Archives pour la catégorie Interviews de Langlois-Mallet

Oui, je sais il faut que je retrouve les autres, sinon ça ne fait pas une rubrique. §;-)

Vidéo. La liberté d’expression, les oeuvrier-es et l’espace public. Langlois-Mallet interview

http://www.federationartsdelarueidf.org/fedeIDF/index.php?page=David-Langlois-Mallet

La Fédé des Arts de la Rue m’interviouve  parmi les candidats aux municipales (titre un peu abusif car je ne suis pas candidat finalement). Mais c’est l’occasion d’une prise de parole qualifiée sur de la question de la liberté d’expression. (Cliquez sur le lien pour voir la vidéo).

(Par contre la casquette de ton fiston Annie, ça le fait pas trop §;-)

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Paris. Culture et politique. Audition par le CESC du PS

Compte rendu réunion 10 juin 2013
Comité Economique Social et Culturel du Parti Socialiste
animé par Jacqueline Zana-Victor, Annie Crépin

Audition de David Langlois-Mallet

Biographie

A la demande de la Commission, David Langlois-Mallet rappelle son parcours, un travail d’intellectuel engagé de la « fracture démocratique aux politiques culturelles » mené au carrefour des « marges » et des émergences culturelles, de la mouvance alternative rouge et verte et du PS, tour à tour comme militant, journaliste et chercheur en politiques culturelles alternatives.

Après le mouvement étudiant de 95, il devient porte-parole de Chiche ! qui de mouvement de jeunesse politique (des Verts et des Alternatifs) tend à se diriger vers un mouvement plus culturel, cherchant l’influence d’idées et se rapprochant pour cela dans ses pratiques militantes des Arts de la Rue. Comme journaliste à Politis et Nova mag, son travail d’enquête porte sur la culture alternative et dans le même temps à Communes de France sur les politiques culturelles progressistes. Au croisement de ces deux domaines, il s’investit dans la recherche de politiques culturelles alternatives intervenant dans l’espace Socialiste ou Verts et les médias. Un travail qui s’accompagne d’une réflexion critique, voir polémique, sur les politiques culturelles d’image, de distinction, de marketing territorial en particulier celles de la municipalité parisienne et plus profondément d’une recherche sur l’identité du Grand Paris.
Il fédère aujourd’hui au sein des Agoras de l’Association Un Peuple Créatif militant-es des politiques culturelles (du PS, des Verts, du FG et du Modem) et acteurs du tiers secteur de la culture (Friches, lieux pluridisciplinaires de proximité, squats, bars culture, arts dans l’espace public…). Avec l’objectif de concevoir des politiques oeuvrières et de proximité innovantes qui accompagnent un nouvel âge des politiques culturelles et de l’éducation populaire en phase avec les mutations actuelles de la société : l’explosion de la pratique, besoins en terme de liens de proximité et pluralité des initiatives face à la crise du sens.

Une vaste enquête de terrain
sur la convivialité et les nouvelles cultures populaires

Pendant dix ans il enquête à la fois sur le lieux culturels et alternatifs et en parallèle sur les politiques culturelles à Communes de France. Il cherche à comprendre ce qui se passe à la marge et, du culturel, débouche sur le politique et le social. Il conçoit le culturel comme matrice de la mixité heureuse et du vivre ensemble que permet la culture de proximité grâce à laquelle on pourrait éviter le tout sécuritaire et la dislocation du lien social. Il regrette que les politiques « tuent » trop souvent cette matrice. Par exemple, il juge que la loi Voynet a empêché ou brisé la jeune chanson émergeant dans les bars au cours d’un processus de « policiarisation », le politique n’ayant pas joué alors selon lui son rôle de médiateur. Trop souvent le discours du politique se technicise et la population est abandonnée à elle-même d’où parallèlement un processus de dépolitisation. Il faudrait repolitiser le lien entre les élus et les citoyens (dans « le bon sens » en favorisant l’expression politique qui émerge de la culture et correspond aux nouvelles représentations de la société, et non pas à coups de tracts qui enferment le politique dans un système de représentation jugé déconnecté de la société). Pour lui, c’est la culture émergente qui peut permettre de renouer ce dialogue et cette transmission, brisée aujourd’hui entre la société et la politique.

Un divorce avec la politique culture de la ville de Paris

Ce qui explique qu’il ait pris ses distances avec la politique parisienne de prestige qui entraîne au XXIe siècle une nouvelle haussmanisation, c’est-à-dire l’alliance du pouvoir et de l’argent comme au XIXe siècle, alors que la culture de proximité répond à l’inverse à la demande de la société, au besoin de sens et de lien des habitants. Existe aussi le risque de la « dysneylandisation » qu’entraîne la marchandisation du patrimoine. Celle-ci a des effets pervers (même à long terme sur les intérêt des secteurs du luxe et du tourisme qu’elle prétend favoriser) car elle fait augmenter les prix des loyers et tend à défaire une ville vivante en la remplaçant par un désert touristique, une coquille vide de sa substance : ses habitant-es. Les touristes étant les premiers déçus d’un manque d’expérience de ce qu’ils recherchent, l’âme populaire et conviviale de Paris, qui fait au moins autant que les vieilles pierre son attrait dans le monde.
Faute de cohérence et d’objectifs sociaux et de compréhension du tissu de la ville, les politiques qui prétendent prendre en compte les squats se retournent vite en politiques d’image.
Même dans les bonnes intentions des politiques de la ville de Paris on sent un replis, une peur des élus. Comme si les politiques étaient animés d’une phobie de l’expression de la société, quand les « friches »  ou de simples « espaces vides » que pourraient se réapproprier les habitants d’un quartier, comme des prise de parole dans l’espace public (politiques sécuritaire plutôt que convivialité, que street-art ou arts de la rue, (quand les rares espaces vides sont remplacés par des équipements publics crèches ou des piscines).
In fine, l’étude de cette fracture entre l’expression culturelle de la ville et son action politique, laisse entrevoir une cohérence historique assez malheureuse dans l’hostilité et le mépris que les politiques des pouvoirs ont de tout temps menées à l’égard du peuple de Paris. Des politiques qui ont trouvé, au moins depuis Haussmann, une cohésion et un encrage dans l’alliance avec l’industrie. Alors qu’on pouvait espérer l’inverse, le pacte d’un élu de terrain avec les habitants, cette priorité à « l’industrialisation de Paris » s’est trouvée renouvelée par Delanoë sous la forme d’une priorité donnée aux industries du tourisme et du luxe sur l’intérêt des parisiens. Selon David Langlois-Mallet, cet échec mesurable tant dans la perte d’âme de la ville que dans la difficulté des parisiens pour se loger dans leur ville, est plus encore que l’échec d’un homme ou d’un parti, celui d’une institution Ville de Paris, ne s’est pas trouvé dans la rencontre avec les parisiens.

La culture populaire
comme source d’inspiration pour les politiques culturelles

En 2007, il propose à la commission Culture du PS un travail sur la culture populaire parisienne et la démocratisation des institutions, c’est la lettre à Delanoë (co-signée par François Adibi et publiée par Rue89) sans effet sur l’action municipale. Selon lui, la politique culturelle de Paris devrait être pensée par la mairie, non en imitant le centralisme de l’Etat en charge de la Capitale, mais au plus près des habitants. Une politique d’arrondissements et de quartiers, ou le politique considérerait le caractère d’utilité publique des lieux de proximité qui permettent la rencontre et l’expression et sont donc le terreau d’une culture populaire. C’est la somme de ces ambiances et ces expériences culturelles qui font une ville vivante. C’est de tout temps (Paris est une fête, Montmartre ou Montparnasse…) l’un des piliers de l’attractivité Paris, au même titre que son patrimoine ou son luxe. La culture populaire d’aujourd’hui, c’est sur le territoire du Grand Paris, le potentiel d’une nouvelle culture-monde francophone, sans la diversité de laquelle la France est condamnée à la nostalgie, culture patrimoniale et vote identitaire.
A la demande de Corinne Rufet, élue verte, il réalise pour la Région Ile-de-France le rapport pour servir de base à la politique de Fabriques et d’ateliers d’artistes : « De l’atelier bureau à l’atelier logement » (2008) Un vaste tour d’horizon, au fil d’une centaine d’interviews, du squat au DRAC, des problématiques d’ateliers sur le territoire francilien.

Lieux de proximité et politiques oeuvrières

La question des pratiques oeuvrières est, avec la question des lieux de proximité, l’autre aspect de la culture populaire d’aujourd’hui sur laquelle porte son travail.

Les oeuvrier-es, ces porteurs de projets culturels, qui prennent le risque de la précarité pour porter individuellement au travers de leur œuvre une part de sens collectif. Ce sont des actifs engagés dont la démarche, au regard des structures traditionnelles du travail, relève de contours très flous, entre le marché, l’activité indépendante et l’aide sociale, (artistes, artisan, intello-précaires, vivant souvent à cheval sur de petites activités de compléments ou sur les minimas sociaux).

Ce phénomène de société, révèle une mutation profonde du rapport à la culture dans les nouvelles générations. Débordant les grilles traditionnelles entre professionnels et amateurs, c’est toute une société créative qui se met en mouvement en passant, souvent grâce aux nouveaux outils, de la réception à la conceptualisation, du rôle de spectateur à celui d’acteur culturel. Les politiques culturelles, enfermées dans des modèles passéistes (désignation par le prince des acteurs légitimes, politiques de sélection et d’excellence, centralisme…) passent à côté de cette profonde mutation et contribuent à accentuer les fractures : générationnelles, territoriales et sociales.

Les générations oeuvrières ont besoin d’une politique, de lieux outils fondés sur le soutien à la pratique et non sur la sélection, et d’une réflexion sur un statut d’existence (logement ou allocation d’autonomie?) que les auteurs, plasticiens, chercheurs etc… n’ont pas, à la différence des intermittents du spectacle.

Une vaste concertation culturelle du Grand Paris

Prenant acte du désengagement de la Ville de Paris sur ces question du fait d’une approche centrée sur les politiques d’image et de communication. C’est avec le tiers secteur de la culture lui-même que David Langlois-Mallet a pris l’initiative d’organiser la vaste concertation nécessaire sur le territoire du Grand Paris. En partenariat avec Jean Digne et le Musée du Montparnasse, il réalise Les Inclassables qui seront la maquette d’une concertation plus vaste.
Lancée avec le 6B, établissement pluridisciplinaire abritant près de 200 plasticiens à St Denis et le 100 Etablissement Culturel Solidaire de la Ville de Paris ou travaillent (en rotation) plus de mille oeuvrier-es il initie une vaste concertation du Grand Paris des professionnels du tiers secteur culturel : les Agoras du Peuple Créatif réunissent plusieurs centaines de participants en 2012.

Nouvelles gouvernances et crise de la transmission

David Langlois-Mallet voir dans une politique culturelle qui aborderait intelligemment la question des nouvelles cultures populaires la matrice d’une nouvelle gouvernance. D’un new-deal, où l’institution stratège, faciliterait la rencontre et l’expression de la créativité de la société en soutenant l’émergence des dynamiques mutualistes dans la culture. Il aimerait un politique qui au lieu de dire « Voilà ce que j’ai fait (pour mon image) » soit en état de dire « Voilà ce qui se passe, ce qui émerge sur mon territoire (ce qui pousse grâce à mon action) ». Sans une politique d’éducation populaire d’aujourd’hui, favorisant la diversité des expressions, ou le politique joue son rôle de facilitateur et d’intermédiaire dans l’expression, la rencontre, la circulation des représentations. Cette remontée ne se fait pas, la population se réfugie dans la nostalgie (et dans des votes de nostalgie !) et les différents identitarismes et communautarismes. Une part importante de la population laissé sans médiation ni culutre vivante vit sous perfusion du divertissement commercial, en particulier télévisuel. Tous phénomènes qui condamnent à terme le vivre ensemble et la cohésion et peut-être la république.

Actuellement, la politique n’est plus porteuse de sens, de promotion de ce sens, ni de transmission. ll y a trop de fractures qui empêchent la transmission, les circuits de celle-ci sont ossifiés et enkystés. Un incroyable égoïsme générationnel pèse sur ces questions. Les baby-boomers n’ayant pas hésiter à jouer contre leurs propres enfants. On voit partout (cela apparaissait très clairement avec l’affaire DSK) une fracture entre les pratiques féodales du milieu politique et les valeurs de la société moderne, en particulier des jeunes générations. Elle recoupe aussi la question de la domination masculine, de la reproduction endogame des élites et une conception monoculturelle très française qui maintien une ségrégation de type coloniale à l’encontre des jeunes français-es dont la culture familiale n’est pas celle du modèle dominant.

Pour ce qui est des politiques culturelles à proprement parler, l’État gagnerait à rompre avec un héritage Louis quatorzien et aux politiques de distinction et de sélection qui en découlent. Plutôt que ces vanités désuètes dans la concurrence de la mondialisation, il serait plus fructueux pour les territoires de se positionner non comme un arbitre des élégances ou un programmateur, mais un entraîneur qui aide les choses à advenir, donne des outils et laisse s’exprimer l’énergie créatrice au lieu de tout institutionnaliser. Il est au contraire trop centraliste, dans le contrôle plutôt que la confiance et l’immobilisme. A son images, les élus semblent souvent vivre dans « la peur qu’il se passe quelque chose » alors que le problème est justement l’ennui et l’uniformisation de l’espace public et le manque d’âme de tout une société qui semble condamnée en fait de culture à errer entre le supermarché et les séries télés, dans ce très pauvre et réducteur espace que lui propose le divertissement mainstream.

Pour le politique, la société n’est qu’un public qui boude les programmations (10% de fréquentation), parce qu’il ne voit pas qu’elle est une force de proposition, une force créatrice. Or, ne serait-ce qu’à Paris, les quartiers populaires sont de véritables fabriques de culture et d’intégration. Mais là encore, au lieu d’accompagner le vivre ensemble de son époque, la ville de Paris a tendance à tout reformater, à « boboïser » et à imposer sa propre culture, dissolvant de l’âme de la ville.

Il faudrait accompagner le déploiement de cette énergie créatrice de « la chambre de bonne aux Victoires de la Musique » d’autant que, selon David Langlois-Mallet, la frontière ancienne entre amateur et professionnel n’est plus si pertinente à l’heure d’Internet. Toutes ces nouvelles dynamiques ont par ailleurs l’avantage non négligeable d’être très économes d’argent public.
Reconnaitre l’expression et encourager l’autonomie culturelle de la société, c’est aussi une requalification du politique. C’est accepter une diversité et renoncer à un féodalisme désuet à la base du divorce entre les citoyens et leurs représentants. La culture partagée et le dialogue c’est plus largement se donner le moyen de résorber les contradictions et les tensions d’une société en crise de déclassement, tentée par les replis identitaires, les communautarismes et la violence innérente au culte de l’argent et à l’individualisme. Rompre avec une conception étriquée de la culture française, en abordant de manière ouverte la question de l’intégration et des diversités culturelles issues de notre histoire coloniale et de la mondialisation, ce n’est pas fragiliser notre unité politique mais au contraire la renforcer. Sortir de la dépression identitaire et contribuer à la réinvention d’une parole francophone et des valeurs universelles qu’elle porte dans la mondialisation.

(Des propositions formulées notamment, au sein du think-thank Altaïr, du collectif Un Peuple Créatif et dans la lettre ouverte collective à Jean-Marc Ayrault).

Réaction des membres de la commission

Jean-Claude Bourbault fait remarquer que les lieux créatifs sont rarement dans les institutions et que les hommes politiques ont tendance à indiquer eux-mêmes les lieux. Mais, lorsqu’un politique s’occupe de culture, il ne peut être dans l’instant et doit penser à demain.
Alain Maurel juge qu’on ne peut reprocher à une collectivité d’institutionnaliser et que l’institutionnalisation n’est pas forcément marchandisation. Comment faire une bonne gestion avec des choses informelles ? Comment trouver l’équilibre entre la spontanéité et l’institutionnalisation ?
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