2017, Révolte paradoxale à la Française

C’est chouette, on a la possibilité de réentrer dans l’histoire, après ces décennies déprimantes. Je me demande comment on appellerait ce moment, plus tard… La libération citoyenne, la libération populaire ou un truc dans le genre.
Ce qui m’aimante le plus, c’est la conscience que plusieurs digues sautent en même temps.

– Celle d’une révolte démocratique contre les cadres politiques d’abord, avec l’abattage systématique de tous leurs candidats depuis quelques mois, de Duflot à Valls, de Hollande à Sarko. Un phénomène où je vois un mouvement bien plus profond que l’humeur dégagiste du moment; une remise en cause de l’aristocratie républicaine qui s’est coulée dans les palais et dans les privilèges déjà injustifiés de l’ancienne noblesse. Pour elle, qui parle au nom du peuple souverain sans en être, le référendum bafoué aura été l’erreur de trop. Tout un système politique à refondre, un contrat social à revoir… Je ne vais pas redire ici que le sujet qui s’agite dans les tripes de la société, ce n’est pas l’abolition du président (pour ressusciter le parlementarisme ??) mais l’émergence d’un vrai espace politique citoyen autonome et parallèle, à l’Assemblée et au président (et puis zut, tiens, je l’ai redit).

Une poussée sociale inespérée

– Une poussée sociale et une parole de gauche très forte se manifeste (Méluche, Arthaud, Poutou, Hamon, voire Cheminade) avec en face d’elle, le quasi candidat unique du système (du parti de la presse et de l’argent, ou de l’appelez-le comme vous voudrez), fabriqué de com’ jusqu’à la caricature. On laisse aux libéraux la «  »gauche » » de com’ et ses thèmes sociétaux et on revient sur le fond, le social, le partage. C’est l’irruption des thèmes du réel, du quotidien de la majorité des gens, dans un débat politique dont ils sont poliment exclus en général. Prime à Mélenchon et à ses réunions publiques en forme d’éducation populaire, en prise avec les réalités du travail, du logement, de la santé ou de l’éducation.

Le salut souverainiste

– Enfin comme réclamé sur cette page, à corps et à cri (et à contre-courant), la révolte indépendantiste. Si la révolte de la société française n’a pas lieu comme annoncé par le FN, c’est grâce à la puissance de tir souverainiste (Re-Méluche il couvre plusieurs cases, d’où son succès, Dupont-Aignan, Asselineau) qui conduit le nationalisme à la panne sèche.
Il s’agit d’abord pour eux de rappeler que la politique se décide ensemble et ici, c’est l’héritage même de la République. Alors que le nationalisme repose sur une confusion entre politique et culture, c’est une inflation émotionnelle qui n’a plus lieu d’être quand on redonne du sens au collectif et à la politique (et pas quand on crire FN-Nazi).

Le retour de la France

Cette révolte d’une certaine identité française, est l’autre aspect de ce qui se joue. Beaucoup de gens se souviennent qu’être Français cela peut et doit être autre chose que ce que nous subissons depuis lurette dans cette direction libérale. C’est une fierté, une parole forte et indépendante dans le monde, une remise de l’argent et de notre propre intérêt même à leur juste place et la priorité donnée à un élan émancipateur, portant des valeurs fortes et universelles, quelque chose d’arrogant peut-être, comme Surcouf ou Cyrano, mais tant mieux. Toutes choses qui dans la deuxième moitié du XXe siècle ont pu être parfois plus sensibles à droite qu’à gauche, sous le vocable de gaullisme, mais à condition de se souvenir que la Résistance regroupait des gens de partout, des communistes aux royalistes.

Une élection à portée mondiale

Ce qui est en jeu ici, est en effet une question monde. Partout la crise d’opposition au système libéral se fait par le nationalisme (et l’on voit avec Trump en fait qu’il s’agit plus d’un prolongement). La France peut-elle porter une alternative ? Montrer une autre voie ? Pour cela elle est donc obligée à la fois de puiser dans ses fondamentaux et de régler ses propres crises.

Là encore, merci à Jean-Luc Mélenchon de s’être affranchi —au moins dans le verbe, on verra peut-être (ou pas) dans l’action — du corset de fer de cette gauche des cadres (individualiste et paresseuse, internationaliste inconséquente, moraliste et inerte) et d’avoir su comprendre la nature de ces mouvements de fond du corps social pour camper solidement à leur carrefour.

La revanche du référendum

Si quelque chose de très fort bouge dans les jours qui viennent, c’est que cette greffe de plusieurs révoltes dans un nom aura pris, malgré le tir de barrage du système, comme effectivement pendant la campagne du Référendum, que Mélenchon aura su l’incarner.

– Preuve que, contrairement à ce que disent les éditorialistes, il y a bien un thème dominant à cette campagne : la souveraineté populaire et le match retour de la saloperie que les cadres politiques nous ont fait en s’asseyant sur le vote du peuple souverain.

– Preuve aussi du lien indissociable qu’il y a en France entre un peuple et un homme dans les moments de crise et de dénouement. Que s’il ne saurait être lui-même, ni la politique, ni la République, ni la démocratie, il leur est indispensable.

– Preuve donc à contrario de l’inanité de la proposition phare du candidat phare de l’élection 2017, la suppression de la « monarchie présidentielle » alors qu’il lui devra tout… Même si ce ne sera pas la première fois qu’un mouvement dépasse celui qui le porte, ce n’est pas le moindre paradoxe de notre élection paradoxale !

Langlois-Mallet

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