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La culture et la politique à Paris (module de rattrapage)

Bon, bon bon… Apparemment il faut vous remettre les choses en perspective. Donc. A votre demande, si vous avez raté le début…

Depuis pas mal d’années, je cherche à infléchir la politique municipale de marchandisation de Paris, en demandant à ce qu’une place soit laissée aux initiatives des habitants, à la vie locale, culturelle en particulier (petits lieux de culture, café-culturels, arts dans la rue etc.) Pas parce que je suis méchant (ou buveur d’Orangina orange), mais parce que c’est important pour nous tous.

Pourquoi ? Un petit point là au besoin :

https://mesparisiennes.wordpress.com/2015/05/25/paris-villages-et-paris-capitale/

La mairie a une action conjuguée de lien très fort avec les industries d’une part, de normalisation et de contrôle de la culture et des artistes d’autre part. Il résulte de cela un espace public banalisé offert au tourisme de masse, un exode ou une mise sous silence du populaire de la ville, une précarisation de tous devant la hausse des loyers . Une ville de créatifs occupés à survivre plus qu’à faire bénéficier les autres de leur talent, et beaucoup de gens isolés et mal dans leur peau au final. Un Paris éteint et pantouflard, qui ne dit plus rien au monde : destination de voyage pour retraités babybomers.
Tout cela, même si personne ne conteste les politiques d’équipement de la ville (crèches, piscines, logement sociaux). Mais, juste, pourquoi les opposer ? Et où vont des quartiers sans poésie et sans respiration ? Nulle part. On déshumanise et puis on te dit qu’il y a « de l’insécurité. » Mais ces élus du XXe siècle et leurs technocrates sont formés à l’équipement, à l’infrastructure… Les gens, la nature, n’existent qu’en statistiques ou le temps des élections.

Un exemple de ces processus ici avec un article sur la Forge de Belleville :

https://mesparisiennes.wordpress.com/2014/01/05/quelle-belleville-forgeons-nous-in-lami-du-xxe-mai-2013/

Il est assez difficile de soutenir ces petites résistances locales à la banalisation mercantile. J’ai un peu tout essayé à l’intérieur du PS, mais l’obéissance au chef fini toujours par triompher dans ce mouvement; les Verts et le PC devraient être en pointe sur ces questions, mais (j’ai essayé aussi), ils ronronnent surtout parce que leurs élus dépendent des nominations et son assez discrets quand il s’agit de l’intérêt des parisiens, eux-mêmes majoritairement dépolitisés et individualistes. Bref plus occupés à « profiter de la vie », qu’à soutenir ceux qui se bougent. Parfois, les élus m’invitent (les cocos pour les « former » bénévolement), ou plus souvent les PS comme ici :

https://mesparisiennes.wordpress.com/2013/09/22/paris-culture-et-politique-audition-par-le-cesc-du-ps/

Un des lieux les plus éveillés, ou les moins totalement éteints encore, c’est Belleville. De nombreuses micro-luttes émaillent le quotidien (Biffins, Cantine solidaire, derniers squats d’artistes, ou bar sympa fermé etc.) L’une des dernières rues non encore normalisées est la rue Désnoyez. NKM, par sympathie, mais surtout parce qu’elle trouve du sens à ce travail, m’a demandé mon avis sur cette question. C’est le texte que je vous ai fait passer :

https://mesparisiennes.wordpress.com/2015/05/24/desnoyez-comprendre-les-crises-a-belleville-une-autre-logique-est-possible/

En gros je lui dit que ce n’est pas tant une affaire de polémiques droite/gauche que de non compréhension totale du sujet par les élus des questions d’écologie urbaine. Elle approuve. Que j’aimerais bien plutôt montrer dans une enquête comment les processus de créations se développent sur un territoire singulier. Enquête non partisane, publiée au grand jour devant les élus et les citoyens.

Là-dessus, fait plutôt rare en politique (où si vous n’êtes pas client d’un clan, vous n’intéressez pas), Nathalie présente un voeu (une proposition de décision en ce sens) au conseil de Paris, l’assemblée de la ville soutenue par deux groupes soit presque la moitié des élus. Le voici :

https://mesparisiennes.wordpress.com/2015/05/18/paris-voeu-graph-de-nkm/

La question maintenant est amusante et politique, puisque le débat est mercredi au Conseil de Paris

– Sans surprise, les élus socialistes et communistes devraient voter contre, même pas pour le fond, mais par principe parce que ça vient de leurs adversaires. C’est intelligent.

– Donc les Verts sont juste assez nombreux pour décider du sort de cette proposition. J’aimerais bien en parler avec eux, mais ils mettent pour le moment la tête dans le sable.

Question :

– Est-on obligé de passer par la droite pour faire aboutir un projet écolo à Paris ? (je rappelle qu’après 15 ans de collaboration bien rémunérée des écolos à la majorité municipale, la Ville de Paris continue à acheter des véhicules diesel jusqu’en… 2013, à la veille des municipales, un exemple parmi d’autres).

– Voir, ce serait encore plus cocasse, les élus Verts vont-ils faire en sorte que cette enquête sur la culture alternative, locale, soit refusée. Ce qui serait une sacrée balle dans le pied à l’approche des régionales… Mais ça c’est leur problème.

Au positif, je pense que si l’on pouvait comprendre bien ces processus, ce serait bon pour Belleville et ses artistes. On s’en fout un peu me diront les autres, sauf que si on trouve, à partir de là des mécaniques de proposition, cela pourrait servir de base à d’autres projets locaux et à des politiques culturelles plus respectueuses de la vie de quartier, de sa poésie et de ses petits trésors de poésie bien menacés par la normalisation et les industries.

Voilà, après Paris est déjà très abimé, les artistes se sont liés pour survivre et les gens sont assez démoralisés. Donc, même si ça ne passe pas, ce n’est pas un drame. Cela fait tant d’années… Et la vie de Paris est si longue. Juste un symptôme d’une politique bloquée de chez bloquée et qui attend des convulsion pour retrouver le goût des choses simple. Très français en somme…

David Langlois-Mallet​

Paris villages et Paris Capitale

J’ai fait une chose qui ne se fait pas trop en politique. Je vous donne accès à un document de travail que j’ai adressé en réponse à NKM et à son équipe qui m’ont demandé (avant qu’il soit question d’un voeu) mon avis indépendant sur les crises de Belleville. Idem je l’avais fait pour le PS, idem j’avais travaillé (bénévolement aussi) « open source ». Parce que l’information est souvent le pouvoir et que les habitants doivent avoir accès au même niveau d’information que leurs élus.

Je ne vous cache pas que si ceux qui ont fait de l’argent avec mon travail (chercheurs, créatures de cabinet de la mairie et consultants divers près parfois à toutes les concession dans leur intérêt) m’avaient reversé 1%, je n’aurais pas eu à me coltiner d’âpres difficultés que mes amis connaissent.

Ce n’est pas d’hier que je me heurte à une question d’apparence insoluble. Peut-on faire bouger le pouvoir sur la question des libertés locales et singulièrement sur la première, celle d’expression que constitue l’art, la fête, de rencontre et d’échanges n’ayant pas l’argent comme finalité… C’est à dire de notre humanité.

Appelons cette question d’écologie urbaine (de vivre ensemble si vous êtes plus PS) ou politiques culturelles. Même si à Paris, elle se cache souvent sous d’autres nom (expulsion, protestation, conflit, fermeture administrative, changement de direction, arrêt des subventions, voir projet non soutenus etc…)

Mes reportages « culturels » m’ont convaincu que dans leur pratique vivante et plus que tout dans l’espace public, la musique, la danse, le théâtre, les arts plastiques etc. sont les medium qui sont au coeur de notre relation aux autres. Les forces du marché ont toutes les raisons de les remplacer par une culture à péage qui nous réduise à un rôle passif (bouffer des chips devant des séries), solitaire et même onaniste. Ce qui n’est pas sans conséquences, chacun voit la crise humaine que nous traversons.

Les multinationales de la culture ont leur logique de supermarché. Nous transformer en produits. C’est un fait et en démocratie, on n’y peut pas grand chose qu’éveiller les gens que l’on aime à des partages plus enrichissants intérieurement et moins coûteux. C’est du ressort du libre arbitre et en un sens tant mieux. Le communisme est mort d’avoir voulu rééduquer les hommes.

Ce qui ne doit pas être accepté en revanche, c’est que le politique, de garant de nos libertés, se retourne contre nous, en simple outil de domestication quotidien à ces forces d’une culture uniforme. En France, où la tradition de Louis XIV à Jules Ferry, est à une culture d’Etat très forte qui descend et s’impose au détriment des expressions de la société et de la diversité des cultures, locales ou régionales par exemple, la puissance de la machine marchante se dédouble d’une puissante publique omniprésente.

Si c’est pour faire éclore Molière et Lully, pour promouvoir dans les écoles l’esprit critique, on peut trouver une part de bénéfice à la perte des diversités, des danses locales et enfiler la blouse grise à la place de la tenue traditionnelle ce sont dit nos grands-parents. Mais nous ? Si nous perdons le contrôle de la démocratie, c’est aujourd’hui les puissantes mâchoires du commerce qui n’ont plus de frein quand elles s’imposent par décret, dans l’éducation ou la culture.

A Paris, les libertés locales sont doublement en crise, parce que la mairie se prend pour la capitale, pour l’Etat, que le déséquilibre de pouvoir entre élus et citoyen est immense par rapport à n’importe quelle autre mairie de France. Contrairement à l’idée répandue dans le pays, le Grand Paris est aussi une province. La matrice de la France historique est d’abord une province de bigarure, province cosmopolite, province d’étrangers et de parisiens mêlés. Une métropole créative monde sous l’éteignoir.

Ici, toutes ces questions ne sont pas portées politiquement. Le mécanisme politique, quand il se résume « à prendre des postes » en croyant ainsi remplir sa mission ne produit aucun changement. Excepté pour les bénéficiaires et leurs familles, c’est une porte vers la désespérance. Pire, les élus eux-mêmes se condamnent à l’impuissance (un élu PS au conseil de Paris, me le disait encore hier « tu as peut-être raison sur le fond -mais pourquoi s’y intéresser ? Ce n’est pas le sujet- puisque je voterai bien sur ce qu’on me demande »).

C’est le mécanisme même de soumission à la « discipline de groupe », c’est à dire d’un côté à leur intérêt et de l’autre in fine au choix du monarque, dont tous voient qu’il est nu (sans qu’il soit besoin de publier des photos à scandale). Qu’il ne porte rien. Aucun élan de transformation collective, juste la soumission à l’appareil technocratique, ou pire aux lobby industriels, qui jouent le rôle des anciens envahisseurs barbares : contrôler et taxer des territoire qu’ils contrôlent et celles et ceux qui les habitent, à qui ils ne doivent rien et pire, qui n’ont profondément aucun sens pour eux. La destruction de la culture et de la culture politique n’est pas que chez les pauvres…

Devant le blocage autiste du pouvoir Delanoïste depuis 15 ans. Devant l’impuissance à laquelle se sont condamnés les Verts et le PC par leur addictions aux postes et aux rémunérations (j’ai bien sur essayé de faire bouger les choses avec eux, sans succès), les parisiens n’ont pas d’outils d’expression libre excepté le Parti de Gauche. Voix sincère, mais tellement confuse et qui se sent désorientée sans l’appui du PC, qu’elle ne peut porter qu’une parole faible et n’a donc qu’une seule élue au conseil de Paris.

Il y a effectivement un boulevard politique que personne n’emprunte. En France, on laisse cette anomie et cette inquiétude existentielle sur ce que nous sommes au quotidien, qui recoupe en bas les angoisse d’un monde fou, se confondre avec la xénophobie, à Paris tout concoure au contraire pour une parole progressiste. Mais va savoir…

Je ne m’étends pas trop sur mes chers confrères et consoeurs de la presse. Pour qui Paris n’est un sujet que pour des commentaires sur les stratégies de politiques nationales (service politique), que pour relayer la com’ de la ville et ses apéro (service culture et petits fours) ou pour jouer son destin sur des questions capitale : « où sortir ce week-end ? », « les terrasses de l’été » (loisirs, vie pratique) etc… Au mieux on peut dégoter quelques pages sur les mouvements sociaux, voir de loin en rubrique « quartiers » quand elle existe rarement.

On a vu récemment un jeune journaliste qui passe pour un modèle d’intégrité de sa génération se fendre d’une interview domestique d’un adjoint. Et je vous dirai le pire, je ne pense pas qu’il ne soit pas intègre.
Le local, le point de vue de la population, des acteurs de la culture en l’espèce, n’est juste « pas politique » à Paris comme partout en France. Preuve s’il fallait que, sorti des lieux de pouvoir de la Capitale, nous sommes bien un village (ce pourquoi je vous ai rajouté dans l’article Télé Bocal et son reportage vidéo de quartier).

En démocratie, les choses bloquée par la majorité, ont un chemin : l’opposition. Ce pourquoi je suis reconnaissant à Nathalie de prendre ses responsabilités et de porter en personne ce voeu au conseil de Paris avec derrière elle près de la moitié des élus, ce n’est pas rien. Quel que soit le succès de la démarche, suspendue au vote des Verts, le sujet aura avancé sans qu’il soit besoin pour une fois d’inventer une polémique excessive (les seules qu’aiment vraiment la plupart des lecteurs) §;-)

Même si je suis conscient qu’il s’agit d’opposition et pas de décision — et je dirai en un sens tant mieux car ce qui manque le plus est de reposer les bonnes questions, pas d’engager des budgets mécaniquement — je trouve très positif que la chef de l’opposition municipale se saisisse du dossier, au demeurant sans le trahir sur le fond (on peut comparer avantageusement les deux versions). Que le sujet ne soit pas pris sous l’angle de la polémique mais de l’enquête vers les habitants et de l’intérêt fin pour un micro-territoire très productif culturellement.

Nathalie ne le fait pas que par amitié pour mon combat. Son intérêt se manifeste bien sur au sujet des politiques culturelles, mais aussi je crois une grande curiosité pour des formes culturelles qui ne sont pas celles de son cadre d’éducation a priori (ou celles que nous prêtons à son image médiatique), comme de réfléchir ensemble aux arguments de penseurs classés écolo, à gauche, voir à l’extrême-gauche.

Cela ne fait pas d’elle une fille de la Commune, pas plus de moi un futur sarkozyste, il suffit juste d’une culture de travail partagée, fondée sur le respect de l’autonomie de chacun. En l’espèce, mon côté ingérable suffit, il n’empêche pas le respect de l’autre. Personne ne lui demande d’incarner le Paris populaire, qu’elle aide à le laisser respirer suffit.

Il me semble qu’elle partage avec moi la conviction que ce n’est pas à la mairie de fixer le goût, le bien et le beau en matière de culture, mais que c’est aux parisiens de s’en saisir et qu’il faut pour cela des espaces de liberté dans les quartiers. Que sans cette créativité du terreau lui-même, Paris n’est plus celui bouillonnant des engagements et des cabarets de Montmartre ou du Montparno, plus même celui du Bellevillemont des années 80-2000 et St Germain des Pré, juste celui des vitrines où « les marchands malappris viennent vendre leurs habits en librairie. »

Je termine sur la question qui me parait la plus importante de toutes et la raison de ce partage. La question de la poésie urbaine, c’est à dire en ville, de ce qui est unique de ce qui est créé par l’humain pour des humains et son revers — la déshumanisation de la ville, qu’elle soit celle des technocrates aménageurs ou des enseignes industrielles au zénith de leur puissance, mais au prix de notre santé.

J’ai pu vérifier dans mon parcours d’enquête que ce constat attristé de la disparition de l’âme commune transcendait les clivages droite-gauche et touchait à notre fond humaniste commun. Peut-être les uns sont-ils plus sensibles à l’âme d’hier et les autres à l’âme de demain ? Les uns aux artistes et aux militants associatifs, les autres aux artisans et aux petits commerçants ? Peut-être même pas.

Bref qu’il faut construire de nouveau types projets, de nouvelles articulations politiques pour les priorités écologiques, de nouveaux clivages et de nouvelles façons de les penser, avec la conscience aussi qu’être français, ce n’est pas seulement se demander fiévreusement d’où nous venons (et encore moins comme la phobie identitaire actuelle, d’où viendraient « les autres »), mais chercher où nous allons ensemble.

Il me semble que les quartiers populaires ont beaucoup à apprendre et pas qu’à Paris, sur ces questions. C’est l’objet de ce travail.

David Langlois-Mallet​

Désnoyez. Comprendre les crises à Belleville : une autre logique est possible

L’émotion et les protestations soulevées par le risque de disparition de « la rue du graph », posent une nouvelle fois la question de la liberté d’expression culturelle à Paris. De même les pétitions, manifestations, protestations diverses au fil des luttes micro-locales semblables ces dernières années auxquelles la mairie a pris pour habitude d’opposer une fin de non recevoir.
Elles posent plus largement la question de la place des citoyens dans la ville, surtout quand l’institution communique abondamment sur « le participatif », et remettent en question des politiques publiques basées sur l’argument unilatéral d’autorité dont on peut se demander quelle en est la pertinence au temps d’Internet ainsi que la véritable facture à l’heure où l’apathie démocratique devient un problème pour la démocratie même. Peut-on encore se permettre le luxe que la vie politique soit régie par le mépris mutuel entre citoyens et élus, l’absence de concertation, de dialogue, de projets partagés ? Ces à ces questions et inquiétudes que la proposition ci-dessous propose de répondre.

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Polémique de « la rue du graph » : Une autre logique est possible 

Une parcelle du bas Belleville*1 (Paris XXe), nommons-là de son nom historique « La Courtille », est au cœur d’une polémique qui oppose des projets d’intérêt général portés par la Mairie de Paris (crèche de 50 berceaux et logements sociaux à destination de femmes isolées) que nul ne conteste, mais dont beaucoup de voix (artistes, habitants, visiteurs, médias…) s’indignent ou s’étonnent, refusent qu’ils se fassent au prix de la destruction d’une singularité culturelle devenue emblématique, voir d’intérêt touristique : une rue Désnoyer, dédiée de fait au graph, au street-art, à la figuration libre.

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La réponse ordinaire des institutions parisiennes face à ce type de mobilisation à la fois singulières (puisque liées à un quartier, voir une parcelle) et récurrentes (puisqu’elles se reproduisent sur le même modèle régulièrement) n’est pas satisfaisante puisqu’elle se solde à chaque fois par de micro-ruptures avec le tissu citoyen des quartiers concernés. Quelques soient les modalités d’un dialogue, totalement inexistant ou plus actif, le résultat reste invariable. La ville maintient son approche et passe outre l’opinion des citoyens concernés ou mobilisés, accentuant le sentiment de mépris et de fracture avec le politique dont les citoyens s’estiment à juste titre l’objet de la part de leurs élus.

<a href="http://« >Reportage de l’excellent Télé Bocal

Au positif

Cette situation nous interpelle en premier lieu la très grande vitalité créative de la société et singulièrement de la jeunesse du territoire francilien.

Il se passe dans les arts graphiques, ce qui a eu lieu pour la génération précédente dans les squats d’artistes. Faute d’ateliers, d’espaces dédiés, la jeunesse prend ce qu’on lui laisse, hier les friches, aujourd’hui la rue comme théâtre d’expression et ce faisant invente une nouvelle forme de dialogue éphémère avec son époque et un nouveau public qui se trouve de fait en dehors des politiques culturelles comme du marché de l’art, musées ou galeries.

Ce mouvement correspond à notre époque, un temps de mutation, de précarité aussi, où les besoins d’expression et la quête de signes nouveaux pour comprendre le monde et se comprendre soi-même sont immenses.

Mais il souligne aussi en creux le replis d’institutions qui (souvent du fait de fractures générationnelles, culturelles, sociales) ont renoncé à être à la racine de ces mouvements, encore moins à les accompagner. Voir s’arqueboutent, comme c’est le cas à Paris, sur le droit ou sur l’argument d’autorité pour les interdire de fait.

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La liberté d’expression artistique, crise récurrente pour la municipalité

D’apparence anodine, le conflit de la rue du graph, se trouve être l’écho, voir la réplique, d’innombrables micro-conflits et polémiques locales ayant trait à la présence des artistes à Paris et plus généralement à la liberté d’expression culturelle des parisiens, aux initiatives de solidarité locales. Initiatives qui se heurtent à une municipalité qui entend contrôler institutionnellement et être le vecteur unique de toutes les formes d’expression du territoire.

Conflits qui posent une question quasi de philo politique au conseil de Paris : Est-ce le rôle de l’institution de se placer en situation de monopole culturel, au détriment de l’expression culturelle du territoire ? N’y a t-il pas confusion entre le politique et culture, voir autre chose encore, d’autant plus s’il s’agit de déléguer plus ou moins les structures ou les contenus à des opérateurs privés inscrits dans des logiques de marché ? En clair, il s’agit de savoir si la culture vivante est l’expression des institutions, du marché ou de la société.

Pour ne parler que de cette parcelle de Belleville, les conflits de ce type, en particulier autour de La Forge (squat d’artiste autour duquel la mobilisation a permis de sauver des promoteurs la parcelle concernée, devenu depuis propriété de la Ville de Paris, puis concédé à un opérateur privé) ont été la trame quotidienne de l’histoire de ces dix dernières années. « La rue du graph » étant le fruit du dernier équilibre trouvé en l’institution et les artistes. Equilibre aujourd’hui rompu.

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(Lire à ce propos, in L’Ami du XXe) Quelle Belleville forgeons-nous ?
https://mesparisiennes.wordpress.com/2014/01/05/quelle-belleville-forgeons-nous-in-lami-du-xxe-mai-2013/

Le fait que Paris soit devenue l’objet d’une très intense spéculation immobilière d’une part et de l’autre de politiques d’équipement volontaristes souvent appréciées, mais dont la mairie doit entendre qu’elles ne laissent plus de place à l’initiative locale, à la spontanéité. Pire que les formats voulus par la municipalité dans l’ensemble de ses interventions culturelles sont le reflet d’un conformisme plus que discutable de part ses liens endogames avec les industries privées d’une part et une destination quasiment auto-référente ou du moins caricaturale du milieu assez limité des bureaucrates qui l’animent à qui se l’adressent à eux-mêmes.

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Une question de démocratie locale

Derrière la question culturelle, ce qui fait l’objet d’une contestation est l’absence de prise en compte de la vie locale, des usages et de l’existant dans les projets municipaux. Ce n’est pas la nature des projets de la ville qui est contestée, mais sa manière. Cette manière d’intervention brutale, s’inscrit dans une continuité et une histoire douloureuse, celle du quartier populaire objet d’une forte violence politique et urbanistiques au cours du XXème siècle (destruction de très nombreuses parcelles, constructions de cités, opérations de promotion, déshumanisation du cadre de vie etc.)

Cette action urbaine du XXe siècle — de droite ou de gauche — imposée du Paris-Capitale, niant les Paris-villages, nous dit en creux une certaine impuissance institutionnelle. La Mairie de Paris, pour être récente (1977) comme institution, est une institution qui ne s’est pas trouvée. De par son gigantisme et sa centralisation notamment, elle s’inscrit dans la duplication d’une politique de l’Etat davantage que comme une véritable mairie, par nature fortement liée à ses citoyens et irriguée de leurs propositions, tout en restant capable d’y faire prévaloir un intérêt général.

A l’heure où l’on fait de plus en plus appel à la responsabilité locale ou individuelle, où l’on met en avant « la participation », voir la démocratie locale, n’est-il pas temps pour un autre type de relation entre la ville et les citoyens, ne serait-ce que pour contrer les phénomènes d’isolement urbain, de replis sur soi, d’indifférence, de replis identitaires et des tensions qui les accompagnent ?

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Propositions

Dépasser ces tensions, suppose une intervention différente, visant à donner aux institutions comme à toutes les personnes intéressées (artistes, habitants, usagers, professionnels, chercheurs…) les outils et le temps de la réflexion en considérant plus finement les logiques à l’oeuvre sur ce territoire du bas Belleville, appréhendé non comme un simple réceptacle vide de politiques publiques, mais au contraire dans sa singularité et sa diversité.

Ancien journaliste (Politis, Nova, L’Huma hebdo, Rue89, Cassandre, Communes de France…), spécialisé dans les cultures populaires parisiennes et les politiques culturelles. Expert de la Région Île-de-France pour les politiques d’ateliers d’artistes. Auteur des propositions adressées à la ville de Paris par de la commission culture du PS, animateur de réseaux de réflexion sur les politiques culturelles (Altaïr, Un Peuple Créatif, Le 6B, Le CENT), bon connaisseur de l’histoire locale, j’avais déjà été sollicité par la Mairie de Paris comme médiateur dans une précédente étape du conflit de la Forge, le squat d’artiste présent dans la parcelle. Il se trouve que je suis par ailleurs habitant du quartier en question. Mon point de vue pourrait donc être fondé à ces titres divers, ce n’est pourtant pas lui que je souhaite mettre en avant.

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La nécessité d’une enquête de territoire

Ma proposition vise à saisir l’occasion d’une mobilisation citoyenne pour entamer un autre type d’échange, plus large, entre population et élus.

Personne ne contestant sérieusement sur le fond, ni la nécessité des investissements publics (ici une crèche et des logements sociaux à destination de femmes isolées en difficulté), ni non plus l’intérêt culturel que représente la dynamique des arts de rue, en particulier du graphe.

Il apparaît que les dynamiques de quartier qui portent ces expressions culturelles et de protestations restent ignorées ou mal comprises des décideurs politiques. Elles demandent souvent que soit prises en compte les singularités d’un espace urbain que les politiques publiques autant que la centralisation économique tendent à banaliser, à normaliser et à vider de son sens par des aménagements réalisés souvent au mépris de ses usages ou de ses fonctions de vie quotidienne.

C’est pourquoi il apparaît nécessaire de reprendre à la base le dialogue en s’intéresser plus finement au quartier concerné, à son identité, ses dynamiques, d’identifier ses zones de forces et ses potentiels à partir des acteurs concernés, ses habitants, ses artistes, ses commerçants, ses usagers, ses élus, acteurs institutionnels etc… de recueillir l’expertise de chacun, au service de la réflexion de tous.

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Mise à contribution de l’intelligence de territoire

Surtout il s’agit de mettre en œuvre l’intelligence du territoire. Loin d’être de simples sujets stupides de leur vie quotidienne et des objets passifs des politiques locales, les gens qui habitent ou fréquentent quotidiennement un quartier son reliés à lui par un ensemble de liens, d’émotions, de relations, d’affects, de sentiments, qui construisent leur propre pensée de la ville à partir de leur expérience. Habitants à la fois d’un village et de la Capitale, ils ont un regard tout autant singulier et co-élaboré.

Dans le cas de la Courtille de Belleville, la ressource locale est très grande. Fruit d’une existence intense, mouvementée (histoire contemporaine riche, conflits d’urbanisation, suractivité culturelle, diversité des parcours de l’immigration…), les témoignages, avis et réflexions enracinés dans l’expérience que l’on peut y recueillir sont nombreux et affûtés sur les questions urbaines.

<a href="http://Paris, ses fauxbourgs et ses environs où se trouve le détail des villages, châteaux, grands chemins pavez et autres, des hauteurs, bois, vignes, terres et prez, levez géométriquement / par le Sr Roussel
Paris, ses fauxbourgs et ses environs où se trouve le détail des villages, châteaux, grands chemins pavez et autres, des hauteurs, bois, vignes, terres et prez, levez géométriquement / par le Sr Roussel
Source: gallica.bnf.fr
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Belleville, du vignoble au graph, et demain ?

C’est cette expérience et cet usage du quartier que je propose d’interroger. Mené sous forme d’entretiens ouverts, individuels et collectifs et doublé d’un travail documentaire2. L’enquête fera émerger les principales lignes de force d’un territoire depuis son parcellaire hérité des vignes, jusqu’aux différentes mutations de sa vocation culturelle (guinguettes, music-hall, chanson, cinéma, arts plastiques), de sa vocation de quartier populaire, en passant par l’inventaire de ses atouts d’aujourd’hui et de leur destination.

Il semble que ces éléments issus d’une telle approche intégrée devrait être en mesure de répondre à différentes questions :

° Quelle place pour le street-art dans le bas Belleville et quelles pistes pour sa place dans la Capitale ?
° Quelles ressources culturelles dans le quartier, pour quel usage et à quelles fins ?
° Quels dynamiques et quels potentiels d’épanouissement pour la vie locale, convivialité, cohésion urbaine, culture, développement économique etc.
° Quelles conséquences pour les politiques de la ville, en particulier culturelles, à l’heure du Grand Paris ?

Belleville, le 1er mai 2015

David Langlois-Mallet
langlois.mallet@gmail.com

© mesparisiennes.wordpress.com

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Lire sur cette question :

Stradda
Arts de la rue, rendez-vous passage du désir

https://mesparisiennes.wordpress.com/2013/12/20/quete-de-sens-rendez-vous-passage-du-desir/

Région Île-de-France
Rapport : De l’atelier logement à l’atelier bureau, politiques d’ateliers d’artistes

http://www.cnap.fr/sites/default/files/article/26849_59_rapportateliersdartistes.pdf

Plus généralement

Lettre ouverte au 1er Ministre

https://mesparisiennes.wordpress.com/2013/03/10/cher-jean-marc-ayrault-soutenez-durgence-la-creativite/

Paris, culture et politique. Audition par le CESC du Parti Socialiste
https://mesparisiennes.wordpress.com/2013/09/22/paris-culture-et-politique-audition-par-le-cesc-du-ps/

Un Peuple créatif

https://mesparisiennes.wordpress.com/2012/03/24/un-peuple-creatif-propositions-collectives-pour-le-ministere-de-la-culture/

Conseil de Paris. Voeu Graph rue Dénoyez de NKM

Séance du Conseil de Paris des 26, 27 et 28 mai 2015

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Vœu déposé par Nathalie Kosciusko-Morizet, Atanase Perifan, Nathalie Fanfant, Fadila Mehal, Céline Boulay-Esperonnier, Stéphane Capliez, Grégoire Chertok, François-David Cravenne, Catherine Dumas, Danièle Giazzi, Thierry Hodent et l’ensemble des élus du groupe UMP et du groupe UDI-Modem

Considérant que la parcelle du bas Belleville, de son nom historique « La Courtille », est au cœur d’une polémique qui oppose des projets portés par la Mairie de Paris (crèche de 50 berceaux et logements sociaux à destination de femmes isolées) à de nombreuses voix (artistes, habitants, visiteurs, médias…) qui s’indignent ou s’étonnent que le projet puisse autoriser la destruction d’une singularité culturelle devenue emblématique, d’intérêt touristique : une rue Dénoyer, dédiée de fait au graph, au street-art, à la figuration libre ;

Considérant l’émotion et les protestations soulevées par le risque de disparition de « la rue du graph »

Considérant les pétitions, manifestations, protestations diverses auxquelles la mairie a opposé une fin de non-recevoir ;

Considérant que cette situation nous interpelle et nous donne à voir la très grande vitalité créative de la société et singulièrement de la jeunesse du territoire francilien ;

Considérant que ce mouvement correspond à notre époque, un temps de mutation où les besoins d’expression et la quête de signes nouveaux pour comprendre le monde et se comprendre soi-même sont immenses ;

Considérant qu’il souligne aussi en creux le repli des politiques culturelles sur elles-mêmes qui (souvent du fait de fractures générationnelles, culturelles, sociales) ont renoncé à être à la racine de ces mouvements, encore moins à les accompagner ;

Considérant que la Mairie de Paris prône de faire de plus en plus appel à la responsabilité locale ou individuelle, de mettre en avant « la participation », la démocratie locale ;

Considérant que les artistes du quartier n’ont pas été suffisamment écoutés par l’exécutif central alors qu’ils ont œuvré dans le quartier pendant de nombreuses années ;

Nathalie Kosciusko-Morizet, Atanase Perifan, Nathalie Fanfant, Fadila Mehal, Céline Boulay-Esperonnier, Stéphane Capliez, Grégoire Chertok, François-David Cravenne, Catherine Dumas, Danièle Giazzi, Thierry Hodent et l’ensemble des élus du groupe UMP et du groupe UDI-Modem émettent le vœu que :

1 / Pour dépasser les tensions qui existe entre les artistes, les associations et les lieux et surtout appréhender l’avenir du quartier, les outils et le temps de la réflexion soient donnés aux habitants eux-mêmes en considérant plus finement les logiques culturelles et artistiques à l’œuvre sur ce territoire ;

2 / la mairie de Paris nomme comme médiateur David Langlois-Mallet, journaliste spécialisé et expert en politiques de la culture (politis, nova mag, communes de France, région ile de France, altaïr, un peuple créatif), et habitant de la parcelle concernée, afin de réaliser une enquête de territoire dont le but serait de reprendre à la base le dialogue en s’intéressant au quartier concerné, son identité, ses dynamiques, d’identifier ses zones de forces et ses potentiels à partir des acteurs concernés (habitants, artistes, commerçants, usagers, élus, acteurs institutionnels etc…)

3 / Le cahier des charges pour l’enquête prenne – par exemple – en compte les questions

Quelle place pour le street-art dans le bas Belleville et quelles pistes pour sa place dans

Quelles ressources culturelles dans le quartier, pour quel usage et à quelles fins ?

Quelles dynamiques et quels potentiels d’épanouissement pour la vie artistique locale, convivialité, cohésion urbaine, culture, développement économique etc.

Quelles conséquences pour la politique de la ville, en particulier culturelle, à l’heure du Grand Paris ?

4 / L’enquête se déroule à la rentrée 2015, les résultats soient restitués localement avant la fin de l’année et servent de base à un projet culturel et artistique local, un projet non-institutionnel et qui permette de préserver la diversité artistique libre et indépendante qui a fait l’âme du quartier.

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Dénoyez : Débat sur le voeu du Parti de Gauche au conseil municipal du XXe

Le groupe Front de Gauche du 20ème a déposé au CA20 du 2 avril un vœu sur la rue Denoyez (ci-dessous les échanges au CA).

Voeux
V20.2015.070 : Voeu relatif au programme immobilier de la rue Dénoyez, sur proposition de Laurent Sorel, du groupe Front de Gauche – « Place au peuple ! »

M. SOREL

Merci, Madame la Maire. Comme vous devez le savoir, la rue Dénoyez, c’est fini en tout cas pour les artistes. C’était le 31 mars. La plupart des ateliers ont été murés, ont été fermés à clé et on ne peut s’empêcher d’avoir un petit goût amer parce que ça fait déjà un petit moment qu’il y a une mobilisation dans le quartier. Ça fait un petit moment qu’on en discute aussi au Conseil d’Arrondissement. Il y avait eu, je crois, fin 2013, le voeu déposé par Europe Ecologie les Verts par Fabienne GIBOUDEAUX, il y a eu notre voeu qui avait été déposé fin 2014 pour demander à ce qu’il y ait plus de concertations et pour qu’on tente de réfléchir à la possibilité de maintenir au rez-de-chaussée les artistes sur les nouveaux bâtiments. Aujourd’hui, on arrive à la fin ; c’est-à-dire que maintenant, les travaux vont bientôt commencer et on est dans une situation où un certain nombre d’artistes, de collectifs ont dû quitter leurs locaux sans avoir eu pour autant de proposition ferme, pour certains d’entre eux en tout cas. Ce qui est évidemment problématique quand on sait qu’il y a eu quand même une promesse de la Ville de permettre aux artistes d’avoir une proposition concrète, alternative, qui soit adaptée à leur situation, à proximité si possible, dans le patrimoine intercalaire ou à travers le dispositif Calas. Donc, on est dans une situation, on va dire, qui n’est pas très satisfaisante pour un certain nombre d’artistes et de collectifs d’artistes. Mais un petit rappel quand même puisque cette rue, la rue Dénoyez, c’est une rue qui est connue quand même dans tout Paris. Il y a eu pas mal d’histoires qui ont été racontées dans les médias, pas mal de regrets qui ont été exprimés sur ce que cette rue représente et un lieu alternatif comme il n’en reste plus dans le 20e maintenant, et quasiment plus à Paris, de création artistique, d’échanges entre habitants, commerçants, artistes où il y avait véritablement cette volonté de créer du lien social sur un quartier populaire, ce qui n’est pas rien et avec cette volonté de mêler expression artistique, activités pédagogiques, vie associative et animation de quartier. Je dis tout ça parce que c’est pour bien comprendre ce qui disparait aujourd’hui dans le Bas-Belleville. Évidemment, vous me direz et personne ne le conteste : « Il fallait une crèche, il faut des logements sociaux. » Et je pense que ni notre groupe ni les artistes n’ont contesté cette nécessité. Le problème, c’est d’avoir évidemment opposé les deux, de ne pas avoir suffisamment cherché à répondre à cette double nécessité, qu’il y ait à la fois ce lieu de création artistique, d’expression et ce lieu de lien social et en même temps la possibilité d’avoir cette offre justement petite enfance et logement social sur le quartier. Aujourd’hui, on en est où ? Je pense qu’on est dans une situation assez problématique sur plusieurs questions qui doivent être précisées et j’attends que Mme MAQUOI réponde à un certain nombre de questions précises. Premièrement, un certain nombre d’associations et de collectifs d’artistes n’ont pas aujourd’hui de proposition concrète adaptée à leur activité. Quand je dis « adapté à leur activité », c’est-à-dire avec un loyer prenant en compte le modèle économique très particulier de leur activité, d’une part, et un local adapté à leur activité, c’est-à-dire ouvert sur leur quartier puisque justement, leur activité nécessite qu’il y ait ce dialogue avec les habitants qui soit possible sur un quartier. Donc, il me semble qu’il faudrait que chacune des associations, chacun des collectifs d’artistes qui sont sur cette rue-là aient une réponse concrète. Il y en a un certain nombre dans la salle qui attendent des réponses. Il me semble que moi, je refuse de faire le tri entre ces associations et ces artistes. Il me semble aussi que la mairie devrait elle-même refuser de faire le tri entre ces associations et ces collectifs d’artistes. Donc ça, c’est une question très concrète : qu’allez-vous faire ? Deuxièmement, il y a le cas d’une association Traces qui est dans une situation un peu compliquée, d’ailleurs qui a refusé pour l’instant provisoirement de quitter les lieux parce qu’elle n’avait pas de lieu où entreposer les oeuvres, parce qu’ils étaient dans l’impossibilité de continuer leur activité avec les écoles du quartier s’ils devaient quitter leurs locaux comme cela était exigé. Donc, il y a une réponse précise, il me semble, qui est attendue sur ce point et sachant qu’effectivement, les écoles ont envoyé une lettre – alors, je ne sais pas si ça a été reçu – aux élus, à la mairie, à l’Exécutif pour les soutenir et qu’eux-mêmes ont envoyé un mail à un certain nombre d’élus pour expliquer leur situation. Donc ça, il me semble que ça demande une réponse. Et je terminerai, parce que mon voeu avait pour objectif aussi de se projeter un peu sur l’après, on ne peut pas simplement constater la disparition de ce lieu, rue Dénoyez. Il me semble qu’après la disparition de la miroiterie, après la fermeture de la cantine, il y a un vrai problème sur la question de la pérennité des lieux alternatifs sur le 20e qui ont quasiment tous disparu. Et donc, ce qu’on proposait aussi, c’étaient des états généraux avec l’ensemble des acteurs aujourd’hui concernés, que ce soit la miroiterie, que ce soit la cantine, que ce soit les artistes de la rue Dénoyez pour pouvoir remettre à plat toutes ces questions avec les collectifs, avec les habitants, avec les associations pour pouvoir réfléchir à la réémergence, à la pérennisation d’espaces urbains où la scène alternative associative et culturelle pourra de nouveau s’épanouir. J’espère que j’ai été clair. Et les artistes dans la salle, je pense, attendent un certain nombre de réponses concrètes pour que tout ça se passe dans les meilleures conditions. Merci.

Mme CALANDRA

Alors, M. BAUDRIER m’a demandé la parole puis M. MARTIN puis M. GRANIER. M. BAUDRIER.

M. BAUDRIER

Je vais répondre à ce voeu en tant qu’ex-adjoint à l’urbanisme qui a porté ce programme à l’époque en lien avec Mme CALVO qui était adjointe à la petite enfance. Je crois que nous avons passé de très nombreuses réunions de conseils de quartier où la question du manque de places en crèche dans le quartier Bas-Belleville a été posée à de multiples reprises par des parents demandeurs de places en crèches, catastrophés du fait de ne pas en avoir. Nous avons trouvé comme parcelle pour eux une crèche associative Le Ramponeau qui est ouverte, me semble-t-il. Et en tout cas, pour créer un équipement petite enfance de plus grande taille (50 berceaux comme celui de la rue Dénoyez), nous avons fait tout le tour du Bas-Belleville, mètre carré par mètre carré, parcelle par parcelle, fait faire des dizaines et des dizaines d’études, échanger lors des conseils de quartier avec la commission-cadre du conseil de quartier de Belleville… Je ne me rappelle plus le nombre de réunions qu’il y a eu. Et de fait, il n’y a pas d’autre parcelle simple pour créer une crèche municipale dans le quartier du Bas-Belleville où il y a un besoin avéré. D’ailleurs, j’ai eu l’occasion puisqu’il y avait une pétition qui était devant un des locaux d’artistes rue Dénoyez d’aller discuter avec une jeune artiste qui faisait la pétition et qui m’a suggéré aussi tout un tas d’adresses en disant : « Mais pourquoi vous ne l’avez pas fait à 70, rue de Tourtille ? Pourquoi pas 76, rue de Tourtille ? Pourquoi pas rue Ramponeau ? » À chaque fois, je lui fais la liste des réponses qui fait que c’était trop petit et ça ne marchait pas et qu’on avait essayé à toutes les adresses qu’elle avait regardées. Donc, ce n’est pas par choix de délibérer et par manque d’études parce que je crois qu’on n’aurait jamais regardé autant précisément à la loupe un quartier pour faire une crèche que le Bas-Belleville. C’est ce qui a débouché sur ce choix.

Mme CALANDRA

Je vous remercie. M. MARTIN.

M. MARTIN

Après l’exposé très exhaustif de M. SOREL, je ne vais pas le reprendre. Ce que je voudrais dire, c’est qu’on est évidemment dans une situation très compliquée parce que de fait, M. BAUDRIER a raison de rappeler que c’est un projet de longue haleine qui ne souffre d’aucune illégitimité, bien au contraire, qui est parfaitement légitime dans le cadre de la construction de logements et de crèches et que de ce fait-là, je sais aussi tous les efforts qui ont été faits pour essayer de localiser ça et que donc la question n’est pas exactement celle que l’on voudrait y voir un peu trop facilement. Cela étant, il est un fait, c’est qu’à ma connaissance, peu ou pas de ceux qui étaient dans la rue Dénoyez n’ont finalement trouvé possibilité effectivement de trouver un lieu qui correspond à la fois à leur capacité financière, à la fois aux activités qu’ils développent et qui sont parfois, je ne sais pas, bruyante, qui sont parfois, etc. Donc, l’équation est toujours compliquée à trouver, mais de fait, on est devant une situation où des associations pour lesquelles le travail en direction de la population était indéniable, est indéniable parce qu’ils continuent de le faire, qu’il y avait pour certaines – M. SOREL a eu raison de le rappeler – des conventions et des partenariats avec l’Éducation nationale, avec des centres sociaux, et qui sont particulièrement bien insérées dans le tissu du quartier où elles étaient implantées. Des associations dont le service rendu à la population faisait que pour certaines d’entre elles bien évidemment la Ville de Paris les subventionnait. Donc, il n’y a pas dans ce cadre-là de doute sur le fait que, si ces associations ne remplissent plus cette mission et les services pour lesquels nous les financions auprès de la population, c’est une perte pour le 20e arrondissement que de ne pouvoir compter sur elles. Et je dois le dire, pour en connaitre quelques-unes, à un moment où nous discutons les uns et les autres avec beaucoup de passion et aussi beaucoup d’inquiétudes sur le vivre ensemble dans nos quartiers, sur la manière dont on peut combattre un peu la segmentation sociale et faire en sorte que les gens qui habitent nos quartiers qui sont des quartiers populaires et qui sont aussi des quartiers avec des populations diverses, et c’est ça qui est intéressant dans le Bas-Belleville et ailleurs dans le 20e arrondissement, à ce moment-là, je pense qu’une bonne partie des associations qui étaient là faisaient pont entre les populations et que c’est quelque chose d’extrêmement important ; des moments riches que nous devons préserver dans le 20e, avoir un tissu associatif qui permet aux populations diverses de notre arrondissement de se parler, de retrouver dans des configurations et d’avoir accès à la création artistique dans des conditions de participation totale pour des populations qui sinon en seraient éloignées. Bref, je veux dire par là que ce qui moi m’inquiète, et c’est pourquoi notre groupe votera le voeu proposé par le parti de Gauche, non pas pour je ne sais quel procès d’intention, mais parce que nous vivons comme une perte la perspective que les associations qui travaillaient au service des habitants dans la rue Dénoyez – et qui pourraient très bien le faire ailleurs ; la question n’est pas là – et comme un danger le fait que ces associations ne puissent pas continuer de le faire ou que nous soyons dans l’incapacité de trouver d’autres associations pour réaliser le formidable travail qui est le leur et que l’on ne peut pas demander à n’importe quelle structure.

Mme CALANDRA

Je vous remercie. M. GRANIER.

M. GRANIER

Merci, Madame la Maire. Mes chers collègues. Si à un moment, des associations qui sont sujettes à des conventions d’occupations précaires voient leurs baux dénoncés, c’est inscrit dans les conventions d’occupations précaires. À ce titre-là, il n’y a peut-être pas de surprise. Je note – alors, je ne prends pas votre défense, Mme CALANDRA – quand même qu’il y a eu plusieurs propositions qui ont été faites en matière de relogement. Donc, si à un moment, il doit y avoir un arbitrage entre des ateliers d’artistes, aussi sympathiques soient-ils, et des places en crèche et des logements sociaux ou autres, effectivement, il y a des arbitrages qui doivent être rendus à un moment. Et je pense que le quartier en l’occurrence et Paris en général, et la mairie socialiste n’est pas à la hauteur, sur les places en crèche qui sont disponibles. C’est un premier pas. Ça se fait au détriment d’une démarche artistique. C’est dommage. Parfois, ça se fait au détriment de commerces, parfois ça se fait au détriment d’autre chose. En tout cas, nous ne voterons pas le voeu présenté par notre collègue, M. SOREL, et nous comprenons qu’il ait fallu faire un choix et qu’il ait fallu aussi proposer, même si ça n’a pas rencontré un écho favorable, des solutions de substitution aux artistes qui étaient présents rue Dénoyez. Nous ne voterons donc pas ce voeu. Merci.

Mme CALANDRA

Je vous remercie. Je demande aux groupes, là, à cette heure-ci d’être bref parce qu’il y a aussi le voeu OMS qui nous attend et plusieurs autres derrière. M. GLEIZES, brièvement.

M. GLEIZES

C’était surtout pour répondre à M. GRANIER. En 2001, lorsque Bertrand DELANOE a été élu, Christophe GIRARD, alors écologiste, a mené une politique culturelle très importante à destination de tous ces collectifs qui existaient et qui faisaient la richesse de Paris, notamment un des collectifs qui se retrouve aujourd’hui rue Dénoyez a eu plusieurs occupations ailleurs dans Paris, Alternation pour pas le citer puisqu’ils sont dans la salle, a occupé différents lieux. Le problème dans lequel on est aujourd’hui, c’est vrai que, par rapport aux conventions d’occupations précaires, c’est sûr qu’une fois que la précarité est terminée et qu’on installe un établissement public, en l’occurrence, une crèche, se pose la question de la succession. Sauf qu’aujourd’hui, Paris est en train de perdre ce qui faisait sa richesse, et donc, cette notion de culture alternative puisqu’il n’y a plus d’espace vis-à-vis de ces lieux. Quand en 2001, Bertrand DELANOE avait fait ça, on s’appuyait sur ce qui se faisait dans d’autres grandes villes européennes et qui existe encore comme des villes comme Berlin. Et aujourd’hui, Paris est en train de perdre cette place-là parce qu’à un moment, il faut des espaces de liberté qui permettent la création culturelle. Et c’est pour ça qu’on ne peut pas rester dans une impasse qui fait que petit à petit, tous ces espaces vont disparaitre et c’est pour ça que nous maintenons notre soutien à ce type de culture alternative.

Mme CALANDRA

Alors, Mme MAQUOI.

Mme MAQUOI

Merci, Madame la Maire. Je vais peut-être prendre quand même quelques minutes parce que le sujet le mérite. Effectivement, mardi, comme il était prévu, c’était le 31 mars, les conventions d’occupations précaires sur la rue Dénoyez sont tombées. Je voudrais d’abord remercier les collectifs qui ont joué le jeu, quelle qu’ait été leur situation, et qui ont rendu les clés. Pour répondre un peu – j’ai essayé de noter pour répondre – précisément à vos questions, M. SOREL, il n’y a pas eu de tri dans le traitement fait en amont des associations. Par contre, aujourd’hui, il y a une position très claire de la Ville, c’est : les associations qui ont effectivement joué le jeu, qui ont respecté cette relation de confiance entre la Ville et elle, quelle a été leur situation ? Et moi, je comprends que quand on a investi dans le quartier pendant de nombreuses années et qu’on y a mis toute son énergie, effectivement, c’était un moment qui était douloureux, c’est une perspective, quand on ne sait pas où aller, qui est compliquée et vraiment difficile. Et puis, effectivement, un des collectifs n’a pas rendu aujourd’hui les clés de son local. Il y a donc une procédure en référé avec une procédure d’expulsion puisque les travaux de sondage ont commencé dès le 1er avril et que ça a été toujours très clair : nous voulons que ces travaux se fassent rapidement parce qu’il faut que ces équipements publics sortent le plus vite possible. Donc oui, là aujourd’hui, dans notre dialogue avec les associations, il y aura un traitement différent. Pour ce qui concerne les trois collectifs puisqu’on parle de quatre en tout, donc les trois collectifs qui ont rendu les clés, deux ont accepté les propositions de la Ville. Celles-ci n’étaient pas forcément dans ce qui était leur projet de départ, mais il y a eu un compromis et une discussion parce que, comme le rappelait M. GLEIZES, on se retrouve aujourd’hui dans une situation tendue à Paris. On a fait le pari depuis des années maintenant de mettre à disposition ce qu’on appelle le domaine intercalaire, c’est-à-dire, des bâtiments, quand ils n’étaient pas potentiellement dangereux, et en attendant un projet de les mettre à disposition à des loyers complètement modérés. Même la rue Dénoyez dans ce cadre-là fait figure d’exception puisque c’était environ pour certains locaux 200 euros par an, ce qui n’existe plus du tout à Paris aujourd’hui puisque c’est même une figure d’exception dans le patrimoine intercalaire puisqu’on est plutôt à 3,60 euros du mètre carré. Aujourd’hui par ailleurs, par exemple, dans le 20e, il n’existe plus à part un, mais qui n’est pas disponible qui est aujourd’hui conventionné avec un collectif, de patrimoine intercalaire. Je sors même du quartier de Belleville. Ensuite, il y a ce qui est la Calas. Aujourd’hui, il y a 250 collectifs inscrits en Calas (collectifs et associations) parce que la Calas n’est pas utilisée que pour les associations à but culturel, elle est aussi utilisée par les associations à but social. Dans ces bâtiments-là, quand une direction de la Ville qui possède du patrimoine voit son patrimoine libéré, il remonte immédiatement l’information à la Calas. En fonction de ça, la Calass attribue sur des normes. Le plus souvent, ce qui remonte des directions, ce ne sont pas des locaux qui donnent sur la rue ou qui sont ERP. Dans les demandes qui étaient faites à la Calass, c’étaient des locaux qui nous étaient demandés pouvant accueillir du public puisque vous l’avez mentionné vous aussi, il y avait une volonté de travail et de lien social, et donc devant être ERP ou en tout cas au moins ayant suffisamment une vitrine sur la rue. La deuxième source pour alimenter la Calass, ce sont les bailleurs sociaux qui font aussi remonter des locaux disponibles avec un abattement de 30 % en plus quand on est en quartier populaire. Là aussi, dans ce qui est remonté, c’est la même problématique, on n’a pas forcément là-dessus des choses qui correspondent. La difficulté à laquelle on a été confronté pour faire des propositions, si je reprends votre terme, « dont le loyer prend en compte le modèle économique et leur activité », c’est-à-dire donc qu’il fallait dans ce qui nous était demandé une surface, un local ERP, avec une vitrine, avec un loyer très modéré. Oui – et là, je reprends les mots de M. MARTIN – « l’équation était compliquée » si en plus, et pourtant, on a élargi cette variable-là, c’était dans le quartier du Bas-Belleville. Je le dis aujourd’hui ici : ceux qui ont rendu les clés sont toujours inscrits en Calas. Et si par exemple il y a possibilité d’avoir autre chose, c’est-à-dire que moi, dans les projets que j’ai écouté, oui il y avait des choses de lien social et d’accueil du public, mais ça, on peut aussi le faire dans des lieux extérieurs, il y a des choses sur des activités de création et en tout cas, c’est aussi une volonté de Bruno JULLIARD, de multiplier les espaces de création. Par contre, il n’y aura jamais les conditions financières de la rue Dénoyez, il faut que les choses soient très clairement dites aujourd’hui. Il faut donc que la capacité financière augmente de manière assez sensible parce que vous voyez que de 200 euros par an, il va falloir augmenter, au minimum, multiplier par 10 voire un peu plus, pour arriver à rentrer dans cette nouvelle configuration. J’essaye d’être très pragmatique là-dessus. Je ne sais pas trop ce que vous appelez dans les lieux alternatifs à Paris parce qu’il y a des lieux, aujourd’hui, culturels qui se disent alternatifs et qui sont pourtant fortement conventionnés et soutenus par la Ville de Paris parce qu’il y a aussi un partage d’une politique culturelle. Je ne parle que de la politique culturelle. C’est une chose différente de s’inscrire dans ce cadre-là ou alors de vouloir, et moi je l’entends totalement, qu’on veuille à un moment donné mener une activité de création sans forcément partager les objectifs culturels, donc, s’inscrire dans une position de subvention par rapport à la Ville. Et ça, c’est quelque chose dont on n’oblige personne non plus à travailler avec nous. Donc, c’est pour ça que vous comprenez qu’il nous est impossible aujourd’hui de voter votre voeu et qu’effectivement, une page d’histoire – en tout cas, ça a été une histoire, la rue Dénoyez – effectivement, elle se tourne, mais je crois que comme les nombreux intervenants l’ont dit, c’était un projet qui date même d’avant la mandature d’avant et qui même depuis 2010, il me semble puisque moi, j’en avais rediscuté avec Ariane CALVO, a nécessité énormément de réunions, énormément de discussions, de concertations et je crois que le programme qu’on propose aujourd’hui, comment vous dire, si on avait pu faire autrement, on l’aurait fait ; ce n’était pas possible. Et donc, à un moment donné, faire de la politique, c’est faire des choix et je crois qu’on assume celui-là.

Mme CALANDRA

Je vous remercie. Je voudrais dire aussi, faire un peu d’histoire. Je rappelle les mobilisations anciennes à Belleville, notamment dans le cadre de la contestation des Zac des années 80-90 avec la Bellevilleuse dont la première présidente était présente dans la salle de réunion publique quand on a présenté le projet, il y a quelques mois, et qui a apporté son soutien à notre travail. Et je rappelle que nous avons toujours travaillé en transparence puisque nous avons pris des engagements politiques sur un programme commun d’ailleurs pendant la campagne des municipales de 2008 et de 2014 et que ce programme comportait, notamment, de travailler à résoudre les problèmes de nos populations les plus défavorisées en matière de petite enfance. Je rappelle que le quartier de Belleville, c’est plus de 35 % de familles monoparentales qui sont souvent des familles composées d’une femme seule avec un ou plusieurs enfants et souvent des femmes migrantes pauvres. Je rappelle aussi qu’il y a un problème, et nous nous sommes engagés fortement sur des programmes de logement social et de mixité sociale et qu’il y a entre autres un programme qui consiste, dans ce que nous avons choisi, à accueillir des femmes seules à la rue. Je rappelle également que nous avons concerté très longuement sur ces programmes, sur ces projets et que nous avons, comme l’a rappelé M. BAUDRIER, personnellement avec Ariane CALVO et Jacques, effectivement, recherché je ne sais combien de lieux d’implantation pour la crèche pendant six ans de mandature dans ce quartier. Et il a fallu d’ailleurs être très convaincant pour que la Ville accepte de construire la crèche parce qu’elle a un coût supérieur au coût moyen dans d’autres lieux puisque la rue Dénoyez est une rue très étroite et très compliquée. Je rappelle également que nous allons maintenir – alors, je rappelle pour ce qui est du soutien de la politique au graff – que dès 2008 avec M. BARGETON à l’époque adjoint à la culture du 20e arrondissement et cette politique a été largement poursuivie et étendue par Mme MAQUOI, nous avons pris la décision de demander aux services de la Ville de ne pas nettoyer les oeuvres qui étaient sur les murs de la rue Dénoyez, ce qui nous a valu de très nombreux courriers de protestation et d’engueulades de la part de nombreux habitants du 20e et d’ailleurs, protestant que ça salissait la rue, etc. Nous avons tenu bon malgré ces attaques. Nous avons même développé des parcours de murs de graff dans le 20e arrondissement. Nous avons obtenu de la RATP qu’elle confie le mur du dépôt de bus Plaine-Lagny pendant plusieurs années à des collectifs de graffeurs. Nous avons ouvert le mur du Square Karcher, les murs du Pavillon Carré de Baudouin, le mur à l’angle Pyrénées-Bagnolet, je crois que j’en oublie, Amandiers, etc. On en ouvre de toute façon, on en ouvrira encore plusieurs dans cette mandature. Je rappelle qu’à Saint-Blaise dans la nouvelle rue que nous avons ouverte, nous avons confié à des artistes très talentueux de réaliser l’un des plus grands murs de graff de Paris, etc. Nous avons d’ailleurs tourné des films, il y a des documentaires et des films. Nous avons réalisé plusieurs expositions au Pavillon Carré de Baudouin, soit sur les pochoirs avec Némo Ménager, les Moscovites, soit sur le graff avec Europa Graffiti par exemple. Donc, nous ne ménageons pas notre engagement dans ce domaine et nous allons évidemment conserver rue Dénoyez le mur libre de graff qui est en face de la crèche. Nous avons même demandé à l’architecte de la crèche de regarder, de travailler avec des collectifs d’artistes pour voir comment il pouvait maintenir une intervention du graff sur sa façade si c’est possible. Je sais qu’il est en train d’y travailler. Je rappelle qu’une ville, ça bouge, c’est mouvant, qu’on ne peut pas non plus toujours tout figer absolument. Et je rappelle surtout que, quand ces lieux ont été prêtés par la Ville de Paris, loués à des conditions qui sont quasiment de l’ordre du don pendant dix ans pour certains collectifs, il était très clairement établi dans la convention, c’était une convention d’occupation précaire puisque c’est même son intitulé, c’est notre majorité municipale qui a créé ces conventions, qui a imaginé ces outils. Et je rappelle, pour rassurer M. SOREL et M. MARTIN, qu’il y a d’autres lieux, il y a d’autres collectifs d’artistes dans le 20e que nous avons nous-mêmes installé comme Curry Vavart, par exemple, ou Art Azoï et nous nous battons régulièrement pour chercher des lieux qui sont dans le domaine intercalaire pour les confier à des collectifs d’artistes et que ces collectifs jouent le jeu ; c’est-à-dire que quand le projet que nous allons mettre en oeuvre va être construit, ils acceptent de déménager, de rendre les clés. Et la plupart du temps, nous parvenons à la réinstaller ailleurs. Mais bien entendu, la gratuité totale ou presque totale n’est pas possible parce que les choses ont un coût, y compris pour le contribuable, je le rappelle, que même si nous sommes engagés très fortement à faire en sorte que Paris conserve sa qualité de capitale de création culturelle, nous sommes obligés aussi de faire des compromis pour permettre à ce que Paris ne perde pas ses populations les plus pauvres, donc que nous construisons du logement social. Nous faisons en sorte que Paris ne devienne pas une ville de célibataire sans enfant. Donc, nous construisons également des équipements petite enfance. Nous essayons de faire une ville avec des mixités d’usage. L’art, c’est important ; c’est l’un des usages. Ce n’est pas le seul. Et je rappelle qu’à certains, parce que j’ai vu des déclarations qui me paraissaient très approximatives pour ne pas dire injustes, je rappelle que je n’ai pas été la dernière à prendre des risques, y compris en termes électoraux pour notamment défendre la culture du graff dans le 20e arrondissement. Et croyez bien que ça n’a pas toujours été facile dans certaines réunions publiques. Et à ce moment-là, il y a beaucoup de gens qui sont dans cette salle aujourd’hui, mais qui n’étaient pas dans ces réunions publiques pour défendre le graff à mes côtés. Oui, M. SOREL. Alors, très rapidement puisque vous avez été extrêmement long, s’il vous plait.

M. SOREL

Alors, on va être rapide. Juste quand même sur une chose. Quand on est effectivement dans un Exécutif municipal, on ne peut pas simplement dire : « Une page se tourne sur la rue Dénoyez » et se contenter justement de regretter. Je crois qu’à un moment donné, si on veut redonner du sens à la politique, il faut aussi être en mesure de démontrer, quand on est aux responsabilités, qu’on a les moyens de peser dans les décisions concrètes. Et là, il y a un problème très concret qui se pose rue Dénoyez. Il y a des artistes qui attendent des réponses. J’ai bien compris la réponse qui a été donnée, c’est-à-dire, qu’en fait, il y a un tri qui sera fait : ceux qui jouent le jeu et ceux qui ne jouent pas le jeu. Je trouve que cette réponse est très problématique parce que si cette réponse amène la disparition de certaines associations, alors qu’on est dans une situation déjà où il y a une véritable saignée des associations sur la culture, mais aussi sur autre chose, là ça risque de poser problème. Donc, je pense qu’il faut quand même avoir une réponse. Je comprends qu’il y ait des tensions, je comprends qu’il y ait des désaccords, mais il me semble que quand on est en responsabilité, il faut pouvoir prendre un peu de recul et se dire : « OK, il y a des désaccords, mais il y a des associations qui jouent un rôle, qui interviennent dans des écoles et qui doivent pouvoir continuer leur activité » et trouver une solution très provisoire pour qu’elles stockent par exemple leur production. Ça, c’est aussi la mairie qui peut proposer.

Mme CALANDRA

M. SOREL, on a fait ces propositions. Laissez…

M. SOREL

Je termine…

Mme CALANDRA

Concluez, s’il vous plait.

M. SOREL

Je termine sur une chose quand même. Le street art, je ne suis pas d’accord avec cette approche patrimoniale qui semble être prise par la Mairie. On n’aligne pas les graffs sur un mur comme on aligne des tableaux dans la grande galerie du Louvre. Ce n’est pas ma conception du street art, désolé. Le street art, ce sont des artistes, c’est un rapport particulier avec les habitants, c’est l’expression d’une ville et ça s’exprime dans des friches urbaines et cette conception-là me semble problématique. Maintenant, je pense que malheureusement, il y a un désaccord, mais au moins, il faut qu’on trouve les moyens de continuer à travailler ensemble notamment sur les questions de la Miroiterie, par exemple, où il y a eu un voeu qui a été voté à la majorité et sur la question de l’accompagnement très concret des associations qui vont être mises en difficulté et que la Mairie du 20e, au moins sur cette question-là, s’engage à ce que ce qui se passe rue Dénoyez ne se solde pas par la disparition, c’est de cela dont on est en train de parler, de certains collectifs et associations. Et c’est sur ça, je pense, et c’est pour ça que j’ai repris la parole. Désolé d’avoir été un peu long. Merci.

Mme MAQUOI

Très court. Le local de stockage a été proposé. En attendant, il a été refusé. Donc, à un moment donné, il y a eu aussi une série de propositions qui pouvaient être intéressantes. Je veux bien. Moi, j’ai l’habitude, M. SOREL, d’assumer les choses et même quand je suis dans un exécutif et de ne pas être forcément et de redonner du sens à la politique, mais il y a un moment donné, quand ce n’est pas possible ou quand c’est refusé, je ne sais pas ce qu’on peut faire. Deuxième chose, on aura le débat une autre fois, ce sera intéressant. C’est dommage que vous pensiez que ce qu’on fait au niveau de notre politique de graff, ce soit une politique patrimoniale parce que c’est absolument faux et que ce qui se passe, et je vous inviterai la prochaine fois qu’il y a des murs qui sont réalisés dans l’espace public, et il n’y a pas que sur le graff qu’on mène une politique d’art dans l’espace public justement, de médiation, je pense qu’il faudrait vous intéresser un peu aux projets aussi des associations, des collectifs, des artistes. Alors, certes, peut-être qu’ils ne viennent pas vous écrire tous les quatre matins. C’est peut-être pour ça. Mais de leur conception de l’art dans la ville et de la manière dont oui, on essaye de faire une forme de paradoxe, c’est-à-dire que le graff, aujourd’hui, est illégal, on ouvre – on prend un risque comme l’a dit, Madame la Maire – des espaces pour aussi qu’ils puissent pratiquer sans avoir de risque et en même temps, dans cette forme de paradoxe, on leur laisse aussi la liberté de ce qu’ils amènent. Et je trouve que votre intervention là-dessus, pour tous ceux qui ont travaillé ces dernières années dans le 20e, était très méprisante.

Mme CALANDRA

Je renchérirai en disant qu’il est complètement contradictoire de dire : « Vous avez une approche patrimoniale et surtout, il ne faut pas toucher aux murs de graff » parce que je rappelle que le graff, à l’origine, ce sont des murs éphémères dans des friches industrielles appelées à être détruites. Et le graff, par nature et par essence, et historiquement est mouvant. Le graff se déplace, les artistes graffeurs se déplacent dans la ville parce que la ville bouge et donc, c’est une méconnaissance, pour moi, historique de ce qu’est le graff. On ne va pas développer une trop longue exégèse de cette question, ce soir, puisqu’on a d’autres sujets à aborder. Je voudrais aussi rappeler juste une chose. Dans un État de droit quand il y a des règles, ce ne sont pas des règles du jeu – moi, je ne joue pas ; je n’ai pas le temps et Mme MAQUOI non plus. On a beaucoup d’autres sujets à traiter et beaucoup d’autres gens à prendre en considération – et des contrats d’engagement, à quoi sert-il d’établir des contrats si on traite in fine de la même façon les gens qui les respectent et les gens qui ne les respectent pas ? Dans le droit, ça a un sens, le droit. La règle, ça a un sens précisément. S’il y a des gens qui prennent des engagements et qui respectent leurs engagements et d’autres qui les prennent et ne les respectent jamais, alors à qui peut-on se fier ? Comment est-ce qu’on fait la différence ? Ce n’est pas un tri qu’on fait ! Ce n’est pas un tri. Des gens se sont triés eux-mêmes dans cette affaire, excusez-moi. Et dire que la Mairie du 20e n’a pas accompagné, on a consacré un temps, des réunions – excusez-moi – parfaitement disproportionnées si vous considérez le nombre de personnes impliquées par rapport à d’autres sujets dans le 20e qui impliquent beaucoup plus de monde. Et notamment, une crèche de 50 berceaux, je peux vous dire que ça implique beaucoup plus de gens dans le temps que la question qui nous occupe ce soir. À un moment donné, il faut savoir raison garder. Nous, nous avons été élus par des habitants sur un programme clair et je vous le rappelle avec des engagements assez clairs. Alors oui, la production artistique culturelle en faisait partie, mais excusez-moi, il y a eu dix ans pour la plupart de ces collectifs, dix ans d’investissement de la Ville dans des loyers, dans des choses quasiment gratuites ! Dix ans, ce n’est pas rien ! C’est colossal ! Moi, je me serais attendue à des remerciements, pas pour moi, mais pour la Ville de Paris au moins. Pour ses élus. Quand même ! Au lieu de ça, qu’est-ce qu’on lit dans les journaux ? C’est quand même inqualifiable, excusez-moi, ça m’indigne ! Derrière nous, M. SOREL, je vous le rappelle, derrière vous,comme moi, il y a des habitants, il y a des contribuables. Il faut les respecter aussi. Ils sont respectables. Donc, moi je vous rappelle que nous avons maintenant, il me semble, consacré un long débat à ce sujet et oui, nous prenons nos responsabilités, comme l’a dit, Mme MAQUOI. Nous sommes des élus de la République française et dans la République française, quand on signe des contrats d’engagement, on doit les respecter. Parce que si on rompt le contrat, en droit, ça a des conséquences. Absolument.

Après consultation des membres, le vœu est repoussé

Pétition : Droit de table, droit de cantine pour tous !

    « Nous demandons aux conseillers de Paris de se prononcer en faveur de l’ouverture avant l’hiver de cantines solidaires en libre accès à tous, au prix de la restauration collective dans tous les arrondissements . »

Pétition à signer ici : https://www.change.org/p/conseillers-de-paris-respect-du-droit-de-cantine-avant-l-hiver#

Signature :
(Votre signature engage le seul paragraphe ci-dessus. Mais je propose ci-dessous les réflexions qui sont les miennes. Elles ne préjugent pas des vôtres.)

Résumé. La Cantine des Pyrénées a été expulsée. Elle devait son succès à l’innovation qu’elle apporte à un besoin citoyen. Celui du partage convivial du repas à coût soutenable (4€) pour tous. Une nécessité pour tous ceux qui sont exclus du CDI et des tickets restaurants. Parce que le repas pris ensemble est une des conditions de notre humanité. Précisions.

Droit de table, droit de cantine pour tous

Le repas pris ensemble est une des conditions de notre humanité. Le droit de table est donc un fondement anthropologique de notre espèce humaine, doit compter dans un socle de besoins fondamentaux et donc des droits (avec les droits politiques, la liberté d’expression, le toit pour vivre, la base santé, la liberté, la sécurité, le mobilité…) du plancher en dessous duquel on n’a pas le droit de faire descendre les humains sans déshumaniser tout le corps social, mettre la société tout entière en danger.

Nous, oeuvrières, étudiants, créatifs précaires, porteurs de projets, retraitées, chômeurs,  artisanes, actifs peu rémunérés, artistes, bénévoles, CCD, associatives, précaires, petits commerçants, intermittentes, stagiaires, auto-entrepreneuses, indépendants sur la corde raide, parents isolés ou soutiens de famille, contrats aidés and co etc… « Non-CDI ». Citoyen-es hors du plein emploi, nous sommes un phénomène de société durable. Il nous faut donc, nous aussi, des conditions de vie et d’activité adaptées.

Derrière la diversité des étiquettes, nous sommes nombreux à partager une même expérience :

Nous vivons sur une économie fragile et nous sommes mis en difficulté par le fait que la plupart des solutions collectives existantes sont arrimées au statut de salarié.

  • C’est le cas par exemple du logement (qui reste la porte d’accès à une vie de famille par exemple).
  • C’est vrai à midi, les « non-CDI » ne peuvent pas s’appuyer ni sur la restauration collective, ni sur des tickets restaurants.

Le fait d’être ainsi privés de ce qui relève des droits collectifs normaux transforme nos vies en combat individuel qui relève de plus en plus de la course d’obstacles.

Ce statut, nous ne l’atteindrons pas, du fait des secteurs d’activité où nous sommes (culture, associations, vie intellectuelle…) et des projets que nous portons, comme du fait de sa simple raréfaction dans une économie largement dématérialisée où il tend à devenir de plus en plus l’exception (même dans des secteurs comme le social ou l’éducation).

… Une double peine inutile

Notre vie économique déjà difficile voisine souvent avec des investissements et des responsabilités dans des urgences peu ou non rémunérées (projets humains, culturels, citoyens…. par exemple). Nos projets et nos vies sont de fait poussés à individualisation, tant par la demande du marché que des institutions, que par la raréfaction des espaces et situations collectives. L’individualisme n’est pas forcément un problème, il peut même s’apparenter à une solution innovante à condition de ne pas se déshumaniser et de réinventer des formes de liens, de solidarités, de mode de consommation sur cette base (pensons par exemple au développement du « Co »… co-voiturage, des Amap, des collocations etc. qui ont toutes en commun de lier convivialité et solutions pratiques).

L’isolement est un fait, dans tous les milieux

Cette solitude urbaine touche tous les milieux et échappe totalement à l’approche administrative de la solidarité qui est celle des institutions et des politiques. Parce que ces dernières ont une approche déshumanisée et caricaturale de « leurs publics », mais surtout parce qu’elles ne répondent pas à des besoins humains de base, liens, échanges, convivialité, qui quand elles ont été pensées reposaient alors sur d’autres formes d’organisation sociale (famille, village, parti, syndicat, religion… aujourd’hui plus ou moins délaissés).

Une crise culturelle

C’est donc aussi en terme de vie culturelle qu’il faut répondre à la crise du lien, cet émiettement de masse des individus. Là encore, la conception glacée et institutionnelle de la culture ne répond pas non plus à ces besoins, qui de fait n’attire dans ses institutions qu’un public monochrome, stéréotypé et vieillit, évalué à 10% à peine des citoyens. Pas plus que le seul marché, les institutions ne savent produire que de la com’ de l’animation et des besoins, mais ni de la joie, ni de l’humanité, ni de sens, renvoyant dos à dos une droite productiviste ou néolibérale et une gauche institutionnelle (vieille et jeune mêlée).

Notre précarisation inutile est aussi préjudiciable, car elle se fait au détriment de notre santé mais aussi de ce que nous voulons apporter aux autres, dans une société en pleine crise et qui a donc plus qu’à une autre époque besoin d’échange, de lien, de solidarité, de culture, de nouvelles représentations pour ne pas sombrer.

Le succès d’un lieu comme La Cantine des Pyrénées

Vient de ce qu’elle répondait à ces différents besoins de proximité, dans le mélange des milieux sociaux (la charité religieuse, la solidarité sociale, le bol de soupe tendu dans le froid, ou du colis emporté pour nourrir la famille est nécessaire à la survie) mais ne répond pas à l’autre besoin de partage et de convivialité… Ce besoin fondamental de faire sens avec les gens de son quartier, sous peine de voir une société se déshumaniser, dans l’indifférence et la violence, les replis identitaires…

La restauration collective, une responsabilité écologique

L’initiative citoyenne répond ici à une responsabilisation écologique qui devrait incomber aux institutions si nos élus étaient responsables ou un peu écologistes (ah bon ? Il y a des élus écolos ? Non, sérieux ?) Dans un contexte d’épuisement des ressources et de raréfaction des énergie, les territoires qui ont renoncé à leur autonomie alimentaire vont devenir très vulnérables. C’est le cas en particulier du Grand Paris où le ravitaillement 12 millions de personnes dépend essentiellement des importations puisque l’agriculture d’Ile de France a, à tord, été spécialisée dans la monoculture céréalière ou remplacée par des zones industrialisées à perte de vue.

Des chercheurs tirent déjà la sonnette d’alarme sur la dépendance totale de notre approvisionnement alimentaire au pétrole et des institutions conseillent aux territoires de préparer leur résilience. La restauration collective est une de leurs recommandations. A Paris on s’interroge. Le rôle du politique est-il de casser les dynamiques d’adaptation ou de réponse à la crise ?

L’initiative citoyenne relève des capacités de résilience d’un territoire.

La preuve par l’expérience

Ces phénomènes urbains massifs décrits ci-dessus, ont rencontré l’expérimentation citoyenne du Collectif La Cantine des Pyrénées (Paris XXe) répondait à ces besoins et servait le repas pour tous sans distinction à 4 euros à midi.  La Ville de Paris l’a fait expulser (honteusement). Par son succès, sa convivialité et son brassage des milieux sociaux cette initiative avait mis en lumière la nécessité vitale pour les habitants des quartiers d’une mise en oeuvre du droit de table et du droit de cantine qui l’accompagne.

Oeuvre collective, la Cantine est une mission d’initiative citoyenne mais d’intérêt public. Les Cantinières et les Cantiniers ont démontré sa faisabilité solidaire, bénévole, associative sans peser sur un financement public, sans noyer le poisson sous des études de faisabilité plus ou moins dirigées, sans dépendre de pressions ou de connivences partisanes*.

Crise économique ou crise du partage ?

La crise que nous traversons relève de tout les aspects nous l’avons vu.

  • Crise économique, ou plutôt une crise du partage puisque la France n’a jamais au cours de son histoire produit autant de richesses et autant de précarité en même temps. Mais on sait aussi qu’aujourd’hui l’explosion de la richesse échappe aux anciens cadres nationaux et n’a pas été mis en place au niveau européen. La mondialisation a créé, en surplomb des états de droit, une société d’hyper-riches (certains le sont plus que des états et me disait un ancien premier ministre, disposent de leur propre force armée….), échappant à l’impôt, reconstituant une aristocratie si puissante que la question de la démocratie peut de nouveau être posée dans termes anté-féodaux ceux des invasions barbares. Leur péril n’étant pas où l’on nous dit, chez les malheureux pionniers africains qui traversent les océans où y meurent.
  • Une crise écologique, à cette fracture démocratique ouverte par la richesse s’ajoutant la violente prédation subie par les territoires locaux (à Paris le tourisme intensif plutôt que soutenable et la spéculation immobilière).  Celle qui met en péril le vivant même, sous la triple pression sur la Planète bleue d’une population dirigée vers la consommation, de l’hyper-consommation des plus riches et de l’extraction des richesses au détriment même de nos propres descendants mêmes.

Ces crises, défaillance du système politique ?

Alors oui, le fait que ces initiatives utiles relevant de la pédagogie du partage, du désir de survie et de lien des habitants soit détruite par le politique pose question.

Le rôle de nos élus n’est-il pas de nous défendre ? Et à défaut de se montrer capable d’initiative de ne pas entraver celles qui sont à l’initiative des habitants eux-mêmes ? (cet évènement tombant dans le contexte d’une consultation à un « budget participatif » de la nouvelle maire, plus ou moins cocasse et décalé).

Cela renforce la critique d’institutions, comme de politiques autistes sur tout ce qui touche  aux initiatives de la société pour faire face à ses difficultés, ayant le soucis de leur propre protection plutôt que du service public. Et donne spectacle de cette violente mollesse bureaucratique, ne retrouvant de l’énergie que lorsqu’il s’agit de faire expulser les initiatives de solidarité.

On peine à comprendre pourquoi notre système politique apparait indifférent, autiste et paralysé. Est-ce par la recherche de l’intérêt privé touche la sphère publique ? Par la connivence, par la soumission selon les cas  sûrement ou surtout par l’incapacité de penser une situation nouvelle qui échappe entièrement aux formations stéréotypées dont elle est issue.

On ne tranchera pas ces interrogations ici. Et les réponses de la société s’orientent malheureusement plutôt vers des rejets beaucoup plus radicaux, sous forme de replis et de votes identitaires violents. Ultra-solutions qui auront pour effet d’aggraver les problèmes qu’ils dénoncent quand il fallait simplement se prendre en main favoriser toutes les initiatives… L’évolution humaine est encore balbutiante, n’est-ce pas ?

Le fait de demander aux élus parisiens de se prononcer individuellement est une approche positive de la politique. Elle vise à rétablir un lien entre les élus et la société d’aujourd’hui et à poser une cohérence entre la parole et les actes dont nous avons tous grand besoin pour affronter les temps qui viennent.

Voici ce que personnellement je mets derrière ma signature pour le droit de Table et Droit de cantine. Sans encore une fois préjuger de la diversité des opinions des signataires de cette présente pétition.

Fait à Paris, le 24 octobre 2014

David Langlois-Mallet, journaliste, expert en politiques culturelles et auteur…. qui a le sentiment de faire bénévolement le travail d’évaluation qu’un Conseil de Paris pourtant riches d’un budget je crois de 6 milliards ne fait pas (et ça l’énerve un peu…)

(*même si ce collectif a des opinions militantes affirmées, qui ne sont d’ailleurs pas issues de la même culture politique que la mienne, n’ayant aucune part à leur organisation autre que d’avoir apprécier en usager leur initiative).

Paris, Belleville. Escargots en cage ou oiseaux en coquille ?

Paradoxe ou logique ?

Tu passes par des quartiers de Paris où l’habitat traditionnel parigot, populaire et convivial, été détruit entièrement par la Droite. Ce sont des tours sans âme, des rues d’une laideur sans pareil, mais où subsiste du coup le peuple, dans son infréquentable diversité et son imprévisible beauté.

À côté, voisinent ces ruelles du Paris communard, leurs placettes aimables et les terrasses des cafés, plutôt gentiment aménagées. Malheureusement pour l’âme vibrante de la ville, les rénovations du Delanoisme ont remplacé les habitants. La Ville de Paris socialiste a ses plans sociaux comme une direction des ressources humaines…

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Dix populos virés deux bourgeois offerts !

La liberté de manières typique des ceux qui n’ont pas grand chose, celle qui fonde les révolutions créatives ou politiques a ainsi été remplacée par l’uniformité de la moyenne bourgeoisie des « créatifs » et autres professions formés à traduire et deviner les désirs de leurs clients, mais à ne rien exprimer d’eux-même ou du réel, qui est un décors plus qu’une relation.

C’est selon que vous préférez les oiseaux en cage ou à l’inverse la choucarde coquille mais sans son escargot ?

David Langlois-Mallet

Mes Parisiennes 2014
mesparisiennes.wordpress.com

France. Ce qui peut nous sortir d’une déprime collective ?

14 Juillet. L’intervention du Président est pour moi l’occasion d’une réflexion sur notre héritage français, notre dépression et le sens de notre aventure collective. Alors qu’en ce mois de juillet les tensions identitaires sont vives en France, les bombes qui tombent à Gaza se fragmantant en affrontements dans les rues de Paris, la monté d’un identitarisme français va de paire avec une  » Crise », auquel l’exécutif prétend répondre en soutenant les multinationales… ce qui entrave la vraie renaissance à l’oeuvre, celle de la multitude des initiatives d’en-bas.

Important de dire à nos amis juifs qu’on les aime ! Et de ne pas céder au discours communautaire de persécution, non, il n’y a pas et il n’y aura pas de pogrom en France.

Important de dire à nos amis musulmans qu’on les aime ! Oui, il y a dans les injustices sociales des injustices coloniales à réparer, pas des violences à minimiser ou justifier.

Important de dire à nos amis « de souche » qu’on les aime ! Qu’il y a une nouvelle France à inventer, pas un passé à ethniciser.

Nos racines sont guerrières, comme le 14 juillet nous le rappelle, avec éclat, bruyamment. Notre réalité est culturelle et notre destin politique. Ce cadre, ce sont les françaises et les français de toutes les cultures qui l’ont fait vivre par leur travail à toutes les époques.

Lé célébration dans quelques jours de Bouvines est là pour nous rappeler que nous descendons de guerriers très belliqueux au courage sans limites et de gens simples très courageux aussi, de millions de gens qui ont méprisé leur vie ou leur confort pour que nous ayons, peut-être, pour que nos petits enfants aient une vie meilleure, au moins une fierté. Qu’en avons-nous fait ?

L’occasion de nous poser 3 questions d’actualité en contre-point du discours présidentiel :

Sur les conflits identitaires du Proche-Orient

« La France ne doit pas importer le conflit israélo-palestien » nous dit François Hollande.
Non ! Elle ne doit pas importer la violence. Mais nous sommes bien sur partie prenante de la même histoire qui nous lie à Israël depuis la christianisation de la Gaule romaine. Nous sommes liés au monde arabe depuis toujours également et la colonisation a tissé entre chaque rives de la Méditerranée, souvent dans la douleur, des liens si forts que la culture arabe comme la culture juive font partie aujourd’hui des cultures de la France au même titre que la culture occitane ou bretonne.
Dans l’histoire plus récente, nous sommes par ailleurs, avec l’Angleterre un des anciens protecteurs de la Palestine et l’un des principaux artisans d’une solution d’établissement pour le peuple juif sur la terre de l’antique Israël. Nous sommes donc partie prenante et co-responsable de trouver une solution à un conflit sans lequel il ne peut y avoir de sécurité à long terme en Méditerranée. Mieux, notre république laïque n’étant pas ethnique est le creuset de solutions politiques.

D’où vient notre dépression collective ?

Je pense que l’important, pour ma part, reste que les gens et les rois de l’Ancien régime ont créé un pays. Que les gens et les révolutionnaires de la République lui ont donné un projet. Mais que surtout son contenu, s’il est aujourd’hui en panne, reste une réinvention permanentes des vivants. Le renoncement à la domination ou à l’injustice, n’est pas la haine de soi, c’est un voeux de force vraie, pas de faiblesse. La critique vaut pour Israël comme pour la France.

Car nous sommes partie prenante de cette histoire Européenne qui est sûrement celle de l’un des premiers peuples qui se soit détourné de lui-même de la violence et de son fantasme de puissance. Plusieurs chocs ont concouru à ce reflux de la force et ont froissé durablement, l’image héroïque que nos anciens avaient d’eux-mêmes à travers celle de la France :

– La victoire sur l’Allemagne en 18 nous a appris qu’il valait mieux vivre en paix avec ses voisins que de les humilier. Et ce même si nous avons créé une Union d’intérêt plutôt que de partage.

– La défaite face à l’Algérie nous a appris qu’aucune domination et aucune injustice faite à un autre peuple ne fondait une nation forte. Même si nous n’avons pas digéré que le rêve Américain nous ait laissé le goût amer de l’esclavage.

– En un sens même l’idéal universaliste et la fierté culturelle des générations anciennes s’est trouvé rabaissée par la domination culturelle américaine.

– À l’intérieur de nous mêmes nous ne pouvons pas oublier que nous avons accepté, même passivement, de nous faire trier en 40 et d’accepter que des gens qui avaient foi en notre idéal, des enfants qui apprenaient dans nos propres écoles ! aient été livrés « parce que juifs » par la police française sur l’ordre de son gouvernement aux camps de la mort.

Qu’est-ce que la grandeur après la violence ?

Nous avons mal guéri de toutes ces blessures du XXe siècle dans l’oubli agréable d’une société de consommation individualiste qui aujourd’hui prend l’eau de toute part et surtout ne répond à rien de ce qui fait le sens de l’Humain, pire qui enclenche le compte à rebours à 50 ans de l’aventure humaine sur la planète.

Je pense que cette « morosité française », cette crise dont parlait le président François Hollande lors de l’intervention du 14 juillet, vient de ces déceptions collectives accumulées que ne rachète pas une équipe de football, même si elle gagne. Avec toute mon estime pour Didier Deschamps, faire peser le sort d’une nation sur une équipe jusqu’aux larmes c’est la condamner au sort du Bresil.

« La France est une grande nation » clamait hier le chef de l’Etat en brassant un peu de vide. Car qu’est-ce que la grandeur ? Si elle se résume comme le dit le chef de l’Etat à « honorer ses engagements » et à payer ses dettes aux banques pas sur que cela donne des ailes à la jeunesse sauf pour s’expatrier.

Quel est aujourd’hui le rêve collectif ? « La France c’est l’institutrice qui s’est sacrifiée » nous dit le chef de l’Etat. Pardon mais elle n’a pas été volontaire pour un sacrifice, c’est femme qui menait juste une vie de quelqu’un de bien, plutôt que de courir après l’argent (comme on nous dit de le faire) et qui est morte assassinée. C’est une mémoire à honorer, sûrement pas un projet. La France, ce devrait être donner un exemple du bonheur loyal, plutôt que d’accumuler les honte, mais pas se sacrifier. Nous ne sommes plus en 14 !

La sortie de la crise

Alors comment sort-on d’une crise ? En retrouvant du sens collectif. Comment met-on fin à une déprime ? En reconquérant l’estime de soi.

J’ai déjà montré ici qu’une Renaissance était à l’œuvre en France. Mais aussi qu’au lieu d’être soutenue elle était entravée par le politique. C’est là qu’il faut réformer et c’est aussi économiser !

80 milliards mis pour les grandes entreprises  » parce que c’est l’emploi » voilà qui est faux. C’est ajouter à la dette. Ce sont les petits qu’il faut aider. PME, indépendants, chercheurs ou précaires, français ou immigrés, c’est là qu’est l’intelligence. Loin d’être soutenue, elle est empêchée de mille façons par ceux qui devraient la mettre en valeur.

Alors, si le mot grandeur a un sens aujourd’hui, après les rêves guerriers, ça ne peut être que dans un élan de tous. A une époque l’idéal était d’élever des cathédrales vers le ciel, à une autre ce fût l’humanisme de la Renaissance, plus près de nous les Lumières, l’Instruction Publique ou le programme du Conseil National de la Résistance.

Le rêve français, plus que jamais devrait être de montrer au monde que l’on peut partager ici un idéal équitable, une culture du bonheur au service d’une humanité… durable.

David Langlois-Mallet

Crédit photo : Marcella Martial http://www.marcellamartial.com

Crédit photo http://www.marcellamartial.com
Crédit photo http://www.marcellamartial.com

c Mes Parisiennes 2014

Note sur le bilan critique des Verts EELV (1)

Je crois qu’il y a chez les Verts un vrai déficit de la fraternité entre vous d’abord. Ce qui rend un peu illusoire les discours sur le partage. Je ne pense pas que la Résistance aurait tenue, ni que l’on fait rien de grand, sans des qualités de ce type.

Ensuite, plus profondément, je ne pense pas qu’il y ait de culpabilité ou d’erreur (on s’est trompé ou non d’avoir été au Gouvernement). C’est à la fois plus léger et plus grave que ça. Il y a dans tout identitarisme politique une forme d’autisme. Un trait de l’époque aussi « agir pour soi » et ne pas savoir ni se mettre à la place des autres, ni même en tenir compte en faisant de la politique. L’écologie politique a un intérêt pour ses membres. Mais la politique commence à mon avis quand on touche l’intérêt général.

Autre chose de plus profond encore, un déficit « de France » je dirais… C’est à dire un cantonnement dans un mouvement culturel en politique. Du coup on peut trouver de la pertinence à l’action locale, mais aucune capacité à faire sens au niveau national.

Enfin à la jonction de ces limites, la plus grande peut-être, l’incapacité à être une force d’entrainement et de jonction, d’animation avec d’autres forces ou d’autres culture. C’est à mon sens là qu’est la clef d’ailleurs des politiques de demain, dans le savoir faire travailler ensemble des différences, face aux identitarismes justement…

( A Mickael Marie, fragment)

David Langlois-Mallet

C Mes Parisiennes

Paris. L’os de la Fraternité et la boucherie municipale

J’ai vraiment une reconnaissance intime à NKM. De m’avoir sorti de ma déprime de gauche. Ce n’est pas dans mon cas un passage à droite, plutôt un pas de côté sur le clivage droite-gauche, une prise d’autonomie. Ce piège Mitterrandien où j’ai été enfermé avec beaucoup d’autres depuis tant d’années : être amené à faire confiance à des gens qui font l’inverse une fois au pouvoir : L’enfer des espoirs. J’ai le sentiment que c’est ce qui est en train de craquer avec les européennes.

Probablement que pour d’autres comme pour moi, un nouvel espace politique s’ouvre. La version parigode de que l’on a appelé le Parti invisible ?
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Je parle hier au soir dans un lieu libre (sous condition) avec de jeunes parisiens : « pas d’endroits où se rencontrer », « pas d’endroit où l’on ait le droit d’être ensemble », de sortir de la solitude et des écrans. « Pas le droit de faire ensemble… (de la musique) », le couvre-feu sur les lieux… Le petit rade qu’ils avaient trouvé, fermé pour cause de concerts.  Et ces derniers confettis de liberté où l’on a parfois des autorisations ponctuelles de se retrouver et qui sont tenus par quelques résistants un peu blanchis. Des jeunes profondément de gauche, en rage contre ce PS de courtisans et de petits marquis qui préfèrent vendre la ville au tourisme et au multinationales. Une colère profonde dans le fond de cette ville.

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Reconnaître que nous aurions gagné au changement de majorité ne m’arrangeait pas, mais c’était de la simple honnêteté intellectuelle. Nous aurions même gagné à simplement à rebattre les cartes. Et la gauche aurait aussi gagné à ce que le PS parisien revienne se nettoyer au contact de la réalité.

Je n’ai eu aucun regret au demeurant de leur reconduction. Ce mélange corrompu d’une communication à base des idéaux des gens (parfumé aux cendres de Jaurès) et du profit personnel d’une technocratie sans âme que l’on appelle « la gauche » à Paris occupe le Château ? Qu’ils le garde !

Ils désignent symboliquement Paris, ils s’auto-désignent, comme un repère égoïste des privilèges dans une France en colère et des banlieues tout autour où les gens sont laissés à l’abandon : Pas assez parisiens pour avoir droit aux bulles de Champagne, ou simplement à des services publics décents. Pas assez « français » pour avoir droit au port du bonnet rouge et à se saouler à la potion d’oubli de Marine ? Dommage, faire évoluer la question culturelle, se serait aussi solder la question coloniale et nous éviter en France cette fracture sournoise et ses violences.

En tout cas les privilégiés qui fabriquent du désespoir chez ceux qui croyaient en eux pour améliorer leur sort et de la rage chez les autres… Amusez-vous bien.

Libre expression PS

La vente à la découpe de Paris continue

Je suis pour donner sa chance à chaque personne qui prend une responsabilité, surtout si c’est une femme dans un système d’hommes. Anne Hidalgo a rajeuni et féminisé ses équipes, dégraissé un peu la courtisanerie de cabinet. Dont acte. Mais le passé Delanoïste dont elle est issue est partout. Le scandale Molitor (patrimoine vendu à un 5***** qui propose désormais l’accès à la piscine à 3000€ l’année). Le scandale Samaritaine (où la ville après avoir abandonné un trésor de culture vivante combat la justice pour soutenir LVMH dans sa transformation en 5****) marquent ses débuts.

Si son mandat se construit ainsi dans les ruines luxueuses de l’intérêt commun, il y a fort à parier qu’elle aura autant de mal à se maintenir à l’Hôtel de Ville qu’Hollande à qui sont sort est lié à l’Elysée. Au gré de la désormais imprévisible évolution de la situation politique nationale, je ne serais pas surpris qu’une coalition émerge autour des enjeux d’écologie urbaine. Car ce sont les Verts qui sont en position centrale. Pas le PS qui n’est majoritaire qu’en siège (et de très peu). On verra bien.

Marianne

Pour moi, reconnaître dans l’urne la trahison de « la gauche » oligarque, ne m’a pas rendu de droite. Nathalie ne m’a rien demandé, ni moi à elle. Si je siégeais au conseil de Paris, je serais aux non inscrits, mais je pense qu’il serait plus positif de faire avancer les choses avec l’opposition, a fortiori avec une personnalité qui s’est impliqué sur la liberté d’expression, non ?

Interstices dans les deux partis oligarques

Ce n’est pas la peine de me parler de « croire » ou ne « pas croire » en elle, la politique locale n’est pas de l’ordre des mythes qui agitent une présidentielle, elle est de l’ordre des propositions concrètes et des faits observables : comme l’est le fait que « la gauche » a vendu Paris aux multinationales.

Faits observables tout autant que Chirac et la droite avaient vendu les faubourgs pour démolition aux promoteurs (personne sur ce sujet n’a plus de mémoire que moi). Ce pourquoi je ne « crois » pas en la droite, mais j’ai fait avancer avec une personne précise et singulière (qui se trouve être de droite), un ensemble des propositions pour libérer l’expression et le lien humain dans la ville. Je peux « croire » que je contribue au fil des échanges à faire avancer sa position, mais ceci ne dépend pas de moi. Ce qui a avancé concrètement, ce sont des propositions, donc l’intérêt général.

Elles sont le fruit de mon travail de toutes ces années (détourné plusieurs fois par la municipalité avec des procédés qui ne l’honore pas), mais c’est surtout l’expression du besoin des habitants mais aussi de l’expertise citoyenne des gens interviewés au fil des années qui font concrètement la culture libre à Paris en particulier en ouvrant ou tenant des lieux. Cette matière vivante singulière, multiple, est je crois plus intéressant que d’imposer aux habitants de Paris une culture industrielle, uniforme, qui est fille des besoins des multinationales, de vos carrières et de l’autisme de votre technostructure.

Je ne suis pas devenu de droite pour autant. Si être de droite (dans ce contexte) signifie à gauche favoriser des intérêts privés contre l’intérêt général. C’est vous à la mairie qui l’êtes depuis bien longtemps. Mais je me suis en tout cas totalement libéré d’une discipline : le fait qu’avoir des idées de gauche (si gauche ici signifie intérêt général plutôt que l’égoïsme), signifie voter au 2e tour pour des gens qui feront l’inverse de ce pour quoi ils sont élus.

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Je n’ai pas changé en votant à l’inverse du balancier, mais j’ai beaucoup gagné en liberté et j’ai juste pu voir des gens de la ville qui votent à droite pour garder l’âme d’hier, celle du patrimoine et d’une vie quotidienne que le fric fout dehors. comme d’autres gens votent à gauche en espérant que l’âme nouvelle de la jeunesse et de la création puisse naître. J’ai pu mesurer que si la question de la liberté et de l’égalité séparait les camps, ce besoin d’âme, nommé parfois différemment, les réunis.

Ce pourquoi au final l’expérience parisienne m’apprend que les français on soif d’abord de fraternité. Et que celle-ci est détruite par l’oligarchie et la technocratie mêlée.

Autre chose que Paris m’a appris, c’est que le peuple est composé du mélange de toutes les cultures. Que l’on vit donc très bien ensemble quand l’urbanisme est à taille humaine et que les endroits pour la culture commune (espace public, cafés, petits lieux de culture sont libres d’expression et ouvert à tous). Le cadre identitaire (FN, religions etc) est donc une impasse. Sauf à définir notre identité par le multiple et le divers, ce qui revient simplement au message fondamental de la France : nous sommes une communauté politique, dont la base est la fraternité.

C’est cet « os » du bien commun qui est atteint aujourd’hui et je crois que c’est aussi ce qui se réveille.

Fraternellement à vous,

David Langlois-Mallet

 

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