Ce lundi 4 janvier, j’ai porté ma mère en terre

Ce lundi 4 janvier, j’ai porté ma mère en terre.

Etrange renversement et pourtant si naturel passage, mené solidairement avec ce frère que je ne voyais plus.

De cette journée pour l’éternité, restera la fraternité, beaucoup de chaleur entre les vivants et de merveilleuses images printanières de janvier.

Alors que le cercueil se ferme dans l’atelier ou vivait la peintre, les rires des enfants me font tourner la tête, et la danse pleine de grâce de ma fille bondissant sur le vert tendre de l’herbe happe mon regard. A la pâleur mortelle, encadrée de noir, répond l’image de la vie, de l’avenir. Et nous, adultes, entre deux.

La longue marche paisible ou joyeuse, en chanson ou en prières, de la petite troupe derrière le charriot de deuil avait, sous le soleil, pour témoin ces champs d’herbettes qui se croient au printemps.

Dans l’église villageoise du Perche, qui nous a accueillie, le Père Jean-Louis, passionné, a lu son poème « L’accord primordial » Bel hommage de l’Eglise à une dissidente, que cette camaraderie dans la foi. L’autel devint ainsi le lieu qui convenait à sa poésie.

Le lourd fardeau de chêne, porté parmi les ruelles jusqu’au trou profond d’argile. Puis, tous les bouquets de fleurettes de France et d’herbes Occitanes, lancés dans un même élan d’adieu au fond de la terre, touchèrent le dernier abris de bois, demeure ultime en pleine terre.

Manon
peintre et poète

« Perdre
conscience
me
détacher,
atteindre
le fondamental. »

Ma mère était d’une famille mystique et, comme telle travaillée d’une soif de totalité et d’ardents combats intérieurs qui ne s’accommodaient d’aucun compromis, non plus que l’était sa passion dévorante pour ses fils.

Elle est tombée en pleine action, sans cesser de croire en l’avenir à plus de 80 ans, avec la fureur juvénile de publier ses poèmes (6 recueils étaient au menu de son année 2016) ou de préparer ses expositions à l’étranger, sans douter un seul instant du trouble que son geste et ses mots devaient jeter, un jour, sur le monde.

Guerrière, elle avait imposée, sans soucis du prix à payer, ses choix de vie indépendants contre les usages des siens : se vouer à l’expression artistique de sa recherche intérieure, plutôt qu’une vie d’épouse catholique. Avoir ses enfants hors mariage, à l’époque d’avant 68 et dans un milieu de notables ou c’était un crime, une démence, qui la fît durement rejeter. Les élever elle-même à son idée, contre la société, au mépris des lois.

Elle nous lègue son oeuvre mystique, l’exemple sombre de l’exigence sans limite et l’éclat d’une vie comme combat absolu, menée avec sa grâce enfantine.

L’hommage parisien aura lieu le 11 février 2016, son jour anniversaire, à Notre-Dame de Paris, près de laquelle elle vivait et créa de 1963 à 2015

David Langlois-Mallet

Monday 4 January, I wore my mother earth.

Strange reversal and yet so natural passage, conducted jointly and severally with this brother that I couldn’t see.
Of this day for all eternity, will remain the fraternity, a lot of heat between the living and wonderful images of spring as of January.
While the coffin closes in the workshop or lived the painter, the laughter of children make me turn my head, and dance, full of grace of my daughter pouncing on soft green grass happe my gaze. Has the deathly pallor, Framed Black, meets the image of life, of the future. And we, as adults, between two.

The long march peaceful or happy, in song or in prayers, the little band behind the cart of mourning had, under the sun, to witness these fields of aqueduct who believe themselves to be in the spring.

In The Village Church of the pole, which we hosted, Father Jean-Louis, passionate, has read his poem « the agreement » Overriding Nice tribute of the church to a dissident, that this camaraderie in the faith. The altar thus became the place suited her poetry.

The heavy burden of oak, worn among streets until deep hole of clay. Then, all the bouquets of flowers from France and herbs occitan, launched in the same vein, a farewell to the bottom of the earth, and touched the last refuges of wood, ultimate remains in the middle of the earth.

Manon
Painter and poet

 » lose
Consciousness
Me
Detach,
Reach
The Fundamental.  »

My mother was a family mystic and, as such worked a thirst of totality and ardent fighting interiors which does not put up with no compromise, no more than the was his passion for his sons.

She fell in the middle of the action, without ceasing to believe in the future to more than 80 years, with juvenile fury to publish his poems (6 collections were on the menu of his year 2016) or to prepare his exhibitions Abroad, without a doubt for one moment of disorder that his actions and his words were to lay, one day, on the world.

Warrior, she had imposed, without worries of the price to pay, his choice of independent life against the usages of hers: devoting themselves to the artistic expression of its research indoor, rather than a life of Catholic wife. Have his children out of wedlock, at the time of before 68 and in an environment of elders or it was a crime, dementia, which might make her hard reject. Raise them herself to her idea, against the society, in violation of the laws.

She we bequeath his work mystical, the example of the requirement without limit and the glow of a life like fight absolute, carried out with his grace childlike.

The Parisian tribute will take place on 11 February 2016, his day anniversary, at our lady of Paris, near where she lived and created from 1963 to 2015

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Une réflexion sur « Ce lundi 4 janvier, j’ai porté ma mère en terre »

  1. Je lis assez souvent tes textes David et m’étonne parfois de la proximité d’esprit que j’y ressent. A ce jour je suis toujours restée silencieuse et anonyme comme lectrice…
    Aujourd’hui, j’avais envie de te dire combien ton texte est beau et touchant. Sans doute est-ce la mère que je suis devenue qui est émue!
    J’étais dans un premier temps étonnée par l’idée d’un texte si personnel dans un tel contexte mais j’ai changé d’avis à sa lecture.
    Voilà, c’était juste quelques mots que j’avais envie de partager avec toi pour te dire que je ne t’oublie pas malgré mon silence et que mes pensées vont vers toi en cette période très particulière où un enfant met « en terre » sa mère.
    Béatrice

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