Archives pour la catégorie Ecrits intimes

L’enfance comme champ de bataille

C’est une chose assez étrange que le coeur. Un air popu suffit à faire sortir le mien de sa cachette. C’est généralement sous la forme de la douleur qu’il se manifeste.

Je n’ai pas la sensibilité très heureuse, j’ai juste appris avec le temps à l’accueillir avec sérénité. A tirer une force calme de son inquiétude. Je ne sais pas le solliciter ou le laisser libre sans que remontent les peines de l’enfance et les amours enfuies. Meme si ma nature quotidienne est assez allègre et désinvolte, le racines qui plongent en moi s’abreuvent à une source mélancolique, quoiqu’enfantine. Mon ame est plus douée pour l’espoir que pour le bonheur présent, pour les regrets que pour l’instant. Elle est toujours en alerte, les yeux grands ouverts en quelque sorte.

Si je le laisse un peu aller remontent d’abord les images de l’enfance.

IMG_7019Les hauts murs de pierres armoricaines du petit village de Bretagne que mon arrière grand père avait choisi pour y poser les valises antillaises de ses aïeuls. Ces murs que j’escaladais en me griffant les genoux pour quelques fleurettes, volées aux voisins. Trophées héroïques de mes huit ans pour cette petite fille dégourdie qui m’offrait les plus doux et désaltérants des baisers la nuit venue.  » Tu embrasse très bien  » me medaillait-elle avant de replonger sa langue entre mes lèvres dévouées, avidement désireuses, plus que tout, de la satisfaire.

Souvenirs, quelques années plus tôt, du ciel de Provence aux mille étoiles sous les grands cyprès du parc. J’avais 5 ans et dans la nuit il fallait la quitter en tremblant, de glace mais pas de froid. Rejoindre la lumière de la grande demeure bordée de vignes d’où s’échappait les éclats de voix des adultes et laisser retourner dans l’ombre du modeste mas, la fillette, plus grande que moi, dont je serrais désespérément la main. « Tu ne m’oublieras pas ! Promis ? » Je revois au travers de mon inquiétudes deux grands yeux tremblants de l’ardeur d’exister pour me rassurer.

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Souvenirs de Paris, à l’ombre de Notre-Dame, des hautes marches de la tour qui menait à la demeure de ma mère et qu’il fallait escalader, une à une, les mains appuyées sur les genoux, l’angoisse au ventre et la boule dans le gorge. Souvenir de la violence de la colère sourde de ces guerres d’adultes qui m’avaient choisies comme champ de bataille, dévasté et incertain que j’étais de leur survivre. Ces haines venues des origines reptiliennes et dans lesquelles éclataient comme des obus, des peurs, nourries dans l’histoire tremblante et aveugle des familles. Leur mépris. Leur aveuglement. Ma certitude que la survie est une volonté et une grâce, non un dû.

David Langlois-Mallet c mesparisiennes.wordpress.com 2014

Que Nous souhaiter ? Un 2014 en forme « de guide du routard » dans notre crise du lien

« Bonne année ! » « Beaucoup de bonheur » bien sur… c’est bien… Mais comment ? Dans un monde aux rituels devenus vides de sens, je me permet de vous glisser, entre une réflexion de Noël et des voeux plus réfléchis, une ou deux pistes. C’est un peu mon guide du routard de la quête du sens en 2014. Avec cette image légèrement impudique qui évoque le Jardin d’Eden, un jardin d’Eden menacé, un certain dépouillement mais pas sans perspectives, cela fera pour les voeux que je vous souhaite et vous pouvez peut-être y piocher une ou deux idées utiles. Et comme vous savez que je me démerde souvent assez maladroitement de ma vie (mais je perds du temps dans le soucis du collectif), vous ne serez guère offensé s’ils vous inspirent. Notez, je commence par les constats… Donc si vous êtes de bonne humeur lisez tout, si vous êtes sous bonheur en comprimés… Ben… la fin suffira !

Foi et foie gras
A la messe de minuit l’autre soir à Neuilly (si, si… moi à Neuilly, il faut d’ailleurs que je vous finisse le récit promis), j’étais frappé par le vide de nos anciens rituels alors que le sens de la vie lui reste là, à côté et nous fait des grands signes dans les yeux ou les cris des enfants. Ohé !… Célébrer l’espoir du retour du soleil, du printemps, devait mettre nos ancêtres en transe sous la hutte. Le culte de la naissance de l’enfant roi devait propulser, au temps des cathédrales, l’énergie de fêtes sublimes débordantes de couleurs, d’enthousiasme et d’espoir populaire… Mais nous les regardons comme des barbares, alors que nous sommes si ternes et bien moches.

Le Dieu consommation aussi fatigue
Dans les églises chauffées mais sans chaleur, où s’assemblent par formalisme et sans entrain des coeurs secs et des vies lasses, il n’y a aujourd’hui pas plus d’enthousiasme que derrière les caddy de Noël dans les temples de la consommation de ce Dieu « Croissance et Consommation » auquel on ne croit plus non plus, mais dont on continue le rituel du foie gras (en pensant au diable surpoids). Adorer la Vierge, même par formalisme, fourrer la dinde, même de batterie. La maman et la putain, les hommes n’évoluent guère qui séparent le monde et les femmes…

L’angoisse du Dieu écran

L’enfance, l’amour, la substance de la vie est toujours la même autour de nous, mais nos outils pour la penser ensemble et la partager nous tombent des mains d’ennui. Nous sommes à une époque étrange de gens de loisirs préoccupés, instables devant nos écrans multiples. On compte les rares manifestations de joie collective auxquelles nous avons participé : une fête réussie ? Une victoire en sport ? Mais quelles grandes manifestations du bonheur et de la chance unique (et passagère…) d’être là ensemble… Vivant-es !

Dans notre société critique et lucide, la religion nous apparait comme une mascarade, mais nous souffrons de crise de foi, la politique une supercherie mais nous dépérissons de l’absence de perspective, la famille un champ de mines alors que nous avons soif de liens et le couple un risque alors que nous n’avons rien à perdre que notre petite vie que nous perdons de toutes les façons à la gagner, dans des emplois auxquels nous ne croyons plus, ou à galérer dans l’administration de la précarité. Selon.

Petits bonheurs en tête à tête

Nous nous voyons de moins en moins ensemble avec à tout ça, mais surtout le plus souvent en tête à tête. La culture de masse rencontre ici l’individualisme. Le modèle typique du temps, ce sont les sites de rencontres. La rencontre matrimoniale relevait du choix social, la rencontre romantique de l’accident social, mais du social, de l’élection au milieu des autres. Elle est devenue l’objet d’un choix individuel programmé sur catalogue. Ce n’est ni bien ni mal moralement, cela donne même de très jolies rencontres (deux des plus marquantes de ma vie en ce qui me concerne), je pointe juste dans une tentative de réduction de plus en plus grandes de nos vies à nos objectifs conscients et prévisibles. Comme notre cuisine, tout est efficace, mais… la saveur ? N’est-on pas sur le point de perdre le principal quand on perd ce qu’il y a « autour » ?

Mon but n’était pas de vous déprimer !

Cela débouche sur un monde où il est très facile de faire des rencontres et relativement impossible de savoir quoi faire ensemble dans la durée. « Le difficile, visait juste Paul Valéry, n’est pas de trouver, mais de s’ajouter à ce que l’on trouve ». Et on déteste le difficile à notre époque !Bien sur, je force le trait, on connait tous un couple qui a l’air heureux non ? Bon, allez, deux (moi trois parce que je connais beaucoup de monde ! §;-)

On peut même trouver quelques élus qui n’inspirent pas de mépris ou de méfiance. Et aussi on a tous quelques amis qui ont un travail vraiment utile dans lequel ils ont l’air épanouis… Mais comme tout cela se donne dans un monde où notre plaisir sait qu’il a détourné les yeux du massacre des enfants syriens, où l’on sait que notre portable est alimenté à une centrale atomiques qui mets nos enfants en sursis, que notre pensée renonce à imaginer le clonage transgénique des aliments industriels que nous servons à notre table. Quand même l’interdiction pèse sur les semences du potager de village où se réfugie notre imaginaire… Avouer que ce n’est pas franchement les anges de Bach qui s’élancent au ciel de nos pensées… Mais cela donne toujours un peu d’élan sous les voutes d’une église.

J’avais dit un truc positif  pour 2014 !

En France on aura du mal, je ne peux pas vous le cacher, à échapper au spectre de notre grand suicide collectif de 1914. Nous sommes marqués plus que nous le pensons, dans la chair et les névroses de nos familles, par cet imaginaire du déclin et de l’échec (ce pourquoi les immigrés nous seraient si utiles d’ailleurs, car ils ont la fraîcheur républicaine et des rêves neufs, si nous ne fermions pas la porte avec les restes de notre rêve colonial). On y reviendra ailleurs. Donc du positif, disais-je…

Je vois de trois pistes pour ma part :

L’artisanat de nos vies

Il se développe. Quitte à être individualisés, au moins soyons nous-même. Rejoignons le mouvement de l’individualisme créatif. Faisons oeuvre à partir de votre vie. Nous sommes la première génération active auprès de ses enfants (c’est déjà pas mal à côté des parents qui se contentaient de grands mots et de télé).  Je vous souhaite de réussir à ajoutez ce que vous êtes au monde, soyez-vous même, fabriquez vos vies à la main. Portez du sens. Ce n’est en général pas terrible, je parle d’expérience, mais on fait toujours un peu mieux le coup d’après. De loin en loin, d’effort en effort, les choses qui ont vraiment du sens pour vous finissent par ressembler à quelque chose. Et il me semble que le premier terme de toute satisfaction, commence toujours par se réapproprier ses propres pensées. A ne pas les laisser à la télé, aux écrans ou à des choses vide de sens pour ce (et ceux et celles !) à qui et à quoi on tient vraiment.

Le choix des liens et le tissage patient
Je reste frappé par le nombre de gens chouettes dans une société qui se renvoie une aussi hideuse image d’elle-même. C’est sûrement que (nous !!!) les gens chouettes, n’avons plus trop prise sur la marche du monde et l’image des choses, comme la représentation politique par exemple. On ne changera pas ça en un jour et même peut-être pas du tout. Mais si l’on peut refaire société ensemble, je suis convaincu que ce serait un bon pas de refaire des cabarets, des fêtes, des tablées, des salons, des soirées de conversation sur le monde… D’où mon insistance à défendre une culture vivante, celle que nous fabriquons nous-mêmes, celles où nous sommes acteurs, celle où il y a temps de partage collectif et pas seulement consommation individualisé.
Il ne faut pas trop demander aux autres, mais la mise en liens de gens de qualité reste la meilleure société.

Du courage ! Du vrai !

Je pense qu’il faut aussi se demander un peu plus à nous mêmes en 2014. La vie nous parait difficile parfois, mais ce n’est pas grand chose dans l’histoire humaine. Imaginer ce que pèsent nos petits inconforts, comparé au temps où l’on avait peur des bêtes fauves dans les grottes, ou l’on tremblait dans sa hutte que le seigneur pillard du voisinage se souvienne de nous, où nos vies étaient réduite à la maladie prochaine et où tous nos liens affectifs étaient en sursis. Comme ces gens là, nos ancêtres, vivaient intensément et accordaient du prix à chaque instant volé ensemble à la mort !

Ce qui est angoissant aujourd’hui, c’est moins l’avenir qu’un deuil. On nous avait dit que la vie serait facile. Nos grands parents avaient connu la guerre et ils nous avaient promis qu’elle ne reviendrait pas. Nos parents ont fait la foire en 68, tout dépensé (et continuent à le faire en se réservant les dernières retraites après avoir brûlé les héritages) en nous disant que de toutes les façons l’avenir serait facile. Autant dire que « Moi d’abord ! » devient « Après Moi, le déluge ! ». Nous ne nous attendions pas à vivre cela, encore moins ce que l’on sent qui vient. Nous sommes nés d’un monde en progrès et nous vivons un monde qui tombe en ruine.

Les écuries d’Augias

A vrai dire, notre monde resterait acceptable mais ils nous demanderait des efforts collectifs, que nous ne savons plus faire, et pour lesquels nos leaders nous divisent au lieu de nous organiser, trop occupés à sauver leur part de gâteau ou leur gilet de sauvetage dans notre paquebot qui tangue. La question n’est pas seulement nous mêmes, ce sont nos enfants. Pas des enfants imaginaires, ce qu’ils vont vivre réellement dans 10 ou 20 ans. Sans Sécu demain, sans guerres encore pour combien de temps ?

Tenus à l’écart du champ social et politique, nous sommes des générations qui avons énormément investit sur l’enfance. Avec un objectif, ne pas reproduire ce que nous avions vécu. Des générations qui ont beaucoup pris sur elles-mêmes, investit dans la psychologie ou le dépassement de soi. Rien ou très peu qui prépare à une prise en main des collectifs. Ça risque pourtant d’être urgent de se responsabiliser là aussi car que pèsent toutes ces petites harmonies privées quand le tout s’effondre ?

Se sentir solidaire des précaires ou des riches ?

Je crois que la principale erreur de nos société développées a été de ne pas se solidariser avec les pays pauvres par le passé. De rester dans la compassion, le cynisme, la mythologie révolutionnaire, ou l’indifférence selon… Les rêves de toute notre société ont été orientés vers le plus de richesse. Les rêves… La culture encore ! Pendant que le partage se réduisait et que nos efforts nous profitaient de moins en moins, créant des fortunes qui, plus riches que des états aujourd’hui, sont en situation de recréer les grandes féodalité et leurs nouveaux serfs. Une féodalité sans la transcendance. Des invasions barbares qui ne sont pas celle du migrant venu apporter ses forces à la construction de nos villes. Mais celles des OPA inamicales sur nos institutions, nos économies, nos villes (on le voit très bien à Paris comme dans toutes les zones touristiques), et pire peut être, leurs OPA sur nos imaginaires.

Réenchantons ensemble !
Nos imaginaires, nos pensées, notre temps, nous en avons besoin pour réenchanter nos vies, nos amours (il en est question abondamment sur LMicromonde), nos quartiers (aussi) et nos moments collectifs.

En bref ? Je nous souhaite en 2014, des liens, des oeuvres, du courage !

Des liens réenchantés, des oeuvres qui ressemblent au meilleur de vous même et du courage… (si possible collectif !). Voilà, je ne sais pas toujours pourquoi je vous raconte toutes mes conneries, mais je préfère toujours me faire confiance et vous les dire, que de me taire. Ou tout simplement je vous fais confiance à vous… pour faire le tri, va savoir !

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Allez, la bise sous le gui !

© David Langlois-Mallet
lmicromonde.wordpress.com

Mes Parisiennes. Le… tire-bouchon

Je l’avais croisé dans l’escalier de cet appartement, où je passais quelques jours…

Le genre de jolie brune à laquelle je ne résiste guère.
Élancée, assez classique, souriante et respirant l’aisance de l’esprit.

Scotché, l’esprit emparfumé par l’échange magique, spontané et subtilement profond qui nous avait lié dans cet escalier ;

-bonjour !
-bonjour…

Je ne tenais plus en place, attendant le soir, heure où ma déesse du dessous ne pouvait manquer d’être présente.

Attendre de la recroiser par hasard ? Cela ne m’effleurait même pas. A 20h, je me saisis donc d’une bouteille de bon aloi, vérifiais mes clefs après mon col de chemise et tirais la porte. Gambadant à l’étage en dessous avec ma petite bouteille à la main.

-Ding-dông !

La sonnette était aussi joyeuse que moi, j’entendais,  craquant sur le plancher, son petit pas menu. Je l’imaginais. Qui sait ? Peut-être était-elle aussi impatiente !? (on peut rêver, non ?) Ou alors elle serait surprise ?

Le loquet tourna, la porte délourda…

Mon plus grand sourire rencontra le regard étonné d’un individu mâle de près de deux mètres, une quarantaine d’années et d’une carrure adaptée à l’encadrement de la porte.

Je devais paraître petit. Un peu tassé avec ma bouteille, probablement rétrécie elle aussi à la main.
Je toussotait sans quitter l’individu des yeux. Nez à nez. Étonnés mutuellement.
Une forme de communication subtile (quoique discrète), disons d’évaluation…

C’est lui qui rompit le silence le premier après un immense sourire subtil, celui de l’homme d’expérience, celui à qui on ne la fait pas : « ah, ah… Ah, ah.. me lança t-il, je devine ! Je devine… »

Mon expression n’était pas si joyeuse.

« Le tire-bouchon ! Hein, c’est ça ! Hein ? Le tire-bouchon » dit il en se précipitant en cuisine ».

« Mmhh.. Oui. Opinais-je… Le… Oui… Tire-bouchon »…

David Langlois-Mallet

Haïku. L’Amour au rayon

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L’Amour au rayon farces et attrapes

  • « J’ai croisé l’Amour au rayon « farces et attrapes ». Je t’en ai ramené un gros, gros paquet. Je t’ai allumé. Tu m’as mis l’feu. Ô Toi ! On à beaucoup, beaucoup rit ensemble. On s’est bien amusé… Puis ça nous a pété à la gueule. »
  • L’Amour au rayon cathé

  • – « Toi, tu avais croisé l’amour au cathé. Tu es entrée nue dans le baptistère à bulles, un calice de champagne à la main et un sourire aux lèvres. Nus, nous avons communié. Nus, nous avons joui. D’autres se sont dévêtus. Nus nous avons été crucifiés. »

    L’Amour au rayon jeu

    – « J’avais trouvé l’amour au rayon jeu. Pour toi, il était au rayon tue. J’ai avancé mon roi. Pris ta tour solitaire. J’ai été bien vite ton âme damé. Toi, ma Dame, moi ton pion. Puis j’ai fait le cheval fou… J’ai gagné ! Je t’ai perdu. »

    L’Amour au rayon psy

    – « Tu avais trouvé l’amour au rayon psy, moi, sur-moi enfin, sur toi surtout. Tu m’as pris la tête et as enjambé le balcon. J’ai pris tes fesses à mon cou, tes désirs pour idéalité et tes déserts pour mes réalités. J’ai trop fait sauter tes balconnets, ton divan a rompu. Tu as quitté ton psy. J’ai dû en prendre un. Mon divan reste dans ta cave et ta clef dans ma poche. »

    L’Amour au rayon soufflerie

    –  « Tu avais trouvé l’amour au rayon poussière. Moi, au rayon soufflerie.

    J’ai fait voler tes principes et ta culotte dans la nuit de mai; avec les milles fragrances de ton cœur tendre, intègre bonne sœur épanouie sous mes lèvres, tu t’es envolé plus haut que tous tes duvets, que tes angelots en poils de martre.

    Tu t’es cachée Bergère parmi les moutons de dessous ton lit, je suis revenu loup te faire hululer avec mes anges de dessous la lune.

    Ta robe à flotté au bleu ciel de mes désirs, et tu t’y es accrochée des deux mains inondant la République de reproches que je laissais vriller, confiant dans les pouvoirs de mes zéphyrs, sur et sous, ta chair humide.

    Je t’ai traîné dans Rome, Colombe de plomb ! Boudeuse, ne dit pas non, dans mes bras tu fus Trévise sous la Sixtine, émue.

    Crème et poussière légère Chantilly, tu voulais le fouet. Je l’ai cassé, tu as rompu.

    Tu as séché tes plâtres et tes faux-marbres, séché mon âme, séché mes nuits, remis le tic-tac aux pendules et le pouvoir aux aiguilles.
    Tu avais raison, nous ne sommes que poussières.
    Je n’avais pas tort, vivre n’est qu’un souffle. »

David Langlois-Mallet

De l’admiration amoureuse

Nous les hommes, nous sommes portés à l’admiration. C’est un sentiment inexplicable surtout quand il s’adresse à la beauté. Se trouver saisi d’émotion à la vue à d’une femme. C’est idiot, surtout après, quand on les connaît… Non. Je fais le cynique exprès. Mais c’est vrai, parfois, cyniques, elles le sont plus que moi dans les faits. Disons pour être honnête qu’un homme a toujours du mal à comprendre qu’il y a une autre personne à l’intérieur de la beauté qui le saisi. Notre œil est pris et avec notre imagination. On est parfois déçu, parfois charmé mais toujours surpris de rencontrer la personne. Ainsi, la relation à là femme est toujours double pour nous. Il y a celle que l’on voit et une autre à l’intérieur. La femme elle, se pense comme entière, logique. Elle suppose que nous la percevons de même. Qu’elle soit cette petite personne capricieuse à l’intérieur, où une grande dame aux sentiments élevés. Elle considère toujours sa beauté comme un attribut. Une femme, comme une petite république italienne de la Renaissance possède au fond d’elle une grande fierté de se sentir unique. « Oui, avec moi, c’est comme ça ! » entend-on derrière leurs mots. Comme un hymne local semblable à leur singularité.

Les hommes aussi sont doubles. Ils sont entiers dans leur personnalité et doubles dès qu’il s’agit d’une relation amoureuse. Je me souviens d’un gros rustre à l’armée qui nous l’expliquait très bien. Chaque nana, la petite blonde secrétaire aux armées, la sèche colonelle, la lourde cantinière qui passait devant le corps de garde lui déclanchait des soubresauts violent dans les hanches. Puis il passait sa manche sur ses lèvres avec des yeux de dénicheurs. « Celle-là, j’me la pignolerais bien ! » et semblait ranger le long de sa baillonnette un sexe de prise d’assaut. Pas de quartier sur la femelle.

Nous autres soldats, les deux plus sages, nous eûment des amantes dans les engagées et des culbutes en treillis, une fois tombé le lourd ceinturon. Lui, pas. Il nous expliqua un jour qu’en fait il était un petit chaton blottit dans les bras de sa copine… Comme beaucoup d’homme il avait deux personnalités amoureuses. Le fier à bras, celui qui maîtrise et qui s’en fout avec les copains, l’amoureux ronronnant avec sa belle. Mais revenons à l’admiration.

J’étais jeune mec. C’était je me souviens une des premières nuits avec une « vraie » femme. C’est à dire une femme qui nous donne une impression forte de féminité et de maîtrise de cette féminité. J’avais beaucoup tergiversé avant d’entrer dans son lit. Pas parce que je n’en mourrais pas d’envie, mais surtout parce que je n’en connaissais pas le chemin. Nous nous quittions les soirs après d’interminables conversations sur le pas de sa porte, vers 3h du matin. Elle remontait, je rentrais chez-moi, dans mon studio qui dominait Paris. Au plus haut de la Goutte d’Or.

Elle me sortait le soir. Elle était attachée de presse et à ce titre courrait les théâtre. J’étais le jeune homme charmant et un peu niais qui l’accompagnait et lui tenait les portes. Celle de service de l’Opéra comique où elle se ventait d’être connue de tous les machinos. S’offrant un petit règle sur les hommes à bon compte. Puis c’était les terrasses des soirs de printemps sur les flancs de la Butte Montmartre avec ses amis plus âgés qui me dévisageaient dans un mélange d’étonnement, d’envie, dans lequel je percevais aussi de la condescendance.

Sans doute avais-je une forme d’admiration pour cette jolie petite femme brune et décidée qui fendait la foule avec moi dans son sillage et qui allait aussi déchirer une part de ma naïveté sur le monde. Sans bien savoir ce que je faisais là, elle était pour moi la fille du Père-Noël. Ça tombait bien d’ailleurs, j’avais pris comme pseudonyme Balthasar. Peut-être parce qu’elle s’appelait Marie-Noëlle.

De retour dans la rue Labat, le soir vint, la nuit plutôt après un théâtre, où elle me proposa de monter plutôt que de rentrer chez-moi. Dans l’impressionnant deux pièces, je fis les faux-culs qui proposent de dormir par terre au pied de son lit et m’y retrouvait donc invité rapidement. Sans doute n’avait elle pas à faire tous les jours à un garçon si peu dégourdi et décidé. Je n’eut pas longtemps l’embarras d’étouffer ma respiration dans la demi nudité et l’obscurité. Je sentis sa main prendre ma main fermement.

Elle la glissa entre la toile légère de sa culotte et les poils un peu rêches qu’on souvent les méditérrannéennes. J’allais bientôt devenir plus parisien frappé pour la première fois par le charme puissant du raffinement sur l’imaginaire. Le versant intime et féminin de la civilisation du jardin à la française.

Avant que le versant obscure du siècle de Louis XIV ne me soit révélé. J’en étais à me dire, en grand bênet que j’étais, que son geste décidé et doux pouvait probablement passer pour une sorte « d’autorisation… » et que je ne n’allait peut-être pas sur ce coup-là, voir émerger en moi le parfait salaud que ma mère m’avait promis dans tout homme qui touchait à l’innocence d’une femme. Ou que du moins, si elle me le reprochait plus tard… peut-être pourrais-je tenter d’argumenter ? Je l’embrassais donc.

Mon propos n’est pas de raconter la nuit mais l’admiration de cette nuit. Quand elle tomba épuisée, dans la pénombre j’étais comme après un premier café. Alerte et prêt à considérer que j’avais découvert l’éternité. Qu’il n’y aurait plus jamais de temps, de réveil, de matin, de travail. Plus même jamais à se remettre à la verticale et à rassembler ses vêtements. En fait, je n’en avais même pas conscience. J’étais là. Elle beaucoup moins, son sommeil et la relative distance de ses derniers baisers m’avait étonné. C’est toujours surprenant quand on a de grands élans et que l’autre se dissocie pour des raisons extérieures qui nous échappent. Je ne savais pas encore qu’une femme pouvait prendre un amant quand son mec la rendait amoureuse. Que l’un vivait une découverte essentielle quand l’autre se détendait ou fuyait une angoisse.

J’étais pour l’heure le gardien muet de la beauté. Peut-être imaginais-je de l’amour ? Je ne crois même pas. J’avais sous les yeux beaucoup plus que ces rêveries. Une vraie femme que je veillais. J’étais là, vivant. Et personne ne pourrait jamais plus me priver d’avoir vécu cet instant, comme rien à cet instant ne pouvait m’arracher de la contemplation de son corps nu. La beauté d’une femme est un plaisir inimaginable. Une émotion fascinante. Les soirs de printemps sont courts. J’avais la gorge nouée. Je sentais bien que derrière la chaleur de la ville, un nouveau jour voulait monter. Dans le petit jardin, derrière la baie vitrée, les premiers oiseaux avaient commencé à donner l’alerte. Des trilles innocents anonçaient, un désastre, une menace sur mon bonheur tout neuf. Je capturais de toute mes forces chaque instant. Les cristaux rouges du radio-réveil précisaient la menace. Tout le reste de la nuit, j’allais veiller ces seins, la peau brune de son ventre et regarder comme mienne une merveille inimaginée, la découpe d’une petite fourrure plissée entre ses jambes, la finesse de sa peau alentour, des lèvres que j’avais respiré. Dire que tout à l’heure, Moi, j’étais au milieu d’elles ! Et comment ! J’étais comme un alpiniste qui se retourne dans la vallée sur la montagne qu’il a conquise. J’étais aussi comme une forte montagne qui veille une vallée endormie. Enflammé d’enthousiame, je contemplais la sérénité du sommeil. J’étais un grand enfant qui veillait sa première bataille, même si ce n’était pas la première.

Je veillais, elle dormait, je protégeais, elle rêvait, elle était vulnérable, j’étais fort.

David Langlois-Mallet