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Sélection d’articles ou de travaux 1995-2010

Belleville : Velasco-Meller, artistes de plain pied

« Il est mort pour nous sauver, ce simplet sur sa monture, car son fils qu’il chevauchait et les bombes qu’il trimbalait, lui ont pété à la figure ».

« Morts de faim et révoltés, aujourd’hui nous sommes bien tristes, qui va donc nous bombarder, afin de nous empêcher de devenir terroristes ? »

L’image épique qui accompagne ce poème satyrique de Raoul Velasco est digne du meilleur de l’esprit multiséculaire des fêtes de Toussaint et du rictus enflammé du dieu citrouille.

Cette pensée des morts, qu’une jeune femme Kristin Meller, est entrain de la graver dans le bois, représente un cavalier d’épouvante : l’oncle Sam et sa monture sont deux squelettes de la C.I.A. Les postérieures de l’animal, deux tours qui explosent, quand de ses pattes avant, jaillissent des fusées tomahawk. Dans sous sa hennissante, barbe intégriste, la poudre d’anthrax et le beurre de cacahouète coulent à flots.

Tandis qu’un petit Mickey à tête de mort tient sous les projecteurs le clap du tournage sur lequel on lit « Ben Laden *»… Cet envers du décors délirant et burlesque des cauchemars vrais que nous sert la télé, est une des spécialités de l’Atelier Velasco & Melle, fruits d’une tradition mexicaine, les « Calaveras ». Ces cadavres représentés pour châtier nos mœurs en riant, dans une tradition pamphlétaire, syncrétisme de nos danses macabres du XIVe siècle et des fêtes des morts précolombiennes.

Kristin Meller et Raoul Velasco, nos deux satiristes, sont des artistes qui ont « pignon sur la rue des Cascades » à Belleville. Il sont riverains de la rue de Casque d’Or, sans que rien d’anecdotique n’entre dans leur rapport au quartier. C’est même tout leur art au quotidien qui est relié aux habitants des petites rues de ces hauteurs populaires d’un Paris pas encore dévalé et avalé par le flots des con-sommateurs.

Deux étrangers, que la providence a semés là en 88, elle blonde britannique, lui mexicain au profil d’indien, deux citoyens qui voient leur Paris comme une « bouffée d’oxygène extraordinaire ». Portrait du cœur pour une capitale si polluée, mais qui ne surprendra que ceux qui n’ont pas rencontrée La Ville, ici la Belleville. « Il y a ici une forme d’acuité des habitants impossible en Angleterre. Ils s’intéressent à ce que nous faisons c’est merveilleux ! » dit-elle.

Une connivence avec ces regards populaires quotidiens qu’ils ont choisis de préférence à celui des galeristes et des experts « le regard a été trop réservé aux élites, c’est ce qui fait tomber l’art dans la propriété ».

Ils entendent que l’universalité du métier se travaille en atelier et parle de manière privilégié au quartier. Raoul clame sa vocation « On refuse le mythe de l’artiste incompris, la combine de ce psychodrame ! Je veux l’artiste qui s’intègre, qui a son mot à dire dans l’urbanisation et la rue, qui va avec des phénomènes comme : squats, art sur les murs…». Cet artiste en pas de porte, il le vit polémiste et antipopuliste, disputant l’espace publique et la rue aux cols blancs en même temps qu’artisan qui tire sa raison d’être d’échanges modestes.

Leur galerie ? Elle n’en jette pas, mais inverse doucement les logiques qui font de l’art un supermarché des snobs. Par exemple les artistes invités, choisis sur le sens de leur démarche, prennent possession de l’échoppe qu’ils s’engagent à faire vivre intensément durant un week-end, par une création publique, festive ou didactique. En échange de la participation symbolique (150F/j) qu’elle demande, la Maison fait de l’artiste l’unique bénéficiaire de ce qu’il vend ! Révolutionnaire, non ?

David Langlois-Mallet

Jusqu’au 11 novembre, de 15h à 20h, exposition collective « Calaveras », (gravure en vente* à 500 f ). Atelier d’initiation à la gravure sur bois en taille d’épargne (se renseigner).

Atelier Velasco et Meller – Association pour l’estampe et pour l’art populaire, 49, rue des cascades 75020 Paris – Tél. : 01 47 97 05 35 et <mel.vel@wanadoo.fr>

Nicolas Bacchus, néo libertin (Nova Magazine – juin 2000)

Nom : Bacchus. Age : 28 ans. Profession : troubadour. Couleurs : Arc-en- ciel, vert et rouge. Situation : ambiguë (« comme la vie », dit-il). Projet : le bonheur (et à la rentrée un passage au Loup du Faubourg). Actu : un CD, des concerts (ci-dessous). Signes particuliers : love (and politic) songs plutôt gaies.

C’est la petite dissonance distanciée qu’il aime par-dessus tout, Bacchus. Nicolas Bacchus. Avec ses petits airs de satyre méditerranéen, il nous apporte un premier CD plein de promesses… ambiguës. « En fait je suis assez transparent »… qu’il dit. Avec sa guitare et ses accords qui chantent bon la chanson française de tradition, on avait cru pourtant le voir venir de Toulouse : un troubadour ! Un chanteur courtois. Oui, mais voilà : « Non, Madame, cette nuit-là ton fils n’a pas dormi avec les filles », dans ces chansons un peu écolo, le berger trousse parfois… le berger (et le cas échéant, sa bergère). Il chante l’amour tendre et le jus de queue, et le pire, c’est que ça passe super bien (si j’ose dire).

Ça donne un coup de jeune à nos vieux airs et un coup de vieux à nos jeunes pédés. Brassens des backrooms ? « Non. je ne veux pas être le chanteur des pédés et des écolos mais plutôt changer le monde ». Chiche ! (c’est un des animateurs des jeunes écolos-alternatifs sur Toulouse) « Pour m’rouler dans l’herbe et courir après les garçons/ J’ai pas besoin qu’ils soient millionnaires ni qu’entre nous y’ait un ballon ». Le premier CD est agréable, un peu vin nouveau. On y sent encore la patte des maîtres, mais ses caractéristiques sont déjà la « distance amusée ».

Mais, « éteignez vos ceintures et attachez vos cigarettes », il a déjà sur scène de l’épaisseur, une vraie intelligence avec le public. « Pour moi, l’engagement est évident et la revendication gay concerne bien la vie publique… et (comme il le chante) « pas la peine de me chercher à la Gay-Pride, je ne passe pas ma vie à me cacher, j’ai pas b’soin d’un jour pour me montrer ». « Je veux chanter l’amour et mes chansons d’amour, c’est ça… Mon but c’est que ce que je fais soit accepté un jour, comme… chanson d’amour ». Bacchus fredonne « Je suis venu te dire que tu t’en vas… la pt’ite nuance, entre Gainsbourg et moi, est immense, mon Amour… ».

David Langlois-Mallet
nova Magazine. Juin 2000 / l7

Actualités récentes de Nicolas Bacchus :

Pour en savoir plus : http://nicolas-bacchus.com/
Dernier article : Nicolas Bacchus gagne à l’extérieur, par David Desrumeaux Hexagone http://hexagone.me/2014/06/exterieur-quai-bacchus/
Prochain spectacle :

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Mesparisiennes.wordpress.com

Les jeunes mousquetaires de la chanson : 10 ans après Politis

Explorer de nouvelles voies pour changer le monde, c’est parfois explorer de nouvelles voix. Il y a dix ans, je me passionnais pour l’émergence de la jeune scène chanson. Une aventure qui me menait à découvrir tour à tour, Babx, Bacchus, Lantoine, Bihl, Pitiot… M’intéressaient tout autant les jeunes militants qui gravitaient autour de cet univers : ceux du Festival Ta Parole ou journalistes indé de Larscène dont le professionnalisme valait celui des confrères rémunérés pour cela, les Pass cocktail, mais surtout la légitimité en moins.

Rien ne se perd, tout se transforme, ayant accusé le choc des berceaux et des emprunts sur 20 ans (de la précarité pour d’autres), passé le girophare sarkozyste et plus encore le choc mou du fascadisme socialiste, les mousquetaires sont toujours là.

Ainsi ce dossier que j’avais écrit pour Politis est republié ces jours-ci par un nouveau médias, Hexagone, le sans papier de la chanson, lancé par les anciens de… Lartscène. Quand au Festival Ta Parole, il vous accueille toujours pour défricher ensemble, du 9 au 15 juin à Montreuil.

De mon côté, l’engagement m’avait amené à la chanson, l’engagement m’a reprit. Après les années Chiche ! celle des jeunes militants de l’écologie politique, largement étouffés par le développement pas durable de leurs ainés EELV, je m’étais tourné vers ces autres porte-voix, histoire de voir si un monde nouveau, endormi en politique, pouvait émerger de leurs chants (le dossier « Sur un air de nouveauté », rend compte de cette plongée, lire en cliquant ce lien) Il est amusant à lire dix ans après, car… rien n’a changé, si ce n’est que les voix nouvelles ont parfois un peu faiblit avec la quarantaine et une installation dans la vie ou au contraire sont restée confidentielles.

Ce qui est dit dans l’article, sur les difficulté à percer dans les bars d’une génération oeuvrière, s’applique à leurs petites sœurs et frères cadets qui redonnent de la voix ces derniers temps malgré les interdictions qui pèsent sur les concerts urbains.

Toujours cette question des lieux cultuels indé, de la liberté d’expression des jeunes générations, de ces cultures populaires et (toujours !) leur étouffement par le politique. Et, pour ceux qui ont suivi ces aventures, Un Peuple Créatif, notamment, les politiques culturelles nouvelles que l’on pouvait imaginer ensemble. Même air, mais une autre chanson… Nos vies sont un rêve, à l’intérieur d’un rêve qui lui-même débouche sur un autre rêve.

David Langlois-Mallet, C Mes Parisiennes 2014

Paris. Culture populaire et Delanoïsme. Chronique d’un désamour #2

Suite des petites chroniques des lieux de culture populaire de Paris sous le Delanoïsme. Où un maire de gauche qui faisait sa campagne en squat se transforme en gentrifieur. Parues dans Politis 2000-2007.

Squat. Jardon dans la Savane…

Mais aussi oasis dans le désert, point d’eau dans la jungle urbaine. Fête libre en marge des multiplexes à bière. C’est un petit lieu bien charmant, le Chardon et pour te dire, pratique aussi. Tu peux y organiser de grandes fêtes avec plein d’amis d’amis… à prix d’ami s’entend, ou à prix militant… Quand la ville te taxe de partout où te réfugier pour t’esbaudir quand tu n’as pas un rond, sinon dans un de ces squats libres ? Où fuir la musique commerciale aussi ?

On aimerait te signaler ce Chardon au son joyeux d’un  » bon plan dans la savane « , festif et léger. Dommage. C’est un peu dans l’urgence. Leurs jours sont plus que comptés, squat il sont et expulsés seront. Mus, son animateur, confie vraiment amer son ressentiment contre l’édile du XXe, Charzat, qui ne l’a pas soutenu et n’a pas souhaité faire jouer son droit de préemption. Mais est-ce au niveau de l’arrondissement que cela se décide ?

En tout cas, au lieu d’une info pour aller t’égayer et te culturer, tu en as pourtant bien besoin ma chérie, nous t’annonçons qu’une belle opération immobilière est en vue. Un squat qu’on expulse, c’est aussi ton annonce de fête qu’on transforme en nécro. Autant t’le dire : nous ne nous laisserons pas transformer en page  » carnet  » ou  » immo  » du Figaro !

Le Chardon dans la Savane 20, rue la Duée 75020 Paris (jusqu’au 14 juillet ?)

Squat Dehors les gueux !

Le collectif d’assos de précaires No Vox, qui occupe depuis le Forum Social de novembre le Point P au bord du Canal St Martin doit faire face à une assignation en justice. Le propriétaire, la Mairie de Paris, qui s’était engagé à loger ailleurs leur projet de Centre Social « à l’italienne », semble finalement préférer la politique du coup de balais et souhaite sans relogement, délais, ni trêve, l’expulsion des gueux qui retardent ses projets pour ce lieu.

Jean-Claude Amara de Droits Devant ! !, une des assos occupantes qui a eu à faire face à la violence physique des vigiles privés du futur opérateur culturel « Usine Ephémère », dénonce avec virulence cette nouvelle orientation « clientéliste » de la politique municipale et parle de « miasmes Tibériens ». « Outre l’opacité de l’attribution du lieu à un projet bobo, dit-il, Delanoë indique clairement aux « sans » qu’ils n’appartiennent pas la ville, que leur place est sur le trottoir. Le nettoyage élitique de Paris se poursuit ». A mi-mandat, la rupture semble consommée entre la mairie de gauche plurielle et les mouvements sociaux.

Contact : Droits Devants ! !

Goutte d’Or Coupure d’air pour le poumon culturel

Autre abcès de tension entre les services culturels de la ville et les petits lieux de culture populaire, dans le quartier de la Goutte d’Or. Cet entrelacs de rues populeuses et multicolores à deux pas de Montmartre, abrite un petit trésor culturel : le Lavoir Moderne et l’Olympic, salle de spectacle et bar. Ces petits lieux se distinguent par une programmation artistique des plus exigeantes et une implication unique dans un quartier dépourvu d’équipements culturels. L’association Procréart qui les administre bénéficiait jusque là d’un soutien municipal. Une subvention en passe de ne pas être reconduite. La mairie ayant choisi de s’aligner sur le ministère de la Culture, après que celui-ci lui ait supprimé la sienne. Si la gestion de l’association en redressement judiciaire semble mis en cause par les institutions, qu’en est-il de l’appréciation de son rôle culturel ? Son animateur Hervé Breuil, aimerait aussi que les actes pèsent dans la balance : « lorsque nous organisons un repas de rue en pleine canicule et que nous distribuons 6000 repas gratuits, les institutions nous mettent des bâtons dans les roues au nom de la circulation des voitures… » dit-il. Le LMP annonce la tenue d’une assemblée extraordinaire de ses usagers le 26 janvier à partir de 19h.

Lavoir Moderne Parisien

Paris. Petite mémoire d’une résistance joyeuse à la culture Delanoë


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Petite balade guidée dans trois lieux de culture populaire sous Delanoë 1er. A l’usage de ceux qui doutent que la lutte pour l’espace et pour le contrôle des liens est continue à Paris (des soldats versaillais à l’assaut de la Commune à la bourgeoisie rose à l’assaut des faubourgs) ces quelques articles parus dans l’excellent Politis au début de ce siècle. Mémoire de la résistance joyeuse à la créativité parisienne à la culture duty free de la Mairie de Paris.

Paris : La Goutte d’Or qui fait déborder le vase

Grandes manoeuvres contre un quartier populaire. Au pied de Montmartre, la Goutte d’Or est le quartier où l’Africain pose ses valises en arrivant à Paris, faisant de l’ancienne terre à vigne, le lieu le plus coloré de Paname. Avec la session des magasins Tati à Virgin’s Megastore, c’est toute la physionomie d’un quartier jusque là, laissé à l’abandon par sa mairie qui change. Sus à la spéculation, y’a du fric à faire, mon bourgeois !

Parfois, le grand nettoyage prends des formes surprenantes, ainsi le Lavoir Moderne Parisien, la salle de concert du quartier, se trouve pris dans le collimateur. La Préfecture de Police, prétextant de la sempiternelle… « Sécurité » a réduit sa jauge de 200 à 100 personnes, condamnant ce petit lieu pourtant essentiel à l’émergence d’une jeune scène, avec ses 500 représentations annuelles pour 35000 entrées. Hervé Breuil, gérant aussi de l’Olympic, le bar caf-conc’ voisin est pareillement menacé paraphrase Victor Hugo « Ouvrons des lieux de culture et nous fermerons les ghettos ! ».

La pétition qui circule repose en clair le problème des cultures dans la ville, de cet urbanisme spéculatif, accompagné d’un nettoyage à la matraque : « Nous nous efforçons, avec le soutien des artistes, d’humaniser une urbanisation qui génère des zones sensibles (…). Dans ce secteur de 22000 habitants, l’investissement dans l’équipement public est déficient depuis des décennies. Une véritable ségrégation est en marche; la Police Urbaine de Proximité tant promise est remplacée par les compagnies de CRS ». Les rassemblements se succèdent amalgamants les mécontentements de plus en plus perceptibles des milieux de la culture populaire, notamment les nombreux lieux menacés par la Préfecture dans l’indifférence quasi totale de la nouvelle mairie.

Décidément, à la Goutte, la colère pourrait, avant l’or, couler à flot. Reprenant l’acte qui n’a pas fini d’être joué entre les caf’conc et leurs amis et des pouvoir publics, hostiles ou méfiants, mais toujours aussi ignorants des cultures populaires de la ville. La Goutte d’Or qui fait déborder le vase ?

David Langlois-Mallet, in Politis 2004

Lavoir Moderne Parisien Olympic Café

20, rue Léon 75018 Paris

PS : Un des très rare lieu encore vivant (en lutte actuellement) : www.rueleon.net

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Squat

C’est l’amour à la plage !

Puisqu’on y est, autant que ce soit l’été. Nous voilà déjà en vacances avec un nouveau petit lieu au bord de l’Ourcq. Il est fait pour aimer, pour rêvasser, expérimenter, créer, jardiner, faire des crêpes. Un lieu d’enfance et d’en face pour réunir les habitants et les passants du XIXe et soutenir les indiens Mapuche. Les mercredis et dimanches l’espace ouvre son atelier on y peint, coût papote et bricole. Il y a bien sur des fêtes et une pétition à signer pour soutenir la demande d’eau et d’électricité que font les animateurs et habitants. « La Maison de la Plage », c’est son nom retiens le, participera au Festival Résistances et Alternatives de Paris qui se concocte pour apparaître du 13 avril au 5 mai. A cette ocasion, il faut noter la journée du 21 avril. A 15 h animation musicale, 16 h débat « comment se réapproprier son environnement immédiat ? », 19 h « La Poule Égorgée », création théâtrale de Luís Pasina. On annonce aussi une expo sur le thème de la friche urbaine et de son histoire récente à Paname. Quand l’histoire se fait temporaire : vive l’été !

David Langlois-Mallet
Politis

La Maison de la Plage, in Politis 2004

4-6, rue de Colmar Paris XIXe

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Théâtre

De profondis

Quelle protection pour le théâtre vivant ? Rien que la loi de la jungle, qu’elle soit libérale ou institutionnelle. Si tu ne joues pas la milliardième version de l’Avare (ou autre oeuvre au programme des collèges) et si tu as survécu au marché sans aide, on t’aura par la loi. Le petit Théâtre 347 était un lieu d’expérimentation remarquablement intéressant. Nous avons le regret de vous annoncer son décès le 2 juin dans l’indifférence la plus totale de la mairie-de-Paris-de-gauche. Pire celle-ci est directement cause du décès, ayant installée une autre association, aux projets d’ailleurs très honorables, dans les locaux. Comme si la capitale et singulièrement Pigalle, avait trop de lieux de culture pour qu’on s’intéresse à leur sort !

Comme si la direction de la Culture, qui subventionne tous les évènements déjà médiatisés et tous les peintres à l’huile de retour des bords de mer, n’avait pas les moyens. Comme si la Mairie qui prétend ne pas connaître son parc immobilier vide dont elle dispose, ne pouvait penser au relogement de cette équipe de Wax qui, sans aide, a fait émerger en un an près de 200 créations, dont les artistes sombrent avec elle ! Au secours on flotte dans l’indifférence, on coule dans le mépris à Paris !

Ex Théâtre 347

David Langlois-Mallet, in Politis 2004

Free-Jazz. Fantazio, Joyeux Bordel !

Fantazio

Fantazio émerge de l’underground. Il nous apporte sa belle énergie et son esprit de liberté.

L’un des vrais bonheurs de l’art, c’est quand un talent rare, qui a patiemment pris le temps de mûrir et de ciseler ses traits dans les bas-fonds de la ville, parvient à éclore. On croit capter alors un peu de cette « époque au meilleur d’elle-même », qu’un philosophe voyait comme notre meilleur espoir. Avec Fantazio, cette éclosion semble porter tout un printemps un peu fou, floraison de notes, de couleurs, d’attitudes et d’intentions nouvelles auxquelles il est trop tôt pour figer sous les mots. Apprécions. Mais qu’est-ce que Fantazio ? Un homme et une contrebasse, sûrement. Une formation de jazzmen libres peut-être. Un collectif informel de créateurs, mais encore tout un courant de création urbaine, qui a couvé sous les décombres du Paris popu. Un courant très sincère, né au fil des rencontres de rue, des amitiés de bar, des complicités squattardes, qui partage sans façon sur scène le plaisir de se retrouver, d’échanger des signes et de se mélanger les arts.

Musicalement, cela progresse avec la forte nonchalance de l’éléphant — son animal totem dans les graphismes de Popaye — accompagnée de sons aigrelets et dérisoires des youkoulélé, guitares hawaïennes et xylophones, ou mêlé à la profondeur de magnifiques saxos, au vacarme de batterie ou encore à la complicité d’autres contrebasses que font vibrer des nymphettes, comme encore aux chants de guerre féministes d’une artiste japonaise fluorescente. Qu’il chante « les tortues fières » qui charment les mecs les plus coquins, où celles qui se laissent faire des enfants sans y réfléchir, qu’il beugle un charabia, ou miaule à la manière d’un dessin animé américain, les langues s’emmêlent et l’on croît comprendre en franglais une phrase commencé en espagnol et peut-être poursuivie en italien. Looké manœuvre de la contrebasse, sous ses tatouages, ses vestes croisées années 30, petit frère des punks, ou de la Mano Negra, son inspiration nous parle d’un amour artiste de la rue et de ses gens qui la hante. De son dégoût pour l’amusement obligatoire, des vrais fêtes qui sont accidentelles, d’une passion pour la spontanéité : « C’est important pour moi de retrouver cette improvisation, manière de dire que chaque journée est différente. Mon boulot, c’est de ne pas être toujours dans le même état, c’est une forme de respect pour les gens. Je trouve ça terrible ces groupes qui jouent toujours les mêmes chansons et balancent les même vannes » confie t-il.

Fantazio, s’il s’est défié des maisons de disque et donne à diffuser son premier CD par la coopérative alternative Co-errances « ce n’est pas pour la pureté de l’échec ou pour rester underground, mais parce que je veux garder la propriété de mon son, garder mon autonomie ». Où cela mène t’il Fantazio ? Sûrement vers une certain succès, une auto-exploitation comme chacun de nous. Il n’en est pas dupe : « je suis ma propre pute, mon propre connard, mon propre maquereau » swingue t’il.

Et à nous, qu’est-ce qu’il nous apporte ? Une l’énergie emballante, pour réenchanter notre effort quotidien. Une esthétique neuve, pas encore gâtée par la conso culturelle, ses médias-catalogues, ses festivals. Quelque chose comme la fraîche expérience désenchantée, celle de la liberté totale, qui est conscience de sa liberté relative.

David Langlois-Mallet (bienvenue sur ma page Facebook)

www.fantazio.org

Article publié dans l’hebdomadaire indépendant Politis 2006

David Langlois-Mallet (bienvenue sur ma page Facebook)
Site Mes Parisiennes https://mesparisiennes.wordpress.com

La section culture du PS interpelle Bertrand Delanoë

Texte intégral cliquez sur ce lien

IMG_2189_1La vie quotidienne des Parisiens est fortement perturbée par la flambée immobilière, le phénomène de “ gentrification” -l’embourgeoisement de la ville. Il transforme ses quartiers soit en “ musée-galerie-marchande” (pour le centre), soit en quartiers cossus (pour les faubourgs et même pour les arrondissements populaires).

Cette situation frappe une ville qui ne s’était pas encore relevée de la guerre sociale que la droite a livré constamment aux “ parigots” . C’est aujourd’hui le terreau populaire de la culture qui est atteint. Dans une société qui se tourne toujours plus vers les écrans et tend vers la déshumanisation, les cultures vivantes jouent un rôle de premier plan pour vivre ensemble.

Lire le chapitres suivant en cliquant sur le lien :

“ Un art de vivre parisien répond à cette époque de mutation”

“ A l’aune des cultures de proximité, le XVIe est un quartier pauvre”

Salles de quartier, bars cultures, squats d’artistes doivent être soutenus

Brigade des clowns : Farces de l’ordre

Brigade de clowns

Déguisé en CRS de carnaval, la Brigade Activiste des Clowns, sème le doute dans les manifs, mais ne cogne que sur nos ridicules.

Le fleuve des manifestants anti-CPE grossi sur les boulevards tandis que dans la rue voisine un détachement de CRS, sagement rangés dans leurs autocars, trouvent déjà la journée longuette. Ces gens d’armes, n’osent trop penser à la confuse inquiétude que leur inspire la fin de journée. Peu s’en doutent, mais sous les cuirasses de crustacés, ont connaît aussi la peur. L’appréhension, reste le propre de l’homme.

Comme le rire : «  CRS en colère, le pastis est trop cher ! »

Une masse colorée vient de déboucher sur le trottoir et se glisse parmi le martial convoi. Des personnes, jeunes pour la plupart, des filles en majorité, la tête enfouie sous des écumoires bleues, le visage maquillé sous des nez rouges, les cheveux en serpentins, agitent des matraques molles et des boucliers de orné de guirlandes.

C’est la BAC, Brigade Activiste des Clowns, qui sème le doute sur le pavé et sur ses intentions. Est ce de l’art ou des patachons ? L’un imite la posture du garde de faction, l’autre fait un gros bisou à un molosse casqué et paré pour une bataille médiévale, certains marchent au pas derrière une section en mouvement, imitant les ordres, créant le désordre… Même des manifestants, séduits, ne savent plus trop s’ils doivent quitter la mine austère de la lutte pour se laisser aller, comme leurs enfants, au plaisir de la farce. C’est tout de même sérieux la Sociale, m… !

Qui sont ces énergumènes ? Que veulent-ils ?

Ils préfèrent ne pas le savoir eux-mêmes. « On n’a jamais de message complètement clair » décode — exceptionnellement pour Politis, — Clown Bob, l’un des meneur de la revue. « Qui est-on ? que veut-on ? Les gens en tirent des choses différentes, on ne cherche pas clarifier » dit-il. En fait, cet espace d’incertitude, joue le rôle poétique et humoristique d’une parenthèse, brouille les rôles. Celle de l’ordre et de ses forces, d’abord. « Certains CRS nous chuchotent arrête ça tout de suite ! Je ne suis plus crédible… » se délecte Clown Bob.

Celle de l’obéissance aussi. Et son irrespect s’étend à toutes les conventions, celles des manifs incluses : « Le côté assez réglé de la manif aussi est mis en cause » s’amuse le clown joue à faire bêler les manifestants comme des moutons. Mais l’intention reste « de recréer de l’enthousiasme, de renforcer les gens tentés par la morosité, pour qu’ils se sentent du côté des plus créatifs » dit-il.

Une sédition bienveillante, mais politique

«Ce n’est pas du théâtre de rue, mais un autre contact au message politique que de se faire tracter à la sortie du métro », insiste Clown Bob. Faire passer un message radical par l’humour et la non violence, un langage de plus en plus prisé des activistes. Traités de « casseurs » les étudiants de Poitiers brûlent des petites voitures sur la place publique, les précaires de L’Eglise de la très Sainte Consommation organisent des pénitences devant les supermarchés, des brigades de clowns se développent un peu partout. Comme le dit Bob, « le nez rouge permet à très peu de frais de changer le discours ».

Le ridicule, arme plus efficace puisque, elle, ne tue pas.

David Langlois-Mallet

http://brigadeclowns.wordpress.com/
In Politis 2006

Slam. Hocine Ben, Lame de la rue

Slam : Lame de la rue

Le slameur Hocine Ben donne à notre époque insipide les lettres de noblesses de l’éternel esprit de la rue.
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Une phrase jaillit du public. Un garçon s‘est dressé et crânement sous sa casquette moulante de titi, nous balance à flot nerveux des mots rimés d’où jaillissent cet amour intense pour sa ville, cette adhésion filiale au macadam, territoire imaginaire qu’occupent gavroches à Paname, minots à Marseille. Aubervilliers, dont nous ne connaissions, de nom que le Fort et les clichés sur une banlieue sale et sans attraits, devient une personne lyrique, plantée fièrement face au grand Paris des poètes.

« Auber, ne t’inquiète pas…

Même si Paname nous fait de l’oeil, on revient toujours au bercail.

On à le sang chaud alors sans nous, on à peur qu’Auber caille !

C’qui ne nous tue pas, nous rend plus fort, pour toi je serais toujours un renfort.

Un rempart contre les faux. Ma ville mon phare ! Ma ville mon fort !

Car depuis le premier jour cette ville me colle à la peau.

Depuis la première nuit, elle colle à mes godasses !

Auber ! Quand sur toi la nuit tombe, alors je l’à ramasse,

L’à couche sur le papier, et je l’à regarde en face… »

Derrière le vers qui claque, par la force de la harangue d’un poulbot de ZUP, par l’élégance voyoute du bagout, le public voit monter la foule des habitants anonymes : ceux qui tiennent les murs, ceux qui portent les poubelles, ceux que l’on ne stigmatise, que l’on menace du karcher à l’occasion et que l’on abandonne ordinairement au mépris de TF1. Voilà pourquoi on dit du slameur, comme d’un élu de la République, « qu’il représente » sa cité. Car cet art est génétiquement politique. Slam cette poésie qui vous halpague, joue du sens des mots et surjoue des assonances pour exprimer avec une apparente brutalité — qui cache l’art — la conscience collective. Le slam, c’est l’esprit authentique d’un hip-hop sans la bande son, le flow du rap sans le bit. Hocine Ben vous dira que c’est aussi « prendre l’espace partout où on est », son admiration pour des auteurs négligés comme Jules Jouy. Il vous dira les mots devenus impératifs par le silence des parents, balles perdues de la Guerre d’Algérie, valises de l’immigration, nés de la panique d’une mère algérienne dans le Paris de Papon, la rage de l’humilité des ouvriers «  ma mère flippait de la police, flippait du facteur, pour elle, c’était le président de la République », le gamin des rodéos mort en mobilette, « les pauvres dans leurs réserves, en banlieue », et puis un certain « couvre-feu » qui soudain fait remonter et brasse toutes ces histoires.

Hocine Ben, porte son printemps des poètes, celui d’une lyrique héritée de Villon, de la chanson réaliste. Mais là, merci, c’est du contemporain, « Un auteur comptant pour rien ? » comme il se dit. Cadeau d’un petit gars distingué, du côté de la joue droite par l’estampille des mauvais garçons et du côté de l’âme par la grâce de quelque muse immigrée dans une cage d’escaliers. Hocine Ben, c’est surtout voix de l’ « en-bas » social, ce territoire magique et non cartographié de la conscience. Comment décrire cette contrée ?

 « D’ou je rap ? D’ou je slam ? Quand j’répondrais à cette question…

P’tèt que finalement j’livrerais moins mes fictions,

Mes brèves de trottoir et j’laisserais aux sociologues,

Le soin d’vous raconter c’que j’vous susurre prés du lobe ».

David Langlois-Mallet

Politis 893 mars 2006