Belleville. Vertige dans ma rue

 

La vie du quartier est comme ça ce mois de novembre à Belleville. Un petit noir au matin l’autre jour, vite fait. Je croise une voisine, chercheuse active parmi les voisins en résistance aux politiques touristiques et à la destruction des espaces de poésie, conviviaux ou artisans.

Devant les ateliers murés et bientôt détruits de l’ex rue des grapheurs, nous échangeons quelques mots sur l’ambiance pesante qui règne depuis, dans les coeurs et la rue. Chacun, comme c’est l’usage en ce mois de novembre, raconte « son » attentat, côté intime. Les copains touchés ou épargné par le doigt de la chance ou désignés à bout portant par celui de la mort.

Elle, c’est tout son labo de recherche qui a été décimé. Elle me parle de Matthieu avec qui elle était venue à notre dernière assemblée à la Bellevilloise. Son copain et collègue, le jeune papa, le jeune chercheur, animé du désir de contribuer à une ville plus humaine, à un monde meilleur, de son livre sur la gentrification de Paris auquel il ne manquait que la préface, et qui sortira quand même. A titre posthume.

Ce sont des visages en terrasse, des liens affligés, une partie d’un travail commun pour la fraternité que la haine et la bêtise absurde de ce monde emportent. Il n’est pas possible du côté de Belleville, de ne pas s’identifier et de ne pas sentir un compagnon et d’autres soi-même devenus cibles pacifiques et désarmées.

Ceux qui s’engagent pour un urbain plus doux aux humains, dans l’écriture ou dans la défense de lieux accueillants à notre humanité, sont les mêmes que ces écolos (pacifistes faut-il le dire ?) qui au prétexte de la suspension de l’Etat de Droit et des Droits de l’Homme en France (!) sont désormais interpellés parfois très brutalement chez-eux, voient leur porte défoncée devant leurs enfants terrifiés, au nom de la sécurité et de l’état d’urgence.

Comme à l’autre bout, la frontière est aussi poreuse entre les groupes pétroliers qui recrutent la haine des bombes humaines ici, dans l’urbanité désolée des grands ensembles, et les groupes d’armement qui en fabriquent, dans l’injustice égale les villes sous les bombes, là-bas.

Vertige dans ma rue.

Langlois-Mallet

http://www.lemonde.fr/attaques-a-paris/visuel/2015/12/01/matthieu-giroud-39-ans-enmemoire_4821005_4809495.html

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