2e Tour. Que faire ? Affirmer son désir, face aux votes de la peur

Quelque chose de la vie politique sera mort dimanche à 20h. Autre chose va naître qui sera d’une grande violence pour nos fondamentaux Français; si l’on définit ceux-ci comme étant une unité, un compromis, entre des gens très divers, fondé sur un état fort et un idéal de Fraternité.
 
Je vous disais au tout début de cette campagne que le président le plus dangereux serait selon moi Emmanuel Macron. Rien ne m’a fait changer d’idée et sûrement pas les hurlées des snobs. Ni son élection (plutôt son OPA) annoncée, ni la figuration vociférante de Mme Le Pen au deuxième tour, ne retirent à ce constat. Puisqu’il tient au fait que l’hyper puissance qui porte Macron et l’a imposé – la puissance économique dominante dans le monde – se conjuguera à la puissance anormale de nos institutions. Avec lui, l’alignement place toutes les planètes du même côté. Le Medef va disposer d’une sorte de Napoléon pour son projet de déréglementation. Je crains le choc pour un peuple qui hurle sa souffrance et son refus d’être enterré sous une norme individualiste mortelle, contraire à son ADN solidaire.
 
La séquence historique contemporaine – n’en déplaise aux esprits faibles qui voient les années 40 partout*- n’est pas celle des fascismes, à moins que l’on appelle ainsi l’hyper puissance économique (8 personnes tiennent dans leurs seules mains la moitié de la richesse du monde), qui prend sous nos yeux les rênes du pouvoir politique, trop lent à lui obéir sous l’ancienne forme des partis. Les peuples prennent la clef des champs parce que les banquiers prennent l’Etat et la figure de l’affrontement de rue remplace le débat parlementaire.
 
C’est la fin des démocraties représentatives et de la séquence ouverte par le Serment du Jeu de Paume en 1789, la bascule directe, frontale, au choc entre intérêts économiques et des populations. Les morts ne sont plus comptabilisés. Pourquoi aucun média ne s’indigne des dizaines de milliers de morts du diesel, ou de la fin des abeilles par exemple ? Pour toute une partie des Français, cet effacement de l’Etat, ou sa réduction au fouet des compagnies de CRS pour se faire obéir, atteint au coeur sa double identité politique, monarchique et révolutionnaire, présidentielle aujourd’hui et parlementaire demain.
 
Peuples en Position Latérale de Sécurité
 
La plupart des pays optent pour la PLS et choisissent le repli nationaliste. C’est-à-dire que le peuple, quand il se sent en danger, s’en remet à un leader fort et en général injuste et brutal. Cela est douloureux à regarder en face, mais la démocratie, c’est-à-dire le parlementarisme (dont la perspective de la perte met en hyper-stress notre bourgeoisie urbaine à l’heure du brunch dominical), n’a pas la même importance pour le peuple s’il est en danger sur son quotidien. Et c’est ce qui lui arrive avec les politiques libérales. Voter pour des politiques libérales pour lutter contre le nationalisme est aussi intelligent qu’éteindre un incendie avec de l’essence. Puisque l’injustice de l’un est la cause de la souffrance de l’autre et de sa vengeance. Et si la fraternité commençait par assurer à tous la base de vie légale, sans laquelle il n’est plus de politique ?
 
Nos amis les castors, battent de la queue
 
Dès lors il est inutile et nuisible de tenir le fouet au côté des politiques, pardon, des gestionnaires, en insultant de « nazis » ou autre ceux qui poussent des hurlement pénibles, et les partis nationalistes qui les manipulent. La seule chose à faire, c’est d’écouter, de prendre soin, de sécuriser, de donner du sens à la chose commune. A cette égard, LA SEULE action « anti-FN » de la campagne n’aura pas été les torrents d’insultes et les cris de trouille des bobos de Libé, c’est la campagne positive et pro-peuple de Mélenchon. Repolitiser, donner du sens, donner des perspectives positives communes…
 
Le reste n’est que peur de perdre son petit confort, rentiers égoïstes qui veulent bien que l’on continue à torturer les autres pourvu que rien ne change pour eux, sans parler des leçons de morale de gens pas très dignes à regarder. Là, nous nous trouvons (nous, actifs en politique) face à des rigolos qui ne pensent qu’à leur gueule toute la sainte année et qui le jour des élections débarquent avec leur petit bidon d’essence, en nous sommant par une légitimité morale neuve de l’encre du Libé du jour, de les imiter, sous peine de complicité avec le nazisme. On marche un peu sur la tête. Il s’agit d’ailleurs de leur demander pour qui ils ont voté au premier tour, pour voir qu’ils ont contribué à la situation qu’ils dénoncent.
 
Vote du conflit direct Macron v/s vote du conflit institutionnel avec Le Pen
 
Nous n’avons pas d’alternative à Macron, comme il aurait été normal pour un choix de cette importance. Car l’élection de Marine Le Pen aussi aurait aussi fait éclater une très grande violence, envers les consciences, vu le discours haineux porté de façon identitaire à l’encontre des liens entre Français, comme des liens entre Français et étrangers.
 
Mais là encore, elle était moins cette candidate du « nazisme » (qu’elle devient opportunément les soirs de 2e tour pour faire reconduire tacitement la même politique), elle est surtout celle de la bêtise, de la méchanceté et d’une profonde nullité comme on a tous pu le mesurer lors du débat. Dans la configuration de sa victoire, cette violence ne nous aurait pas été épargnée, elle se serait donnée dans un cadre, les institutions, et avec un contrepoids. Cela aurait été la société, l’Assemblée contre sa présidente. Cocktail explosif garanti.
 
Dans cette configuration le pus serait sorti. La violence aurait eu un cadre. Je ne sais pas où va la colère que l’on fait taire. J’ai tendance à penser que la place de la poussière n’est pas sous les tapis et que ceux qui ont voulu gagner 5 ans se donnent surtout l’occasion de voir demain un FN avec les pleins pouvoirs. Que sont devenues les violences muettes subies par les populations issues de l’immigration ? Ne reviennent-elles pas parfois à la gueule elles aussi ?
 
La France pouvait-elle proposer autre chose ?
 
N’en déduisez pas trop vite que la deuxième option eut été plus souhaitable. Si Madame Le Pen ne dissoudrait pas la souveraineté comme Monsieur Macron, l’intelligence serait décapitée dans cette opposition entre la bêtise et la rapacité… Le propre d’une tragédie, il n’y a pas de solution. Il faut perdre son honneur ou son amour, et l’on n’est pas digne de son amour sans honneur. La France doit choisir entre perdre la Fraternité ou perdre ce dans l’Etat qui la fait tenir…
 
La fin du compromis politique
 
Nous avons assisté depuis novembre, moins à une vague dégagiste, qu’à un craquement, la mort des « partis du compromis », usés de double langage. Comme une solution chimique, le paysage politique s’est retrouvé éclaté entre quatre forces irréconciliables, en apparence. Trois plutôt, car on voit la droite aimantée par le social-libéralisme de Macron comme fascinée. Elle voit son programme porté en face d’elle avec plus de force, la séduction « morale » de la gauche en prime. Son vote « pour » de dimanche ne sera pas une anecdote, mais un long baiser létal. Ne doutons pas qu’un grand espace libéral-autoritaire est en formation et gouvernera demain. Il n’attaquera pas frontalement le lien fraternel qui unit les Français, à la manière de ce parti de la bêtise et de la méchanceté qu’est le FN. Mais en axant sa politique sur la compétition individuelle, dont la condition est l’explosion du cadre de l’Etat et des droits salariaux par exemple, il le rompra dans l’indifférence avec ceux placés du côté de l’échec. Vous pouvez d’ailleurs déjà mesurer l’indifférence au bien commun et à la République des uns au sort des autres, dites « banlieue » aux uns ou « France périphérique » aux autres, et vous verrez. L’heure est à la territorialité fratricide.
 
Ce que nous devons sauver
 
Je ne suis pas parti Mélenchonniste au départ de la campagne. Je désespérais de trouver une solution. Une solution, c’est-à-dire une parole qui mette sur la table le vrai sujet du monde, l’écologie, et donc le respect social des humains face à au suicide économique ; et l’autre vrai sujet, celui relatif au mandat et à la fonction présidentielle, l’esprit d’indépendance du pays, c’est-à-dire sa souveraineté, le tout dans une enveloppe humaine ayant la carrure. Nous avons eu, en prime, une manifestation littéraire de l’esprit français, dans la veine de Jaurès et de Hugo. Allions-nous bouder parce qu’il émergeait là où on ne l’avait pas vu venir ? Nous non.
 
Mais c’est ce qu’ont décidé les Verts et quelques autres auteurs de la situation de non choix actuelle et cette alternative historique a été avortée, du moins au sein de la présidentielle. Le tir de barrage médiatique de la dernière semaine (Madame Le Pen n’avait pas encore le statut de nazi médiatique) a fait le reste, avec quelques inévitables erreurs de campagne, sur lesquelles il serait bon de revenir. Reste 7 millions de personnes qui se sont reconnues, sorte de manifestation électorale qui n’a pas envie de se disperser…
 
Prenez un cercle, caressez-le, il deviendra vicieux
 
Partout dans le monde, le libéralisme n’a comme issue que le nationalisme qui à son tour l’alimente dans une vis sans fin des catastrophes. La troisième France a bien ouvert un passage dans les urnes, mais pour 600 000 voix, n’a pas débouché au 2e tour. Et tous de se poser la question : pour qui voter dimanche ? Blanc. Nul. Macron ?
 
Je conseille toujours aux gens qui me demandent mon avis, même lorsqu’ils ne sont pas d’accord, de voter selon leur conscience. Ce n’est pas pour vous dire de ne pas voter ou de voter Macron ! Je vous dis juste que votre conscience politique est précieuse et que vous ne pouvez pas lui faire faire n’importe quoi. Suivez-là et faites-vous confiance et pour le reste aux autres, c’est le principe de la démocratie quand il n’est pas falsifié. Mais ne croyez pas qu’un vote à contre-coeur soit sans conséquence. Vous serez partie, à votre corps défendant, d’une France ou d’une autre dimanche soir. Et vous donnerez un élan même à ce que vous détestez en le soutenant. Au minimum soyez-en hyper conscient. Il n’y a pas de bulletin neutre. Il y a une communion avec une force ou une autre.
 
Ma tiers France
 
Ma conviction personnelle me fera prendre un bulletin blanc – mon côté vieille France bien sûr, de l’étendard de Jeanne d’Arc (qui ne votait pas FN) au panache d’Henri IV (qui n’était pas Bayrouiste), mais aussi, plus profondément, la volonté de dire : « quelle que soit la force brutale qui arrive en face de nous, que ce soit l’avidité de l’argent ou la bêtise incompétente, nous sommes là ». Je n’ai même pas à savoir si nous gagnerons ou pas. Juste « nous sommes là », comme l’ont été de tout temps les simples gens sous les déferlantes éructantes de l’histoire, Huns, Vandales, Anglais ou Nazis. Un autre espace existe, même réduit au silence, il témoigne et impose par sa présence un silence aux hurlements et aux insultes des deux belligérants, aux skinhead beuglants ou aux yuppies hystériques.
 
Beaucoup de mes ami-es ont déjà déserté les urnes pour les champs, les villages autogérés, les vraies luttes de la vraie vie. D’autres croient encore à la religion du bulletin de vote, même si, comme dans tout messianisme, les apparitions du bonheur sont sans cesse reportées. Je continue à assumer les deux. Mais une élection ne peut avoir de sens que dans le désir, pas dans une peur ou une autre. Je me suis promis, bien avant cette élection, de ne plus voter que « pour ».
 
Je ne lâcherai pas ce Tiers espace, cette troisième France, celle qui dit « je me refuse à trier entre la fraternité due à nos compatriotes », lâcher par exemple « les arabes » avec celle qui a pris en otage l’Etat (s’il est bien une leçon de Vichy, par contre, c’est qu’on ne sauve pas l’Etat en renonçant à la Fraternité) ou lâcher les paysans et les ouvriers avec ceux qui ont pris en otage la Fraternité, pour les torturer ou les suicider. Il n’y a pas à choisir entre l’abandon des banlieues et celle des campagnes. Le vrai chemin de France, c’est cette force qui est à l’extérieur de ce faux choix, c’est une affirmation et un refus. Le refus d’être dupe d’un jeu où 10% des inscrits imposent une loi inhumaine aux autres. L’affirmation que l’on ne sépare pas l’idéal de la Fraternité de son incarnation dans un Etat indépendant. La politique, ce n’est pas le choix du tortionnaire, c’est la libération des chaînes.
 
Langlois-Mallet
 
* Je précise que cette remarque ne s’applique pas à la sensibilité réelle des familles qui ont connu les déportations antisémite, raciale, ou comme la mienne, politique. Mais à une société où la référence constante à une histoire limitée au nazisme empêche de penser et sert parfois à empêcher de débattre.

 

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