, sans la diversité de laquelle la France est condamnée à la nostalgie, culture patrimoniale et vote identitaire.
A la demande de Corinne Rufet, élue verte, il réalise pour la Région Ile-de-France le rapport pour servir de base à la politique de Fabriques et d’ateliers d’artistes : « De l’atelier bureau à l’atelier logement » (2008) Un vaste tour d’horizon, au fil d’une centaine d’interviews, du squat au DRAC, des problématiques d’ateliers sur le territoire francilien.

Lieux de proximité et politiques oeuvrières

La question des pratiques oeuvrières est, avec la question des lieux de proximité, l’autre aspect de la culture populaire d’aujourd’hui sur laquelle porte son travail.

Les oeuvrier-es, ces porteurs de projets culturels, qui prennent le risque de la précarité pour porter individuellement au travers de leur œuvre une part de sens collectif. Ce sont des actifs engagés dont la démarche, au regard des structures traditionnelles du travail, relève de contours très flous, entre le marché, l’activité indépendante et l’aide sociale, (artistes, artisan, intello-précaires, vivant souvent à cheval sur de petites activités de compléments ou sur les minimas sociaux).

Ce phénomène de société, révèle une mutation profonde du rapport à la culture dans les nouvelles générations. Débordant les grilles traditionnelles entre professionnels et amateurs, c’est toute une société créative qui se met en mouvement en passant, souvent grâce aux nouveaux outils, de la réception à la conceptualisation, du rôle de spectateur à celui d’acteur culturel. Les politiques culturelles, enfermées dans des modèles passéistes (désignation par le prince des acteurs légitimes, politiques de sélection et d’excellence, centralisme…) passent à côté de cette profonde mutation et contribuent à accentuer les fractures : générationnelles, territoriales et sociales.

Les générations oeuvrières ont besoin d’une politique, de lieux outils fondés sur le soutien à la pratique et non sur la sélection, et d’une réflexion sur un statut d’existence (logement ou allocation d’autonomie?) que les auteurs, plasticiens, chercheurs etc… n’ont pas, à la différence des intermittents du spectacle.

Une vaste concertation culturelle du Grand Paris

Prenant acte du désengagement de la Ville de Paris sur ces question du fait d’une approche centrée sur les politiques d’image et de communication. C’est avec le tiers secteur de la culture lui-même que David Langlois-Mallet a pris l’initiative d’organiser la vaste concertation nécessaire sur le territoire du Grand Paris. En partenariat avec Jean Digne et le Musée du Montparnasse, il réalise Les Inclassables qui seront la maquette d’une concertation plus vaste.
Lancée avec le 6B, établissement pluridisciplinaire abritant près de 200 plasticiens à St Denis et le 100 Etablissement Culturel Solidaire de la Ville de Paris ou travaillent (en rotation) plus de mille oeuvrier-es il initie une vaste concertation du Grand Paris des professionnels du tiers secteur culturel : les Agoras du Peuple Créatif réunissent plusieurs centaines de participants en 2012.

Nouvelles gouvernances et crise de la transmission

David Langlois-Mallet voir dans une politique culturelle qui aborderait intelligemment la question des nouvelles cultures populaires la matrice d’une nouvelle gouvernance. D’un new-deal, où l’institution stratège, faciliterait la rencontre et l’expression de la créativité de la société en soutenant l’émergence des dynamiques mutualistes dans la culture. Il aimerait un politique qui au lieu de dire « Voilà ce que j’ai fait (pour mon image) » soit en état de dire « Voilà ce qui se passe, ce qui émerge sur mon territoire (ce qui pousse grâce à mon action) ». Sans une politique d’éducation populaire d’aujourd’hui, favorisant la diversité des expressions, ou le politique joue son rôle de facilitateur et d’intermédiaire dans l’expression, la rencontre, la circulation des représentations. Cette remontée ne se fait pas, la population se réfugie dans la nostalgie (et dans des votes de nostalgie !) et les différents identitarismes et communautarismes. Une part importante de la population laissé sans médiation ni culutre vivante vit sous perfusion du divertissement commercial, en particulier télévisuel. Tous phénomènes qui condamnent à terme le vivre ensemble et la cohésion et peut-être la république.

Actuellement, la politique n’est plus porteuse de sens, de promotion de ce sens, ni de transmission. ll y a trop de fractures qui empêchent la transmission, les circuits de celle-ci sont ossifiés et enkystés. Un incroyable égoïsme générationnel pèse sur ces questions. Les baby-boomers n’ayant pas hésiter à jouer contre leurs propres enfants. On voit partout (cela apparaissait très clairement avec l’affaire DSK) une fracture entre les pratiques féodales du milieu politique et les valeurs de la société moderne, en particulier des jeunes générations. Elle recoupe aussi la question de la domination masculine, de la reproduction endogame des élites et une conception monoculturelle très française qui maintien une ségrégation de type coloniale à l’encontre des jeunes français-es dont la culture familiale n’est pas celle du modèle dominant.

Pour ce qui est des politiques culturelles à proprement parler, l’État gagnerait à rompre avec un héritage Louis quatorzien et aux politiques de distinction et de sélection qui en découlent. Plutôt que ces vanités désuètes dans la concurrence de la mondialisation, il serait plus fructueux pour les territoires de se positionner non comme un arbitre des élégances ou un programmateur, mais un entraîneur qui aide les choses à advenir, donne des outils et laisse s’exprimer l’énergie créatrice au lieu de tout institutionnaliser. Il est au contraire trop centraliste, dans le contrôle plutôt que la confiance et l’immobilisme. A son images, les élus semblent souvent vivre dans « la peur qu’il se passe quelque chose » alors que le problème est justement l’ennui et l’uniformisation de l’espace public et le manque d’âme de tout une société qui semble condamnée en fait de culture à errer entre le supermarché et les séries télés, dans ce très pauvre et réducteur espace que lui propose le divertissement mainstream.

Pour le politique, la société n’est qu’un public qui boude les programmations (10% de fréquentation), parce qu’il ne voit pas qu’elle est une force de proposition, une force créatrice. Or, ne serait-ce qu’à Paris, les quartiers populaires sont de véritables fabriques de culture et d’intégration. Mais là encore, au lieu d’accompagner le vivre ensemble de son époque, la ville de Paris a tendance à tout reformater, à « boboïser » et à imposer sa propre culture, dissolvant de l’âme de la ville.

Il faudrait accompagner le déploiement de cette énergie créatrice de « la chambre de bonne aux Victoires de la Musique » d’autant que, selon David Langlois-Mallet, la frontière ancienne entre amateur et professionnel n’est plus si pertinente à l’heure d’Internet. Toutes ces nouvelles dynamiques ont par ailleurs l’avantage non négligeable d’être très économes d’argent public.
Reconnaitre l’expression et encourager l’autonomie culturelle de la société, c’est aussi une requalification du politique. C’est accepter une diversité et renoncer à un féodalisme désuet à la base du divorce entre les citoyens et leurs représentants. La culture partagée et le dialogue c’est plus largement se donner le moyen de résorber les contradictions et les tensions d’une société en crise de déclassement, tentée par les replis identitaires, les communautarismes et la violence innérente au culte de l’argent et à l’individualisme. Rompre avec une conception étriquée de la culture française, en abordant de manière ouverte la question de l’intégration et des diversités culturelles issues de notre histoire coloniale et de la mondialisation, ce n’est pas fragiliser notre unité politique mais au contraire la renforcer. Sortir de la dépression identitaire et contribuer à la réinvention d’une parole francophone et des valeurs universelles qu’elle porte dans la mondialisation.

(Des propositions formulées notamment, au sein du think-thank Altaïr, du collectif Un Peuple Créatif et dans la lettre ouverte collective à Jean-Marc Ayrault).

Réaction des membres de la commission

Jean-Claude Bourbault fait remarquer que les lieux créatifs sont rarement dans les institutions et que les hommes politiques ont tendance à indiquer eux-mêmes les lieux. Mais, lorsqu’un politique s’occupe de culture, il ne peut être dans l’instant et doit penser à demain.
Alain Maurel juge qu’on ne peut reprocher à une collectivité d’institutionnaliser et que l’institutionnalisation n’est pas forcément marchandisation. Comment faire une bonne gestion avec des choses informelles ? Comment trouver l’équilibre entre la spontanéité et l’institutionnalisation ?
(…)

Au 1er Ministre. Appel d’urgence sur la créativité de la société

Cher Jean-Marc,

Tu m’écris ce matin au réveil et ta lettre me touche.

Parce que l’on sent la sincérité, mais aussi le désarroi derrière le volontarisme d’un homme bien qui essaie de faire quelque chose. On sent aussi derrière le « ça va aller… On va s’en sortir » que pourrait dire un père à ses enfants le soir avant de l’endormir, quelque chose de très anxiogène pour le collectif (qui justifie que je laisse une paire d’heures mes occupations du jour). Bref, tu ne nous dis pas à quel point nous sommes devant une situation dangereuse.

Comme dans les familles des années 60, le dialogue est difficile avec vous, décideurs politiques. Parce qu’il part du présupposé que nous ne pensons pas vraiment, que nous ne sommes pas assez adultes pour comprendre la situation. Si nous l’étions, pensez-vous, vous vous sentiriez plus soutenus… Alors que le seul mode de dialogue permis justement par la hiérarchie que vous mettez entre vous et nous est une certaine agressivité populaire contre les dirigeants. Celle à laquelle vous êtes blindés par les conflits de parti. Pas de dialogue donc.

Puisque tu t’adresses à moi, je m’adresse à toi. Et je m’étonne à l’avance que certains puissent y voir une insolence. Je prends simplement au sérieux le texte fondateur de notre République. Tu es citoyen premier ministre, je suis citoyen. J’écris et je m’efforce non seulement de garder la langue bien pendue mais aussi les yeux et les oreilles ouverts sur ce pays où j’ai pas mal enquêté.

Ces présentations faites, le sens de mon message est le suivant. La crise est bien pire que tu nous le dis car ce n’est pas seulement une crise économique. C’est une crise écologique aussi, mais c’est une crise humaine surtout, donc une crise culturelle. Mais bonne nouvelle aussi, il y a des ressources que tu ne vois pas.

Ce qui ne va pas

Nous vivons (en plus dangereux) une époque comparable à la fin du Moyen-Âge, quand les grandes peurs n’avaient pas encore laissé place à la Renaissance. Un monde économique, fait d’industrialisation et de consommation s’effondre (et nous sommes dessous). Et nos structures institutionnelles pyramidales et désuètes nous fragilisent au lieu de nous protéger. Les comportements de nos dirigeants politiques, totalement dépendants de leur culture technocratique et des choix d’une technostructure qui leur échappe presque complètement ne sont plus adaptés à l’évolution du monde et des relations entre les gens. Vous avez tous été formés à une pensée des Trente Glorieuses qui ne correspond plus au monde.
Une part importante de la société française, mais aussi européenne s’enfonce dans un hiver inquiétant, mêlant replis identitaires de toutes natures et précarité, économique mais surtout culturelle. Sur un territoire désenchanté fait d’étalement urbain insignifiant et de centres commerciaux à perte de vue, c’est tout un monde ouvrier et de petits salaires qui se sent trahi et abandonné par la société de consommation qu’on lui avait vendue et qui n’existe plus que dans la violence du rêve télévisuel. On les abandonne comme hier les paysans.

Un agriculteur par jour au moins se suicide en France dans l’indifférence générale. On écoute encore (un peu) les suicides de salariés qui vont au bout d’une logique où on leur demande de se tuer au travail et maintenant c’est le tour des chômeurs que l’on considère comme des déviants à redresser, quand cassés, ils ne veulent pas partir à la guerre économique qui disloque les liens familiaux et les couples. Quelle vie ont les enfants de tous ces gens ? Quelle idée du monde adulte ? Quel avenir ont-ils ? Et on s’étonne maintenant de la violence des adolescents ? Violence tournée le plus souvent contre eux-mêmes d’ailleurs.

Tous ceux qui sont au côté de cette misère humaine ou au soin de proximité, fonctionnaires de terrain, enseignants, personnel des hôpitaux et des maisons de retraite (des mouroirs ?) sont méprisés, découragés souvent par leur hiérarchie, ses comportements féodaux et ses privilèges.

En haut, à la télé, protégée dans ses quartiers réservés en ville et par la cherté foncière, la nouvelle noblesse de l’argent ne se sent liée aucunement à tous ceux-là. Aucun lien, aucune responsabilité. Seul compte s’enrichir et jouir dans la perspective généralement admise par une bonne part des élites (je ne la confonds pas avec une élite de gens de devoir comme vous) que nous vivons une certaine fin du monde et que c’est sans scrupule qu’il faut en jouir personnellement, autant que faire se peut. Malheureusement pour les gagnants du casino social, la vie humaine ne se résume pas à profiter. Alors leurs familles hantent les psys et les psychotropes. TF1 ou la coke, chaque niveau de la société a ses pilules d’oubli pour tenir. Mais tenir pour quoi ?
Je ne veux pas te déprimer, toi et ton équipe, dans votre difficile métier. Je t’écris pour vous dire qu’il faut miser sur l’humain en fait et sur ce peuple créatif de français-es de toutes origines.

Celles et ceux sur qui tu dois miser

Vos ressources humaines, vos alliés sont là où vous ne les voyez pas. Là où le politique ne comprend pas, là où il ne mise pas. Là où les gens investissent d’eux-mêmes au milieu du difficile. Là où l’on ne renonce pas à faire rimer le sens que l’on donne à sa vie et l’intérêt de la collectivité.

Ils vous demandent juste de modifier la stratégie d’une bataille qui ne peut plus être gagnée si l’Etat continue à miser d’abord sur les entreprises du CAC40 au lieu de s’investir au côté de la population. Privilégier une industrie qui délocalise revient à disperser nos ressources au vent de la mondialisation, quand c’est la richesse humaine de notre pays qui reste son moteur de relance. Pas seulement pour le PIB, mais aussi de son BIB (Bonheur Intérieur Brut).

Quelques pistes ?

o Si notre crise est l’effondrement du monde industriel, soutenez d’urgence la créativité individuelle dans toutes les formes artisanales. Ils y les créateurs d’objet, les inventeurs, les artistes, les artisans, toute une classe d’intellos qui se précarise parce qu’elle mise dans ses recherches, ses projets d’intérêt général, sa création d’emploi. Sans soutien autre parfois que le RSA. Faites confiance à la classe précaire-créative. Elle est en difficulté car elle ne renonce pas à l’intérêt général. Elle cherche juste le sens commun si nécessaire au travers de projets de vie. Donnez aux individus des outils de travail collectifs, pour s’épauler, sortir de la solitude et inventer ensemble. Faites-le en vous inspirant des inventeurs de services publics innovants comme Le CENT, l’établissement culturel solidaire, de Paris XIIe. Economiquement très légers, appuyés sur le tissu associatif, ils concilient les impératifs d’économie des ressources publiques et le développement de services à tous.

o Si notre pays est dans une crise de citoyenneté ? Regardez du côté des nouveaux français-es. De ceux qui se battent pour venir sur notre territoire ou pour y trouver une place. Donnez de la voix aux immigrés et une pleine place à leurs enfants. C’est cela qui régénérera une France qui a le souffle court car elle ne croit plus elle-même à ses principes fondateurs. Ecoutez l’élite de votre jeunesse qui se mobilise dans les friches artistiques, comme le 6B à St Denis ou l’Ambassade du Pérou à Ris-Orangis. Pourquoi, au lieu d’une vie confortable, promise par leurs études d’architectes et d’urbanistes, vont-ils au contact des plus méprisés du territoire, de ces intouchables que sont en France les Rroms ? Parce qu’ils sentent que c’est à l’extrême qu’il faut témoigner. Que le sang neuf de la République coule dans les veines des sans-papiers.

o – Si vous voyez qu’un système de pensée ne fonctionne plus, il faut en changer. Ayez le courage d’accompagner la libération de la parole, qui explose partout depuis Internet. Au lieu de conforter les hiérarchies disqualifiées, confortez la responsabilisation et la prise d’initiative de chacun à son poste. Misez sur le travail en équipe, sur la responsabilisation individuelle des enseignants dans leur démarche pédagogique, des infirmières dans leur expertise. Reconstruisez le tissu entrepreneurial en misant sur les micros et les petites entreprises. Soutenez les dynamiques nouvelles de mutualisation.

o Misez sur des choses négligées. Prenez au moins la peine d’entendre les arguments de l’association Amelior, ceux qui soutiennent les biffins. Ils vous disent qu’il y a un gisement de richesse dans nos déchets et qu’il ne faut pas pourchasser (à grands frais pour la collectivité) les pauvres qui vident les poubelles. Mais au contraire entendre qu’il faut arrêter de s’empoisonner les bronches en incinérant chaque jour les matériaux qui vont nous manquer et que nous importons à grands frais. La sobriété écologique va avec un autre développement.

o Si vous croyez que les gens vivent une terrible solitude individualiste. Misez sur la fête. Des peuples pauvres dansent ! Nous sommes un peuple en dépression plus encore qu’en déroute économique. Les français ont été connus dans l’histoire comme un peuple des plus joyeux. Les habitants de votre pays ne chantent plus monsieur Ayrault ! Soutenez, protégez toutes les initiatives locales entravées par la réglementation comme les cafés-culturels par l’empilement des lois liberticides comme la liberticide loi Voynet. Aidez des petits lieux de culture qui font un travail de créativité populaire et ont un potentiel extraordinaire dans les quartiers. Je pense au Lavoir Moderne en danger à la Goutte d’Or. A la Forge de Belleville stupidement abandonnée au marché par la Mairie de Paris. Et à des centaines d’autres en France.

Ce que je vais te dire ne te fera pas plaisir (mais on n’est pas là pour ça si je t’ai bien entendu) car cela peut passer pour personnel, le sujet te tient à cœur. Pardon par avance donc de te dire que c’est aussi ce qu’essaient de te dire des gens à Notre-Dame-des-Landes. Mais que l’on essaie de dire à Paris à Delanoë (sans succès) et un peu partout devant l’autisme du politique. On veut vivre par exemple dans un Grand Paname des Paris-villages, multiples, conviviaux et pas celui des superstructures déshumanisées. Les gens de la Nièvre veulent être en prise sur leur paysage, leur vie quotidienne, pas voir les bois du Tronçay rasés pour une scierie géante. Là encore, au cœur de la Nièvre, le gisement n’est pas industriel. Il réside dans tout le potentiel d’échange et de rencontres qu’il y a autour de l’Abbaye du Jouïr et du Théâtre Eprouvette.

Le rêve des années 60 est mort un peu partout, on n’attend pas de vous politiques que vous le ressuscitiez car il n’a pas donné forme au bonheur, mais objet à désespérance. Nous n’avons plus besoin de grands équipements que vous ne savez plus d’ailleurs comment financer. Arrêtez de croire que l’on attend du politique de grands travaux. Vous n’êtes pas et ne serez jamais Louis XIV. Et tant mieux ! Si la République a un sens, ce n’est pas d’élire le monarque et sa cour. C’est que le pouvoir politique soutienne l’initiative individuelle là où elle rencontre l’intérêt général. C’est là qu’est la réserve de ce dont a besoin une grande partie de la société : du sens, de la reconnaissance, des outils et du soutien, de la visibilité plus que de l’argent pour se retrouver avec une pauvre vie à consommer des séries télés.
Nous avons besoin que vous laissiez de la place aux initiatives des gens d’en-bas, des gens du lieu. Là, dans la vie locale, dans les initiatives non soutenues des quartiers, là se cache l’emploi que vous appelez. L’emploi durable et qui ne détruit pas le tissu des rapports sociaux mais participe à les construire. Car au plus proche, au local, est aussi la socialisation et l’humanisation des rapports plus nécessaires encore aux français-es de maintenant.

C’est dans cette approche ouverte de la culture qu’il y a de l’intérêt général, pas dans l’entre-soi et la distinction des évènements plus ou moins privés que favorise l’institution aujourd’hui. Les collectivités territoriales ont largement pris le relai de l’Etat dans le financement culturel. Malheureusement, sans repère du Ministère de la Culture depuis plus de 10 ans, elles limitent (à quelques exceptions près) par leur frilosité la culture à un outil de développement de l’industrie du tourisme quand ce n’est pas de simple image pour le politique. Monsieur le maire devenu tout puissant, choisit alors l’artiste instrumentalisé (au détriment de l’insolent) et l’invite alors à participer de cette fracture politique que nous connaissons et qui participe à la désespérance de ce territoire et à sa défiance envers ses élus. Il y a donc beaucoup à faire pour recoudre au plus proche, autour de l’intérêt des habitants, le lien entre culture et politique, mais cela passe aussi par une évolution de la culture politique. Chiche ?

Pardon d’avoir été beaucoup plus long que ta vidéo, mais je n’ai pas la vidéo. Tout cela on tente de te le dire, de vous le dire. On ne parvient pas à se faire entendre, même quand on passe par des canaux proches de toi, comme le Think-tank Altaïr qui a tout de même dans ses travaux levé quelques lièvres. On ne sait s’ils ont touché ton oreille ?

Voilà, tu m’as écrit sans me connaître, je te réponds en te connaissant de loin. Tu me liras peut-être si tu en as le temps, mais je crois que pas mal d’autres qui pensent comme moi en seront confortés. Et c’est cela le plus important.

Tous mes vœux de courage pour ton combat quotidien.
Chaleureusement à toi,

Commune libre d’Aligre, Paris XIIe. Le samedi 2 mars 2013.

III. Premiers signataires :

Adrien Gaumé Gaumé, artiviste glocal, Adrien Toreau, citoyen non-matagrabolisé, Agathe Elieva, précaire créative, Agnès Bitton, avocate, Paris, Aline Mabit, bâtisseuse, Amaury Millotte, porteur de projet, Nevers (58), Amel Ezine, Fontainebleau, Anne Plouzennec, Lavoir Moderne Parisien, Annie-Camille Tronchet, Chargée de mission, Paris Aurélien Zolli, artiste, Aurélie Labis, intellectuelle, mère au foyer, RSAste, Barbara Boichot metteure en scène compagnie Déviation Corbigny (58), Brigitte Faure, Aubenas. Infirmière, Catherine Poulain, artiste plasticienne, Cécile Rémy, responsable d’édition, Paris, Céline Raux-Samaan, éditrice, Christelle Morvan, artiste peintre, Orléans, Christian Bourigault, danseur, Christina Bertelli, artiste, Claire DEHOVE WOS/agence des Hypothèses, artiste et Maître de Conf, Clotilde Rullaud chanteuse, Cyrille Hugon, organisateur du Salon du Rhum, David Bernagout, Projectionniste, Paris , David Langlois-Mallet, concepteur d’idées publiques, Grand Paname, Delphine Vincenot, plein de choses ! Paris, Dominique Dolmieu, artiste associé à la Maison d’Europe et d’Orient, Emilie Hesse, coordinatrice de centre social (57), Eric Delion, Réalisateur à La Télé de Gauche, élu de St Denis, Fabrice Latouche, maquettiste à Voynetgrad, Fanny Lesage, Retraitée, citoyenne du secteur culturel, Fatea Issad, Maisons Alfort, gestionnaire facturation, Faouzi Ahamada, Florence Durand, metteur en scène, Paris, Fred Etcheverry, danseur, Frédéric de Beauvoir, directeur d’établissement culturel, Frédéric Maintenant, compositeur, président de T.R.A.C.E.S. Franck Halimi, Gérard Santi, musicien à Lairière 11330, Gilles Vadrot, salarié agricole futur boulanger bio Rouy 58110, Gloria Aras, danseuse, Guillaume Gomis, journaliste, Henri Mandine, 84000 Avignon, Hélène Féo , Hélène Joly, réalisatrice autodidacte, Luc Natali, Jacques Livchine, Metteur en songes, Jean Bojko, Metteur hors-scène TéATr’éPROUVèTe, Abbaye du Jouïr, CORBIGNY (58), Jean Hurstel, Président de Banlieues d’Europe, Jean Mermet Acteur, metteur en scène, formateur, Jean Vaugeois, Québec, Jérémie Nestel Président de Libre Acces, Julien Beller Le 6B, Julien Pelletier, créateur graphique et éditeur d’estampes, Laure Foullon, Market Analytics Manager, Colombes, Laurent Schuh Acteur Générateur / Paris-çi et Ailleurs, Louis Bastin, auteur-réalisateur, Les Ateliers du Réel, Montreuil (93), Maria Spera, photographe indépendant, Marie-Odile Gerardin, Maryline Arsenault, professeur de Lettres, Nevers, Mathias Raulin, Invalide, artiste, futur chef d’entreprise, Marion Valentine, administratrice, St Denis, Mimi Pinson-Mourlevat, retraitée, Conseillère municipale de Pauillac, Michel Thion, Poète Teyran (34), Nathalie Saïdi, manager artistique et culturel, Patrick Pénicault, chef de projet innovation citoyenne, Sophie Clothilde, Graphiste, Montpellier, Patrick Soulignac, ingénieur, Deuil la Barre (95), Philippe Foulquié, directeur de Théâtre, Marseille, Samuel Lecoeur, Association Amelior, Sara Ben Assistante commerciale, Mulhouse, Sébastien Eymard, architecte, Sylvie Armilhon, Chargée d’études et de réalisations culturelles, Valérie de St Do, Journaliste, Yovan Gilles, Philosophe debout, Les Périphériques vous parlent…

°°°

Ce petit écrit spontané, au réveil, a pris une tournure collective. Il ne part pas non plus de rien, mais de pas mal d’activisme culturel (textes d’idées, débats, revendications). Si vous voulez nous rejoindre bienvenue. Une liste d’échange mail existe également autour d’une certaine idée conviviale de la culture de proximité et des innovations politiques qu’elle propose.

David Langlois-Mallet, auteur public

contact : langlois.mallet@gmail.com

Texte intégral de la réponse à Jean-Marc Ayrault
suite à l’envoi d’un mailing-mail « La compétitivité, c’est l’emploi http://minilien.fr/a0m7ju

langlois.mallet@gmail.com

Voir en ligne : Sur les coulisses de cet appel, lire Cassandre

Un Peuple Créatif – Propositions collectives pour le ministère de la Culture

« FAY CE QUE VOULDRAS »
François Rabelais, L’abbaye de Thélème, Gargantua, chapitre LVII (1534)

UN PEUPLE CREATIF
Force de mutation d’un peuple créatif,
un 11e art, art de la relation émerge

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Y aura t-il une volonté ?
Notre peuple est créatif, inventif, éduqué, riche d’émotions et d’idées à partager. Notre pari est qu’il y a dans sa créativité un profond moteur apte à dépasser toutes les crises et toutes les sinistroses du temps, pourvu que le sens soit activé.

Ce travail sur le sens et sur le lien, c’est le rôle des artistes, des lieux et des acteurs culturels. Un peu partout depuis 15 ans s’invente comme un nouvel art. Dans les lieux en friche, les squats, la rue, les campagnes et les banlieues, des artistes cherchent de nouveaux liens. A mesure que la crise de l’humain et des relations s’intensifie, leur urgence, souvent dans des conditions très précaires, s’accélère. Comme s’il fallait compenser par le tissage humain ce que l’économie déchire.

Une force de mutation est en marche pour permettre une mutation des façons de penser. Il y a le potentiel créatif pour forger de nouvelles représentations qui nous redonnent le goût de vivre ensemble, pour renouveler l’aventure de l’art, l’élan de l’éducation populaire et ressourcer les politiques culturelles, faire vivre l’espace public d’une façon nouvelle et permettre la découverte de territoires d’humanité non encore explorés.

Ce mouvement créatif est aujourd’hui entravé par une pensée administrative des années 60. Entravé par la précarité, des lois et une réglementation inadaptées.
Il attend un regard, un souffle, une politique.
Nous connaissons les besoins, nous savons les dangers, nous montrons les richesses.
Nous avons fabriqué les outils.

Y aura t-il une volonté ?

I . Un peuple créatif, fraternel
Un immense besoin de partage et d’expression

Notre peuple est créatif, inventif, éduqué, riche d’émotions et d’idées à partager. C’est ce point que nous avons placé au départ de notre réflexion parce que dans un temps de troubles, il faut repartir sur des fondamentaux simples et républicains, de la dignité humaine. Notre pari est qu’il y a dans sa créativité un profond moteur apte à dépasser toutes les crises et toutes les sinistroses du temps, pourvu que le sens soit activé. Ce travail de mise en marche d’un tissu humain mobilise des artistes, des lieux de proximité et des collectifs.

Saturés de signes, bombardés de messages et dotés souvent d’outils, les citoyens ont besoin d’expression et de partage, de participation artistique et de fête. Ils ont besoin de se retrouver et de s’exprimer. La profonde richesse culturelle et humaine des gens qui, sans distinction d’origine, peuplent notre territoire, est une réalité massive de la société pourtant négligée par les politiques culturelles. C’est elle que nous proposons de prendre en compte. A ce titre, notre travail serait un frère de celui de l’éducation populaire à condition de bien comprendre qu’il n’est pas ici question de remplir un vase vide et en aucun cas de faire descendre une culture d’en-haut vers des masses supposées ignorantes.

Libérer l’expression d’autres légitimités

Nous avons plutôt pris en compte des richesses multiples : il y a les plus évidentes, celles dont la créativité se trouve souvent entravée par le marché : créatifs culturels, jeunes générations, geek, intellos-précaires, plasticiens-RMIstes, artistes spontanés de la rue, graffeurs, taggeurs, poètes des rues, slameurs de bars, etc.. Les moins évidentes aussi car il n’est pas pour nous seulement question de créateurs qui aspirent à une reconnaissance artistique. Ce ne sont pas les moins riches ni celles dont l’expression est la moins porteuse de sens : enfants, mères de famille, personnes d’origines étrangères, personnes âgées ou handicapées, humanité que l’on va chercher jusqu’au cœur des prisons. Un catalogue qui semblerait un programme social, s’il n’avait pour but d’évider en creux deux figures, celle de l’homme blanc, bourgeois, quinqua-septuagénaire à haut niveau d’études d’une part, et son pendant du marché, l’image de la femme sexy identifiée au mannequin, si possible chanteuse en plus. Pas par ostracisme d’ailleurs, mais pour souligner les richesses qui existent là où on ne les cherche pas habituellement, où on ne les attend pas. Là où elles ne sont pas considérées comme légitimes. En creux, l’expression de l’art du temps étant aussi politique, se dégage une figure de la légitimité politique d’aujourd’hui, moins fondée sur l’expression politique elle-même que sur l’organisation de l’expression de toutes les légitimités.

Typiquement aujourd’hui, ce qu’il faut de plus urgent, c’est une solution pour mettre en relation les expressions de la créativité contemporaine qui n’ont pas de débouchés ni de regard et les 90% de personnes qui ne fréquentent pas les lieux officiels.

C’est l’exemple de la troupe de théâtre amateur ou même professionnelle dont les artistes ont créé une œuvre, parfois au fil de deux ans de travail, et qui n’ont pour le moment qu’une ou deux occasions de la jouer. Il faut les relier avec toutes les personnes qui rêveraient d’échapper un soir à leur solitude ou aux écrans, mais qui n’ont pas forcément les moyens d’investir dans un billet ou même d’y penser tant il est vrai qu’on les conditionne différemment. Une politique culturelle doit assurer à faible coût cette passerelle en s’appuyant sur le tissu des lieux de proximité et des collectifs existants.

II . Lieux d’émergence et de culture populaire…
matrices d’une mutation culturelle

Ce travail pour faire émerger le sens et créer le lien de la société, c’est la mission que se sont donnée d’eux-mêmes des artistes, des auteurs de lieux, des acteurs culturels. Un peu partout depuis quelques années ils inventent la possibilité d’un nouvel art. Dans les lieux en friche, les squats, la rue, les campagnes et les banlieues des artistes cherchent de nouveaux liens. A mesure que la crise de l’humain et des relations s’intensifie, leur urgence, souvent dans des conditions très précaires s’accélère. Comme s’il fallait compenser par le tissage ce que l’économie déchire…

la force d’une mutation

Les lieux émergents, squats, bars culturels ou autres sont les catalyseurs des relations à l’échelle d’un quartier. Le quartier aujourd’hui c’est l’unité de sociabilité. Entre voisinage et espace public il retrouve un rôle essentiel d’humanité. C’est ici, à l’heure de la globalisation, d’Internet, des réseaux sociaux, que se répercute l’écho reçu de la planète. Le village monde dans sa diversité se retrouve au bar du coin. Et spontanément, entre des gens aux parcours d’origine (comprend pas parcours d’origine) et aux références culturelles différentes, on se tourne, pour échanger, vers de vieilles recettes, celles des cultures populaires urbaines.

Ce sont elles qui inventent les signes et le langage commun à partir des référents et des valeurs partagées. Dans les quartiers populaires ou mixtes, se forment ainsi des mélanges qui sont autant de signes d’une nouvelle alliance. En matière d’intégration, les balluches sont plus nécessaires que les discours. Il faut avoir à l’esprit pour comprendre notre monde les petits poulbots parisiens de la Goutte d’Or dont les parents sont nés au Mali autant que les demoiselles Dupont fans de danse africaine, ces groupes japonais d’accordéon musette comme ces couples qui se forment sur un air de châbi sans se demander où étaient nés leurs parents.

III . …et collectifs d’artistes
laboratoires du sens et secteur R&D du lien social

La diversité des collectifs d’artistes existants est l’une des plus grandes sources de développement créatif et d’innovation. Les politiques publiques n’ont pas assez pris en compte l’importance de ce mouvement et le sens de ce qui se joue comme transformation du rapport des artistes à la population et comme mutation culturelle. Dans sa diversité, ce secteur d’innovations sociales est un peu le laboratoire Recherche et Développement de notre vivre ensemble. Ce sont aussi les fabriques d’oeuvres, les ateliers… Avec la créativité publique, les lieux de proximité et l’espace public, les collectifs sont les maillons du terreau culturel. Vu leur singularité et leur hétérogénéité, il est nécessaire que le politique les approche comme il le ferait dans le secteur économique, en les regardant comme des porteurs de projets, des pépinières…

Comme pour le phénomène de la collocation dans la société, ce mouvement culturel tient pour partie de l’adaptation à la précarité, mais aussi d’un besoin d’échange et de convivialité. Il s’y pratique des formes d’échange et de mutualisation très variées, allant du simple partage d’outils, à des mises en commun, allant jusqu’à la naissance de formes artistiques pluridisciplinaires. Les collectifs sont ainsi susceptibles de prendre des formes singulières.. Elles vont du simple partage de loyer qui a l’impact limité de la présence d’artistes, à des portages de projets artistiques complexes dans un champ précis (gravure, photo, arts plastiques), ou socio-culturels de toutes natures dirigés principalement vers le territoire. Il importe de voir avec chaque collectif la nature de ses intentions et propositions, son action, et d’en évaluer la présence, de l’intérêt général et pas uniquement de l’intérêt personnel des acteurs.
Le collectif est une révolution dans le champ culturel qui manifeste une évolution sociologique de première importance. Celle d’un troisième modèle entre des formes collectives en décrépitude et l’impasse individualiste. Une solution qui permet de faire son travail personnel et de participer à un sens collectif. Une évolution qui n’est bien sûr pas sans lien avec d’autres formes, politiques notamment, dans le nouveau militantisme, les coopératives salariales etc. Et sont autant d’indices de l’évolution de la société qui cherche à naître. Parfois dans l’indifférence et le mépris (on pense aux élus qui se focalisent sur le mode d’occupation, par exemple l’occupation sans droit ni titre d’une friche, plutôt que sur le projet lui-même).

IV . La création culturelle, circulation et entrave

Un exemple illustre très bien, le fonctionnement de la chaîne solidaire que forme la culture, c’est celui de la jeune scène chanson.

Alors que la chanson française était tombée brutalement aux oubliettes dans les années 80-90, il y a une quinzaine d’années, tout un mouvement de jeunes artistes est apparu. Une génération spontanée a poussé dans les bars à Paris, mais aussi à Rennes, Toulouse ou Grenoble, qui se sont transformés en scène ouverte. De jeunes auteurs (comme Bénabar) ont pu se familiariser avec un public sur ces très petites jauges et dans le même temps, le public populaire avait, pour le prix d’une bière accès à des artistes avec qui, miracle de la culture à taille humaine, ils pouvaient même aller sympathiser après le concert. Cela avait un effet positif sur les environs, une certaine convivialité débordait dans l’espace public et une petite circulation faisait refluer dans certains quartiers une petite délinquance ou de petits trafics qui évitent la lumière.

De bars en petites salles, certains jeunes artistes amateurs sont montés très haut. Tous ne sont pas devenus de grands artistes, mais sur le terreau de ces lieux modestes, toute une génération a pu s’exprimer en chansons, un public se reconnaître dans des sujets qui parlaient de sa vie, de son quotidien, irriguant le champ public de représentations nouvelles. Symbolisations sans lesquelles les tensions de société se retournent en violence plutôt qu’en dialogue.

Ce mouvement pourtant a été stoppé brutalement par la loi Voynet sur le bruit. Cette dernière, même si elle ne visait pas la culture, instaure un déséquilibre très favorable au plaignant et de nombreux bars ont dû cesser une programmation qui leur attirait trop d’ennuis, participant ainsi à une perte de sens et de valeur de l’espace public, à sa désertification culturelle et à sa banalisation.
L’exemple du Canal St Martin à Paris est frappant. Lieu de trafic avant que les bars à chansons n’en fassent un quartier vivant, il n’est plus depuis qu’on les a fait taire qu’un simple quartier de bars à touristes bobo, sans autre vocation que de faire de l’argent.

V . Un espace public réinventé

La sociabilité dans l’espace public, condition de notre hominisation

C’est dans les espaces de convivialité que s’invente, avec les liens, la possibilité d’un vivre ensemble. Se connaître, se fréquenter, sont, bien plus que la surveillance policière, les conditions d’une sécurité, mieux peut-être d’une convivialité. Ironie de l’histoire, ce n’est pas le ministère de la Culture qui s’intéresse à ces phénomènes. Il semble même, au rythme des expulsions de squats, des interdictions de concert, ou des PV donnés aux artistes qui chantent ou dansent sur le pavé des rues, que ce soit au ministère de l’Intérieur qu’ait été délégué ce pan entier de l’activité culturelle. Que Claude Guéant se trouve placé au cœur du lien social… le malaise fait à lui tout seul image.

Redonner du sens à l’espace public / faire confiance aux artistes

Dans une société un peu rationnelle, c’est à dire culturelle, ces lieux d’élaboration d’un langage commun seraient reconnus d’utilité publique et l’irruption spontanée de l’art sur le pavé serait perçue comme une chance. De notre point de vue, l’espace public est :
• Un espace de liberté individuelle et d’aventure humaine
• Un lieu de confrontation et d’apprentissage des tensions de la société
• L’opportunité de rencontres spontanées, une chance d’échapper au formatage relationnel
– Du point de vue de la puissance publique, c’est un espace de moins en moins créatif et qui est au contraire entièrement dédié au contrôle sous toutes ses formes. Pour l’élu, l’espace public semble catalyser une phobie : la peur qu’il s’y passe quelque chose semble dominer toutes ses décisions.
– Du point de vue des artistes qui la font vivre, il semble que ce soit la peur qu’il ne s’y passe rien. J’ajouterais un point de vue de sciences humaines qui nous disent qu’il s’agit pour les humains d’un espace de socialisation majeur et d’apprentissage du vivre ensemble.

« La culture, mot et concept, est d’origine romaine. Le mot « culture » dérive de « colere » – cultiver, demeurer, prendre soin, entretenir préserver – et renvoie primitivement au commerce de l’homme avec la nature en vue de la rendre propre à l’habitation humaine. En tant que tel, il indique une attitude de tendre souci, et se tient en contraste marqué avec tous les efforts pour soumettre la nature à la domination de l’homme. »
Hannah Arendt, La crise de la culture.

VI . Le terreau culturel
premier maillon de la chaîne culturelle

Se dégage au fil de cette contribution une vision, à la base du phénomène de culture vivante, d’un terreau composé de l’expression du peuple, des lieux de proximité et de l’espace public comme lieux ressources de l’expression sans rupture avec la monstration et des collectifs d’artistes comme catalyseurs, propulseurs, inventeurs. Le double sens du mot culture, se prête bien à expliquer notre intention par cette image. Comme le précise Frédéric de Beauvoir, directeur du Cent, « Il faut une politique qui s’intéresse à la terre plus qu’aux plantes. » Notre conception de la culture se rapproche de la démarche de l’agriculture bio qui, à la différence de l’agriculture intensive, s’attache à enrichir la terre quand la seconde met de l’engrais sur les plantes.

Ainsi, si aujourd’hui les jardiniers des politiques culturelles cherchent à faire pousser des artistes ou des compagnies de spectacle, qu’ils doppent parfois à l’engrais de la subvention, d’autres fois, ils cherchent à planter des espèces rares sur des sols non préparés pour les recevoir, mais surtout sans respect de la végétation qui y pousse déjà.

L’approche que nous proposons pour demain part d’une considération pour l’existant. Notre principe est d’aider les acteurs à labourer le terrain, de la ville, des quartiers ou des villages. Dans le respect et l’intérêt pour ce qui y vit et y pousse déjà. Une fois le sol nourri il va y pousser les potentiels qui s’y trouvent. Certains seront peut-être exceptionnels, mais tous auront une fonction et un usage pour ce qui les entoure. Dans notre approche, ce n’est pas d’en-haut que se décidera l’agrément local ou l’éradication, comme c’est encore trop le cas par le biais de politiques culturelles descendantes qui font table rase de l’existant. Pratiquer une politique descendante pour une collectivité aujourd’hui n’est pas seulement une bêtise culturelle, c’est une faute politique. Puisque cela revient à accompagner le marché dans sa volonté de gentrification de l’espace urbain en se faisant l’adversaire des initiatives de lien du territoire. C’est typiquement l’impasse actuelle de la politique culturelle de la Mairie de Paris.

VII Culture montante ou culture descendante ?

D’une façon plus large nous souhaitons que ces réflexions sur le tissu culturel inspirent une réflexion simple, mais de fond, aux élus et aux auteurs des politiques publiques. Le choix peut se résumer ainsi :
1- Culture descendante ?

La culture est-elle un objet que le politique doit contrôler et qu’il fait retomber sur la population sous forme de programmations en attirant vers elle « des publics » avec plus ou mois de difficultés et à grands frais de communication ? Dans ce premier cas, l’élu serait une sorte d’arbitre des élégances, contrôlant avec les opinions et les goûts de son âge, ceux du public. Une sorte de père qui gèrerait le contenu de l’Ipod de ses ados.
2- Culture montante ?
La culture n’est-elle pas plutôt une expression qui monte de la société sous des formes qui expriment ses besoins tels qu’ils se donnent, tels qu’ils se vivent ? Dans ce second, l’élu serait attentif aux expressions nouvelles de la société. Il s’inspirerait pour son action des signes et messages qui lui parviennent, permettrait leur expression, favoriserait leur émergence, aiderait à la progression des plus signifiantes.
Le choix de se référer pour une politique culturelle à une culture montante ou descendante est une question de philosophie de l’action publique. Inutile de préciser où va notre préférence, car ce qui est en phase avec les aspirations de la société contribue à en résorber les fractures et les crises, quand ce qui accompagne le profit individuel irraisonné les précipite.
« Qu’est-ce que le Tiers-Etat ? Tout.
Qu’a-t-il été jusqu’à présent dans l’ordre politique ? Rien.
Que demande-t-il ? A y devenir quelque chose. »
Emmanuel-Josephe Sieyès, 1789

Reconnaissance du tiers secteur culturel
Scénarios de refondation pour une
République culturelle

1. Un peuple créatif
La nécessité : permettre l’expression et la rencontre
Notre proposition : Création d’une bourse de projet culturel de société

Il faut soutenir les micro-projets culturels d’initiative citoyenne. Tout projet citoyen dans le domaine culturel, en appui sur un lieu de proximité, se verrait soutenu à hauteur de 1000 euros. En échange de quoi il s’engagerait à un cahier des charges de respect du voisinage, d’ouverture à tous (habitants, personnels des comités d’entreprises, scolaires, public municipal, tarifs sociaux etc..). Le droit d’entrée devant se faire sur la base de l’euro symbolique.
Ouvrir par exemple des bourses de projet à 1 000 euros pour l’expression culturelle et la rencontre serait une mesure de mise en marche de la société en même temps que le symbole fort qu’une nouvelle ère politique s’ouvre.

2. Les outils de mutation
La nécessité : Une vraie politique pour les lieux de proximité et collectifs
Notre proposition : Etudier avec les acteurs des scénarios de refondation
L’originalité de ce secteur et son autonomie impose une invention politique, celle-ci ne peut être imaginée qu’en concertation étroite avec les acteurs

Plusieurs pistes de réflexions sont ouvertes qui ne s’excluent pas. Mais là encore, le processus de partage de réflexion et d’échange importe autant que la décision, car ce sera aux acteurs eux-mêmes de se réapproprier cette politique qui ne vit que de leur initiative propre et part donc de leur reconnaissance par le politique. C’est le sens du travail mené dans notre groupe et de la diversité des contributions qui en sont issues et sont disponible sur le site http://www.altair-thinktank.com

– La reconnaissance et la protection de l’indépendance de la culture de proximité et du tiers secteur culturel Le ministère de la Culture pourrait protéger un réseau très dense de CNDCQ (Centre National Culturel de Quartier). Celui-ci n’est pas une création ex-nihilo du fait de la volonté publique, mais une reconnaissance de l’existant.

– Médiation. La mise en place d’une instance de médiation du ministère avec les collectivités territoriales est nécessaire. Par exemple une instance de concertation régionale, réunissant les institutions, Drac et collectivités territoriales s’étant donné la compétence culturelle, serait prévue. Ce Tiers Secteur culturel serait également représenté auprès du Médiateur de la République pour toutes les questions de litiges entre lieux et collectivités.

– Création d’une Coopérative réunissant l’ensemble des collectifs, structures et lieux se réclamant d’un Tiers Secteur culturel de proximité. Les subventions du Ministère de la Culture et des collectivités territoriales pourraient être réparties équitablement entre ses membres sur une base qui serait à définir ?
C’est une des solutions envisagées pour que l’argent aille à la création et non à gonfler les charges de l’administration de la culture (80 postes administratifs pour un emploi créatif, celui du directeur dans une scène nationale). Ses comptes seraient soumis à l’approbation des pouvoirs publics, sa structure pilote très légère. Structure de répartition, ses frais de fonctionnement seraient extrêmement plafonnés pour que la quasi totalité des moyens aillent aux lieux et aux compagnies.

– L’ouverture d’un grand lieu d’utopie, d’expérimentations artistiques et culturelles et citoyennes, par exemple sur le lieu symbole de la citoyenneté, en face de l’Assemblée nationale, Place de la Concorde, à l’Hôtel de la Marine. Elle pourrait accueillir une structure comme Hors les Murs, dont le champ et l’objet seraient redéfinis en lui offrant un champ d’action beaucoup plus large, non seulement arts de la rue et cirque, mais lieux, collectifs, des émergences etc.
– Refonder par un travail parlementaire l’ensemble de la vision de l’espace public, revenir sur la loi Voynet. Reconnaître le rôle culturel des cafés à activité.

3. Un espace public réinventé

La nécessité : Réinventer le rôle de l’espace public
Notre proposition : une initiative parlementaire
Il faut d’urgence qu’une commission parlementaire se penche sur la question de l’espace public et lève dans la loi un certain nombre d’interdictions, de freins qui pèsent sur la rue. Par ailleurs, il faut parvenir à une synthèse claire des travaux qui démontrent la nécessité du rôle de la culture dans l’espace public. De façon à penser une politique de progrès. Les artistes doivent pouvoir de nouveau librement faire vibrer l’espace public, c’est la vraie place du spectacle vivant.

4. L’expertise sociale du terreau culturel

Nécessité : coordonner l’expérience de terrain et la décision politique
Notre proposition : Remonter les expériences du Tiers Secteur Culturel

Représentation des émergences culturelles au conseil économique et social
On ne situe pas impunément l’activité artistique au contact des réalités. Comme on ne met pas sans conséquence toute une génération éduquée dans des conditions de vie précaires sans qu’il n’en sorte une pensée. Il s’agit maintenant de s’appuyer sur ces moteurs d’expérience et de transformation sociale pour que le conseil de l’Etat (heu phrase pas finie ?). Une mission qui aurait sa place au sein du Conseil Economique et Social. Avec pour objectif l’inscription de la marge dans les institutions et sa reconnaissance et surtout la remontée de ses expériences utiles à la société dans tous les domaines (bien-être, cadre de vie, sécurité, emploi, innovation etc.).

Nécessité : soutenir l’existence créative des acteurs de la culture
Notre proposition : Ouvrir une réflexion sur le revenu d’existence

La professionnalisation ou la préprofessionnalisation dans le secteur de la culture concerne différents types de parcours qui sont souvent sécurisés dans les faits par le filet social que constitue le RSA. C’est une réalité indissociable de la mise en danger qu’acceptent les acteurs pour des raisons de sens : ne pas perdre sa vie à la gagner mais plutôt produire du symbolique pour ne pas mourir. Cela renvoie au sens de leur vie, à leur conscience citoyenne des projets d’utilité publique qu’ils comptent développer.
• l’activité artistique complémentaire d’une activité de revenu ou d’un revenu social
• L’activité artistique qui travaille sur le lien, la médiation, la mise en route de la créativité des autres et aussi des lieux.
• Et aussi des artistes en développement qui visent à pousser toutes leurs qualités dans un projet artistique professionnel qui est, ou tendrait à devenir, leur activité principale, régulière, rétribuée.
La réflexion culturelle ouvre là encore sur un sujet de société. Celle des minima sociaux et des ressources humaines sur lesquelles le politique entend miser. Une décision dans ce domaine est liée à la vision de la société portée par le politique. Si l’humain n’est pas perçu d’abord comme un profiteur (on parle de 480 € par mois dans le cas du RSA) ou un ivrogne pressé d’aller boire aux frais de la société son larcin. Mais plutôt comme un porteur de projet qu’il convient de soutenir quelles conséquences en tire t-on, pas seulement pour « les gentils nartistes », mais dans une politique sociale d’ensemble ?

Nécessité : penser de nouveaux financements pour la culture
Notre proposition : Evaluation de cette politique

La culture de proximité ayant comme justification une amélioration de la qualité de la vie et du moral des français, le secteur aurait pour objectif de tendre vers l’auto-financement. Celui-ci serait évalué sur la base d’une reversement des dépenses négatives qu’il permet d’économiser sur des dépenses publiques négatives (Frais de santé, sécurité, conflits de voisinage etc.).

Une mission d’expertise avec le concours de la Cour des Comptes et du Conseil d’Etat serait chargée d’évaluer l’impact positif de l’activité culturelle de proximité dans tous les domaines du vivre ensemble : impact sur les relations, le moral, la sécurité, l’image du territoire, le tourisme, les violences aux personnes etc.. Les indices habituels du moral des ménages et du bonheur intérieur brut seraient également estimés.

Quel lien avec l’institution culturelle, quel impact sur l’action du Ministère de la Culture en particulier ?

Cette politique de terrain ne nie bien sûr pas la nécessité d’accompagnement dans la croissance des artistes et la professionnalisation sur le marché ou par l’institution. Mais c’est toute la politique des institutions, collectivités locales ou du ministère de la Culture qui doit se trouver modifiée par une attention nouvelle pour ce que fabrique la société. Il est totalement aberrant que la plupart des acteurs institutionnels ne descendent (où ?) qu’avec méfiance, réticence, voir se détournent dégoûtés par ce que produit leur époque. Les critères de distinction qui ont cours dans l’institution, ainsi que la définition de la mission et la formation des personnels est à réinterroger et ne peut l’être sans une réflexion politique globale sur le sens de l’action publique.

Une des propositions des groupes de travail était d’ailleurs de changer le nom du Ministère en faveur de : Ministère de la Culture et des arts.

Nécessité : réorienter l’activité des institutions culturelles face à la crise
Notre proposition : une entrée en résistance des équipements culturels

Acter du fait que la séquence historique qui s’ouvre implique une mobilisation exceptionnelle des acteurs et des ressources. Il faudrait permettre et encourager la mobilisation des acteurs institutionnels qui le souhaitent.

L’aspect transversal de la culture
Nous savons que la culture n’est pas un sujet isolé, mais qu’une image, une musique, une danse, un écrit ou un acte nous parle de notre rapport à la réalité. En quoi cela peut-il enrichir l’action publique ?

Chaque ministère devrait par ailleurs accueillir en résidence des artistes. Pour se voir poser de l’intérieur des questions utiles et accepter que l’inquiétude sur le sens s’invite dans l’action. Quelles conséquences cela a t-il pour leurs administrés si les fonctionnaires n’ont pour représentations de la réalité que celles d’artistes majoritairement masculins du XXe siècle dans des décors du XVIIIe siècle ? Ou, dit différemment, que peut apporter au travail des fonctionnaires le fait d’être en contact avec des représentations contemporaines des réalités sur lesquelles ils agissent au quotidien ? C’est toute la question de la fracture politique qui se pose ainsi.

Enfin un dernier point sur le ou la futur-e ministre de la culture. Peu importe qu’il aime le rap ou la musique classique. Il paraît nettement que sa qualité principale doit être l’intelligence relationnelle.

David Langlois-Mallet
Coordinateur du groupe d’Altaïr « marges et cultures populaires »

Paris, le 6 mars 2012

Premier-es signataires « Un peuple créatif »

Gloria ARAS, duo ETXEA, Sylvie ARMILLON, Chargée d’études et de réalisations culturelles, Centre National Georges Pompidou, Camille ARNAUD, réalisatrice-monteuse, Frédéric de BEAUVOIR, directeur du CENT établissement culturel solidaire, Julien BELLER, directeur du 6B, Danielle BELLINI, chargée de cours en politiques culturelles à Paris 7, présidente des Souffleurs commandos poétiques, Jean BOJKO, metteur hors scène, TéATr’éPROUVèTe (Corbigny, 58), Carmelinda BRUNI artiste du spectacle ex- Théâtre de Fortune, Alain CADILLAC, coordinateur exécutif université européenne de la recherche pft JP Faye, Gilles COMBET, réalisateur, Claire DEHOVE, WOS/agence des Hypothèses, Eric DELION, réalisateur, Télé de Gauche, Jean DIGNE, Président de Hors-les-Murs et du Musée du Montparnasse, Jean DJEMAD, Cie Black Blanc Beur, Frédéric ETCHEVERRY, duo ETXEA, Dominique FOLLENFANT, artiste plasticienne, La Fonderie, Philippe FOULQUIE, directeur fondateur du théâtre Massalia, Olivier LE GAL collectif Mu (Paris), Alexandra GARSON, Psychanalyste, Vincent GARSON Art Director, Adrien GAUME, la Clique des Batifouls, Zérane GIRARDEAU Productrice Confluence Artistique, Guillaume GOMIS, journaliste spécialiste du mouvement squat, Franck HILTENBRAND dit YABON PANAME artiste plasticien, co-gérant du Carrosse, Paris 20e , Cyrille HUGON gonzo journaliste à l’Ethylique, David LANGLOIS-MALLET, essayiste, Germain LENAIN cie Mille et Une Vies, Monica LY, chorégraphe-metteuse en scène, Jean MERMET, Jérémy NESTEL, Libre Accès, Blandine PELISSIER, actrice et metteure en scène, association H/F, KTY Catherine POULAIN, artiste plasticienne, co-gérante du Carrosse, Paris 20e, et Transversales K, Sara RENAUD membre du collectif le Jardin d’Alice (Paris 18eme), Karine ROYER, Médecin généraliste, Nathalie SAÏDI, Art Passionata, Les Arts et Mouvants, Valérie de SAINT-DO, journaliste, Michaël SILLY Villibryde, Laurent SCHUH / Les Arts et Mouvants, Khalid TAMER, président du Lavoir Moderne Parisien, Aude TINCELIN, photographe.

Publié in « Forces et défis de la Culture » Altaïr, think-thank médias 2012.

La section culture du PS interpelle Bertrand Delanoë

Texte intégral cliquez sur ce lien

IMG_2189_1La vie quotidienne des Parisiens est fortement perturbée par la flambée immobilière, le phénomène de “ gentrification” -l’embourgeoisement de la ville. Il transforme ses quartiers soit en “ musée-galerie-marchande” (pour le centre), soit en quartiers cossus (pour les faubourgs et même pour les arrondissements populaires).

Cette situation frappe une ville qui ne s’était pas encore relevée de la guerre sociale que la droite a livré constamment aux “ parigots” . C’est aujourd’hui le terreau populaire de la culture qui est atteint. Dans une société qui se tourne toujours plus vers les écrans et tend vers la déshumanisation, les cultures vivantes jouent un rôle de premier plan pour vivre ensemble.

Lire le chapitres suivant en cliquant sur le lien :

“ Un art de vivre parisien répond à cette époque de mutation”

“ A l’aune des cultures de proximité, le XVIe est un quartier pauvre”

Salles de quartier, bars cultures, squats d’artistes doivent être soutenus