Notre-Dame. Macron Saison 8, l’incendie du grand Septuaire

Notre-Dame brûle. « complotistes » et « inquisiteurs » s’accusent mutuellement de trop de Game of Thrones. Et l’irresponsabilité et son profit, tout simplement ?

Les grands incendies de l’histoire ont parfois des origines machiavéliques (j’ai vu des tweet qui parlaient de Reichstag à propos de ce que nous avons vécu hier), mais, même accidentels, ils ont toujours un usage politique.

Comme souvent, les faits connus se suffisent, on voit le pouvoir est à la manoeuvre active sur la négligeance comme sur la récupération. On peut juste répondre aux grands inquisiteurs de l’anti-complotisme que les complots existent bel et bien, qu’ils sont la base même des pouvoirs; comme répondre aussi aux complotistes « je n’ai pas eu besoin de cette hypothèse. »

S’il y a du bois à brûler pour les grandes émotions collectives, l’info en continu et les réseaux sont une machine mondiale à propager l’incendie. L’art cynique des pouvoirs au Temps médiatiques en joue pleinement. Ressent-il une tentation de leur fournir des 11 septembre ou a t-il juste de se tenir prêt quand ils surgissent ? Franchement, pour nous qui sommes du côté du réel qui brûle et pas de celui des scénaristes qui en profitent, les faits là encore se suffisent. Notre maison commune brûle et avec elle une grande part de notre imaginaire.

Du côté du pouvoir, leurs docteurs en communication, ont des fiches prêtes H24 pour toutes les attitudes théâtrales. Celles qui conviennent aux différents états cartographiés de la psychologie des foules, et aux réflexes nécessaires, selon le personnage que le dirigeant choisi d’incarner sur le théâtre (homme normal seul en face de l’histoire, père de la nation protecteur, jeune cadre dynamique prêt à reconstruire avec des dérégulations les charpentes médiévales etc.) dans le seul but de tirer parti sondagier de la situation d’émotion collective.

Quand, publics effarés des incendies regarderez-vous que ceux qui laissent trainer ces allumettes dans les charpentes que sont « économies » de dotation du patrimoine*, emploi précaire ou mal qualifié, manque de soin, de prévoyance et de responsabilité etc… ( ceux qui laissent pourrir 100 ans des centrales nucléaires conçues pour 20, s’élimer les barrages ou les ponts, se dégrader les conduites de gaz, les routes, les aiguillages etc) sont les mêmes que ceux qui tirent « bénéfices médiatiques de la séquence » de l’incendie, de la catastrophe bien réelle etc ?

Comme ces chefs d’entreprises dont le parachute doré gonfle en airbag en cas de licenciements ouvriers massifs ou en stock-options en cas de crash de l’entreprise, les sondages des responsables – atones mêmes au victoires en Coupe du Monde – grimpent encore au choc psychologique dévastateur, ainsi que l’audience des séries TV aux plus choquantes scènes les cerveaux disponibles des spectateurs-électeurs qui ne sont plus sûr de savoir s’ils assistent au dénouement du Grand Débat macronien ou au premier épisode de Game of Throne.

Macron Cercey

Macron est il une cynique Cersey mettant le feu au sancturaire ? Peu importe au fond car le grand septuaire de Baelor n’existe même pas en image de synthèse. Notre-Dame par contre est réelle, elle brûle. Elle est pour tous le message évident de notre imaginaire commun en feu. Peu importe même que Macron en profite pour se faire valoir ou l’UNEF pour se couvrir de honte. Notre-Dame ne brule pas d’accident, elle brûle d’irresponsabilité.

Notre-Dame brûle de haute irresponsabilité. Et le pouvoir contemporain, c’est l’art de tirer profit de l’irresponsabilité. Le pouvoir qui construisait les cathédrales, celui de St Louis portant ses pierres avec ses frères et replantant les chênes qu’il prélevait pour que son lointain descendant Louis XIV ait peut-être un jour une marine; chênes qu’il devait lui-même à l’entretien des forêts par les Gaulois. On peut ouvrir le débat. Il était en tout cas une chaîne organique de responsabilité.

Au demeurant, avec une belle unanimité les gros milliardaires du CAC40 (eux-aussi bien doté en services de com’), il y a quelques jours encore tremblants d’une jacquerie populaire qui renverserait des centaines de milliards de bénéfices, d’impôts qu’ils ne payent pas (au patrimoine aussi…) ou évadent, voir leur corps même dans une Rolls, se retrouvent starisés en généreux mécènes, réparant par grâce et charité la mémoire collective grande brûlée. Que Macron a bien sagement agit de leur laisser ces milliards n’est-ce pas, puisqu’ils peuvent mettre 100 millions dans la compassion… des effets de leur manque ?

Reconstruction dont tous les pays dévastés par les guerres vous diront qu’elle est l’étape la plus lucrative. Le gras du business de la destruction ! Je vois d’ici les grandes manoeuvres qui ont commencé pour « réinventer » l’Ile de la Cité en Disneyland patrimonial et hôtels de luxe s’intensifier et tirer le meilleur profit de la reconstruction de l’Irak (pardon, de Notre-Dame de Paris). La leçon de l’Hôtel Lambert voisin aura sans doute été retenue, qui a traversé l’histoire, la littérature et l’art jusqu’à l’incendie « malheureux et accidentel » déploré par son nouveau propriétaire le Qatar (qui voulait tant s’installer un jacuzzi à la place des contraintes de l’histoire, mais dans l’histoire).

Après… Pour revenir aux « grands fauves froids » qui « nous gouvernent », ont-ils besoin de donner l’ordre des catastrophes ou juste de tenir leurs fiches prêtes quand elles ne manquent pas d’arriver ? Observons juste que les Julian Arsange qui ont révélé le dessous des cartes sont promis au bûcher. C’est dire s’il n’y a rien à révéler.

Penchons-nous juste sur la notion de responsabilité. L’homme a beau tout prévoir, il est parfois impuissant à empêcher les catastrophes. « Je ne dors pas pour que ces autres puissent dormir à l’ombre de mes veilles » disait Richelieu. La veille sera peut-être inutile, mais pas l’intention. En cela, même laïque, la responsabilité reste une prière. Cette vision de la politique se rapproche en cela de l’art, qui pose devant nous une merveille éternelle qui brûle en un show, de la religion qui élève des gratitudes dérisoires à l’absolu en témoignage d’un passage fugace…

L’irresponsabilité en revanche est très aisée. Il s’agit de ne pas avoir d’affect, juste un ego prêt à tout selon un pacte avec les sorcières connu depuis Macbeth. D’être ces « monstres froids » qui réussissent nous dit-on en politique, en Syrie ou ailleurs.

Vous pouvez le faire chez-vous, n’entretenez pas votre maison, laissez la fenêtre ouverte à votre petit, nourrissez mal, ignorez vos ados, réduisez votre conjoint à la solitude et la douleur, laissez vos vieux dans le premier Epad venu etc. Partez au soleil… et ayez juste sur vous les éléments de langage prêts pour l’interview « et la séquence émotionnelle » à l’hôpital. « Qu’importe la mort de quelques millions de couillons à un homme comme moi ? » disait parait-il Napoléon. Ce ne sont pas ceux-là que la guillotine menace. Alors des « morceaux de bois » comme diraient les cruchons de l’UNEF (mûrs pour partager cette culture de pouvoir) vous pensez…

Dites-moi plutôt quand et comment se lasse t-on de l’irresponsabilité ? Peut-être le jour où le goût du spectacle de brûler ce que les siècles d’efforts fervents du génie humain – comme dans nos campagnes de millions d’années de la Nature et de l’homme – nous lassera. Quand nous poserons la zapette et éteindront l’écran face à un réel qui n’aura pour nous nourrir que des cendres. Comme nos ancêtres, depuis la peur conjurée en peinture des grottes ou s’émerveillant autour des monuments merveilleux qu’ils bâtissaient, tout ce que l’on investit pas à pure perte dans le bonheur comme une prière fiévreuse que cela tienne debout est investi, avec intérêts, en toute sécurité dans le malheur.

Alors qui des dirigeants ou des peuples regarde trop Game of Thrones ? Les scénaristes sont-ils dans un cabinet noir de l’Elysée ou tapis au fond du dark net complotiste ? L’imaginaire HBO nous montre t-il la face cachée de notre monde ou fabrique t-il le réel ? Peu importe et je m’en fout. Quand aurons-nous envie d’un autre imaginaire ? Que faut-il pour que l’envie beauté, le désir de joie, le soin de préserver, la préoccupation de protéger, l’ivresse de créer, le besoin de vie, l’ardeur de bâtir, l’emporte sur la destruction ?

Langlois-Mallet

* Voir pour s’en documenter les très nombreux articles du site de La Tribune de l’Art

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