Déchéance-s… Pour tous ou pour personne !

La déchéance de nationalité pour les bi-nationaux est une faute contre tous. Loin de punir les coupables, elle est une déchéance pour toute la République.

Elle crée de fait deux catégories de Français. Ceux qui le sont et le resteront de plein droit, même s’ils commettent des actes barbares contre leurs compatriotes. Et ceux qui sont fragilisés et suspects, ébranlés dans leur lien commun, surtout s’ils sont innocents.

La mesure est-elle utile ? La mesure est-elle symbolique ? Presque tout le monde s’accorde à dire qu’elle ne sert à rien. Qu’ont à faire de leur nationalité des kamikazes ? Par contre la seule valeur symbolique (que lui reconnait le premier ministre) est désastreuse. C’est une victoire d’idée pour l’extrême-droite, sur l’un des points où elle a dangereusement tord.

Il s’agit sur ce bord, de faire prévaloir une vision consanguine de la nation. Celle de gens qui partagent plus ou moins le même sang. Une fratrie « de Francs » qui s’oppose à l’idéal fraternel de la communauté de projet de la République. La nation est-elle un passé commun ou un avenir partagé ? Un héritage ou un destin ?

A l’évidence, elle est un peu les deux. Si nous n’héritions de rien, il n’y aurait ni pays, ni culture, ni histoire. Or l’histoire nous enseigne d’abord que le groupe clos des débuts en Ile-de-France, n’a cessé de s’élargir en territoire ou en population, en conquêtes ou en immigration. Nous sommes une culture en mouvement, une histoire qui fédère, qui attire et qui rassemble. Une équipe, composé de membres d’origine diverse. Même les militaires ne disent pas le contraire dont le fleuron est la Légion étrangère. Si certains peuvent perdre cette qualité de Français du fait des autres, quelle est la valeur de cette reconnaissance ? Restons égaux devant la loi, soit on peut tous la perdre, soit qu’aucun ne le puisse !

Stratégie ou principes ?

Il est curieux de voir un président «« de gauche »» (avec les doubles guillemets que mérite cette expression quand il s’agit des énarques sociaux-libéraux), s’engouffrer dans une proposition pareille, qui va cliver et fragiliser dans leur confiance tous les Français qui ont acquis la nationalité par choix et créer une sorte de hiérarchie entre des citoyens par ailleurs définis comme égaux en droits et en devoirs.

Sûrement doit-on y voir la poursuite de la stratégie Mitterrandienne : Etre de gauche, c’est mener la politique de ses adversaires pour ronger tel un acide leur espace politique, quitte à désespérer ses partisans. Quand le macronisme ne suffit plus, il reste le pétainisme. La gauche peut ainsi se réduire à sa plus faible expression, garder le pouvoir au nom d’un clan contre un autre. Une façon comme une autre de tuer la démocratie ? Seulement si les parlementaires réunis en Congrès, endossent la faute républicaine de l’Exécutif et ne jouant pas leur rôle —eux aussi— de s’y opposer.

Pouvions-nous faire autre chose ?

Oui, une application dynamique de nos idéaux contradictoires. Nous sommes un projet ? Bienvenus à ceux qui nous rejoignent. Mais un projet exclu aussi. Et ainsi sans faiblesse, ceux qui se réclament d’une idéologie où l’on prend les armes contre ses compatriotes, civils qui plus est, l’ont quitté depuis longtemps. Ils s’excluent d’eux-mêmes, qu’ils partent. Quelle que soit leur histoire individuelle. On ne peut être Daesh et Français, même avec des ancêtres remontant à Clovis. Nulle distinction à faire entre les dates d’acquisition de la nationalité ou des ancêtres. C’est un simple choix d’idéal et de valeurs. A cet aune, certains réfugiés sont plus Français que des terroristes de vieille souche.

On me dit qu’on ne peut, en Droit, créer des apatrides. Comme si ce gouvernement s’embarrassait du droit ! Comme si une « situation de guerre » ne définissait pas deux camps, de part et d’autres d’une ligne de front ! Mais peu importe, il reste la déchéance des droits civiques et l’interdiction de territoire, le bannissement. Toutes choses qui devraient être évidentes, plutôt que de créer une catégorie de coupable présumés parmi les Français…

Rechercher le fantasme d’une fraternité dans les seuls liens du sang, en commençant par exclure, trier, définir, ceux qui le sont moins, dans le sens du vieux fantasme vichyste, d’un Etat choisissant des « bons » et des « mauvais » Français, ou présumés tels en fonction de leurs origines, ce n’est pas seulement récompenser une phobie d’extrême-droite, c’est aller à contre-sens de l’histoire et renier la Résistance, mais aussi les Poilus et toute l’histoire ancienne.

Plus profondément, c’est rester cette France bloquée qui n’accepte ni les conséquences de ses idéaux républicains, l’égalité de tous. Ni sa réalité, les diversités culturelles qui de tous temps la forme et la variété de ceux qui la composent. Nous sommes tous bi-culturels et divers, cela n’est nullement contradictoire avec le fait politique d’être Français. Comme le fait d’être critique n’empêche pas d’en être fier… et y contribue même grandement.

Langlois-Mallet

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