Archives pour la catégorie Mouvements d’idées

Appel des Indien-nes de Paname à la dernière barricade !

Comme les indiens d’Amazonie, d’Afrique ou de Notre-Dame des Landes, nous devons résister à la marchandisation globale qui pourrit nos vies et nous chasse de notre territoire. La richesse de Paris, ce ne sont pas les bois précieux, le pétrole ou les hectare de nature. C’est l’imaginaire, la Culture, les idées, un art de vivre ensemble de musique au café du coin ou au coin de la rue. C’est de tout temps des fêtes et des chansons, une indépendance d’expression, une liberté politique. La spéculation ici, c’est le détournement et la vente de l’image de Paris et la destruction de sa réalité. La prostitution généralisée de son âme, au profit d’un tourisme global et celle de son M2 d’habitation aux spéculateurs.

Les lieux de culture indépendants du politique et des marchands sont nos oasis.
C’est avec un toit individuel, la condition collective de notre maintien dans la ville. Les lieux de culture indépendants (des politiques de sélection des pouvoirs) assurent le renouvellement des expressions, face aux conformismes et la solidarité face aux copinages. Ils sont à la base de nos riches projets culturels et de nos économiques précaires. Ils sont la condition du lien social ou affectif en ville. une condition du bonheur.
Ces lieux populaires de fabriques de culture sont une ressource de base de l’humanité, c’est la veillée, c’est le coin du feu, qui permettent d’échanger des signes et de créer des liens. Le sens et l’humain ? C’est justement ce qui est d’abord en crise aujourd’hui dans un monde industrialisé, américanisé, quadrillé et normé par l’argent et des politiques publiques où les individus sont renvoyés à leur solitude et à leurs « problèmes individuels. », plutôt que de se voir proposer des solutions collectives. C’est ce qui nous permet à l’artisanat de nos vies, de faire ville ensemble, plutôt que de laisser les agences de pub industrialiser nos imaginaires et nos usages.

A Paris, la mairie « socialiste » nous a confisqué en 12 ans la plupart des espaces collectifs dédiés à l’expression citoyenne. Détruits simplement (comme la plupart des lieux alternatifs, squats etc..), réduits au silence culturel (comme les cafés-concerts ou les arts de la rue), ou absorbés dans sa politique d’image (104, Maison des Métallos, La Forge de Belleville, Le Musée du Montparnasse, fausse politique des squats etc…). Le Delanoïsme fait ainsi descendre sur nous sa culture officielle, seule expression admise.

La Mairie, au lieu d’être un outil au service des parisien-nes, n’est que l’instrument de la Capitale qui joue contre une ville populaire qu’elle méprise gravement. Le Delanoïsme a poursuivit en cela, par d’autres moyens (et à vélib’), que le vieux rêve Haussmannien, Versaillais, Pétainiste, Pompidolien ou chiraquien : raser le vieux Paris, faire tomber les barricades de la Commune, réduire le Montparnasse cosmopolite des artistes à une Tour de bureaux, extirper le ventre des Halles, donner la Samaritaine aujourd’hui, La Poste du Louvre et l’Hôtel Dieu demain à des hôtels de luxe, des émirs ou des aristocrates du parfum, remplacer les librairies par des chaînes de magasins.

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Carte réalisée par Anne Clerval pour son livre : Paris sans le Peuple. Editions La Découverte.

Le Lavoir Moderne Parisien est le lieu le plus symbolique du quartier populaire le plus parisien parce que le plus divers, le plus décrié par la Capitale parce que le moins identitaire. Le plus intéressant parce qu’il nous jette aussi à la tête notre passé colonial que nous refusons de penser et pose de l’intérieur la question du Paris populaire, celle que l’on a administrativement mis derrière la barrière du Périph et caricaturé « en banlieue » pour délégitimer et reléguer celles et ceux qui y vivent.

Après des années de manoeuvres inégales la municipalité a mis à genoux l’association qui faisait du Lavoir Moderne une conjonction vivante de la rue et de l’exigence artistique. Où grands auteur-es et petits prix faisaient bon ménage. Le promoteur qui a racheté les lieux envisage de le raser bientôt. Cette semaine devrait être la dernière. Celle d’une remise de clefs symbolique au Ministère de la Culture qui en vertu de l’ordonnance de 45 a le devoir d’interdire la destruction d’un théâtre.
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Cette destruction coïncidant avec le temps très court des municipales, où les deux grands partis de la noblesse (PS et UMP) échangent (ou non) leurs sièges (et très provisoirement descendent dans la rue plutôt que dans les conseils d’administration). En absence d’alternative électorale structurée et cohérente (Verts et FG n’ayant pas fait alliance et ne nous proposant que des solutions marginalisées ou dépendantes, otage l’un d’un imaginaire national, l’autre de ses intérêts au Gouvernement), chacun-e de nous doit se sentir libre de faire jouer, au mieux de sa conscience, sa petite part de responsabilité collective, de pouvoir de vote et expression, du moins au moins mal de ce qu’il croit.
Même si les politiques des directions deux grands partis sont in-fine les mêmes, il ne faut pas céder à la déespérance, à l’abdication. Une volonté claire peut beaucoup et des tas de failles jouent (personnalités, situations, évènements, courants etc…). Plutôt qu’elles se jouent de nous, c’est à nous à nous jouer d’elles dans le bon sens du terme. A nous de montrer que l’on peut faire de la politique dans le sens de l’intérêt général. Peut-être justement en n’entrant pas en politique pour avoir une influence sur elle ? En nous situant en lanceurs d’alerte mais aussi en co-élaborateurs de ce qui manque le plus, le sens à l’intérieur des politiques. Par exemple une vraie politique culturelle qui garantisse l’indépendance de l’expression culturelle et artistique vis à vis du politique et la liberté dans l’espace public.

Mais nous avons collectivement le choix et le devoir de nous prendre en main pour renverser la vapeur et nous réapproprier ce qui nous concerne :  des lieux de libre expression culturelle, des centres sociaux autogérés par les habitants (comme la Cantine des Pyrénées Paris XXe qui propose le repas de midi pour tous à 4€). Par l’occupation ? Par la création d’une structure d’économie solidaire ? Par un bras de fer avec les politiciens pour récupérer du foncier ?

Au minimum par la maîtrise de notre information et la critique de nos outils de réflexion. Ou au pire pour simplement pour assumer notre défaite le 14 février, et d’être la génération qui rend les clefs d’une longue histoire parisienne de fierté et d’indépendance. A nous de voir.

Les indien-nes de Paname se donnent donc rendez-vous à la dernière barricade :

Rendez-vous mardi 11 février 2014 à 19h au Lavoir Moderne 18, rue Léon, 75018 Paris, pour une Agora d’urgence.

Evènement Facebook : https://www.facebook.com/events/813650331983541/

David Langlois-Mallet, Collectif Les Indiens de Paname

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Appel : Agora d’urgence Lavoir Moderne Parisien ! – Mardi 11 février 19h

Appel au Peuple Créatif et aux Indiennes de Paname*

Mardi 11 février 19h – Agora d’urgence Lavoir Moderne Parisien !
Paris populaire et municipales : l’expulsion finale ?

Savoir faisons par la présente à…

toutes et tous parigots, oeuvrières, les titis, les gisquettes et les oeuvriers, sans-culottes et princesses du peuple des deux côtés du Périph, gueux-magnifiques et intello-précaires, Incroyables et merveilleuses, romantiques sensuelles et libertins sensibles, bretons et ruskof du Montparno, maudits-artistes et intermittentes-durables, Chats noirs et Bœufs sur le Toit, Gavroches de la Goutte d’Or et gisquettes de Belleville, refusnik de la pub et drilles joyeux, rebeux des boites et rebelles des bois, lecteurs de la Princesse de Clèves et lectrices de Rabelais, Pommes de Pin et théâtreux de Fortune, troubadours humanistes et teufeurs éveillés, créatifs au RSA, artisans de leur propre vie et chercheurs sur la paille, street-artistes et titis des Faubourgs et menu peuple pensant des chambres de bonne, artistes de leur quotidien et aux amoureux

ainsi qu’à toi et ta petite sœur !

Que le Lavoir Moderne Parisien est sans doute le dernière barricade culturelle du dernier quartier populaire de Paris. C’est l’un des rares lieux ou s’épanouissait une parole indépendance dans une culture parisienne domestiquée par le marché ou les subventions. L’un des rares point culurel ou d’exigence populaire

Sa disparition dans la poche d’une société off-shore est prévue pour la semaine prochaine, voulue par la mairie de Paris de longue date, résonne comme le dernier coup des années Delanoë au Paris vivant. Après tant d’autres et une normalisation de la vie parisienne, c’est aussi la fin d’une vieille résistance de la ville, après les démolitions des années Pompidou, Chirac à la poussée versaillaise de l’argent.

Au moment ou les municipales sont l’occasion d’une série de débats convenus ou le politique vient chercher un peu de vernis culturel auprès des artistes (quand ce n’est pas la publication de liste de soutien des bénéficiaires à genoux) contre des propos lénifiants.

Nous nous indignons de la véritable maltraitance de territoire que le politique fait subir à l’expression culturelle dans la bonne ville de Paris : PV aux chanteurs et musiciens des rues, chasse au street-artistes, expulsion des squats, écrasement des caf-conc’ et d’une manière général mise au pas de tous les lieux d’expression culturels de proximité. Mais pourquoi le Prince a t’il si peur des baladins ? Pourquoi un Paris pantoufles ou les touristes baillent d’ennui tandis que tout le monde crève de solitude derrière ses écrans ?

La culture vivante est une question de démocratie et de survie. Sans échange d’idées et de signes avec les oeuvres, notre esprit ne peut s’inclure à un monde qui bouge. Sans liens joyeux en bas de chez-nous notre âme se fane. L’art vivant n’est pas une question décorative, ce n’est pas une simple distinction de parvenus un soir de Nuits Blanche, ce n’est pas une machine à spéculer, c’est notre poumon politique.

La culture de proximité nous parle de convivialité plutôt que de sécurité répressive. Elle nous parle d’un bonheur d’être ensemble sans les conditions de la consommation. Elle nous parle de notre diversité au lieu de nous enfermer dans des identités. Elle nous parle de l’art et de la manière d’aimer dans un temps d’individualisme. Elle nous parle du monde quand les médias appartiennent aux marchands d’armes. Elle nous propose de nous exprimer quand la culture officielle et commerciale nous invite à consommer du vide ou du souvenir.

Que si Paris est de tout temps un  « four ou cuit le pain intellectuel du monde », c’est d’abord grâce à la liberté de son peuple aux provenances si diverses et au véritable laboratoire de créativité politique offert par l’expression, même la plus modeste, de sa rue et de ses lieux. Sans lesquels les plus grands artistes, penseurs ou politiques, journaleux ou autres n’auraient rien à dire, ni à raffiner.

Pour toutes ces raisons et beaucoup d’autres, il faudra avoir été de ce dernier combat, historique, du Paris vivant. Dans la perspective de ce beau moment j’invite toutes celles et tous ceux qui ont eu de la sympathie ou participé à toutes les initiatives que j’ai animé ces dernières années : Peuple Créatif, Indiens de Paname (lire aussi https://mesparisiennes.wordpress.com/2014/02/10/appel-des-indien-nes-de-paname/), Au Peuple plutôt qu’à la Marine et compagnie… A venir participer à l’Agora d’urgence du 11 février 2014. A 19h au Lavoir Moderne Parisien, Rue Léon, 75018 Paris.

Evènement Facebook  https://www.facebook.com/events/813650331983541/

Amitiés militantes, sororelles (et fraternelles) parigodes de toutes les villages du Grand Paname du monde,

© David Langlois-Mallet http://www.mesparisiennes.wordpress.com 2014

https://mesparisiennes.wordpress.com/2014/01/13/soutien-a-lauteur/

Au 1er Ministre. Appel d’urgence sur la créativité de la société

Cher Jean-Marc,

Tu m’écris ce matin au réveil et ta lettre me touche.

Parce que l’on sent la sincérité, mais aussi le désarroi derrière le volontarisme d’un homme bien qui essaie de faire quelque chose. On sent aussi derrière le « ça va aller… On va s’en sortir » que pourrait dire un père à ses enfants le soir avant de l’endormir, quelque chose de très anxiogène pour le collectif (qui justifie que je laisse une paire d’heures mes occupations du jour). Bref, tu ne nous dis pas à quel point nous sommes devant une situation dangereuse.

Comme dans les familles des années 60, le dialogue est difficile avec vous, décideurs politiques. Parce qu’il part du présupposé que nous ne pensons pas vraiment, que nous ne sommes pas assez adultes pour comprendre la situation. Si nous l’étions, pensez-vous, vous vous sentiriez plus soutenus… Alors que le seul mode de dialogue permis justement par la hiérarchie que vous mettez entre vous et nous est une certaine agressivité populaire contre les dirigeants. Celle à laquelle vous êtes blindés par les conflits de parti. Pas de dialogue donc.

Puisque tu t’adresses à moi, je m’adresse à toi. Et je m’étonne à l’avance que certains puissent y voir une insolence. Je prends simplement au sérieux le texte fondateur de notre République. Tu es citoyen premier ministre, je suis citoyen. J’écris et je m’efforce non seulement de garder la langue bien pendue mais aussi les yeux et les oreilles ouverts sur ce pays où j’ai pas mal enquêté.

Ces présentations faites, le sens de mon message est le suivant. La crise est bien pire que tu nous le dis car ce n’est pas seulement une crise économique. C’est une crise écologique aussi, mais c’est une crise humaine surtout, donc une crise culturelle. Mais bonne nouvelle aussi, il y a des ressources que tu ne vois pas.

Ce qui ne va pas

Nous vivons (en plus dangereux) une époque comparable à la fin du Moyen-Âge, quand les grandes peurs n’avaient pas encore laissé place à la Renaissance. Un monde économique, fait d’industrialisation et de consommation s’effondre (et nous sommes dessous). Et nos structures institutionnelles pyramidales et désuètes nous fragilisent au lieu de nous protéger. Les comportements de nos dirigeants politiques, totalement dépendants de leur culture technocratique et des choix d’une technostructure qui leur échappe presque complètement ne sont plus adaptés à l’évolution du monde et des relations entre les gens. Vous avez tous été formés à une pensée des Trente Glorieuses qui ne correspond plus au monde.
Une part importante de la société française, mais aussi européenne s’enfonce dans un hiver inquiétant, mêlant replis identitaires de toutes natures et précarité, économique mais surtout culturelle. Sur un territoire désenchanté fait d’étalement urbain insignifiant et de centres commerciaux à perte de vue, c’est tout un monde ouvrier et de petits salaires qui se sent trahi et abandonné par la société de consommation qu’on lui avait vendue et qui n’existe plus que dans la violence du rêve télévisuel. On les abandonne comme hier les paysans.

Un agriculteur par jour au moins se suicide en France dans l’indifférence générale. On écoute encore (un peu) les suicides de salariés qui vont au bout d’une logique où on leur demande de se tuer au travail et maintenant c’est le tour des chômeurs que l’on considère comme des déviants à redresser, quand cassés, ils ne veulent pas partir à la guerre économique qui disloque les liens familiaux et les couples. Quelle vie ont les enfants de tous ces gens ? Quelle idée du monde adulte ? Quel avenir ont-ils ? Et on s’étonne maintenant de la violence des adolescents ? Violence tournée le plus souvent contre eux-mêmes d’ailleurs.

Tous ceux qui sont au côté de cette misère humaine ou au soin de proximité, fonctionnaires de terrain, enseignants, personnel des hôpitaux et des maisons de retraite (des mouroirs ?) sont méprisés, découragés souvent par leur hiérarchie, ses comportements féodaux et ses privilèges.

En haut, à la télé, protégée dans ses quartiers réservés en ville et par la cherté foncière, la nouvelle noblesse de l’argent ne se sent liée aucunement à tous ceux-là. Aucun lien, aucune responsabilité. Seul compte s’enrichir et jouir dans la perspective généralement admise par une bonne part des élites (je ne la confonds pas avec une élite de gens de devoir comme vous) que nous vivons une certaine fin du monde et que c’est sans scrupule qu’il faut en jouir personnellement, autant que faire se peut. Malheureusement pour les gagnants du casino social, la vie humaine ne se résume pas à profiter. Alors leurs familles hantent les psys et les psychotropes. TF1 ou la coke, chaque niveau de la société a ses pilules d’oubli pour tenir. Mais tenir pour quoi ?
Je ne veux pas te déprimer, toi et ton équipe, dans votre difficile métier. Je t’écris pour vous dire qu’il faut miser sur l’humain en fait et sur ce peuple créatif de français-es de toutes origines.

Celles et ceux sur qui tu dois miser

Vos ressources humaines, vos alliés sont là où vous ne les voyez pas. Là où le politique ne comprend pas, là où il ne mise pas. Là où les gens investissent d’eux-mêmes au milieu du difficile. Là où l’on ne renonce pas à faire rimer le sens que l’on donne à sa vie et l’intérêt de la collectivité.

Ils vous demandent juste de modifier la stratégie d’une bataille qui ne peut plus être gagnée si l’Etat continue à miser d’abord sur les entreprises du CAC40 au lieu de s’investir au côté de la population. Privilégier une industrie qui délocalise revient à disperser nos ressources au vent de la mondialisation, quand c’est la richesse humaine de notre pays qui reste son moteur de relance. Pas seulement pour le PIB, mais aussi de son BIB (Bonheur Intérieur Brut).

Quelques pistes ?

o Si notre crise est l’effondrement du monde industriel, soutenez d’urgence la créativité individuelle dans toutes les formes artisanales. Ils y les créateurs d’objet, les inventeurs, les artistes, les artisans, toute une classe d’intellos qui se précarise parce qu’elle mise dans ses recherches, ses projets d’intérêt général, sa création d’emploi. Sans soutien autre parfois que le RSA. Faites confiance à la classe précaire-créative. Elle est en difficulté car elle ne renonce pas à l’intérêt général. Elle cherche juste le sens commun si nécessaire au travers de projets de vie. Donnez aux individus des outils de travail collectifs, pour s’épauler, sortir de la solitude et inventer ensemble. Faites-le en vous inspirant des inventeurs de services publics innovants comme Le CENT, l’établissement culturel solidaire, de Paris XIIe. Economiquement très légers, appuyés sur le tissu associatif, ils concilient les impératifs d’économie des ressources publiques et le développement de services à tous.

o Si notre pays est dans une crise de citoyenneté ? Regardez du côté des nouveaux français-es. De ceux qui se battent pour venir sur notre territoire ou pour y trouver une place. Donnez de la voix aux immigrés et une pleine place à leurs enfants. C’est cela qui régénérera une France qui a le souffle court car elle ne croit plus elle-même à ses principes fondateurs. Ecoutez l’élite de votre jeunesse qui se mobilise dans les friches artistiques, comme le 6B à St Denis ou l’Ambassade du Pérou à Ris-Orangis. Pourquoi, au lieu d’une vie confortable, promise par leurs études d’architectes et d’urbanistes, vont-ils au contact des plus méprisés du territoire, de ces intouchables que sont en France les Rroms ? Parce qu’ils sentent que c’est à l’extrême qu’il faut témoigner. Que le sang neuf de la République coule dans les veines des sans-papiers.

o – Si vous voyez qu’un système de pensée ne fonctionne plus, il faut en changer. Ayez le courage d’accompagner la libération de la parole, qui explose partout depuis Internet. Au lieu de conforter les hiérarchies disqualifiées, confortez la responsabilisation et la prise d’initiative de chacun à son poste. Misez sur le travail en équipe, sur la responsabilisation individuelle des enseignants dans leur démarche pédagogique, des infirmières dans leur expertise. Reconstruisez le tissu entrepreneurial en misant sur les micros et les petites entreprises. Soutenez les dynamiques nouvelles de mutualisation.

o Misez sur des choses négligées. Prenez au moins la peine d’entendre les arguments de l’association Amelior, ceux qui soutiennent les biffins. Ils vous disent qu’il y a un gisement de richesse dans nos déchets et qu’il ne faut pas pourchasser (à grands frais pour la collectivité) les pauvres qui vident les poubelles. Mais au contraire entendre qu’il faut arrêter de s’empoisonner les bronches en incinérant chaque jour les matériaux qui vont nous manquer et que nous importons à grands frais. La sobriété écologique va avec un autre développement.

o Si vous croyez que les gens vivent une terrible solitude individualiste. Misez sur la fête. Des peuples pauvres dansent ! Nous sommes un peuple en dépression plus encore qu’en déroute économique. Les français ont été connus dans l’histoire comme un peuple des plus joyeux. Les habitants de votre pays ne chantent plus monsieur Ayrault ! Soutenez, protégez toutes les initiatives locales entravées par la réglementation comme les cafés-culturels par l’empilement des lois liberticides comme la liberticide loi Voynet. Aidez des petits lieux de culture qui font un travail de créativité populaire et ont un potentiel extraordinaire dans les quartiers. Je pense au Lavoir Moderne en danger à la Goutte d’Or. A la Forge de Belleville stupidement abandonnée au marché par la Mairie de Paris. Et à des centaines d’autres en France.

Ce que je vais te dire ne te fera pas plaisir (mais on n’est pas là pour ça si je t’ai bien entendu) car cela peut passer pour personnel, le sujet te tient à cœur. Pardon par avance donc de te dire que c’est aussi ce qu’essaient de te dire des gens à Notre-Dame-des-Landes. Mais que l’on essaie de dire à Paris à Delanoë (sans succès) et un peu partout devant l’autisme du politique. On veut vivre par exemple dans un Grand Paname des Paris-villages, multiples, conviviaux et pas celui des superstructures déshumanisées. Les gens de la Nièvre veulent être en prise sur leur paysage, leur vie quotidienne, pas voir les bois du Tronçay rasés pour une scierie géante. Là encore, au cœur de la Nièvre, le gisement n’est pas industriel. Il réside dans tout le potentiel d’échange et de rencontres qu’il y a autour de l’Abbaye du Jouïr et du Théâtre Eprouvette.

Le rêve des années 60 est mort un peu partout, on n’attend pas de vous politiques que vous le ressuscitiez car il n’a pas donné forme au bonheur, mais objet à désespérance. Nous n’avons plus besoin de grands équipements que vous ne savez plus d’ailleurs comment financer. Arrêtez de croire que l’on attend du politique de grands travaux. Vous n’êtes pas et ne serez jamais Louis XIV. Et tant mieux ! Si la République a un sens, ce n’est pas d’élire le monarque et sa cour. C’est que le pouvoir politique soutienne l’initiative individuelle là où elle rencontre l’intérêt général. C’est là qu’est la réserve de ce dont a besoin une grande partie de la société : du sens, de la reconnaissance, des outils et du soutien, de la visibilité plus que de l’argent pour se retrouver avec une pauvre vie à consommer des séries télés.
Nous avons besoin que vous laissiez de la place aux initiatives des gens d’en-bas, des gens du lieu. Là, dans la vie locale, dans les initiatives non soutenues des quartiers, là se cache l’emploi que vous appelez. L’emploi durable et qui ne détruit pas le tissu des rapports sociaux mais participe à les construire. Car au plus proche, au local, est aussi la socialisation et l’humanisation des rapports plus nécessaires encore aux français-es de maintenant.

C’est dans cette approche ouverte de la culture qu’il y a de l’intérêt général, pas dans l’entre-soi et la distinction des évènements plus ou moins privés que favorise l’institution aujourd’hui. Les collectivités territoriales ont largement pris le relai de l’Etat dans le financement culturel. Malheureusement, sans repère du Ministère de la Culture depuis plus de 10 ans, elles limitent (à quelques exceptions près) par leur frilosité la culture à un outil de développement de l’industrie du tourisme quand ce n’est pas de simple image pour le politique. Monsieur le maire devenu tout puissant, choisit alors l’artiste instrumentalisé (au détriment de l’insolent) et l’invite alors à participer de cette fracture politique que nous connaissons et qui participe à la désespérance de ce territoire et à sa défiance envers ses élus. Il y a donc beaucoup à faire pour recoudre au plus proche, autour de l’intérêt des habitants, le lien entre culture et politique, mais cela passe aussi par une évolution de la culture politique. Chiche ?

Pardon d’avoir été beaucoup plus long que ta vidéo, mais je n’ai pas la vidéo. Tout cela on tente de te le dire, de vous le dire. On ne parvient pas à se faire entendre, même quand on passe par des canaux proches de toi, comme le Think-tank Altaïr qui a tout de même dans ses travaux levé quelques lièvres. On ne sait s’ils ont touché ton oreille ?

Voilà, tu m’as écrit sans me connaître, je te réponds en te connaissant de loin. Tu me liras peut-être si tu en as le temps, mais je crois que pas mal d’autres qui pensent comme moi en seront confortés. Et c’est cela le plus important.

Tous mes vœux de courage pour ton combat quotidien.
Chaleureusement à toi,

Commune libre d’Aligre, Paris XIIe. Le samedi 2 mars 2013.

III. Premiers signataires :

Adrien Gaumé Gaumé, artiviste glocal, Adrien Toreau, citoyen non-matagrabolisé, Agathe Elieva, précaire créative, Agnès Bitton, avocate, Paris, Aline Mabit, bâtisseuse, Amaury Millotte, porteur de projet, Nevers (58), Amel Ezine, Fontainebleau, Anne Plouzennec, Lavoir Moderne Parisien, Annie-Camille Tronchet, Chargée de mission, Paris Aurélien Zolli, artiste, Aurélie Labis, intellectuelle, mère au foyer, RSAste, Barbara Boichot metteure en scène compagnie Déviation Corbigny (58), Brigitte Faure, Aubenas. Infirmière, Catherine Poulain, artiste plasticienne, Cécile Rémy, responsable d’édition, Paris, Céline Raux-Samaan, éditrice, Christelle Morvan, artiste peintre, Orléans, Christian Bourigault, danseur, Christina Bertelli, artiste, Claire DEHOVE WOS/agence des Hypothèses, artiste et Maître de Conf, Clotilde Rullaud chanteuse, Cyrille Hugon, organisateur du Salon du Rhum, David Bernagout, Projectionniste, Paris , David Langlois-Mallet, concepteur d’idées publiques, Grand Paname, Delphine Vincenot, plein de choses ! Paris, Dominique Dolmieu, artiste associé à la Maison d’Europe et d’Orient, Emilie Hesse, coordinatrice de centre social (57), Eric Delion, Réalisateur à La Télé de Gauche, élu de St Denis, Fabrice Latouche, maquettiste à Voynetgrad, Fanny Lesage, Retraitée, citoyenne du secteur culturel, Fatea Issad, Maisons Alfort, gestionnaire facturation, Faouzi Ahamada, Florence Durand, metteur en scène, Paris, Fred Etcheverry, danseur, Frédéric de Beauvoir, directeur d’établissement culturel, Frédéric Maintenant, compositeur, président de T.R.A.C.E.S. Franck Halimi, Gérard Santi, musicien à Lairière 11330, Gilles Vadrot, salarié agricole futur boulanger bio Rouy 58110, Gloria Aras, danseuse, Guillaume Gomis, journaliste, Henri Mandine, 84000 Avignon, Hélène Féo , Hélène Joly, réalisatrice autodidacte, Luc Natali, Jacques Livchine, Metteur en songes, Jean Bojko, Metteur hors-scène TéATr’éPROUVèTe, Abbaye du Jouïr, CORBIGNY (58), Jean Hurstel, Président de Banlieues d’Europe, Jean Mermet Acteur, metteur en scène, formateur, Jean Vaugeois, Québec, Jérémie Nestel Président de Libre Acces, Julien Beller Le 6B, Julien Pelletier, créateur graphique et éditeur d’estampes, Laure Foullon, Market Analytics Manager, Colombes, Laurent Schuh Acteur Générateur / Paris-çi et Ailleurs, Louis Bastin, auteur-réalisateur, Les Ateliers du Réel, Montreuil (93), Maria Spera, photographe indépendant, Marie-Odile Gerardin, Maryline Arsenault, professeur de Lettres, Nevers, Mathias Raulin, Invalide, artiste, futur chef d’entreprise, Marion Valentine, administratrice, St Denis, Mimi Pinson-Mourlevat, retraitée, Conseillère municipale de Pauillac, Michel Thion, Poète Teyran (34), Nathalie Saïdi, manager artistique et culturel, Patrick Pénicault, chef de projet innovation citoyenne, Sophie Clothilde, Graphiste, Montpellier, Patrick Soulignac, ingénieur, Deuil la Barre (95), Philippe Foulquié, directeur de Théâtre, Marseille, Samuel Lecoeur, Association Amelior, Sara Ben Assistante commerciale, Mulhouse, Sébastien Eymard, architecte, Sylvie Armilhon, Chargée d’études et de réalisations culturelles, Valérie de St Do, Journaliste, Yovan Gilles, Philosophe debout, Les Périphériques vous parlent…

°°°

Ce petit écrit spontané, au réveil, a pris une tournure collective. Il ne part pas non plus de rien, mais de pas mal d’activisme culturel (textes d’idées, débats, revendications). Si vous voulez nous rejoindre bienvenue. Une liste d’échange mail existe également autour d’une certaine idée conviviale de la culture de proximité et des innovations politiques qu’elle propose.

David Langlois-Mallet, auteur public

contact : langlois.mallet@gmail.com

Texte intégral de la réponse à Jean-Marc Ayrault
suite à l’envoi d’un mailing-mail « La compétitivité, c’est l’emploi http://minilien.fr/a0m7ju

langlois.mallet@gmail.com

Voir en ligne : Sur les coulisses de cet appel, lire Cassandre

Les Agoras du Peuple Créatif, concertation de territoire avec le 6B et le 100 E.S.C et le Musée du Montparnase

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Les Agoras
sont une concertation des acteurs culturels du territoire du Grand Paris organisée en 2012

« Se réunir simplement pour échanger sans chichi, hors des formes habituelles de mise en scène du pouvoir, ou du savoir à la recherche d’invention nouvelles. »

L’idée des Agoras, voulues cet été dans le creuset de La Fabrique à Rêves du 6B s’est amplifié au CENT à la rentrée. Elle trouve ses racines au Musée du Montparnasse.

Nous explorons donc dans nos Agoras autant les richesses de notre culture populaire du Grand Paname et de ses frictions avec les logiques institutionnelles ou centraliste, que nous nous intéressons à ces idéologies qui soutendent l’action des pouvoirs, sans que leurs acteurs (élus, services, haute administration) ne pensent à en interroger les fondement et surtout la finalité réelle.

Ce bouillon d’idées qui pourrait servir, sans rupture avec les logiques de quartier, autant l’invention d’un nouvel imaginaire collectif, fondé sur la diversité des paroles (au pays du centralisme-parisien-roi !) que des politiques publiques qui prendraient réellement pour racines les besoins des citoyens et non celui des concepteurs d’infrastructures (je pense au Grand Paris que l’on prépare sans nous bien sur).

Pour en savoir plus suivre ce lien :

http://www.unpeuplecreatif.fr/spip.php?rubrique7

Un Peuple Créatif – Propositions collectives pour le ministère de la Culture

« FAY CE QUE VOULDRAS »
François Rabelais, L’abbaye de Thélème, Gargantua, chapitre LVII (1534)

UN PEUPLE CREATIF
Force de mutation d’un peuple créatif,
un 11e art, art de la relation émerge

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Y aura t-il une volonté ?
Notre peuple est créatif, inventif, éduqué, riche d’émotions et d’idées à partager. Notre pari est qu’il y a dans sa créativité un profond moteur apte à dépasser toutes les crises et toutes les sinistroses du temps, pourvu que le sens soit activé.

Ce travail sur le sens et sur le lien, c’est le rôle des artistes, des lieux et des acteurs culturels. Un peu partout depuis 15 ans s’invente comme un nouvel art. Dans les lieux en friche, les squats, la rue, les campagnes et les banlieues, des artistes cherchent de nouveaux liens. A mesure que la crise de l’humain et des relations s’intensifie, leur urgence, souvent dans des conditions très précaires, s’accélère. Comme s’il fallait compenser par le tissage humain ce que l’économie déchire.

Une force de mutation est en marche pour permettre une mutation des façons de penser. Il y a le potentiel créatif pour forger de nouvelles représentations qui nous redonnent le goût de vivre ensemble, pour renouveler l’aventure de l’art, l’élan de l’éducation populaire et ressourcer les politiques culturelles, faire vivre l’espace public d’une façon nouvelle et permettre la découverte de territoires d’humanité non encore explorés.

Ce mouvement créatif est aujourd’hui entravé par une pensée administrative des années 60. Entravé par la précarité, des lois et une réglementation inadaptées.
Il attend un regard, un souffle, une politique.
Nous connaissons les besoins, nous savons les dangers, nous montrons les richesses.
Nous avons fabriqué les outils.

Y aura t-il une volonté ?

I . Un peuple créatif, fraternel
Un immense besoin de partage et d’expression

Notre peuple est créatif, inventif, éduqué, riche d’émotions et d’idées à partager. C’est ce point que nous avons placé au départ de notre réflexion parce que dans un temps de troubles, il faut repartir sur des fondamentaux simples et républicains, de la dignité humaine. Notre pari est qu’il y a dans sa créativité un profond moteur apte à dépasser toutes les crises et toutes les sinistroses du temps, pourvu que le sens soit activé. Ce travail de mise en marche d’un tissu humain mobilise des artistes, des lieux de proximité et des collectifs.

Saturés de signes, bombardés de messages et dotés souvent d’outils, les citoyens ont besoin d’expression et de partage, de participation artistique et de fête. Ils ont besoin de se retrouver et de s’exprimer. La profonde richesse culturelle et humaine des gens qui, sans distinction d’origine, peuplent notre territoire, est une réalité massive de la société pourtant négligée par les politiques culturelles. C’est elle que nous proposons de prendre en compte. A ce titre, notre travail serait un frère de celui de l’éducation populaire à condition de bien comprendre qu’il n’est pas ici question de remplir un vase vide et en aucun cas de faire descendre une culture d’en-haut vers des masses supposées ignorantes.

Libérer l’expression d’autres légitimités

Nous avons plutôt pris en compte des richesses multiples : il y a les plus évidentes, celles dont la créativité se trouve souvent entravée par le marché : créatifs culturels, jeunes générations, geek, intellos-précaires, plasticiens-RMIstes, artistes spontanés de la rue, graffeurs, taggeurs, poètes des rues, slameurs de bars, etc.. Les moins évidentes aussi car il n’est pas pour nous seulement question de créateurs qui aspirent à une reconnaissance artistique. Ce ne sont pas les moins riches ni celles dont l’expression est la moins porteuse de sens : enfants, mères de famille, personnes d’origines étrangères, personnes âgées ou handicapées, humanité que l’on va chercher jusqu’au cœur des prisons. Un catalogue qui semblerait un programme social, s’il n’avait pour but d’évider en creux deux figures, celle de l’homme blanc, bourgeois, quinqua-septuagénaire à haut niveau d’études d’une part, et son pendant du marché, l’image de la femme sexy identifiée au mannequin, si possible chanteuse en plus. Pas par ostracisme d’ailleurs, mais pour souligner les richesses qui existent là où on ne les cherche pas habituellement, où on ne les attend pas. Là où elles ne sont pas considérées comme légitimes. En creux, l’expression de l’art du temps étant aussi politique, se dégage une figure de la légitimité politique d’aujourd’hui, moins fondée sur l’expression politique elle-même que sur l’organisation de l’expression de toutes les légitimités.

Typiquement aujourd’hui, ce qu’il faut de plus urgent, c’est une solution pour mettre en relation les expressions de la créativité contemporaine qui n’ont pas de débouchés ni de regard et les 90% de personnes qui ne fréquentent pas les lieux officiels.

C’est l’exemple de la troupe de théâtre amateur ou même professionnelle dont les artistes ont créé une œuvre, parfois au fil de deux ans de travail, et qui n’ont pour le moment qu’une ou deux occasions de la jouer. Il faut les relier avec toutes les personnes qui rêveraient d’échapper un soir à leur solitude ou aux écrans, mais qui n’ont pas forcément les moyens d’investir dans un billet ou même d’y penser tant il est vrai qu’on les conditionne différemment. Une politique culturelle doit assurer à faible coût cette passerelle en s’appuyant sur le tissu des lieux de proximité et des collectifs existants.

II . Lieux d’émergence et de culture populaire…
matrices d’une mutation culturelle

Ce travail pour faire émerger le sens et créer le lien de la société, c’est la mission que se sont donnée d’eux-mêmes des artistes, des auteurs de lieux, des acteurs culturels. Un peu partout depuis quelques années ils inventent la possibilité d’un nouvel art. Dans les lieux en friche, les squats, la rue, les campagnes et les banlieues des artistes cherchent de nouveaux liens. A mesure que la crise de l’humain et des relations s’intensifie, leur urgence, souvent dans des conditions très précaires s’accélère. Comme s’il fallait compenser par le tissage ce que l’économie déchire…

la force d’une mutation

Les lieux émergents, squats, bars culturels ou autres sont les catalyseurs des relations à l’échelle d’un quartier. Le quartier aujourd’hui c’est l’unité de sociabilité. Entre voisinage et espace public il retrouve un rôle essentiel d’humanité. C’est ici, à l’heure de la globalisation, d’Internet, des réseaux sociaux, que se répercute l’écho reçu de la planète. Le village monde dans sa diversité se retrouve au bar du coin. Et spontanément, entre des gens aux parcours d’origine (comprend pas parcours d’origine) et aux références culturelles différentes, on se tourne, pour échanger, vers de vieilles recettes, celles des cultures populaires urbaines.

Ce sont elles qui inventent les signes et le langage commun à partir des référents et des valeurs partagées. Dans les quartiers populaires ou mixtes, se forment ainsi des mélanges qui sont autant de signes d’une nouvelle alliance. En matière d’intégration, les balluches sont plus nécessaires que les discours. Il faut avoir à l’esprit pour comprendre notre monde les petits poulbots parisiens de la Goutte d’Or dont les parents sont nés au Mali autant que les demoiselles Dupont fans de danse africaine, ces groupes japonais d’accordéon musette comme ces couples qui se forment sur un air de châbi sans se demander où étaient nés leurs parents.

III . …et collectifs d’artistes
laboratoires du sens et secteur R&D du lien social

La diversité des collectifs d’artistes existants est l’une des plus grandes sources de développement créatif et d’innovation. Les politiques publiques n’ont pas assez pris en compte l’importance de ce mouvement et le sens de ce qui se joue comme transformation du rapport des artistes à la population et comme mutation culturelle. Dans sa diversité, ce secteur d’innovations sociales est un peu le laboratoire Recherche et Développement de notre vivre ensemble. Ce sont aussi les fabriques d’oeuvres, les ateliers… Avec la créativité publique, les lieux de proximité et l’espace public, les collectifs sont les maillons du terreau culturel. Vu leur singularité et leur hétérogénéité, il est nécessaire que le politique les approche comme il le ferait dans le secteur économique, en les regardant comme des porteurs de projets, des pépinières…

Comme pour le phénomène de la collocation dans la société, ce mouvement culturel tient pour partie de l’adaptation à la précarité, mais aussi d’un besoin d’échange et de convivialité. Il s’y pratique des formes d’échange et de mutualisation très variées, allant du simple partage d’outils, à des mises en commun, allant jusqu’à la naissance de formes artistiques pluridisciplinaires. Les collectifs sont ainsi susceptibles de prendre des formes singulières.. Elles vont du simple partage de loyer qui a l’impact limité de la présence d’artistes, à des portages de projets artistiques complexes dans un champ précis (gravure, photo, arts plastiques), ou socio-culturels de toutes natures dirigés principalement vers le territoire. Il importe de voir avec chaque collectif la nature de ses intentions et propositions, son action, et d’en évaluer la présence, de l’intérêt général et pas uniquement de l’intérêt personnel des acteurs.
Le collectif est une révolution dans le champ culturel qui manifeste une évolution sociologique de première importance. Celle d’un troisième modèle entre des formes collectives en décrépitude et l’impasse individualiste. Une solution qui permet de faire son travail personnel et de participer à un sens collectif. Une évolution qui n’est bien sûr pas sans lien avec d’autres formes, politiques notamment, dans le nouveau militantisme, les coopératives salariales etc. Et sont autant d’indices de l’évolution de la société qui cherche à naître. Parfois dans l’indifférence et le mépris (on pense aux élus qui se focalisent sur le mode d’occupation, par exemple l’occupation sans droit ni titre d’une friche, plutôt que sur le projet lui-même).

IV . La création culturelle, circulation et entrave

Un exemple illustre très bien, le fonctionnement de la chaîne solidaire que forme la culture, c’est celui de la jeune scène chanson.

Alors que la chanson française était tombée brutalement aux oubliettes dans les années 80-90, il y a une quinzaine d’années, tout un mouvement de jeunes artistes est apparu. Une génération spontanée a poussé dans les bars à Paris, mais aussi à Rennes, Toulouse ou Grenoble, qui se sont transformés en scène ouverte. De jeunes auteurs (comme Bénabar) ont pu se familiariser avec un public sur ces très petites jauges et dans le même temps, le public populaire avait, pour le prix d’une bière accès à des artistes avec qui, miracle de la culture à taille humaine, ils pouvaient même aller sympathiser après le concert. Cela avait un effet positif sur les environs, une certaine convivialité débordait dans l’espace public et une petite circulation faisait refluer dans certains quartiers une petite délinquance ou de petits trafics qui évitent la lumière.

De bars en petites salles, certains jeunes artistes amateurs sont montés très haut. Tous ne sont pas devenus de grands artistes, mais sur le terreau de ces lieux modestes, toute une génération a pu s’exprimer en chansons, un public se reconnaître dans des sujets qui parlaient de sa vie, de son quotidien, irriguant le champ public de représentations nouvelles. Symbolisations sans lesquelles les tensions de société se retournent en violence plutôt qu’en dialogue.

Ce mouvement pourtant a été stoppé brutalement par la loi Voynet sur le bruit. Cette dernière, même si elle ne visait pas la culture, instaure un déséquilibre très favorable au plaignant et de nombreux bars ont dû cesser une programmation qui leur attirait trop d’ennuis, participant ainsi à une perte de sens et de valeur de l’espace public, à sa désertification culturelle et à sa banalisation.
L’exemple du Canal St Martin à Paris est frappant. Lieu de trafic avant que les bars à chansons n’en fassent un quartier vivant, il n’est plus depuis qu’on les a fait taire qu’un simple quartier de bars à touristes bobo, sans autre vocation que de faire de l’argent.

V . Un espace public réinventé

La sociabilité dans l’espace public, condition de notre hominisation

C’est dans les espaces de convivialité que s’invente, avec les liens, la possibilité d’un vivre ensemble. Se connaître, se fréquenter, sont, bien plus que la surveillance policière, les conditions d’une sécurité, mieux peut-être d’une convivialité. Ironie de l’histoire, ce n’est pas le ministère de la Culture qui s’intéresse à ces phénomènes. Il semble même, au rythme des expulsions de squats, des interdictions de concert, ou des PV donnés aux artistes qui chantent ou dansent sur le pavé des rues, que ce soit au ministère de l’Intérieur qu’ait été délégué ce pan entier de l’activité culturelle. Que Claude Guéant se trouve placé au cœur du lien social… le malaise fait à lui tout seul image.

Redonner du sens à l’espace public / faire confiance aux artistes

Dans une société un peu rationnelle, c’est à dire culturelle, ces lieux d’élaboration d’un langage commun seraient reconnus d’utilité publique et l’irruption spontanée de l’art sur le pavé serait perçue comme une chance. De notre point de vue, l’espace public est :
• Un espace de liberté individuelle et d’aventure humaine
• Un lieu de confrontation et d’apprentissage des tensions de la société
• L’opportunité de rencontres spontanées, une chance d’échapper au formatage relationnel
– Du point de vue de la puissance publique, c’est un espace de moins en moins créatif et qui est au contraire entièrement dédié au contrôle sous toutes ses formes. Pour l’élu, l’espace public semble catalyser une phobie : la peur qu’il s’y passe quelque chose semble dominer toutes ses décisions.
– Du point de vue des artistes qui la font vivre, il semble que ce soit la peur qu’il ne s’y passe rien. J’ajouterais un point de vue de sciences humaines qui nous disent qu’il s’agit pour les humains d’un espace de socialisation majeur et d’apprentissage du vivre ensemble.

« La culture, mot et concept, est d’origine romaine. Le mot « culture » dérive de « colere » – cultiver, demeurer, prendre soin, entretenir préserver – et renvoie primitivement au commerce de l’homme avec la nature en vue de la rendre propre à l’habitation humaine. En tant que tel, il indique une attitude de tendre souci, et se tient en contraste marqué avec tous les efforts pour soumettre la nature à la domination de l’homme. »
Hannah Arendt, La crise de la culture.

VI . Le terreau culturel
premier maillon de la chaîne culturelle

Se dégage au fil de cette contribution une vision, à la base du phénomène de culture vivante, d’un terreau composé de l’expression du peuple, des lieux de proximité et de l’espace public comme lieux ressources de l’expression sans rupture avec la monstration et des collectifs d’artistes comme catalyseurs, propulseurs, inventeurs. Le double sens du mot culture, se prête bien à expliquer notre intention par cette image. Comme le précise Frédéric de Beauvoir, directeur du Cent, « Il faut une politique qui s’intéresse à la terre plus qu’aux plantes. » Notre conception de la culture se rapproche de la démarche de l’agriculture bio qui, à la différence de l’agriculture intensive, s’attache à enrichir la terre quand la seconde met de l’engrais sur les plantes.

Ainsi, si aujourd’hui les jardiniers des politiques culturelles cherchent à faire pousser des artistes ou des compagnies de spectacle, qu’ils doppent parfois à l’engrais de la subvention, d’autres fois, ils cherchent à planter des espèces rares sur des sols non préparés pour les recevoir, mais surtout sans respect de la végétation qui y pousse déjà.

L’approche que nous proposons pour demain part d’une considération pour l’existant. Notre principe est d’aider les acteurs à labourer le terrain, de la ville, des quartiers ou des villages. Dans le respect et l’intérêt pour ce qui y vit et y pousse déjà. Une fois le sol nourri il va y pousser les potentiels qui s’y trouvent. Certains seront peut-être exceptionnels, mais tous auront une fonction et un usage pour ce qui les entoure. Dans notre approche, ce n’est pas d’en-haut que se décidera l’agrément local ou l’éradication, comme c’est encore trop le cas par le biais de politiques culturelles descendantes qui font table rase de l’existant. Pratiquer une politique descendante pour une collectivité aujourd’hui n’est pas seulement une bêtise culturelle, c’est une faute politique. Puisque cela revient à accompagner le marché dans sa volonté de gentrification de l’espace urbain en se faisant l’adversaire des initiatives de lien du territoire. C’est typiquement l’impasse actuelle de la politique culturelle de la Mairie de Paris.

VII Culture montante ou culture descendante ?

D’une façon plus large nous souhaitons que ces réflexions sur le tissu culturel inspirent une réflexion simple, mais de fond, aux élus et aux auteurs des politiques publiques. Le choix peut se résumer ainsi :
1- Culture descendante ?

La culture est-elle un objet que le politique doit contrôler et qu’il fait retomber sur la population sous forme de programmations en attirant vers elle « des publics » avec plus ou mois de difficultés et à grands frais de communication ? Dans ce premier cas, l’élu serait une sorte d’arbitre des élégances, contrôlant avec les opinions et les goûts de son âge, ceux du public. Une sorte de père qui gèrerait le contenu de l’Ipod de ses ados.
2- Culture montante ?
La culture n’est-elle pas plutôt une expression qui monte de la société sous des formes qui expriment ses besoins tels qu’ils se donnent, tels qu’ils se vivent ? Dans ce second, l’élu serait attentif aux expressions nouvelles de la société. Il s’inspirerait pour son action des signes et messages qui lui parviennent, permettrait leur expression, favoriserait leur émergence, aiderait à la progression des plus signifiantes.
Le choix de se référer pour une politique culturelle à une culture montante ou descendante est une question de philosophie de l’action publique. Inutile de préciser où va notre préférence, car ce qui est en phase avec les aspirations de la société contribue à en résorber les fractures et les crises, quand ce qui accompagne le profit individuel irraisonné les précipite.
« Qu’est-ce que le Tiers-Etat ? Tout.
Qu’a-t-il été jusqu’à présent dans l’ordre politique ? Rien.
Que demande-t-il ? A y devenir quelque chose. »
Emmanuel-Josephe Sieyès, 1789

Reconnaissance du tiers secteur culturel
Scénarios de refondation pour une
République culturelle

1. Un peuple créatif
La nécessité : permettre l’expression et la rencontre
Notre proposition : Création d’une bourse de projet culturel de société

Il faut soutenir les micro-projets culturels d’initiative citoyenne. Tout projet citoyen dans le domaine culturel, en appui sur un lieu de proximité, se verrait soutenu à hauteur de 1000 euros. En échange de quoi il s’engagerait à un cahier des charges de respect du voisinage, d’ouverture à tous (habitants, personnels des comités d’entreprises, scolaires, public municipal, tarifs sociaux etc..). Le droit d’entrée devant se faire sur la base de l’euro symbolique.
Ouvrir par exemple des bourses de projet à 1 000 euros pour l’expression culturelle et la rencontre serait une mesure de mise en marche de la société en même temps que le symbole fort qu’une nouvelle ère politique s’ouvre.

2. Les outils de mutation
La nécessité : Une vraie politique pour les lieux de proximité et collectifs
Notre proposition : Etudier avec les acteurs des scénarios de refondation
L’originalité de ce secteur et son autonomie impose une invention politique, celle-ci ne peut être imaginée qu’en concertation étroite avec les acteurs

Plusieurs pistes de réflexions sont ouvertes qui ne s’excluent pas. Mais là encore, le processus de partage de réflexion et d’échange importe autant que la décision, car ce sera aux acteurs eux-mêmes de se réapproprier cette politique qui ne vit que de leur initiative propre et part donc de leur reconnaissance par le politique. C’est le sens du travail mené dans notre groupe et de la diversité des contributions qui en sont issues et sont disponible sur le site http://www.altair-thinktank.com

– La reconnaissance et la protection de l’indépendance de la culture de proximité et du tiers secteur culturel Le ministère de la Culture pourrait protéger un réseau très dense de CNDCQ (Centre National Culturel de Quartier). Celui-ci n’est pas une création ex-nihilo du fait de la volonté publique, mais une reconnaissance de l’existant.

– Médiation. La mise en place d’une instance de médiation du ministère avec les collectivités territoriales est nécessaire. Par exemple une instance de concertation régionale, réunissant les institutions, Drac et collectivités territoriales s’étant donné la compétence culturelle, serait prévue. Ce Tiers Secteur culturel serait également représenté auprès du Médiateur de la République pour toutes les questions de litiges entre lieux et collectivités.

– Création d’une Coopérative réunissant l’ensemble des collectifs, structures et lieux se réclamant d’un Tiers Secteur culturel de proximité. Les subventions du Ministère de la Culture et des collectivités territoriales pourraient être réparties équitablement entre ses membres sur une base qui serait à définir ?
C’est une des solutions envisagées pour que l’argent aille à la création et non à gonfler les charges de l’administration de la culture (80 postes administratifs pour un emploi créatif, celui du directeur dans une scène nationale). Ses comptes seraient soumis à l’approbation des pouvoirs publics, sa structure pilote très légère. Structure de répartition, ses frais de fonctionnement seraient extrêmement plafonnés pour que la quasi totalité des moyens aillent aux lieux et aux compagnies.

– L’ouverture d’un grand lieu d’utopie, d’expérimentations artistiques et culturelles et citoyennes, par exemple sur le lieu symbole de la citoyenneté, en face de l’Assemblée nationale, Place de la Concorde, à l’Hôtel de la Marine. Elle pourrait accueillir une structure comme Hors les Murs, dont le champ et l’objet seraient redéfinis en lui offrant un champ d’action beaucoup plus large, non seulement arts de la rue et cirque, mais lieux, collectifs, des émergences etc.
– Refonder par un travail parlementaire l’ensemble de la vision de l’espace public, revenir sur la loi Voynet. Reconnaître le rôle culturel des cafés à activité.

3. Un espace public réinventé

La nécessité : Réinventer le rôle de l’espace public
Notre proposition : une initiative parlementaire
Il faut d’urgence qu’une commission parlementaire se penche sur la question de l’espace public et lève dans la loi un certain nombre d’interdictions, de freins qui pèsent sur la rue. Par ailleurs, il faut parvenir à une synthèse claire des travaux qui démontrent la nécessité du rôle de la culture dans l’espace public. De façon à penser une politique de progrès. Les artistes doivent pouvoir de nouveau librement faire vibrer l’espace public, c’est la vraie place du spectacle vivant.

4. L’expertise sociale du terreau culturel

Nécessité : coordonner l’expérience de terrain et la décision politique
Notre proposition : Remonter les expériences du Tiers Secteur Culturel

Représentation des émergences culturelles au conseil économique et social
On ne situe pas impunément l’activité artistique au contact des réalités. Comme on ne met pas sans conséquence toute une génération éduquée dans des conditions de vie précaires sans qu’il n’en sorte une pensée. Il s’agit maintenant de s’appuyer sur ces moteurs d’expérience et de transformation sociale pour que le conseil de l’Etat (heu phrase pas finie ?). Une mission qui aurait sa place au sein du Conseil Economique et Social. Avec pour objectif l’inscription de la marge dans les institutions et sa reconnaissance et surtout la remontée de ses expériences utiles à la société dans tous les domaines (bien-être, cadre de vie, sécurité, emploi, innovation etc.).

Nécessité : soutenir l’existence créative des acteurs de la culture
Notre proposition : Ouvrir une réflexion sur le revenu d’existence

La professionnalisation ou la préprofessionnalisation dans le secteur de la culture concerne différents types de parcours qui sont souvent sécurisés dans les faits par le filet social que constitue le RSA. C’est une réalité indissociable de la mise en danger qu’acceptent les acteurs pour des raisons de sens : ne pas perdre sa vie à la gagner mais plutôt produire du symbolique pour ne pas mourir. Cela renvoie au sens de leur vie, à leur conscience citoyenne des projets d’utilité publique qu’ils comptent développer.
• l’activité artistique complémentaire d’une activité de revenu ou d’un revenu social
• L’activité artistique qui travaille sur le lien, la médiation, la mise en route de la créativité des autres et aussi des lieux.
• Et aussi des artistes en développement qui visent à pousser toutes leurs qualités dans un projet artistique professionnel qui est, ou tendrait à devenir, leur activité principale, régulière, rétribuée.
La réflexion culturelle ouvre là encore sur un sujet de société. Celle des minima sociaux et des ressources humaines sur lesquelles le politique entend miser. Une décision dans ce domaine est liée à la vision de la société portée par le politique. Si l’humain n’est pas perçu d’abord comme un profiteur (on parle de 480 € par mois dans le cas du RSA) ou un ivrogne pressé d’aller boire aux frais de la société son larcin. Mais plutôt comme un porteur de projet qu’il convient de soutenir quelles conséquences en tire t-on, pas seulement pour « les gentils nartistes », mais dans une politique sociale d’ensemble ?

Nécessité : penser de nouveaux financements pour la culture
Notre proposition : Evaluation de cette politique

La culture de proximité ayant comme justification une amélioration de la qualité de la vie et du moral des français, le secteur aurait pour objectif de tendre vers l’auto-financement. Celui-ci serait évalué sur la base d’une reversement des dépenses négatives qu’il permet d’économiser sur des dépenses publiques négatives (Frais de santé, sécurité, conflits de voisinage etc.).

Une mission d’expertise avec le concours de la Cour des Comptes et du Conseil d’Etat serait chargée d’évaluer l’impact positif de l’activité culturelle de proximité dans tous les domaines du vivre ensemble : impact sur les relations, le moral, la sécurité, l’image du territoire, le tourisme, les violences aux personnes etc.. Les indices habituels du moral des ménages et du bonheur intérieur brut seraient également estimés.

Quel lien avec l’institution culturelle, quel impact sur l’action du Ministère de la Culture en particulier ?

Cette politique de terrain ne nie bien sûr pas la nécessité d’accompagnement dans la croissance des artistes et la professionnalisation sur le marché ou par l’institution. Mais c’est toute la politique des institutions, collectivités locales ou du ministère de la Culture qui doit se trouver modifiée par une attention nouvelle pour ce que fabrique la société. Il est totalement aberrant que la plupart des acteurs institutionnels ne descendent (où ?) qu’avec méfiance, réticence, voir se détournent dégoûtés par ce que produit leur époque. Les critères de distinction qui ont cours dans l’institution, ainsi que la définition de la mission et la formation des personnels est à réinterroger et ne peut l’être sans une réflexion politique globale sur le sens de l’action publique.

Une des propositions des groupes de travail était d’ailleurs de changer le nom du Ministère en faveur de : Ministère de la Culture et des arts.

Nécessité : réorienter l’activité des institutions culturelles face à la crise
Notre proposition : une entrée en résistance des équipements culturels

Acter du fait que la séquence historique qui s’ouvre implique une mobilisation exceptionnelle des acteurs et des ressources. Il faudrait permettre et encourager la mobilisation des acteurs institutionnels qui le souhaitent.

L’aspect transversal de la culture
Nous savons que la culture n’est pas un sujet isolé, mais qu’une image, une musique, une danse, un écrit ou un acte nous parle de notre rapport à la réalité. En quoi cela peut-il enrichir l’action publique ?

Chaque ministère devrait par ailleurs accueillir en résidence des artistes. Pour se voir poser de l’intérieur des questions utiles et accepter que l’inquiétude sur le sens s’invite dans l’action. Quelles conséquences cela a t-il pour leurs administrés si les fonctionnaires n’ont pour représentations de la réalité que celles d’artistes majoritairement masculins du XXe siècle dans des décors du XVIIIe siècle ? Ou, dit différemment, que peut apporter au travail des fonctionnaires le fait d’être en contact avec des représentations contemporaines des réalités sur lesquelles ils agissent au quotidien ? C’est toute la question de la fracture politique qui se pose ainsi.

Enfin un dernier point sur le ou la futur-e ministre de la culture. Peu importe qu’il aime le rap ou la musique classique. Il paraît nettement que sa qualité principale doit être l’intelligence relationnelle.

David Langlois-Mallet
Coordinateur du groupe d’Altaïr « marges et cultures populaires »

Paris, le 6 mars 2012

Premier-es signataires « Un peuple créatif »

Gloria ARAS, duo ETXEA, Sylvie ARMILLON, Chargée d’études et de réalisations culturelles, Centre National Georges Pompidou, Camille ARNAUD, réalisatrice-monteuse, Frédéric de BEAUVOIR, directeur du CENT établissement culturel solidaire, Julien BELLER, directeur du 6B, Danielle BELLINI, chargée de cours en politiques culturelles à Paris 7, présidente des Souffleurs commandos poétiques, Jean BOJKO, metteur hors scène, TéATr’éPROUVèTe (Corbigny, 58), Carmelinda BRUNI artiste du spectacle ex- Théâtre de Fortune, Alain CADILLAC, coordinateur exécutif université européenne de la recherche pft JP Faye, Gilles COMBET, réalisateur, Claire DEHOVE, WOS/agence des Hypothèses, Eric DELION, réalisateur, Télé de Gauche, Jean DIGNE, Président de Hors-les-Murs et du Musée du Montparnasse, Jean DJEMAD, Cie Black Blanc Beur, Frédéric ETCHEVERRY, duo ETXEA, Dominique FOLLENFANT, artiste plasticienne, La Fonderie, Philippe FOULQUIE, directeur fondateur du théâtre Massalia, Olivier LE GAL collectif Mu (Paris), Alexandra GARSON, Psychanalyste, Vincent GARSON Art Director, Adrien GAUME, la Clique des Batifouls, Zérane GIRARDEAU Productrice Confluence Artistique, Guillaume GOMIS, journaliste spécialiste du mouvement squat, Franck HILTENBRAND dit YABON PANAME artiste plasticien, co-gérant du Carrosse, Paris 20e , Cyrille HUGON gonzo journaliste à l’Ethylique, David LANGLOIS-MALLET, essayiste, Germain LENAIN cie Mille et Une Vies, Monica LY, chorégraphe-metteuse en scène, Jean MERMET, Jérémy NESTEL, Libre Accès, Blandine PELISSIER, actrice et metteure en scène, association H/F, KTY Catherine POULAIN, artiste plasticienne, co-gérante du Carrosse, Paris 20e, et Transversales K, Sara RENAUD membre du collectif le Jardin d’Alice (Paris 18eme), Karine ROYER, Médecin généraliste, Nathalie SAÏDI, Art Passionata, Les Arts et Mouvants, Valérie de SAINT-DO, journaliste, Michaël SILLY Villibryde, Laurent SCHUH / Les Arts et Mouvants, Khalid TAMER, président du Lavoir Moderne Parisien, Aude TINCELIN, photographe.

Publié in « Forces et défis de la Culture » Altaïr, think-thank médias 2012.

Au Peuple plutôt qu’à la Marine

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La fête est une chose trop sérieuse pour être laissée aux militaires,

La démocratie une chose trop partagée pour être laissée aux seuls politiciens,
Paris une ville trop créative pour être laissée aux technocrates.

Au peuple plutôt que la Marine !

Savoir faisons par la présente à tous…
Sans-culottes et princesses du peuple des deux côtés du Périph, gueux-magnifiques et intello-précaires, Incroyables et merveilleuses, romantiques sensuelles et libertins sensibles, bretons et ruskof du Montparno, maudits-artistes et intermittentes-durables, Chats noirs et Bœufs sur le Toit, Gavroches de la Goutte d’Or et gisquettes de Belleville, refusnik de la pub et drilles joyeux, rebeux des boites et rebelles des bois, lecteurs de la Princesse de Clèves et lectrices de Rabelais, Pommes de Pin et théâtreux de Fortune, troubadours humanistes et teufeurs éveillés, créatifs au RSA, artisans de leur propre vie et chercheurs sur la paille, street-artistes et titis des Faubourgs et menu peuple pensant des chambres
de bonne, artistes de leur quotidien et aux amoureux
…ainsi qu’à toi et ta petite sœur !

Que le collectif « Au peuple plutôt qu’à la Marine »
demande officiellement l’attribution, d’une façon transparente et démocratique,
du ci-devant Hôtel de la Marine aux acteurs du Paris populaire festif et engagé.
Nous demandons au Ministère de la Culture, de la Région Île-de-France, de Paris Métropole et de la ville de Paris ainsi que des candidats démocrates
à la présidentielle d’officialiser leur soutien à cette démarche.

Nous leur donnons rendez-vous avec ceux qui veulent nous soutenir
Samedi 21 janvier à 10h
Place de la Concorde, au lieu du ci-devant Hôtel de la Marine.

L’histoire de la démocratie en France s’est écrite grâce à ce grand mélange
de provinciaux et d’étrangers qu’est Paris. Les marchands qui vendent aujourd’hui
Paris au nom de sa culture doivent en rendre un bout au peuple, à la jeunesse
et aux artistes qui poursuivent la grande aventure de son invention collective.
Alors que tous les lieux de culture alternative sont menacés ou ont été fermés
dans les quartiers, il est urgent d’ouvrir un lieu festif à tous les refusés du Paris dominant et de sa culture unique autant qu’il est sensé de mettre une maison du peuple
sur le lieu symbole de la Révolution Française.

(Et merde à Haussmann !)

Le Collectif d’animation : David Langlois-Mallet (Collectives Cultures), La Bâronne de Paname, Yabon Paname (Le Carosse), Carmelinda Bruni (Théâtre de Fortune), Hervé Breuil (Lavoir Moderne Parisien), Catherine Poulain (Carnaval de Paris), Michèle Faury (Life in the bar), Anastasia Koslov (Théâtre de Verre), Malika del Rocka.
Comité de soutien et de parrainage : Collectifs : Altaïr Think-thank culture-medias.
Premières personnalités : -Artistes : Jean Stark (Art Cloche) – Elus : André Gattolin (sénateur EELV), Martine Billard (Front de Gauche), Eva Joly, Corinne Rufet (CR EELV Président de la commission culture), Jean-Jacques Barey (culture PCF)…

Paris le 21, janvier 2012
Hôtel de la Marine, Contexte

Contexte

L’Hôtel de la Marine est situé sur un lieu symbole de la Révolution Française, la très fameuse place de la Concorde (où a été guillotiné Louis XVI le 21 janvier 1793). Il fait face à l’Assemblée Nationale.

Sarkozy a confié à Giscard d’Estaing la présidence d’une commission d’attribution de cet immense et magnifique palais de plus de 500 pièces. L’ancien président veut le réserver à la culture patrimoniale.

Les acteurs du luxe et de la mode se sont organisés en comité pour le revendiquer. La France, c’est le patrimoine, c’est le luxe bien sur. Mais voyez-vous, c’est aussi les cultures vivantes qui sont bien malmenées à Paris.

Juste retour des choses nous revendiquons ce lieu pour les marges artistiques et les acteurs de la culture populaire, d’en-bas, des petits-lieux, de proximité etc… Appelez comme vous voulez tout ce qui ne tombe pas d’en-haut, des institutions et du marché.

La pétition des uns : www.hotel-marine-paris.org

<http://www.hotel-marine-paris.org>

(patrimoine, vieille France)
La pétition des autres : http://www.la-royale.fr/ (luxe et mode)

Visitez votre futur lieu de culture populaire de Paris :

http://picasaweb.google.com/101442231671384701060/HOTELDELAMARINEEXTRAITBFM?feat=directlink

<http://picasaweb.google.com/1014422…>

Discours d’Eva Joly

Chers gueux-magnifiques, intello-précaires, incroyables et merveilleuses comme vous vous nommez joliment vous même !

J’ai souhaité récemment qu’un grand musée de la Révolution prenne la place de l’Hôtel de la Marine. L’histoire comme je la vois, n’est pas une fermeture sur un passé mythifiée, mais au contraire une source d’élargissement et d’inspiration. La connaissance du meilleur du lègue du passé je veux qu’elle nous donne l’envie d’inventer ensemble notre avenir. Sur le lieu symbole de la Révolution Française, je crois nécessaire de donner ce point d’appuis à l’énergie et au besoin de démocratie qui monte si fort actuellement du pays et déborde à mesure que les pouvoirs actuels essayent de le contenir ou de le réprimer.

J’entends et j’écoute avec grand intérêt votre souhait de voir ce lieu dédié à la culture vivante et populaire et je suis touchée à vos arguments. Oui, la démocratie culturelle est en effet à la base de toute politique. La Révolution Française doit autant aux cafés qu’aux encyclopédistes, aux artistes qu’aux orateurs, à la rue qu’aux salons. Elle est même le fruit de la rencontre des deux.

La Révolution Française est aussi le fruit très spécial de ce choc qui a toujours existé à Paris entre l’Etat et le peuple de la ville. Ce n’est pas pour rien que l’on a pu dire que Paris, ville des révolutions, était le grand champ de tension de l’histoire de France. Ce territoire disputé par les aristocrates et les sans-culottes, je sais que c’est aussi cette culture vivante qui résonne en vous. Parisiens des squats et des lieux de culture de quartier, amoureux de votre ville au point de mettre votre santé en danger pour défendre et ouvrir ces petits espaces de liberté qui sont comme autant de barricade culturelles face à la main mise de l’argent et de la spéculation sur la ville.

La culture populaire parisienne à laquelle vous faites référence, me parle particulièrement. Parce que Paris, loin d’être une capitale de parisiens que l’on caricature, est un carrefour de cultures du monde. Tous les accents de France et du monde qui y résonnent, toutes ces différences qui de tout temps y échangent font la singularité et la richesse de sa culture populaire, vive et rebelle, joyeuse, festive, pensante et politique. Nos élus en général et Corinne Rufet en particulier se trouvent à vos côté tout au long de l’année pour défendre et faire reconnaître le caractère d’utilité publique de vos espaces. Je pense particulièrement au Lavoir Moderne Parisien qui est le cœur vivant du quartier populaire de la Goutte d’Or, au Carrosse dans le XXe ou à l’aventure du Théâtre de Verre de Luis Pasina.

Je suis également très sensible à l’idée d’un échange entre des espaces qui sont marqué par une ségrégation de plus en plus forte au point qu’on a pu parler à Paris d’une apartheid urbaine. En tout cas d’un Paris à péage. Il est nécessaire que le Paris populaire ait des débouché dans les beaux quartiers. Et je dirais, il est nécessaire encore plus pour les riches que pour les pauvres. L’invention culturelle vient d’en-bas, l’académisme tombe d’en-haut. L’énergie de la mode, des mouvements culturels, vient de la rue pas de l’argent. Les plasticiens de demain exposent aujourd’hui dans les rues. Il n’y a qu’à ouvrir l’œil pour comprendre que le street-art par exemple s’épanoui dans les quartiers populaires ou qui ont gardé leur mixité et non pas dans les beaux-quartiers sous trop étroite surveillance.

Cette rue créative, si importante pour le développement de la société, nous appelle à une profonde réflexion sur l’espace public. En particulier à Paris, dont le pavé vit sous une loi martiale qui date du consul Bonaparte et par laquelle tout ce qui n’est pas autorisé par la Préfecture de police est interdit,. Les artistes payent un très lourd tribu à ce véritable régime d’exception policier qui les force au silence. Et quand les chanteurs des rues, les orgues, les faiseurs de harangue sont interdits, c’est notre liberté à tous qui recule. Si je suis élue, j’engagerai une profonde refonde législative avec les députés et sénateurs ELLV sur notre espace public et sa liberté qui est la première des démocratie culturelle à rendre au peuple.

Il est un autre domaine ou l’art et la démocratie font je crois bon ménage, ce sont les politiques culturelles. Ce secteur, loin d’être un vague creuset corporatiste est à mon sens à l’heure actuelle un lieu en pleine ébullition ou s’invente non seulement les politiques culturelles de demain, mais bien au delà ou se refonde le sens des politiques publiques. La culture n’est pas un secteur comme un autre parce que c’est ce qui fait sens et lien entre les humains. Dans un monde étouffé par la quête du profit où la pensée comptable et technocratique a fagocité la politique au point de lui retirer tout élan et toute aspiration à concevoir ensemble un avenir meilleur. Il nous faut plus que jamais nous connaître dans notre humanité et notre diversité. Nous rassembler autour des œuvres porteuse de sens pour pouvoir imaginer un avenir autre que celui des crises économiques et environnementales.

C’est parce que cet élan créatif de la culture est nécessaire autant que la connaissance du passé pour imaginer l’avenir que je crois que vous avez toute votre place à prendre également dans cette grande maison de la Fraternité que j’appelle de mes vœux sur la place où est tombée la tête d’un roi. Les 5440 m2 de l’Hôtel de la Marine sont assez vaste pour ne pas en faire un lieu de privilège et d’exclusion. Et ses 553 pièces doivent servir autant à la mémoire qu’à la rencontre, au débat citoyen qu’à la fête, à la réflexion sur les politiques publiques qu’à l’art vivant. Signe de mon soutien, je propose à un élément actif de cette démocratie culturelle, David Langlois-Mallet qui anime votre collectif, de se charger d’une proposition partagée.

Croyez chers ami-es à ma fraternelle affection.

« Au Peuple plutôt qu’à la Marine ! »

Discours (apocryphe) attribué à Eva Joly, France, début XXIe siècle
Discours de Jean-Luc Mélenchon (apocryphe, début XXIe siècle)

Parce que le peuple est chez-lui place de la Concorde, je salue votre initiative et vous apporte mon soutien et celui du Front de Gauche !

Notre histoire, l’histoire de France et notre culture a singulièrement partie liée avec celle de la démocratie et de la liberté. Sa page la plus symbolique s’est écrite ici même, jour pour jour, un 21 janvier à 10h22. Il y a 219 ans sur cette même place où un roi à perdu la tête pour que tous sachent, présent et avenir, que la féodalité était morte et appartenait aux poubelles de l’histoire humaine.

C’est cette féodalité, ce pouvoir du petit nombre sur les êtres, cet arrogant défi à l’humanité de la naissance et de l’argent que certains aujourd’hui essaient de restaurer. Car qu’est-ce qui est en jeu dans le diktat des agences de notation ci ce n’est de faire « softement » courber le dos au peuple ?

Alors oui ! il y a du sens à revendiquer votre place ici, à l’heure où une nouvelle aristocratie essaye de tourner la page de 200 ans de luttes patiente, acharnée de nos ancêtres pour un lent progrès social et démocratique, et aimerait faire retourner nos enfants au servage.

Il est salutaire de sortir des quartiers dits populaires, comme l’ont fait les sans-culottes et les femmes du peuple pour se rendre à Versailles, comme vous le faites en revendiquant ce lieu de patrimoine, pour rappeler qu’il n’y a qu’un seul territoire et que tous les citoyens ont le droit même droit à y vivre.

Oui, il est salutaire, à Paris encore plus qu’ailleurs, de refuser un apartheid de l’espace public qui a, insidieusement, petit à petit rongé le territoire découpant ses quartiers de riches ou de bobos où toutes les richesses sont retenues à ne plus savoir qu’en faire et quartiers de pauvres où même les services publics sont laissés à l’abandon.

Mais à y regarder de plus près, ce que nous dit la culture est encore plus fort et plus intéressant. Vous l’écrivez, David Langlois-Mallet, dans un des manifestes de démocratie culturelle : « du point de vue de la culture, la Goutte d’Or est un quartier riche et le XVIe un quartier pauvre ». Et oui ! Les riches sont parfois des précaires de l’humanité, de la culture et du lien social, et une médiation des artistes de la marge qui sont aussi les artistes du monde et de leur temps leur ferait en premier le plus grand bien en les ouvrant au monde plutôt que de les enfermer dans le beau monde qui est aussi un ghetto et qui sous les beaux tissus et les cocktails cache souvent sa vraie misère relationnelle et un certain racisme social. Oui, l’esthétique et le luxe, la culture patrimoniale comme le bling-bling, servent souvent de cache misère et ne sont rien sans humanité. La culture de distinction, en vogue chez nos petits marquis, qui vise à créer un rempart esthétique pour rester un entre-soi et qui in fine faire de la culture un outil d’exclusion n’est pas celle à laquelle nous nous référons.

Non seulement la culture populaire est une culture du partage, de la mixité et de l’intelligence. Elle l’a toujours été, des guinguettes et des cafés des encyclopédistes au Montmartre des cabarets ou du Montparnasse des artistes du monde au St Germain des Près de Sartre et de Vian, mais elle est aussi une culture d’intégration et de citoyenneté. Il y a une profonde intelligence populaire, celle de Gavroche et des grisettes, qui pitié n’a rien à voir avec la démagogie et le populisme qui sont en revanche bien à leur place sur TF1.

Vous tenez pour certains d’entre-vous des lieux qui sont vitaux pour le vivre ensemble, mais qui sont aussi gravement menacés dans leur existence même. Il est honteux pour la République que de tels lieux d’utilité publique soit en péril. Et je veux demain un Etat, qui — comme aujourd’hui les élus et militants du Front de Gauche qui comme Martine Billard ou Jean-Jacques Barrey vous soutiennent au quotidien— un Etat qui fasse son travail dans ce domaine en soutenant tous les lieux de culture « populaire » « émergents » « d’en-bas » « de proximité » qui sont de précieux relais de la démocratie culturelle. Je pense en premier lieu au Lavoir Moderne Parisien où Hervé Breuil mène depuis plus de 20 ans un travail remarquable de culture pour tous au cœur de la Goutte d’Or. Mais tout autant à l’aventure du Théâtre de Verre de Luis Pasina, qui comme Yabon du Carrosse poursuit, de squat et performance, la saga d’un Paris rebelle et insoumis.
Mais je pense aussi, Carmelinda Bruni, à des lieux comme le Théâtre de Fortune qui a été rasé. Honteuse capitulation des pouvoir publics devant un puissant promoteur, contre la loi même qui veut que l’on ne puisse depuis la Libération détruire un théâtre !

Avec gravité, je voudrais vous dire aussi quelque chose. Quand nombre d’entre-nos compatriotes souffrent par temps de crise, quand le retour la langue des mots de l’exclusion et de la haine fait des ravages, les artistes comme les politiques ont leur rôle à jouer pour refuser les inégalités. La culture tisse des liens invisibles entre les personnes. Elle est plus que nécessaire par temps de crise. Je connais les gens parmi vous, comme la Bâronne d’Paname, qui
par la magie de la musique et de la danse, réunissent les corps et les destins de toutes origines sur la piste. Ce rôle n’est pas seulement festif et chaleureux, il est essentiel à la démocratie. Plus la souffrance économique est réelle et plus il est vital de ne pas céder à l’entre-soi ou à la déprime et de se retrouver. Je sais que vous même vous faites partie de ce peuple que vous faites danser et que vous partagez dans votre vie les mêmes difficultés et c’est aussi pourquoi je vous témoigne ma confiance.

Loin de ces élans de partage et de chaleur humaine, dans l’entre-soi feutré des petits arrangements sur le dos de la chose publique, Monsieur Sarkozy a nommé son prédécesseur Valéry Giscard d’Estaing président de la commission en charge de définir l’avenir de l’Hôtel de la Marine. Un avenir qui serait tout tracé. Celui du patrimoine, voir du luxe.

Je souhaite moi en face de ces tristes sires qui veulent confisquer les biens nationaux aux profit des privilégiés, que cet Hôtel de la Marine soit un lieu tenu par des artistes qui ont le sens du partage, du lien chaleureux et festif et de la convivialité. Le goût aussi de nous éclairer et de nous donner à penser et à connaître notre humanité et à l’approfondir d’une façon qui nous surprenne, nous touche, nous émeuve. Par ce pouvoir qu’a l’art de nous renvoyer à nous même pour nous rendre plus fraternels.

Cette fraternité est le sens vrai de la politique telle qu’elle nous anime au Front de Gauche. Je salue donc votre initiative et dit avec vous :

« Au peuple plutôt qu’à la Marine ! »

Tu crois que tu vas changer le monde ? Chiche !

Le monde que nous voyons

Vie d’exclusion, vies exclues

Exclusion, ordre moral, précarité, ségrégations, sida, crise urbaine, désertification rurale, toxicomanies, suicides en prison ou ailleurs… Des émeutes éclatent, des combats mobilisent, en particulier la jeunesse. L’hétérogénéité des problèmes n’est qu’apparente.

La récente bouffée de croissance économique montre deux choses. Tout d’abord que le système capitaliste a les moyens d’assurer sa propre survie (il n’y a pas eu de crise finale ni de Grand soir). Ensuite, si le taux de chômage a incontestablement baissé, une partie de la population est qualifiée « d’inemployable » et n’a aucun droit en dessous de 25 ans, les temps partiels et les CDD se sont généralisés, le travail intérimaire a explosé.

Pour la jeunesse, quelles sont les frontières entre jeunes excluEs, jeunes salariéEs précaires, étudiantEs-rmistes, jeunes diplôméEs, jeunes embauchéEs à des emplois sous-qualifiés après des années de galère ? Le grand front social aujourd’hui est celui de la précarisation.

La kleenexisation de la société, c’est à dire le fantasme, pour les patrons et les actionnaires, d’utiliser les travailleurs-EUSES au moment précis où ils en ont besoin et de les jeter après, afin de maximiser le profit, est en bonne voie de réalisation. Le travailleur se plaint ? Il n’est pas rationnel. Il doit être un battant, accepter, avec sa famille, la mobilité géographique pour prouver sa « motivation », accepter la mobilité professionnelle pour démontrer son « adaptabilité au contexte économique », faire preuve de flexibilité en acceptant des baisses de salaire et de qualité de vie.

Et comme d’hab’, tout ça marche à la culpabilité : si tu n’acceptes pas d’être flexible, c’est peut-être, certainement, que tu es un peu dépasséE, que tu fais partie d’une génération habituée à des privilèges. Si tu ne travailles pas, ou pas assez, c’est franchement que tu ne fais pas d’effort, ou alors que tu as une peur psychologique vis à vis d’une relation sociale normale, ou une névrose au retour à l’emploi ou en travail en équipe (mais on va en discuter avec des antidépresseurs et des psys).

L’exclusion, c’est aussi celle des sociétés du Sud, sacrifiées pour les intérêts économiques des sociétés « développées ». Ce « développement » du Nord fondé sur le gaspillage systématique des ressources naturelles et la surconsommation de masse entretient dans les pays du Sud des structures de production et des structures de pouvoir garantissant l’oppression des habitants et le maintien d’un ordre social et politique profondément inégalitaire.

Derrière tous ces destins hétéroclites, résultats dramatiques du néolibéralisme, derrière la question sociale, il y a une nouvelle question culturelle au sens large du terme : l ?identité, le droit – et donc les moyens – pour les individus de devenir des citoyens, de devenir des acteurs de leur propre existence, y compris dans l’entreprise, l’école ou la famille, de ne pas être méprisés ou ignorés, de penser par soi-même face aux médias de masse et à la pub.

Le droit au travail pour tous, c’est bien. Mais il faut aussi le partage des richesses et le droit à la paresse. L’enjeu des nouvelles luttes sociales est aussi de refuser que la valeur des individus se mesure à leur travail et à leur argent, et que leur survie repose sur la sueur de leur front. Autogérer le travail réclame en parallèle de se libérer du travail.

La montée de l’égoïsme

« Autogestion », « nouvelle citoyenneté », « prendre en main ses affaires », les expressions d’hier reprennent d’autant plus de sens que les réponses des acteurs politiques à ces enjeux sont pour l ?instant au mieux inexistantes, au pire dangereuses.

Les réponses apportées par la droite (de sa version soft « soutien au pauvre méritant pourvu qu’il soit bien blanc » à sa version hard « la France aux français »), au delà de l ?hypocrisie, sont celles de l ?égoïsme, de l ?inégalité, voire du totalitarisme. D’elle, nous n’attendions rien.

En face, la gauche classique a été totalement incapable de trouver des solutions autres qu’économistes quand elle ne s’est pas purement et simplement alignée sur la politique de la droite. De plus, ses racines semblent l ?empêcher de penser la complexité nouvelle. Elle continue à nier les identités particulières, religieuses, culturelles, sexuelles, physiques, inquiète de voir la France basculer vers le multiculturalisme des ghettos. Elle ne sait pas répondre à ces mobilisations, déçoit, écoeure, révolte. Elle s’enferme dans l’idéal d’un retour à la IIIème République, où il y avait plus de « citoyenneté » ma brave dame, où les enfants respectaient avec admiration leur instituteur pendant les leçons d’instruction civique et de morale et où il n’y avait pas tant de graffitis, en oubliant volontiers que Marianne a envoyé son troupeau de moutons « citoyens » à la boucherie de Verdun. L’effondrement de deux tuteurs traditionnels de la gauche, le PCF d’une part, et le syndicalisme d’autre part, compensé seulement partiellement par la montée de l’extrême gauche, désoriente en même temps qu’il illustre ce besoin de renouveau.

Les idées fascisantes profitent de cet espace pour s’installer dans notre paysage politique. L’heureux éclatement du FN ne doit pas faire oublier les scores électoraux passés. La droite traditionnelle tente de capter cet électorat et accepte dans ses rangs les anciens du FN en mal de reconversion. Les discours sécuritaires et la peur sont récupérés et banalisés. Et les colleurs d’affiches sont toujours là pour finir le sale boulot, avec des groupuscules de nazillons radicaux de plus en plus violents.

La politique en panne

Réconcilier la société, et les jeunes en particulier, avec la politique est un des enjeux des prochaines années, une urgente nécessité. Aujourd’hui, quelle est la réalité de la politique ? Les dirigeants sont des professionnels coupés des réalités sociales. Les réseaux dans le mouvement social sont trop souvent instrumentalisés au service des luttes internes aux partis. La prudence du réformisme et des « politiques des petits pas » est devenue depuis longtemps couardise. Plus généralement, le marketing politique (attitudes politiques dictées par les sondages, campagnes médiatiques intensifiées, chantage du vote utile, ?) et la politique-spectacle servent à masquer qu’il n’y a plus de réelles différences d’idées entre les partis. Ni de moralité puisqu’il faut bien parler de la corruption.

Les écologistes et alternatifs, qui ont pu incarner un espoir de renouveau et qui doivent encore le porter, adoptent, dans une moindre mesure, de plus en plus les mêmes travers. Interrogeons-nous sur la professionnalisation des cadres dans les mouvements écologistes et alternatifs, sur les choix d ?engager des publicitaires pour les diverses élections, sur l ?agressivité qui anime les débats, mais aussi sur les compromis avec les partis qui pratiquent des politiques de centre ou de droite (PS, MDC) et sur la participation à des gouvernements gestionnaires.

Face à un mouvement social qui a été trop déçu par les méthodes des « responsables » politiques, il nous faut remettre au goût du jour la « politique autrement », ouvrir de nouvelles voies pour une démocratie vécue. Entre les revendications et les thèmes spécialisés des associations et les luttes de partis pour les élections, il y a un champ politique, un espace intermédiaire de réflexion, d’action et de militantisme que nous proposons d’occuper.

La destruction du monde

Depuis le sommet de Rio, aucun programme d’envergure n’est consacré à l’effet de serre, à la dégradation de la couche d’ozone, au recul de la forêt tropicale, à l’érosion des sols, à la pollution de l’air… Les sommets de Kyoto et La Haye ont été des échecs ; le mépris de Bush incarne le poids des lobbies de pollueurs. Ça rappelle le poids en France des lobbys du nucléaire et de la pétrochimie. La loi du marché, propagée par l’OMC, le FMI et la Banque mondiale, exerce ses ravages à l’échelle planétaire. Le productivisme, sous sa forme libérale, comme sous sa forme dite collectiviste, pille les ressources, génère déchets et pollutions, détruit les êtres humains et leurs cultures.

Les montagnes et les côtes sont livrées en pâture aux promoteurs immobiliers, les espaces naturels disparaissent avec leur biodiversité et un peu de nous-même, les campagnes sont ravagées par les pratiques productivistes, les tourterelles n’ont toujours pas le droit de riposter contre les chasseurs du Médoc, l’eau et la nourriture empoisonnent, les OGM nous cernent, la « gestion » des forêts les rend de plus en plus moches et uniformes, la pollution atmosphérique des villes ternit les visages pâles et indifférents de leurs habitants. Vivre toujours avec cette trouille du lendemain, merci bien…

Au-delà des coups de peinture verte sur le vocabulaire et des ralliements de personnalités plus médiatiques qu’écologistes, les grands partis n’ont en rien abandonné leur religion de la croissance et du profit à tous prix. Au pouvoir, ils détruisent la vallée d’Aspe, favorisent le tout-bagnole, continuent la folie nucléaire avec les programmes d’enfouissement et de gestion économique du retraitement des déchets (et puis d’abord, le nucléaire, ça fait pas d’effet de serre, donc la Cogéma et EDF sont écolos…),subventionnent la monoculture intensive et le gaspillage,…

Un développement économique pour le Sud sur le même modèle que le nôtre conduirait (conduit ?) tout droit à la catastrophe. Le développement doit trouver d’autres voies, qui ne sont pas fondées sur la sur-consommation et la destruction systématique. La destruction de l’environnement au Sud prend en grande partie sa source dans nos propres modes de consommation.

Des printemps dans l’hiver.

Mais tout à coup, il y eut… Les mouvements sociaux comme en décembre 95, comme à Millau en 2000 ; de l’anti-mondialisation à Seattle, au renouveau de l’anti-capitalisme à Prague et Davos, la formulation des alternatives sociales à Porto-Alegre, la lutte contre l’Europe des flics et des patrons à Nice ;

Le Tiers-Monde avec les luttes du peuple tibétain et les beaux yeux du sous-commandant Marcos, le mouvement des sans-terre au Brésil, l’Action Mondiale des Peuples, la résistance civile du peuple palestinien, l’action non-violente des communautés de paix en Colombie ;

Le nouveau syndicalisme – Sud, FSU, FSE, Ecole émancipée, Confédération Paysanne, syndicalisme du travail précaire, anarcho-syndicalisme,… – et son désir de transparence et de combativité, les mouvements associatifs – DAL, Droits Devant ! !, ATTAC, AC !, ACT UP – qui tentent de réinventer l ?action politique, le renouveau de mouvements régionalistes ouverts ; le retour du féminisme, Charlie-Hebdo, l ?écho reçu par le Monde Diplomatique ou par Silence, le développement de nouveaux fanzines alternatifs ;

L’essor du bio et de l’agriculture durable (dans nos campagnes, dans nos coops, et bientôt dans nos RU), le retour des tramways et des vélos dans nos rues, les hommages du CIRC au Général De Gaulle, la résistance d’Eric Pétetin et des Asperchés contre les bétonneurs de la vallée d’Aspe ; Les mouvements de réappropriation de l’espace public, les mouvements anti-pub, l’ouverture de lieux autogérés sans droit ni titre… Du soleil à l’occasion et les sourires de ceux qu’on aime.

Et pour tout ça, et pour eux tous, on veut tenter de construire le printemps éternel.

Des coups de gel au mois de Mai

Nous avons cependant bien conscience qu’en face, le bloc productivisto-capitaliste dominant riposte en envoyant ses militaires, ses flics et ses juges.

Répression en Chine, en Turquie ou au Brésil (contre les manifestations des Sans-Terre) ; connexion des polices anti-émeutes du monde entier pour encadrer, réprimer, tabasser (voire supprimer) les « éléments incontrôlés » pendant les grandes messes de la mondialisation libérale. Ou chez nous : répression judiciaire contre les faucheurs d’OGM, contre les militants anti-nucléaires, contre l’action syndicale ; expulsion violente des sans-papier ; fichage ADN systématique des militants ; prisonniers politiques ; désinformation médiatique.

La répression radicalise ses victimes, mais surtout les coupe de la population qui n’y comprend plus rien et redevient méfiante et conservatrice. La répression pose des gros panneaux dans lesquels il faut éviter de tomber.

Les idées auxquelles nous croyons

De gauche et écologiste, nous cherchons nos mots.

D’où sommes-nous ? Pas de droite, c’est évident. Mais acceptons- nous pour autant le qualificatif de gauche ?

Nous nous reconnaissons dans des valeurs historiques de « la gauche » : l’anticolonialisme, le désarmement, la démocratie, l ?autogestion. Nous vibrons au souvenir de Spartacus, de Babeuf, de Louise Michel, de Emiliano Zapata, de Rosa Luxembourg, de la commune de Paris, de l’Espagne de 36. La gauche, le mouvement ouvrier, progressiste est notre héritage.

Mais si certains d’entre nous rêvent de refonder la gauche, c’est parce que nous avons à redire sur ses fondations : la gauche telle qu’elle a majoritairement existé du point de vue militant et électoral sous sa forme « radical-socialiste-communiste-nostalgiques du grand soir » mettait derrière le terme « progressisme » le triptyque « progrès technique-progrès du pouvoir d’achat-progrès de l’état ». Nous refusons l’étatisme, le jacobinisme, l’avant-gardisme, le productivisme, le consumérisme qui en sont les corollaires. Ce sont des pans entiers de la pensée majoritaire à gauche que nous remettons en cause comme l’ont fait avant nous, au sein de la gauche, les partisans du socialisme utopiste, les libertaires, les situationnistes, la gauche autogestionnaire. Depuis les années 70, depuis la lutte des paysans du Larzac et les manifs de Plogoff, une gauche alternative s’est créée qui conteste les fondements de la gauche traditionnelle, en démontrant qu’ils ne sont pas du tout anticapitalistes puisqu’ils ne cherchent qu’à perpétuer sous d’autres formes l’aliénation des masses et la destruction de l’environnement pour le profit économique.

Réinventer l’utopie

Si les idées écologistes et alternatives nous semblent apporter des réponses originales à la crise que traverse notre monde, c’est qu’elles ont su entendre les messages nouveaux de mai 68 et de la contre-culture des années 70 : une remise en cause culturelle est aussi importante que la révolution économique.

Notre critique du modèle d ?intégration français destructeur des identités minorisées et régionales, combinée à notre sensibilité mondialiste, nous ont amené à rechercher la synthèse du particulier et du global. Notre critique de la France centralisée et de la loi de la jungle internationale nous fait chercher un fédéralisme qui réunit citoyenneté locale et citoyenneté planétaire. Notre critique du scientisme et de l’instrumentalisation de la science à des fins de domination nous amène à rechercher une science et des technologies conscientes, au service de la vie, appropriables et contrôlables par tous. Notre critique d’un monde où la première des exploitations de l’Homme par l’Homme est celle des femmes par les hommes, où cette moitié de l’humanité, qui fournit les deux tiers du travail, reçoit un dixième du revenu mondial, et possède moins d ?un centième des biens matériels (source ONU). Notre critique d’un monde où l’égalité des sexes n’existe pas, nous fait considérer que le combat pour l’égalité femme-homme est l’un des plus radicaux que nous avons à mener. Car, au-delà d’un intangible principe d’égalité, le renoncement à l’appropriation d’un sexe par l’autre est inséparable des combats contre le capitalisme, les violences, la guerre, le racisme.

La décomposition des modèles dominants a amené la crise d’identité actuelle ; la critique de tous les modèles dominants a donné l ?Écologie et la Gauche alternative. Notre critique radicale du monde, nous fait promouvoir des pratiques et perspectives nouvelles.

La première est la responsabilité : responsabilité vis-à-vis des générations futures de leur léguer la seule planète que nous ayons, encore plus riche de beautés et de diversités. La seconde est l’autonomie, dont l’autogestion est la pratique concrète : la reconquête, par les individus et les collectivités humaines, de la maîtrise de leurs activités de production, de leur vie quotidienne et des décisions publiques. La troisième est la solidarité, c’est à dire l’entraide sur des bases de connaissance mutuelle, avec l’exigence de faire en sorte que chacun (au Nord, au Sud ; dans cette génération, la précédente ou la suivante) soit toujours remis en situation de reprendre ses affaires en main, de vivre décemment et d’affirmer son autonomie. C’est par l’action directe, radicale et non-violente, ainsi que la démocratie directe que nous réaliserons nos rêves. Tout cela dresse pour nous les contours d’une nouvelle utopie, qui remette au centre du monde l’humain, d’autant plus humain qu’il se respecte lui-même, respecte les autres, la planète et les autres espèces.

Non, vraiment, le rouge et le vert sont indissociables. D’ailleurs, quand le vert tente de s’individualiser, ça donne des formes assez catastrophiques : « écologie » profonde, « verts » bruns, Brigitte Bardot, « écologie » girouette, syndrome du « pas dans mon jardin mais un peu plus loin y a pas de problème », sans oublier les multiples récupérations mercantiles, ou électorales.

Et puis, parce que nous nous illustrons dans une forme de pensée radicale et que nous remettons en cause l’ordre social, l’ordre moral et toute forme d’autoritarisme, nous pouvons nous définir comme libertaires.

Le refus des valeurs de la consommation : l’histoire de la carotte et du bâton.

Le capitalisme pour imposer le plus largement possible la société de consommation a amené l’uniformisation des comportements et des modes de vie. Mais à l’heure où la mondialisation, sous couvert du libéralisme, oublie quelque peu le concept de finitude de la planète, nous devons affirmer notre identité anti-productiviste.

La société de consommation et l ?agression publicitaire nous semblent deux fers de lance du capitalisme qu ?il s ?agit encore de combattre, d ?autant plus que les gens y ont un rapport direct et quotidien. Ces formes abouties de « l ?accumulation spectaculaire de la non-vie », comme aurait dit Guy, sont des leviers puissants de la servitude volontaire dans nos pays riches. Ils sont les miroirs d ?une société d ?abondance, infiltrée dans nos modes de vie, qui appelle à une participation zélée à l ?aliénation par le travail salarié et/ou le crédit bancaire. Profitant toujours aux mêmes, créant incessamment de nouveaux besoins convulsifs et un désir de possession immédiate, particulièrement chez les plus jeunes, ils sont les premiers garants de la viabilité marchande du productivisme, de la société industrielle et du patriarcat. Ils figent aussi bien les canons traditionnels de la femme-objet, de la famille que de la techno-modernité et de la réussite personnelle par l ?avoir ?le culte de la propriété privée, la hantise d’en être privé, et donc la nécessité de sa protection manu militari s ?il le faut. D ?où encore le dédain pour ceux qui décident de ne plus participer à cet engrenage (« les marginaux »).

La carotte, c’est l ?attrait de l ?abondance futile ; le bâton, en cas de non coopération, ce sont les matraques et les huissiers.

La jeunesse actuelle nous paraît plus que jamais spectatrice et plus ou moins contente de cet état sans doute proche du confort aveugle à l’intérieur de son cocon. Ne s’en rendent compte qu ?une partie de ceux qui sont rattrapés par la précarité et le phénomène du jeune travailleur kleenex, de plus en plus nombreux.

Cela nous amène à l ?interrogation urgente de savoir comment secouer tout ce petit monde en gestation.

En parallèle on observe une tendance forte au cloisonnement entre les différentes classes d ?âge et catégories socioprofessionnelles nous amenant à ne pas voir notre intérêt commun : entre l ?ouvrier-ERE en CDI et l ?intérimaire consommateur-TRICE complaisant-E, entre le/la squatter et le/la travailleur-EUSE (c ?est pour eux que je paye des impôts !), entre salariéEs et bénévoles, producteurs-TRICES et inactifs-IVES.

A chaque instant on nous renvoie le credo de l ?utilité sociale de l ?activité et la nécessité de contribuer à l ?effort productif pour être reconnu socialement.

Paraître devient le premier objectif de cette société exacerbant jalousie, haine et violence. Ce paraître est glorifié par le dieu Publicité. L’importance accordée au téléphone sans fil, au four à micro-ondes ou à l ?automobile est inversement proportionnelle à l’importance que l’on attache aux idées, aux personnes. Chiche ! s’attachera donc à considérer l’individu en tant qu’être humain et non en tant que consommateur-TRICE.

6 milliards d’étrangers !

Nous choisissons le mondialisme contre la mondialisation. Comment accepter des frontières arbitrairement dessinées et modifiées au son des canons, celles-ci restreignant en plus la libre circulation des individus alors que les capitaux n’ont pas de passeport ? Les frontières glorifient un sentiment national provoquant haine, guerre et racisme. Pour nous, il n’y a rien sur cette terre au dessus de l’être humain, ni nation, ni « ethnie », ni raison d’État. Ne sont légitimes ni le refoulement , ni la circulation forcée pour des raisons économiques. Nous refusons la nationalité au mérite, et revendiquons l’égalité des droits, quelles que soient notre origine ou notre nationalité. Une des richesses de cette planète, c’est le mélange de différentes origines et de régionalités, garantes d’une certaine diversité de pensée, de vies, de références.

(G)-Rêve illimitée à Paris VIII – 1995

(Vous excuserez les inconforts de lecture car c'est d'un papier collector qu'il s'agit. Mon premier reportage ! Il vaut la cacahuète ! Bon, vous reconnaitrez aisément le gars qui passe trois nuits d'amour et croit qu'il va se marier, qui voit une fac en grève, croit qu'il revit la Révolution Française. C'est moi. Politis 1995).
Paris VIII vit ses heures les plus chaudes en ce début d'hiver. La tournure qu'on pris les évènements étudiants sont les processus d'une révolte sociale non d'une grève. Reportage.
 
"Fac en grève", "Vincennes n'est pas morte", "On nous avait promis des pommes, ont a eu que les trognons, on va vous faire de la compote" etc... placardés partout dans la fac, ces dazibao s'inspirent sans rougir de leurs parents de 68.  Ici et lê dans le hall, les étudiants s'organisent par groupes pour aller "débrayer" les cours. L'accueil à l'entrée des salles de cours est souvent chaleureuse, comme chez ce brillant professeur de sociologie╩: "Enfin  je croyais que cela n'arriverait jamais ! Que je ferais toute ma vie cours ê des moutons" confit-il ê mi-voix aux grÀvistes. La salle les Àcoute avec une connivence incrÀdule. L'apathie gÀnÀrale reste forte; la peur de prendre le premier une initiative, pesante. On fait souvent gr§ve lorsque le prof n'y parait pas trop opposÀ. Ce mÉme professeur, qui habilement, dÀcidera son cours ê la gr§ve,  "l§vera" sa salle comme un seul homme, en dÀclarant qu'il ne peut faire cours puisqu'il y a consensus..." avoue avec un petit sourire subtil " j'ai quand mÉme eu un peu peur en vous voyant entrer...c'est aussi une parcelle de mon pouvoir...".
Attitude plus complexe du coté de la présidente de l'université qui face à l'assemblée de ses étudiants joue la complicité et rappelle qu'elle n'a pas ê donner d'autorisation de faire la grêve, sans toutefois se déclarer solidaire.
A la différence du Président de l'université voisine de Villetaneuse, qui emporté, s'est déclaré solidaire de ses enthousiastes étudiants harangués par une délégation de trois étudiants que Saint-Denis leur a envoyé : "Villetaneuse n'a pas de leçon de mobilisation à recevoir de Saint-Denis, je suis solidaire de mes étudiants".
L'ex présidente de l'université libre de Bruxelles explique que la grêve en Belgique dure depuis dix-huit mois, "En France vous pouvez foncer, mais le plus dur ce sera de changer vos parents, c'est de là que tout part".
Stéphanie vient de province,  look mode, coupe blonde "poupée Barbie" elle n'attend presque rien d'un diplôme de droit, pour lequel elle se donne pourtant entièrement, et dont la seule valeur sera de lui permettre d'aller s'inscrire "ailleurs". Elle quitte nerveuse l'amphi pour fumer une cigarette. Le débrayage de son cours a échoué, la prof a annoncé qu'elle ferait cours "même pour deux élèves". "Ont était tous prêts à se lever, mais deux sont restés, ils ont tout gëchÀ. La prof c'est vengÀe en nous faisant gratter comme des malades"."Je ne peux pas me permettre de me planter, je ne ferais gr§ve que si tout le monde la fait". Dehors les "dÀbrayeurs" cuvent leur Àchec am§rement. ImpressionnÀ par leur propre audace, ils s'imaginent l'hostilitÀ dans la passivitÀ de l'amphi...Mais "Respect !". Cette gÀnÀration ne semble pas prÉte ê transgresser sa loi tacite. GÀnÀralement respectueuse l'action ne fait pas l'impasse sur les moyens. Il faut convaincre non imposer.
"14 heures AG dans le hall" des débats extrêmement vifs alternent avec d'autres aux allures de colloques. Un système démocratique cahotant mais actif s'est installé. L'AG élit un bureau de grêve chargé de la faire travailler et de faire tourner de nombreuses commissions formées des volontés du moment. Rançon de sa démocratie, la grêve n'est pas organisée. Elle est ce que la font au jour le jour les étudiants qui s'y donnent. Déconcertant pour ceux habituÀs ê suivre : "Alors qu'est-ce que vous faËtes ?" "Qu'est ce que vous avez dÀcidÀ ?" Les traditionnels leaders cherchent aussi leurs marques, ils n'existent pas ici par des harangues ê la tribune ou devant les camÀras. Les fortes personnalitÀs ont la tëche plus complexe de servir le groupe et leurs faux pas sont vertement sanctionnÀs. Les Àtudiants, s'ils n'ont pas tous pris part de leur pouvoir d'action, ont ici retenus les le‗ons de la dÀmocratie spectacle. Le sort de ce mouvement fragile et puissant est incertain. L'obÀissance est une culture et les vieilles structures sont dans les tÉtes. Mais l'important est une expÀrience que ceux qui la vive retiendrons, des liens crÀÀs pour l'avenir. 
S'il est admis que pour changer le monde il faut d'abord se changer soi-même, tous découvrent ici que participer à un changement collectif c'est aussi se changer. On l'avait oublié.

David Langlois-Mallet
Politis 1995