Un Président ne devrait pas faire ça…

Un peu comme on se remémore, après coup, les cassures qui ont amenées à une rupture affective ou amicale, je repense aux « années Hollande » et à ses cassures collectives. Comment une personne si peu haïssable a t-elle fabriqué tant de rejet ? Hollande : autopsie d’une rupture…

A la différence de son jumeau politique Sarkozy, qui opéra toujours dans un crescendo allergique, détester la présidence Hollande n’avait d’abord rien d’évident. Après la chute de DSK, on nous a présenté « l’héritier de Jospin » comme étant le remède au sarkozysme. C’est dire s’il partait avec un capital de sympathie !

Une rupture militante

La première vraie rencontre avec Hollande, et donc ma première rupture, eut lieu en juin 2011 dans un jardinet de Montparnasse, pour parler culture. J’étais alors actif dans un sympathique petit lobby de politiques culturelles. Et la rencontre nous avait atterré par son néant.

J’étais malgré tout resté dans la dynamique qui accompagnait ainsi, culturellement, sa montée vers le pouvoir. Son discours sur la Culture au cirque d’hiver, en mars 2012, transformée en l’éloge de la politique culturelle de Delanoë à Paris (tout ce contre quoi j’étais mobilisé) en même temps que l’expulsion, par les mêmes au même moment, d’un des derniers lieux libres emblématique, Le Lavoir Moderne Parisien avait eu raison de mon éphémère appartenance militante à la mouvance culturelle du Hollandisme. Rien n’était dans mon domaine appelé à changer et je ne pourrais faire rien de ce que j’espérais à l’époque possible par ce moyen.

Une rupture politique

Je votais donc en mai 2012, en citoyen indépendant et sans levier, Mélenchon et Hollande contre Sarkozy. En septembre, la rupture politique s’ajoutait déjà à la rupture personnelle.

La renonciation de Hollande à réorienter, comme il l’avait promis, la politique d’austérité européenne, marqua sa première rupture. Bien avant que le séisme de la loi El Khomeri ne porta le coup de grâce à la politique sociale, les milliards donnés paresseusement aux multinationales contre un espoir, qu’elle résolvent à la place du gouvernement le problème du chômage, annonçait que le renoncement serait la clef de voute du quinquennat.

Une rupture morale

Avec l’affaire Cahuzac, le pouvoir rompait à nouveau le pacte, celui de l’idée d’une présidence au moins exemplaire. « Moi Président… » Alors que Trierweller, Gayet et Gala finissaient par confondre l’image d’un Hollande avec celle d’un Sarkozy. Le story-telling de l’ego avait définitivement croqué la fonction. Autour, dans les ministères, les cabinets les couacs étaient partout. Dix-mille euros par ci ou par-là, un jour c’était les chaussure d’un conseiller, celui d’après les taxis d’une autre, un autre un coiffeur. Loin de nous débarrasser de l’OPA d’une olygarchie sarkozystes sur l’Etat, les petits marquis du PS faisaient étal de la même désinvolture, mais cette fois-ci, c’est aux espoirs des pauvres qu’ils devaient la noce.

Une rupture des valeurs

La rupture sur les moeurs se faisait au travers de la Saison II du Mariage pour tous. Le mariage-gay était un peu ridicule, mais finalement pas plus que l’hétéro, alors pourquoi pas ? Impuissant économiquement, inepte politiquement, le pouvoir ne s’affirmait plus que sur les sujets de société et encore la sureprésentation des homos dans les milieux de pouvoirs faussait la perspective et accentuait le divorce peuple/élites. Tout entier acquis à une bataille un peu décalée pour les droits sexuels des adultes, mais incapable d’une réflexion sur la parentalité et sur la place des enfants, le pouvoir comme Hollande lui-même, avec un sourire de ravi ou des lunettes embuées sous la pluie, cherchait sans la trouver sa place dans des habits trop grands.

Une rupture de souveraineté

Le lâchage des Etats-Unis par son allié le plus fidèle au moment où Hollande voulait intervenir en Syrie, annonçait l’éboulement de la stratégie atlantiste. Avec l’OTAN, comme avec le patronat, la France avait donné sa souveraineté contre des espoirs. Elle ne récoltait ni estime ni même une aumône de pouvoir. Et il restait à Hollande, toute honte bue, à promener comme un commis de la honte, son catalogue d’articles de guerre de dictatures infréquentables, en régimes dictatorial. La fierté de la France, qui jadis parlait haut sur les Droits Humains, était devenue une morale de fille de joie à la recherche du meilleur contrat. Le prix des haines et du mépris moyen-oriental ne tardait pas à nous exploser au visage dans les rues de Paris.

Une rupture morale

En hommage aux jeunesses assassinées, exposées par ces politiques étrangères guerrières et irresponsables, il fallait souffrir les éructations laïcardes et va-en guerre de Valls, qui rendaient soudain suspecte la laïcité aux laïcs même, tant perçaient surtout une forme racisme d’Etat; y miroitait un rejet de toutes les jeunesses. Au compteurs des blessés et des morts du maintien de l’ordre, les jeunes de banlieue, toujours assimilés à la racaille sans que leur perspectives soient améliorées, étaient désormais rejoins par les étudiants debout de la place de la République et les jeunes écolos des ZAD.
Entre violence et impuissance, la déroute pétainiste de l’Etat allait bon train, accentuant d’autres ruptures dans la société. L’Islam fantôme étant désigné comme le nouvel ennemi du pouvoir, et jouait au plan politique le même rôle que l’aveuglement envers le Medef pour résoudre le chômage. Acté par le rejet de l’assistance humanitaire aux victimes de la guerre syrienne, comme par le débat fumeux de la déchéance de nationalité. Le social-libéralisme déposait les armes morales au pied de l’extrême-droite, comme il avait déposé les armes économiques au pieds des libéraux.

Je crois bien que j’oublie beaucoup. Mais voilà selon moi les années Hollande, dont Rémi Freiss, le jeune naturaliste, tué en défendant un bout de terre du béton, restera le symbole quand je les raconteraient aux plus jeunes à la veillée. En fait de lucidité, puisque c’était le mot d’adieu du chef de l’Etat hier, je n’ai jamais regretté, quoi qu’il m’en coûta la politique que j’avais rêver de mener, de m’être exclus moi-même au prémices de cette dynamique. Les petits maillons que l’on voyait dysfonctionner à mon petit niveau des politiques culturelles parisiennes, allait devenir de gros rouages bien déconnants de l’Etat.

Ceux qui pleurnichent sur un politicien que son entourage même débranche pour arrêter les dégâts que l’inadéquation de sa carrière et de sa dimension pourraient encore causer, me font pitié. Hollande n’est pas un homme haïssable. Mais alors, qu’un homme « normal » avec un si grand pouvoir est une terrible calamité !

Langlois-Mallet

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