France. La fin du « J’agis à mon pt’it niveau ? »

La séquence que nous connaissons (attentats-repression des écolos /succès du FN-vote unique) dans laquelle ils nous engluent, et où on ne sait plus ce qui est le plus lourd à porter, des fléaux eux-mêmes ou des moyens employés pour s’en protéger, me semble sonner le glas d’une idéologie très répandue : celle du « j’agis à mon petit niveau. »

En clair devant le verrouillage politique des années 2000 (il fût un temps où la politique apparaissait un moyen de changer les choses, avant de devenir ce que nous connaissons, l’organisation méthodique de l’impossibilité qu’elles ne changent), nombreux dans ma génération se sont repliés sur ce nouveau paradigme, « le p’tit niveau », point de sécurité et parfois aussi de confort entre l’écologie et le new-age.

« Sécurité » parce qu’au moment où tout les corps sociaux étaient aux abonnés absents, il fallait poser le pied sur quelque chose de sûr (soi-même, son quotidien), sans renoncer à une conscience plus globale.

« Confort » dans la mesure où seul maître à bord de ces micro-mouvements de nous-mêmes, on pouvait devenir son propre Che Guevara pour un investissement relativement modique parfois. Car entre « j’agis à mon petit niveau » pour mon quartier et « j’agis à mon petit niveau en faisant de la méditation, en achetant bio à Monoprix, en ne prenant pas le sac plastique ou en faisant l’aumône au SDF du coin, la frontière de l’héroïsme ou de l’abnégation humanitaire dépendait un peu du niveau de conscience politique que l’on décide (aussi) de se donner à soi-même. Chacun sait depuis Larochefoucault qu’il n’est plus grande dupe que l’amour propre…

La fin du « J’agis à mon petit niveau »

Ce sympathique retrait actif des choses du monde, a probablement rencontré assez brutalement sa limite, en terrasse à Paris, le 13 novembre. Il ne suffit pas d’être sympa pour que d’autres ne vous haïssent pas. Il ne suffit pas de ne pas faire de politique pour que la politique vous oublie. En fait c’est même plutôt l’inverse, c’est parce que l’on est sympa que l’on devient haïssable à ceux qui n’en peuvent plus, et c’est ainsi parce que l’on ne fait pas de politique qu’elle nous retombe dessus.

A y réfléchir, c’est un peu logique. L’air que nous respirons, ne dépend pas de notre attitude individuelle, mais des choix économiques collectifs. Les contraintes sociales auxquelles nous obéissons au doigt et à l’oeil sans même plus nous en rendre compte dès que le réveil (que nous avons nous même réglé) nous l’ordonne obéissent aux lois qui nous viennent du corps social. Notons à ce propos que les Finlandais viennent de reprendre la main, eux, politiquement, sur leur réveil matin, puisqu’ils se sont voté un revenu d’autonomie de 800€ par mois.
L’ensemble de nos fatalités, même celles du réveil matin, sont donc bien des choix ou pour mieux dire, des non-choix. Un peu comme pour le ménage, que chacun sait qu’il peut choisir de laisser tomber, c’est à dire de vivre dans la crasse. Ou la santé, voir l’amour, ou toutes autres sujet.

La part collective de nous-mêmes

Donc la part collective de nous-mêmes, nous a été fermée, par une génération j’en conviens, un peu déloyale et égoïste. Mais nous ne l’avons pas forcée non plus. Nous ne voulions tellement pas leur ressembler ! Et nous avons bien fait ! Bien fait (pour eux) d’être la première génération à s’occuper des tout petits ou de nous-mêmes. La première à avoir élevé bio ses rejetons, à prendre son vélo pour aller voter-propret-comme-il-faut et la première aussi à leur offrir une planète à +3° avec des guerres partout quand il aura 40 ans ? Emmener bébé chez le psy à 3 ans, c’est fait. Mais que lui dire devant la terrasse pleine de fleurs de la rue d’à côté et sur la place de Charlie ou soudain les coups de matraques des gentils policiers (qu’il aime tant) pleuvent contre les gentils écolos qu’il a pour modèle ?

Reste donc que cette part collective de nous-même, la politique, n’en est pas moins la part majeure de notre petit niveau.

Et que les petits jardins intérieurs voient passer des tas de grosses bottes sans préavis sur nos plantations, pourtant équitables. Cette part collective nous retombe sur la gueule, chargée de tout le poussiéreux emmagasiné : le réchauffement, le désir de mort de la génération Daesh, la rage tricolore des suburbains et là-dessus en fond sonore l’ambition hurlante de Manuel Valls, les plans météoritiques de Macron pour son moi insoigné, la peur de la justice de Sarkozy, l’haleine fétide des néo-nationalistes et la sueur lâche de la « Gôche » Viagra… Ah, j’oubliais les « pourquoipasmoi » par dizaine des Verts mal recasés…

Un paquet de papillons (enfants de l’effet du même nom) et de colibris (si fiers de faire leur petite part) sont morts dans le grand incendie du mois dernier, pour notre plus grand effroi. 6 millions d’autres au Congo dans notre indifférence la plus connectée mais pour l’approvisionnement de nos portables tout de même (faut pas déconner !). Nous savons tous plus ou moins consciemment qu’ils ne sont que des précurseurs.

Que la pente prise par nos dirigeants « de ne rien changer à la seule politique possible », n’est qu’une façon de gagner un délais face à un usage cynique et inéquitable du monde qui se meurt, non parce que son cynisme est démasqué (il l’est depuis longtemps), mais parce qu’il tue le monde justement. Que le choix de matraquer et de gazer des artistes, des clowns, des jeunes porteurs de propositions pacifiques qui sont le seul espoir autre que les embrasements identitaires, sonne le glas d’un espoir d’alliance pour le meilleur et qu’à l’inverse, même la guerre la plus « éradicatrice » entre mafieux pétroliers et leurs clients, marchands d’armes et bombardés, en parait une en revanche, construite sur des intérêts bien compris autrement solides.

Face à ces données, le niveau de la politique française se résume à un pitoyable mot d’ordre qui voisine au chantage. « Il est interdit de rien espérer ». Avec en écho le FN qui, dans un curieux contresens historique, a ramassé ce que les autres avait laissé tomber, et nous susurre «nous sommes l’espoir et l’alternative ». Ce qui reste de la gauche et des écolos, s’étant de son plein gré amputé de cette possibilité de l’incarner. Piégés. Puisque appelant toujours in fine à voter pour ce qu’ils dénoncent à longueur d’antenne, à agir eux-même contre leurs paroles, pour nos vies, pour leurs vies… Ils ne savent plus.

Et en Île-de-France ?

Je ne changerai donc pas mon vote blanc pour le 2ème tour (Je triche un peu car je n’ai pas le FN en Ile-de-France, mais j’ai vraiment l’impression que devant le chantage de Valls et Sarko, ce serait pareil). Comme je crois qu’il n’y a pas à trancher entre une politique unique (néoconservatrice) qui produit le désespoir sur les territoires et la colère aveugle ou les autres catastrophes, qui naissent de ce désespoir sur ces territoires (que ce soit des votes extrêmes ou des candidats au Djihad). Pas à trancher entre Sarko et Hollande. Pas à trancher entre néocons et néo-nationalistes.

Alors on peut préférer militer que rien ne bouge ou se battre pour que rien ne change (en général ceux qui le font en font aussi leur gagne-pain). Car rien de changera au Conseil Régional Ile-de-France, rien d’insupportable ne s’y fera non plus (juste la médiocrité ordinaire, administration de bons sentiments). Mais, à part se raccrocher à l’idée bien mince qu’un petit peu d’alternance évite quelques inconvénients… Leur campagne ne nous donne rien et surtout pas à choisir entre deux agitateurs de peurs. Ce vieux cheval de retour Bartolone qui agite les peurs d’une guerre des « races », poing levé pour payer ses chasses en Sologne et une da-dame dynamique des beaux quartiers, tellement Pécresse que cela en deviendrait un adjectif, qui nous promet de faire sa petite part (son côté colibris en treillis ?) contre le terrorisme en traquant… les gueux fraudeurs du métro (qui devrait être gratuit s’ils faisaient correctement leur boulot). Comment ne pas voir que ces agitations d’effrois, des uns contre les autres, n’ont rien à voir avec une alternative, mais ont tout en commun avec ce contre quoi ils se disputent pourtant d’être le rempart ? Donc blanc pour moi et ce que vous voudrez pour vous (ce n’est même pas une consigne). Que voulez-vous, il n’y a pas d’espoir dans les urnes en cette saison, c’est ainsi.

Des solutions ?

Je ne vois qu’une seule solution, c’est de se responsabiliser sur ce qui n’est pas de notre faute (c’est injuste, mais c’est comme ça), de se donner les moyens d’une politique d’espoir, ou d’accepter de toucher le fond, d’une manière brutale ou d’une autre, qui a plus à voir avec l’agonie démocratique.

Sinon, cela revient à acheter un 4×4 parce que la pollution est mortelle,ou à vendre des armes à l’Arabie Séoudite pour contrer Daesh, à emprisonner les écolos pour les protéger des risques d’attentats, à investir dans les déchets nucléaire au prétexte de la nature, à financer le CAC40 pour ce protéger du chômage, à abandonner notre souveraineté pour se protéger des multinationales, à laisser se noyer des réfugiés par peur qu’ils nous soient hostiles, à financer des divertissement d’exclusion au nom de la culture, à faire fuir les habitants d’une ville au nom du tourisme, ou que sais-je encore d’Ubuesque que l’on voit tout la jour sans plus d’émotion.

Oui, nous sommes sûrement des petites gouttes d’eau, mais si nous n’agissons pas reliées, nous ne sommes rien et nous évaporerons au premier coup de chaud. Des petits actes oui -tous les outils sont là- des bonnes volontés et des agir bien sur, mais pour alternative collective, politique.

Langlois-Mallet

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Une réflexion sur “ France. La fin du « J’agis à mon pt’it niveau ? » ”

  1. être capable d’agir reliés c’est aussi être capable de réel dialogue… de savoir que tu ne l’est pas encore si tel est le cas, d’assumer les conséquences en répondant par d’autant plus d’ouverture. Plein de trucs ça comme.

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