Mélenchon, une évolution contre la montre

En se désenclavant de la marmite aux pesanteurs dogmatiques et aux calculs électoraux des cadres des partis de gauche, l’ancien sénateur Mitterrandien poursuit un chamboulement intime attachant qui l’amène, de fièvres bolivariennes en découverte des champs de quinoa, à renouer avec le fond insoumis de la France dans un nouveau patriotisme fraternel et écolo.

Si aucune des interrogations sur sa personnalité incandescente ou les risques de césarisme ne sont levés pour les militants de gauche, l’autre doute qu’il doit affronter est : n’est-il pas trop tard ?

Trop tard pour relancer la conquête des milieux populaires FNisés, après des décennies d’abandon d’une «« gauche »» Terra Nova, dont la pensée se limite à l’apologie marketing des bons sentiments et l’action demeure soumise et engluée dans le libéralisme le plus hypocrite et le plus rentable pour soi.

Ce qui est demandé à Jean-Luc Mélenchon semble relever de l’impossible synthèse.

– A la fois s’affranchir des habitudes d’une gauche narcissique et obsolète et établir en elle les gages d’un contre-pouvoir sécurisant à son aventure personnelle.

– Répondre à la contradiction de son électorat et d’une société française, où la classe moyenne éduquée veut sa part du pouvoir face à la faillite de l’élite, et ou les milieux populaires plébiscitent au contraire, en raison de ce même manquement des élites, un capitanat fort. Où les un-es veulent un discours sur la diversité et les autres ont soif de repères d’identité.

– Réoccuper l’espace central de la politique, pour mettre d’accord l’écolo dont la survie se projette autour de plantations libres et d’un revenu inconditionnel lui permettant d’imaginer un avenir que son action peut transformer et qui finira par être plus à son aise pour la combattre dans une société libérale, et un ouvrier dévalué mis en danger par la perte de son travail qui voit l’espoir d’égalité se renouveler dans l’énergie nationaliste. Des militants politiques qui fantasment la démocratie dans l’abandon de la souveraineté et des électeurs qui fantasment le président en sauveur.

A noter que le choix de l’écologie et de la souveraineté, permet à des solutions de s’articuler pour associer tout ces petits mondes à une visée commune, citons :

– La progressivité d’une redistribution de revenu inconditionnel, l’inscription de tous les salaires publics dans une grille fixe – du président à l’agent d’entretien- à la manière de l’économie solidaire.

– Les nouveaux horizons internationaux d’une France souveraine partenaires en Francophonie, en Afrique, en Méditerranée et une redéfinition du rôle de l’Europe une fois levé l’hypothèque anglo-saxonne.

– Une redéfinition claire du rôle régalien du président et une redynamisation radicale du Parlement, l’ouverture d’une vraie démocratie local sur un modèle Suisse, un pacte territorial permettant à la population des banlieues comme à celle des campagnes de rattraper les centre-villes, etc.)

Il ne s’agit en définitive que de créer le lien, de définir les rôles chacun selon ses compétences dans une cause de redressement commune d’une France écologique, comparable à la reconstruction après-guerre.
Et donc pour Mélenchon, il ne s’agit que de s’autonomiser pour pouvoir redonner une place à chacun; cela s’appelle la présidentialisation après-tout, même si cela fait mal au fondement des zélateurs de la VIe République de le reconnaitre…

Encore faut-il mesurer que l’obstacle principal d’une alternative si tant est qu’elle soit prête à s’en donner tous les moyens — surtout vis à vis de ses propres limites— ne lasserait pas d’être l’absence d’adhésion, voir le blocage des élites et l’absence critique de relais dans la direction de l’Etat… Là encore, ce serait se réveiller bien tard par rapport tant à l’écrasante puissance libérale (l’émergence d’un Macron à seule base de levée de fonds bancaire et de Une people de leurs journaux) qu’au travail patient et rageur de proscrit que le FN mène depuis 30 ans, dans l’ombre de TF1, auprès des vaincus de la globalisation…

Parti bien tard, et encore incertaine, l’alternative Mélenchon peut-elle nous éviter un coup de balancier brutal dont la France manichéenne raffole, entre nationalisme et ultra-libéralisme ?
Il reste deux mois. Tic. Tac. Tic. Tac…

Langlois-Mallet

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