Fabulette. Le Jour J

La chose avait mis du temps à se décanter et puis, une nuit dans son lit, il s’était levé en sursaut : Mélenchon !
Une évidence !

A partir de cet instant, le mois qu’il restait avant l’élection devint un refrain le jour, une comptine pour ses enfants, un mantra sous la douche, une berceuse le soir… Mé-len-chon.

Il avait saturé le répondeur de sa grand-mère sourde et les réseaux sociaux aussi autistiquement penchés sur leur candidat que lui, appris à écrire les fameuses syllabes à sa petite nièce de 6 mois, retourné son carnet d’adresse en tout sens à la recherche de la moindre brebis non encore prêchée, mis des autocollants sur son réfrigérateur, s’était brouillé méthodiquement avec tous les (traitres) Hamonistes de sa connaissance, collé des affiches dans tout son quartier, rompu avec sa maitresse Macroniste, fait la chasse à tous ceux qui écrivaient avec un A, bu le coup avec tous les pochtrons des environs pour les convaincre de miser sur le rouge Mélenchon, Mélenchon, Mélenchon…
Mélenchon était devenu un personnage familier, une sorte de colocataire qui habitait moins chez lui que dans sa tête (ce qui était plus pratique pour discuter ou s’endormir ensemble).

Mais enfin le jour J était arrivé

Cheminant dès potron-minet vers le bureau de vote, il se répétait… Mélenchon, Mélenchon, Mélenchon, Mets l’enchon, Mets l’enchon, Mets l’enchon… Il se demandait ce que pouvait bien être un enchon d’ailleurs. L’idée lui venait que c’était une sorte de calamar. Mais pas de toute, l’enchon allait dans l’urne et lui allait l’y mettre.

Il entra le premier dans l’école du quartier. Les policiers chargés de monter la garde n’étaient même pas arrivés. Les petits papiers blancs, avec les noms en noirs des candidats, au garde à vous, attendaient sagement sa main. Il prit un plaisir certain à les cueillir un à un. Jusqu’à ce qu’apparaisse : Mélenchon !

Tirer le rideau de l’isoloir, comme s’il s’agissait de faire un test médical, lui fit en revanche une curieuse impression. Voilà un mois qu’il clamait à la création entière Mélenchon. Et au moment de faire juste ce qu’il disait, il fallait se cacher ? Il plia sagement le bulletin, le glissa dans l’enveloppe. Et l’ouvrit. Trois ou quatre fois de crainte que le bulletin d’un autre se soit glissé. Puis ce fût l’instant triomphal. On proclamait son nom et lui laissait choir la foudre jupitérienne de sa décision. « A voté ! »

Il fût presque surpris en sortant de ne pas avoir entendu « A voté Mélenchon » L’air était frais et la sérénité du devoir accompli. Tout en marchant, la petite voix de sa conscience chantonnait toujours : « Mets l’enchon, Mets l’enchon ». Et les affiches électorales fièrement sur les murs répondaient : « Mélenchon, Mélenchon » Il se répétait en regardant les grosses lettres, Mélenchon, Mélenchon… Lui l’avait mis. Un peu comme quand gamin, il décochait à la dernière minutes des prolongations cette fameuse volée dans la lucarne gauche du gardien, celle qui faisait gagner la Coupe du Monde à son équipe, celle que les télés passeraient des années durant…

Il regardait avec complicité ce petit papier blanc dans ses mains qui lui renvoyait aussi les lettres de la victoire : Mélenchon. Un peu comme un bulletin gagnant de loto collectif… Mais le sien. SON bulletin de vote. Ce petit papier aussi répétait en Helvetica noires ce qu’il voulait entendre : Mélenchon, Mél…

Ce… Ce… Bulletin ! Ce bulletin ???? Mais… Mais… Qu’avait-il donc mis dans l’urne ? Mais, mais… l’enchon… de quelle espèce ?

Langlois-Mallet

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