Réinvention de la politique : réponse à Julien Bayou

Cher Julien Bayou

Tu nous demandes notre avis sur comment : dirupter la politique, réinventer le mouvement citoyen qui nous donnera le sourire, réinventer l’écologie politique etc. Tu nous dit « Maintenant parlons réinvention. Quel est LE sujet le plus important pour vous (tâchez d’être constructif)* »

L’essentiel donc ? Le voilà de mon point de vue :

Je dirais avant tout en tirant les leçons du passé et en mesurant les limites ce qui est à peu près la même chose. Il faut acter d’une richesse et d’une médiocrité et du fait qu’elles ne seront pas dépassées. Donc renoncer au pouvoir pour le trouver le pouvoir d’agir.

Avant toute chose, je crois qu’un mouvement citoyen doit se donner pour ambition de ne pas devenir un parti politique. De ne pas avoir de ministres. De ne pas participer aux exécutifs. De ne pas offrir de carrière à ses membres.

Les partis politiques existent et rien n’empêche qui le souhaite de les rejoindre. Ce sont des outils techniques de conquête du pouvoir et comme tels, ils ont pour fonction de dévorer le sens qu’ils mettent en scène. En l’état ils peuvent au mieux suivre des évolutions culturelles, non les faire advenir. Dont acte, plutôt que de s’épuiser à les critiquer, stoppons cette mécanique du désir et des promesses non tenues.

Les changements réels procèdent, l’exemple gramscien du succès des idées du FN le démontre, de la prise de pouvoir des idées. Celles-là même qui contraignent les partis à les suivre, même les adversaires.

Ce qu’il faut créer aujourd’hui pour ceux qui se réclament d’un mouvement citoyen, ce n’est pas un parti Vert ou autre. C’est simplement un étage de la politique. Celui des contenus.

Un mouvement d’idées très puissant, libre, indépendant. un mouvement culturel, un mouvement d’expression. Il ne doit viser que les élections locales et trouver le moyen de peser sur les élections nationales. En tout cas a priori s’interdire de participer à des exécutifs à moins d’y être contrait par le fait qu’il est absolument majoritaire dans les assemblées.

Cela n’empêche nullement ceux qui souhaitent faire de la politique de créer un parti, ou d’entrer dans un parti existant. Mais ils ne doivent avoir comme projet que la mise en application de ce qui est décidé ailleurs. Dans ce mouvement social.

Des politiques sans idées personnelles en somme, mais offrant en revanche de solides qualités d’éthiques. Qui ne nous proposent d’adhérer à rien de leurs convictions, mais qui se contentent de suivre les nôtres et de nous proposer des chemins d’application concrets d’une volonté qui n’est pas la leur.

C’est donc à une séparation que j’invite. A un double renoncement. A une autonomie. Rendre le pouvoir du contenu à ceux qui ne font pas de politique (enfants compris). Et à une dépossession volontaire également, de ceux qui veulent faire.

Je finirais de me démarquer des courants d’idées écolos habituels en considérant comme une question tout à fait part, quasi anthropologique en France, la question du chef de l’Etat. Pour aller au fond de ma pensée, je dirais qu’une solution héréditaire à l’Espagnole serait sûrement idéale pour de nombreux Français. Mais la Ve République, avec son caractère de monarchie temporaire, convient à l’ADN d’une grande partie du peuple français qui a besoin de s’incarner, dans une personne, même temporairement. Je comprends ainsi très bien ce que désirent ceux qui veulent une VIe République. Mais je crois qu’elle adviendra mieux en se construisant à côté de la Ve, qu’en disparaissant emporté par ses décombres.

C’est un des autres renoncements à mon avis auquel un mouvement citoyen est obligatoirement confronté. Celui de croire que la totalité des autres est amenée à lui ressembler. Une part des Français, quelque soit le rayonnement et l’éclat de la nécessité souhaitera toujours avoir un chef et obéir.

Ce n’est pas en se pensant comme une totalité submergente que l’écologie avancera dans ce pays, mais en se positionnant comme le chaînon manquant et pertinent au sein des deux espaces de pensée politiques existants. Celui de l’aristocratie républicaine au pouvoir depuis la Révolution et celle de la monarchie que la France, même républicaine, n’a jamais vraiment cessée d’être.

Ma manière de voir, c’est de considérer que chaque échelon politique a sa raison d’être et de raisonner subsidiairement. Le chef de l’Etat à une fonction d’incarnation et pour mission essentielle de garantir l’unité et l’indépendance de la nation. L’Assemblée et le gouvernement ont vocation à faire vivre le conflit politique de la manière la plus ouverte, et oui, il y a urgence à une proportionnelle intégrale, l’expression de la société civile n’existe quasiment pas, sauf à l’occasion d’un mouvement éruptif. Et par le jeu des manques, ces légitimités différentes tendent à se détruire l’un l’autre entraînant une perte d’énergie collective et un match nul désespérant.

Si ‘on veut faire émerger le mouvement citoyen, il faut donc à mon avis aussi renoncer à la victoire sur les autres France. Mais occuper pleinement, conflictuellement mais constructivement son espace.

Merci de faire vivre des questionnements !

Amicalement à toi,

Langlois-Mallet

NB pour les écolos

1: Je ne souligne que pour mémoire, je l’ai assez dit par ailleurs, que c’est ainsi tirer la leçon de la médiocrité des Verts. A vouloir faire mieux que les autres, ils se sont montrés pires. Passons… Mais allons complètement ailleurs.

2 : Les familiers de l’écologie politique me diront que c’est un peu refaire Chiche ! Je dirais que oui, c’est s’en inspirer.

 

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