Archives pour la catégorie Essais sur nos moeurs

Au carrefour de ma vie et de mon travail, j’ai été amené à m’interroger sur notre crise du lien. Y aurait-il un rapport entre culture et politique et relations entre les sexes ? Je ne prétends pas au magistère. Mais j’ai le droit de m’interroger, de nous interroger, non ?

Deuils mécaniques

Cela m’amuse beaucoup de voir comment certains blogueurs s’inventent tout un malheur personnel d’un accident d’hélicoptère…

Un peu comme s’ils espéraient secrètement ressusciter le deuil collectif de Charlie et que nous serions des cohortes innombrables de processionnaires pour aller pleurer les jeux du cirque de la téléréalité quand ceux-ci tournent mal.

Le besoin de vivre quelque chose ensemble, dans une France d’individualistes émiettés est immense !

Et nos technocrates de com’ au pouvoir qui, ont fait découvrir au président Hollande l’an dernier sur le sable des plages normandes que les commémorations pouvaient donner le change à son vide politique et les grands mots sur le passé remplacer utilement le gouvernement du présent, sont à l’affût; prêts à souffler sur la moindre étincelle. « C’est toute la France qui est en deuil » a twitté, sans rire, le pyromane Valls, avec son style pompier. Comme, TF1 déjà, disait « La France a peur », avant le temps des Minitel.

Bien sur, on peut dans le Parisien, lire au café du coin l’interview du père d’un jeune homme et partager une pensée pour cette famille déjà endeuillée il y a deux mois. Mais il vaut mieux alors lire les pages toniques du prochain livre de Florence Arthaud sur la mort et partager sa philosophie, hardie et stoïque.

Et puis, si l’on veut vraiment s’attrister avec des Faits Divers – si ce qui menace collectivement le monde ne suffit pas- autant aller vers ceux qui portent un signal d’alerte plus général.

ll y a, toujours dans le Parisien, de quoi s’endeuiller des derniers instants d’une petite fille, qui avait l’air si heureuse de vivre et épanouie, embarquée dans un road-movie par une mère en démence et finalement tuée par elle à la carabine. Une mère célibataire (après une dispute avec son amante et visiblement beaucoup d’échec amoureux). Le père n’est même pas démissionnaire, la petite était en garde alternée. Sorte de crimes qui semblaient liés il y a peu à la violence des mâles.

Anecdote, fait divers à l’échelle de notre expérience

Je me souviens un jour, comme je cherchais une collocation, qu’une ravissante maman célibataire, de l’autre côté d’une annonce, m’avait ouvert sa porte. Elégante, travaillant dans la culture, elle vivait dans un appart très agréable qu’elle m’offrait de partager. J’étais presque à accepter en remerciant la chance, quand tout à trac, sans réelle raison qu’une certaine nervosité perceptible, elle a giflé sa petite fille qui avait l’air adorable. Glacé. Je me suis retiré en me disant une fois de plus, que les urbains étaient décidément en crise affective.

A la différence des accidents mécaniques, des actes qui atteignent l’enfance, devraient être perçus comme des signaux d’alerte collectifs et enclencher des réflexions plus utiles sur l’isolement et la précarité affective. Enfin tout ce qui n’est pas dit sur une société où toutes les angoisses sont individualisées et où en fait de liberté, « de droits », les individus portent surtout trop lourd.

Nous n’avons jamais eu tant de raisons de faire ensemble et nous avons si peu d’occasion de nous retrouver aujourd’hui. N’avons nous vraiment que le foot et les deuils mécaniques ?

David Langlois-Mallet​

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Sur la solitude des femmes… (et des hommes)

J’aimerai bien savoir à mon réveil, combien d’entre-vous Mesdames (je parle aux grandes pas aux minettes de 20 piges), tirent la couverture sur elles le soir en se déclarant à elles-mêmes qu’enfin la femme est libre, fait ce qu’elle veut de son corps, de son cul et de son destin ! Qu’elles attendent avec impatience le chant de la poule au matin pour reprendre le combat et traquer les dernières lignes de l’arrière-garde masculine qui se montre encore sur Facebook, et faire rendre gorge et merci au dernier phallus qui pointera le bout de son museau d’oppresseur !

Et combien appartiennent à la cohorte de celles qui écrasent une larmichette dans leur lit froid en se disant qu’elles sont épuisées de porter si lourd, et qu’un goût de latex de ci de là n’a jamais vraiment compensé toute cette solitude, qu’elles troqueraient bien contre une épaule un peu bourrue.

J’ai croisé pas mal de celles-ci et de celles-là, mais il me semble, qu’elle soit portée en étendard ou qu’elle serve de mouchoir, que la solitude reste l’aventure la mieux partagée des dames de 35 à 99 ans. Et que même s’il reste l’objet de beaucoup d’espoir et d’une foule infinie de reproches, le principal trait de la gente masculine est surtout d’avoir déserté, de traîner les pieds ou de se faire porter pale…

Sur ce, gentes dames, toniques suffragettes, romantiques prosacïque, tendres correspondantes et chères amies, je vous souhaite la bonne nuit !

(Suite)

Il y aurait eu de l’ironie dans mon post d’hier sur la solitude des femmes ? On a voulu voir (toujours votre manichéisme français), une éloge des hommes, voir du couple… Je pouffe.

D’abord, notre époque solitaire s’accommode aussi du couple. Une bonne part des gens en couples autour de nous, ne se sont-ils pas débrouillés pour être « célibataires ensemble » ?

Ensuite, les hommes sont tout autant solitaires que les femmes (je pense même que ce sont eux qui ont fait un pas en arrière, trouvant que le jeu n’en vaut plus la chandelle). Comment répondre aux exigences de princesses de ces hommes comme les autres que sont devenues les femmes ? Notons quand même que cette retraite s’opère en silence à côté du bruyant désert affectif féminin.

L’inégalité demeure jusque dans la division de cette société onaniste.Prenez le godemichet (les femmes aiment surtout rêver) est brandi comme hampe de l’étendard d’un renouveau de la libération sexuelle (à condition de le nommer en anglais), alors que les mâles (qui aiment surtout voir) ne parlent de leurs adresses internet ou autre que sous le sceau de l’amitié. Cela n’empêchera pas les femmes de faire beaucoup de bruit « avec ce sujet tabou », « dont personne ne parle » (alors qu’il est dans tous les féminins et transpire la banalité urbaine depuis 10 ans etc..).

Mais ce qui est intéressant, c’est que dans notre société, chacun se replie sur son particulier. Disons juste que les femmes, qui entretiennent un rapport « particulier » à la vérité dès que lors que le sujet touche à leur émotions, abusent trop clairement de cris que triomphe pour que l’on entende pas résonner les échos d’une terrible défaite.

Sinon, c’est sympa non, cette saison des kakis et des grenades ?

David Langlois-Mallet

Cougar ou Lolita : l’art d’aimer reste une rébellion

Cougar et lionceaux… Les amours des femmes mûres font sujet de société et effet de mode. Puisque nous sommes tous en rayon dans notre société de consommation sexuelle, même un segment négligé du marché, la ménagère de + de 40 ans, doit avoir son plan marketing, (site de rencontre dédié et vente d’objets de plaisir à la clef…).

Il est peu probable que se trouver « repositionnées » dans le marché sexuel grâce à ce concept, suffise à redonner le sourire à nos urbaines célibataires sorties du soucis des couches. Je vois tous les jours bien plus de mélancolie ou de vraie tristesse dans notre génération -plus vive chez les femmes qui se sont sûrement plus fait avoir à une libération sexuelle construite sur un modèle séquencé et quantitatif (masculin)– que de libertinage joyeux, d’épanouissement émotionnel ou de communication vraie.

Il n’est ni judicieux ni utile de revenir au XIXe siècle pour autant (comme nous y invite les identitaires de tout poils), mais je pense qu’il faudra bien reposer la question du bonheur ensemble et pas seulement celle de la libération sexuelle. Car ce concept émancipateur, construit sur un modèle masculin, semble à l’usage plus orienté vers la satisfaction masculine… Mais surtout vers le désenchantement et l’insatisfaction générale. Si tout le monde, hommes et femmes, mêlés fait ce qu’il veut de son cul depuis lurette, cela ne débouche pas sur grand chose de plus qu’une mélancolie de files d’attentes aux caisses. Car derrière le corps, il y a l’âme qui garde intact son besoin de réponses, d’élan et d’émerveillement.

Plutôt que de savoir si un concept marketing est libérateur ou aliénant, dérangeant ou politiquement correct, affirmons que dans une civilisation amoureuse qui reste à inventer, les femmes mûres seraient sûrement le pivot de la société et non ses invendus. Parce qu’on ne naît pas homme, mais qu’on le devient dans l’amour des femmes, que l’on sait les dégâts et l’insatisfaction que provoque l’idée fausse que les mâles « savent », il semble sage de mettre notre éducation d’homme le plus tôt possible entre leurs mains habiles, leurs bouches gourmandes et de confier notre apprentissage à la douce chaleur leurs cuisses. Et ce remède à proportion de ce que l’on est jeune mâle.

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Les bons auteurs de notre vieille Europe, comme Stephen Vizinczey et son fameux « Eloge des femmes mûres », autant qu’une dame du temps jadis, Aliénor d’Aquitaine -connue pour l’affirmation de ses amours au mépris du scandale autant que pour l’art d’aimer de sa cours- me donneraient je crois raison si j’écris que les femmes d’automne tiennent deux fois les clefs du jeu amoureux. D’une part par une culture « féminine », une culture du soucis de l’autre, un art de la relation que les hommes de tous âges ont à apprendre auprès des dames et d’autre part la connaissance, le recul et le vrai goût des choses que donne à tous l’expérience et la conscience de l’instant qui l’accompagne.

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L’asimétrie de nos amours assure notre éveil culturel

Une troisième raison tient au charme des amours asimétriques entre adultes consentants, de tous âges et de tous milieux. La relation amoureuse reste un voyage à l’étranger et les amours inégales ne font qu’exalter le caractère culturel même de l’amour : Une dissidence à la société, une rébellion faite à deux, une échappée belle, une complicité d’évasion écrite à quatre mains pour deux corps à l’encre inavouable…

Et si le baiser a été décrit comme un pont jeté entre deux âmes, il reste autant une barricade érigée en pleine rue. A savourer à belle dents, avant que l’on ne soit impitoyablement repris par la patrouille. Car quoi qu’on en pense, le jugement autour de nous, s’il est parfois plus envieux que religieux comme jadis, reste cruel… « Camarade de rébellion… ne dit pas « toujours », ne dis pas « jamais ».. chante la chanson.

Je vous en souhaite de belles avant qu’arrive ce fameux dernier regard que vous vous échangerez tous les deux. Qu’il soit au moins plein d’insolence et de gratitude, comme celui que les complices s’adressent, au moment où on les sépare, menottes au dos :

« On les a bien eu, hein… dis ? »

David Langlois-Mallet, 2014 c Mesparisiennes.wordpress.com 

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Cinéma. Tonnerre : Eclaire de poésie nos déroutes mâles

Dans une France enneigée, le silence d’une jeune femme, tel un scalpel, déchire deux hommes. Avec humour et une émotion d’une infinie justesse, Tonnerre, filme les âmes masculines ouvertes et palpitantes nous invite à une « autopsy » poétique, celle des mâles d’aujourd’hui. Peut-on vivre l’amour autrement que le temps d’un orage ? La parole du père, peut-elle encore sauver un homme du silence d’une femme ? Un premier film, rien que pour nous bouleverser.


« Dès que quelque chose me plait vraiment, je crois que ce n’est pas pour moi… 
» Elle, Mélodie, pigiste mutine et infiniment désirable l’avait pourtant prévenu… Mais lui, Maxime, ex-rocker au charme désarmant en loose chez papa après des succès régionaux, ne peut douter : « Ah non ! Non, moi je crois que dès qu’il y a quelqu’un qui t’aime, vraiment tout est possible… ! »

Le pacte des amants se noue à fond de cale. « C’est l’ancienne prison de Tonnerre, c’est là qu’on jetait la nourriture aux prisonniers… » La ration de survie de nos anti-héros sera, à la lumière d’une lampe de poche, un baiser. Maxime, fasciné par cette apparition virginale et sensuelle qui le sauve, est tout à cette Mélodie du bonheur et cède au tourbillon… Et que le blizzard les emporte, il trouvera des solutions, comme de crocheter la porte de cette baraque providentielle au fond des bois morvandais !

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Bonus Vincent Macaigne

En accompagnant tendrement, caméra au poing, le sensible et ébouriffé Vincent Macaigne (Maxime), dans sa descente intérieure à la poursuite de l’envoutante Solène Rigot (Mélodie), Guillaume Brac, réalisateur néo-Stendhalien, nous fait partie prenante d’un documentaire romantique dans la France qui perd. Bercés à la douceur hivernale des images, surpris par l’irruption du burlesque, Tonnerre, nous fait mordre à cette bien séduisante histoire d’amour. Et nous voilà partis, comme Maxime, en quête de ces lèvres délicates d’adolescente…

Fait d’hiver : Que vaut l’amour face à un répondeur ?

 

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Bande annonce. Tonnerre

 

Mais si brusquement ces lèvres au dessin si singulier n’embrassent plus ? Ou pire encore si elles se taisent ? Tout redevient vite banal et le vide remonte du fond des êtres. Cela aurait pu être le vide clinquant et bavard de Paris, c’est le vide taiseux des villes de province à 18h. Avec leurs décorations de Noël factices et les soirées au stade qui finissent à la pizzeria du centre commercial…

Ce film tendre en cachait deux autres

Tonnerre semblait une comédie capté in vino, dans une bourrasque de neige de baisers, peut alors se regarder alors comme un document pour France3 Bourgogne sur une France figée de stupeur, dont la vie semble s’être retirée, impactée par la culture globale. En absence de dynamique collective, les français sont des fantômes, qui font effractions dans l’histoire des autres avec l’humour involontaire de leurs failles affectives (le viticulteur, le marchand de sapins de Noël customisés, le copain déprimé…).

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Tonnerre. Extrait.

Seules les pierres des vieilles églises qui les observent et le regard des chiens (à qui ont dit des poésies faute d’oreille féminine…) semblent témoigner pour l’homme errant et triste d’un sens perdu. De cette France profonde qui ne répond plus, aussi silencieuse que Mélodie, on pense ici à Christian Bobin « ce qui ne peut danser au bord des lèvres, s’en va hurler au fond de l’âme. » Il ne reste plus rien qu’à aller au fond des pleurs, chercher le sens des vieilles douleurs familiales. Quel est le secret de Claude, le père de Maxime, (Bernard Ménez, attachant et savoureux en retraité cycliste et fleur bleue), suspect d’avoir jadis fuit le foyer avec une plus jeune ? Que vaut encore la parole de ce père ? Mais que vaut, maintenant pour lui-même, le jugement du fils ?

Solène RigotBonus : Solène Rigot auto-portait

L’amour en 2014 : permission de sortie ou cavale ?

Dans cette anomie collective, la passion des amoureux-précaires glisse facilement du roman rose vers le fait divers noir. Glissade calculée pour le réalisateur, en moins de temps qu’il n’en faut au spectateur pour s’indigner que le reportage vire à la série B —il y a trop de poésie dans son univers pour finir en série policière—  Guillaume Brac nous délivre avec grâce son véritable propos : Où en sont nos coeurs d’hommes ? Cinéaste du sensible masculin (on se souvient de Un Monde sans Femmes, son moyen-métrage très remarqué), Guillaume Brac a trouvé dans le silence de cette Mélodie incertaine, le fin scalpel qui lui permet de mettre à nu deux modèles d’hommes contemporains.

Guillaume-BracEntretien. Guillaume Brac.

  • Maxime, l’homme affectif, ouvert aux émotions mais ouvert aussi aux quatre vents de sa vie. Qui seul peut désaltérer Mélodie mais qui a pris l’eau lui-même depuis trop longtemps pour avoir autre chose qu’un radeau de Méduse à offrir à une jeune femme qui ne s’est pas trouvée et ne croit pas avoir une embarcation à partager autre que celle d’un homme.
  • Ivan son rival (Jonas Bloquet, discret, froid, si juste lui aussi), un jeune footballeur professionnel. L’homme en réussite, qui a pris argent comptant un modèle masculin dominateur et glacé, mais ignore qu’il est un handicapé de l’âme et de la sensualité. Son inscription dans cadre social lui permet de posséder Mélodie, pas de l’émouvoir, ni de communiquer avec elle.

Un grand film d’aujourd’hui

Homme fiévreux ou homme glacé brisé, l’impasse masculine est totale. Tonnerre, est le film témoin, Le Rouge et le Noir d’une époque en mutation, dans laquelle les hommes n’ont pas encore trouvé le juste équilibre entre force et émotion et les femmes entre autonomie et désir. La parole du père n’unit plus les êtres, tout juste peut-elle les consoler, la parole de la femme n’a pas percé sous la neige. Sans échange, sans communication, l’amour n’est qu’une cavale, le temps que le malentendu vous rattrape. La loi tombe quand les lèvres de Mélodie s’entrouvrent enfin pour un mensonge sur les faits, qui rétablie la vérité des êtres. Vérité qui laisse des hommes sans repères et renvoie la jeune-femme à sa solitude, mais libérée enfin de la pression des convoitises. L’hiver à Tonnerre a eut raison des dernières révoltes des âmes…

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La parfaite justesse de Tonnerre, celle des intentions de l’auteur comme la moindre expression des comédiens, perce au cœur le spectateur et renvoie le critique aux larmes. Vincent Macaigne superbe en lion vaincu, la crinière ébouriffés et l’air pataud s’impose, après La Bataille de Solférino et La Fille du 14 Juillet en 2013 (voir critique Langlois-Mallet Rue89 ici) en anti-héros d’une génération d’hommes sensibles et loosers qu’on avait habillé pour un autre destin. Promettons-lui, promettons-nous de futures victoires. Solène Rigot, ingénue aphrodisiaque, aura dès son coup d’essai froissé tous les coeurs. Brac est un grand. Tonnerre a frappé fort. Maxime et Mélodie peuvent entrer au Panthéon des Amours.

© David Langlois-Mallet
Mes Parisiennes 2014 https://mesparisiennes.wordpress.com

Participation à l’indépendance de l’auteur :
https://mesparisiennes.wordpress.com/2014/01/13/soutien-a-lauteur/

De la déesse à la femme machine

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Vous me sortirez difficilement de la tête que le besoin de domination, les guerres et la dépradation économique du monde (bref, nos soucis) ont leur même source dans la difficulté du genre mâle à se lier aux femmes.

Vous avez peut-être vu le très beau texte d’Ama , mi témoignage, mi protestation, contre la pression du genre mâle. Aucun de nous n’a cette expérience du monde et l’une des clefs est sûrement que les femmes prennent la parole davantage au sujet de leurs vies.

Je crois que c’est Françoise Héritier qui disait l’autre jour que nos ancêtres mâles du néolithique se sont posé de la question de savoir pourquoi les femmes font des filles et que les hommes ne font pas de garçons. Et qu’ils l’avaient résolu à leur manière en découvrant les conséquences de l’acte sexuel : C’était eux, les hommes, qui mettaient les bébés dans les femmes.

Je ne crois pas trahir l’anthropologue si je dis que la culture masculine pense les femmes en « machines » et ne parvient pas de fait à entrer en relation aussi totalement et facilement que le font les femmes qui (au milieux de leurs multiples défauts), ont une culture de l’autre. Une culture de l’empathie. Qui n’est probablement pas sans lien, avec des millénaires de soins aux autres, aux enfants en particulier.

Je ne suis pas en train de dire que votre petit copain met un jeton dans le juke-box pour avoir du plaisir, ou descend dans votre moteur émotionnel avec ses clefs de 12 quand ça coince… Quoique.

Mais qu’au minimum, il y a dans la prise de distance de la culture masculine avec ses émotions, un facteur de fracture avec le réel des relations. La question du plaisir féminin prenant sa place là. L’inversion de la quête sexuelle « les femmes servent à nous faire jouir (en réalité à détendre l’excès d’angoisse, plus qu’à jouir vraiment) » devenant donnons le plus de plaisir à nos compagnes est un préalable à un début de rencontre, c’est à dire de prise d’intérêt pour les autres (et pas seulement de « sens du collectif » ou « de l’intérêt général », cher à notre culture sportive ou politique.

Etant entendu, si vous me suivez ma pensée, que cette culture du lien est ce qui manque le plus à notre société en crise… du lien.

David Langlois-Mallet

Idées. Clitoris, culture, politique et Renaissance ???

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Résumé. La réinvention de notre art d’aimer est une question politique. La sexualité étant valeur centrale du système individualiste et d’une culture masculine épuisée. La « découverte » du clitoris et l’intérêt nouveau pour le plaisir des femmes n’est pas qu’une question féministe. Elle participe d’un mouvement culturel qui se pose la question du lien. (Cet article part d’une controverse au sujet d’un article de Slate sur la sexualité « mécanique » des femmes).

La culture des femmes, pour un homme, c’est précisément de réintroduire le lien, les émotions, l’affect, la complexité, la singularité… en un mot la relation dans le monde mécanisé, rationalisé et devenu vide de sens d’une culture masculine triomphante mais en crise comme jamais.

J’ai donc du mal à comprendre que comme dans cet article, des femmes se valorisent de l’espoir de prouver qu’elles sont des machines, simple mécaniques capables elles aussi de jouir sous Viagra. Ô triomphe !

Ce féminisme mécanique ne serait que cette égalité par le bas ?

Derrière cette idée « nous sommes comme les hommes », il y a tout un féminisme très réducteur (qui a mon humble avis a pris les hommes comme « étalon » de la libération des femmes, comme les premiers esclaves libres mettaient un casque colonial). Bien sur, on sait depuis Renaud, que comme Madame Thatcher, les femmes peuvent être « aussi » des hommes. Sûrement en se mutilant, mais elles le peuvent. Avec un peu d’effort, elles finiront par nous prouver qu’elles peuvent défiler au pas, éventrer l’adversaire ou aller vomir leur trop plein de bière après avoir gueulé au match et bourrer de coup de coup de rangers les pauvres étrangers croisés sur leur chemin. Le jour où les femmes seront aussi cons que les hommes, on sera tous bien avancé.

Il est évident que comme êtres humaines, les droits sont égaux avec les êtres humains. Je n’arrive même pas à comprendre comment le pouvoir politique peut tolérer l’inégalité des salaires entre les sexes. Je ne conçois même pas dans les couples qu’il puisse encore exister des inégalités dans le partage des tâches ménagères ou la participation au loyer ou la part prise au soin des enfants. Mon propos part du principe que ces égalités là par exemple sont considérées comme une base indiscutable dans une relation juste normale.

Autre avertissement (en note de bas de page*) quand je réponds ici à l’article sur le « viagra* » ou le « clitoris », la question qui m’intéresse c’est celle qui est cachée derrière : quelle idée avons nous de la différence des sexes ? Quelle relation et quel art d’aimer pouvons-nous réinventer ? Là encore on suppose l’âge du voyeurisme dépassé et que le lecteur et la lectrice, même jeune journaliste, ont acquis une familiarité technique et érotique avec l’animal en question, histoire de pouvoir y penser autrement qu’en état de choc (pruderie ou excitation) brouillent également l’analyse.

Le clitoris comme sujet culturel

Donc la « découverte » récente du clitoris, signe de l’importance nouvelle donnée au plaisir féminin, participe à faire exploser notre culture dominante (masculine) qui tendait à réduire la sexualité à la pénétration.
Le clitoris, seul organe dans l’espèce humaine qui n’a comme fonction QUE (j’ai pas dit queue) le plaisir, nous oblige à penser une sexualité féminine plus complexe que celle de l’homme. Androgyne en quelque sorte, la femme jouissant « comme une femme » et « comme un homme ». Si d’autre part tout le corps de la femme est une zone érogène, si les émotions jouent un rôle central, alors NOUS, hommes et femmes, avons des choses à découvrir ensemble.

Mais la question qui m’intéresse dans cet article, c’est la définition de nous-même.
C’est à dire de l’idée qui préside à notre relation. La rédactrice a l’air de dire : « youpi, nous sommes des machines ! » sous entendu « comme les hommes ». C’est donc le règne des mécaniques, mécaniques jouissantes sous comprimés, mécaniques souriantes sous antidépresseur et actives au boulot sous drogues diverses ? Que veut-on prouver ? Le pouvoir des drogues sur le cerveau ?

Si dans notre culture effectivement la sexualité masculine s’est appauvrit culturellement au point de se réduire à une mécanique, qui gomme le lien (prostitution, pornographie, consommation etc.) à, fait de la femme un trou vide de sens. Cela n’est pas sans lien avec toute notre société dans l’impasse relationnelle et dans la crise affective (L’ultra moderne solitude de Souchon, vous avez sûrement déjà senti la larmichette).

Plus la crise affective individuelle et forte, plus nous surinvestissons dans le sexe et l’argent dans une fuite en avant qui fini par tout détruire autour de nous (le film Le Loup de Wall-Street et excellent à cet égard. Quelle belle énergie vitale séduisante du héros toujours camé ! Il ruine les gens pour s’enrichir dans la course folle des bourses (tient « les bourses » on revient au sexe) qui ruine la planète et hypothèquent l’avenir de notre espèce sur Terre. Ça te parlera je suis sûr Naïk comme écolo !

Je laisse à d’autres le soin de prôner l’abstinence comme retour au temps des cathédrales* ou la consommation sexuelle comme épanouissement dans le grand supermarché. Je me contente de penser pour ma part que la réinvention de notre art d’aimer est aussi une question politique.

Qu’elle participe d’un ensemble de phénomènes culturels, qui tendent à redonner sens à la relation, à ceux qui nous entourent, comme une réaction naturelle de notre société à sa déshumanisation et à la course au plus d’argent comme condition imaginaire d’un bonheur toujours inaccessible qui ronge nos vies aussi sûrement qu’il détruit la planète.

La sexualité, valeur centrale du système individualiste. On ne s’étonnera pas qu’une Renaissance soit aussi ici à l’oeuvre.

© David Langlois-Mallet

Lmicromonde.wordpress.com/
facebook.com/langlois.mallet.paris

Note : * Le Viagra, je trouve que c’est un peu une régression (sans préjuger de l’avenir) mais en tout cas comme horizon du plaisir de la maturité, c’est pauvret. A 20 ans, ton rapport à toi-même et aux femmes tient dans ta queue et c’est assez normal. A 30, la sexualité s’est élargie, à 40 la relation, les émotions, l’érotisme prennent plus de place etc… et tu n’appelles déjà plus sexe la même chose. J’imagine qu’à 50 et 60 le phénomène s’amplifie à mesure que la pénétration exclusive régresse. Beaucoup d’autres choses ont place dans la vie. Je suppose que la vie même prend plus de sens à mesure que la mort s’approche et il est probablement pathologique d’avoir à 60 ans une sexualité de 20, c’est à dire assez pauvre.

Note :** Pour rire un peu avec le retour de Néandertal qui nous guette dans le même temps ajoutons, m’a dit une amie féministe, un mouvement catho en Espagne qui voudrait interdire la masturbation, cause d’un génocide de spermatozoïdes, mais notez là encore l’inégalité, les femmes ne tuent pas d’ovules en se caressant… L’ancienne domination masculine n’a t-elle même plus le droit d’asile ?
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Joute verbale. Soeurs humaines qui avec nous vivez… N’ayez les coeurs contre nous endurcis…

Soeurs humaines qui avec nous vivez… N’ayez les coeurs contre nous endurcis…
Songez que, si nous vous dévorons des yeux depuis des millénaires, nous ne commençons à vous voir que depuis très peu de temps.

Nos ancêtres vous enlevaient par force, nos pères rusaient pour vous capturer, voilà bien longtemps que nous n’apprenons plus à vous séduire, très peu que nous attachons de la valeur à vos opinions et nous commençons tout juste à découvrir que vous désirez, vibrez et jouissez, comme nous et même mieux que nous.Image

Prenez la parole, dites vos pensées à voix haute comme ma très chère Amaranta. Fille de l’air et des mots. Ouvrez les débats et réouvrez les cours d’amour. Peut-être en découvrant votre soif de vivre, plutôt qu’en croyant répondre à notre soif, vous trouverez les moyens de nous réenchanter et nous ceux de chercher à vous plaire à nouveau ?

Faites aussi la part des choses de vos contradictions, acceptez aussi cette différence d’action qui débloque bien des situations. Ne détruisez pas l’énergie qui vous allume, éduquez-là, avec fermeté, humour au besoin. Ne soyez pas trop déçu des pères rassurants que vous espériez, les hommes sont des mômes, et des pires, ceux qui jouent aux grands prêtres. Vous aviez marché ? C’est que le rôle de communiante, la langue tendue, vous plaisait un peu, non ?

Donnez vos fesses à fouetter si bon vous semble, mais faisons en sorte que cela reste un jeu. Soyez putains si bon vous semble mais ne vous manquez jamais de respect. Ne vous installez pas dans le rôle de victime, ne devenez pas bourreau, vous n’y gagneriez qu’à hâter la solitude. Gardez à l’esprit que votre pouvoir sur nous est très grand, mais qu’il décline avec votre beauté et ne dure que pour celles qui ont eu la sagesse de le transformer à temps en amour.

David Langlois-Mallet

Le désir mâle, faim en soi ou ouverture de l’émotion ?

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Le désir mâle, faim en soi ou ouverture de l’émotion ?

Il y a à être mâle une jouissance qui ne doit rien à la morale, et un appétit des femmes, pas grand chose à l’amour. Assez étrangement, cette dynamiques sexuelle juvénile est un puissant facteur de lien avec le gente féminine. A l’inverse, je me demande parfois si la dynamique affective adulte n’est pas une dynamique d’exclusion, de sélection…

Quand j’étais jeune mâle, j’allais la queue au vent. La ville était un grand terrain de jeu, peuplé d’innombrables et potentiellement désirables femelles aumonde incompréhensible au notre dans ses lois mystérieuses, et qui pourtant y répond étrangement. Répond à la basse fréquence de notre sollicitation qui n’a rien d’amical, à cette urgente angoisse existentielle mâle, qui ne demande que son propre épuisement en fourrant cette fracture de fourrure ouverte entre deux douces cuisses.

Si l’on y songe, la jouissance physique qu’il y a à empaler ainsi, toute vive et palpitante, de douces et délicates femelles au bout de sa tige, tient plus de l’énergie du pillage qui animait les guerriers de l’Antiquité, de l’ivresse de soi, que d’une quelconque forme d’amour ou de soucis de l’autre.

Le désir sexuel masculin, une faim en soi

Notre aptitude à nous sentir homme, dans les débuts de la vie, notre capacité à associer les femmes à sa réalisation ou du moins à son apaisement. Cela m’amuse assez de repenser à l’inconscience de la sexualité que l’on a jeune. J’ai vraiment l’impression que moi, tout autant que les filles de la fac, on faisait l’amour sans savoir pourquoi. Cela me fait rire de penser à toutes ces choses qui se faisaient et se défaisaient (au prétexte de mouvements de grève par exemple), sans queue ni tête, dans ces têtes à queue joyeux et au demeurant au fond peu exigeants. Même si elles le compliquaient quand même parfois légèrement pour la forme et le respect de soi, « le faire » était toutet la sexualité prise ainsi un puissant moteur de découverte du monde et d’ignorance de soi aussi.

Ce sont les femmes, vers la trentaine, qui ont commencé à être exigeantes les premières je crois. A vouloir plus, à chercher autre chose. A penser que la sexe cachait un pouvoir qu’il fallait explorer à deux plus longtemps. A rechercher du lien. Longtemps ce fût pour moi un motif de fuite attisé par mon histoire qui leur était indéchiffrable. Comment un ancien forçat pouvait-il entendre le tintement de chaines sans prendre la fuite ?

Vivre de la chasse et de la cueillette du jour demande beaucoup d’énergie et de temps. La précarité des liens, dans la grande ville, pousse aux amitiés amoureuses, aux retours éternels des ex qui n’en sont plus vraiment. Explorer l’individualisme et la liberté, valorise en creux le besoinde lien et pousse au multipartenariat qui n’est à terme qu’une relation durable avec une hydre féminine au visage unique et aux sexes innombrables (ou l’inverse).

Comment une femme fait-elle un jour effraction ?

Probablement par l’émotion. On pourrait penser que sur le modèle du spermatozoïde entrant dans l’ovule, l’amour serait une effraction masculine dans le monde féminin. On néglige sûrement le fait que c’est l’ovule qui laisse entrer l’un plutôt que l’autre. Si le sexe est une pénétration du monde féminin, l’amour est une immersion dans le monde féminin.

J’ai tendance à voir dans la sexualité de chaque femme comme un petit laboratoire de transformation de l’énergie sexuelle masculine en émotion. Laboratoire plus ou moins perfectionné d’ailleurs. Spécialisé parfois. L’une à tout compris du désir masculin, l’autre s’est formatée au plaisir des hommes, celle-ci se connait à merveille et s’abandonne parfaitement à ses émotions sans réellement les faire partager etc.. Chez certaines, la fascination qu’exerce notre désir provoque une descente jouissive vers la soumission à ce désir, mais à mon sens, la magie des femmes vient de leur capacité à toujours repositionner notre désir en émotion. Ou du moins à essayer, et à nous tendre ce miroir là.

Les femmes qui ne feraient l’amour qu’avec leur corps seraient assez ennuyeuses, je n’en ai pas tant rencontré. Même dans le retrait, c’est leur âme qui retient son souffle, se protège ou s’exaspère. J’ai assez peu fréquenté les cérébrales pour cette raison ; mais il y a de ces femmes détenues en elles-même quoi qu’elles s’épuisent à donner leur corps partout, sans parvenir à briser la coquille dans laquelle elles sont enfermées.

Nos pères nous apprennent que le sexe est le jeu ou le besoin du corps (un bon repas disait le mien), on découvre l’inverse dans le lit des femmes. C’est toujours l’âme d’une femme qui se débat par derrière dans les convulsion de la jouissance. J’imagine que c’est quand il s’en aperçoit qu’un homme passe du sexe à l’érotisme, de la prise de femelles à l’émotion pour une femme singulière et quand il y découvre que parfois ses propres émotions y sont impliquées qu’il entre vraiment dans ce graal de la gente féminine… « la relation ».

Grand enfant bandant fasciné par la magie (et le cinéma) des femmes, je n’avais pas encore pris conscience de mon propre impact d’homme, et du bouleversement que nous opérons aussi dans les corps que nous investissons, et qui se donnent, parfois tout aussi à la légère. (a suivre)

David Langlois-Mallet