Aznavour, par contre-coup…

Pour des gens de ma génération, Aznavour offrait une sorte d’immersion dans le quotidien d’un couple de commerçants retraités dépressifs; la lourdeur de l’institution du show-biz en plus.

J’étais loin d’imaginer à ses rictus de rentier persécuté par le fisc que certaines de ses chansons aient pu être censurées dans les années 50… qu’il ait pu faire scandale parce qu’il apparaissait à la télé la chemise déboutonnée. Je suppose que c’est parce qu’il était perçu comme « étrange étranger » qu’il a pu ouvrir quelques brèches dans l’amidon compassé des dimanches des français contents d’eux.

Bref cela sentait les dimanches chez Drucker et les gluants et avinés « ma Bohème » sortant des restaurants pour touristes n’étaient pas fait pour me l’attacher.

Quand un personnage célèbre meurt, je pense toujours au pauvre bougre qu’il était, comme toi et moi qui au fond se débat au bout de sa chaîne pour se rendre vivant mais sait qu’il finira seul et entubé, n’ayant même plus l’énergie pour plaisanter les infirmières, cet étrange passage de la vie.

C’était au fond le mérite d’Aznavour de nous laisser un peu cette colle-là dans l’oreille dès le jour de notre naissance, de nous prévenir que, une fois traversée la rue de la vie, nous finirions à l’hospice. De nous faire vieillir juste parce que notre dynamique journée avait croisé une radio dans un vieux taxi. Il nous aura collé à tous un peu de génocide et d’exil dans l’âme, même en chantant Montmartre et on aura eu l’impression de l’avoir vu boire le champagne pour s’en féliciter, seul avec sa fausse blonde en bigoudis dans un pavillon kitch et cossu. Au fond Aznavour, c’était le nain de jardin de la déprime.

Ce qui est plutôt sympa de sa part par contrecoup, c’est que les blogueurs se sont tenus tranquilles. On a pas eu les cris habituels : « aahhhh nnnooonnn », « trooooppp duuurrr en ce moment », tous ces déprimés de la mort des autres avaient leur maître. De même les imaginatifs « RIP machin » avaient hier rendu les armes devant le parolier indépassable de « tu t’laisses aller ». Et ça, pour moi qui redoute la mort de Renaud ces temps-ci comme jour de gloire de tous ces benêts lacrymogènes, ça n’à pas de prix. Rien que pour ce seul moment de retenu, celui du public, chapeau l’artiste !

Langlois-Mallet

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