Archives pour la catégorie David Langlois-Mallet

Journaliste, essayiste, j’interviens également comme expert sur les rapports entre culture populaire et politiques publiques sur le territoire du Grand Paris.

France : Armés contre nous -mêmes

J’ai été content d’apprendre au réveil que le sort des harkis avançait un peu. J’ai toujours eu honte du cynisme envers ces gens autant que vis à vis de tous les autres. « Causes mal vues à gauche » ou « causes mal vues à « droite » confondues. A mon avis, nous ne sortirons de la barbarie que quand nous cesseront ces chapelles et ces bien pensences pour regarder la vérité en face.

Car cette question me trotte : Comment un peuple aussi cultivé, humaniste et politique que le notre peut-il vivre aussi au pays des plus grands massacres d’Etat ?

Je donne raison aux gens (souvent de droite) qui disent leur amour de la France contre ceux qui ne trouvent agréable à entendre que des dénigrements. Mais je donne aussi raison aux gens (souvent de gauche) qui veulent regarder son la vérité de cette histoire en face pour ne pas la revivre, même s’ils se limitent à l’histoire récente le plus souvent (massacres coloniaux ou déportation des juifs par exemple), .

Mon avis est que notre barbarie française ne se libère que quand elle se croit légitimée politiquement.

Royale ou Républicaine, l’idéologie française du pouvoir ne tolère aucune rébellion de la société à la culture à la mode de l’Etat. Le protestantisme est un crime si l’Etat est catholique, mais le catholicisme le devient si l’Etat est républicain… Ce qui est en jeu n’est pas l’idéologie elle-même, puisqu’elle est interchangeable, mais le couplage entre idéologie et domination légitime.

Le hasard des surfs m’a fait tomber ensuite sur quelques traces de notre barbarie passée, le premier massacre des protestants, ceux du Lubéron de mon enfance, puis le massacre de toute la population Vendéenne par les armées de la Capitale (tous vendéen-nes confondus, neutres, royalistes ou républicains, que ce soit toute une église ou tout un conseil municipal en écharpe) dans des conditions, contre nous-mêmes, qui n’ont rien à envier aux nazis. Les SS d’Oradour sur Glane que Gérald Bloncourt (dont les photos m’ont peut-être guidées vers sur ce sujet).

C’est toujours une armée régulière française, pleine d’honneur et de panache dans les guerres contre les armées ennemis et qui se trouve fondée par le pourvoir politique à la plus acharnée barbarie contre des civils. A chaque fois l’histoire la même litanie, de femmes et d’enfants de tous âges massacrés, comme dans ce documentaire de France 3 qui épouse la cause vendéenne (car il faut épouser une cause.. en France la vérité ne se suffit jamais, il faut épouser un camp et toutes ses erreurs avec lui pour dire sa vérité).

Notre barbarie d’Etat actuelle est douce, insensible (envers les SDF, les sans-papiers, les roms, les pauvres, les immigrés d’une manière générale), une autre bien plus sombre est en rodage autour des réveillons entre Sarkozystes et Frontistes.
Après qu’elle nous ait habitué doucement à enjamber des corps, à savoir qu’ils meurent de froid, récemment un enfant mort de froid passe parmi les nouvelles. Pour aller jusqu’où ?

Mais nous sommes aussi, sûrement, cette population majoritaire qui peut encore se donner les moyens de penser, de s’organiser pour crier : « Halte au feu ! », « Crosse en l’air ! ou ce qu’on voudra, avant « la prochaine… » Vous savez ? Celle que l’on croit « la dernière ».

David Langlois-Mallet

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La France, violente ou forte ?

La civilité de notre société repose sur l’idée que l’Etat est le seul détenteur de la force légitime. Si nous ne nous faisons plus justice nous-même (et croyez bien que les duels manquent parfois à mon âme mousquetaire). La contrepartie est d’une part que la justice fonctionne correctement.

Et d’autre part que cette force de l’Etat soit encadrée et elle même soumise à notre pression pour la civiliser. Voilà mon sujet qui est la suite du propos d’hier sur l’antisémitisme.

Aucune violence civile ni militaire ne peut-être comparée à la violence de la guerre de 14 et de ses millions de morts, civils sous l’uniforme. Un tel traumatisme, quasi un auto-génocide contre le peuple français, garde non seulement son besoin de réparation, mais nous oblige à être très vigilants envers nos politiques (à plus forte raison ceux dont la violence illégitime semble faire partie des ambiguïtés de la culture familiale).

Nous avons donc une réflexion à avoir sur cette violence légale qui a atteint toutes les familles dans des proportions inégalés. Des psy et des historiens m’ont confirmés que ces blessures étaient toujours vives aujourd’hui. Ne faudrait-il pas se pencher sur ces blessures des français-es plutôt que de nier les autres traumatismes qu’on été la colonisation et l’esclavage ?

Beaucoup de Français expriment aussi dans des votes de replis identitaires ce sentiment d’injustice d’avoir à multiplier les actes de contrition historiques, alors qu’en définitive leur plainte n’a été ni entendue, ni même formulée. Peut-être serait-il intéressant que citoyens qui s’identifient à l’histoire des victimes de la colonisation, considèrent qu’ils ont à faire à d’autre sortes de victimes de l’histoire, c’est à dire de l’Etat, plutôt qu’aux descendants de leurs anciens despotes. Cette fraternisation serait une voie plus intéressante que la compétition des communautés dans les souffrances ou le ressentiment.

La voix ouverte par la reconnaissance des crimes de Vichy envers les Juifs, apparaîtrait ainsi moins comme une injustice envers les autres qu’un chemin de concorde et d’humanité collective.

Les communautés humaines, surtout au sein d’une même citoyenneté, n’ont pas à être classées et hiérarchisées en fonction des violences subies.

La violence de l’Etat, elle, reste passible d’une analyse détaillée.

Si la boucherie de 14 n’a par son ampleur aucun équivalent à part la folie de gloire Napoléonnienne. Elle a été contrée par un certain pacifisme et par l’amitié Franco-Allemande, autre trace de la grandeur de De Gaulle, qu’il ne faudrait pas remettre en cause à la légère pour des histoire d’argent Mr Mélenchon.

Le crime envers les Juifs est inouï aussi, malgré son modèle dans l’anéantissement de tous les habitants de la Vendée (sans distinction d’opinion, d’âge ou de sexe et une douleur subsiste), puisqu’il s’agit de la volonté politique, rationnelle et organisée de faire disparaître une communauté humaine triée parmi les autres citoyens, enfants compris. N’importe quel pays se relèverait mal de cela.

La violence coloniale est celle qui subsiste le plus fortement de nos jours. Elle a aussi des racines très profondes dans l’histoire, dans la violence et le mépris que Paris, la Capitale, l’Etat, pas le peuple dansant des faubourgs, à manifesté à l’égard des provinces de France conquises.

Il y a en France cette hiérarchie tacite entre la noblesse Franque et ses descendants idéologiques dans l’appareil d’Etat, et des peuples et des cultures « inférieurs », serfs, paysans dominés, ou esclaves. Tout es question de graduation et de hiérarchie.
La violence de ce mépris, qui est souvent celui de la classe politique pour les gouvernés, est la plus active au quotidien contre les noirs et les maghrébins aujourd’hui. C’est eux qui vivent dangereusement et doivent serrer les fesses quand une voiture de police ralentit à leur hauteur, doivent subir les insultes quotidiennes de la presse et les menaces politiques à peine voilées si j’ose dire.

Œuvrer pour un État conscient et vertueux ce n’est pas l’affaiblir, ou affaiblir sa police ou son armée. Seul les anti-dreyfusards actuels croient que l’injustice protège l’institution. C’est au contraire la fonder sur des bases solides que de regarder lucidement ce que nous faire de notre force collective et les violences que nous nous refusons mutuellement pour être simplement fidèles à la 3ème injonction de notre devise Française. La plus oubliée.

David Langlois-Mallet

Paris. Hidalgo prive d’assiette les sans-dents

Alors que la municipalité de Paris se vante de ses « innovations démocratiques » (datées), elle reste l’adversaire résolue des initiatives solidaires parisiennes. Si le budget participatif lancé ce 1er octobre sera virtuel, en revanche, la destruction d’alternatives existantes comme La Cantine des Pyrennées, est elle, bien réelle. Contraste ?

Qu’est-ce que la Cantine ?

Depuis 2013, cette passionnante expérience de solidarité locale servait le repas complet dans le XXe arrondissement pour 4€, à midi les jours de semaine à tous sans conditions. Elle répondait ainsi aux besoins de beaucoup de citoyens à l’asphyxie. Elle est aujourd’hui murée et la mairie ne répond pas.

La Cantine est un des exemples de ces solidarités locales parisiennes par temps de crises graves comme celle que nous traversons. Les citoyens s’adaptent et génèrent des initiatives associatives destinées à amortir la dureté économique et surtout à recréer ce lien de quartier dont les urbains, même aisés, crèvent sourdement.

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Les « sans-dents » de Madame Hidalgo…

Qui rencontre t-on à la Cantine ? Des retraités pauvres ou non, mais surtout seuls, des oeuvrières et créatifs impécunieux, étudiants, chômeurs, personnels des ONG, petits salaires, parents isolés, enseignants, originaux des rues, artistes, journalistes… Des sans tickets-restau… Bref, tous ceux pour qui Paris est devenu depuis 15 ans une ville spéculative où il est difficile de s’accrocher, avec souvent une solitude urbaine plus lourde à porter que les difficultés.
Ce populo de Paris qui ne consomme pas assez, cette vie de quartier solidaire et tenace pourtant… est devenu la bête noire de la mairie Delanoïste, tout ce qu’elle cherche depuis 15 ans (tournant le dos à l’histoire culturelle et à l’identité populaire de la ville), c’est les chasser en banlieue.

… Ceux qui font tache dans le grand Disneyland patrimonial

La municipalité «  »socialiste » » n’a eut de cesse de le municipaliser ou de d’expulser les expériences qui ne s’inscrivaient pas dans son esthétique un peu parvenue : ses cafés bobos aux décors tabac, ses salons de thé flashy, ses espaces culturels mornes comme des pharmacies et glaçantes comme des funérariums. Où l’on est sur que d’une chose : il ne s’y passera rien. Pas d’attroupement de plus de deux personnes… Pas de contestation !

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Au même moment, la ville se vante de son budget « participatif » ?

Comment dans le même temps ne pas s’irriter de voir la municipalité se décerner à elle-même des brevets « d’innovation démocratique » avec le lacement de son Budget participatif ? Ce 5% du budget, argent de poche, sur des projets déjà pré-décidés (gageons que les réseaux fonctionnent ici…). De qui se moque-t-on ? Merci au passage à ses alliés Verts qui ont popularisé cette gadgétisation du politique et délaissé les vraies alternatives citoyennes dont leur mouvement et eux-mêmes étaient pourtant issus…

Il y a donc deux logiques confrontées à la mondialisation. Celle des parisiens eux-mêmes qui se prennent en main, prennent sur leur santé et leur temps pour sauver l’essentiel, organiser la subsistance et l’autre, celle de la Mairie de « la smart city » (comme ils disent) qui leur propose de voter pour faire diversion…. Savoir s’ils veulent des plantes roses sur les murs ou plus de nouvelles pissotières vertes ?

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Paris contre les parisiens ?

Alors oui, la centaine de bénévoles qui animaient à tour de rôle la Cantine des Pyrénées occupaient « sans titre » un restaurant pour les « sans-ticket-restau ». Mais, inventeurs d’une nouvelle forme de service public « performant » et « innovant », n’était ce pas à la mairie de fournir les locaux dans son pléthorique parc vide ou sous employé (juste à côté de la Cantine le Carré de Beaudouin est un grand désert blanc comme l’affectionne le Delanoïsme) ou au moins de payer loyer au propriétaire pour une oeuvre d’utilité publique ?

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Crise de l’urbanité parisienne

Oui, les Cantineuses et les Cantineux se réclament d’une culture militante un peu datée, décalée pour la plupart des convives. Mais qui prouve sa solidarité en actes. Ce qui est de loin préférables à une institution barricadée dans ses privilèges désuets, mais surtout dans le mépris, choquant en période de restriction, de ses petits marquis d’ancien régime.

Marianne

La municipalité parisienne ? Il faudra d’ailleurs y réfléchir un jour ! Historiquement elle a toujours, depuis la Révolution Française, fait la guerre au Paris Villages, celui des quartiers, au point de les avoir presque tous détruits aujourd’hui. Mais à l’heure des grandes crises de quoi aurons-nous le plus besoin si ce n’est de solidarité locale ?

C’est à cette échelle, Madame le maire, qu’il faudrait des budgets participatifs et d’initiative citoyenne, pas sur des cartes forcées (à quel siècle vivez-vous ?) ! Madame Hidalgo vos conseillers sont en retard de plusieurs lunes, même de ce qui se fait dans nombre de territoire socialistes… Informez-vous. Sortez du mépris de la Capitale !

La Cantine, la solidarité locale ? Ailleurs, dans des territoires où les élus réfléchissent, on appelle cela, bien précieux, de la résilience territoriale. A Paris on le détruit.

Paris était déjà sous Delanoë une municipalité narcissique, agence de com de soi-même, incapable de connaitre sa ville au point de ne pas en comprendre les besoins actuels de ses citoyens et leurs initiatives.
Est-ce ton rôle Anne Hidalgo d’y ajouter l’indignité de les détruire ?

David Langlois-Mallet

Manifestation pour La Cantine et le droit de solidarité et d’alternative à Paris
Samedi 4 octobre devant la Cantine.

La Cantine, 331 rue des Pyrénées, 75020 Paris (murée)
Contact : contact.cantine.des.pyrenees@gmail.com

Liens : http://paris-luttes.info/manifestation-de-soutien-a-la-1627

c Mes Parisiennes 2014 mesparisiennes.wordpress.com

https://mesparisiennes.wordpress.com/2014/03/18/soutien-a-lauteur/

Vidéo. La liberté d’expression, les oeuvrier-es et l’espace public. Langlois-Mallet interview

http://www.federationartsdelarueidf.org/fedeIDF/index.php?page=David-Langlois-Mallet

La Fédé des Arts de la Rue m’interviouve  parmi les candidats aux municipales (titre un peu abusif car je ne suis pas candidat finalement). Mais c’est l’occasion d’une prise de parole qualifiée sur de la question de la liberté d’expression. (Cliquez sur le lien pour voir la vidéo).

(Par contre la casquette de ton fiston Annie, ça le fait pas trop §;-)

Paris. Culture et politique. Audition par le CESC du PS

Compte rendu réunion 10 juin 2013
Comité Economique Social et Culturel du Parti Socialiste
animé par Jacqueline Zana-Victor, Annie Crépin

Audition de David Langlois-Mallet

Biographie

A la demande de la Commission, David Langlois-Mallet rappelle son parcours, un travail d’intellectuel engagé de la « fracture démocratique aux politiques culturelles » mené au carrefour des « marges » et des émergences culturelles, de la mouvance alternative rouge et verte et du PS, tour à tour comme militant, journaliste et chercheur en politiques culturelles alternatives.

Après le mouvement étudiant de 95, il devient porte-parole de Chiche ! qui de mouvement de jeunesse politique (des Verts et des Alternatifs) tend à se diriger vers un mouvement plus culturel, cherchant l’influence d’idées et se rapprochant pour cela dans ses pratiques militantes des Arts de la Rue. Comme journaliste à Politis et Nova mag, son travail d’enquête porte sur la culture alternative et dans le même temps à Communes de France sur les politiques culturelles progressistes. Au croisement de ces deux domaines, il s’investit dans la recherche de politiques culturelles alternatives intervenant dans l’espace Socialiste ou Verts et les médias. Un travail qui s’accompagne d’une réflexion critique, voir polémique, sur les politiques culturelles d’image, de distinction, de marketing territorial en particulier celles de la municipalité parisienne et plus profondément d’une recherche sur l’identité du Grand Paris.
Il fédère aujourd’hui au sein des Agoras de l’Association Un Peuple Créatif militant-es des politiques culturelles (du PS, des Verts, du FG et du Modem) et acteurs du tiers secteur de la culture (Friches, lieux pluridisciplinaires de proximité, squats, bars culture, arts dans l’espace public…). Avec l’objectif de concevoir des politiques oeuvrières et de proximité innovantes qui accompagnent un nouvel âge des politiques culturelles et de l’éducation populaire en phase avec les mutations actuelles de la société : l’explosion de la pratique, besoins en terme de liens de proximité et pluralité des initiatives face à la crise du sens.

Une vaste enquête de terrain
sur la convivialité et les nouvelles cultures populaires

Pendant dix ans il enquête à la fois sur le lieux culturels et alternatifs et en parallèle sur les politiques culturelles à Communes de France. Il cherche à comprendre ce qui se passe à la marge et, du culturel, débouche sur le politique et le social. Il conçoit le culturel comme matrice de la mixité heureuse et du vivre ensemble que permet la culture de proximité grâce à laquelle on pourrait éviter le tout sécuritaire et la dislocation du lien social. Il regrette que les politiques « tuent » trop souvent cette matrice. Par exemple, il juge que la loi Voynet a empêché ou brisé la jeune chanson émergeant dans les bars au cours d’un processus de « policiarisation », le politique n’ayant pas joué alors selon lui son rôle de médiateur. Trop souvent le discours du politique se technicise et la population est abandonnée à elle-même d’où parallèlement un processus de dépolitisation. Il faudrait repolitiser le lien entre les élus et les citoyens (dans « le bon sens » en favorisant l’expression politique qui émerge de la culture et correspond aux nouvelles représentations de la société, et non pas à coups de tracts qui enferment le politique dans un système de représentation jugé déconnecté de la société). Pour lui, c’est la culture émergente qui peut permettre de renouer ce dialogue et cette transmission, brisée aujourd’hui entre la société et la politique.

Un divorce avec la politique culture de la ville de Paris

Ce qui explique qu’il ait pris ses distances avec la politique parisienne de prestige qui entraîne au XXIe siècle une nouvelle haussmanisation, c’est-à-dire l’alliance du pouvoir et de l’argent comme au XIXe siècle, alors que la culture de proximité répond à l’inverse à la demande de la société, au besoin de sens et de lien des habitants. Existe aussi le risque de la « dysneylandisation » qu’entraîne la marchandisation du patrimoine. Celle-ci a des effets pervers (même à long terme sur les intérêt des secteurs du luxe et du tourisme qu’elle prétend favoriser) car elle fait augmenter les prix des loyers et tend à défaire une ville vivante en la remplaçant par un désert touristique, une coquille vide de sa substance : ses habitant-es. Les touristes étant les premiers déçus d’un manque d’expérience de ce qu’ils recherchent, l’âme populaire et conviviale de Paris, qui fait au moins autant que les vieilles pierre son attrait dans le monde.
Faute de cohérence et d’objectifs sociaux et de compréhension du tissu de la ville, les politiques qui prétendent prendre en compte les squats se retournent vite en politiques d’image.
Même dans les bonnes intentions des politiques de la ville de Paris on sent un replis, une peur des élus. Comme si les politiques étaient animés d’une phobie de l’expression de la société, quand les « friches »  ou de simples « espaces vides » que pourraient se réapproprier les habitants d’un quartier, comme des prise de parole dans l’espace public (politiques sécuritaire plutôt que convivialité, que street-art ou arts de la rue, (quand les rares espaces vides sont remplacés par des équipements publics crèches ou des piscines).
In fine, l’étude de cette fracture entre l’expression culturelle de la ville et son action politique, laisse entrevoir une cohérence historique assez malheureuse dans l’hostilité et le mépris que les politiques des pouvoirs ont de tout temps menées à l’égard du peuple de Paris. Des politiques qui ont trouvé, au moins depuis Haussmann, une cohésion et un encrage dans l’alliance avec l’industrie. Alors qu’on pouvait espérer l’inverse, le pacte d’un élu de terrain avec les habitants, cette priorité à « l’industrialisation de Paris » s’est trouvée renouvelée par Delanoë sous la forme d’une priorité donnée aux industries du tourisme et du luxe sur l’intérêt des parisiens. Selon David Langlois-Mallet, cet échec mesurable tant dans la perte d’âme de la ville que dans la difficulté des parisiens pour se loger dans leur ville, est plus encore que l’échec d’un homme ou d’un parti, celui d’une institution Ville de Paris, ne s’est pas trouvé dans la rencontre avec les parisiens.

La culture populaire
comme source d’inspiration pour les politiques culturelles

En 2007, il propose à la commission Culture du PS un travail sur la culture populaire parisienne et la démocratisation des institutions, c’est la lettre à Delanoë (co-signée par François Adibi et publiée par Rue89) sans effet sur l’action municipale. Selon lui, la politique culturelle de Paris devrait être pensée par la mairie, non en imitant le centralisme de l’Etat en charge de la Capitale, mais au plus près des habitants. Une politique d’arrondissements et de quartiers, ou le politique considérerait le caractère d’utilité publique des lieux de proximité qui permettent la rencontre et l’expression et sont donc le terreau d’une culture populaire. C’est la somme de ces ambiances et ces expériences culturelles qui font une ville vivante. C’est de tout temps (Paris est une fête, Montmartre ou Montparnasse…) l’un des piliers de l’attractivité Paris, au même titre que son patrimoine ou son luxe. La culture populaire d’aujourd’hui, c’est sur le territoire du Grand Paris, le potentiel d’une nouvelle culture-monde francophone, sans la diversité de laquelle la France est condamnée à la nostalgie, culture patrimoniale et vote identitaire.
A la demande de Corinne Rufet, élue verte, il réalise pour la Région Ile-de-France le rapport pour servir de base à la politique de Fabriques et d’ateliers d’artistes : « De l’atelier bureau à l’atelier logement » (2008) Un vaste tour d’horizon, au fil d’une centaine d’interviews, du squat au DRAC, des problématiques d’ateliers sur le territoire francilien.

Lieux de proximité et politiques oeuvrières

La question des pratiques oeuvrières est, avec la question des lieux de proximité, l’autre aspect de la culture populaire d’aujourd’hui sur laquelle porte son travail.

Les oeuvrier-es, ces porteurs de projets culturels, qui prennent le risque de la précarité pour porter individuellement au travers de leur œuvre une part de sens collectif. Ce sont des actifs engagés dont la démarche, au regard des structures traditionnelles du travail, relève de contours très flous, entre le marché, l’activité indépendante et l’aide sociale, (artistes, artisan, intello-précaires, vivant souvent à cheval sur de petites activités de compléments ou sur les minimas sociaux).

Ce phénomène de société, révèle une mutation profonde du rapport à la culture dans les nouvelles générations. Débordant les grilles traditionnelles entre professionnels et amateurs, c’est toute une société créative qui se met en mouvement en passant, souvent grâce aux nouveaux outils, de la réception à la conceptualisation, du rôle de spectateur à celui d’acteur culturel. Les politiques culturelles, enfermées dans des modèles passéistes (désignation par le prince des acteurs légitimes, politiques de sélection et d’excellence, centralisme…) passent à côté de cette profonde mutation et contribuent à accentuer les fractures : générationnelles, territoriales et sociales.

Les générations oeuvrières ont besoin d’une politique, de lieux outils fondés sur le soutien à la pratique et non sur la sélection, et d’une réflexion sur un statut d’existence (logement ou allocation d’autonomie?) que les auteurs, plasticiens, chercheurs etc… n’ont pas, à la différence des intermittents du spectacle.

Une vaste concertation culturelle du Grand Paris

Prenant acte du désengagement de la Ville de Paris sur ces question du fait d’une approche centrée sur les politiques d’image et de communication. C’est avec le tiers secteur de la culture lui-même que David Langlois-Mallet a pris l’initiative d’organiser la vaste concertation nécessaire sur le territoire du Grand Paris. En partenariat avec Jean Digne et le Musée du Montparnasse, il réalise Les Inclassables qui seront la maquette d’une concertation plus vaste.
Lancée avec le 6B, établissement pluridisciplinaire abritant près de 200 plasticiens à St Denis et le 100 Etablissement Culturel Solidaire de la Ville de Paris ou travaillent (en rotation) plus de mille oeuvrier-es il initie une vaste concertation du Grand Paris des professionnels du tiers secteur culturel : les Agoras du Peuple Créatif réunissent plusieurs centaines de participants en 2012.

Nouvelles gouvernances et crise de la transmission

David Langlois-Mallet voir dans une politique culturelle qui aborderait intelligemment la question des nouvelles cultures populaires la matrice d’une nouvelle gouvernance. D’un new-deal, où l’institution stratège, faciliterait la rencontre et l’expression de la créativité de la société en soutenant l’émergence des dynamiques mutualistes dans la culture. Il aimerait un politique qui au lieu de dire « Voilà ce que j’ai fait (pour mon image) » soit en état de dire « Voilà ce qui se passe, ce qui émerge sur mon territoire (ce qui pousse grâce à mon action) ». Sans une politique d’éducation populaire d’aujourd’hui, favorisant la diversité des expressions, ou le politique joue son rôle de facilitateur et d’intermédiaire dans l’expression, la rencontre, la circulation des représentations. Cette remontée ne se fait pas, la population se réfugie dans la nostalgie (et dans des votes de nostalgie !) et les différents identitarismes et communautarismes. Une part importante de la population laissé sans médiation ni culutre vivante vit sous perfusion du divertissement commercial, en particulier télévisuel. Tous phénomènes qui condamnent à terme le vivre ensemble et la cohésion et peut-être la république.

Actuellement, la politique n’est plus porteuse de sens, de promotion de ce sens, ni de transmission. ll y a trop de fractures qui empêchent la transmission, les circuits de celle-ci sont ossifiés et enkystés. Un incroyable égoïsme générationnel pèse sur ces questions. Les baby-boomers n’ayant pas hésiter à jouer contre leurs propres enfants. On voit partout (cela apparaissait très clairement avec l’affaire DSK) une fracture entre les pratiques féodales du milieu politique et les valeurs de la société moderne, en particulier des jeunes générations. Elle recoupe aussi la question de la domination masculine, de la reproduction endogame des élites et une conception monoculturelle très française qui maintien une ségrégation de type coloniale à l’encontre des jeunes français-es dont la culture familiale n’est pas celle du modèle dominant.

Pour ce qui est des politiques culturelles à proprement parler, l’État gagnerait à rompre avec un héritage Louis quatorzien et aux politiques de distinction et de sélection qui en découlent. Plutôt que ces vanités désuètes dans la concurrence de la mondialisation, il serait plus fructueux pour les territoires de se positionner non comme un arbitre des élégances ou un programmateur, mais un entraîneur qui aide les choses à advenir, donne des outils et laisse s’exprimer l’énergie créatrice au lieu de tout institutionnaliser. Il est au contraire trop centraliste, dans le contrôle plutôt que la confiance et l’immobilisme. A son images, les élus semblent souvent vivre dans « la peur qu’il se passe quelque chose » alors que le problème est justement l’ennui et l’uniformisation de l’espace public et le manque d’âme de tout une société qui semble condamnée en fait de culture à errer entre le supermarché et les séries télés, dans ce très pauvre et réducteur espace que lui propose le divertissement mainstream.

Pour le politique, la société n’est qu’un public qui boude les programmations (10% de fréquentation), parce qu’il ne voit pas qu’elle est une force de proposition, une force créatrice. Or, ne serait-ce qu’à Paris, les quartiers populaires sont de véritables fabriques de culture et d’intégration. Mais là encore, au lieu d’accompagner le vivre ensemble de son époque, la ville de Paris a tendance à tout reformater, à « boboïser » et à imposer sa propre culture, dissolvant de l’âme de la ville.

Il faudrait accompagner le déploiement de cette énergie créatrice de « la chambre de bonne aux Victoires de la Musique » d’autant que, selon David Langlois-Mallet, la frontière ancienne entre amateur et professionnel n’est plus si pertinente à l’heure d’Internet. Toutes ces nouvelles dynamiques ont par ailleurs l’avantage non négligeable d’être très économes d’argent public.
Reconnaitre l’expression et encourager l’autonomie culturelle de la société, c’est aussi une requalification du politique. C’est accepter une diversité et renoncer à un féodalisme désuet à la base du divorce entre les citoyens et leurs représentants. La culture partagée et le dialogue c’est plus largement se donner le moyen de résorber les contradictions et les tensions d’une société en crise de déclassement, tentée par les replis identitaires, les communautarismes et la violence innérente au culte de l’argent et à l’individualisme. Rompre avec une conception étriquée de la culture française, en abordant de manière ouverte la question de l’intégration et des diversités culturelles issues de notre histoire coloniale et de la mondialisation, ce n’est pas fragiliser notre unité politique mais au contraire la renforcer. Sortir de la dépression identitaire et contribuer à la réinvention d’une parole francophone et des valeurs universelles qu’elle porte dans la mondialisation.

(Des propositions formulées notamment, au sein du think-thank Altaïr, du collectif Un Peuple Créatif et dans la lettre ouverte collective à Jean-Marc Ayrault).

Réaction des membres de la commission

Jean-Claude Bourbault fait remarquer que les lieux créatifs sont rarement dans les institutions et que les hommes politiques ont tendance à indiquer eux-mêmes les lieux. Mais, lorsqu’un politique s’occupe de culture, il ne peut être dans l’instant et doit penser à demain.
Alain Maurel juge qu’on ne peut reprocher à une collectivité d’institutionnaliser et que l’institutionnalisation n’est pas forcément marchandisation. Comment faire une bonne gestion avec des choses informelles ? Comment trouver l’équilibre entre la spontanéité et l’institutionnalisation ?
(…)