Trump avant Le Pen ?

A ceux qui préparent ce qu’ils dénoncent.

La litanie moraliste des médias à peine entamée, les Te Deum d’action de grâce « du bien contre le mal » tout juste entonnés. On se pose déjà la question : et nous ?

La victoire de celui que la voix unique, de Libération à France Inter, nous ont présenté comme un nouvel Hitler annonce t-elle un blitzkrieg électoral en France ?

Rappel de la situation : On se souvient que l’humanité de 2016 se trouve lancée à l’allure d’un train fou qui remet en question sa simple survie (pour certains scientifiques, l’affaire est déjà pliée). Cette auto-destruction planétaire prend la forme d’une destructuration du quotidien pour le plus grand nombre, constitue dans le même temps une opportunité pour un petit nombre. Barricadé dans la locomotive, dirigeants et multinationales, le 1%, communique aux wagons de 1ère sous Lexomil et aux classes de seconde où l’on se tape dessus, ses instructions par radio : « Détendez-vous. Il est interdit de fumer et de salir les banquettes. » Il n’est bien sûr pas envisageable de se révolter. Les vigiles abattent de temps en temps quelques jeunes des classes dangereuses (ou un jeune écologiste) pour le rappeler. Reste la question des votes de rupture…

Sauf à renoncer aux élections, les votes de rupture sont inévitables à mesure que tombent par grappe les vaincus d’un système insoutenable, la colère monte et franchit les traditionnelles excommunications placées entre la locomotive et les wagons. Mieux, l’excommunication médiatique fonctionne comme une onction. Elle crée une identification entre les leaders populistes et ceux qui ont été eux-mêmes exclus.

Le populisme n’est certes de gage de rien du tout, et surtout pas de compétences alternatives, mais au fond il est question de ce passage des choses où (comme dans un divorce, un déménagement, un changement professionnel), il s’agit de détruire sans forcément savoir ce que l’on reconstruira.

La prime aux Le Pen qui ont construit quarante années dans l’excommunication médiatique est donc forte. Cela joue aujourd’hui comme un bonnus qui dispense la famille de faire ses preuves ou d’apporter des solutions. Mélenchon, un peu tardivement après une carrière au PS, tente, comme Bernie Sanders l’avait fait à gauche de proposer un populisme progressiste. Une gauche d’appareil du XXe siècle peut-elle incarner une transition écologique dans une société profondément individualisée et libérale ? On peut en douter. Mais ce dont on ne peut douter, c’est qu’il vaut mieux que l’inévitable rupture vienne du côté progressiste. Car nous approchons du moment ou le pire n’est plus l’excommunié, mais le pire devient juste de continuer comme ça.

La rupture qui vient

Mais ce dont on ne peut donc pas douter, c’est du besoin de rupture avec la politique unique et la voix unique qui la relaye. Trump est ce qu’il est, mais c’est c’est une libération qui s’exprimait ce matin chez ses partisans, quand les Hilaristes n’avaient d’autre argument que de faire barrage au mal (ce qui est loin d’être avéré quand on est soutenu par Monsanto et Wall Street).

Notre rupture sera t-elle la rupture Le Pen comme les Etats-Unis connaissent la rupture Trump ? C’est là que la responsabilité de tout eux qui plaident pour un autre chemin tout en continuant in fine à suivre celui-là est énorme. Ecrasante, car c’est par leurs calculs que le système tient le coup.

Ecolos en quête d’un accord et donc d’un siège. Militants socialistes qui permettent l’élection hier (le retour demain ?) de Hollande ou de Valls. Tout ceux qui parce qu’ils trouvent leur intérêt personnel à une politique qu’ils réprouvent s’en font les vigiles et les chiens de garde, pensent que l’on peut continuer à la papa, de miser sur le temps, de grapiller des petites avancées collectives microscopiques ici ou là quitte à soutenir une politique que l’on réprouve, et qu’il suffit pour faire taire la colère d’un peu d’insultes, d’un peu de mépris ou d’argument d’autorité.

Je pense par exemple, sur cette page, à un Gérard Filoche qui choisit Mélenchon comme adversaire principal. A Cambadelis qui fait de même appelant ce matin les gens de gauche à rentrer à la niche de Valls au prétexte de Trump et de Le Pen. Ou aux militants démocrates qui ont choisi Clinton plutôt que Sanders pour affronter Trump.

Vous n’avez rien compris Messieurs au monde d’aujourd’hui. Vous vous faites les plus laids complices de ce que vous dénoncez. Et si vous continuez à tuer toute expression de rupture progressistes ne vous étonnez pas demain que la colère surgisse demain à l’extrême-droite et prenne les plus mauvais chemins.

Langlois-Mallet

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