Régionales. L’inquiétante victoire des pantoufles

L’alternance soit, mais notables et technocrates ont étouffé toutes colères sous la peur. A quel prix ?

D’abord, je commence par la victoire de Pécresse dans notre région — c’est une élection régionale ou pas ? Le vent des carrés Hermès n’a rien d’une nouvelle d’espoir… Mais je trouve cela plus moral qu’une victoire de Bartolone. Il y a des limites à tout… C’est vrai d’une manière générale de la victoire (relative) de la droite. Un raz de marée PS aurait été une prime aux dégueulasseries du moment (état d’urgence détourné à des fins politique, jeu sur la montée du FN, hystérisation (« race blanche », « guerre civile »). Quand on songe que les régions n’ont la main que sur les tuyaux du quotidien. Quel mauvais délire.

Mais quelle triste campagne ! Où les camps jumeaux ont échangé des invectives, terrorisé les électeurs, fait leur succès sur la peur et où l’on a pas senti de réflexion, de connaissance et d’amour de ce territoire, de compréhension de ses différences et de propositions pour le réunifier. Le moins pire que l’on puisse avoir, dans ce système de politique unique, c’est un peu d’alternance (il faut aérer de temps en temps). Donc sans attente aucune et avec quelques signes d’inquiétude, bonne chance à elle !

Mais la grosse affaire de ces élections restera. Qu’importe que les deux partis clones échangent leurs fauteuils, entre notables et technocrates, aucun ne fera —il ne faut pas délirer !— une politique horrible ou insupportable dans les lycées et les bus, à moins que l’on appelle ainsi l’indifférence.

La grosse affaire restera celle de la colère

La colère inconstructible du FN, colère destructrice si elle arrivait au pouvoir. Mais la colère qui retourne dans le vide comme cela ne me parait pas une bonne nouvelle. J’aurais préféré qu’ils aient un os à ronger, une région. Je ne pense pas que le retour au néant soit une bonne réponse. Il ne faut jamais humilier un adversaire. D’autant qu’à droite comme à gauche, cela valide la stratégie de ceux, Hollande et Sarkozy, qui misent sur le pire : ce jeu sans issue démocratique, avec l’épouvantail FN comme diversion, pour faire main basse en douce sur la récolte électorale.

L’autre versant de la colère est encore plus grave à mon avis. C’est l’échec abyssal de l’alternative. Il n’y a rien dans ce pays qui donne un espoir, même minime, même vaincu, ni dans la vieille gauche de parti (Front de Gauche, Verts), ni qui ne se manifeste dans l’écologie vivante ou la citoyenneté. Rien ne pousse sous l’Attila électoral du PS. La boîte à idée traditionnelle, le moteur de la politique française est mort. Et cela, en vase communiquant avec la colère, celle résignée des banlieues ou hurlante des périphéries, est vraiment dramatique pour l’avenir.

La gauche, les écologistes, l’extrême-droite… les abstentionnistes, les blancs —dont j’étais pour les deux tours— ont disparu dans les hémicycles. C’est effectivement extrêmement malsain. La majorité absolue des Français n’est pas représentée.

Il est assez normal que la France majoritaire, modérée, reprenne la main. Mais à quel prix pour ceux qui vivent l’insupportable ? Celui d’irruptions et de dégâts qui n’ont aucun canal d’expression politique. Très inquiétante élection en fait que celle des pantoufles, surtout quand elle se prennent pour des bottes.

Langlois-Mallet

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