Archives pour la catégorie Ephémérides

Textes d’actualité ou tribunes libres. Travailler sur les émergences culturelles ouvre t-il un regard politique singulier sur nos questions d’actualité ? J’espère !

Aznavour, par contre-coup…

Pour des gens de ma génération, Aznavour offrait une sorte d’immersion dans le quotidien d’un couple de commerçants retraités dépressifs; la lourdeur de l’institution du show-biz en plus.

J’étais loin d’imaginer à ses rictus de rentier persécuté par le fisc que certaines de ses chansons aient pu être censurées dans les années 50… qu’il ait pu faire scandale parce qu’il apparaissait à la télé la chemise déboutonnée. Je suppose que c’est parce qu’il était perçu comme « étrange étranger » qu’il a pu ouvrir quelques brèches dans l’amidon compassé des dimanches des français contents d’eux.

Bref cela sentait les dimanches chez Drucker et les gluants et avinés « ma Bohème » sortant des restaurants pour touristes n’étaient pas fait pour me l’attacher.

Quand un personnage célèbre meurt, je pense toujours au pauvre bougre qu’il était, comme toi et moi qui au fond se débat au bout de sa chaîne pour se rendre vivant mais sait qu’il finira seul et entubé, n’ayant même plus l’énergie pour plaisanter les infirmières, cet étrange passage de la vie.

C’était au fond le mérite d’Aznavour de nous laisser un peu cette colle-là dans l’oreille dès le jour de notre naissance, de nous prévenir que, une fois traversée la rue de la vie, nous finirions à l’hospice. De nous faire vieillir juste parce que notre dynamique journée avait croisé une radio dans un vieux taxi. Il nous aura collé à tous un peu de génocide et d’exil dans l’âme, même en chantant Montmartre et on aura eu l’impression de l’avoir vu boire le champagne pour s’en féliciter, seul avec sa fausse blonde en bigoudis dans un pavillon kitch et cossu. Au fond Aznavour, c’était le nain de jardin de la déprime.

Ce qui est plutôt sympa de sa part par contrecoup, c’est que les blogueurs se sont tenus tranquilles. On a pas eu les cris habituels : « aahhhh nnnooonnn », « trooooppp duuurrr en ce moment », tous ces déprimés de la mort des autres avaient leur maître. De même les imaginatifs « RIP machin » avaient hier rendu les armes devant le parolier indépassable de « tu t’laisses aller ». Et ça, pour moi qui redoute la mort de Renaud ces temps-ci comme jour de gloire de tous ces benêts lacrymogènes, ça n’à pas de prix. Rien que pour ce seul moment de retenu, celui du public, chapeau l’artiste !

Langlois-Mallet

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Affaire Benalla : JupiterPan, d’un 14 juillet l’autre

Ce qu’il y a de passionnant derrière cette affaire Benalla c’est la façon dont la République reprend la main sur le monarque. C’était attendu bien sûr ! comme match retour de la séquence « verticalo-jupitérienne » que Macron nous joue depuis pile un an et le limogeage du chef d’Etat-Major des armées.

Si vous rembobinez le film, vous revoyez le gamin avec une voix de fausset ( « paaaarrrcceee que c’est noootre projeeeet » élu président par accident avec la poussée des médias d’affaires, en faisant tomber Fillon sur une affaire semblable.

Pour le rendre crédible à l’époque, il fallait surjouer la fonction monarchique, la verticalité. D’où l’invention par ses communicants d’un costume de Jupiter pour Mercure. Dans un premier temps, cela plait énormément aux Français. Tout simplement parce que devant l’étalage des égoïsmes et des intérêts privés que donne le jeu politique républicain, il y a une très grande soif de recadrage, de prise de responsabilité etc.

Là ou cela coince c’est qu’il faut pour ce costume, taillé pour des rois qui y étaient dressés dès le premier biberon, soit des personnages de haute moralité et de haute stature habités par le sens du collectif. Un prince de bonne facture moyenne peut faire le job, mais un politicien doit être un homme d’exception. Ayant des qualités à contre-courant de celles qu’ils faut pour mener une carrière politique. Bref, Macron n’est pas de Gaulle.

Comme un ouragan, un effet steph de Monac’

Quand le prince n’est qu’un simple humain épris de son ego (ou de babioles qu’il veut avoir avant 50 ans), la Cour ressemble plus à celle des Médicis qu’à celle des Bourbons; le Prince devient son obligé et non son maître. Intrigues, favoris et mignons mènent le jeu et perdent au contact du soleil le sens des réalités et des mesures.
C’est d’autant plus vrai pour un simple gorille de S.O. que le Prince voulait promouvoir sous-préfet à 26 ans… En plus d’un titre de Lieutenant-Colonel, d’un salaire de ministre, d’une voiture de police et d’un appartement de fonction… Sûrement cet homme à tout faire « tenait-il » le Prince par des secrets tels, qu’il ne pouvait rien lui refuser. Jupiterpan et tout l’Etat derrière lui (ministre, police, armée…) devenait l’obligé d’un garde du corps épris de vidéo paramilitaires.

Je ne crois pas à la spontanéité de la vidéo du premier mai à la Une des journaux en juillet. Je pense plutôt qu’il y a un profond raz-le-bol de la République** et qu’elle n’a pas choisi au hasard l’angle en tirant sur ce mignon. Elle sait qu’en cascade de révélations ou en silence négocié, Macron sera durablement affaibli et que le monarque devra rentrer petit à petit dans le costume du président; gérant et pondérant les avis et les intérêts des corps constitués, et des espaces de pouvoir des uns et des autres.

A moins que le Prince ne s’entête dans le silence, ne renvoie les Parlements, ne s’obstine dans l’aventure d’un isolement autoritaire protégé par ses pleins pouvoirs et par ses obligés… Bref, que Peter Pan reprenne la main, ou que la présidence normale lui soit imposée, la séquence Jupiter aura vécue, d’un 14 juillet l’autre.

Langlois-Mallet

Deux précisions :

* « Mignon » sans connotation sexuelle obligée, au sens de favori sans retenu d’un prince sans dimension. La cour d’Henri III était juste raffinée et cultivée, elle était l’objet des calomnies des hommes de guerre.

** « République » Ici toutes les personnes ayant une part au partage du pouvoir démocratique (corps constitués, hauts fonctionnaires, élus d’opposition journalistes d’opinion etc) et par extension toute la France républicaine active politiquement et humiliée depuis un an.

Coupe du Monde, 14 juillet : L’Afrique nous parle à travers la France

D’abord pour dire les liens qui nous associent dans le succès. Je lis de l’amour et de la fierté dans cette image – postée par une amie Africaine de France- des joueurs de l’Equipe de France au côté des drapeaux des pays de leurs ancêtres.

Les pays francophones, les anciennes colonies de l’Empire Français nous disent que, quand bien même (le colonialisme, l’immigration économique, la françafrique, l’indifférence…) ils construisent avec leurs enfants nos succès.

Ces enfants sont Français. A 100% et cela devrait aller sans dire. Ils savent ce qu’ils doivent à l’excellence de la formation française mais aussi à celle de leur famille, ils sont métis et c’est une chance.

Je pense que c’est une invitation à réfléchir sur nos liens avec l’Afrique. Ce que nous réussissons et ce que nous ratons. La façon dont nous nous conduisons aussi, dont nous regardons les parents des N’Golo quand ils viennent descendre nos poubelles dans les froids matins ou quand nous les laissons mourir en Méditerranée, quand nous leur refusons l’accès à la France ou à la formation auquel notre langue leur donne droit puisque nous l’avons exportée.

Boubous et tricolores

La France fait la fête et tant mieux !

Elle est fière des succès de son équipe car elle y voit la preuve que le génie français, ici celui de sa formation au foot, existe encore et peut triompher. Que ceux qui disent qu’il ne faut ni fierté, ni confiance en nous se trompent et nous trompent.

C’est important qu’elle regarde aussi – en pleine crise identitaire- l’universalité de ce génie français. Que l’avenir c’est de réaliser de beaux alliages. Que le notre n’est ni une question de « générosité humanitaire culpabilisée » de gauche, ni une question  » de « succès nationaliste égoïste » de droite. C’est juste nous. Ce que l’on fait dans le football, on peut le faire partout ailleurs. Il y a juste un potentiel de civilisation et de développement extraordinaire ensemble.

La France métissée et éternelle envoie avec ses footballeurs un message positif à l’Europe de Salvini et de Orban. Des pays qui n’ont pas la même histoire et auxquels nous n’avons ni à faire la leçon, ni à imiter.

Nous avons à être nous-même et à montrer l’exemple. A faire la fête avec l’Afrique à travers le football, mais surtout à étendre ces succès à tous les domaines ensemble. Sinon nous serons, un peu comme avec la France Black-Blanc-Beur de 98 dans une utilisation cynique du capital humain, qui se retournera en déception.

Car je crois que l’on touche derrière ses questions notre mystère français profond, puisque nous sommes le 14 juillet, tel que posé par la Révolution Française. La civilisation française est-elle juste celle des belles paroles ou est-elle capable de les mettre en actes ?

On verra dimanche ce que montrent les footballeurs, mais au fond peu importe. Pouvons-nous être autre chose que les mots des Droits de l’Homme et la réalité de la Françafrique ? Ça ce n’est pas le ballon qui le dira. Mais le football nous montre juste que c’est possible.

Langlois-Mallet

Tous ensemble avec les Bleus

France Belgique : Succès des pays de Légion Étrangère

Football-Immigration et nation

La Belgique et la France : Succès des pays de Légion Étrangère

On peut déjà tirer pour bilan du Mondial que l’Amérique Latine, d’Eldorado du football, en est devenue la deuxième division. Que les pays d’Asie, d’Afrique n’émergent pas, sûrement pas faute de talents ou de passion, mais faute de méthode et de cadre structurant. Que ceux d’Amerique du Nord n’étaient même pas présents.

L’affaire sérieuse se limite à une super coupe d’Europe, opposant presque caricaturalement des pays moyens qui puisent dans un vivier éthique assez homogène les ressorts culturels d’un jeu stéréotypé et étroit. Cela est vrai pour le dernier carré de la moitié faible du tableau (Angleterre, Suède, Russie, Croatie) et dans une certaine mesure pour les grands éliminés, Espagne, Allemagne ou absente Italie. Et d’autres qui a l’opposé, comme la France et la Belgique, tirent un fort parti de leur capacité à intégrer les cultures et les immigrations dans un jeu « vif et brillant »

Immigrations au pluriel et ce dans plusieurs sens du mot. Il s’agit pour ces deux meilleures équipes à la fois de la détection des talents des milieux populaires (donc souvent descendants des anciennes colonies ou de l’immigration) et du bon alliage avec les « locaux. »

Victoire d’équipes mondialisées

Les immigrations aussi dans le sens de la mondialisation l’expatriation économique. Puisque les Français et les Belges, ont comme autre point commun d’avoir de petits championnats peu intéressants, et d’exporter leurs travailleurs dans les grands championnats européens (Espagne, Angleterre, Allemagne et Italie).

A ce jeu du cadre national et du métissage il sera intéressant de voir le résultat de la vraie finale créative que sera France-Belgique. Car les Belges poussent à fond la logique, l’encadrement est assuré par des non-Belges, l’entraîneur est Espagnol, son adjoint ancien champion du monde français Thierry Henri. Ce collectif, fonctionne d’ailleurs dans la langue de la mondialisation : le globish (global English), comme si la Belgique y trouvait les solutions de sa crise identitaire.

Les Français de Deschamps fonctionnent au contraire sur un cadre très national, structurant et pilotant les diversités. On notera au passage pour la tambouille interne le pas d’avance pris cette fois par la France black, sur la France beur.

Un Benzema moins « victime de racisme » même si tous les posts insultants d’extrême-droite auraient pu donner envie de le soutenir en dépit de la raison) que de son comportement à l’instar de toute une génération dorée des talents du football français (d’Anelka à Ben Arfa) que tout le monde, Aimé Jacquet lui-même me l’avait confié, voyait empilant plusieurs Coupe du Monde de suite… avant de sombrer dans des errances de gosses de riches.

A voir, devant les médias, la maîtrise de lui-même de vieux chanoine de nonciature d’un Mbappé de 19 ans, il faut croire que la DTN a mis les moyens sur la formation civique et morale à côté et au niveau de l’excellence de sa formation footballistique.

Puisse les succès du ballon tricolore, donner des idées aux dirigeants du pays. La France gagnerait autant à échapper au replis identitaire qu’au replis communautaires -qui sont les deux faces d’une commune déroute- pour offrir une structure et un projet commun aux diversités culturelles qui la composent.

En attendant de voir si cette leçon du football lui vaut bien une coupe du monde de plus.

Langlois-Mallet

France Insoumise, ce qui a sonné juste ou faux

En guise de bilan de la semaine où j’ai titillé mes Ami-es de la France Insoumise (pour leur bien, j’ai bon fond), je reviens sur trois points précis. La rue, l’hémicycle et Mélenchon qui m’ont paru être l’exploration de trois type d’opposition. Avec des hauts et des bas qui révèle la quête d’identité de ce jeune mouvement.

Mélenchon et la présidentielle

C’est votre Ronaldo. A mon avis, quand on a un joueur comme cela, on ne l’enferme pas dans un programme, fût-il de la France insoumise, on le laisse libre pour le mettre dans sa meilleure expression. Il pouvait bien sur gagner la présidentielle, mais pas avec votre attitude. Je m’explique.

Vous pensez qu’il doit vous représenter, faire gagner vos idées et convertir 50% des Français-es à votre programme. C’est une erreur. Renoncez à convertir les autres dans ce cadre. Ce qui est une vérité dans le porte à porte, sur les marchés, dans le travail militant, n’est pas la vérité du pays.

« Votre » candidat n’est pas à vous. Il est chargé d’établir une négociation majoritaire entre vous et des gens qui ne pensent pas comme vous. C’est ce malentendu sur la nature même du pays, qui vous empêche de le représenter.

Vous êtes dans la situation d’un garçon révolté qui serait tombé amoureux d’une petite bourgeoise. Vous l’invitez à dîner et vous lui parler de tas de trucs qu’elle aime entendre : la Révolution, Robespierre et la Constituante, Cuba, Che Guevara… Et vous tombez de l’armoire le jour où elle part au bras d’un petit cadre de banque, minable cravaté, qui en plus la roule. Vous vous sentez floué.

Elle ne vous a pas manqué de sincérité pourtant. Elle aime bien vous entendre. Elle aime bien votre personnage. Mais vous n’avez pas entendu ce qu’elle attend de la vie. Posséder un pavillon et entendre rentrer la voiture de monsieur le soir pour qu’il lui raconte sa poignée de main avec Trump.

Elle aurait pu même partir avec vous si vous vous en teniez, comme Mitterrand, comme le PS, à l’idée en sachant que c’est pour de faux. Mais elle a vraiment eu peur que vous ne la fassiez dormir dans un squat cerné par des CRS à un moment.

Si vous l’aviez compris, vous auriez pu même négocier un projet de vie ou elle vous aurait attendu dans le pavillon et vous lui auriez raconter le soir comment vous vous êtes battu toute la journée. Mais la pousser elle dans la bataille (peut-être pour éviter en fait d’y aller vous-même ?) cela n’est pas passé.

Croyez m’en, si l’histoire repasse le plat (ce dont je doute fort). Laissez Méluche y aller à son idée. Soutenez-le, mais laissez le libre. Comprenez qu’il ne vous appartient plus, mais qu’il tisse un pont entre vous et d’autres avec lesquels vous ne pourriez pas communiquer sans vous énerver.

Ne proposez pas de projets délirants

Réalisez-les si vous le pouvez, mais cessez de les proposer.

La question d’une présidentielle est : pouvez-vous être le président ? C’est la seule à laquelle il faut répondre. C’est oui, ou c’est non. Que ferez-vous de ce job dans ce cadre là ? Ce n’est pas un entretien d’embauche où vous allez expliquer au recruteur que vous allez faire autre chose, virer le conseil d’administration de la boîte, déménager et changer le personnel. Personne ne vous prendra jamais.

Entendez-bien que je ne vous demande pas de renoncer à vos idées. Vous pouvez tout à fait vouloir rejouer la grande scène fondatrice de la Révolution Française. Comprenez juste que ce n’est pas le rêve de tout le monde, que c’est minoritaire, même à l’époque. Comme le disait Saint-Just « L’appel au peuple, c’est le retour de la monarchie. »

Les Français vous pardonneraient même (ou pas) le de faire vraiment, dans un mouvement réel, par exemple de l’Assemblée Nationale elle-même votant sa dissolution ou se proclamant Constituante (ce qui a du sens). Pas d’en faire le prétexte d’une présidentielle. Hors sujet, comme l’on dit en cette période d’examens.

L’opposition de rue

Vous avez compris que je n’ai pas été séduit par la séquence Rue de la France Insoumise qui va de septembre à mai. Chacun son genre de beauté et il me semble que l’opposition y a perdu pas mal d’énergie, en vain. Cela a d’ailleurs eu l’effet inverse : lever la menace de la rue pour Macron et pousser ces extrémistes de l’argent à lâcher encore plus leurs coups. Pas vraiment une réussite.

Vous me direz, tout épuisé par tout ce barnum, que Mélenchon a fait l’unité avec la CGT. Belle affaire. Mais dans le meilleur des cas, cela reste une question d’appareil. Pas de manif, s’ajoutant aux manifs.

Le fond de la question, c’est que vous avez fini par vous persuader vous-même dans la campagne présidentielle que vous être le peuple et que vous êtes des millions, ce qui est faux. Vous n’êtes pas le peuple. Et quand vous descendez dans la rue, vous n’êtes pas 6 millions. C’est une fausse route.

L’Assemblée

J’ai trouvé (et je ne crois pas être le seul), très convaincant la séquence d’opposition parlementaire qui va de juin 2017 à septembre. Vous avez bousculé le pouvoir. Vous avez fait émerger de nouvelles têtes et des talents. Macron a coupé le direct de l’Assemblée aux maisons de retraite ? Vous avez fait le buzz sur les réseaux sociaux. Vous avez amené de la jeunesse, de la fraîcheur, de l’argument, construit une opinion et franchement c’est votre meilleur rôle.

Vous êtes un mouvement politique qui représente les intérêts du peuple, pas le peuple. Et ce n’est pas une injure de vous dire cela. A vous de persévérer à le convaincre, à faire des militants, à élargir vos succès électoraux. A mettre un des vôtres, pourquoi pas, à l’Elysée. Bref, à faire le travail d’un parti politique. Vous serez peut-être un jour assez fort et assez confiant pour vous reposer à nouveau la question des alliances et non pas le rêve un peu adolescent que l’on emporte tout tout seul à ses conditions. Un rêve bien utile pour fonder, mais insuffisant pour le réel.

Langlois-Mallet

Retour sur les erreurs de la FI et de Mélenchon

Je continue ci-dessous le débat avec les militants FI de ma page car je reste persuadé que l’impasse actuelle des oppositions vient de leur analyse erronée de la Présidentielle.

Non les Amis. Non seulement vous me comprenez de travers (je ne mets pas la défaite politique sur le dos de Melenchon, plutôt sur celui de la FI en dernière analyse), mais surtout c’est vous qui êtes dans un temps long, persuadé que la défaite n’était pas grave au fond, car l’histoire repassera les plats.

Je ne suis pas sûr du tout qu’une configuration aussi chanceuse, à hold-up, que 2017 se représente à nouveau.

Vous vous placez dans un militantisme aveugle, avec l’idée qu’ayant forcément raison vous êtes naturellement majoritaires. C’est une conception erronée.

Les gens vont ressentir les mêmes craintes que vous mais vont le traduire différemment.

25% vont se dire, il y a trop d’immigrés, il nous faut un chef qui remette de l’ordre.

25% il nous faut plus de libéralisme et d’Europe.

25% c’était mieux avant, revenons à des valeurs traditionnelles et abaissons les droits sociaux.

Et seul le dernier quart va se dire, c’est de la faute au capitalisme.

Sans discuter du fond, il est clair que tu ne peux gagner que si ton candidat est perçu comme une solution acceptable par d’autres familles (ce qui a d’ailleurs été le cas pour Macron).

Melenchon typiquement incarnait l’autorité et en un certain sens la tradition française. Il aurait dû être cette porte de sortie.

Je crois que les militants de la FI l’on bouchée. Parce qu’ils veulent au fond faire monter les enchères et maintenir Le Bras de fer avec la société française « Vous allez nous donner raison » (y compris sur des choses inacceptables pour la majorité (typiquement la Constituante VIe République, le Bolivarisme…) c’est à dire la boite de Pandore d’une aventure hors des rails constitutionnels. Je pense qu’un vieux pays à une mémoire, qui n’est visiblement pas la même que celle des militants de la FI, sur le processus de la Révolution.

Langlois-Mallet

La Gôche me fait penser à une aventure d’adolescent

J’avais croisé à quatorze ou quinze ans, des monômes de lycéens qui jetaient de la farine et des oeufs sur les passants; et cela avait enthousiasmé et enflammé mon moi séditieux.

J’avais couru m’approvisionner à mon épicerie et j’étais revenu semer la pagaille dans les rues du Quartier Latin, me pensant vraiment en train de faire tomber le gouvernement parce que je lançais des oeufs (à tir tendu quand même…) contre les voitures de police qui protégeaient la rue de Bièvre où vivait Mitterrand…

Nous sommes remontés tout au long de la rue Monge. Ceint de mon écharpe rouge à la taille, comme un drôle de général rouge chouan à la tête de ses troupes, je me suis mis à parlementer avec un dodu fromager à moustache arc-bouté contre sa porte vitrée à qui je réclamais des munitions d’oeufs en échange de ma magnanimité à épargner sa boutique… « Donnez-moi des munitions et j’ordonne à mes troupes de se retirer… »

J’ai d’un seul coup vu son regard crispé s’éclairer d’un grand sourire et j’ai entendu derrière moi « Ah, celui-là on le tient ! » Deux nobles représentants des forces de l’ordre en civil, venaient de surgir comme la réalité dans ma saynète imaginaire et comme des fauves sur leur proie, matraque au poing, pour me choper par le col de ma veste de velours vert.

Ils ont eu la gentillesse de m’épargner (en ces époques bon enfant, on ne blessait pas encore les gamins pour rien). Et je me suis retrouvé, bien serré contre eux à l’arrière de leur voiture sirènes hurlantes dans Paris, fonçant vers le camion de fourrière où je devais voir arriver nombre de mes copains de jeu de l’après-midi. Les écoutant se féliciter de tenir « un meneur », « un excité. »

Sorti à la nuit tombée bon dernier du commissariat – où j’avais il est vrai fait l’animation en chanson pour remonter le moral de mes troupes – j’ai eu tout le temps de repenser à ce moment où l’on se croit à la tête d’une vague parce qu’on est plongé dedans et où l’on se retourne seul sur le sable du réel pour constater quand elle n’est plus là, qu’elle n’est pas nous.

Impression que j’avais eu à la rentrée 2016 aussi. Après avoir vécu dans et du mouvement de 95, le continuant avec les autres meneurs pendant les vacances de Noël au sein du dernier carré de la Coordinnation Nationale Etudiante, pour se retrouver seul (avec sa petite amie compatissante) à tracter face à la vague des étudiants rentrant en cours, les précieuses et immortelles paroles et les impérieuses exigences collectives sur double A4 qui devaient remettre la France oublieuse en mouvement…

J’ai parfois un peu cette impression avec les orgas de Gôche

Elles vivent tellement dans l’imaginaire des forces passées (comme le gamin que j’étais pouvait l’être des mythologie de la Rue Gay-Lussac ou de la Sorbonne insurgée et occupée, dont j’avais eu l’honneur d’être in-utero) celles de Fourmies ou de 36, qu’elles oublient que le monde du travail a été domestiqué par TF1, colonisé par l’Empire imaginaire de l’Oncle Sam, repu de consommation puis asséché par la précarité, désorganisé par les crises identitaires, clairsemé par l’individualisme, éparpillé par les écrans, détourné par le Lepénisme avec la complicité de Mitterrand, trahis et retrahis dans tous les sens par le PS… Et qu’il ne s’agit plus de mettre quelques logos au bas d’une feuille pour retrouver dans la rue la substance de ce qu’était les syndicats avant 47 ou la gauche politique avant le Congrès de Tours.

Il est bel et bon que des mouvements fassent causse communes (enfin), mais c’est un peu pour cacher leur faiblesse. Le Peuple, mythique objet, a déserté. Il est perdu pour lui-même. L’espoir du partage du Capital n’y suffira. Pas parce que l’idée serait trop vieille, mais parce qu’il n’y a plus de culture commune. Rien qui rassemble. Fasse sens et corps. Pas de lieux partagés surtout.

Les Tiers Lieux et terreaux politiques

Dans beaucoup de travaux, j’ai insisté pas mal d’années durant, pour faire comprendre la nécessité de ces lieux populaires dans la construction d’un avenir possible, c’est à dire d’un imaginaire commun. A Paris, là où je sévis, ils ont été méthodiquement démontés et récupéré en show-room par la pseudo gauche municipale, aujourd’hui sans assise populaire, comme le gamin que j’étais devant la vitre du gros commerçant.

Il fallait voir les pauvres derniers représentants des Verts par exemple à la manif, démonétisés sous leurs drapeaux délavés, pour se souvenir de leur force vive qu’ils ont eux-même méthodiquement détruite, mais ce serait là m’amener à compter d’autres aventures.

Pour l’heure où est le peuple ?

Voilà la question d’où il faut repartir. Quelles sont les référents communs existants dont on peut repartir pour refaire corps social ? Quelles sont les batailles de demains et les angoisses d’aujourd’hui qui n’ont pas encore été mises en mots pour se mobiliser fructueusement ?

La vieille nation a sûrement encore son mot à dire, pas seulement parce que le maillot bleu mobilise les foules, mais parce que c’est le seul espace où une souveraineté populaire, volée lors du référendum de 2005 sur l’Europe, peut se reconstituer.
Mais bien sur le péril est immense. Car l’extrême-droite a pris de l’avance pour en corrompre le noble idéal universel Français en replis identitaire haineux. Elle continue tant à servir d’assurance-vie au pouvoir pour les deuxièmes tours, de poison influent pour son action quotidienne (on pense au Collomb mal dépisté), que de remède pire que le mal si elle parvenait au pouvoir. C’est qu’en fait, par le mépris et la violence, elle en fait déjà parti.

L’idéal de Résistance aussi. Car, même si les historiens vous diront qu’il s’agit de mythes construits en grande partie après-coup, ces derniers sont plus actifs pour les humains que la réalité. Vercingétorix, Sainte-Geneviève, Philippe Auguste Jeanne d’Arc, Danton, Bonaparte, Louise Michel, Jaurès, Clémenceau ou le Pétain de Verdun, De Gaulle… Ne sont pas pour rien des figures de l’imaginaire qui ont toutes en commun d’avoir dit « non » et renversé des situations désespérées en victoires improbables.

Même si les gens sont perdus et égarés sous la domination médiatique, culturelle de l’argent, les valeurs d’indépendance et le mot sacré de Liberté, ne peuvent pas être, eux tout à fait perdus. La foi d’universel humanité, présentes tout au long de notre histoire et intrinsèque à un ADN Français tel qu’il s’est exprimé avec éclat dans les Lumières et la Révolution, comme le rêve patient de Grande Nation tel que l’on forgé les Capétiens à travers les siècles, ne peut pas être perdu tout à fait. Même irréconciablement affrontés nos ancêtres travaillent en nous, pour nous; ni les siècles et les siècles de sourd travail du peuple pour la Justice et l’Egalité, ni l’orgueilleux honneur de se battre et de mourir de l’aristocratie ne sont tout à fait morts en nous.

Dans le sang qui coule des petits bobos et des blessures graves ces temps-ci sous la répression macronniste, il y a ce qui nous lie à jamais à Bouvines, à Valmy, au Vercors, à Fourmies, plus encore à Paris à ceux de la Commune dont c’est anniversaire. Même dans les manifestations atones, il dort dans nos atomes le courage des grévistes de Germinal. Et dans nos larmes, des neiges d’antan.

Mais où ?

Langlois-Mallet

Notre ADN au danger de Macron

 

Qu’est-ce qui nous fonde ? Quel est le nous ? Et en quoi en sortons-nous ? Regardons le dans ce creux, macronniste.

Les frappes militaires sans preuve avec Trump

Parce qu’elles détruisent le crédit d’une politique étrangère indépendante. Aussi loin que l’on regarde l’histoire, la France est une voix qui parle en dehors des Empires et des inféodations et qui en appelle à un droit supérieur, à une certaine idée ou aux Droits de l’Homme. Même au temps médiéval ou l’Empereur ou le Pape avaient la prééminence sur le monde, il y avait une voix de la France qui était une voie. Chaque fois que l’on se retrouve, c’est que quelqu’un l’a porté de nouveau. Que ce soit De Gaulle ou en dernier lieu, le discours de Villepin. Donc l’opposé de cet ADN nous avili, que ce soit Laval ou que ce soit l’OTAN.

Les milliards donnés aux plus riches et pris aux modestes

Notre ADN, c’est aussi l’indépendance du politique par rapport à l’argent. Prenez les idéaux d’Egalité de la République ou prenez les Capétiens qui ont toujours embastillé les banquiers (des Templiers, à Fouquet en passant par Jacques Coeur), invoquez Robespierre ou Philippe Le Bel, il n’y a rien au dessus de l’indépendance de l’Etat par rapport à l’argent. C’est l’exact contraire d’un président élevé dans les salles de marché et porté au pouvoir par la commission Attali.

L’abandon des réfugiés

Avec l’indépendance, sans laquelle il n’est pas de politique possible, tu as l’élan humaniste. Si la France n’est pas mue par un élan humaniste, si elle n’est pas transcendée par les valeurs humaines, elle devient un pays comme les autres. Certes, la France s’inscrit dans le concret, elle a des intérêts et parfois elle peut-être déguelasse aussi. C’est l’aimer que de le reconnaitre. Les taches de l’esclavage ou de la colonisation restent, tenace, même en se lavant les mains. Mais les fautes, les erreurs, les crimes parfois ne doivent pas faire abandonner ou abdiquer de ce qui élève. Nous sommes de tout temps un asile. La terre de France rend libre selon l’adage formalisé au XIVe siècle, « tout homme à deux patrie, la sienne et la France » comme l’édifiait le XIXe siècle. Ceux qui viennent ici chercher la liberté et la paix, et à qui notre culture doit tant, doivent la trouver. Raison pour laquelle la politique actuelle de main fermée à ceux qui se noient en Méditerranée est indigne, vichyste et opposée à nos valeurs. Raison à contrario pour laquelle on ne devrait pas non plus hésiter à éjecter ceux qui viennent y semer la désolation et qu’un principe dévoyé voudrait nous imposer d’héberger en prison.

Dans ces trois abandons, la Liberté de la France, l’Egalité républicaine et la Fraternité humaine, résonne trois fois le glas de nos valeurs cardinales et nous dit que quelque chose est en danger.

La destruction de la démocratie républicaine

On sait l’impasse dans laquelle était parvenu un jeu politique binaire, alternant les politiques semblables et un jeu d’opposition de façade. Le peuple dans sa colère de le dynamiter à fait émerger un dictateur, doté d’un parlement à sa main, recruté par CV au plus docile. Ce qui est détruit, c’est l’élaboration même de la loi par le dialogue, c’est la possibilité d’un accord ou d’une justice. Désormais il n’y a qu’un équilibre possible, celui qui se fait dans la tête du chef entre son hémisphère droit et son hémisphère extrême-droit, entre sa dévotion à l’argent et son culte de l’autorité. Tout le monde est exclu de la politique. Pourtant là encore, la France de tout temps, cela a été des parlements qui délibèrent, construisent une opinion, adressent des remontrances au Roi, voir s’opposent à lui.
Macron – je le dis souvent pour éviter la confusion – a raison quand il restaure et assume la force de l’exécutif. La France silencieuse le suit pour cela, qu’elle déteste d’abord l’immobilisme et a besoin de se reconnaitre dans celui qui assume le mouvement, une part de nous-même est indécrotablement royaliste. Autant l’assumer. Mais le réflexe vital de la République est tout autant et absolument identitaire. Qu’il s’agisse du réflexe parlementaire des élites ou de l’expression du peuple, de la rue. L’un est réduit au silence, l’autre à la matraque contre à la fois toute notre identité parlementaire. Cette rupture est porteuse de tous les dangers car les tensions doivent pouvoir s’exprimer, dans la rue ou dans l’hémicycle et non se limiter à la couche royale.

Vers un pouvoir absolu

Parallèlement, un certain nombre de lois viennent confirmer cette inquiétude. Il y a la sortie de l’Etat de Droit au profit d’un régime policier à la faveur de la peur du terrorisme. Quasiment tous les pouvoirs de police, jadis exceptionnels, sont donnés en roue libre et sans contrôle désormais, à l’exécutif. La loi sur le Secret des Affaires bâillonnera les quelques rares voix de journalistes qui se frayaient encore un chemin dans un contrôle déjà quasi absolu des affairistes sur la vérité. Le chemin n’est pas celui de l’Ancien Régime, comme on le lit à tord, mais celui du Bonapartisme. Non pas celui élaboré par des centaines d’années d’équilibre et de rapports de force, non pas celui de l’enthousiasme pour des libertés nouvelles, mais l’ivresse d’un homme seul pour le pouvoir absolu. Là encore, le contraire de ce qu’une grande nation a élaboré durant toute son histoire.

La destruction du service public

S’il est bien un point d’appuis de l’histoire Républicaine, c’est l’armature qui assure un héritage à ceux qui n’en ont pas. Qu’il s’agisse de l’école de la République et tout aussi fondamentalement de l’accès au savoir (et non d’un passeport pour l’emploi à laquelle on feint de la réduire) que représente l’Université. Il en va de même de la SNCF dont on devrait se glorifier qu’elle assure la déserte écologique de chaque point du territoire dans un maillage unique. On ne parle pas des privatisations qui ont commencé bien avant, des abandons stratégiques, c’est à dire irremplaçables (comme Alstom). Mais que dire des hôpitaux soumis à la dictature du rentable quand ils sont faits pour l’accueil de tous les besoins ? Aller vers un système marchand dans tous ces domaines, c’est promettre à tous ceux qui ne sont pas riches qu’ils seront mal soignés, que leur espérance de vie sera indexée sur leur portefeuille. C’est renoncer à une société en paix, en quiétude et en prospérité pour fabriquer de toutes pièces une France de la survie perpétuelle et de l’anxiétée qui là encore n’a jamais existé que dans les périodes de crise. C’est faire absolument le contraire de notre histoire de progrès, c’est une mise en chaos.

Notre part dans la destruction dans la vie

Le dernier point semble peut-être le plus délicat, car il ne relève de l’innovation. C’est justement là d’ailleurs que la réflexion sur la tradition, ou sur l’ADN, sur les valeurs fondamentales prend tout son sens. On affronte bien la nouveauté qu’autant que l’on sait s’appuyer sur la tradition. Il n’y a pas d’un côté la répétition bête du passé et son rejet dans la rupture innovante. C’est parce que l’on a des racines que l’on va plus loin. L’écologie politique (et ça là mon grand point de désaccord avec ceux qui s’en réclament) n’est pas un élément hors-sol à faire germer en dehors de son contexte; c’est le produit même de ce contexte confronté à une situation inédite.

On est en face d’une situation absolument, radicalement nouvelle. Notre addiction pour le carbone, notre épandage de chimie, notre intoxication au plastique ont produit de l’irréversible. Nous n’avons pas pris conscience que dans le désert de glace et de roches, dans les silences fracassants des galaxies, nous étions le produit inouï d’un hasard incalculable, l’expression de la conscience, de la parole et de l’action dans le peut-être unique exemple de vie biologique.

Nous sommes lancés à 10 000 à l’heure dans une destruction de ce miracle. Il n’est pas certain que nous puissions sauver quelque chose si nous changions tous de direction et pourtant cela devrait être l’unique chose sérieuse qui nous occupe. Et bien non, raté, ce pouvoir croit en la toute puissance de l’accération de ce qui nous détruit. Plus d’argent, plus de compétition, plus de destruction. Ce qui pourrait être la gloire immortelle de ce concentré de pouvoir et d’animation du réel qu’est un président de la République, ne l’intéresse même pas. Il y a du fric à faire.

L’abandon enfin de la Culture

Je crois que je n’aurais pas été complet en ne terminant pas ce petit tour d’horizon par le coeur du réacteur, la Culture, en fait ai-je parlé d’autre chose ?
On a dit que ce président (qui se vante comme aucun d’avoir lu des livres et que ses conseillers en com’ déguisent en philosophe, parce que justement sa politique n’en a pas) se singularisait par le fait qu’il n’avait pas de politique culturelle. Malgré des mots choisis, c’est au « Choose France » qu’il invite, faisant fleurir par imitation sur tous les murs des affiches un franglais, un globish, insultant pour l’esprit et appauvrissant.
C’est parce que ce monde insipide et en autodestruction est d’inspiration anglo-saxonne que l’on n’entrera pas dans le rêve de ce qui nous détruit. C’est parce qu’il y a uniformisation par l’anglo-sphère que tout ce qui résiste se confond avec tout ce qui est différent. Et c’est parce que le Français est notre levier de ces singularités et la matrice de toutes nos spécificités politiques* qu’il est notre véhicule de résistance et que nous devons nous opposer à ceux qui veulent nous le faire abandonner.

C’est parce que tout ce qui fonde un « nous » est ébranlé par le nom que se donne le pouvoir de l’argent, Macron, qu’il est utile de se mobiliser tant pour le comprendre que pour se comprendre, tant pour résister que pour exister.

Langlois-Mallet

Note de contexte :

Je n’ignore pas que la France est composée de très nombreuses tribus, et ce depuis toujours. Si je choisi pour ma part d’ignorer les appartenances – et ce jeu de balancier un peu faux ou chacun répète la part de vérité de la sienne à l’infini pour défendre sa position contre les autres – c’est que m’intéresse ce qui dans l’équilibre des contradictions, fait le commun et le sens d’une aventure. Car être Français, ce n’est pas appartenir, c’est s’inscrire à son corps défendant ou de tout coeur dans une aventure millénaire.

Une amie FB, m’écrivait ce qu’elle avait aimé dans le pouvoir actuel (il a ouvert les bibliothèques le dimanche parait-il). A ce compte là, je suis sûr que pourraient faire s’entendre Marine Le Pen, Les Indigènes, Nathalie Arthaud et l’Abbé de Nantes. Il n’y a plus besoin de politique en fait, faisons un club avec ceux qui ne mangent pas les petits enfants et le carillon de l’église voisine battra la Marseillaise et l’appel du Muezzin, tout sera bien.

Un autre, sans prendre la peine de me lire, m’a reproché de m’intéresser à Macron (et m’a balancé un appel de fond pour son dernier projet). Ceux qui font un peu attention, se sont pourtant rendu compte que ce qui m’intéressait, c’était ce qu’il dégageait en creux. Macron, c’est à peu de choses prêt le contraire de notre ADN et donc la garantie d’une sortie de route.

 

Les souffrances du jeune Macron

synopsis de roman d’initiation à offrir à Mélenchon et qui contient en coda, une réponse aux amis de la F.I sur les blacks-blocs.

Nous savons tous que le système de croyance dans lequel nous vivons -celui d’une expansion permanente du nombre de billet de banque, cette vaste imprimerie du vif – ne peut exister qu’en détruisant la Terre. Car la taille de notre espace est limité à 510,1 millions km². Nous vivons actuellement cette destruction.

Les jeunes ont ce chaos pour avenir. Certains meurent, comme les abeilles. D’autres se droguent. D’autres ferment les yeux, bouche leur esprit et pédalent. Macron pédale plus vite.

Premier de la classe, il a compris que la croissance folle n’était possible qu’en détruisant follement. Si l’on veut garantir aux hyper-actionnaires le taux de profit à deux chiffres, il faut les exempter d’impôts, de participer aux frais communs. Il faut accepter que les voies ferrées deviennent dangereuses (ou mieux que la SNCF s’endette auprès d’eux); il faut accepter le cynisme de dire aux infirmières que les problèmes de l’hôpital vient d’elles (50 vieux ou malades lavés en 5mns chacun ? Elles pourraient faire mieux tout de même !). Etc… rapportez l’exemple à votre domaine professionnel. A part si vous êtes sprinter, cette course au rentable n’a aucun sens, n’existe dans aucune civilisation. Nous vivons la barbarie.

Pour être premier de la classe, il faut tout casser. Pour faire toujours plus d’argent, il faut aujourd’hui tout détruire. Macron est là.

Outre l’ENA, le jeune Macron a en commun avec son premier ministre d’avoir la culture du service aux plus riches. Il a donc comme bagage d’un côté d’être un super-ordinateur sur boosté, mais dans laquelle par efficacité, aucune fonction de doute n’a été intégré par les créateurs du logiciel : le plus d’argent est la réalité du pouvoir, il convient de l’optimiser à l’infini.

De l’autre donc, c’est un super domestique. La culture du service des riches est totalement intégrée et s’allie donc à la maîtrise de l’Etat et aux pouvoirs quasi absolus de la Ve.

Il ne s’agit pas de faire la danse du ventre autour du Fouquets en exhibant sa femme mannequin et sa Rolex comme Sarko; de se ridiculiser en recherchant de la distinction. Il s’agit d’un projet de vie, un projet d’action d’un dévouement total. D’une organisation remarquable et brillante.

On a le niveau pour jouer le gendre qui parle de littérature à la France éternelle; mais la culture n’a vocation qu’à l’élegance, elle n’est pas un choix de valeurs de vie. Juste un costume coupé à la française. Le projet, c’est de vendre in english du « Choose France » aux patrons du monde, d’être choisi, élu par eux.

Comme son parti porte ses initiales, une France à son image à lui, sera la première de la classe de la course à l’argent. On écrasera, on matraquera tout ce qui résiste : « paaarrrccee que c’est noootttrrreee projeettt » comme hurlait à voix de fausset l’ado que ses conseillers en com’ n’avaient pas encore choisi rhabiller en Jupiter.

A cette jeunesse-là, d’autres jeunesses d’élites ont répondues à l’opposé. Je dis élite, je m’arrête sur ce mot. J’appelle élite ceux qui vont manifester en actes (parfois opposés) les rêves et les angoisse partagé par une génération. La masse subit les mêmes pressions, mais continue à penser qu’elle doit avoir une vie « normale. »

C’est donc parce que ces fous ont choisi la réussite de détruire le monde, que d’autres explorerons toutes les voies du refus de cette destruction, voir du refus de cette réussite.

On en a vu qui choisissent les filières d’excellence de l’ingénieurie environnementales ou des associations écolos, de la culture alternative. On dit même que d’autres se sont perdus en politique – dans le sillage d’un autre « toujours plus » (de poste, de places), des Duflot-Placé – jusque parfois sur le perchoir de l’assemblée.

Pour la génération d’après, celle des 20-30 ans pour qui l’avenir rime avec vivre ou survivre à la 6e extinction de masse.

Les plus jeunes inventent de nettoyer le plastique des océans, d’autres y sombrent, corps et biens, se finissent par un moyen ou un autre (parle t-on assez du suicide « des adolescents » ou doit-on l’appeler suicide de l’espérance ?) certains se suicident même en entrainant le plus possible avec eux (s’ils sont pilotes d’avions ou collégiens blancs, ils n’ont pas de nom et ne font donc pas trop peur, s’ils sont basanés ont dit djiadistes et tout le monde tremble).

D’autres encore choisissent (ou se voient imposer) l’affrontement direct avec les destructeurs. On les appelle « casseurs » ou mieux « black-bloc. » Dans leur monde où tout est d’image et de médias, ils savent que brûler un Mc Do (ce qui en soi n’est rien que de faire payer un peu des compagnies d’assurances), c’est faire reculer le « choose France » du président. Plus les écrans du monde montrera une France qui brûle (en fait juste un Mc Do, hein), plus l’argent prendra peur. Moins il viendra faire de projet en béton ici. C’est une stratégie de réponse, que les parlementaires peuvent contester, à la destruction de leurs cabanes à Notre-Dame des Landes ou à la sélection en fac.

Car si cette generation a un autre trait commun, c’est bien d’être passé par les études supérieures. « Cela ne vous donnera pas d’emploi ! » hurle le gouvernement. « Cela nous permet d’être au monde et de le penser, de penser la constestation de ce qu’est devenu « l’avaleur travail », répondent les étudiants. Conflit autour du bien symbolique : le savoir. Est-il fait pour produire plus ou pour comprendre pourquoi l’on détruit plus et y résister ? Ligne de partage de deux humanités, dont l’an defense vaut bien une danse autour d’un Mc Do.

Ajout :

Réponse aux amis de la France Insoumise à propos des Black-blocs

Pour terminer ce long billet par une réponse aux Amis qui m’avaient interpellé sur le précédent (La boulette de Mélenchon) en prétendant que Mélenchon devait condamner, quitte à dire un peu n’importe quoi, pour rester présidentiable. Je pense moi qu’il doit expliquer pour rester crédible.

Bien sûr Mélenchon est dans son rôle quand il dit aux émeutiers qu’un casier judiciaire ce n’est pas une vie et qu’il faut rejoindre sa lutte institutionnelle.

Mais plus profondément, les révoltes de jeunes posent des questions plus profondes, répondent à des choses qui ne sont pas écrites ni dites par un vieux député.

Mélenchon n’a pas à être gêné ou pas. Il n’a juste rien à voir avec les Black-block qui eux ne voudraient surtout pas lui ressembler ou avoir affaire à lui.

S’il est gêné, c’est parce qu’il a préempté les catégories peuple et révolte. Et qu’il reçoit des démentis par en-bas de sa stratégie parlementaire. Quand le peuple vote Le Pen par exemple. Ou quand la rue s’anime.

Il n’est pas le peuple. Il est une proposition faite au peuple. Une invitation, par ailleurs tout à fait honorable (ou la moins mauvaise de mon point de vue puisque je me retrouve à voter généralement pour lui). Mais le peuple, les peuples pour mieux dire comme disait Louis XVI car ils sont multiples en France, peuvent choisir d’autres voies, comme celle de la révolte et de la rue.

Il ne devrait pas dire des bêtises plus grosses que lui en qualifiant les black-bloc d’extrême-droite, il s’en est excusé depuis. L’extrême-droite on l’a vu dans la montagne, lisse et proprette, multipliant comme Macron les selfies du gendre idéal en faisant des mosntruosités humaines.

Macron doit désagréger le système Français car il n’y a pas d’autre alternative au projet de croissance finissant que de détruire l’Etat social et ses solidarités. Il a fait de ceux qui construisent des fermes et des cabanes ses premiers ennemis. Il fait taper par ses pions sur les étudiants qui discutent. etc.

Conférencier à millions dans 4 ans ou dans 9 ans, Macron partira ailleurs, il l’a dit, toucher la récompense financière de ses dégâts et prendre un poste de domestique bien payé cette fois. Prendre, comme Fillon et Sarko, Lagarde, DSK… la tête d’un GAFA, d’une superstructure de la destruction, ou d’un fond d’investissement, peu importe.

En attendant Macron vend, détruit à tour de bras, ici et maintenant. Et les gens qu’ils détruit réagissent. Intelligemment ou pas – on peut en discuter – mais sous le coup de l’agression et de la colère, c’est certain. Macron est élu pour ordonner, il crée le chaos.

Dire cela n’est pas impossible quand on vise la présidence parce qu’il faut « être crédible pour la majorité » (comme me l’ont écrit ici certains de mes amis) C’est de ne pas pouvoir le dire qui est préoccupant pour lui et pour l’avenir du mouvement qu’il représente.

Langlois-Mallet

La boulette de Méluche

La boulette de Mélenchon nous dit une chose importante. De tout temps depuis la Révolution la gauche parlementaire n’est pas le peuple; elle est même le plus souvent contre la rue, contre la Commune etc.

Le mécanisme de la révolte est le même de tous temps. Quand la politique est trop « à droite », quand elle ignore la réalité sociale, quand elle nie le peuple; quand « la gauche » bien qu’elle conteste le pouvoir ne le représente pas ou le représente mal, la rue s’exprime par la révolte.

Et tous les bourgeois de s’écrier « olala ils ne sont pas gentils de casser. »

La question est qu’ils se sont fait casser d’abord. Casser quand ils bâtissent (comme à Notre-Dame des Landes), casser quand ils discutent, comme dans les facs. Casser leur avenir par des politiques qui soutiennent la destruction du travail, la destruction du service public, c’est à dire de l’outil collectif. Des politiques qui favorisent aussi la destruction de la vie sur Terre, c’est à dire de la possibilité même de se penser un avenir pour les moins de 30 ans.

Pour info hier on a appris qu’encore un iceberg de 50 fois la taille de Paris s’était décroché. Que la mer persique recelait (elle aussi) une zone morte de la taille de l’Ecosse… etc… je comprends très bien pour ma part que des gens de 20 ans aient envie d’exploser les Mc Do et les Mercedes. Même si « c’est pas comme ça, blabla »

Nous on a été une génération très gentille et très polie. On à dit les mêmes choses posément, que « ce qui était utopique c’était de croire que l’on pouvait continuer comme ça. » On s’est juste fait exploser la gueule par des ecolo opportunistes qui nous disaient « du pouvoir, des postes. » par les Voynet, les Rugy, les Duflot, les Placé, les Baupin et compagnie.

Alors oui, ce n’est pas en pétant des abribus Decaux que l’on construit. Mais je comprends parfaitement ceux qui ont vingt ans et qui se disent qu’il faut au moins détruire les symboles de ce qui les tue.

Langlois-Mallet