Notre ADN au danger de Macron

 

Qu’est-ce qui nous fonde ? Quel est le nous ? Et en quoi en sortons-nous ? Regardons le dans ce creux, macronniste.

Les frappes militaires sans preuve avec Trump

Parce qu’elles détruisent le crédit d’une politique étrangère indépendante. Aussi loin que l’on regarde l’histoire, la France est une voix qui parle en dehors des Empires et des inféodations et qui en appelle à un droit supérieur, à une certaine idée ou aux Droits de l’Homme. Même au temps médiéval ou l’Empereur ou le Pape avaient la prééminence sur le monde, il y avait une voix de la France qui était une voie. Chaque fois que l’on se retrouve, c’est que quelqu’un l’a porté de nouveau. Que ce soit De Gaulle ou en dernier lieu, le discours de Villepin. Donc l’opposé de cet ADN nous avili, que ce soit Laval ou que ce soit l’OTAN.

Les milliards donnés aux plus riches et pris aux modestes

Notre ADN, c’est aussi l’indépendance du politique par rapport à l’argent. Prenez les idéaux d’Egalité de la République ou prenez les Capétiens qui ont toujours embastillé les banquiers (des Templiers, à Fouquet en passant par Jacques Coeur), invoquez Robespierre ou Philippe Le Bel, il n’y a rien au dessus de l’indépendance de l’Etat par rapport à l’argent. C’est l’exact contraire d’un président élevé dans les salles de marché et porté au pouvoir par la commission Attali.

L’abandon des réfugiés

Avec l’indépendance, sans laquelle il n’est pas de politique possible, tu as l’élan humaniste. Si la France n’est pas mue par un élan humaniste, si elle n’est pas transcendée par les valeurs humaines, elle devient un pays comme les autres. Certes, la France s’inscrit dans le concret, elle a des intérêts et parfois elle peut-être déguelasse aussi. C’est l’aimer que de le reconnaitre. Les taches de l’esclavage ou de la colonisation restent, tenace, même en se lavant les mains. Mais les fautes, les erreurs, les crimes parfois ne doivent pas faire abandonner ou abdiquer de ce qui élève. Nous sommes de tout temps un asile. La terre de France rend libre selon l’adage formalisé au XIVe siècle, « tout homme à deux patrie, la sienne et la France » comme l’édifiait le XIXe siècle. Ceux qui viennent ici chercher la liberté et la paix, et à qui notre culture doit tant, doivent la trouver. Raison pour laquelle la politique actuelle de main fermée à ceux qui se noient en Méditerranée est indigne, vichyste et opposée à nos valeurs. Raison à contrario pour laquelle on ne devrait pas non plus hésiter à éjecter ceux qui viennent y semer la désolation et qu’un principe dévoyé voudrait nous imposer d’héberger en prison.

Dans ces trois abandons, la Liberté de la France, l’Egalité républicaine et la Fraternité humaine, résonne trois fois le glas de nos valeurs cardinales et nous dit que quelque chose est en danger.

La destruction de la démocratie républicaine

On sait l’impasse dans laquelle était parvenu un jeu politique binaire, alternant les politiques semblables et un jeu d’opposition de façade. Le peuple dans sa colère de le dynamiter à fait émerger un dictateur, doté d’un parlement à sa main, recruté par CV au plus docile. Ce qui est détruit, c’est l’élaboration même de la loi par le dialogue, c’est la possibilité d’un accord ou d’une justice. Désormais il n’y a qu’un équilibre possible, celui qui se fait dans la tête du chef entre son hémisphère droit et son hémisphère extrême-droit, entre sa dévotion à l’argent et son culte de l’autorité. Tout le monde est exclu de la politique. Pourtant là encore, la France de tout temps, cela a été des parlements qui délibèrent, construisent une opinion, adressent des remontrances au Roi, voir s’opposent à lui.
Macron – je le dis souvent pour éviter la confusion – a raison quand il restaure et assume la force de l’exécutif. La France silencieuse le suit pour cela, qu’elle déteste d’abord l’immobilisme et a besoin de se reconnaitre dans celui qui assume le mouvement, une part de nous-même est indécrotablement royaliste. Autant l’assumer. Mais le réflexe vital de la République est tout autant et absolument identitaire. Qu’il s’agisse du réflexe parlementaire des élites ou de l’expression du peuple, de la rue. L’un est réduit au silence, l’autre à la matraque contre à la fois toute notre identité parlementaire. Cette rupture est porteuse de tous les dangers car les tensions doivent pouvoir s’exprimer, dans la rue ou dans l’hémicycle et non se limiter à la couche royale.

Vers un pouvoir absolu

Parallèlement, un certain nombre de lois viennent confirmer cette inquiétude. Il y a la sortie de l’Etat de Droit au profit d’un régime policier à la faveur de la peur du terrorisme. Quasiment tous les pouvoirs de police, jadis exceptionnels, sont donnés en roue libre et sans contrôle désormais, à l’exécutif. La loi sur le Secret des Affaires bâillonnera les quelques rares voix de journalistes qui se frayaient encore un chemin dans un contrôle déjà quasi absolu des affairistes sur la vérité. Le chemin n’est pas celui de l’Ancien Régime, comme on le lit à tord, mais celui du Bonapartisme. Non pas celui élaboré par des centaines d’années d’équilibre et de rapports de force, non pas celui de l’enthousiasme pour des libertés nouvelles, mais l’ivresse d’un homme seul pour le pouvoir absolu. Là encore, le contraire de ce qu’une grande nation a élaboré durant toute son histoire.

La destruction du service public

S’il est bien un point d’appuis de l’histoire Républicaine, c’est l’armature qui assure un héritage à ceux qui n’en ont pas. Qu’il s’agisse de l’école de la République et tout aussi fondamentalement de l’accès au savoir (et non d’un passeport pour l’emploi à laquelle on feint de la réduire) que représente l’Université. Il en va de même de la SNCF dont on devrait se glorifier qu’elle assure la déserte écologique de chaque point du territoire dans un maillage unique. On ne parle pas des privatisations qui ont commencé bien avant, des abandons stratégiques, c’est à dire irremplaçables (comme Alstom). Mais que dire des hôpitaux soumis à la dictature du rentable quand ils sont faits pour l’accueil de tous les besoins ? Aller vers un système marchand dans tous ces domaines, c’est promettre à tous ceux qui ne sont pas riches qu’ils seront mal soignés, que leur espérance de vie sera indexée sur leur portefeuille. C’est renoncer à une société en paix, en quiétude et en prospérité pour fabriquer de toutes pièces une France de la survie perpétuelle et de l’anxiétée qui là encore n’a jamais existé que dans les périodes de crise. C’est faire absolument le contraire de notre histoire de progrès, c’est une mise en chaos.

Notre part dans la destruction dans la vie

Le dernier point semble peut-être le plus délicat, car il ne relève de l’innovation. C’est justement là d’ailleurs que la réflexion sur la tradition, ou sur l’ADN, sur les valeurs fondamentales prend tout son sens. On affronte bien la nouveauté qu’autant que l’on sait s’appuyer sur la tradition. Il n’y a pas d’un côté la répétition bête du passé et son rejet dans la rupture innovante. C’est parce que l’on a des racines que l’on va plus loin. L’écologie politique (et ça là mon grand point de désaccord avec ceux qui s’en réclament) n’est pas un élément hors-sol à faire germer en dehors de son contexte; c’est le produit même de ce contexte confronté à une situation inédite.

On est en face d’une situation absolument, radicalement nouvelle. Notre addiction pour le carbone, notre épandage de chimie, notre intoxication au plastique ont produit de l’irréversible. Nous n’avons pas pris conscience que dans le désert de glace et de roches, dans les silences fracassants des galaxies, nous étions le produit inouï d’un hasard incalculable, l’expression de la conscience, de la parole et de l’action dans le peut-être unique exemple de vie biologique.

Nous sommes lancés à 10 000 à l’heure dans une destruction de ce miracle. Il n’est pas certain que nous puissions sauver quelque chose si nous changions tous de direction et pourtant cela devrait être l’unique chose sérieuse qui nous occupe. Et bien non, raté, ce pouvoir croit en la toute puissance de l’accération de ce qui nous détruit. Plus d’argent, plus de compétition, plus de destruction. Ce qui pourrait être la gloire immortelle de ce concentré de pouvoir et d’animation du réel qu’est un président de la République, ne l’intéresse même pas. Il y a du fric à faire.

L’abandon enfin de la Culture

Je crois que je n’aurais pas été complet en ne terminant pas ce petit tour d’horizon par le coeur du réacteur, la Culture, en fait ai-je parlé d’autre chose ?
On a dit que ce président (qui se vante comme aucun d’avoir lu des livres et que ses conseillers en com’ déguisent en philosophe, parce que justement sa politique n’en a pas) se singularisait par le fait qu’il n’avait pas de politique culturelle. Malgré des mots choisis, c’est au « Choose France » qu’il invite, faisant fleurir par imitation sur tous les murs des affiches un franglais, un globish, insultant pour l’esprit et appauvrissant.
C’est parce que ce monde insipide et en autodestruction est d’inspiration anglo-saxonne que l’on n’entrera pas dans le rêve de ce qui nous détruit. C’est parce qu’il y a uniformisation par l’anglo-sphère que tout ce qui résiste se confond avec tout ce qui est différent. Et c’est parce que le Français est notre levier de ces singularités et la matrice de toutes nos spécificités politiques* qu’il est notre véhicule de résistance et que nous devons nous opposer à ceux qui veulent nous le faire abandonner.

C’est parce que tout ce qui fonde un « nous » est ébranlé par le nom que se donne le pouvoir de l’argent, Macron, qu’il est utile de se mobiliser tant pour le comprendre que pour se comprendre, tant pour résister que pour exister.

Langlois-Mallet

Note de contexte :

Je n’ignore pas que la France est composée de très nombreuses tribus, et ce depuis toujours. Si je choisi pour ma part d’ignorer les appartenances – et ce jeu de balancier un peu faux ou chacun répète la part de vérité de la sienne à l’infini pour défendre sa position contre les autres – c’est que m’intéresse ce qui dans l’équilibre des contradictions, fait le commun et le sens d’une aventure. Car être Français, ce n’est pas appartenir, c’est s’inscrire à son corps défendant ou de tout coeur dans une aventure millénaire.

Une amie FB, m’écrivait ce qu’elle avait aimé dans le pouvoir actuel (il a ouvert les bibliothèques le dimanche parait-il). A ce compte là, je suis sûr que pourraient faire s’entendre Marine Le Pen, Les Indigènes, Nathalie Arthaud et l’Abbé de Nantes. Il n’y a plus besoin de politique en fait, faisons un club avec ceux qui ne mangent pas les petits enfants et le carillon de l’église voisine battra la Marseillaise et l’appel du Muezzin, tout sera bien.

Un autre, sans prendre la peine de me lire, m’a reproché de m’intéresser à Macron (et m’a balancé un appel de fond pour son dernier projet). Ceux qui font un peu attention, se sont pourtant rendu compte que ce qui m’intéressait, c’était ce qu’il dégageait en creux. Macron, c’est à peu de choses prêt le contraire de notre ADN et donc la garantie d’une sortie de route.

 

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s