Petite note sur notre déprime politique post-Macron / « Ovaires-dose »

J’aurais plein de trucs à vous écrire sur la dépression politique que nous sommes nombreux à ressentir, depuis de grand flash de la Présidentielle (qui dit drogue, dit descente). Je vois beaucoup de gens touchés, des gens bien souvent, à hauteur de ce qu’ils mettent d’eux-mêmes dans le mot : « politique ».

Mais en fait je suis toujours moi-même en partie trop dedans pour vraiment me remettre au boulot d’analyse et d’écriture, qui par ailleurs devrait aussi se donner pour objectif de proposer. La mienne, c’est une « déprime qu’à du bol », comme Souchon les mélancolisent si bien. Cela change et ce n’est que justice. Elle s’identifie dans l’observation du vol des gibbons aux longs bras, libres, dans les cimes des dernières forêts primaires (pour combien de temps ?) et le va-et-vient du toucan préhistorique vers la cache où il nourrit ses petits.

J’en profite pour redonner le prima à la vraie vie, réinventer ma famille, lancer ma petite boîte comme tout le monde. Cultiver son jardin, le reconstruire aussi. Et remettre en question jusqu’à l’usage des réseaux sociaux et à plat les usages de la critique engagée. A quoi servent, si ce n’est à me fragiliser, ces 20 dernières années d’engagement frénétique où toutes les causes défendues ont été perdues, démocratie politique, intégration, précarité de la jeunesse, cultures populaires, politiques culturelles… Paris ! Et surtout écologie, devant ce gouffre ? Peut-être au fond juste à me fabriquer un regard.

Je vois aussi les bénéfices que les Français tirent du deal que leur fait Napoléon IV : plus de monarchisme, moins de social. C’est à dire comme un peu tous les régimes autocratiques du monde, je vous redonne de l’identitaire si vous laissez l’hyper-classe jouir en paix de l’épuisement du monde. A la sauce Française cela donne en creux une nouvelle devise, Macroniste : Autoritarisme, Ruisselementisme, Individualisme.

Je vois la vexation supplémentaire que cela représente pour la France républicaine, celle issue de la IIIe République et de ses mythes scolaires, et qui encaisse les nombreuses claques du moment, au risque de l’aigreur (du FN à Valls). Une France culturellement bloquée sur un logiciel unique confondant politique et culture, se croyant par essence vouée à être ennemie de tous les particularismes, de toutes les diversités, se sentant rongée, menacée par eux (en premier lieu par l’Islam) et en même temps aspirée avec délice sous perfusion létale d’une seule, l’Anglo-sphère.

Ovaires-dose

La séquence que nous vivons a été décrite par un chercheur comme celle de la « révolte des privilégiés », comme Macron publie « Révolutions » pour mieux de couper la tête aux cheminots et aux infirmières. Comme dans le quinquennat Hollande, le débat sur l’effritement politique et social se trouve enseveli sous les brouhaha des magnifiques progrès des mœurs globales, sorte nouvelle religion contre laquelle il ne fait pas bon ouvrir le bec.

Sa traduction ici, avec la révolte des actrices d’Hollywood contre les producteurs avec qui elles montent à l’hôtel se déshabillent à 4h du matin pour avoir le rôle puis qu’elles accusent de viol (je sais, je pousse un peu le bouchon en sens inverse), ne me donnant pas réellement idée de la pierre de touche sur laquelle on peut refonder le bonheur entre les sexes et une civilisation amoureuse.

Il y a longtemps que je dénonce ici le jeu actuel des sexes, vain et méchant, et que je me suis rangé des voitures amoureuses pour appeler au débat-amoureux ; jusque là je me serais volontiers décrit comme féministe, mais disons qu’il y « ovaires-dose ». Il s’agit de faire ramper les hommes, plus que de les faire s’élever et dans ce que nous voyons, finalement ce sont les femmes qui s’abaissent.

Je reste bien persuadé de l’enjeu d’une transformation de la violence inhérente aux hommes, mais selon moi c’est une expérience culturelle amoureuse, dans la découverte du plaisir féminin (qui n’est pas plus une fin que le plaisir masculin, juste un médium de la rencontre). Pas dans l’insulte, la culpabilisation des hommes, la violence symbolique ou des lois consacrant le primat d’un sexe sur l’autre. Pas dans l’instauration d’une nouvelle religion de la déesse mère-victime ou de ce qui est peut-être le comble, la négation « patriarcale » de la violence que les femmes portent aussi… Oui, la rencontre de l’autre est une expérience violente et difficile. Mais pour les hommes aussi, que croyez-vous ?

Bref, l’époque incite au pas de côté. Les gens font les expériences qu’ils veulent dans ce que l’on appelle démocratie et c’est peut-être à cause des conséquences de leurs choix et de ce que leur fait vivre la société qu’ils fabriquent, entre désastre écologique, insécurité économique et violence individualiste de gens solitaires (ah les filles et leur chat !), que les dictatures ont le vent en poupe et que cela s’annonce pain bénit pour les sectes de tout poil.

Quand la déprime est collective, le bonheur est sûrement individuel. Mais, faute de connections faisant sens, c’est à dire de lieux ou débattre ensemble de la culture ou réinventer la politique, c’est une fuite dans laquelle on sera tous bien vite rattrapés…

Langlois-Mallet

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