5 Décembre. Fini de rigoler

Pour les ceusses qui ne l’auraient pas remarqué, vous vous faites balader toute l’année par les débats sociétaux. Ceux qui ne coûtent rien au pouvoir et lui permettent de s’exonérer. Vous adorez-ça et vous vous y faites avoir, c’est bien normal, car comme humains, rien de meilleur que quand on parle de nous. Moi ? J’y fais toujours entendre ma petite musique, qui vise à en détourner les clivages. Mais attention pour tous, jeudi, changement de programme…

La responsabilité de l’Etat… (sur les retraites, la monnaie, l’engagement au Mali, ou le réchauffement climatique, ou les usines qui sautent, les ponts et les barrages non-entretenus…) disons-le, c’est plus aride et plus chiant que le voile, le féminisme, l’antisémitisme, les droits parentaux des couples homos etc.

Et vous savez quoi ?

Le gouvernement l’a compris bien avant vous. Amusant, non ? Il est avec vous dans la situation d’un syndic de copropriété qui détournerait l’argent commun et laisserait votre immeuble menacer de vous tomber dessus. A chaque réunion, il craint une révolte, mais il lui suffit de lancer le débat : « la femme voilée du 5ème, vous en pensez quoi ? » et il est à peut près sûr que vous vous séparerez vers 22h, épuisés par la controverse, brouillés (mais sans avoir examiné les comptes et avec le mûr piton, où est la chambre des enfants, qui menace de tomber).

Ça marche très bien avec « le couple homo du 4ème voudrait des enfants »; « il y a un couple de migrants qui s’est installé ? » ou « le concierge est-il violent avec sa femme ? » et il avait gardé comme cartouche, en cas de révolte virulente « vous êtes peut-être antisémites ? » (ça fonctionne bien, même si les grands-parents du syndic étaient flics de Vichy et les vôtres déportés).

Vertu au pouvoir

Cette méthode de gouvernement, poussée à l’extrême par le macronnisme, permet de jouer les vierges de vertu, tout en évacuant complètement la question de la responsabilité politique. Gouverner, c’est laisser filer les dettes, évader les milliards, se détériorer les équipement vitaux et mourir les services publics, privatiser le bien commun, dégrader l’honneur du pays à l’étranger etc… Mais apparaitre très préoccupé, non de l’Etat (ont on a charge), mais de l’état moral de la société (dont on se fout). On apparait alors le front soucieux pour lancer des « concertations », des « réflexions » sur des faits divers, ou pour sonder l’inconscient du corps social « malade » (voir « nauséabond » les bons jours).

Merci le PS !

Il a été inventé par le Mitterrand et le PS au moment de la marche pour l’égalité des droits (rebaptisé marche des Beurs pour catalyser les antagonismes et de fait le FN est « né » politiquement à ce moment-là). Il s’agissait de fermer la porte à l’intégration politique ou tout simplement citoyenne des enfants d’immigrés. On inventait d’un côté le FN donc (le mal absolu) et de l’autre les gentils (touche pas à mon pote), cela évacuait la question politique et les gogos allaient au concert acheter des pin’s.

La gauche ne s’est jamais relevé de cette fracture. Le PS est devenu toujours plus le club pro-business, jusqu’à dissolution complète dans le CAC40 (à Paris avec Delanoë-Hidalgo, ou au gouvernement sous Macron) et les classes populaires sont restées divisées sur l’insoluble débat ethnique, os impossible à ressouder car sous-fragmenté de trop de bris antérieurs (religion, colonisation ou perte de l’Algérie).

Bac+2

Plus le niveau d’études monte (Bac+2 wahou !), plus la passion française pour la controverse d’idées a gagné la société. Les anciens enfants d’ouvriers, ou d’employés qui se reconnaissaient au XXème siècle dans le communisme, devenus la petite bourgeoisie intellectuelle, papote sur Facebook et joue à refaire individuellement le rubik’s cube du monde à mesure qu’elle a perdu toute prise collective sur-lui. Trop occupé à la vie de l’esprit, elle n’a pas voulu voir ses conditions matérielles de vie se dégrader inexorablement, pour atteindre des niveaux plus proches du XIXe siècle (connexion en moins) que ceux de ses parents du XXe siècle.

« On arrive ! »

L’hiver dernier, les gilets-jaunes ont sonné le réveil brutal de la fin de la récrée. Ceux qui n’ont pas forcément les mots, ont fini de jouer. Des envolées de pavés répondant aux matraques, des tractopelles chargeant des camions de CRS, ont ébranlé les consciences. Il y a plus que jamais une guerre sociale et elle n’a pas lieu sur les réseaux sociaux, mais dans ce qui reste en dehors (dans la vraie vie).

« Qu’ils viennent me chercher ! »

Cette irruption du réel, en a provoqué une autre dans le pouvoir. A un patronat du réel à l’ancienne qui lui demandait de lâcher (pour ne pas trop perdre) ; a répondu un capitalisme de la catastrophe, qui correspond mieux à l’ADN économique du chef de l’Etat et faisait écho à sa faille psychique personnelle « Dans tous les cas, tout est foutu sur la durée Manu, tu peux juste gagner du temps, donc accélère. Tente la démesure de la transgression par l’inflation de violence ; tu n’as pas d’autre issue personnelle que d’émerger vainqueur au milieu de l’incendie sacré des cathédrales et au milieu des yeux éborgnés » A la rhétorique du peuple souverain des gilets-jaunes pouvait répondre celle du vieil adage mussolinien, fascinant pour l’éphèbe qui frissonne devant son garde-du-corps, « le peuple est une putain qui se soumet au mâle le plus fort. » Même tremblant dans son bunker élyséen, dont le PC Jupiter et les hommes armés ne suffisent plus et auquel il faut adjoindre un hélicoptère, le mâle dominant cela peut-être lui l’énarque aux ressorts fragiles ? Malheur à la cité dont le prince est un enfant.

Une destruction plus loin…

Une destruction de l’hôpital plus loin. Une répression des pompiers après. Après l’effondrement de l’assurance chômage. Après l’immolation étudiante. Pendant la coupe à la hache de Radio France. Le moment est venu de détruire les retraites. Le capitalisme de la catastrophe a toujours faim. Bernard Arnaud a fait 2ème au classement Forbes et il vise la pôle, son gendre Niels aussi. Eux et quelques potes concurrent, tiennent toujours tous les médias, dans une sorte de Mario Kart familial qui pourrait être amusant s’il n’entrainait pas tout le vivant planétaire après-soi.

Cet hiver, après les indépendants-précaires, c’est donc le monde du travail « structuré à l’ancienne » qui se met en mouvement, en rue et probablement en ruade. Si les prof resteront timides et malgré tout confiant dans les « solutions syndicales », si l’hôpital devra vite se pencher sûrement davantage sur les blessés, qu’en sera t-il des pompiers ? Des cheminots ? Des métiers de la route, des champs, du travail physique ? De ceux qu’il faudra bien nommer les ouvriers ? Voir même des CRS qui ont parfois mis casque à terre ?

Fini de rigoler

Fini les débats sur les mœurs, les concours d’élégances morale pour jouer le mec qui sera un peu plus dans la surenchère et la nana qui est vachement… La fin des éléphants et des dauphins roses ne vous suffit pas. La mort des abeilles et les printemps sans oiseaux non plus ? Qu’importe. Le capitalisme de catastrophe est là. Dans vos poumons, sur votre feuille de paye, devant votre enfant malade ou votre vieillesse que vous préférez choisir (c’est votre liberté, non?) d’euthanasier plutôt que de survivre dans la maltraitance d’un EPAD.

Plus de poisson !

« A quoi ressemblera ta retraite si ton compte en banque est plein, mais la terre en feu ? Où iras-tu à la pêche lorsqu’il n’y aura plus de poissons ? » dit un texte qui circule* et connait un bon succès pose la question sans détour, mieux que la COP 21 auxquels aucun des gros pollueurs ne vient même plus, pris dans le vertige de leur accélération vers un toujours plus (de transformation du réel en giga-octet de bourse) :

« Il n’y aura pas de transition, il y aura une révolution, ou plus rien » dit-il, disent-ils. Je ne sais pour ma part pas s’il y aura révolution, où s’il s’agit d’un romantisme des auteurs (on parle aussi de gens qui communient au Black-Friday et qui rivalise ces jours-ci pour faire tourner Amazon et donc Jeff Bezos devant les Arnaud-Niels dans leur même jeu en plus grand) ; mais ce qui est certain, ce sont les deux autres termes de l’équation (pas de transition V/S plus rien), c’est que nous sommes tous, pas forcément tous individuellement, mais tous collectivement, dans une impasse. Sauf que jeudi, une manif monstre y a rendez-vous.

Et personnellement, si je refuse de cotiser au honteux black-friday, ce n’est sûrement pas pour laisser passer ce que les médias du CAC40 appellent le « jeudi noir ! »

Langlois-Mallet

* https://lundi.am/5-decembre-et-apres-on-va-faire-simple

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s