Chirac le « sympa », dernier président de la France normale

« Les morts sont tous de braves types… » J’ai souvent pensé que l’adieu à Chirac donnerait lieu aux grandes eaux des éloges et que tout le monde aurait oublié le réel ennui et l’immobilisme pesant des années Chirac, de la même façon que Paris avait adhéré contre deux motocrottes, à la fable médiatique du bon maire, ignorant les tonnes de béton, les expropriations et le couvre-feu de 2h, ce « Paris crevant d’ennui » (lui aussi) chanté par la Mano Negra… Chirac, c’était pour le parigot cette mort du Paris populaire dont le Barnum Delanoë allait finalement incarner le bruyant enterrement. Chirac c’était déjà un avis de décès mais, sympa.

Si Chirac laisse un souvenir sympa, c’est qu’à la mémoire courte s’ajoute l’exceptionnelle maltraitance politique que nous connaissons depuis avec la lignée des présidents maudits, Sarkozy, Hollande, et  — les deux en même temps — Macron… C’est aussi qu’avant Chirac on mesurait les anciens présidents, non aux ombres des sadiques de la globalisation, mais aux lumières du Capétien De Gaulle. A hauteur du surmoi de l’Histoire de France, tous ces gestionnaires et fondés de pouvoir étaient minces, ennuyeux, décevants et il fallait toute la rouerie de transformiste de l’ancien pétainiste Mitterrand pour faire illusion de profondeur sous le masque florentin, dans la fade galerie de ces egos qui passent une vie dévorés de la faim de s’asseoir seul sur le trône, mais n’ont pas la moindre idée de quoi y faire.

Chirac, était bien de ceux-là, mais passait quand même pour sympa — un carnassier « sympa » corrigeraient ses victimes qui n’ont jamais deviné quand la claque dans le dos enfonçait la dague, ni quand la promesse de réduire la fracture sociale et de manger des pommes se transformait en gouvernement libéral droit dans ses bottes… Chirac, précédé de son long nez sympa comme son maître, courant du sumo au salon de l’agriculture, reste donc comme un fanal au carrefour des deux millénaires. De part et d’autre le monde d’avant — où la clope au bec, loin de faire passer pour un assassin de ses proches, comme les rumeurs de conquêtes féminines du mâle dominant pour un violeur (un parfum de Corona ou petite culotte de Madonna), étaient sympa,  — et le monde globish, peuplé d’assassins et de victimes, truffé de cancers, de pollution, de chefs violents et de gilets-jaunes ou d’écolos ensanglantés, qui est la seule réalité « normale » que nos enfants imaginent.

 

 

Vrai président normal donc, Chirac s’identifie à notre souvenir collectif d’une France normale; où un président, pouvait encore pousser un coup de gueule (normal) d’indépendance en Israël, comme son ministre un coup de panache à l’ONU, avant que Sarkozy l’Américain n’enterre dans l’OTAN (et dans l’indifférence générale) jusqu’à la mémoire et cet esprit d’indépendance. Une France du fric glorieux, mais où il était jugé normal qu’une grève gagne. Une France normale où nul n’eut accepté, de droite ou de gauche, que le bilan d’une manif se mesure en éborgnements.

Un président à l’air franc mais ambigu finalement comme l’Euro. Puisqu’il sera celui de ce passage, de l’abandon de la politique nationale dans une monnaie globale, mais celui à qui colle, peut-être pour cela justement, l’image sympa du Franc avec l’image sympa elle aussi du supporter des Bleus champions du monde…

Comme en musardant sur les contreforts du Massif Central les voyageurs croient, soudain, apercevoir un coq rouillé émerger des eaux vertes et noires d’un barrage hydroélectrique et qu’à travers cette illusion se projette en eux la vie engloutie d’une vallée; Chirac, entre deux eaux, reste ce repère isolé d’avant les catastrophes; une nostalgie française.

Langlois-Mallet

Un petit souvenir de juillet pour finir :

« Papa, c’est quoi un cabriolet ? » nous sommes en terrasse cet été en Corrèze, le jouet du petit dernier répète inlassablement « je suis un cabriolet… ». « Un cabriolet, je crois que c’est une voiture décapotable à deux places, à la différence d’une berline, qui est une voiture familiale comme celle que tu entends et vas voir arriver là… » Et là, dans le petit village de Corrèze débouche soudain une DS noire des années 70, avec deux fanions tricolores au vent.A dix minutes de Sarran, fief des Chirac, cela donne envie de pousser l’enquête jusqu’au musée présidentiel. On y trouvera exposé en effet toutes les voitures de président depuis De Gaulle. De très nombreuses photos souvenir de chacun d’eux. Un seul n’est pas visible : « Le « p’tit salaud. » On a la rancune contre chevillée aux tripes dans le canton !

Ce musée présente d’ailleurs dans un bric à brac incroyable et généreux  (digne du château de Moulinsart ou du grenier d’Abrarcourcix notre chef) toutes les saloperies que les chefs d’Etat se refilent à l’occasion de leurs visites. Rien à voir avec celui de Giscard vous faisant payer le détournement de l’histoire du château des d’Estaing en musée à la gloire de son ego inguérissable. On y trouve des dessins d’enfants, des bustes en terre cuite du Jacquou, des sabres, du cristal, des boubous… Je vous le recommande… sympa !

 

 

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