Quel hommage à Simone Veil ?

Je n’aime pas trop participer aux hommages universels -surtout quand les lieux communs de Facebook se doublent de ceux de l’Etat- je trouve qu’il se dégage quelque chose de gluant quand tout le monde est du même avis et que les autorités en profitent pour faire sonner les cuivres. Chacun renforçant sa propre estime de soi à l’estime collective et inversement. Les valeurs actives de la vie de la personne que l »on porte aux nues, ou que l’on panthéonise, comptant au final moins que le plaisir de l’encens.

Je ne rajouterais pas ma couche de lieux communs sur l’avortement ou sur l’Europe à l’hommage mérite à la personne Simone Veil. Parce que ces totems de la libertè individuelle et de l’universel politique sont en crise et qu’il ne sert à rien de renforcer les pouvoirs qui s’y appuient, mais plutôt d’en amorcer la critique. Surtout, le temps de l’hommage n’est pas celui de l’inventaire.

Le plus bel hommage serait par contre si ce moment et cette vie pouvait servir à nous faire bouger collectivement. Sur notre rapport aux Juifs de France et par ricochet à ceux qu’on ne se représente pas comme le groupe majoritaire, ou la « norme » du français. Ce serait un grand pas pour nous et un bel hommage si nous le devions à Simone Veil.

Les Juifs font partie de la France, sauf erreur, depuis le IIe siècle. C’est à dire avant Clovis, son baptême, et ses Francs même. Que des jeunes filles françaises de 16 ans comme elle aient pu être déportées – c’est à dire qu’il y ait eu un consentement muet pour se laisser trier, comme une main publique active pour les trier – relève de l’innommable.

Comme parisien, on passe chaque jour devant des plaques d’écoles, de collèges ou de lycées portant la listes d’enfants de 4 à 17 qui ont été offert aux barbares, juste parce que le nom de Juif faisait que les autres ne se sentaient pas assez proches d’eux pour les protéger de leur empathie. Je ne peux les voir sans envie de pleurer. Parce que ces enfants étaient les nôtres ou sous notre protection. Mais aussi parce que nous, nos ancêtres, n’ont pas su les regarder comme tels.

Comme la France est complexe, elle est aussi contradictoire. Elle est, dit-on, le pays où le plus de Juifs ont été sauvés par la population. Sans doute parce que nous avons aussi une culture de fraternité universelle.

Dans ce combat incessant entre un nécessaire sentiment d’unité (pensons aux Protestants ou à la Vendée) et d’appartenance et un regard fraternel sur l’autre; qui fonde la valeur humaine, il nous appartient de faire évoluer cette idée d’un nous Français « simple », pour aller vers un nous Français composé et complexe.

Des parties du nous ont subi un stress incroyable. On parle ici des Juifs, on aurait pu parler de la colonisation ou d’une immigration récente.

Comme le disait un éditorialiste ce matin, on ne comprend rien aux Juifs de France si l’on n’intègre pas que ces familles se demandent chaque jour si « cela ne va pas recommencer » pour leurs enfants.

A défaut d’avoir su faire notre, en 42, ces enfants de l’histoire. Il faut aussi faire notre cette angoisse de certains d’entre-nous pour pouvoir la dépasser. C’est avec elle et avec eux, et non contre, que nous retrouverons force et fierté.

La vie de Simone Veil se place là. Dans ce dépassement de la souffrance dans l’oeuvre politique. Elle a toute sa place au Panthéon des grandes françaises.

Langlois-Mallet

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