Tous les articles par LMicromonde

Parigot, journaliste et essayiste, je suis un ardent amoureux des cultures populaires. Tour à tour reporter, chercheur ou polémiste au besoin, je raconte, propose des politiques culturelles ou les critique. J'écris aussi de petits nouvelles amoureuses ou légères.

Quel hommage à Simone Veil ?

Je n’aime pas trop participer aux hommages universels -surtout quand les lieux communs de Facebook se doublent de ceux de l’Etat- je trouve qu’il se dégage quelque chose de gluant quand tout le monde est du même avis et que les autorités en profitent pour faire sonner les cuivres. Chacun renforçant sa propre estime de soi à l’estime collective et inversement. Les valeurs actives de la vie de la personne que l »on porte aux nues, ou que l’on panthéonise, comptant au final moins que le plaisir de l’encens.

Je ne rajouterais pas ma couche de lieux communs sur l’avortement ou sur l’Europe à l’hommage mérite à la personne Simone Veil. Parce que ces totems de la libertè individuelle et de l’universel politique sont en crise et qu’il ne sert à rien de renforcer les pouvoirs qui s’y appuient, mais plutôt d’en amorcer la critique. Surtout, le temps de l’hommage n’est pas celui de l’inventaire.

Le plus bel hommage serait par contre si ce moment et cette vie pouvait servir à nous faire bouger collectivement. Sur notre rapport aux Juifs de France et par ricochet à ceux qu’on ne se représente pas comme le groupe majoritaire, ou la « norme » du français. Ce serait un grand pas pour nous et un bel hommage si nous le devions à Simone Veil.

Les Juifs font partie de la France, sauf erreur, depuis le IIe siècle. C’est à dire avant Clovis, son baptême, et ses Francs même. Que des jeunes filles françaises de 16 ans comme elle aient pu être déportées – c’est à dire qu’il y ait eu un consentement muet pour se laisser trier, comme une main publique active pour les trier – relève de l’innommable.

Comme parisien, on passe chaque jour devant des plaques d’écoles, de collèges ou de lycées portant la listes d’enfants de 4 à 17 qui ont été offert aux barbares, juste parce que le nom de Juif faisait que les autres ne se sentaient pas assez proches d’eux pour les protéger de leur empathie. Je ne peux les voir sans envie de pleurer. Parce que ces enfants étaient les nôtres ou sous notre protection. Mais aussi parce que nous, nos ancêtres, n’ont pas su les regarder comme tels.

Comme la France est complexe, elle est aussi contradictoire. Elle est, dit-on, le pays où le plus de Juifs ont été sauvés par la population. Sans doute parce que nous avons aussi une culture de fraternité universelle.

Dans ce combat incessant entre un nécessaire sentiment d’unité (pensons aux Protestants ou à la Vendée) et d’appartenance et un regard fraternel sur l’autre; qui fonde la valeur humaine, il nous appartient de faire évoluer cette idée d’un nous Français « simple », pour aller vers un nous Français composé et complexe.

Des parties du nous ont subi un stress incroyable. On parle ici des Juifs, on aurait pu parler de la colonisation ou d’une immigration récente.

Comme le disait un éditorialiste ce matin, on ne comprend rien aux Juifs de France si l’on n’intègre pas que ces familles se demandent chaque jour si « cela ne va pas recommencer » pour leurs enfants.

A défaut d’avoir su faire notre, en 42, ces enfants de l’histoire. Il faut aussi faire notre cette angoisse de certains d’entre-nous pour pouvoir la dépasser. C’est avec elle et avec eux, et non contre, que nous retrouverons force et fierté.

La vie de Simone Veil se place là. Dans ce dépassement de la souffrance dans l’oeuvre politique. Elle a toute sa place au Panthéon des grandes françaises.

Langlois-Mallet

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Quel est le message des Législatives ?

Selon moi, le fait marquant, c’est que 50% des Français ont choisi de laisser faire. Laisser filer Macron en roue libre pour détruire la vieille classe politique. Il y a de la colère, du fatalisme, la volonté de donner une chance, du manque d’intérêt pour un parlement sans pouvoir et qui sera absent des grands choix, comme la loi travail.

Comme force d’explosion de la vieille politique, on attendait Le Pen (annoncée à 30% il y a un an), puis Mélenchon et finalement, la destruction des partis issus de la Révolution française a bien eu lieu, mais par un curieux mélange du fait monarchique et de l’oligarchie financière. Manière de rappeler que la France doit être comprise que comme un cocktail (molotov) de monarchistes et de républicains, mais aussi comme un pays révolté et patrimonial, souhaitant sourdement le retour de la guillotine, mais pas prêts à voter pour des partis faisant courir un risque à leur compte en banque… Beaucoup de leçon à intégrer pour les opposants des deux bords ?

Assez bizarrement, le PS est détruit (pour un crime de libéralisme et de double langage), par ceux-là même d’En Marche qui promettent de faire bien pire… C’est aussi la mécanique de l’alternance qui est brisée au détriment de la droite cette fois. Et c’est tout aussi grave pour eux.

16% seulement de soutien lui promettent 400 députés…

Mais une écrasante majorité des Français s’installe dans le rejet et attend son heure. L’opposition, mais même le simple débat, ne se passera pas à l’Assemblée (33% se partageront les 150 autres, et 51% n’en auront tout simplement pas de voix institutionnelle). Les Français ont acté que cela ne servait à rien, mais ailleurs. Dans la rue ? Nous verrons. Mais clairement la prochaine St Barthélemy n’est pas celle du PS comme ce soir, elle sera pour les parricides du jour, qui seront les immolés de demain.

Cela donne envie de prendre date et de ne pas se lamenter

Le succès de Ruffin est à ce titre très prometteur. Une fois passé l’épreuve de cette élection, où la France Insoumise se devait logiquement d’affronter le PS et son reste de croupion Vert inutile pour montrer que la page de la trahison hollandaise était bien tournée. Demain, la FI sera forcée de constater qu’un fonctionnement centraliste et autoritaire n’aboutit qu’à une explosion et une multiplication de petites chapelles écolos battues d’avance, mais affirmant leur existence.

Je pense que l’avenir est ouvert, sur ce champ de ruine des autoritaires (symbolisé par le naufrage des arrogances PS), pour des voix singulières, originales, diverses, sans lesquelles l’écologie politique n’a pas de sens. Mais à condition qu’elles aient tiré toutes les leçons de l’échec total et lamentable des Verts et des stratégies d’intérêt personnel menées au nom de l’intérêt supérieur de tous. Il leur faudra intégrer l’apport immense de Mélenchon, qui aura tenter de réconcilier le fait majoritaire et une politique alternative, la France et l’écologie, le principe individuel et monarchique de la présidentielle, avec les valeurs collectives portées la gauche. Tout le défi de la France en somme…

Langlois-Mallet

Politique. Une élection assez simple

Quand tu vois ton pays qui fait entrer le cheval de Troie dans ses remparts en chantant, que fais-tu ?

« La colère n’est pas bonne conseillère. » Le vieil adage ne ment pas pour résumer la situation politique en France. Un pays à juste titre en colère contre sa classe politique uniforme – mêmes valeurs culturelles soixante-huitardes, même politique économique libérale – faute de s’entendre, a accouché d’un monstre : Le Macronisme.

Dans l’épisode précédent, on se souvient les médias ont su capter la révolte et détruire une à une les candidatures pour imposer leur président :

– Fillon ? Une proie, ringarde à pleurer, disqualifié par ses comportements d’un autre âge.
– Les « petits » candidats ? Un à un, ridiculisés.
– Mélenchon, excommunié pour des soupçons imaginaires.
– Le Pen, trop facile à tuer comme « nazie » médiatique, quand il s’agit juste d’une incapacité crasse.
– Il n’y avait guère que Hamon qui n’a pas eu besoin des médias pour se tuer tout seul dans son allégorie du principe de Peter.

Les candidats étaient partis pour une lutte politique, l’élection 2017 leur aura appris que le match se joue désormais d’abord contre les éditorialistes du CAC40.

Paradoxe

Au final nous voilà avec un pays qui, pour rejeter, une politique se retrouve à la plébisciter. Qui, par rejet de Hollande et de Sarkozy, vient de prendre le pire des deux, sous une enveloppe il est vrai plus séduisante. Un pays qui au fond veut le changement, mais sans changer lui-même. Qui dans une rage de Caliban brise juste le miroir que lui renvoie la classe politique, avant de se couper avec ses éclats de verre macroniens.

Vous ne vouliez pas de la loi El Khomeri ? Vous voterez pour, puissance 10. Vous faisiez barrage au racisme ? Vous aurez la président qui fait des blagues Trumpistes sur les noyés. Vous vouliez les libertés publiques ? Vous aurez l’inscription des lois d’exception dans le Droit commun.

C’est que, juste avant, lors des primaires, les digues avaient sauté. Les candidatures de synthèses des partis centraux avaient été balayées, laissant croire à une possible déconstruction de la politique unique par ses marges. C’est l’inverse qui s’est passé. La candidature de synthèse, produit du même nom, a aspiré les deux anciens axes politiques, qui du coup n’ont plus rien de crédible à opposer au jeune pouvoir qui représente finalement leur rêve aboutit.

Exit le PS, exit les Rep, pour qui voter alors ?

La recomposition se recompose donc en se décomposant… en lutte fratricide entre les courants, laissés à droite et à gauche, du grand parti unique présidentiel. La logique voudrait que les partis de synthèse soient mieux placés que les partis extérieurs dans cette course.

A droite, verra t-on le FN des Le Pen remplacé par un grand môle des souverainistes regroupant les Dupont-Aignan, les Philippot et la droite des Rép communier dans une nostalgique culturelle ?

Côté écolo-gauche c’est une élection au couteau pour savoir à qui ira le couvre-chef de l’opposant majeur. La recomposition se fera t-elle autour d’une gauche de compromission (recyclant les Duflot, les Hamon et toute la clique des années Hollande, penchant un coup frondeur, votant un coup soumis) ou autour d’une ligne claire mais forcément affaiblie dans une recomposition autour de la France Insoumise de Mélenchon. C’est ce que vote vote doit décider.

Pour moi, le choix est donc simple

J’opte pour la ligne claire. Pour ne pas nourrir ce qui nous détruit depuis tant d’années, cette disjonction entre les paroles et les actes qui a fait tant de mal à la vie publique et à l’intérêt général. Je voterais donc au premier et au deuxième tour pour la France Insoumise (dans mon village de Belleville c’est la batailleuse et un peu scout Danielle Simonnet).

Un vote de raison pour le seul parti qui a été capable de tracer un lien entre la seule question valable, absente partout ailleurs, celle d’une mutation écologique totale, véritable question de survie collective, et les fondamentaux de la nation française, son indépendance à l’égard de l’argent et des grandes puissances.

Pas que je pense que la FI ait un fonctionnement démocratique impeccable. Pas que je pense qu’elle ne s’illusionne pas à vouloir normaliser et caporaliser toutes les différences, pas que je pense qu’elle puisse gagner seule sans une profonde transformation de son rapport à tous ses alliés potentiels.

Juste par ce que je comprends que la logique politique impose à gauche ce moment de clarification. J’opte donc pour la ligne claire en vous invitant à faire de même, mais aussi à prendre date pour les diversités qui devront émerger demain (et la FI devra l’accepter ou perdre toujours), dans un contexte macronien il est vrai très difficile et démocratiquement putride.

Bon courage les Ami-es !

Langlois-Mallet

Petite note. Sur quelques leçons de cette présidentielle…

La première, celle qui fait le plus mal, c’est que l’influence des médias est suffisante pour faire un président.
8 personnes aux intérêts convergents aux postes clefs font la pluie et le beau temps entre vos oreilles. Ils peuvent défaire le favori (Fillon) et le remplacer par un inconnu à leur main. Inquiétant.

L’autre c’est que la colère prend la direction qu’on veut bien lui donner, elle n’est pas condamnée à être médiocre.
Le FN qui était annoncé en tête autour de 30%, il se sera péniblement qualifié. La France insoumise a réussi à incarner le vote contestataire et à assécher le marigot. Sur une élection nationale, le ticket social-démocratisation-souveraineté-écologie (pour lequel on plaide ici à longueur d’année, soit dit en passant) est effectivement une antidote au nationalisme et au discours de rejet ethnique.

Trois les partis de notables tués par le présidentialisme.
Tous ceux qui veulent détruire la fonction présidentielle devraient y réfléchir. La démocratie respire par voies différentes, il faut de l’élaboration collective et aussi un espace de relation directe une personne / un peuple.
ll est par contre tout aussi certain, dans le cas de En Marche, comme de la FI (et différemment du FN qui lui va devoir au contraire inventer du parti, car il est à l’épuisement de sa forme présidentielle) si la relation à l’homme providentiel a été suffisante pour dynamiter, cela ne permettra pas à terme de construire du neuf. Quelle forme collective pour remplacer les vieux partis de notables ?

Un coup de pied de l’âne pour la fin ?

Que la partie du corps social qui aura fait advenir le mal était celle qui pavait le plus de bonnes intentions.
Le libéralisme de Valls et ses 5% étaient déjà arrivés grâce à eux au pouvoir. Aujourd’hui, de nouveau, si l’ultra-libéralisme est arrivé de nouveau au sommet de l’Etat alors qu’il ne représente que 5% de l’opinion, il le doit d’abord à ceux qui ont voté Hamon à la primaire.

Ce n’est pas faute de vous l’avoir dit : « n’allez pas voter à la primaire PS. » J’en connais combien parmi vous, qui n’ont pas trop de jugeote, et ont voulu se payer Valls pour 2 euros ? Bilan des courses. La politique sortante n’ayant pas pu être critiquée à cette élection, elle a été reconduite. Une Candidature Valls aurait pris 6 points à Macron, mettant le parti de l’argent et des médias à sa place, là, c’est la candidature Hamon qui a eu la peau de Mélenchon… Ce qui en soit serait peu de chose. Si cela ne signifiait au monde que la France, non seulement est soumise (par stratagème, à défaut de l’avoir été par sa conscience), mais surtout qu’elle n’offre pas au monde d’alternative au face à face Libéralisme/Nationalisme. Ce qui est dramatique.

Conscient du mécanisme, mais impuissant à le déjouer, j’avoue n’avoir jamais ressenti, de ma vie, autant de colère politique qu’à l’encontre de ces cornichons et de leurs leaders, Hamon et Duflot. A tel point que j’entendais toujours bourdonner à mes oreilles cette semaine là la réplique de Ruy Blas :

« Monseigneur, lorsqu’un traître, un fourbe tortueux,
Commet de certains faits rares et monstrueux,
Noble ou manant, tout homme a droit, sur son passage,
De venir lui cracher sa sentence au visage,
Et de prendre une épée, une hache, un couteau!…
Pardieu! j’étais laquais ! quand je serais bourreau ? »

Un coup à tomber pour radicalisation, non ? §;-)
Bon, en tout cas, à défaut, je somatise par une énorme crève et épuisement (j’ai d’ailleurs perdu tout orthographe ces jours-ci avez-vous vu ?) ce triomphe de l’égoïsme sur l’intérêt commun.

Langlois-Mallet

2e Tour. Que faire ? Affirmer son désir, face aux votes de la peur

Quelque chose de la vie politique sera mort dimanche à 20h. Autre chose va naître qui sera d’une grande violence pour nos fondamentaux Français; si l’on définit ceux-ci comme étant une unité, un compromis, entre des gens très divers, fondé sur un état fort et un idéal de Fraternité.
 
Je vous disais au tout début de cette campagne que le président le plus dangereux serait selon moi Emmanuel Macron. Rien ne m’a fait changer d’idée et sûrement pas les hurlées des snobs. Ni son élection (plutôt son OPA) annoncée, ni la figuration vociférante de Mme Le Pen au deuxième tour, ne retirent à ce constat. Puisqu’il tient au fait que l’hyper puissance qui porte Macron et l’a imposé – la puissance économique dominante dans le monde – se conjuguera à la puissance anormale de nos institutions. Avec lui, l’alignement place toutes les planètes du même côté. Le Medef va disposer d’une sorte de Napoléon pour son projet de déréglementation. Je crains le choc pour un peuple qui hurle sa souffrance et son refus d’être enterré sous une norme individualiste mortelle, contraire à son ADN solidaire.
 
La séquence historique contemporaine – n’en déplaise aux esprits faibles qui voient les années 40 partout*- n’est pas celle des fascismes, à moins que l’on appelle ainsi l’hyper puissance économique (8 personnes tiennent dans leurs seules mains la moitié de la richesse du monde), qui prend sous nos yeux les rênes du pouvoir politique, trop lent à lui obéir sous l’ancienne forme des partis. Les peuples prennent la clef des champs parce que les banquiers prennent l’Etat et la figure de l’affrontement de rue remplace le débat parlementaire.
 
C’est la fin des démocraties représentatives et de la séquence ouverte par le Serment du Jeu de Paume en 1789, la bascule directe, frontale, au choc entre intérêts économiques et des populations. Les morts ne sont plus comptabilisés. Pourquoi aucun média ne s’indigne des dizaines de milliers de morts du diesel, ou de la fin des abeilles par exemple ? Pour toute une partie des Français, cet effacement de l’Etat, ou sa réduction au fouet des compagnies de CRS pour se faire obéir, atteint au coeur sa double identité politique, monarchique et révolutionnaire, présidentielle aujourd’hui et parlementaire demain.
 
Peuples en Position Latérale de Sécurité
 
La plupart des pays optent pour la PLS et choisissent le repli nationaliste. C’est-à-dire que le peuple, quand il se sent en danger, s’en remet à un leader fort et en général injuste et brutal. Cela est douloureux à regarder en face, mais la démocratie, c’est-à-dire le parlementarisme (dont la perspective de la perte met en hyper-stress notre bourgeoisie urbaine à l’heure du brunch dominical), n’a pas la même importance pour le peuple s’il est en danger sur son quotidien. Et c’est ce qui lui arrive avec les politiques libérales. Voter pour des politiques libérales pour lutter contre le nationalisme est aussi intelligent qu’éteindre un incendie avec de l’essence. Puisque l’injustice de l’un est la cause de la souffrance de l’autre et de sa vengeance. Et si la fraternité commençait par assurer à tous la base de vie légale, sans laquelle il n’est plus de politique ?
 
Nos amis les castors, battent de la queue
 
Dès lors il est inutile et nuisible de tenir le fouet au côté des politiques, pardon, des gestionnaires, en insultant de « nazis » ou autre ceux qui poussent des hurlement pénibles, et les partis nationalistes qui les manipulent. La seule chose à faire, c’est d’écouter, de prendre soin, de sécuriser, de donner du sens à la chose commune. A cette égard, LA SEULE action « anti-FN » de la campagne n’aura pas été les torrents d’insultes et les cris de trouille des bobos de Libé, c’est la campagne positive et pro-peuple de Mélenchon. Repolitiser, donner du sens, donner des perspectives positives communes…
 
Le reste n’est que peur de perdre son petit confort, rentiers égoïstes qui veulent bien que l’on continue à torturer les autres pourvu que rien ne change pour eux, sans parler des leçons de morale de gens pas très dignes à regarder. Là, nous nous trouvons (nous, actifs en politique) face à des rigolos qui ne pensent qu’à leur gueule toute la sainte année et qui le jour des élections débarquent avec leur petit bidon d’essence, en nous sommant par une légitimité morale neuve de l’encre du Libé du jour, de les imiter, sous peine de complicité avec le nazisme. On marche un peu sur la tête. Il s’agit d’ailleurs de leur demander pour qui ils ont voté au premier tour, pour voir qu’ils ont contribué à la situation qu’ils dénoncent.
 
Vote du conflit direct Macron v/s vote du conflit institutionnel avec Le Pen
 
Nous n’avons pas d’alternative à Macron, comme il aurait été normal pour un choix de cette importance. Car l’élection de Marine Le Pen aussi aurait aussi fait éclater une très grande violence, envers les consciences, vu le discours haineux porté de façon identitaire à l’encontre des liens entre Français, comme des liens entre Français et étrangers.
 
Mais là encore, elle était moins cette candidate du « nazisme » (qu’elle devient opportunément les soirs de 2e tour pour faire reconduire tacitement la même politique), elle est surtout celle de la bêtise, de la méchanceté et d’une profonde nullité comme on a tous pu le mesurer lors du débat. Dans la configuration de sa victoire, cette violence ne nous aurait pas été épargnée, elle se serait donnée dans un cadre, les institutions, et avec un contrepoids. Cela aurait été la société, l’Assemblée contre sa présidente. Cocktail explosif garanti.
 
Dans cette configuration le pus serait sorti. La violence aurait eu un cadre. Je ne sais pas où va la colère que l’on fait taire. J’ai tendance à penser que la place de la poussière n’est pas sous les tapis et que ceux qui ont voulu gagner 5 ans se donnent surtout l’occasion de voir demain un FN avec les pleins pouvoirs. Que sont devenues les violences muettes subies par les populations issues de l’immigration ? Ne reviennent-elles pas parfois à la gueule elles aussi ?
 
La France pouvait-elle proposer autre chose ?
 
N’en déduisez pas trop vite que la deuxième option eut été plus souhaitable. Si Madame Le Pen ne dissoudrait pas la souveraineté comme Monsieur Macron, l’intelligence serait décapitée dans cette opposition entre la bêtise et la rapacité… Le propre d’une tragédie, il n’y a pas de solution. Il faut perdre son honneur ou son amour, et l’on n’est pas digne de son amour sans honneur. La France doit choisir entre perdre la Fraternité ou perdre ce dans l’Etat qui la fait tenir…
 
La fin du compromis politique
 
Nous avons assisté depuis novembre, moins à une vague dégagiste, qu’à un craquement, la mort des « partis du compromis », usés de double langage. Comme une solution chimique, le paysage politique s’est retrouvé éclaté entre quatre forces irréconciliables, en apparence. Trois plutôt, car on voit la droite aimantée par le social-libéralisme de Macron comme fascinée. Elle voit son programme porté en face d’elle avec plus de force, la séduction « morale » de la gauche en prime. Son vote « pour » de dimanche ne sera pas une anecdote, mais un long baiser létal. Ne doutons pas qu’un grand espace libéral-autoritaire est en formation et gouvernera demain. Il n’attaquera pas frontalement le lien fraternel qui unit les Français, à la manière de ce parti de la bêtise et de la méchanceté qu’est le FN. Mais en axant sa politique sur la compétition individuelle, dont la condition est l’explosion du cadre de l’Etat et des droits salariaux par exemple, il le rompra dans l’indifférence avec ceux placés du côté de l’échec. Vous pouvez d’ailleurs déjà mesurer l’indifférence au bien commun et à la République des uns au sort des autres, dites « banlieue » aux uns ou « France périphérique » aux autres, et vous verrez. L’heure est à la territorialité fratricide.
 
Ce que nous devons sauver
 
Je ne suis pas parti Mélenchonniste au départ de la campagne. Je désespérais de trouver une solution. Une solution, c’est-à-dire une parole qui mette sur la table le vrai sujet du monde, l’écologie, et donc le respect social des humains face à au suicide économique ; et l’autre vrai sujet, celui relatif au mandat et à la fonction présidentielle, l’esprit d’indépendance du pays, c’est-à-dire sa souveraineté, le tout dans une enveloppe humaine ayant la carrure. Nous avons eu, en prime, une manifestation littéraire de l’esprit français, dans la veine de Jaurès et de Hugo. Allions-nous bouder parce qu’il émergeait là où on ne l’avait pas vu venir ? Nous non.
 
Mais c’est ce qu’ont décidé les Verts et quelques autres auteurs de la situation de non choix actuelle et cette alternative historique a été avortée, du moins au sein de la présidentielle. Le tir de barrage médiatique de la dernière semaine (Madame Le Pen n’avait pas encore le statut de nazi médiatique) a fait le reste, avec quelques inévitables erreurs de campagne, sur lesquelles il serait bon de revenir. Reste 7 millions de personnes qui se sont reconnues, sorte de manifestation électorale qui n’a pas envie de se disperser…
 
Prenez un cercle, caressez-le, il deviendra vicieux
 
Partout dans le monde, le libéralisme n’a comme issue que le nationalisme qui à son tour l’alimente dans une vis sans fin des catastrophes. La troisième France a bien ouvert un passage dans les urnes, mais pour 600 000 voix, n’a pas débouché au 2e tour. Et tous de se poser la question : pour qui voter dimanche ? Blanc. Nul. Macron ?
 
Je conseille toujours aux gens qui me demandent mon avis, même lorsqu’ils ne sont pas d’accord, de voter selon leur conscience. Ce n’est pas pour vous dire de ne pas voter ou de voter Macron ! Je vous dis juste que votre conscience politique est précieuse et que vous ne pouvez pas lui faire faire n’importe quoi. Suivez-là et faites-vous confiance et pour le reste aux autres, c’est le principe de la démocratie quand il n’est pas falsifié. Mais ne croyez pas qu’un vote à contre-coeur soit sans conséquence. Vous serez partie, à votre corps défendant, d’une France ou d’une autre dimanche soir. Et vous donnerez un élan même à ce que vous détestez en le soutenant. Au minimum soyez-en hyper conscient. Il n’y a pas de bulletin neutre. Il y a une communion avec une force ou une autre.
 
Ma tiers France
 
Ma conviction personnelle me fera prendre un bulletin blanc – mon côté vieille France bien sûr, de l’étendard de Jeanne d’Arc (qui ne votait pas FN) au panache d’Henri IV (qui n’était pas Bayrouiste), mais aussi, plus profondément, la volonté de dire : « quelle que soit la force brutale qui arrive en face de nous, que ce soit l’avidité de l’argent ou la bêtise incompétente, nous sommes là ». Je n’ai même pas à savoir si nous gagnerons ou pas. Juste « nous sommes là », comme l’ont été de tout temps les simples gens sous les déferlantes éructantes de l’histoire, Huns, Vandales, Anglais ou Nazis. Un autre espace existe, même réduit au silence, il témoigne et impose par sa présence un silence aux hurlements et aux insultes des deux belligérants, aux skinhead beuglants ou aux yuppies hystériques.
 
Beaucoup de mes ami-es ont déjà déserté les urnes pour les champs, les villages autogérés, les vraies luttes de la vraie vie. D’autres croient encore à la religion du bulletin de vote, même si, comme dans tout messianisme, les apparitions du bonheur sont sans cesse reportées. Je continue à assumer les deux. Mais une élection ne peut avoir de sens que dans le désir, pas dans une peur ou une autre. Je me suis promis, bien avant cette élection, de ne plus voter que « pour ».
 
Je ne lâcherai pas ce Tiers espace, cette troisième France, celle qui dit « je me refuse à trier entre la fraternité due à nos compatriotes », lâcher par exemple « les arabes » avec celle qui a pris en otage l’Etat (s’il est bien une leçon de Vichy, par contre, c’est qu’on ne sauve pas l’Etat en renonçant à la Fraternité) ou lâcher les paysans et les ouvriers avec ceux qui ont pris en otage la Fraternité, pour les torturer ou les suicider. Il n’y a pas à choisir entre l’abandon des banlieues et celle des campagnes. Le vrai chemin de France, c’est cette force qui est à l’extérieur de ce faux choix, c’est une affirmation et un refus. Le refus d’être dupe d’un jeu où 10% des inscrits imposent une loi inhumaine aux autres. L’affirmation que l’on ne sépare pas l’idéal de la Fraternité de son incarnation dans un Etat indépendant. La politique, ce n’est pas le choix du tortionnaire, c’est la libération des chaînes.
 
Langlois-Mallet
 
* Je précise que cette remarque ne s’applique pas à la sensibilité réelle des familles qui ont connu les déportations antisémite, raciale, ou comme la mienne, politique. Mais à une société où la référence constante à une histoire limitée au nazisme empêche de penser et sert parfois à empêcher de débattre.

 

La France des deux peurs se prépare…

 

Je ne doute pas une seconde qu’il y ait, le même soucis des autres au fond dans les deux peuples, celui qui croit à l’Etat et à la Nation celui qui croit en la société et à l’Europe. Mais voyez-vous, vos affects sont entre de mauvaises mains. Les gens qui prétendent les représenter, sont l’un l’argent fou, l’autre la violence tribale.
En attendant, ceux qui sont paralysés par la peur du Medef et ceux qui sont paralysés par la peur de l’extrême-droite, se dévisagent avec effroi, voyant chacun ce qui manipule l’autre, conscient que dimanche la France qu’ils ont connu ensemble va mourir.
Et pourtant, nous sommes les plus nombreux à vouloir autre chose, alors que seuls 10% de fanatiques, d’un camp ou d’un autre nous entraine et exultera dimanche, à 20h.

Langlois-Mallet

Les Blancs abandonnent-ils ? (brouillon)

Les Blancs abandonnent-ils ?

Les blancs abandonnent-ils les noirs (les juifs, les arabes, les métis… en votant blanc), quelle Fraternité au fond ?
Nadir Dendoune lance et votre serviteur renvoie la balle. Son statut et ma contribution à ce débat essentiel qui impose que l’on décide ensemble.

La bonne réponse serait plutôt : décidons ensemble !

Le tissu se déchire, sur ce faux choix, parce que les peurs ne sont pas les mêmes. Mais pourtant les dangers sont bien communs, eux.

Le libéralisme devient tellement monstrueux (guerres, destruction de la planète, misère sociale) que le monde se partage entre deux. Ceux qui se replient sur leur ethnie ou nation et ceux (souvent les bénéficiaires) qui choisissent d’accompagner le mouvement. C’est les USA, la Russie, la Chine, Israël, la Turquie… Du côté nationaliste). Et l’Europe Occidentale de l’autre. Tu vois que les plus nationalistes sont les plus libéraux… Donc les gens devraient réfléchir…

En France, on était assez nombreux pour proposer un autre chemin, indépendant, solidaire et souverain. Mais la division à joué. Que fait-on ?

J’aurais pu facilement voter pour un candidat de barrage pas trop anormal (et je le ferai d’ailleurs aux législatives sans état d’âme).

Là, nous avons un extrémiste de la finance, choisi par ses milieux pour son sourire et son absence de conscience politique. Macron ce n’est pas même Juppé ou Bayrou, ou Hamon….
C’est l’OTAN, le Medef, et tout cela sans discutions à coups de trique. C’est les pesticides, les OGM, les milliards donné au patronat et la loi El Komeri. Etc.

Bref tout ce que nous combattons toute l’année. Et qui fait beaucoup de morts aussi !

En face tu as la candidate d’un parti des nationalistes xénophobes, bêtes, incapables etc. Mets-toi dans la peau des gens des régions de chômage, trahis par la gauche depuis 40. De ceux qui n’ont même plus le recours, comme toi, d’une communauté familiale parce que la France la leur a pris, pour y substituer cette pseudo identité nationale. Je comprends qu’ils soient tenté de faire « strike » et de se payer tout le système d’un coup. Et d’envoyer valser tout ceux qui profitent de ce jeu pervers, faire monter le FN pour être sur de gagner les élections, puis hurler la dernière semaine au retour des nazis pour finir de les humilier.

Je n’excuse pas. Je dis que le Pen est tout ce que l’on leur a laissé. Comme ailleurs les barbus. Avec un mécanisme que tu connais bien.

Alors j’en viens à ta question.

Est-ce que comme « blanc » abstentionniste le Pen est plus anxiogène que Macron ?

Oui. Et non. Pour la présidentielle clairement. Car la question posée est celle de la France, indépendante ou gouvernée par les marchés, politique ou financière.

Pour l’assemblée en revanche qui conditionne le gouvernement les lois, la vie civile et sociale du pays. Marine le Pen est tout à fait aussi anxiogène que pour toi. Il n’y a pas de différence de couleur. Et en ce qui me concerne en tout (comme salaud de blanc visiblement, dans les deux sens du mot), je pense tous les jours à mes amis, voisins, cousins métis, noirs, arables, juifs etc.

Penses-tu autant aux paysans qui se suicident par exemple ? Sont-ils aussi dans ton Orbe de fraternité au moment du vote ? Moi, oui. Les gens désespérés des villages fantômes sont autant dans ma pensée que les « banlieues ».

Tous ceux en fait que les bourgeois des centre-ville vont continuer de torturer dès lundi en ne changeant rien. Après leur bonne crise d’hysterie et de moralisme de se croire des militants antifascistes au volant de leur 4×4 ou de leur trottinette. Pour que surtout rien ne change pour eux, et que les révoltés des banlieues où des campagnes continuent de subir. Et que, surtout, cela ne se voit pas.

Fraternité ?

Je comprends que les gens ne puisse pas pu le veulent pas choisir.

Ne pas appuyer sur l’accélérateur dimanche

Ce qui m’affole à longueur d’année, plus que pas mal d’autres je crois, c’est la maladie, pas les boutons qui apparaissent !

Nos petits enfants sont foutus au rythme actuel du capitalisme et de sa destruction de la planète. La misère sociale est partout. Les guerres éclatent. Les migrants se noient, les paysans se suicident, les abeilles meurent et la grande barrière de corail est en phase terminale. Même les inclus sont sous Prosac.

Je ne crois pas que le FN y soit pour grand chose. En revanche, c’est le système dans lequel Macron nous demande d’accélérer.

Tous les pays font le choix du nationalisme pour se protéger du désastre. Ce n’est pas la solution. Je suis le premier à dire que le FN n’est pas une réponse (et sera le premier allié du Medef si cela se présente), et à avoir cherché une autre voie, solidaire, écolo, pour en sortir avec Méluche et la France Insoumise.

Mais non, je n’irais pas appuyer sur l’accélérateur dimanche !

Le FN n’arrivera jamais au pouvoir. On sera une majorité de Français à toujours faire barrage aux législatives. Mais pour la présidentielle, le débat n’est pas « le pouvoir », mais le président. Est-ce que c’est le Medef qui dirige l’Etat ou l’extrême-droite ? Franchement, il n’y a pas de bonne réponse à une mauvaise question. Donc blanc.

Et l’on fait barrage, oui, franchement et avec coeur aux législatives.

Langlois-Mallet

Gagne du temps !

Gagne du temps, part de l’hypothèse ou le Pen passe de 40 à 50,1 (ce qui est déjà une putain de politique fiction de faire 10 points en 3 jours, mais soit).

Je ne crois pas deux seconde qu’elle pourra gouverner. On sera 70% à voter contre le FN aux législatives. Fin de la blague pas drôle.

En revanche les pleins pouvoirs à Macron, argent, médias, présidence, assemblée… Crois-moi que cela va dépoter. Il l’a déjà annoncé.

Donc, oui, on est dans la merde. Oui, c’est dramatique. Oui, c’est anxiogène. Tout ce que tu veux. Mais oui, nous sommes dans un système qui s’effondre et ce n’est pas rigolo (comme quelques autres périodes de l’humanité).

Chacun fait selon sa conscience, je ne te dis pas de ne pas voter Macron, si cela baisse ton niveau de stress, mais cela ne changera pas grand chose à ce qui arrive. Juste s’il te plait, n’insulte pas le seul mouvement qui ait essayé et qui a partiellement réussit à « faire », vraiment, quelque chose contre le FN.

Langlois-Mallet