Charlie v/s Médiapart ?

Le débat identitaire et post-colonial, pour se résoudre, doit se conjuguer au futur.

A mon humble avis prenons un peu de distance avec ces montées d’adrénalines polémiques dont la vie intellectuelle française est friande.

La France doit-elle s’incarner dans l’humanisme ouvert conscient du monde de la décolonisation, quitte à faire abstraction de la réalité d’être un Etat sur lequel tous sont assis ? Ou est-elle le fer de lance de la liberté d’expression et de la laïcité, quitte à faire l’impasse sur la réalité, tant de la géopolitique que de la diversité de ceux qui la composent ?

La France est sûrement une idée, mais l’on sait que quand Paris trop joue avec des idées qui s’incarnent dans les chairs, tomber dans le panneau de trop choisir son camps (par jeu, par réflexe, par appartenance, esprit de système, bref par simple paresse intellectuelle), peut produire parfois des drames.

Pendant la querelle des Bouffons, les parisiens se battaient pour savoir qui de la musique italienne ou de la française était la plus vraie. C’était une chose sérieuse car des choix esthétiques dépendait tout un rapport au monde. Mais la violence restait raisonnable, car on ne se cassait que des violons et des chaises sur la tête dans le parterre de l’opéra.

L’esprit voltairien, la curiosité encyclopédique, l’esprit de système ramiste restent des valeurs sûres, mais je ne crois pas qu’il faille se donner comme horizon de reproduire la Vendée avec l’Islam au prétexte de laïcité républicaine. A l’inverse, la France n’a pas à se donner comme modèle de destin le Liban.

La conscience post-coloniale n’est ni une insupportable tranquillité de blanc, ni une repentance que l’on promène le fouet à la main. C’est un viol de nos pères qui a créé un lien et dont de nombreux enfants sont nés, tourmentés de ne savoir s’ils tiennent de leur père ou de leur mère mais à qui l’Etat doit surtout garantir d’être tranquilles pour leurs enfants.

Pays carrefour, nous appartenons à plusieurs espaces naturels et culturels. Nous sommes d’Europe, mais aussi Afrique par la francophonie et la question n’est pas d’exciter la dent douloureuse, mais au contraire de transformer en chance l’échec colonial et donc de faire muter une relation de ressentiment et de violence. Dans cette perspective, les Français-es de double culture, loin d’être une menace, sont une chance et un atout. A condition que la politique donne un cap qui permette de saisir cette chance.

Paris doit accepter qu’il y a juste beaucoup de façons différentes d’être Français. Comme les peuples ont accepté qu’il y avait un destin commun et des valeurs communes qui le rendent possible.

Langlois-Mallet

 

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s