Vous avez-dit Belleville ?

Ce petit reportage-intime part de la publication par l’ami Nadir Dendoune* de cette vidéo, où l’on voit des terrasse « d’arabes » (La Vieilleuse) et une terrasse de « blancs » (Aux Folie’s) à Belleville, qui ouvre un bon débat en forme de coup de pied de l’âne, à « la mixité » Bellevilloise. Ma réponse quelque part entre « Ce qui se ressemble s’assemble » et « quand je m’examine, je m’inquiète, quand je me compare, je me rassure… »

Je peux vous la faire hyper pointu local :

Le Folies ? Cela dépend des heures. A l’heure du petit noir ou de l’apéro, c’est très mélangé : vieux rebeu v/s PMU, actifs du quartier, putes chinoises et leurs amis de coeur, mamans bobo et poussettes, intellos en terrasse. A l’heure de l’ours heureux (happy hours), c’est ghetto trentenaires. Après minuit, si la police laisse Yacine mettre un peu de musique (retenez s’il vous plait ce seul point, capital pour la démonstration), les gens oublient les appartenances, c’est festif.

Je peux vous la jouer territoire contre territoire, avec un arrière fond islam/laïcité : la critique venant du 9.3. le renvoi dans les cordes est plus que facile. La mixité à St Denis ? Il n’y a que plein de robes dans les cafés, mais que des hommes dedans ! (boum, habillés pour l’hiver dès le mois de mai)…

Je peux aussi la jouer scanner des relations Bellevilloises sous l’angle ethnique. Tiens hier, mercredi 4 mai, premier jour chaud donc de vie de printemps, de quels liens dans ma journée ?

On se salue chaleureusement avec la famille juive tunisienne qui prend le soleil sur le trottoir (et si on tombe à l’heure du rideau de fer on est quitte pour aider la mamie à le monter et à coincer le balais qui le fait tenir), avec Ramona qui tient le restaurant espagnol éponyme, on se tape sur l’épaule avec les garçons de café kabyles du Folies justement, on déjeune au chinois (ou je ne dirais pas que les rapports sont aussi chaleureux)…

Mais… quand je discute longtemps avec une voisine inconnue, c’est avec Agathe qui ne scolarise pas ses enfants (comme ma mère le faisait avec nous). Quand on me propose de partir en week-end au soleil c’est Delphine et Odette toutes aussi blanches que moi…

Puis dans l’immeuble, Mohammed mon voisin Pakistanais me demande de l’aider à monter une porte au 5e etc. Je pense Lo Sang, le voisin népalais, a qui j’ai promis de donner un des bébés gerbilles, quand j’aurais nettoyé leur cage demain. Je salue des mamans africaines (que je n’identifie pas bien). Je serre la louche du voisin rebeu et me dit qu’il faudra que je le taquine la prochaine fois que je lui demande des nouvelles de la montée de l’OL en C1. Et à 22h, quand je descends dans la cour, c’est pour envoyer au lit une marmaille de toutes les couleurs et de tous les milieux qui y joue. Ok. Belleville zoo. Normal.

Le voisin qui déboule au parc me confier sa fille blonde comme les blés, c’est Nicolas, et quand je vais m’asseoir et jouer sur l’herbe, jouer à chat ou au badmington, c’est (re) Nicolas et (re) Agathe. Quand je propose un apéro au débotté, c’est à Lucien et à Muriel, quand je prends l’apéro plus tard c’est chez Yvan et Afaf (et Nicolas ?… ? private joke).

En clair à Belleville, on est toute la journée au contact de toutes les origines, mais la sociabilité profonde… se fait dans le sien, en ce qui me concerne un milieu Vieille France / alternatif et de fait souvent blanc/blanc ou métissé blanc. Alors, on peut dire de Belleville qu’effectivement, on y vit plus à côté qu’ensemble. Que pour parler comme les communautaires de la page de Nadir, le Gnoul que tu fréquentes au quotidien quand tu es blanc, c’est surtout le garçon de café.

Mais quand je compare Belleville aux quartiers de ségrégation : les quartiers blancs de Paris, architecturalement plus beaux et plus léchés, mais assez pauvres humainement ou aux quartiers marrons de la banlieue, à l’urbanisme inhumain, mais tendus et sururbanisé et et bien je trouve que c’est quand même pas mal d’être dans cet zone d’équilibre imparfait.

Une division plutôt culturelle

Je peux constater une espèce de truc assez universel : que les gens prennent un pot facilement, de façon détendue, avec ceux qu’ils reconnaissent le plus comme leurs semblables. Et que c’est vrai partout.
J’ai retenu l’angle ethnique (suggéré par Nadir) comme axe de la démonstration, mais le vrai découpage est plutôt popu/bobo comme me disait la maire. En fait culturel. Je pense plutôt que la division s’opère si tu penses que la personne est le soir devant TF1 ou si tu te dis qu’elle écoute une musique que tu aimerais.

Mais je sais un truc aussi, c’est qu’une chose rassemble tout le monde, c’est la fête et les lieux culturels ouverts à tous. Que certes Belleville régresse vers cet apartheid des terrasses, mais c’est surtout le fait de la destruction des lieux partagés, des lieux de sociabilité et de leur confiscation par la mairie en espace : bobo only.

C’est la destruction de la culture populaire de Belleville par la culture officielle qui est en cause, pas vraiment les gens eux-mêmes qui ne demandent qu’à dépasser les barrières, mais n’ont pas les codes des autres quand ils ne fabriquent plus du commun ensemble.

Langlois-Mallet

* Pour ceux qui ne connaissent pas, Nadir, c’est un chouette metteur de pieds dans le plat à ses dépends, dans la mouvance que je qualifierais de Gnouls-fraternels : 1/3 « Nous les gnouls on est mieux » (mais sans trop y croire), 1/3 les français sont racistes (mais on le sait et les arabes sont râleurs) 1/3 l’important n’est pas là. Selon les jours et les posts.

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