Archives pour la catégorie Ballade de rue

Paris. Quand je croise un juif à rouflaquettes…

J’ai envie de lui dire je t’aime…

Quand je croise un juif à rouflaquettes, un musulman en djellaba, un moine dominicain en sandalettes, un dragon chinois qui pétarade devant un magasin, une petite nana le crâne ras en camionneur, une autre qui fait son marché en corset et talons haut, un petit fashionista asiat dans ses poses, une putain sous son parapluie, le joli sourire de mon voisin tibétain, les petits rebeu qui vendent des boulettes et à côté le soldat et la soldate, Famas sur le bide, en faction.

Bref, ceux que j’ai croisés hier dans ma rue.

Restez-vous mêmes, divers dans vos délires, ne cherchez jamais à les rendre l’uniforme de tous, mais surtout ne vous détestez pas. Dites-vous même votre amitié pour essayer et comme il est doux, même sous la pluie, de se croiser à Belleville !

David Langlois-Mallet

Mes Parisiennes 2015

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Grand Paris. Dans ta soupe chinoise !

Dans ce petit chinois bon marché (que j’affectionne), ça parle cinéma entre deux nems. Deux filles parisiennes, des gros pulls, mais des bottes un peu chic, la banalité tranquille d’une moyenne bourgeoisie intello. Assez typiques du coin en fait.

Du ciné aux opportunités de boulot, des copains de Bordeaux à l’expo Sade, de Duras à Pôle Emploi « dont je me dis que d’autres en ont plus besoin que moi » il n’y a qu’un pas. Rien vraiment qui me tire de mon bouquin sauf quand je dois le lâcher pour ma soupe crevettes. Un échange placide de multiples signes de reconnaissance culturelle, long comme un jour de pluie avec leurs parents à Bordeaux. L’ennui.

Quand tout à coup, de la vie. Des exclamations : « L’horreur ! », « tu devineras jamais ?! » « J’étais déprimée en lisant ça dans le métro… » « Ôlala… » « La seule proposition que j’ai reçu de Pole Emploi, c’était pour entre professeur de technologie dans un lycée d’ingénieurs à Garges les Gonesses ! »

« Non mais, moi ! Tu te rends compte ! Pro…fe…sseur… de techno…lo…gie… Gar…ges… les Go…ne…sses. » « Moi !! Horrible ! Avec le CV que j’ai… Les études que j’ai faîtes. Ma spécialisation en cinéma… Tu imagines ? Ils font vraiment n’importe quoi ! Et le pire ? C’est qu’ils menacent de te radier si tu refuses trois fois ! Non… c’est pas possible. Je suis allée les voir ! »

« Non mais j’allucine ! »

« GARGES LES GONESSES ! MOI ! J’étais effondrée. Ôlala. Non mais tu imagines ? Je ne peux même pas. Tous les cas sociaux là-bas. L’enfer. Non. Tu imagines ? Dire qu’il y a des gens qui y sont pour de vrai !!! Les pôôvres »

Typique j’vous dis… Le Grand Paris, c’est pas gagné !

David Langlois-Mallet
Laisse béton, vis à la campagne !

Belleville, deux femmes dans un café

Un café à Belleville. Une femme très sexy mais sur laquelle tu ne miserais pas un cœur s’installe.

Soignée, des cuirs qui parlent d’argent, tous les geste sont cérébral, tout est sous contrôle, géré. Le gros sac Vuitton, en plus de l’autre, semble un outil de travail.

La porte des toilettes s’ouvre (enfin), sur une femme en désordre. Tout est pauvre, perdu, rien ne va. Elle s’installe à deux pas de la première, pose sa tête sur la table, son regard perdu comme un chien, dans le vague. C’est un instant avant de rejoindre les mains dans les poches, d’autres chinoises du pavé.

Deux destins dans un café. Pas un regard.

David Langlois-Mallet

Paris, Belleville. Escargots en cage ou oiseaux en coquille ?

Paradoxe ou logique ?

Tu passes par des quartiers de Paris où l’habitat traditionnel parigot, populaire et convivial, été détruit entièrement par la Droite. Ce sont des tours sans âme, des rues d’une laideur sans pareil, mais où subsiste du coup le peuple, dans son infréquentable diversité et son imprévisible beauté.

À côté, voisinent ces ruelles du Paris communard, leurs placettes aimables et les terrasses des cafés, plutôt gentiment aménagées. Malheureusement pour l’âme vibrante de la ville, les rénovations du Delanoisme ont remplacé les habitants. La Ville de Paris socialiste a ses plans sociaux comme une direction des ressources humaines…

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Dix populos virés deux bourgeois offerts !

La liberté de manières typique des ceux qui n’ont pas grand chose, celle qui fonde les révolutions créatives ou politiques a ainsi été remplacée par l’uniformité de la moyenne bourgeoisie des « créatifs » et autres professions formés à traduire et deviner les désirs de leurs clients, mais à ne rien exprimer d’eux-même ou du réel, qui est un décors plus qu’une relation.

C’est selon que vous préférez les oiseaux en cage ou à l’inverse la choucarde coquille mais sans son escargot ?

David Langlois-Mallet

Mes Parisiennes 2014
mesparisiennes.wordpress.com

L’art de passer pour un con…

Tout Drouot s’est marré, commissaire priseur en tête, quand j’ai levé la main. Ma nana a tourné les yeux pour voir de qui l’on se moquait, qui était le type qui achetait « ce truc » à 10 euros…

C’était moi bien sur !

« Ce que les autres jettent, n’hésite pas à le ramasser » pensais-je, passer pour un con est souvent bon signe… « Ce que les autres critiquent, cultive-le, c’est toi » etc… Je m’éduquais à ça gamin, en ramassant les trombones par terre dans la rue.

Quelques années après, j’avais rendez-vous avec l’adjoint à la Culture de Nantes. Au dessus de son bureau, une copie du fameux plan Cacault de Nantes.

Moi j’ai l’original.

David Langlois-Mallet

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Aux filles qui cherchent le bon danseur…

Franchement les filles qui écument les pistes de danse pour trouver le compagnon au bon déhanché, vous ne devriez peut-être pas négliger trop vite les réparateurs d’ordinateur !

Celui-là a une telle virtuosité dans la caresse des touches sensibles et dans les pizzicati de clavier que je suis plus tenté d’y voir la cause du sourire dévot et mal reposé de sa bien aimée que de la soupçonner dans la profondeur de sa conversation pixelisée.

Si l’on veut bien voir que le choix d’un homme reste celui du modèle de boulet (à vous écouter dire, mais que celles délivrées se plaignent encore plus). Ce chinois rondouillard possède à mon avis plus de talent matrimoniaux que nombre d’avantageux latinos.

Vu comme mon ordi clignait et couinait, gageons que si les Parisiens allumaient de tels arbres de Noël tous les soirs dans les lits de la vieille cité française, nombre de problèmes écologiques seraient en voie de résolution.

David Langlois-Mallet

Mes Parisiennes 2014

L’orientation, sens de mec

Les mecs chiants, c’est les mecs chiants. On se balade avec une copine aux Tuileries et je vois deux femmes qui prient sur des tapis, situation un peu baroque à côté des trampolines. Visiblement des touristes (Jordaniens ?) je m’approche du type à côté pour l’informer que les tapis sont dans la direction des Champs-Elysées et donc de Washington et que La Mecque c’est plutôt du côté du Musee d’Orsay (genre j’dis ça j’dis rien, ironie parigode quoi).

Le putain de débat que j’avais pas déclenché ! Les mecs ont radiné de partout avec des boussoles faussées, j’ai dégainé mon smartphone et mes plans aériens (sorry quand il s’agit de religion, je dis rien, mais quand il s’agit de Paris faut pas me mener en felouque ! Le dernier mot est pour moi.)

Ça a argumenté (très courtoisement), mais passionnément en tout sens. Ma copine psy, explosée de rire, était renseignée sur ma pomme mieux que si elle m’avait eu en analyse. N’empêche ! Le taré que je suis à eu gain de cause. Les souris avaient tourné popotins et retrouvé le sens de la Casbah.

Longtemps après que nous les ayons laissé, les mecs parlementaient encore à genoux autour des boussoles.

David Langlois-Mallet

c Mes Parisiennes 2014

Théorème du rouleau de printemps

Bon, ça y est les filles, je tiens la preuve que je cherchais. On appèlera ça le théorème du rouleau de printemps et ça va éclairer vos 20 dernières années de vie amoureuse, qu’elles soient devant ou derrière.

Car Je… Descends Belleville avec le meilleur rouleau d’été (sic) qui soit, fait main. Impeccable. Je savoure.

Quand une curieuse scène frappe mon regard.

Un ado, la main engagé dans le calebut se tripote les valseuses en marchant avec un regard de psychopathe que je ne suis pas prêt d’oublier… Pas davantage que s’il était venu vers moi dans ma salle de bain avec une hache bi face.

Six pas devant lui, monte (avec un air enthousiaste à faire débander l’obélisque de Louxor), une solide travailleuse du pain de fesse. Les yeux dans le vide, l’inexistant de son portable.

Devant mon regard de l’ours bouche-bée à qui on vient de gâcher son quatre-heure. Le garçon remballe (c’est mon côté prof en ce moment).

Donc mon théorème du rouleau de printemps :

-1 la sexualité masculine est bien en effet une maladie.

-2 les hommes ne commencent qu’au cours d’un processus patient de guérison à développer une personnalité apte à une relation normale.

-3 Le besoin a à voir avec la guerre, le pillage et la possession, mais aussi peu que possible avec ce que les femmes et surtout les filles nomment « amour ».

Apres, on peut être très pote avec un cannibal…

David Langlois-Mallet © Mes Parisiennes 2014

https://mesparisiennes.wordpress.com

La place au sec

Cette merde de pluie. On a à peine la place en terrasse à couvert de la bâche.
Les deux loulous sont en grandes conversations. Poliment n’interroge, savoir si ma présence ne gêne rien de confidentiel.

-Non, ça va on s’tenait juste au courant pour la came…
-ah, ça j’fais avec un air blasé, piqué à Gabin, j’respecte. Moi, je demande toujours à mes gars la discrétion sur mon business.
– ils se regardent les yeux ronds. Puis l’un se lance : pour les grosses livraisons, on voit toujours à le faire dans la limousine.
-Ah ouai… (Genre je critique l’amateurisme), avant, je tenais aux hôtels, mais aujourd’hui, un coup de feu part si vite… Je préfère que mes gars tiennent ça sous contrôle…
-ouai, ouai, s’excitent les petits gus. Nous on a des armes dans les coffres…
– (La, j’entre vraiment dans le personnage), j’allume ma bouffarde et je souffle : Hum, hum… Mes snipers au premier geste suspect… Pffffiout ! Ils tiennent toujours les mecs dans la mire quand je cause à des inconnus. Un réflexe.
– Bon ben, c’est pas tout, on va y aller… Bonne journée Monsieur. Au revoir Monsieur.

Et voilà comment on s’fait son coin de terrasse penard.

David Langlois-Mallet © Mes Parisiennes 2014

Chatte blonde, chats noirs… Tssss….

Elle.
M’attend au café du Chat Noir.
Je.
Déboule guilleret.

Mais voilà t’y pas qu’il y a un gus à sa table. Ah…

L’archétype du dragueur. Le mec qui se balance un peu sur sa chaise, les bras en torpille sur la table, la bouffant du regard et surtout cherchant dans ses yeux à elle qui se dérobent une réponse : « J’ai bon, dis ? J’ai bon ? Dis oui. Dis oui… »

Moi, fatalement, je suis tout de suite moins son genre de beauté à lui. En même temps, je critique pas car entre moi mâle hirsute et cette jolie slave, j’avoue…

En même temps, compliment pour compliment, lui n’est pas trop mon type non plus. J’ai l’avantage de la position dominante. Le mec qui arrive. Qui est attendu. Qui est debout. L’autre un peu tassé, je me doute qu’il aimerait que je sois ailleurs… Je ne mettrais pas mon veto à ce qu’il bouge.

Elle se balade ailleurs, dans ses pensées…

Les présentations sont vites expédiées. Nos prénoms échangés comme des cartes pour un duel, je me doute qu’ils ne resserviront pas…

– Elle, ne m’attendait pas si vite.
– Lui ne m’attendait pas du tout.
– Moi je m’attends à tout.

Le gars maintien la charge droit dans ses bottes. Mon arme aussi, c’était la cavalerie.

– « Bon, lui dit-il je t’offre le livre, tu me donnes ton numéro ». Portable en main, il attend.
– Silence gêné de la Miss.
– Attitude gêné du gus.
– Je me marre doucement.
– « Bon, dit-il, c’est gratuit, je t’offre le bouquin. » (Monsieur à sorti son roman, comme tout le monde, je suis à deux doigts de le tiper entre mes dents, comme dans les cours d’école « tssssss »… la drague parisienne, encore un lecteur de Technikart).
– Elle reste toujours interdite. Je débloque la situas. « En même temps, dis-je c’est gratuit, c’est bien… »
– Lui (de la répartie, parisien je vous ai dit) et l’oeil bien scotché dans sa blondeur à elle : « Un 06 aussi c’est gratuit. »
J’aime bien le cran, pas l’insistance.
– Moi « Toute la beauté du geste, c’est que l’on attend pas de retour… »
– Elle « Je vais voir, je ne sais pas s’il me reste de carte de viste… »
– Lui « Non, ça va. Bonsoir. »
Il lève le camp.

En plus le bouquin n’est même pas de lui. Tssss…

Reprenons les choses où on les a laissées.

David Langlois-Mallet © Mes Parisiennes 2014 mesparisiennes.wordpress.com