Georges Michael et l’antique héraldiste

Pourquoi la mort d’un lieu poétique me cause plus de peine que celle des chanteurs commerciaux.

Je ne savais pas trop comment vous en parler, mais j’ai eu un coup de tristesse l’autre jour, en voyant que l’antédiluvien héraldiste du Palais-Royal, dont je passais voir la vitrine aux vieux grimoires armoriés, les parchemins à lions lampassés, les bagues à massacre de cerf, depuis que je suis enfant avait disparu. Remplacé par une boutique proprette et banalement modasse. J’ai vécu la même chose avec un grand bâtiment début XIXe (à Parmentier), dont j’aimais la présence très poétique et que la mairie a effacé ces jours-ci comme bien d’autres à Belleville ou ailleurs.

ce1d6dfd394e3aeafeb4f60d102a3a54

J’hésitais à vous le dire car, comme le disait très bien Eric Hazan, « la nostalgie est un sentiment niais et il ne s’agit pas de cela, mais du remplacement de l’esprit du lieu par l’esprit du temps. » Chacune de ses vieilles boutiques poussiéreuse avait une âme et l’ensemble des galeries quelque chose d’un vieux grenier de famille, commun à tous les passants. Pas tellement parce qu’ils étaient vieux, mais parce qu’ils étaient uniques. Il y avait juste un temps ou il était normal de faire des choses uniques, c’est à dire humaines. Les pouvoirs se sont avisés qu’il y avait là un espace peu touristique et peu marchand et ils ont normalisés, mis de l’ordre à l’exception. La ville doit être rentable, nos balades aussi.

Last Christmas…

La mort d’un chanteur connu fait remonter chez-moi comme chez tout le monde, des standards. Emotions pavloviennes, convenues et stéréotypées que les majors ont placées en moi, cloné, de même que tous les autres terriens du même âge. Notre vie est unique et forcément les émois de notre vie unique sont liés à ce que l’on nous a fait couler comme sirop à l’oreille. Il n’y a pas à culpabiliser. Que ce soit en buvant du Coca-Cola ou un vin délicieux, nous reverrons toujours les yeux d’une personne aimée. Même dans son pyjama rayé, le coeur du prisonnier bat d’amour. Et Georges Michael me rappelle une parisienne unique, radicalement poétique et radicalement parisienne, comme savent seuls l’être les enfants de concierges.

Simplement, je me dis que j’aurais mieux aimé être un indien des plaines, entendant résonner la nature dans la danse nocturne de mon peuple; un paysan m’enivrant aux danses uniques et savantes du village, un jeune mousquetaire dansant le menuet sur les parquets, un titi faisant guincher les gisquettes dans une soirée apache de Belleville, un guerrier d’Afrique parmi la force des siens. Que j’aurais davantage vécu. Que mon humanité exaltée aurait davantage été elle même en somme, si j’avais été l’un ou l’autre de ces ancêtres que perdu entre leurs « majors »; si les choses avait du sens plutôt que de l’uniforme.

Langlois-Mallet

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s