Bilal Hassani : combien de divisions ?

Comme une boule à facettes, le candidat qui « représente la France » à l’Eurovision peut être vu de multiples façons. Quel que soit l’angle choisi, ça divise.

On voudra bien laisser de côté le jeune homme réel, qui a souffert de la méchanceté des imbéciles irrités par sa bizarrerie; il peut aujourd’hui mettre sa maman à l’abri du besoin. Quel coeur de pierre ne lui souhaiterait affectueusement le meilleur ?

On voudrait juste se poser ici la question de l’enjeu public du Bilal objet de consommation. Comme toujours, mécaniquement, il s’agit pour la société dominante de remettre en scène (jusqu’à quelle saturation ?) les mêmes oppositions de société. Cliver, diviser, séparer, clasher culturellement… Pour qu’aucune unité collective ou conscience politique ne puisse se constituer ?

« Arabe » et homosexuel, c’est bon ! Voilà qui est sûr de provoquer, en plein Ramadan, des réactions outrancières, des clashs, des débordements du côté de ceux qui recherchent du côté de leur religion à fuir la société de consommation.

Arabe pour « représenter » la France, succès garanti (à une semaine des Européennes) également chez tout ceux qui se sont repliés à la recherche de racines sur la France ou leur héritage chrétien.

Ajoutons qu’en temps de paix et de prospérité, ces provocs si elles étaient venues de la jeunesse ou de la société civile, cet « esprit Charlie », serait de bon aloi. Voir plaisant !

C’est une chose toute différentes quand, dans une époque de déchirement, d’injustice, de souffrance, d’angoisse entretenus, c’est la voix d’en-haut qui s’amuse à créer sans arrêt le clash. Pour pouvoir pointer les haineux et crée par là l’illusion que l’on ne peut que la suivre et la légitimer, sauf à appartenir soi-même à l’un des groupes vociférant…

La mise en scène est toujours la même. Il y a une image du bien idéal qui correspond au canon de chevalerie médiatique tel qu’adoubé par le prince global d’en-haut. Celle de l’individu qui « ose être soi » en rompant avec son milieu pour aller vers sa sexualité. Pour accomplir son Graal, il devra lutter contre les démons qui sont la famille, le nation et la religion, pour aller se fondre dans le Nirvana de la consommation et de la liberté sexuelle. Amen ?

On serait mal avisé de penser qu’il n’y a peut-être rien d’infamant ni d’héroïque à « vivre sa sexualité » ? Et que peut-être, quand le monde brûle, que la nature meurt et que l’humanité se tort, que le pouvoir ampute ou éborgne dans les rues et que les cathédrales flambent comme de vulgaires maquis sous l’oeil ironique des promoteurs, on rate un peu le vrai sujet si l’on ne dépasse pas le niveau de la braguette à laquelle la société de consommation a besoin de confiner l’individu ?

Comme on rate aussi la notion de « représentation de la France » chez ceux, je n’en suis pas, pour qui l’Eurovision porte cette valeur collective et qui doivent déjà comme nous se fader à longueur d’année d’être représentés politiquement par Macron.. et qui auraient peut-être besoin d’aimer ou d’adhérer à une image collective qui les inspire et corresponde surtout à autre chose qu’un produit outrageusement acidulé de la World Company ?

Sans doute sort-on du cercle de la vertu du politiquement correct, si l’on suggère qu’au pays de Brassens et de Barbara, on aurait pu juste prendre un chanteur de qualité; allez au hasard, un chanteur, une chanteuse à texte ? On peut d’ailleurs être sur, c’est le propre de l’oeuvre (qui se différencie de la psychothérapie youtube), que là où il y a émotion artistique de qualité, passe aisément chez tous, singularité, écart aux normes ou aux usages et conformités sociales…

Gageons que si un doux poète Breton, Parigot, Occitan ou Kabyle avait encore la force (en Français soyons fous !) d’exprimer une des facettes de notre culture francophone, quelle que soit son histoire sexuelle ou ses originalités, il saurait les faire passer même aux plus obtus ?

L’humain évolue ainsi par la sincérité de l’art, même si celui-ci le dérange parfois; le bourrage de crane des pouvoirs, lui, ne conduit qu’à ce qu’il feint de dénoncer.

Langlois-Mallet

 

PS : Alors on va montrer aux dirigeants bobos de France 2 que l’on peut ranger le mépris et la condescendance de la world company et du globish pour s’adresser aux milieux populaires.
Plutôt que des les humilier et de les cliver, rendre les différentes familles de la France populaire fière, France de souche et Maghrébins de France « en même temps »; tout en « faisant passer un message positif » pour les femmes en surcharge pondérale, les homos et les féministes « en même temps » (ouf, cahier des charges politiquement correct complet, on a coché toutes les cases…) et avoir en plus les BAC+10 qui applaudissent… Gageure ?
En fait, ça s’appelle l’art; ça s’appelle le talent, ça s’appelle la chanson française tout simplement (et on les emmerde).

 

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