France. La grève, l’étincelle et la poudre

 
Il n’est pas plus de retraites que d’essence l’an dernier : juste la suite de ce grand frisson d’effroi français dans une volée de pavés et de fumée jaune, comme un vaste tremblement de terre des humains dans tous les pays du monde, devant le projet de gens de pouvoirs, plus ou moins élus (mais désormais toujours armés), d’accaparer pour eux et de réduire, tout réduire, pour tous.
 
Réduire, concasser ou faire disparaitre tout ce que nous avons en partage, hôpital, lieux de sociabilité, retraites… et nous réduire chacun solitaire au chiffre, pompé, contrôlé, maintenu à l’étiage, que nous avons en banque. Une idéologie de la Liberté devenue aussi carcérale dans l’ultra-libéralisme, que celle de l’Egalité l’a été dans le Stalinisme en son temps.
 
Mettre le monde entier en ronds et en bâtons, alignés numériquement, surveillé robotiquement, sur l’idée que tout ne peut, ne doit être qu’individuel : les soins, l’alimentation, l’accès à l’eau ou à l’air et désormais même la nature et la vie, ou plutôt la mort de la Terre. Car au fond chacun saura bien espérer mériter de ses vices privés la petite place volée aux autres, dans un très restreint et hypothétique petit Paradis artificiel reporté à demain ou occuper sagement celle qui lui a été donnée dans cet Enfer organisé, systématisé, administré sur Terre.
 
Vivre alors ce n’aura été que travailler, ou plutôt courir de peur, de cupidité ou de jalousie, dans la grand roue de hamster de l’organisation d’une vaste secte pyramidale du désespoir. En-haut très peu, qui s’ennuient, en bas les multitudes humaines enfermées dans la condition définitive, du berceau au cercueil, de survivre dans la crainte, contrôlés, encadrés, électrifiés ou jetés à la rue, par la petite hiérarchie de ceux qui (au milieu) espèrent que s’entrebâille pour eux la porte dorée du Dieu argent, que la main des pouvoirs les consollent d’une caresse.
 
Secouer ce joug auquel ils donnent le nom du destin « il n’y a pas d’alternative… » n’est pas facile. L’individu a à perdre au mouvement de la révolte, au point que certains s’infligent à eux-mêmes, le suicide ou l’immolation, c’est à dire la peine de la contradiction entre l’immobilisme ordonné par les pouvoirs et de la révolte commandée par la nécessité vitale.
 
La révolte d’un petit nombre conduit à l’échec, à l’éborgnage, à la case prison… C’est l’étincelle, à laquelle il manque la poudre du grand nombre, mais allume dans les esprits le fantasme du grand incendie que les pouvoirs redoutent ou du moins veulent repousser (« pas avant que les robots ne soient prêts… s’il vous plaît »).
 
Mais voilà que la prophétie de la souffrance inéluctable a accepter a trouvé son propre maître. Si le désir du bien, du mieux ou du moins mal, si l’empathie ou la responsabilité, n’ont pas suffit à enrayer la mécanique de l’intérêt individuel et l’obéissance au risque qu’il y a à perdre, l’imminence de la destruction même de la vie sur Terre en ébranle l’acceptation. En France, comme Chili, au Liban, en Algérie, le grand nombre bouge. L’étincelle est minoritaire, mais la poudre court les rues.
 
De fait, la normalité change forcément en mouvement, comme l’individu en retrouvant les autres hors de la cadences des horloges de pointage et de la monotonie du quotidien. C’est cela l’expérience de la grève. Ce n’est ni le « jeudi noir », ni « la galère », « la grogne », bien autre chose que l’expérience artificielle et écrite par d’autres des « vacances » C’est se retrouver ensemble propriétaire du temps. Sans doute une des expériences politiques les plus fortes que l’on puisse vivre.
 
Je vous la souhaite, mais je nous souhaite surtout de savoir en faire une oeuvre !
 
Langlois-Mallet

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