Attentats. C’est la romance de Paris

Allez, ce n’est pas la première que Paris déprime. Ce silence dans les rues, ces conversations inquiètes… Imaginez, quand les nazis promenaient leurs bottes luisantes et que les flics de Vichy chassaient l’immigré dans les rues, attrapant les petits enfants Juifs parmi les écoliers, ça ne devait pas être jouasse. Se laisser trier… Ca fait mal encore. Dire s’ils devaient avoir peur.

Et les Moudjiks, quand ils ont déboulé après Napoléon, n’ont pas laissé que des souvenirs poétiques et celui, baroque, de leur irruption au Palais Royal :
« Où sont les femmes !!! » Pas convaincus ? D’acc !

Les guerres de Religions, c’était pas de la gnognote, vous faisiez partie de la minorité religieuse, on vous ouvrait les tripes au son du carillon de St Germain l’Auxerois, et même le (futur) bon Roi Henri, devait se cacher sous les jupons de la Médicis, qui ne devait pas sentir la fleur de lys, pour échapper aux dagues luisantes des Guises. Chauds les marrons !

J’avoue que l’Anglais prenant possession de la bonne ville de Charles VII me colle la déprime. Juste le principe quoi. Même Jeanne la bonne Lorraine, fût blessée d’un trait parti des environs du Louvre. La vilénie a toujours aussi été dans nos rangs, comme l’héroïsme.

Je n’aurais pas aimé vivre le 20 août 1348, jour où la peste noire fût déclarée à Paris. Ce n’était pas 500 personnes en ce temps, mais 40% à 50% de la population qui devait rester sur le carreau. Imagine les regards dans les transports en commun… Ce n’était pas : « je zieute qu’il n’y ait pas un barbu dans la rame », mais… « Lui ou elle ? » « Eux et moi ? » Ca calme j’avoue les ardeurs nocturnes, d’autant qu’on se disait alors que l’abstinence peut protéger… Peut-être…

Et la putain de trouille quand les bateaux Vikings ont montré leur ombre sur la Seine. Ca devait fouetter sec les ancêtres, on était plus aux remparts qu’aux terrasses, derrière Eudes, espère !

Ok ? Et les Huns, Attila. On en parle encore. Si une conseillère municipale de l’époque, fille d’une immigrée (déjà, tu penses !) grecque, n’avait pas laissé ses moutons pour s’investir au rempart, engueuler les parisiens, leur dire de tenir ‘tas de lâches ! », « poules mouillées »… qui voulaient abondonner la Cité : « Que les hommes fuient, s’ils veulent, s’ils ne sont plus capables de se battre. Nous les femmes, nous prierons Dieu tant et tant qu’Il entendra nos supplications. » Ste Geneviève a traversé 1500 ans de mémoire. C’est mieux que le JT de TF1 comme médaille du courage !

Bon, bref, imaginez les larmes des gauloises Parisis, quand les romains de Labienus sont entrés dans la Lutèce, tout fiéros, après avoir massacré leurs compagnons, leurs enfants et tous les hommes de Camulogène.

Sans compter que le pire, c’est sûrement ce que l’on s’est fait à nous-mêmes par incapacité à discuter de nos problèmes. Par l’immaturité démocratique qui nous caractérise alors que les autres peuples nous croient pays de la Liberté (fume !). Et parce que tant de cons et de salauds préfèrent toujours les solutions toutes simples, celles des armes, des chefs et des dictatures expéditives, des bombes ou des ceintures de TNT.

Tu aurais aimé jeter les arabes à la Seine avec Papon et ses petits copains ? Attraper les enfants Juifs au réveil avec plus ou moins les mêmes ? Voir les Rmistes de l’époque de Louise Michel, qui avaient inventé la seule démocratie intellectuelle et pacifique que ce pays ait connu, j’ai nommé la Commune, se faire massacrer par milliers, tirés comme des lapins les grisettes et les gavroches, par une sorte de Sarkozy de l’époque, tandis que les Hollande du temps se préparaient à ramasser les marrons électoraux ? Pas terrible, t’avouera. A moins que la guillotine, qui fonctionnait un peu au hasard dans l’année 93-94, juste parce qu’il fallait que les gens aient peur, te file encore des frissons dans la raie cullière ? Ou Napoléon qui faisait tirer au canon sur les manifs (et César Biroteau) ? A pleurer ou à vomir selon les goûts.

On pourrait continuer, mais la peur fait partie de l’âme et de la mémoire de cette ville politique et immature à la fois, qui va d’excès en autres.

Pour moi, vieux parigot de Belleville, enfant de l’Île, le pire, ce qui m’inquiète le plus sur le long terme si tu veux savoir, c’est la perte de l’âme, du collectif en fait. Voir des fleurs piétinées, ça fait mal. Mais que dire de la terre bétonnée ? La destruction systématique des conditions (urbanisme humain, petits lieux de culture et surtout, le peuple, le peuple… Sa liberté, son imaginaire, son originalité, son individualité maline, son insolence) qui font le terreau du truc, sur lequel les chanteurs, les intellos et les marchands de tissu ne font que broder, ce terreau qui permet le cycle de les renaissances, des idées, des révoltes, de la créativité, les grands mouvements de sociabilité de cette ville.

Je parle d’Haussmann et son exil de la ville tripale, révolutionnaire, populaire et immémorielle, Pompidou-Chirac et leur destruction de la ville de « Paris est une fête » (Les Halles, Montparnasse…). Delanoë et sa ville banalisée, touristique, mercantile et surtout triste et ennuyeuse, où (merci loi Voynet) tu ne peux plus faire une fête sans que la police soit tenue de venir éteindre le son, ou que les musiciens soient mis à l’amende. Alors voilà, quand l’humanité n’a plus d’air, la création bouchée de partout, on escalade vers le pire. Bienvenue en deshumanité.

Les VRP de l’Apocalypse viennent rajouter leur dose de peur et de sang à l’AK-47 (ll va falloir apprendre comment ça fonctionne ces machins tiens avant de boire un demi en terrasse, en combien de temps un dément sous Captagon recharge, comment tu t’en sers si tu arrives à en chopper une sous la mitraille). Je ne sais pas dire si je les hais. Je crois que c’est plus profond. Je les refuse.

J’espère surtout que passé la trouille, l’affliction terrible qui nous serre tous quand la nuit tombe. Passé les expressions militaires de pouvoirs de plus en plus éloignés du risque, mais de plus en plus prompt à mettre la ville sous clef. Nous serons capable d’un grand mouvement de l’esprit et du coeur. Qui nous fera sortir de l’ennui de la consommation de la vie et de la contemplation des écrans à un grand élan de responsabilité pour dompter le réel devenu fou.

Langlois-Mallet

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s