Tuer (et) mourir à 30 ans. Quels ratés ?

Permettez-moi d’insister sur l’article d’Alain Bertho (lire ici : Il faut être clair, un monde a pris fin il n’y aura pas de retour en arrière ). Pour moi, c’est le premier matériau qui donne à penser autre chose que la peur et qui recoupe bien deux impressions que m’a laissé la génération des trentenaires :

L’idée que gens de trente ans tuent des gens de trente ans à Paris.

L’idée que gens de trente ans tuent des gens de trente ans à Paris.

  • l’ennui et la banalité (voir un certain cynisme) de la masse aux terrasses (Paris n’est plus une fête que dans l’idée des touristes)
  • et la noirceur désespérée de certains individuellement, sont ce qui m’a frappé le plus dans cette génération.

Je suis complètement d’accord pour mettre en lien ce mouvement de suicidaires qui décident d’emporter le plus grand nombre possible dans leur fin du monde, avec un autre phénomène qui m’a beaucoup frappé, c’est la mise au pas de toutes les tentatives de la jeunesse pour soulever le couvercle dans tous les pays du monde.

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Printemps arabes, mouvement vert en Iran, mouvement de la jeunesse en Turquie, en Europe en Grèce, Occupy Wall street aux Etats-Unis etc. Tous les jeunes du monde qui se sont révoltés depuis ma génération (celle d’avant) avons été cassés de la même manière (Bertho remarque l’exception de l’Espagne avec Podemos). De façon discrète dans les alternatives ou par un meurtre symbolique d’un jeune pris au hasard dans les manifs pacifiques. Rémy Fraisse récemment pour les jeunes des Zad, mais il y a 15 ans pour le mouvement altermondialiste, c’était pareil à Gênes. Mais on peut tout à fait faire le parallèle avec la manière dont le pouvoir achète le silence des banlieues par quelques morts pour l’exemple « avec l’accord tacite de l’opinion » souligne Bertho » (les jeunes violents sortent du pacte qui veut que la politique passe par les mots, sauf que les canaux d’expression sont bouchés).

Par ailleurs, la génération des plus âgés que la mienne, les 55-70, et tous les lieux froids qu’ils tiennent (partis politiques, salles de rédaction etc.), m’ont fait l’impression d’un cynisme sans fond.

Si je regarde le cas du mouvement militant (écolo-alternatif) où j’étais, on a été pas mal de mon âge à prendre du recul et à leur laisser à leurs jouets et aux conséquences de leurs attitude (on voit l’état lamentable des Verts qui n’ont rien trouvé d’autre à faire que de maltraiter l’utopie écolo faute de la porter).

Mais la génération des plus jeunes que nous a mal vécu cette rupture du politique avec sa jeunesse. Certain ont tenté la pratique d’une politique hors politique, je pense à Tarnac (et ont été d’ailleurs inquiétés pour cela, éleveurs de chèvres fichés, puis inquiétés abusivement comme terroristes).

Pour d’autres gens de cette génération, à mesure que les gens se sont fait individuellement gardiens d’une flamme politique d’un avenir collectif meilleur, ils ont subi le passage intime le plus noir dans la cynique ambiante.

Je prends l’écologie politique, j’aurais pu prendre la culture populaire, les squats d’artistes, les différents mouvements des cafés-concerts, des squat d’artistes, l’évolution de Paris ou celle des politiques culturelles…

Je repense aussi aux chansons des rappeurs de la génération NTM qui avaient une parole politique « à l’ancienne » ou constataient comme I AM que « les petits frères étaient déjà bien barges », bref que le contrôle des mots était perdu sur le désespoir.

En attendant, j’observe que les suicidaires-exterminateurs, ont pris pour cible non les pouvoirs (dont le renforcement devient une sorte de victoire collatérale), mais ceux qu’ils jugent les tièdes de leur génération : « ceux qui veulent changer quelque chose à leur échelle », les lieux de sociabilité ouverts et sans ségrégation (comme s’ils s’agissait de s’assurer que rien ne puisse repousser), un peu à la manière dont certains plus jeunes écolos finissaient (pacifiquement) par être moins hostiles aux supermarchés qu’au magasins bio.

En attendant, l’étonnant bilan de cette jeunesse en auto-destruction collective (le taux de suicide individuel élevé des jeunes étant depuis longtemps considéré comme normal dans notre société pathologique) étant de renforcer les mécanismes de fermeture et de contrôle (pleins pouvoir à l’impuissance robocop et à l’immobilisme de nos dirigeants, augmentation des bombardements qui ne servent qu’à alimenter le recrutement de Daesh etc.)

Le regard de Bertho (sur lequel je brode les pensées qui me viennent sans l’engager d’aucune manière, suite de ma contribution à chercher à comprendre ce qui nous arrive) nous éclaire là encore :

– « A-t-on bien réfléchi à ce que pouvait être la figure d’une révolte sans espoir ? Ces rages radicales sont aujourd’hui devant de telles impasses qu’elles ouvrent la porte à des offres politiques de mort, comme celle de l’État islamique. »

Le but n’est même plus de soulever le couvercle. Il est de s’assurer que ceux qui n’ont pas explosé soient au moins asphyxiés. Daesh apparait alors comme un pacte de mort liant la volonté militaro-pétrolière de contrôle là-bas à l’envie d’en finir qui pousse ici, et obtenant son effet mimétique (plus de contrôle ici, plus de bombes sur les civils là-bas). Chaque démission politique, aussi bien que chaque montée guerrière, lui servant d’engrais.

Pour ne pas finir trop noir vous-même, l’article appelle comme bien d’autres, à se réinventer. Chiche ?

Dis, c’est quand qu’on va où ?

Langlois-Mallet

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